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Retour sur Transit City / 2

global  cityDans son film Metropolis, Fritz Lang a donné corps en 1927 à une vision futuriste de la ville du XXIème siècle, la méga-cité ; en 1939, le pavillon « futurama » de General Motors offrait lors de l’exposition de New-York une grille de lecture appliquée de la vie et de la ville modernes. Deux « événements » à dimension culturelle majeure qui influencent encore aujourd’hui la réflexion ethnocentrée de la plupart des architectes, des urbanistes, des aménageurs et des politiques.

Or l’heure de « The end of Suburbia », l’heure d’une société humaine où toute la chaine de production est structurée par les énergies fossiles a sonné son glas depuis longtemps. Il est grand temps que se préparent les alternatives aux modèles de prospective issus de nos héritages persistants.

C’est ce que François Bellanger est venu présenter à Paris le 29 juin dernier lors de l’atelier de synthèse du tour du monde de Transit City, le think-tank dédié aux réflexions prospectives sur la ville et les modes de vie.

Dans un Pavillon de l’Arsenal bouillant, au sens propre comme au sens figuré, François Bellanger s’est attaché pendant près de 2 heures à dresser le bilan des voyages, des rencontres et des réflexions conduits depuis deux ans.

Même pour ceux qui ont participé à l’ensemble ou à quelques-uns des ateliers passés, ce ne fut pas une synthèse linéaire mais une démarche salutaire de remise en perspective, une analyse comparée hérissée par l’urgence d’agir et de s’engager dans la voie du renouvellement de nos modèles, de nos imaginaires, de notre volonté d’être au monde.

Nous vous renverrons vers le compte-rendu de cette rencontre exceptionnelle sur le blog du think tank, qui lorsqu’il sera publié vous donnera le détail des exemples, des expériences et des nouveautés en gestation.

En revanche, ce qui nous intéresse ici, c’est le regard critique porté en direction de nos penseurs, de nos décideurs et de nos réalisateurs de l’aménagement du territoire. Car la démonstration, dont le caractère percutant a fait en partie la réputation d’empêcheur de tourner en rond de François Bellanger, était cette fois-ci d’une puissance démultipliée du fait du retour d’expérience de ces deux années à parcourir le monde. Et ce « là-bas si j’y suis » crée un malaise difficilement dissimulable, même avec la meilleure des volontés.

En effet, toutes ces démarches repérées là-bas à l’étranger nous amènent à nous interroger sur la situation ici en France.

L’instauration du processus Grand Paris et des projets qui ont été proposés par les architectes admis à concourir a créé un faux prisme, un « sentiment » de modernité (après le sentiment d’insécurité…), l’idée qui en quelque sorte nous déculpabilise de notre complexe de supériorité bien français, comme si on en avait encore besoin.

Le sempiternel refrain du « on n’a peut-être pas de pétrole mais on a des idées ». Le problème c’est que du pétrole nous en avons surconsommé jusqu’à la lie, comme des américains moyens (pour mémoire, jusqu’à l’arrivée de la crise financière, nous étions sur une courbe qui rattrape proportionnellement celle des Etats-Unis) et que les idées, si nous en avons, se perdent, s’épuisent et se diluent dans les méandres de notre politique d’aménagement du territoire.

Alors oui, on dira :« Grenelle de l’environnement ». Une étape incontournable qui aurait dû être mise en œuvre dès les années 1970 car à ce moment-là, la plupart des innovations et des solutions qui sont proposées aujourd’hui étaient bien présentes et prêtes (avec le Grenelle de l’environnement, on redécouvre le solaire, l’éolien, la biomasse, la géothermie, etc).

Il faudrait bien réaliser et soutenir plus fortement les démarches d’innovation sociale, car c’est là qu’aurait pu se tisser le lien qui aurait permis au Grenelle d’aller beaucoup plus loin. Les processus d’innovation sociale sont intégrés dans des expérimentations magistrales mais qui souffrent en effet du manque de leviers supplémentaires pour passer à la vitesse supérieure.

Lorsque François Bellanger parle de la consultation des habitants de San Francisco sur l’avenir de leur ville qui débouche sur l’expression d’un imaginaire et une volonté tellement à l’opposée des référentiels des architectes et des urbanistes, pourquoi ne pas parler des expériences similaires conduites à différentes échelles en France et pourquoi ne pas dénoncer le phénomène contraire en jeu dans l’ « opération » du Grand Paris ? La réponse se situe bien entendu au niveau politique, mais lequel ?

Le 12 juin dernier nous étions à Barcelone pour le séminaire « Culture, développement durable et pouvoir locaux : quels enjeux pour la prochaine décennie ? ». Nous reviendrons dans un autre post sur l’intégralité de cette journée mais ce qu’il apparaît intéressant de mettre en évidence ici, c’est que tout le monde a l’impression de faire de l’agenda 21, du développement durable, (les effets de communication sont passés par là) mais pour ce qui concerne la démarche structurée (impliquant tous les secteurs) et l’outil en tant que tel, le chemin à parcourir est encore long. La culture est une réponse possible, s’il on observe notamment le tout dernier plan d’action pour le développement durable 2009-2013 du Québec… nous y reviendrons aussi.

Sur la question des politiques du développement durable, on observe que les initiatives vis-à-vis du politique ne jouent pas dans les mêmes catégories.

Les villes risquent en effet d’être les grandes oubliées des négociations à venir de Copehnague. Le mot « ville » est absent de tous les textes préparatoires. Cités et Gouvernements Locaux Unis aura à lutter fermement pour que l’après Kyoto ne se négocie pas de gouvernement à gouvernement, d’autant que sans l’échelon local il est impossible de maîtriser une politique de développement durable. N’oublions pas que la grande majorité de la population mondiale est aujourd’hui dans les villes et le sera encore pour un moment.

Petite éclaircie qui pourrait amener à penser que la cause des villes n’est pas totalement perdue, la Banque Mondiale vient de modifier substantiellement sa stratégie urbaine. La rencontre qui s’y tient depuis le 28 juin et qui se termine ce soir au palais du Pharo à Marseille a pour thème « Villes face au changement climatique : répondre à un agenda urgent ».

Ce symposium est en effet un moment important puisque la Banque révise sa politique urbaine pour y intégrer la dimension du climat. Prévue en septembre, la nouvelle stratégie devrait donner un coup d’accélérateur à la recherche urbaine, recherche aujourd’hui très faible.

Cette faiblesse a été parfaitement pointée par François Bellanger, celui-ci mettant en évidence le « décrochage » de l’Occident, la fin de la modernité urbaine du modèle occidental. Le basculement de référentiel qui s’est opéré et a déjà été largement commenté (voir « Nylonkong » notamment) appelle de nouveaux arbitrages de l’esprit car les mentalités et les usages ont changé. L’accélération du changement de ces deux dernières années a été brillamment synthétisée hier et nous ne manquerons pas d’y revenir car l’ensemble des données collectées est capital pour comprendre ce qu’il nous reste encore à accomplir.

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AV Festival et Northumberland

AVLe festival AV, biennale internationale des arts électroniques, des arts visuels, de la musique et de l’image en mouvement, se prépare à produire une dixième édition particulièrement rayonnante, qui se tiendra dans le Nord-Est de l’Angleterre à Newcastle, Gateshead, Sunderland et Middlesbrough.

En mars 2010, toute la programmation tournera autour du thème de l’énergie, comme une force grâce à laquelle la vie est connectée, transformée, renouvellée et détruite. Rencontres, expositions, concerts, performances, projections, ateliers et débats se dérouleront des les lieux culturels les plus remarquables de la région.

Tout aussi remarquable, le partenariat intéressant noué entre le festival et Inspire Northumberland, une agence spécialisée dans l’intervention sur les projets de régénération et de développement urbains ayant pour vocation de favoriser la reconnexion des jeunes publics avec leur environnement et produisant des expériences de création contemporaine et de design.

Inspire Northumberland implique les artistes dès les phases de conception et de design des projets. Chacun des projets implique les citoyens dans le processus créatif, en priorisant le contact avec le public le plus éloigné de ce type d’expériences, public encore trop éloigné de la culture et des questions citoyennes depuis la crise industrielle des années 80.

De ce partenariat est notamment née l’idée d’une résidence au NaREC, le centre des énergies nouvelles et renouvelables, lieu d’excellence de la région pour les technologies et les énergies renouvelables basé à Blyth, port industriel qui a connu son heure de gloire et qui a vécu avec violence les années de déclin de son activité mais qui semble engager aujourd’hui un certain renouveau.

La résidence est conçue de sorte que puissent se conjuguer les nouvelles recherches et les idées porteuses de technologies et d’énergies renouvelables et durables du NaREC avec un processus artistique à vocation publique.

La région de Northumberland est dotée d’une patrimoine paysager d’une richesse exceptionnelle et a récemment fait les gros titres lorsque les images de ses magnifiques plages ont été utilisées « par erreur » pour une campagne de promotion de la province canadienne d’Alberta. Elle connaît également un regain d’intérêt dû à la mutation engagée de son économie jusqu’alors en souffrance. Newcastle en est bien entendu le fer de lance, véritable vitrine de l’innovation économique, urbaine, culturelle et sociale, mais c’est bien tout un territoire qui est en pleine évolution. L’Arts Council of England a notamment augmenté ses dotations en direction des acteurs culturels du territoire qui font le pari de ces types d’innovation.

Il y a fort à parier que la dixième édition du festival AV marquera un tournant pour la manifestation et pour le territoire, car il faut noter que les acteurs culturels présents ont un esprit de coopération qui a su favoriser une dynamique propice au regain d’attractivité du territoire.

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Elections UNESCO / 2 : more than just culture, but less than just politics

DEUTSCHER KulturRAT

Parue dans le numéro de Juillet/Août 2009 de la revue « politik und kultur », le journal du Deutscher Kulturrat (Fédération des associations culturelles en Allemagne), Andreas Westerwinter nous livre avec précision et clarté une synthèse de la situation relative aux prochaines élections de l’UNESCO.

Cette première diffusion de ce texte en France dans sa version anglaise, fait le point sur une situation qui, comme nous l’indiquions récemment, n’a hélas toujours pas réussi à massivement mobiliser ni les médias, ni l’opinion de notre pays.

L’importance de ce qui se joue ici n’autorise pourtant aucun détour du regard car, comme le titre de l’article l’indique : s’il ne s’agit de rien de plus que de culture, ce n’est rien de moins que de la politique.

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UNESCO – more than just culture, but less than just politics.

The UN Specialized Agency for Education, Science and Culture elects its new Director-General in autumn 2009. The official deadline for nominations ended on 31 May 2009 with nine official candidates proposed by Member States. Four of whom are women. It is thus possible that UNESCO will for the first time in history have a woman as Director-General. “Just about time”, some repeat quietly. Just as it is time to give someone from Eastern Europe or the Arab world a chance add others, mainly interested parties from these regions of the world.

Discussions flared up recently, when several French intellectuals protested that the next chief of the World Cultural Organisation should not be an anti-Semite. Rarely has the slightly stuffy World Cultural (and Education, and Science, etc, etc, etc) agency excited such attention in the German and international press. Whereas in Germany the debate took place on the cultural parts of the press, it reached immediately the political and opinion pages in other countries.

Diplomats in Paris (and other main and secondary UN capitals) have been talking up a storm for months about what might happen if the incredible were to happen, namely to elect a politically controversial candidate.

The Member States’ interests in UNESCO are as varied as there are members (193). And it is not just about culture, science, and education, since UNESCO is part of the larger UN family where Realpolitik and deceptive diplomacy are often at loggerheads. A fool who were to think of the world culture organization as a place of cultural actors. In reality it is just like anywhere else a place to exert power, even though it is often more difficult to count the legions or to provide evidence for the power plays.

UNESCO’s work is subtle and often quite invisible due to it’s bureaucratic nature, and thus of little use to journalists. Nothing is newsworthy about heritage experts spending years banging their heads collectively and universally, trying to figure out how to protect historic cultural landscapes. Unless of course these experts decide to put Dresden on the “in danger” list. UNESCO battled unsuccessfully for decades to install tsunami warning systems in the world’s oceans, yet it only reaches the press when it turned out these system were still not deployed due to lack of funding in 2006 in the Indian Ocean. Quiet work in educational policies is only recognized in donor countries outside the expert circles, when a Western country asks UNESCO for a condemnation of perceived regression in the Afghan educational policies for girls and young women – an initiative that was recently attempted, but quickly undercut through politico-diplomatic counter-pressure.

In these areas of World Heritage, educational policy or scientific cooperation, UNESCO does not only bring together experts around the table, but also diplomats. It happens easily that a country might propose a “deal” in order to save one site or another (from entering the danger list). Or one deals with purely political discussion before a backdrop of “World Heritage”, as happens frequently in the Middle East. Here lies one of the problems with Farouk Hosni’s candidature. But also some of the others.

What happened ? By now all international newspapers have reported on the longtime Egyptian Minister, who “misspoke”. Counter interviews have since been published and it seems as if the discussion about the UNESCO DG elections have now developed into a kind of clash of civilizations between East and West (for or against Israel). For several months now one can hear from Arab and especially Egyptian sources that a refusal of Hosni bid to become DG would not only be an affront against the Arab world, but it would also be seen a signal from the West not to be refusing Dialog with the Middle East.

The candidature by the current Austrian EU External Relation Commissioner, Benita Ferrero-Waldner , rendered public only a few days before the deadline, has added additional oil to the fire. Mean voices from acute observers in Paris have commented that the only idea the West seems to have come up with to counter the supposed Arab book burner was to present an Austrian (soon to be ex-) Commissioner who enjoyed a cozy coalition government with the rightwing and xenophobic Jörg Haider in Vienna. Images of Turks in siege of Vienna are mobilized that could only damage UNESCO in every sense. The Austrian press is not making things easier for the candidate. It is reported almost every day that the ÖVP (Austrian Conservative Party) just likes to “promote” Ms Ferrero-Waldner away from Brussels to clear the way for a new Austrian Commissioner since Mr Barroso did not give her the next post she had eyed for some time. Local Vienna human resource tactics are now mixed in with world politics, which will not make electoral decision making any easier.

What happens next? In September 2009 the 58 members of the UNESCO Executive Board will interview all candidates behind closed doors. Before that date, all candidates are invited to submit a 2000 word vision document presenting some ideas for a UNESCO of the future. Then all candidates will be discussed in private session and secret ballot elections are then called. It is common practice in the UN that electoral promises negotiated between countries and vote swaps for different posts in the UN determine the vote casting in the first round. Given arrangements such as “If you vote for me at UNESCO, I will vote for you at the World Trade Organisation”, the qualifications of the different candidates are frequently of secondary consideration.

“Geopolitical considerations” often enter front stage when it comes to elections in the UN, as the Brazilian foreign minister Amorim explained when he had to defend his country’s support for the Egyptian candidate instead of a Brazilian one. Similar points were made in the French press when former French Culture Minister Jack Lang, characterized Farouk Hosni as the best candidate. Just as frequently as it is underlined now by the Egyptian side that the candidate from Cairo has the support from President Sarkozy, the spokesperson for the Quai d’Orsay denies any such support. It is also stressed that the French-Egyptian agreements might go back to the nomination of Dominique Strauss-Kahn at the Head of the International Monetary Fund, where briefly afterwards Boutros Boutros Ghali’s nephew and current Egyptian minister of finance was elected to a leadership position. Other voices advance that French concerns about the future of the Union for the Mediterranean (vice-chair in Hosni Mubarak), had already signaled two years ago vague support by France for Farouk Hosni. This is now being read as a formal wedding announcement by Egypt. Wherever the truth may lie, there are endless possibilities to swap votes. A situation to let US campaign managers for Presidential elections go pale with envy. And in case the French should not stand up to their promises, the Egyptians will most likely ask the restitution of the obelisk on the Place de la Concorde in Paris, as the Italians have just so brilliantly demonstrated in the case of Aksum (with a lot of quiet UNESCO diplomacy)….

If in the first round a candidate obtains 30 votes, he or she is elected. Yet since this is most unlikely, another three rounds of elections are foreseen where each candidate can withdraw or stay quite confidently in the race no matter how many countries they have mobilized. And this is where things become exciting: It is now time to negotiate the transfer of votes and possibly another post for the candidate who withdraws. It is only in the fifths round that the two best placed candidates are pitched directly against each other in order to allow for an unambiguous nomination to the UNESCO General Conference in October 2009. Here all 193 countries can either confirm the nomination or ask Executive Board to present a new candidate within 48 hours in case the candidate does not obtain the necessary majority. A few countries have already made their intention known that they would never support a nomination for Hosni by the General Conference.

Who stays put? Who should act? Who will probably not move? All this turns into a good game of poker where strong nerves, the right feeling, a dose of charm and strong pressure from capitals will be needed in order to impose oneself in the end. Cynics say all this is salon diplomacy, but in reality it is an important opportunity to get the UN out of yet another cul-de-sac.

So what is all this fuss about and what’s at stake? The election of a politically controversial candidate would block UNESCO for years to come. Many of the reforms implemented with much insistence by the current DG Matsuura would be lost at once. But not only could a politically controversial candidate be dangerous for UNESCO. It would take any inexperienced manager several months to clear through UNESCO’s bureaucratic jungle and it highly unlikely that a candidate without international experience will understand the internal power games for new posts or old programmes when too many insiders will offer their advice to show the new Director-General the way.

Who are the candidates and what do they have to offer?

Farouk Hosni has been minister of culture in Egypt for over two decades. He presents himself a long list of achievements he claims to have reached. Critics recall though that some of the important cultural projects he was supposed to realize with UNESCO support – such as the Great Museum of Egyptian Civilisation – have been delayed for many years and will not see the light of the day any time soon. Affairs of corruption in his ministry have kept the press busy without surprising anyone. Apart from political concerns, questions are raised whether Hosni as UNESCO chief would be able to administer an annual budget of almost 500 million.

Hosni himself identifies Benita Ferrero Walder as his strongest competitor. Observers say, this does not happen without the hope to turn a possible habsburgo-arabic clash of cultures in his favour. In addition, voices in Vienna describe the candidature as local folklore and personnel politics. But finally the Austrian needs to face a deadly counterargument in any UN election: her Electoral Group 1, i.e. Western Europe and North America has already fielded too many Director-Generals in the past and should be more modest. A number of Arab colleagues in Paris underline not without a knowing smile that a former UN Chief of Protocol in New York should know better about these unwritten rules in the UN.

Further voices pipe in questioning the candidate’s motivation and qualification. Concerns among informed diplomatic circles in Brussels point out that the lofty title of EU External Affairs Commissioner is really a bit self-promoting when it is really some kind of Super-Chief of Protocol of the European Commission: The Spaniard Xavier Solanas makes the actual foreign policy decisions, the development money lies with the Belgian Louis Michel, trade policies were made by the Brit Peter Mandelsohn, and all other important issues were dealt with by the boss Manuel Barroso himself. In all this there was not much left that could qualify the Austrian junior commissioner for UNESCO. And she also made herself not too much liked when she obstinately tried to sanction the EU sanction against her country during the ÖVP-Haider Koalition as then Foreign Minister.

Besides the Arab Group, Electoral Group 2 also reminds everyone that they have never had a Director-General. Here are two female candidates who want to present themselves as inside experts on UNESCO matters. The Bulgarian Irina Bovova is Ambassador to France and to UNESCO. As a career diplomat and briefly foreign minister she brings experience as well as political support to her bid. The latter fact is also being criticized by some: Voices in Bulgaria and in the West characterize her frequently as a member of the communist nomenclatura (Studies in Moscow in the 1970s, father as member of Communist Party Central Committee). Close ties to the current government in Sofia are also raise concerns as Bulgaria is frequently criticized by Brussels for lack of transparency when dealing with EU funds. (Her brother Filipp served as Chief of Staff to the Prime Minister after having been advisor to the President). Ms Bokova is however widely acknowledged as an experienced diplomat who can talk to all interested parties in situations of conflict.

Also from a new EU Member State is Ina Marciulionyte. A political generation younger than her Bulgarian competitor, current Lithuanian Ambassador to UNESCO was very active in the independence and democracy movement of her country in the late 1980s and early 1990s. As a journalist and Director of the Open Society Institute in Vilnius she represents the new Eastern European politics since 1989, which put her in charge of UNESCO issues when serving as vice-minister for culture. Since being appointed to Paris, she was Chair of the UNESCO World Heritage Committee – just like the current Director-General – and is currently one of the Vice-Chairs of the UNESCO Executive Board. Some of her critics say she is too young to be DG, to which the candidate answers not without a touch of humor that she’s only a year younger than President Obama and does not even ask for nuclear weapons. Sources inside UNESCO describe her as the most qualified candidate from a technical perspective and also as a very hard working ambassador, who has intervened in many difficult situations.

The Russian deputy foreign minister Alexander Yakovenko came as a last minute surprise candidate. A career diplomat who knows the UN business for many years, he has attended UNESCO meetings regularly over the years. There is no detailed election programme presented by Moscow’s probably most senior multilateral diplomat, but Western countries have been concerned in recent years about Russian proposals to include UNESCO work in the area of energy policies. The West is not particularly keen on opening yet another UN forum where Russia could possibly put pressure on such delicate issues. It is also rumored openly that Russia was simply upset because Bulgaria and Egypt both claimed to have Russian support for their candidates. Those who would not want to hear a diplomatic no, would have to recognize quite practically that Russia does not support any of the other candidates.

Latin America also puts forward a woman: The Ecuadorian Ivonne Baki. Former Minister and Ambassador in Washington, of Lebanese origin, she is seen by some as the West’s answer to Farouk Hosni. Little is known about Ms Baki. She will be President of the Andean Parliament until fall 2009. Voices in Latin America but also in Washington are getting louder questioning her involvement in possible business deals. Others simply ask what management qualities the candidate would bring in the areas of science, culture and education, other than being a passionate painter herself.

Two African candidates have entered the race, apparently in order to stop Hosni from claiming unanimous African support for his bid. Sospeter Mohongo (Tanzania) is a geologist and currently regional director of the science umbrella organization ICSU. NouréiniTidjani-Serpos (Benin) is UNESCO Assistant Director-General for Africa. Both are expected to withdraw after the first round once it has been avoided for Hosni to pass. It is equally not Africa’s “turn” to present a Director-General.

A courageous candidate, Mohamed Bejaoui (nominated by Cambodia) stays in the race despite reportedly having received threats against his life. “It’s a matter of personal honor to participate in these elections”, says the man who learnt in the 1930s Hölderlin thanks to an Alsatian school master in a colonial lycée. Former Algerian foreign minister and President of the International Court of Justice in the Hague, Bejaoui, is also seen as one of those candidates, who is mainly in the race to set up obstacles to Farouk Hosni. But nobody would say this publicly.

Things will remain interesting in Paris.

Andreas Westerwinter

Former UK Deputy Permanent Delegate to UNESCO 2006-2009

L’article dans sa version allemande est téléchargeable ici.

Nous proposerons prochainement une version française de ce texte.

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Dépense culturelle en 2006/2

Nouveau-logo-FORUMLe 16 juin dernier un point presse était organisé par le Forum pour la gestion des villes afin de présenter les résultats de l’étude réalisée par l’observatoire SFL-FORUM pour le Ministère de la Culture et de la Communication : « Les dépenses culturelles des collectivités territoriales en 2006 : près de 7 milliard d’euros pour la culture », menée en 2008 auprès de tous les départements et régions, des échantillons représentatifs des communes de plus de 10 000 habitants et des établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre.

Au moment de la publication de l’étude en avril dernier, le Ministère de la Culture et de la Communication avait indiqué que si, en 2006, la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales avait encore une incidence limitée sur les transferts de compétences aux différents échelons territoriaux, elle a pu favoriser le transfert des compétences culturelles aux groupements de communes. La commande et le calendrier de l’étude ne permettaient pas en effet de couvrir la période la plus récente mais les indications sont tout de même extrêmement significatives. En résumé :

  • Les collectivités locales sont les premières sources de financement public de la culture (4,4 milliards d’euros pour les communes, 1,3 milliard pour les départements, 840 millions pour les groupements à fiscalité propre et 556 millions pour les régions) ; à titre de comparaison, le budget 2009 du Ministère de la Culture s’élève à environ 3 milliards d’euros.
  • L’intercommunalité culturelle monte en puissance dans les domaines traditionnels d’action des communes (bibliothèques, théâtres…).
  • Les dépenses départementales restent assez stables (+3% par an entre 2002 et 2006).
  • Les dépenses régionales sont en augmentation (+12% par an entre 2002 et 2006).
  • Les communes et les intercommunalités s’imposent comme des acteurs de proximité (école de musique et de danse, bibliothèque et médiathèque, musée…). Il s’agit essentiellement de dépenses culturelles directes (dépenses de personnel et charges à caractère général).
  • Les départements et régions sont les principales sources de financement d’équipements culturels via leur politique de subventionnement avec des volumes de subventions identiques pour les deux niveaux de collectivités.

Afin de valoriser les résultat de cette étude, le Forum devrait également entreprendre à l’automne un Tour de France (8 étapes prévues dans toute la France) dans le but d’engager le débat au sein des collectivités sur le rôle de la Culture et des politiques qui y sont consacrées.

D’un point de vue plus général, il convient de noter que la comparaison est intéressante avec le premier dossier qui avait été publié en 2000 par le Ministère. En termes d’évolution, l’analyse comparée est très parlante.

Il convient d’ajouter quelques éléments par rapport au contexte dans lequel se publie cette étude.

S’il n’est pas étonnant d’un point de vue quantitatif que les dépenses culturelles des collectivités soient près de deux fois supérieures à celles du Ministère, les perspectives sont tout de même relativement incertaines dans un terme de 3 à 4 ans. En effet, depuis fin 2007 et tout au long de l’année 2008, les transferts de compétences se sont fortement accélérés. La relative accalmie pour les Communes, due au lancement effectif des projets de début des mandats municipaux, ne doit pas occulter que les transferts de compétence correspondent à des transferts de charges dont l’impact ne tardera pas à se faire sentir sur les capacités d’investissement des collectivités, à moins qu’une meilleure redistribution des compétences et des moyens ne s’opère dans de nouvelles logiques où le partenariat devient une mécanique incontournable.

Il est également important de ne pas négliger que la plupart des Communes ont engagé des réductions importantes de dépenses qui se répercutent aussi sur leur dépense culturelle. Pour ne prendre que l’exemple de Paris, c’est une économie de 400 millions d’euros qui doit être faite pour boucler la mandature. Toutes les directions y compris la culture sont évidemment appelées à contribuer à l’effort. Mais point de défaitisme car la culture est une source de dynamique territoriale dont la valeur ajoutée est de mieux en mieux prise en compte.

En tout état de cause, la récente crispation des dépenses culturelles des collectivités ne doit pas occulter les trois enjeux majeurs se profilent :

  • le renforcement de la dimension intercommunale (dont le transfert de la compétence « culture » est optionnel et pose tout de même la question de la gouvernance d’un point de vue technique comme d’un point de vue politique) ;
  • le retour en force attendu de certains Conseils Généraux (il est évident qu’en matière de politique culturelle, il s’agit probablement de l’échelon administratif, territorial et politique le plus délicat et le plus menacé. Ceux qui ont une tradition forte dans ce domaine vont prendre des initiatives significatives et ambitieuses dans un très court terme, pour les autres il est à craindre qu’il soit trop tard) ; n’oublions pas tout de même que sur la période de cette étude le flux le plus important part des départements en direction des communes : 93,7 millions d’euros, soit 40,60% des 230 millions de subventions intercollectivités ;
  • l’impact de la RGPP sur la réorganisation du Ministère, de ses orientations, de ses moyens et de son action, quels que soient les choix futurs du nouveau ministre.

Même si cette étude remarquable fera date, notamment par la qualité de la mission du Forum pour la gestion des villes et du travail de Nicolas Laroche et David Pereira, on ne peut s’empêcher (effet psychologique de la crise oblige) de craindre qu’elle constitue le témoignage d’une situation donnée à un instant t que beaucoup regrettent déjà. En revanche, elle tombe à pic car elle confirme pour l’Etat que la réforme engagée va dans le bon sens, à condition que les nouveaux paradigmes qui s’annoncent soient bien ceux visés et assumés. Or la concrétisation de ceux-ci n’est pas encore aboutie.

Certains hurleront à la manipulation politique de l’Etat pour légitimer certains choix mais nous nous garderons de commenter ces aspects là pour le moment. L’histoire, le contexte et la genèse des réformes sont à la fois plus complexes et plus simples que cela, nous aurons l’occasion d’y revenir.

Ce qui est certain, c’est que cette étude est un instrument salutaire, une contribution importante qui vient combler un manque en la matière. L’Etat et les Collectivités sauront en faire bon usage. Indubitablement, il conviendrait d’en faire un baromètre plus récurrent, à l’heure où la contribution de la culture dans l’économie nationale et locale est de plus en plus grande (et souhaitée comme telle). Il pourrait ainsi être mis en comparaison avec les études sur l’impact économique et social des politiques culturelles, sujet sur lequel nous aurons également l’occasion de revenir prochainement.

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Flowersway

flowersway.logoTout récemment, un nouvel acteur est apparu sur le secteur du tourisme culturel, secteur où les TIC jouent un rôle de levier de développement de plus en plus incontournable. Orienté sur le plus beau des ressorts (« L’humanité du voyage »), Flowersway propose de partir à la découverte de nos territoires à travers des parcours inédits, le tout dédié et « brandé » comme autant de nouvelles façons de voyager. Ici tout est affaire de voyage, de création d’hospitalité et de rencontre.

Les marques et les institutions sont présentées selon des thématiques et selon leurs destinations et vu l’intelligence des formats de parcours/séjours proposés, il y a fort à parier que le site va non seulement se faire une place de choix dans les offres alternatives au tourisme un peu trop endormi sur ses lauriers mais va également s’imposer comme un opérateur et un partenaire de choix pour les institutions et les territoires.

Il manquait un nouveau média au tourisme, il manquait une nouvelle approche des territoires par la culture, il manquait une autre conception de la mise en tourisme et du marketing territorial. L’arrivée de Flowersway vient apporter une contribution importante pour l’avenir de ces secteurs, avec une offre dont l’attractivité va jusqu’à donner accès au site gratuitement à tous les professionnels et leur proposer des outils/widget seront à leurs dispositions dans la version 2 dès septembre.

Pour prendre plus précisément la mesure, voici un exemple pour les marques et fédérations sur des thématiques et un exemple pour les institutions sur leurs destinations. A noter également l’opération inaugurée tout récemment : Plein Soleil

Pour en savoir plus, cliquez ici.

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Partenariat à réinventer

OPCUne nouvelle réforme de la décentralisation est annoncée par les travaux conduits par la commission Balladur. Cette annonce vient cependant ajouter une inquiétude supplémentaire à un moment où la crise financière mondiale et les lourdes charges qui pèsent sur les collectivités fragilisent le devenir des politiques culturelles territoriales. Les collectivités ont montré jusqu’à aujourd’hui leur capacité à construire de véritables politiques culturelles. Une nouvelle étape de décentralisation peut-elle être une opportunité pour inventer un nouveau partenariat entre l’État et les collectivités territoriales et entre les collectivités territoriales elles-mêmes ?

C’est ce que propose d’aborder le 17 juillet prochain l’Observatoire des Politiques Culturelles, en partenariat avec la FNCC et le Festival d’Avignon.

Pour s’inscrire, cliquez ici.

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Politique culturelle française

politique-cultuwLa politique culturelle de la France constitue-t-elle un modèle ? Oui, si l’on en croit ceux qui l’ont mise en place et confortée au cours du temps, et pour bien des observateurs étrangers, selon lesquels l’effort financier de l’État dans ce domaine reste exceptionnel. Beaucoup moins, quand on évalue la manière dont elle a assumé ses objectifs fondamentaux d’aide à la création et de démocratisation.
Sous le coup de la globalisation, de la numérisation et du post-modernisme, de nombreux repères changent : les consommations collectives dans des lieux d’élection s’effacent au profit des pratiques individualisées et privatives ; les représentations cèdent la place aux consommations virtuelles ; les créations des artistes partagent la scène avec des contenus autoédités ; la notion même de prix est dépassée par de nouveaux modèles d’affaires…
Tous les pays rencontrent ces défis, et la France y est d’autant plus exposée qu’elle se veut ambitieuse dans ce domaine. Un dossier fouillé qui explore tour à tour : l‘émergence et la mise en place de la politique culturelle, l‘organisation de la politique culturelle, la création, la démocratisation, la mise en patrimoine des ressources culturelles, le soft power, ou l’action culturelle extérieure de la France, le développement soutenable, pour poser au final la question suivante : quelle politique culturelle dans une société créative ?

  • Les nouvelles donnes
  • De nouveaux espaces de consommation et de production
  • Des valeurs intrinsèques aux valeurs extrinsèques
  • Quelle place pour la culture dans une société créative ?
  • Quelle architecture pour la politique culturelle ?
  • Le champ des objectifs
  • Le champ des ressorts

Année d’édition : 2009 
Réf. : 3303331952947
288 pages, 16×24 cm 
ISSN : 1763-6191

Source : La Documentation Française

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L’Ermitage à Amsterdam

ErmitageUne filiale du célèbre musée d’art de Saint-Pétersbourg, a ouvert ses portes la semaine dernière à Amsterdam en présence du président russe et de la reine des Pays-Bas.

Les commentaires vont bon train sur cette initiative et ne manquent pas de relancer la polémique sur le poids de l’administration publique sur les dynamiques culturelles. Mais cette fois-ci, on est un peu surpris car c’est le quotidien progressiste de gauche De Volkskrant qui écrit : “une brillante performance de l’esprit d’entreprise hollandais à l’ancienne pour qu’un nain puisse convaincre un géant de lui faire ouvrir ses dépôts et d’y emprunter par petites quantités. … Le fait que [le directeur de musée néerlandais Ernst] Veen soit parvenu en quelques années seulement à rassembler sponsors et argent public, pour transformer totalement l’ancienne maison de retraite mais aussi réaliser cela dans le cadre du budget prévu et des délais impartis, constitue également l’exemple d’un radical esprit d’entreprise. Cela montre de nouveau qu’il ne faut pas confier de telles choses aux fonctionnaires, conseils municipaux, ministres, commissions, ou à d’autres personnes faisant de bien peu compétents directeurs de musée.”

Source : BpB

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Cityson.info

cityson.jpg Cityson.info est un audio guide des œuvres d’art public, pérennes ou éphémères, dans la ville a destination de l’internet et de la téléphonie mobile. Plate-forme utilisant la convergence de l’internet et de la téléphonie mobile, près d’une personne sur trois dans le monde utilise aujourd’hui un téléphone mobile et on compte presque 3 milliards de téléphones portables, cityson.info a fait le sage pari de considérer le téléphone mobile comme l’interface technologique la plus proche et la plus simple pour l’utilisateur. Ces deux technologies, au parcours et au développement si différent, semblent se rapprocher irrésistiblement autour de l’accès à l’information et de la mobilité pour créer un nouvel utilisateur, le Mobinaute.

Cityson.info est un audio guide a destination de ce Mobinaute et se propose d’ouvrir une nouvelle cartographie, une nouvelle représentation de l’espace parisien en mettant a disposition des créations sonores en lien avec des œuvres d’arts visuels dans leurs espaces publics. Œuvres pérennes ou éphémères, institutionnelles ou alternatives, telles qu’une scène de film ou une performance, s’attachant ici a la mémoire des lieux, en passant plus traditionnellement par la commande publique, jusqu’a l’architecture comme sculpture monumentale et signe plastique premier dans le paysage.

Cityson.info propose donc « d’hypermediatiser » l’espace physique de la ville grâce a une technologie de code 2D, ici le « flashcode » .

Ce code est imprime sur un sticker et place à proximité des œuvres dans l’espace public. Une fois scannerisé par l’appareil photo du mobile a partir de l’application « Mobiletag », il permet d’accéder immédiatement a une œuvre sonore réalisée par de jeunes artistes.

Ces créations sonores mélangent habilement et de façon inventive, création et documentation afin de renouveler le concept du documentaire et de l’audio guide. Le principe étant celui d’affirmer l’individualité des auteurs et de leur regard, tout en partageant leur vision avec le public afin de permettre a celui-ci de renouveler son attention face aux œuvres dans l’espace de la ville.

Source : Rhizome / Cityson.info

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Elections UNESCO / 1

logoLa nouvelle vient de tomber, la France ne « combattra pas » la candidature controversée du ministre égyptien de la Culture Farouk Hosni à la tête de l’Unesco, comme nous l’apprend Le Figaro du 15 juin en publiant les propos du conseiller spécial de l’Elysée Henri Guaino, tenus hier sur Europe 1 : « tout ce qui pourrait nuire à la relation franco-égyptienne sera écarté par la France ».

« C’est vrai qu’il a dit une énorme bêtise », mais « il s’en est expliqué », a insisté Henri Guaino en mettant en garde contre les « jugements à l’emporte-pièce » sur un homme qui est « la tête de Turc des plus extrémistes » dans son pays. “Tout ce qui pourrait nuire à la relation franco-égyptienne sera écarté par la France”, a tranché le conseillé spécial lors du Grand rendez-vous. Paris “ne combattra pas cette candidature”, présentée par l’Egypte, a-t-il fait valoir, relevant que la même position a été adoptée par le Premier ministre israélien.

“Il a dit: c’était des propos imbéciles, je les retire”, a martelé le conseiller de Nicolas Sarkozy.

Il faut reconnaître que celles et ceux qui ont la chance et la possibilité de suivre cette question internationale souffrent depuis l’article « Unesco, la honte d’un naufrage annoncé » de Claude Lanzmann, Bernard-Henri Levy et Elie Wiesel paru dans Le Monde et la pétition qui suivit, de la quasi absence de débats, de réactions, d’initiatives ou de mobilisation en France. Même si la parole des conseillers du président de la République n’est pas celle du président, cette déclaration scandalise et interroge. Tout cela relève-t-il d’un calcul dont on ne connaîtra véritablement pas les détails (ce qui n’empêche pas de faire néanmoins des hypothèses, notamment si on regarde qui a soutenu qui lors des différents jeux de chaises musicales qui ont eu lieu ces dernières années dans les grandes institutions internationales) ou bien faut-il espérer que la France ait opté pour une position de prudence avant de prendre sa décision en ne dévoilant pas trop tôt ? La diplomatie est un art (ou presque), ne l’oublions pas.

Votre avis, vos commentaires et votre mobilisation sont essentiels.

A suivre sur C.E.G. …

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Palais de Tokyo / 2

palaisdetokyoLa ministre de la culture Christine Albanel a annoncé, lors du conseil des ministres du mercredi 20 mai dernier, que le Palais de Tokyo, situé à Chaillot, dans le 16e arrondissement de Paris, allait devenir “un lieu phare de la création”.

La formule interroge. Est-ce une ambition renouvelée ou bien est-ce de la redite qui témoigne de l’horreur du vide de notre époque ?  Souvenons-nous des discours qui exprimèrent les ambitions du Palais de Tokyo dans sa première mouture… Quoi qu’il en soit, la ministre a confirmé les grandes lignes d’un projet que Le Monde dévoilait  le 2 mai dernier.

Le Palais de Tokyo est le plus important centre d’art de France et possède un potentiel qui en ferait rêver plus d’un : un sous-sol de 9 000 m2 en friche.

A partir de 2012 les 20 millions d’euros investis dans la réhabilitation du sous-sol permettront d’offrir un espace supplémentaire dédié à la création contemporaine, en ciblant plus particulièrement les artistes français “en milieu de carrière”. Comme il s’agit d’un “projet national”, tous les acteurs de l’art en France – centres d’art, galeries, collectionneurs, critiques, mais aussi le Musée d’art moderne de la Ville de Paris, qui se trouve en face – seront associés à ce nouvel espace. C’est en tout cas la moindre des choses en ces temps difficiles pour le marché de l’art que de se mettre autour de la table.

Les deux entités du palais, “le haut et le bas”, vont être fondues en un seul établissement dit “autonome”. Exit le Centre Pompidou, qui assurait jusqu’ici la gestion des murs (le centre d’art actuel lui payait un loyer), et qui, surtout, convoitait le sous-sol, non sans une certaine assurance d’ailleurs.

Ce n’est effectivement pas Alain Seban (actuellement président du Centre Pompidou) mais Olivier Kaeppelin, le Délégué aux Arts Plastiques du Ministère de la Culture et de la Communication, qui sort au final vainqueur des longs mois de tractations pour le moins disputées. Ce qui se dessine au Palais figure dans un rapport qu’il vient de remettre à la ministre et qui est désormais disponible en ligne. Ce rapport analyse le projet d’installation dans le quartier Alma Tour Eiffel d’un lieu consacré à la création artistique dans le domaine des arts plastiques en France. Il analyse les différentes hypothèses quant au statut juridique de la future entité et se penche sur le financement de ce projet.

Olivier Kaeppelin vient donc d’être nommé directeur du projet et sa capacité de fédérer les positions les plus diamétralement opposées n’y est pas pour rien, sa réputation le précède. C’est en effet un homme de consensus éclairé et même si quelques détracteurs lui reprochent l’invisibilité de son action au ministère, la finesse du personnage et de sa trajectoire forcent le respect.

Le site retrouvera donc son unité et une certaine “fluidité” à travers le choix d’une forme juridique (société par actions simplifiée) qui fait  (et qui fera) l’objet de nombreuses querelles partisanes. Celle-ci est constituée de plusieurs partenaires, essentiellement publics, avec une ouverture possible au privé, sans pour autant qu’un réel projet de partenariat avec le privé ait été architecturé.

La rénovation de l’espace du bas devrait se faire dans “l’esprit dépouillé” du centre d’art existant : il y aura une seule entrée, un seul restaurant, un seul nom… ce qui peut paraître contradictoire avec la structuration de la démarche actuellement engagée : un comité d’orientation (une vingtaine de membres) a été choisi pour aider le groupe de projet (six personnes) chargé de déterminer l’articulation des décisions et des programmations entre les deux entités du Palais. Il s’agit de constituer un cahier des charges qui prenne en compte la totalité du périmètre du projet global.

On comprend donc qu’il s’agit d’une période de transition importante qui vient de s’enclencher pour le Palais de Tokyo, période qui s’achèvera en 2012 (en espérant qu’il y ait une préfiguration qui s’enclenche avant). Après tout, peut-être est-ce une chose nécessaire, même si on a envie de voir les débats sur l’art enfin relancés en France. Il est vrai que depuis l’école spéculative des années 90, à quelques exceptions près, on n’a pas vu de contribution majeure capable de faire bouger les lignes, tout comme le lancement du Palais de Tokyo l’avait largement révélé en son temps. Espérons que cette nouvelle étape en soit le prétexte idéal car si M. Kaeppelin assure toutefois qu’il laissera le Suisse Marc-Olivier Wahler, l’actuel directeur du centre d’art, poursuivre son action, on imagine déjà que dans la structuration de la gouvernance à venir, les choix actuels auront du mal à résister à celui des « validants » du ministère…. Pour le moment tout le monde affiche une volonté d’harmonie autour d’un lieu « vivant et fédérateur » dit-on au Ministère. A suivre…

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L’Europe de la Culture

RECLe Relais Culture Europe (RCE) et ses partenaires organisent une conférence de presse le 12 juillet à Avignon (Vaucluse) sur le thème : Pour une Europe de la Culture.
Elle s’inscrit dans le cadre des débats sur la redéfinition des bases du projet européen, auxquels le secteur artistique et culturel entend participer. 
Si les enjeux culturels semblent plus présents aujourd’hui dans les débats européens, la place de la culture doit être renforcée et, plus largement, profondément repensée au regard de la définition d’un nouveau modèle économique, industriel et social européen. 
Et, au-delà, de la place constitutive de la culture dans la définition et la construction d’une Europe politique et citoyenne.
Le Relais Culture Europe et ses partenaires (six réseaux contributeurs) proposent, à partir d’un travail collectif engagé depuis avril, de mettre en débat ces enjeux auprès d’artistes, de professionnels, d’intellectuels et de politiques, nationaux comme européens, pour ouvrir un espace de réflexion et d’échange sur la place constitutive de la culture dans ce projet.
Animée par le journaliste Arnaud Laporte, elle réunira Catherine Lalumière, présidente de RCE, les réseaux partenaires, deux représentants du Parlement européen et Odile Quintin, directrice générale de la Direction générale éducation et culture de la Commission européenne.

Ouverte au public, sur inscription, dans la limite des places disponibles, elle se tiendra de 15h à 17h au Cloître Saint-Louis, 20, rue du Portail Boquier. Le bulletin d’inscription, téléchargeable, est à renvoyer avant le 3 juillet par courriel ou par fax.
Contacts : Laurence Barone, Agathe Fadier, Relais Culture Europe, 132, rue du faubourg Saint-Denis, 75010 Paris (01 53 40 95 10 – culture@relais-culture-europe.org – fax : 01 53 40 95 19 – www.relais-culture-europe.org )

Source : Ministère de la Culture et de la Communication.

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Que peut encore l’art ?

L’Unesco, en collaboration avec le Conseil international de la philosophie et des sciences humaines, organise une rencontre-débat intitulée Que peut encore l’art ? les 25 et 26 juin, à Paris.

L’ouverture d’un dialogue international sur le devenir des arts et des lettres passe par une connaissance approfondie de ce que représentent ces derniers dans les contextes socioculturels les plus variés : moyens d’élévation spirituelle ou de cohésion sociale ; matières à critique radicale ; visions prophétiques ou signes d’un “autre” savoir susceptible de contribuer à une meilleure qualité de vie à l’échelle mondiale…
L’identification de quelques contextes spécifiques dans lesquels l’art fonctionne, non pas seulement comme une source de revenus ou d’affirmation identitaire, est l’une des tâches que s’assigne ce séminaire.
Il vise également, en traçant quelques voies de réflexion, à contribuer aux préparatifs de la deuxième conférence mondiale sur l’éducation à l’art qui se tiendra à Séoul (Corée), en 2010. 


Quatre tables rondes auront pour thèmes :

  • Les arts et les lettres : la culture au-delà du patrimoine et du développement ; 
  • L’art et la communauté planétaire en formation ;
  • Le pouvoir, la puissance et la résistance de l’art ; 
  • La responsabilité du créateur et l’émancipation de son public. 


Cette rencontre se tiendra de 10h à 13h et de 15h à 18h dans la salle XIII, Maison de l’Unesco, bâtiment Bonvin, 1, rue Miollis, Paris 15ème. 

L’entrée est libre dans la limite des places disponibles. Il est demandé de laisser son nom en téléphonant au 01 45 68 39 53 ou par courriel : f.albernaz@unesco.org. L’invitation téléchargeable sera demandée à l’entrée.


Contact : Frances Albernaz, Unesco, 7, place de Fontenoy, 75007 Paris (f.albernaz@unesco.org )

Source : Ministère de la Culture et de la Communication.

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Comité Balladur et la culture

comité-balladurJean-Michel Lucas nous fait l’honneur de nous autoriser à publier sur C.E.G. une de ses récentes interventions sur la manière dont le comité Balladur aborde la culture.  Nous avions déjà signalé trois de ses parutions en janvier dernier et celle-ci est à notre connaissance et à notre grand étonnement la première sur le sujet (n’hésitez pas à renseigner ce point).

Il s’agit d’une contribution critique de fond, à l’heure où la culture et son ministère se situent dans un moment charnière. Nous suivons depuis le début et de près les travaux du comité Balladur sous cet angle et nous lancions un débat en février dernier suite à la réunion du Forum de gestion des villes afin de rétablir un certain nombre de vérités. Le texte de Jean-Michel Lucas porte ici un regard critique et essentiel. Nous nous réjouisons de pouvoir vous le proposer sur C.E.G.

Président de Trempolino, docteur d’Etat ès sciences économiques et maître de conférences à l’université Rennes 2 Haute-Bretagne dont il fut le vice-président de 1982 à 1986, Jean-Michel Lucas fut également conseiller technique au cabinet du ministre de la Culture Jack Lang de 1990 à 1992, où il y impulsa notamment le programme “Cafés Musiques”. Nommé Directeur régional des affaires culturelles d’Aquitaine en 1992, il mit en place une politique culturelle d’État en étroit partenariat avec les collectivités locales, et avec comme préoccupation de valoriser la place de la culture dans les politiques de la ville et des territoires ruraux. Ce “militant de l’action culturelle”, connu sous le pseudonyme de Doc Kasimir Bisou, a participé à plusieurs projets sur le devenir des politiques culturelles et sur les légitimités dans lesquelles elles s’inscrivent. En Bretagne comme en Aquitaine, il fut par ailleurs à l’origine de nombreuses réalisations concernant les musiques amplifiées (RAMA, festival d’Uzeste, Rencontres Trans Musicales de Rennes…).

Vous pouvez retrouver toutes ses contributions en cliquant ici et n’hésitez pas à réagir et à contribuer au débat !

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PREMIER REGARD INTERROGATIF ET CRITIQUE SUR LE RAPPORT BALLADUR

ET SA CONCEPTION DE LA POLITIQUE PUBLIQUE DE LA CULTURE

Le Comité pour la réforme des collectivités locales, présidé par Monsieur Balladur, a rendu son rapport au Président de la République en date du 5 mars 2009 [1].

Les propositions de ce Comité ont été largement commentées, surtout à propos du « redécoupage » des régions, du « Grand Paris », des « métropoles » ou de la suppression de la compétence générale de certaines collectivités.

Le milieu culturel, quant à lui, a accordé un regard distrait à ces propositions, à juste raison d’ailleurs puisque aucune formulation ne semble modifier profondément l’ordre acquis de la politique culturelle des collectivités.

Toutefois, l’interrogation ne manque pas de surgir lorsque le premier regard croise des mots dont le sens est curieusement erroné ou indéterminé. Il devient alors manifeste que pour le Comité Balladur, de haute compétence par ailleurs, la politique publique de la culture est « invisible » dans les enjeux qu’elle porte [2]. Le regard du lecteur devient nécessairement critique et oblige l’ensemble des acteurs culturels à s’interroger sur la part qu’ils doivent prendre pour que la République décentralisée ré-écrive [3]  autrement cette mauvaise copie sur les compétences publiques en matière d’arts et de cultures.

I- Lecture des apparences « culturelles » dans le rapport Balladur

Quelles sont les compétences culturelles que les collectivités et l’Etat seraient appelés à exercer si le rapport s’appliquait intégralement ? La réponse est lisible dans un tableau ➊ et dans un paragraphe ➋.

➊ Commençons par le tableau où figurent des mots dont la compréhension est posée comme évidente puisque aucune note ou lexique n’en précise le sens. Lisons :

  • Les régions détiendront la compétence : « culture (patrimoine, éducation, création, bibliothèques, musées) ».
  • Les départements détiendront aussi la compétence culture, mais le contenu de la parenthèse est différent : « (éducation, création, bibliothèques, musées, archives) ». Le lecteur attentif aura compris que les régions n’ont pas la compétence « archives » qui revient aux départements ; l’inverse se jouant pour le « patrimoine ».
  • Pour le « secteur communal », on retrouve aussi la compétence culture, avec les précisions entre parenthèses : « (éducation, création, bibliothèques, musées) ».
  • L’Etat, quant à lui ne perd rien de sa compétence globale « culture (patrimoine, éducation, création, bibliothèques, musées, archives) ».

On pourrait conclure de ce premier regard qu’il n’y a pas là de quoi fouetter un chat et que la culture est une affaire bonne pour toutes les collectivités, hormis le dosage territorial entre « archives » et « patrimoine ». Le Comité s’est montré raisonnable et équilibré, vertu première de la démocratie institutionnalisée.

Pour être complet, on évoquera aussi les « métropoles » [4] pour lesquelles la compétence « culture » recouvre « le patrimoine, l’éducation, la création, les bibliothèques, les musées et archives ». Les « métropoles » sont ainsi privilégiées puisqu’elles obtiennent les compétences des départements avec, en plus, la responsabilité du patrimoine. Dans cette nouvelle configuration, les communes concernées se verront déléguer, si nécessaires, des compétences de la métropole.

On peut aussi mentionner la collectivité nouvelle « Grand Paris » qui se voit doter des « compétences d’attribution des départements et des intercommunalités les plus importantes ». Le Grand Paris aurait en charge « la coordination » de nombreuses politiques publiques (aménagement de l’espace, réserves foncières, transports urbains, plan d’urbanisme, habitat…) et les communes disposeraient de « compétences suffisamment précises ». En particulier, le rapport indique que seraient « transférées ou confirmées » aux communes, « en raison de leur intérêt local », certaines compétences « exercées par les départements absorbés par le Grand Paris ». « Ce serait le cas en matière culturelle (1 % culturel, protection du patrimoine, enseignement artistique, bibliothèques, archives), en matière d’environnement et de protection du patrimoine, avec les inventaires locaux, en matière d’eau et d’assainissement, par exemple. »

Devant si peu de mouvements significatifs par rapport au passé, on s’ennuierait presque !

➋ On commence toutefois à sentir la brise du doute en lisant le paragraphe consacré aux « compétences partagées ». En effet, le rapport formule explicitement sa conception des compétences culturelles. Au-delà de la liste que nous venons de rappeler, le rapport affirme : « Pour ce qui concerne la culture, la diversité des missions en cause rend particulièrement délicat l’attribution de cette compétence à un seul niveau d’administration ». Conséquence : au nom de l’intérêt général, toutes les collectivités peuvent agir pour le bien de la « culture » !

Je suis certain que la plupart des acteurs concernés par la politique culturelle percevront la dimension positive de cette phrase. Ils approuveront la liberté accordée aux collectivités qui seront dorénavant maîtresses des valeurs culturelles à promouvoir sur leur territoire. Liberté aussi pour les professionnels de la culture qui, recalés auprès des élus d’ici, pourront trouver du soutien ailleurs pour leur projet artistique. Sans compter qu’il ne manquera pas une voix pour apprécier la possibilité de mobiliser, sans contrainte de compétences, des financements croisés pour partager la charge des gros équipements ou compléter le financement d’un festival.

Mais le doute vient vite car cette large liberté est par définition fort paradoxale ! Faut-il rappeler que le rapport Balladur a pour seule ambition de simplifier l’organisation administrative de la France. Sa priorité politique est de « définir clairement comme exclusives les attributions de compétence faites au profit de telle ou telle collectivité locale ». Le rapport insiste ainsi pour nous convaincre que « l’empilement des structures et l’enchevêtrement des compétences de chaque niveau d’administration sont, par eux-mêmes, générateurs d’excès de dépenses, et favorisent des investissements sur l’utilité desquelles les électeurs peuvent, parfois, ne pas manquer de s’interroger ».

Or, l’expression la plus pure de cet « enchevêtrement » est bien la politique de la culture ! Malgré ce constat, le Comité laisse toute liberté aux collectivités de prendre les initiatives culturelles qu’elles souhaitent. La « culture » échappe aux objectifs politiques pourtant solidement affirmés par le Comité Balladur. Privilège ou piège ? On commence à douter des avantages d’une liberté si antinomique avec l’objet même du rapport ! La vigilance s’impose et le premier regard doit laisser place à l’investigation critique. Regardons de plus près les enjeux de politique publique que le Comité Balladur accorde à la « culture ».

II- De détails secondaires à une totale invisibilité

Quand on examine la liste des membres du Comité Balladur, on est impressionné par les titres et les expériences de chacun des sages appelés à dire l’avenir de la république décentralisée. Une telle compétence collective ne peut commettre ni erreur, ni confusion et le lecteur n’ose qu’avec peine imaginer des imprécisions. Pourtant, si l’on veut prendre la question culturelle au sérieux, il faut oser interroger le texte. On découvre, alors, de questions en questions, l’ampleur du vide que cachent les mots. Prenons le soin de nous arrêter sur la référence au « Patrimoine » ➊, sur ce qui fait sens pour la politique culturelle ➋ puis sur l’idée même de « soutien à la création artistique » ➌.

Commençons par un détail secondaire, mais cruel :

➊ Le rapport évoque ainsi « le patrimoine », sans donner de définition précise du terme. Il différencie le « patrimoine » des « archives », des « musées », des « bibliothèques ». Les membres du Comité séparent toutes ces catégories, ne doutant pas un instant de la pertinence d’un tel découpage. Pourtant, ce dernier est obsolète et n’a plus de référence formelle dans la politique culturelle de l’Etat. N’importe quel stagiaire de sous préfecture aurait pu le vérifier en regardant le seul document de référence incontournable pour l’Etat, celui que le ministère de la culture présente et fait adopter par le Parlement à l’occasion du vote de la loi de finances : le PAP (projet annuel de performances) de la mission culture. Dans ce document qui autorise formellement le ministère à agir, le « patrimoine » n’est jamais au singulier. Il est uniquement question de « patrimoines » au pluriel et le mot est défini ainsi : « Le champ du patrimoine comprend les monuments historiques, les espaces protégés, l’archéologie, les musées ou les archives mais aussi l’architecture, le livre, le cinéma et la langue française. »

La différence de définition est telle avec les mots du Comité que l’interrogation s’impose : pourquoi le rapport Balladur, si soucieux du formalisme républicain, n’a-t-il pas respecté les définitions données par l’Etat ; pourquoi s’est-il contenté de donner son point de vue à partir des vagues souvenirs de ses membres !

Cette observation paraîtra, sans doute, bien anecdotique au regard des enjeux fondamentaux du rapport Balladur. On peut en convenir ! Mais l’erreur suffit à éveiller la vigilance critique sur ce qui est dit, mais aussi sur ce qui est oublié.

➋ De ce point de vue, un retour à la liste des compétences est salutaire : quel sens faut-il donner à l’expression « politique culturelle », plus précisément, quelle est la finalité d’intérêt général de la compétence culturelle ? Uniquement celle d’équipements en dur – musées, archives, bibliothèques – désignés par leur seule qualité disciplinaire. Aucune unité de sens dans la définition de la culture publique. Là encore, on reste étonné que le rapport Balladur nous resserve des catégories anciennes qui fleurent bon le siècle passé : il nous parle de « bibliothèques », équipements lourds et coûteux mais il oublie de les resituer dans la cadre de la « politique de la lecture publique » qui seule les légitime. De même, l’action culturelle, la médiation culturelle pour ne rien dire de la coopération culturelle ou de l’activité culturelle associative qui nourrit les dialogues et échanges des arts et cultures sur le territoire, sont totalement ignorées.

Cette observation est d’autant plus problématique que l’annexe du rapport Balladur fait figurer les positions alternatives de Monsieur Mauroy, dont on connaît le parcours politique. Que lit-on dans sa formulation des compétences culturelles : Monsieur Mauroy propose que les régions aient compétence sur les « Grands équipements (opéras) » ; les départements sur les « bibliothèques, les musées, les archives, le patrimoine » ; le bloc communal sur « l’éducation, la création, les musées, les bibliothèques » ; l’Etat conservant la « création et les grandes structures nationales ». Pas plus d’unité de sens dans la définition des finalités spécifiques de la politique de la culture, et la même obsession, répartie différemment, pour les « structures » et les « grands équipements ».

L’anecdote des mots présents ou omis n’est plus si bénigne : le seul enjeu d’intérêt général énoncé pour la culture est pour l’ensemble des membres du Comité, la gestion des locaux et des personnels qui y travaillent ! On espérait une pensée sur la valeur des interventions culturelles publiques sur les territoires : on ne trouve qu’un trop plein de préoccupations gestionnaires.

➌ On pourrait douter de la pertinence de ce jugement sévère en observant que le rapport retient la compétence de « soutien à la création artistique » pour toutes les collectivités. Beaucoup de porteurs de projets verront là une reconnaissance de leur activité de création artistique et se féliciteront de pouvoir, ainsi, être largement financés par plusieurs sources publiques (on devrait plutôt dire plusieurs « guichets »).

Le regard critique s’impose pourtant car, dès la première lecture, on repère une grossière erreur que l’on ne pardonnerait pas à un rédacteur ordinaire : le rapport considère que les collectivités ont déjà la compétence de « soutien à la création artistique ». Or ce constat est faux. Le Code général des collectivités territoriales ne mentionne nullement cette compétence, même pour les Établissements publics de coopération culturelle (EPCC – Article L1431-4) ; seule la Collectivité de Corse détient le privilège de s’occuper légalement de « création artistique » (Article L4424-7) !

L’erreur n’est pas seulement formelle puisque l’histoire de la décentralisation nous rappelle que le milieu artistique, dans ses composantes les plus influentes, a combattu pour éviter que les collectivités puissent s’emparer d’une compétence autonome de « création artistique ».

En revanche, si le constat est faux en droit, il est juste dans les faits : les collectivités apportent un soutien très important aux spectacles vivants. Le rapport Balladur aurait pu nous dire qu’il était temps de mettre le droit en adéquation avec les pratiques, il aurait ainsi exercé pleinement sa mission. Mais il oublie son rôle, il prend le « fait » pour une compétence juridique spécifique. Cette méprise ne manque pas d’intérêt. Elle révèle une faute d’appréciation que d’autres pouvaient commettre mais pas le Comité chargé de mettre de l’ordre dans la formulation des compétences des collectivités ! Comment comprendre qu’un Comité aussi expérimenté ait pu faire preuve d’autant d’approximations sur les mots, d’autant d’imprécisions sur leur sens, d’autant de négligences dans l’approche de la politique culturelle ? Par une seule raison qui saute maintenant aux yeux et qui avait pourtant échappé au premier regard : le Comité Balladur n’accorde aucune importance à la politique culturelle. C’est une affaire dont il faut bien parler car elle intéresse quelques intellectuels influents et coûte cher aux collectivités territoriales. Mais guère plus ! On doit donc conclure que le Comité estime que les enjeux de la politique culturelle sont à ce point négligeables, mal cernés, « indéfinis » dira même Monsieur Jean-Claude Casanova, membre du Comité, qu’il est inutile de chercher à les expliciter.

Cette conclusion éclaire d’un jour nouveau la liberté accordée à toutes les collectivités de s’occuper de culture : dans la république décentralisée dessinée par le rapport Balladur, l’enjeu culturel est sans importance ! La politique culturelle est certes « connue » pour ses bâtiments et structures, mais pas « reconnue » pour ses valeurs d’intérêt général. Elle fait partie du paysage de l’action publique, mais elle est « invisible » dans les finalités propres qu’elle revendique. Sa liberté est la contrepartie de l’indifférence qu’elle inspire.

III- De l’invisibilité à la reconstruction de la politique de la culture

Pour bien mesurer la force de l’invisibilité, il faut quitter l’apparence des mots et se concentrer sur la question des valeurs.

Le mieux est de revenir sur la compétence de « soutien à la création artistique ». À première vue, notre jugement critique semble contredit puisque la république décentralisée reconnaît, enfin, l’enjeu public de l’art. Mais les porteurs de projets ne doivent pas se réjouir trop vite, car le rapport Balladur fait subir à la « création artistique » une forte mutation génétique.

Rappelons d’abord que pour soutenir la création artistique de qualité, la politique culturelle de l’Etat prend appui, depuis cinquante ans, sur une compétence nommément désignée consistant à sélectionner, parmi toutes les productions culturelles, celles qui méritent d’être reconnues comme « œuvres de l’art et de l’esprit ». La compétence publique vise à sélectionner les œuvres pouvant détenir une place « capitale pour l’Humanité ». Il s’agit là d’une compétence spécifique au Ministère de la culture qui n’est partagée avec aucun autre ministère. Son énoncé, à travers le PAP, est formellement validé par le Parlement qui, pour l’année budgétaire 2009, rappelle que : « Depuis sa création en 1959, le Ministère chargé de la culture a pour mission de rendre accessibles au plus grand nombre les œuvres capitales de l’humanité, de favoriser la création des œuvres de l’art et de l’esprit [...] ». Cette finalité d’intérêt général de la politique culturelle est fondamentale pour la République : elle consiste à promouvoir pour le plus grand nombre la belle utopie malraucienne de la culture universelle qui émancipe les êtres humains et les sauve de l’emprise des « usines de rêves »[5], dans la solide tradition française d’une politique culturelle poursuivant le mandat des Lumières.

Ces exigences associées aux œuvres de l’art et de l’esprit se retrouvent-elles dans le rapport Balladur quand il accorde la compétence de « soutien à la création artistique » à toutes les collectivités ? La réponse est évidemment négative : le rapport n’associe aucune finalité républicaine et émancipatrice à la notion de « création artistique ». Il n’indique pas que les collectivités devront, comme l’Etat, sélectionner les seules « œuvres de l’art et de l’esprit » qui méritent de l’être pour recevoir le titre « d’œuvres capitales de l’Humanité ». Il ne dit pas non plus que la liberté de choix des collectivités sera encadrée par une loi fixant les modalités de sélection des productions culturelles pouvant justifier le soutien public pour leur valeur artistique.

À aucun moment, le rapport Balladur ne se place sur ce registre de la « culture universelle ». Chaque collectivité fera donc ses choix selon son appréciation de l’art. Chacune sélectionnera la qualité à sa façon, selon ses propres règles, selon son goût, le bon comme le mauvais. La conséquence de cette liberté est que l’idée même de création artistique sera très différente, sinon même antagonique, de Dunkerque à Marseille, de Strasbourg à Louhossoa… Chacun pourra prétendre avoir fait le bon choix des « œuvres d’art et de l’esprit » au nom de l’intérêt général, mais qui pourra le croire ? L’idée même de culture universelle est totalement enterrée par la république décentralisée imaginée par le rapport Balladur. L’utopie de l’Etat est abandonnée ! Plus grave encore, le rapport n’envisage aucune approche alternative. Il reste silencieux sur les missions spécifiques que la république décentralisée confie aux créateurs, et plus largement, aux acteurs culturels.

Il reste donc à conclure que les compétences culturelles n’ont aucune vertu particulière ; la « culture » comme les autres, devra s’inscrire dans les missions générales confiées aux collectivités : d’une part, la réponse aux besoins de proximité des habitants et d’autre part, les enjeux de développement du territoire. Les compétences culturelles n’auront pas d’autres légitimités. L’invisibilité de la politique culturelle s’explique donc aisément : la république a mieux à faire qu’à reconnaître les valeurs propres aux arts et aux cultures.

Il faut s’attarder sur un passage fondamental du rapport, qui ne parle pas de compétences culturelles, mais en conditionne fortement le rôle :

« Le Comité a relevé que les dynamiques démographiques et sociales en cours se traduisaient par un déséquilibre croissant dans la répartition de la population et l’émergence de modes de vie inédits qui ont pour conséquence des besoins accrus de services de proximité. Il en a déduit que ces évolutions rendaient nécessaire que l’action publique des collectivités locales, en symbiose avec celle de l’Etat, s’articule, à terme, autour de deux niveaux principaux d’administration exerçant deux catégories de compétences distinctes. Le premier, à l’échelle régionale, aurait la charge de la mise en œuvre des politiques publiques de soutien à l’activité et à la compétitivité ; le second, à l’échelon intercommunal, aurait pour mission, en complément du rôle joué par le département, surtout en milieu rural, d’assumer l’action de proximité à destination des habitants. »

Dans ce cadre, les acteurs culturels n’ont plus à être surpris : ils sont là comme outils du développement territorial et comme services de proximité aux usagers et donc aux électeurs :

« La société française a changé, elle éprouve des besoins nouveaux, des aspirations inédites, sa soif de proximité et de sécurité, son goût pour la démocratie locale sont justifiés par la globalisation du monde. Aussi est-il indispensable qu’un changement fondamental soit apporté au mode d’administration du territoire. C’est la condition d’un approfondissement de la démocratie locale et de l’amélioration des services rendus aux usagers des services publics, qui sont aussi des contribuables et, d’abord, des électeurs. »

D’ailleurs, le principe qui commande l’attribution des compétences ne laisse aucun doute : « Le principe selon lequel l’impôt local est une contrepartie des biens et services produits ou rendus par la collectivité qui les vote est de plus en plus méconnu, alors que ce principe est constitutif du consentement à l’impôt, socle de la démocratie. »

Ainsi, ne relevant pas de finalités spécifiques, le soutien à la création artistique et plus largement l’aide aux équipements culturels ne peuvent échapper à cette exigence de la « contrepartie » : les contribuables en voudront pour leur argent, pour les services culturels comme pour les autres. Votre création artistique, pour relever de l’intérêt général, devra être « utile » et rien d’autre qu’utile. Et si elle est sélectionnée pour sa qualité, c’est uniquement parce que les usagers du service, habitants ou touristes, auront besoin d’un service de bonne tenue et du « meilleur goût ».

Cette situation de « service utile » ou « d’acteurs du développement », (on dira sans doute bientôt « acteurs de l’économie créative » !) ne serait pas gênante si elle résultait d’un compromis transparent équilibrant la reconnaissance des valeurs culturelles spécifiques, d’un côté, et les enjeux territoriaux de l’autre. On se rappelle à cet égard que les monuments historiques ont une valeur d’intérêt général spécifique définie par la loi de 1913. Ils doivent avoir un « intérêt d’histoire ou d’art suffisant pour en rendre désirable la préservation ». Mais cette qualification propre aux enjeux culturels n’interdit pas les compromis conduisant le monument historique à contribuer activement à l’attractivité du territoire et à participer à l’identité culturelle du pays. Dans le rapport Balladur, cette perspective de compromis est invisible puisqu’il n’y a aucune légitimité à promouvoir une politique spécifique de soutien aux arts et aux cultures. Soyons direct dans la critique : le mythe de la « culture universelle » n’a pas résisté au réalisme des enjeux territoriaux et l’on doit se résoudre à penser que le soutien à la création artistique correspond à une simple autorisation offerte aux collectivités de dépenser de l’argent public pour proposer aux consommateurs, habitants ou touristes, des spectacles vivants à prix cassés par rapport au prix du marché…, du moins tant que la « concurrence loyale » n’est pas menacée [6]. Toujours et encore une affaire de gestion des ressources publiques !

Le Comité Balladur pouvait-il éviter cette invisibilité de la politique culturelle ?

À notre sens, il aurait été décent que ce Comité des sages rappelle, a minima, les efforts faits par la France depuis 50 ans au bénéfice de la décentralisation théâtrale et de l’aménagement culturel du territoire. Le Comité Balladur aurait pu indiquer par exemple son désaccord avec cette politique culturelle traditionnelle de l’Etat. Il aurait dû expliquer pourquoi il ne retenait pas cette voie dont on sait qu’elle opère des sélections artistiques draconiennes, dans une confidentialité des choix artistiques d’experts qui ne convient guère à la démocratie. Il a préféré l’oubli du sens des mots, forme suprême de mépris pour cette histoire culturelle française.

De plus, on doit souligner que le Comité Balladur disposait d’une autre voie pour donner une valeur d’intérêt général spécifique à la politique culturelle : la république française s’est, en effet, engagée, sur le plan international, à donner à la culture une place prioritaire dans la construction de la démocratie. La France s’est jointe activement à l’Unesco pour défendre une politique publique qui fait de la culture et de sa diversité une condition nécessaire du « Vivre ensemble » dans une société d’harmonie et de paix. Je n’invente rien : la gauche a approuvé en 2001 la Déclaration de l’Unesco sur la diversité culturelle et la droite a prolongé les négociations internationales sur le même terrain. Le Parlement français, unanime, a même autorisé la ratification des conventions de 2003 et 2005 qui prolongent les propos de la Déclaration de 2001 [7]. On doit donc considérer que ces documents sont pour la république décentralisée des références indiscutables. La définition des compétences culturelles des collectivités devrait donc directement s’en inspirer.

Il s’agirait alors de confier aux collectivités la mission de contribuer activement à la « reconnaissance de la dignité culturelle » des personnes vivant sur leurs territoires. La politique culturelle aurait ainsi pour mission d’agir concrètement pour favoriser l’expression des « droits culturels », considérés comme « partie intégrante des droits de l’homme, qui sont universels, indissociables et interdépendants », ainsi que l’affirme la Déclaration de 2001 que la France a largement approuvée. Dans ce cadre légitime pour notre pays, le Comité Balladur aurait dû affirmer la nécessité d’une compétence culturelle spécifiquement attachée à la « diversité culturelle » au sens de l’article 3 de la Déclaration de 2001 : « La diversité culturelle élargit les possibilités de choix offertes à chacun : elle est l’une des sources du développement, entendu non seulement en termes de croissance économique, mais aussi comme moyen d’accéder à une existence intellectuelle, affective, morale et spirituelle satisfaisante. » Les collectivités ne se seraient pas plaintes, pas plus que les acteurs culturels, de détenir une telle mission contribuant à donner plus de place aux valeurs émancipatrices de « dignité culturelle » des personnes dans une société plus que jamais en quête de sens.

Il aurait fallu de surcroît que le Comité affirme la nécessité pour les collectivités de soutenir les expérimentations artistiques. Il lui suffisait d’affirmer cette compétence en recopiant l’article 8 de la Déclaration de 2001 : « Face aux mutations économiques et technologiques actuelles, qui ouvrent de vastes perspectives pour la création et l’innovation, une attention particulière doit être accordée à la diversité de l’offre créatrice » ! Au moins les artistes auraient eu une raison « spécifique » de bénéficier du soutien public en tant que proposant signes, symboles, formes et récits du sensible, propres à interagir avec les identités culturelles des personnes et à forger des références culturelles communes à toutes les échelles de territoire.

Ainsi, la décentralisation se serait ouverte sur une politique active d’interactions entre les cultures, nourries de l’activité artistique, permettant à la démocratie de progresser vers un mieux « Vivre ensemble ».

Mais le Comité Balladur n’a même pas eu l’idée de penser que la « dignité culturelle des personnes » était une finalité première de la vie collective à construire, jour après jour, aux différentes échelles du territoire de la République. Il a dédaigné les enjeux politiques de la culture : ni « culture universelle » à la Malraux, ni « droits culturels des personnes » ou « expérimentions artistiques ». Il est même probable que le Comité ignore que, dans un contexte où les élus locaux s’enthousiasment pour le développement durable et mettent en place des « Agenda 21 », il avait la possibilité de suggérer que les collectivités se réfèrent à « l’Agenda 21 de la culture » ! [8]

Le Comité s’est contenté d’enfermer la culture dans des murs à gérer et des services utiles à rendre.

Pour autant, on ne lui reprochera pas totalement cette insuffisance de souffle politique.

Les partis autant que le milieu culturel professionnel doivent aussi prendre leur part à cette invisibilité des valeurs spécifiques de la politique culturelle. Les récents Entretiens de Valois ont bien montré la prégnance du corporatisme dans les débats internes entre les acteurs culturels ainsi que la difficulté pour eux de dire que les arts et la culture participent pleinement à la construction de l’Humanité, au-delà de la rentabilité du secteur économique de la culture. Il faut maintenant tirer les leçons de cet imparfait que nous livre le rapport Balladur. Si la prochaine échéance est celle de l’été 2009, date évoquée pour l’élaboration d’une loi sur la décentralisation, il est urgent d’œuvrer collectivement pour que la politique publique des arts et des cultures bénéficie d’une visibilité plus décente et d’une reconnaissance plus conforme aux enjeux humains, trop humains, qu’elle porte.

Le Doc Kasimir Bisou et Jean-Michel Lucas

_____

[1] Le rapport figure au Journal Officiel de la République Française n° 0055 du 6 mars 2009 page 4161, disponible sur www.legifrance.gouv.fr

[2] « Invisible » au sens d’Axel Honneth : le rapport connaît la politique culturelle, mais ne la reconnaît pas dans ses spécificités. Cf.« Invisiblité : sur l’épistémologie de la reconnaissance », in La société du mépris, éditions La découverte, 2006.

[3] Suite à la remise de ce rapport, le Président de la République a demandé au Premier ministre de procéder, sous quatre mois, à l’élaboration d’un texte législatif reprenant les propositions du Comité en poursuivant la concertation.

[4] Extrait du rapport Balladur : « Pour donner une impulsion nouvelle aux intercommunalités les plus peuplées et les plus importantes de notre pays, le Comité recommande que soit créée une catégorie de collectivités locales à statut particulier au sens de l’article 72 de la Constitution, les “métropoles”. [...] Cette liste inclurait les actuelles communautés urbaines de Lyon, Lille, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Nice, Strasbourg, ainsi que les communautés d’agglomération de Rouen, Toulon et Rennes, dont les périmètres géographiques pourraient, à cette occasion, être revus de manière à permettre, dans le cadre de l’achèvement de la carte des intercommunalités, leur extension future. »

[5] Il faut toujours rappeler la finalité que Malraux assignait à la politique publique de la culture : résister à ces usines de rêves, « Ces usines si puissantes apportent les moyens du rêve les pires qui existent, parce que les usines de rêves ne sont pas là pour grandir les hommes, elles sont là très simplement pour gagner de l’argent. Or, le rêve le plus efficace pour les billets de théâtre et de cinéma, c’est naturellement celui qui fait appel aux éléments les plus profonds, les plus organiques et, pour tout dire, les plus terribles de l’être humain et avant tout, bien entendu, le sexe, l’argent, la mort. » (Discours prononcé par André Malraux à l’occasion de l’inauguration de la Maison de la Culture d’Amiens le 19 mars 1966) ou « Supposons que la culture n’existe pas. Il y aurait les yé-yé, mais pas Beethoven ; la publicité, mais ni Piero della Francesca ni Michel-Ange ; les journaux, mais pas Shakespeare ; James Bond, mais pas le Cuirassé Potemkine ni la Ruée vers l’or. » (Discours prononcé par André Malraux à l’occasion de l’inauguration de la Maison de la Culture de Grenoble le 13 février 1968)

[6] On ne rappellera jamais assez la principe européen qui place l’intervention culturelle publique sous la couperet de la concurrence : Article 107 du Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne. Article 107 : Sauf dérogations prévues par les traités, sont incompatibles avec le marché intérieur, dans la mesure où elles affectent les échanges entre États membres, les aides accordées par les États ou au moyen de ressources d’État sous quelque forme que ce soit qui faussent ou qui menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises ou certaines productions. [...] 3. Peuvent être considérées comme compatibles avec le marché intérieur : [...] d) les aides destinées à promouvoir la culture et la conservation du patrimoine, quand elles n’altèrent pas les conditions des échanges et de la concurrence dans l’Union dans une mesure contraire à l’intérêt commun…

[7] Pour ceux qui l’ignorent encore il s’agit en 2003 de la « Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel » et en 2005 de la « Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles ».

[8] Voir le site de l’Agenda 21 de la culture : www.agenda21culture.net

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