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Conséquences de la Réforme de la taxe professionnelle

PalementVincent Sallé* nous apporte un éclairage technique sur les conséquences pour l’ensemble de la fiscalité locale de la Réforme de la TP, Réforme évoquée dans notre post précédent.

L’avant-projet de loi de la suppression de l’actuelle taxe professionnelle (TP) reprend pour l’essentiel les dispositions annoncées aux associations d’élus le 8 juillet dernier : en replacement de la TP, la contribution économique territoriale (CET) prendra d’avantage en compte la valeur ajoutée réalisée par l’entreprise, et réintroduit un lien avec la masse salariale comme base imposable. La CET sera composée de 2 parts :

  • une cotisation locale d’activité (CLA) basée sur les valeurs locatives foncières du bâti des entreprises,
  • une cotisation complémentaire (CC) calculée sur la valeur ajoutée

Mêmes si les discussions ne sont pas encore closes (plus de 150 articles du Code général des impôts sont ainsi créés, modifiés ou supprimés), il est possible d’identifier les principales incidences fiscales pour les collectivités territoriales :

1/ De nombreux transferts de taxes envisagés, allant vers une plus grande spécialisation des impôts locaux :

  • le produit de la cotisation « valeur ajoutée » aux départements et aux régions
  • l’attribution de la totalité de la cotisation locale d’activité aux communes et aux communautés
  • le produit de la taxe d’habitation et de la taxe foncière sur le non bâti perçu jusqu’à présent par les départements aux communes et aux communautés
  • le produit des taxes foncières sur le bâti et le non bâti perçu jusqu’à présent par les régions aux communes et aux communautés

2/ Un important transfert de la fiscalité « entreprises » vers les ménages : les premières simulations indiquent une baisse de 50% des impôts directs levés sur les entreprises et une augmentation de 39% des impôts ménages (à pression fiscale équivalente). Conséquence immédiate : une forte réduction des marges de manœuvre fiscales pour les communautés levant la TPU (avant la réforme) et la CLA unique (après la réforme). Les associations d’élus militent pour le versement d’une part de la cotisation complémentaire auprès des communautés levant la TPU.

3/ Des taxes sectorielles nouvelles (liste non limitative) :

  • l’imposition forfaitaire sur les pylônes est étendue aux collectivités supportant des lignes électriques de 63 à 200 kilovolts ; cette nouvelle imposition bénéficie aux seuls EPCI
  • la taxe sur les éoliennes terrestres serait quant à elle affectée en priorité aux EPCI levant la CLA unique (les modalités de calcul ne sont pas encore connues)

4/ La diminution des frais de gestion de la fiscalité directe actuellement levés par l’Etat :

  • Les frais de dégrèvement et de non valeurs prélevés par l’Etat (de 3,60%) sont ramenés à 2%
  • Les frais d’assiette et de recouvrement (4,40%) sont réduits à 1%

Le transfert du produit correspondant profitera aux communes et aux EPCI. Les communautés, levant la CLA unique, recevraient donc sans le décider, une fiscalité mixte (produit des frais de gestion réduits et anciennes parts d’impôts départementaux et régionaux transférés).

5/ Des règles de liens et de déliaison plus contraintes : toute possibilité de déliaison, même partielle, entre le taux de la CLA et celui des impôts ménages a été supprimée. Le taux de TFNB reste quant à lui strictement lié à celui de la taxe d’habitation. Les marges de manœuvre seront donc quasi-inexistantes, sauf cas exceptionnel.

6/ La compensation intégrale de la taxe professionnelle n’est garantie que pour 2010 (sous réserve des modalités techniques encore non définitives).

En 2010, les collectivités locales continueront de percevoir le produit des impôts qui leur sont affectés en vertu de l’architecture actuelle.

S’agissant de l’impôt entreprises, les collectivités, dès 2010, ne lèveront plus de TP « réelle ». Elles percevront une compensation relais versée par l’Etat, égale au montant que la TP aurait produit en l’absence de réforme :

-       en fonction des bases TP 2010 déterminées selon les règles actuelles

-       en fonction de taux relais déterminés de la manière suivante :

  • chaque commune ou communauté votera le taux lui permettant d’atteindre le produit attendu de TP en fonction de ses bases TP (mais en respectant les nouvelles règles de stricte liaison avec les taux ménages applicables dès 2010)
  • chaque département ou région ne disposera plus en 2010 du pouvoir de taux en matière de TP : le taux qui s’appliquera sera le taux de TP 2009 actualisé par la croissance entre 2009 et 2010 du taux moyen de TP des communes et des communautés (ou par un coefficient fixé par la loi de finances 2010)

-       les entreprises paieront dès 2010 des cotisations de CLA qui seront donc établies sur la base des taux relais.

-       au cours de l’année 2010, les services de l’Etat procéderont aux retraitements nécessaires des taux relais (les modalités de calcul sont encore en discussion). Le taux relais ainsi obtenu servira de référence pour 2011. Les taux de référence des impôts ménages seront établis selon les mêmes principes.

7/ Il est également prévu diverses dispositions et mesures de coordination. Pour les communes et les EPCI, un fonds, dénommé « Fonds national de garantie individuelle de ressources » (FNGIR) devra assurer la compensation des conséquences financières de la reforme. Pendant une période (pour le moment fixée à 20 ans), les ressources fiscales des communes et des EPCI seront diminuées d’un prélèvement au profit du FNGIR ou augmentées d’un reversement des ressources de ce fonds. Pour chaque collectivité concernée, seront comparées :

  • d’une part, les principales ressources fiscales 2010, calculées en fonction des différentes règles actuelles (1er terme)
  • d’autre part, les mêmes ressources, calculées en fonction des futures dispositions (2ème terme)

Si le 1er terme est supérieur au 2ème terme, la commune ou l’EPCI « perdant »  bénéficiera en 2011 d’un reversement égal au déficit. Ce reversement sera effectué pendant les 19 années suivantes. En conséquence, à l’issue des 20 ans, la commune ou l’EPCI bénéficiera de l’intégralité des nouvelles ressources supplémentaires.

Dans l’hypothèse inverse (si le 2ème terme est supérieur au 1er), la commune ou l’EPCI « gagnant » fera l’objet d’un prélèvement égal à l’excédent. Ce prélèvement sera effectué pendant les 19 années suivantes. En conséquence, à l’issue des 20 ans, la commune ou l’EPCI verra ses ressources totalement amputées du montant des recettes perdues à l’occasion de la réforme.

Enfin, ce chantier n’est qu’une première étape et devrait ouvrir la voie d’une réforme d’ensemble de la fiscalité locale (refonte des valeurs des bases foncières prévue en 2010).

*Vincent Sallé est consultant en finance. Il a occupé différents postes en entreprises, en tant qu’ingénieur d’études chez Suez, puis au sein du cabinet Ernst&Young comme directeur de mission senior secteur public. Ses quinze ans d’expérience professionnelle l’ont conduit pendant cinq ans à réaliser des missions de conseil auprès de plusieurs grands groupes, en France et en Europe. Il a ensuite accompagné près d’une centaine d’organisations publiques et privées en conseil opérationnel.  Il travaille sur des thématiques liées à la mise en œuvre de projets (études d’opportunité, analyses de faisabilité économique, analyse financière), à la définition de stratégies d’établissement (plan directeur, études de projet), à la réalisation de projets d’investissement immobiliers ou mobilier en montage complexe de type PPP (BEH, CP,…) ou de systèmes d’information (schémas directeur des SI, études de faisabilité, implémentation de solutions)

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Culture et intercommunalité / 1

IntercoAu cœur mais en réalité présentée en amont de la réforme des collectivités territoriales, la suppression annoncée de la taxe professionnelle soulève de nombreuses interrogations et inquiétudes, malgré les explications de l’Etat sur les mécanismes de compensation, comme nous l’avions déjà évoqué en marge d’une réunion de Forum pour la Gestion des Villes en début d’année. Un autre point marquant de la réforme est la montée en puissance de l’échelon intercommunal, dont seule une fraction des mécanismes de compensation de la TP est à peine évoqué alors que la discussion sur le projet de loi début aujourd’hui à l’Assemblée Nationale. De l’avis de nombreux professionnels et acteurs des politiques territoriales, l’enjeu se situe principalement sur le risque (supposé, réel ou symbolique) de mise sous tutelle de l’Etat, d’une réduction des déficits publics (et l’indubitable transfert de charges vers les collectivités qui va avec) et de la répartition des compétences pour une meilleure articulation entre les différents échelons territoriaux. On peut dire d’une certaine façon que c’est dans cette détermination et cette répartition des compétences que ce décide la future gouvernance économique des territoires.

Sur le plan culturel en particulier, les ergotages vont bon train sur l’impact de la disparition de la clause de compétence générale pour certains échelons territoriaux, avec deux analyses qui s’opposent (sans être contradictoires) sur lesquelles nous aurons l’occasion de revenir dans un prochain post traitant des assises de la plate-forme interrégionale d’échange et de coopération culturelle auxquelles nous assistions il y a quinze jours à Poitiers.

Sur le fond des choses, ce qui se joue dans la question de la compétence culturelle transférée à un échelon territorial supérieur à celui de la commune, c’est tout simplement le changement dans la manière de concevoir, de financer et de mettre en œuvre les projets culturels. Ce n’est certes pas la fin des financements croisés à court terme. Pour autant, dans un cas comme celui de l’intercommunalité, il faut bien reconnaître que le renouveau des pratiques de gestion de la culture est en marche et que, même si les exemples réussis montrent une dynamique tout à fait intéressante, la question de la mutualisation et de la mise en réseau est difficile pour de nombreux élus car ils ont le sentiment de perdre leur pouvoir et la maîtrise de leur territoire (n’oublions pas que la culture dans notre tradition française est encore aujourd’hui un pré-carré politique).

L’intercommunalité est toutefois un territoire pertinent pour des secteurs habitués à travailler en réseau comme les enseignement artistiques, la lecture publique. Ceux-ci couvrent en effet un territoire qui, au-delà de la commune stricto sensu, concerne assez naturellement un bassin de vie, dont le périmètre est généralement plus vaste.

Transférer la compétence culturelle à une intercommunalité est tout particulièrement une inquiétude pour les villes moyennes en périphérie de celle-ci car elles ont souvent des politiques culturelles bien structurées. Le transfert modifie de facto cette structuration mais pas seulement. En effet, la culture comme compétence intercommunale modifie la nature même de la politique culturelle. On passe d’un politique culturelle à une gouvernance de plusieurs politiques culturelles dans laquelle chacun peut apporter sa contribution mais le fait de ne plus être seul nécessite l’apprentissage de la gouvernance à plusieurs.

En revanche pour les villes de plus petite taille, l’intercommunalité est une solution qui permet de compenser le fait qu’elles n’ont bien souvent pas les moyens d’une politique culturelle. Dans ce cas, l’intercommunalité peut palier le déficit de moyens communaux.

Dans tous les cas il convient :

  • de faire émerger des projets intercommunautaires car s’il ne s’agit pas de créer une supra-identité à court terme, il faut simplement avoir conscience qu’on participe désormais à une identité commune qui s’affirme et qui s’affirmera toujours plus,
  • d’intégrer une culture de la négociation où même des intérêts communaux contradictoires peuvent et doivent déboucher sur un projet culturel commun ou partenarial où chacun y trouve son intérêt.

La culture au niveau de l’intercommunalité, c’est peut-être un exemples les plus probants où le « vivre ensemble » peut prendre tout son sens politique.

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