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Pour un art au monde

L’excellente revue Archée et Eric Clémens* nous font l’amitié de nous autoriser à diffuser ses réflexions parues le mois dernier à partir du livre « L’expérience des lieux esthétiques » de Norbert Hillaire paru aux éditions de L’Harmattan en 2008. Après l’esthétique du passage et l’anesthésie moderne, l’oeuvre d’art devient-elle aujourd’hui multimodale ?

Suis-je le seul à me passionner pour l’art d’aujourd’hui sans pour autant échapper à la confusion des sentiments : attirance, répulsion, enthousiasme, découragement, indifférence, incompréhension, perplexité, etc., mais qui culmine dans le sentiment d’être débordé ? Et suis-je le seul à considérer que, pour me dépêtrer de cette confusion, la plupart des écrits sur l’art contemporain se trouvent pris entre la cartographie générale qui ne fait que décrire la multiplicité des productions actuelles et le décryptage particulier qui n’accède qu’à l’orientation partielle d’un mouvement ou même d’un seul artiste?

L’expérience des lieux esthétiques (1) de Norbert Hillaire, est, à cet égard, une exception. Le caractère exceptionnel de ces essais tient aux lignes de forces esthétiques qu’ils dégagent en révélant, me semble-t-il, la plupart des enjeux de l’art au XXIième siècle. Et qui, de plus, à partir de remises en jeu et de méditations reliant l’histoire et l’actualité dans une « hétérochronique vigilante du présent », nous permet d’échapper au relativisme nihiliste propre aux bavardages postmodernes.

Au départ, une double question qui encadre toutes les autres : celle du rapport de l’art aux nouvelles technologies et celle du lieu comme du temps, donc celle du monde, que les thématiques du désenchantement et de la déterritorialisation voudraient rendre caduques. Quels déplacements permettent d’y voir un peu plus clair ?


De l’esthétique du passage à l’anesthésie postmoderne : le port et la mode

Premier déplacement : de la destruction à la soustraction (concept emprunté à Badiou). Défaire la représentation qui occulte le réel passe certes par la déconstruction des conventions, mais qui, à se perpétuer sans fin, ne peut que s’épuiser. Et de fait, une bonne part de la production du XXième siècle s’y soustrait par une mise en jeu minimale qui marque l’écart irréductible du réel. De la mise en scène du poncif (les idées reçues autant que l’ « image-type » tel celle de Bovary chez Flaubert) au Pop art en passant bien sûr par le ready-made, une esthétique se fait jour moins de la banalité que de la répétition, à l’instar du modèle, du type, de l’objet à l’âge industriel. D’où le deuxième déplacement : de l’expérimentation et du nouveau vers l’enregistrement et la transmission. Walter Benjamin avait depuis longtemps indiqué cette voie qui substitue à l’idée du progrès celle du passage, de la transition, de la flânerie distraite qui attend la mort. Mais dans une telle perspective, y a-t-il un autre lieu que les « lieux communs » ?

Plus actuellement, si le monde prend de plus en plus la figure de la ville et surtout de la mégapole, c’est qu’en elle la vitesse et la lumière portent à l’incandescence la fascination pour l’âge industriel. Les illusions des Lumières – le panoptisme instantané – sont ainsi portées à leur comble avec la photographie, la vidéographie et le Net. L’enregistrement de l’éphémère – non sans paradoxe –confirme le devenir esthétique « du recyclage, du reste, du résidu » jusqu’à celle « de la disparition, de l’effacement ». Métaphore de cette transitivité, le port, toujours voué à l’incessante circulation marchande, apparaît ainsi comme « lieu emblématique de notre condition artistique postmoderne – qui après avoir épuisé la tradition du nouveau, postule comme principe le jeu infini des réappropriations, des recyclages et des relectures (un peu sur le modèle du DJ, dont l’œuvre se construit dans le mouvement du mixage et du sample d’un matériau musical ou sonore qui lui préexiste). » Et à ce lieu de pur transit du port semble correspondre le temps de pur transit de la mode où le monde moderne se sera épuisé dans le vide répétitif du monde postmoderne, un monde hors temps et sans lieux.

C’est sur ce point que Norbert Hillaire relance, repense le questionnement. Où en est la possibilité de faire œuvre au moment où le « tout visuel » menace l’image elle-même, le numérique immatériel effaçant la trace qui portait la différence entre le réel et la représentation ? Toute distance abolie, grâce aux technologies qui soutiennent la mondialisation, l’art s’est-il replié sur la manifestation et sa réception, sur l’action performante censée rétablir le leurre de la communication immédiate, sinon physique ?

Ce qui soulève la question du lieu de l’œuvre : où et quand l’œuvre a-t-elle encore lieu ? Pour y répondre, Hillaire repart du modèle de la « ville-panorama » lié à l’architecture fonctionnelle, avec son espace visible en surplomb, espace sans qualités axé sur le « principe de circulation et de changement perpétuels ». Face à cela, nombre d’artistes semblent privilégier une « présence autoréférentielle », souvent minimaliste, opposée à l’utopie de « l’esthétisation généralisée de l’environnement » – généralisée dans la stéréotypie . Mais, cette action locale opposée au réseau global suffit-elle pour résoudre la « crise du lien entre œuvre et lieu » ?

La sortie du musée suffit-elle et même est-elle efficace ? Comment l’œuvre d’art peut-elle encore se relier de façon distincte à l’espace réticulaire techno-urbanistique, un espace « saturé de signes et d’objets standardisés », y avoir lieu et temps, y introduire la médiation d’un monde transformable ? S’il ne s’agit plus de transmettre des objets (d’art), mais de créer des relations (communicationnelles), comment l’œuvre peut-elle intervenir de façon marquante ? L’opposition entre médiation et transmission n’est pas tenable : des « objets seconds » durables (photographies, ouvrages, DVD…) relaient et prolongent les performances éphémères… Mais, à nouveau, cela permet-il d’échapper à la délocalisation et à l’atemporalité de la « technologique » mondiale et globale ?

Du mur à l’écran, au vitrail et à l’estampe : l’œuvre multimodale

Une méditation sur l’art pariétal rend possible une avancée. Orner une paroi, peindre un mur convertissait l’espace en lieu, hors de toute fonction utilitaire et domestique, plus encore, il ouvrait l’avenir en faisant signes, des signes qui nous « parlent » encore, fût-ce énigmatiquement, aujourd’hui. Or, marquer aujourd’hui l’espace par des techniques comme celles du pochoir ou par des interventions délimitantes jusque dans les paysages prolonge cette tradition chez certains artistes qui reprennent cette constante de l’histoire de la peinture, la « libération des contraintes de l’architecture ». A l’espace fermé, l’art répond par la trace transfigurante.

Cependant, la modernité architecturale a voulu précisément abolir toute limite en substituant le verre, la transparence béante, au mur. Elle participe ainsi à l’établissement du monde-mégapole, trames et trajets horizontaux infinis qui remplacent la verticalité « du mur comme projet et projection », « du mur comme parole ». L’écran et ses images donnent-ils une nouvelle forme à ce mur ? Ou ne sont-ils qu’un prolongement de la prolifération télévisuelle de la réalité ? Une méditation du vitrail découvre à son tour une autre perspective : celle de l’invisible condition du visible. Car le vitrail introduit un temps en suspens qui redonne sens au lieu. Il est écran, mais écran qui ne masque pas le dehors tout en se tournant en dedans : il rend visible des figurations et des colorations en même temps que leur source invisible, la lumière qui les traverse. Dans l’art contemporain, il fait ainsi éclater cette manifestation d’un lieu présent au-delà de la représentation narrative traditionnelle.

Ce détour permet à Hillaire de dépasser les impasses du postmodernisme. Il témoigne, en effet, de ce que « la rupture du numérique et l’abstraction de l’espace – son immatérialisation dans les réseaux – ne signifie pas la fin des lieux « physiques » de l’art et de la culture, tels le musée, non plus que le déclin des techniques du visible appartenant à l’âge classique-moderne ». Contre toute apparence ?

D’une part, la saturation des informations et des images, l’interactivité immédiate entre producteurs et consommateurs et la propagation identique reproduite sans fin dans la médiasphère ou la sémiosphère – un monde de signes à la place du monde des vies – n’excluent-ils pas toute possibilité d’un événement ? D’autre part, en parallèle, le « devenir conceptuel de l’art », prisonnier d’une autoréflexivité et réduit à une essence vide (blancheur, silence, objet trouvé…), n’excluent-ils pas toute possibilité d’une œuvre ? L’abolition de la « distance représentative » n’a-t-elle pas précipité la prédite fin de l’art ? Le réseau technologique n ‘a-t-il pas remplacé les œuvres du monde de l’art par une « esthétique de la communication » sans monde que d’artifices ? La diversité même des productions artistiques qui prennent part et qui ne prennent pas part aux nouvelles technologies empêche de s’aligner sans plus sur les prédictions fatalistes que pareilles questions semblent dicter.

Les nouvelles technologies, en effet, ne se substituent pas « aux rapports entre l’art, l’artiste et ses outils » : elles les modifient en les sédimentant par de nouveaux supports et de nouveaux instruments. Une autre méditation originale permet à Hillaire d’ouvrir nos perspectives : elle rapproche la technique de l’estampe et celle de l’ordinateur. Outre la diffusion grâce au web, la numérisation des estampes permet de jouer sur ses formats. Autrement dit, dans ce cas, l’œuvre conquiert à la fois un nouvel espace public et de nouveaux modes d’appropriation. Risquant un parallèle avec les jeux d’hypertexte par rapport à la littérature, Hillaire y voit la confirmation des exigences d’Italo Calvino pour une création digne du troisième millénaire : « la légèreté, l’exactitude, la multiplicité, la rapidité, la visibilité »…

En somme, loin d’avoir disparus, l’œuvre et l’événement, le monde qu’ils proposent, ont accru leur possibilité. L’immédiat et l’éphémère, la manifestation et la relation interactive, la communication vont désormais de pair avec leurs relais l’objet et la trace, la représentation et l’interprétation, la transmission, Hillaire écrit : « On peut à ce sujet évoquer le concept d’œuvre multimodale, c’est-à-dire d’œuvres qui admettent plusieurs régimes croisés de visibilité dans l’espace et le temps… ». Quand la performance est prolongée par sa reproduction en maquettes, en films, en photographies et en sites Internet, elle permet, par l’enregistrement et la médiatisation, la création perpétuée de cet autre rapport au sensible et à l’insensible que l’espace et le temps de l’art ont toujours tenté.

Plus encore, « esthétiques du banal », « esthétiques du passage », « du recyclage, du reste et du résidu », si ces appellations renvoient à l’ « esthétisation généralisée de la réalité et de la marchandise », elles ne programment pas fatalement l’anéantissement des productions ainsi désignées. Parce qu’elles remontent loin en avant dans la modernité, parce qu’elles renvoient à des œuvres extrêmement diverses dans leur stratégie comme dans leurs actualisations, ces dernières peuvent s’appuyer sur les nouvelles techniques pour relever le défi du spectacle et du divertissement où l’art se serait enlisé. Si les lieux créés par l’art étaient de « mémoire », ils sont ou ils peuvent redevenir aussi « des lieux de vie ouverts sur le présent, le vivant et même le festif ».

Dépassement de l’impasse autoréférentielle ?

Mais cette mutation n’est évidemment pas linéaire. Un enjeu majeur s’y fait jour : la sortie de l’impasse autoréférentielle. L’autonomisation de l’art moderne jusqu’à la micro-auto-production postmoderne ont pu aboutir à l’autopoïèse formaliste et solipsiste. La production horizontale et réticulaire d’œuvres peut-elle favoriser un nouvel espace-temps d’expérimentation sociale et vivante, interactive et émergente – y donner lieu à un autre temps du monde (de l’art) ? La figure même de l’auteur tend sinon à y disparaître, en tout cas pas au sens mortifère d’une certaine modernité, mais à s’y trouver partagée. De même le musée, sous l’impact du numérique, devient un « musée virtuel et une mémoire dynamique de l’œuvre d’art ». Le solipsisme de l’autoréférence sera-t-il dès lors dépassé ou réduira-t-il définitivement le lieu et le temps de la création ?

Nul doute qu’aux yeux de Norbert Hillaire, dont le livre est émaillé de références concrètes à nombre d’œuvres contemporaines, l’issue de ce conflit dépend de notre capacité à tenir ensemble passé et futur, poïesis et aisthesis, production et réception, manifestation et transmission, finalement à maintenir l’adresse en travers de la production et du partage.

Paru en octobre 2009 sur Archée.qc.ca

Notes :

1 Norbert Hillaire, L’expérience des lieux esthétiques, Paris, L’Harmattan, 2008.

Notice :

Une version abrégée de ce texte sera publiée dans la revue Fusées (Auvers, France)

Références :

*Eric Clémens poursuit une double activité, de philosophie et de fiction, marquée par la passion des langages, artistiques comme littéraires.

Il a publié entre autres : côté philosophie, La fiction et l’apparaître (aux éditions Albin Michel, coll. Bibliothèque du Collège International de Philosophie, Paris, 1993) et Façons de voir (aux Presses Universitaires de Vincennes, coll. Esthétique/hors cadre, Paris, 1999) ; côté fiction, De r’tour (aux éditions TXT, Paris-Bruxelles, 1987) et une narration L’Anna (Montréal, 2003, éd. Le Quartanier).

Il a mené avec le peintre Claude Panier des entretiens parus sous le titre Prendre Corps (aux éditions Artgo, Bruxelles, 1992). Il a publié un choix des Écrits de Magritte avec une postface : Ceci n’est pas un Magritte, éditions Labor, coll. Espace Nord, Bruxelles, 1994. Il publie avec le peintre Joël Desbouiges un livre illustré Après Rembrandt, aux éditions Les Affinités, Paris, février 2007.

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No future : how to embrace complexity and win / 3

Troisième et dernière partie de l’excellent article de Riel Miller*, dans le cadre du rapport annuel de l’Observatoire pour les Marchés Extérieurs et du Département Innovation, Universités et Entreprises (Gouvernement de Catalogne).

The jackpot

Taking this imaginary future as a way to look at the present reveals a third feature of the present (after the disconnect between the financial and real economy, the emergence of a learning intensive society), that there is a jackpot of riches waiting to be created by reconnecting the “real economy” with the financial system. We face a historically rare opportunity. Economic and social change partially depends, at least in the systems we have today, on a financial system that plays its traditional of specializing in both the (re)allocation of capital and the management of liquidity – in ways that correspond to the present nature of what is being produced and accumulated in the form of assets (capital).  Without this essential system the new types of output and the new ways of producing this output, including the emergence of new business models on a viable basis, cannot happen.

Time to experiment

In this time of crisis the reflex of retrenchment, consolidation and refuge in familiar routines is understandable. But it should also be self-evident that financial system innovation is essential for developing the potential of the present. History is replete with examples.

The invention during the Renaissance, over four centuries ago, of such primordial ingredients of the financial system as double entry bookkeeping and the then exotic financial instrument called a “bill-of-exchange” were critical to enabling new business models and new markets to emerge. It is easy to forget that instruments and institutions that we take for granted today like bonds, stock markets and even central banks did not always exist but had to be invented and refined through experimentation.

What to experiment on

Past experience shows that finding the right fit between the emergent system of wealth creation and an appropriate financial system requires experimentation in at least four underlying socio-economic sub-systems – identity, property rights, transaction systems, and shared meaning.  One take[1] on today’s context suggests that in business and government we need to pursue experimentation along the following lines:

  • Identity. The emergent “learning intensive society” is characterized by “unique creation” in highly fluid and diverse networks. If there is no easy way to prove and own your identity in a practically useable form then there are very high costs and low incentives to opening an account, making an investment, accumulating assets or taking responsibility (recognizing liability).  Citizenship, birth certificates, social security cards and a panoply of rights that we take for granted now need to be extended into cyberspace – it is time to establish the infrastructure of cyber-citizenship.[2]
  • Property rights. The new relationship between property rights and finance needs to be based on accounting systems that rest on clear and operational property rights systems that validate and valorize two key asset classes: i) creativity in all its cumulative and composite richness (copyleft), and ii) human capital as the verified acquisition of competences – things you know how to do – that can be deposited in a “knowbank”.[3] A willingness to undertake creative experiments equivalent to those of 19th century, like the daring decision to introduce universal compulsory schooling, could easily establish the accounting and assessment methods needed to bring property rights and accounting systems back into realignment with the emergent systems of wealth creation.
  • Transaction systems. Composite creative works that are formed from a collage of accumulated inputs and spontaneous teams that coalesce for joint activities/joint production of utility (social, business, personal) can only work if there is an easy way to measure value and make payments. For a variety of reasons, including inadequate identity and property rights systems as noted just above, the development of a state backed token that can be used for peer-to-peer payments has not emerged. The problems are not technological but institutional.[4] Central banks did not take initiatives in this direction at the time of the dot.com boom for fear of destabilizing financial sector business models. Now that the sector has to be rebuilt anyhow what better moment to experiment with new forms of payment that can help create new valuation markets and facilitate the viability of new business models in a broad, global-local transaction economy.
  • Shared meaning. Language is an obvious enabler of networking but it is the kind of standard that takes centuries and innovations like nation states and compulsory public schooling to become ubiquitous. The equivalent challenge today is to establish a more rapid, task and context specific ability to arrive at shared meanings. This is a key enabler of a learning intensive networked society. Already much grass roots experimentation is happening with what some are calling the “semantic web”, a glimmer of what might be imagined as Web 3.0. Now is the time to be more explicit in encouraging experiments in achieving transparency (finding what you need not just what you already know).

Resistance to experimentation

Collective action, within a company, a region or globally, to introduce experimentation along these lines provokes resolute and often nasty defensive reactions. This is a normal since the emergence of new systems that function on the basis of different landmarks and logics reshuffles the stocks and flows of capital and power.

A recent rather low key but costly example of this resistance to change happened during the dot.com boom. This explosion of creative and risky ideas both inflated too fast and collapsed because powerful interests not only protected existing systems of property rights, payment, valuation, and accounting – but also, maybe more importantly, stymied experimentation with alternatives. During the dot.com boom experimentation was fenced-in to a narrow range of “wild entrepreneurialism” that left institutions, accounting practices and power untouched.

Some might say that the current context is different. Given the breadth and depth of the failure of the existing systems the choice of experimentalism may seem like a “no brainer”.  Turning to experimentalism could even appear like a good way to show some regret over how things turned out and a willingness to try something new. “Hey, let’s run a few pilot projects to see if they work. What have we got to lose?”

Fear of experimentalism

Plenty. Embracing experimentalism, as defined here, means abandoning administration and “all-knowing” power of the CEO and head of state. This is a huge and frightening loss. Administrative systems use simplification in conjunction with command and control to achieve planned outcomes and manage risk. Administration has been brilliantly, wildly successful, but at a price.

But using administrative methods to address the reality of complex evolving systems entails a loss of information and freedom.[5] By resting on the “Newtonian” world-view (see Doug Griffin’s piece) that the universe can be explained, predicted and planned, the administrative approach – even in its most reflective mode – contains two insurmountable limitations: first the premise of predictability means that failure is due to inadequate planning and hence logically failure is avoidable, failure is someone’s fault, and fear of failure inhibits learning through experimentation[6]; and second the presumption that the future of complex systems can be explained undercuts the modesty and imagination needed to question the assumptions that limit our perceptions of the potential of the present.[7]

To embrace experimentalism is to let go of the organizational forms and practices of planning and administration that are logically at odds with failure and hence, fundamentally at odds with learning. It is to take another, more spontaneous, diversified, fluid and open path to achieving our goals and managing risk.

The courage to do it

Today we look back at the crash of 1929, the immense costs of the Great Depression, and denounce what now seem like pointless political conflicts, obvious policy blunders and the excruciatingly slow pace of institutional innovation.

Will history repeat itself? What will our epitaph be? Will hindsight’s verdict in fifty years be that we systematically and purposefully sought out experimentalism and the new capacities like Futures Literacy as a new way to take advantage of the opportunities created by the complex evolutionary processes within which we live? Or will they once again lament our inability to imagine changes in the conditions of change and do something about it?

At least our choice is simple – will we give up on trying to predict the future and embrace experimentalism or not?

Riel Miller.

Cliquez ici pour lire la première partie et ici pour la seconde partie.

Published in: OME (2009), Annual Report 2009 – Reglobalisation: Underlying transformations and new opportunities in a post-crisis world. Foresight Observatory for International Markets (OME), ACC1O, Department of Innovation, Universitites and Enterprise (Government of Catalonia),  2009.

*Riel Miller est un spécialiste de la réflexion stratégique à long terme. Depuis plus de 20 ans, son travail se concentre sur l’évaluation et la conduite de la transformation socio-économique des secteurs privé et public. Il figure parmi les meilleurs praticiens des méthodes de scénarios et a développé des « scénarios stratégiques hybrides » un peu partout dans le monde. Son travail traite de nombreux sujets comme le futur des services publics, de l’éducation, de l’Internet, de l’identité, de l’information et des technologies, de la société de la connaissance ou de la finance.

Il conçoit et implémente la scénarisation de processus qui révèlent des hypothèses sous-jacentes dans les politiques actuelles mais également le potentiel qu’elles contiennent souvent de manière insoupçonnée. Utilisant une approche qu’il nomme « rigueur imaginative», il aide à la construction de nouvelles décisions qui permettent rendre possible et d’augmenter progressivement le rôle de l’innovation dans le développement des organisations.

Des défis spécifiques du secteur public comme le futur des finances des institutions jusqu’à des défis plus sociétaux comme le futur de la globalisation dans la société de la connaissance, Riel fournit une expérience riche et un réseau international étendu qui ont bâti la solidité et la créativité de sa réputation.


[1] Miller, Riel, (2006), “Equity in a 21st Century Learning Intensive Society: Is Schooling Part of the Solution?”, Foresight, Emerald, Volume 8, Issue 4. And, Miller, Riel and Tom Bentley, (2003), Unique Creation, National College for School Leadership, UK.

 

[2] Miller, Riel (1997-99), Rules for Radicals, monthly column for ezine, intellectualcapital.com

[3] Miller, Riel (1996), Measuring What People Know: Human Capital Accounting for the Knowledge Economy, OECD, Paris.

[4] Miller, Riel, Wolfgang Michalski and Barrie Stevens, (2002), “The Future of Money”, OECD, Paris.

[5] Miller, Riel, (2006), “From Trends to Futures Literacy: Reclaiming the Future”, Centre for Strategic Education, Seminar Series Papers, No. 160, Melbourne, Australia.

[6] In an administrative system the verdict of success or failure, hence the dynamics of experimentation occurs most tellingly through the birth and death of organizations. This is too “lumpy”, too limited by the administrative form, for unique, networked, co-creation activities.

[7] Miller, Riel (2007), “Futures Literacy: A Hybrid Strategic Scenario Method”, Futures: the journal of policy, planning and future studies, 39, Elsevier, Pp. 341-362.

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A Digital Experience

Quel visage la Ville aura-t-elle demain ? Sera-t-il déformé, reformé, recomposé, redessiné ? Et quel type de développement peut-on attendre de nos mégapoles ? Sera-t-il planifié, organisé, anarchique ? Ce sont quelques unes des questions posées par une passionnante exposition interactive qui s’est déroulée en octobre dernier à New York. Conçue par un collectif d’artistes français baptisé Visual System (VS), elle met au premier plan les arts numériques avec le festival « Crossing the line », le festival d’automne du Frenc Institute – Aliance France (FIAF). « Le processus créatif de VS permet de rassembler des talents aussi divers que complémentaires. Le résultat est un métissage très spectaculaire entre son, image, design et urbanisme où chaque spectateur peut jouer un rôle et imaginer une nouvelle mégalopolis » explique Tristan de Terves, directeur de la galerie du FIAF. Les trois installations de cette Digital Experience sont visibles en cliquant ici.

Source : ministère de la Culture et de la Communication.

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L’Unesco doit se réformer

L’Unesco a perdu de son influence et n’a pratiquement pas de perspectives d’avenir, estime l’ambassadeur portugais de l’Unesco Manuel Maria Carrilho. Dans le quotidien Le Monde, il demande des réformes profondes : « Qui, de nos jours, attend encore la parole de l’Unesco ? Face à la crise profonde du monde actuel, une crise inédite, systémique et mondiale, y a-t-il encore quelqu’un … pour s’inspirer de sa vision ? Non. Force est de constater que malgré ses programmes innombrables et assurément méritoires, c’est loin d’être le cas. Cela traduit la trajectoire déclinante de la plus importante institution mondiale pour la culture, l’éducation, la science, la communication et les droits de l’homme … . Aujourd’hui, l’Unesco se trouve à une incontournable croisée de chemins : ou bien elle continue sur le trajet qui l’a de plus en plus enfermée bureaucratiquement sur elle-même et l’a affaiblie dans sa capacité de parler au monde, ou bien, s’inspirant des meilleurs moments de son histoire, elle se revivifie en s’ouvrant aux besoins d’une époque et d’un monde qui ont considérablement changé. »

Source : BpB

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No future : how to embrace complexity and win / 2

Deuxième partie de l’excellent article de Riel Miller*, dans le cadre du rapport annuel de l’Observatoire pour les Marchés Extérieurs et du Département Innovation, Universités et Entreprises (Gouvernement de Catalogne).

Applying Futures Literacy to the crisis

Current economic events are frightening and painful for many people and companies. What seemed fairly certain and predictable only a year or two ago now seems uncertain and obscure. It is commonplace to hear that the current crisis makes it impossible to continue with “business-as-usual”. Everywhere people are saying it is time to change, time to adapt to a new world, that old solutions will not work.

Yet, almost in the same breath decision makers are demanding that every choice reduce uncertainty. After all the say, everything is so uncertain already, don’t add to a bad situation. So the decision-making rule is: “don’t do anything that will increase the already excessive uncertainty.” Choose initiatives that have a solid track record of working effectively, of being predictable and tested.

This is today’s paradox. In the face of greater uncertainty there is greater insistence on predictable, quantifiable, low risk choices – in order to offset uncertainty. Unfortunately if the first premise is right then looking for “tried and true” solutions is simply a way to make even bigger mistakes. False certainty is worse than no certainty. And yet, if we look around us many of us are convinced that the world is changing. Part of this is, as is only natural, the “hubris of the now”.  Our sincere belief that this moment in time is the most __________ (fill in the blank): fastest, biggest, most complicated, most overloaded, most dangerous, the most Madoff, etc..

Still, as the analyses presented by Carlota Perez or Doug Griffin (see this volume) point out, there are significant, historically specific changes taking place that distinguish the current conjuncture from the preceding period. And the financial crisis, rather than being just an aberration of bad morals and bad regulation, is indicative of systemic changes in the underlying structure of our economies and societies.  From this perspective we are living a moment when the swirling clouds of evolutionary complexity part, offering a glimpse of a landscape where three features stand out and what needs to be done becomes clear. It is time to embrace experimentalism.[1] To do so requires Futures Literacy, the capacity to look at the present in its full complexity and indeterminacy without losing sight of what to do, which choices make sense now.

To get to a Futures Literate approach to decision-making we need to get past some of the scapegoats and distractions of deterministic thinking.  One of the biggest current impediments to more open thinking is a yearning for the certainty of “solutions that work” and the desire to eliminate any sources of uncertainty. A prominent example of a yearning for more certainty/less uncertainty is the desire to “fix the financial system.” This is almost a “shoot the messenger” type reaction.

Certainly the “crisis” and the current collapse in the credibility of people’s assumptions about the future is partly due to errors by regulators and investors, including trusting people without scruples.  But the real error is the way people think about the future.  They wanted to believe that continued globalization and the advent of a “flat world” assured us never-ending prosperity. They wanted to believe in immortality, that systems do not decay, become detached from the conditions for resilience, decline to become marginal or disappear altogether as new emergent systems are born and begin to take pride of place.  In our success we came to believe in the possibility and virtues of resilience. That we could ensure eternal life by accurately anticipating the future (prediction) and adapt in advance to any threat or dysfunction, thereby consistently and perpetually avoiding the dangers of “over shooting” or breakdown.

What is happening at the moment, the very real and painful feeling of abrupt discontinuity, fears of deindustrialization and that somehow the rules of the game are being rewritten, is not because of a conspiracy or incompetence or a sudden increase in the prevalence of turpitude amongst people who happen to be alive at the moment. Such explanations are for people who are looking for scapegoats, someone to blame so that the search for certainty does not have to end just the story that carries the burden.  This is not to argue for a view that exonerates individual actors or groups of actors of responsibility, rather it is to reposition responsibility within the more modest confines of the limited power of volition and explicit collective choices.

In other words it turns out that in the kind of hyper-complex evolutionary system we currently are in breakdowns happen. It’s normal and actually, looking at the long-run, “healthy” from the point of view of broad system resilience.  We live in industrial systems, rooted in private property, market transactions rule of law and modest elite reshuffling through elections – that regularly generate a disconnect between the financial system (playing the Darwinian role of reallocating investment) and the rest of the value creating system (output of utility) (again see Carlotta Perez). Without getting into why this happens, the evidence that it has happened is fairly overwhelming, particularly at the moment.

The key question is how to restore the systemic attributes we care about?  Here I don’t think it is asking the financial folks to become more self-aware, humble and prescient. Let them continue to be predators, playing their profit hunting role, as aggressively as they can – including going after speculative, tail-chasing bubble activity when they can’t find anything else better to eat.  This obsessive exuberance serves us well – on the one hand it means that many projects that would never be tried or explored in a more sober, controlled system actually get funding to do wild and experimental things (anyone want to live in a system that can pre-emptively control excess and risk, that doesn’t allow evolutionary change?); and on the other hand it sends a signal that the way in which utility and profit were produced in the past no longer interests the carnivores – a critical signal of the need to change the allocation of power.

Not surprisingly such changes in the allocation of power do not happen through benevolent prescience. Those in power cling to it, often viciously. The allocation of power in our societies is not changed consciously by bankers but unconsciously as they seek greener pastures and over-extend their backward looking capabilities to detect and cull in a new and emergent systemic context. The shift to a different way of organizing wealth creation is a broad process, one that has up until now occurred mostly inadvertently and with massive amounts of horrific destruction. I’m not saying that anything is inevitable – the future of hyper-complex evolutionary system is unknowable and fundamentally indeterminate – but don’t blame the bankers or ask them to turn into lambs.

Let them continue to hunt, but in new jungles. Simply closing off (regulating) the old hunting grounds such as the legal pyramid scheme they constructed in order to chase securitized-triple A financial instruments just puts them on a diet.  The challenge is bigger and more society wide, how to open up new fields of value creation – along with the rules, institutions, organizations, business models, etc. that go along with this kind of change. That is the challenge to volition. It is a challenge to our imaginations, to discover another future in the present than the future we once saw in the past.

The traces of emergence are around us but blame and nostalgia won’t provide us with the insights to act now on the potential of the present. It is a common event in the history of firms and sectors that eventually they get drawn away, initially by innovation and the good profits that go with it, to a point where the core role of what they produce is forgotten. There are famous examples of firms and indeed even whole nations that lose sight of the essential, focusing on doing things that end up being peripheral and ultimately non-resilient.  This is the great danger, as IBM’s Lou Gerstner explained, of success.

Applying Futures Literacy to the “real economy”

So, now that the financial system is for most people a failure, what about the everyday economic and social realities? When each of us wakes up and starts about our own day, the “real economy” is still there. This is the continuity of human activity that creates wealth in the form of useful output. It is important, very important and not easy in these queasy days at the end of the industrial era, to admit that wealth creating activity includes not just the familiar physical objects that come off automobile assembly lines or the “white collar” services offered by Wall Street brokerages but also the “unique creation” that defines peer production, experience market events, “do-it-yourself” craft, and co-produced relationships arising in fluid networked communities.

What we see in the world around us today is shaped profoundly by what we think will continue to be in the future. Included in our anticipatory assumptions are things we just take for granted as being part of the future, like jobs will be important, companies will be the main way of organizing economic activity, schools and universities will be the key source of knowledge, nations will compete, identity will be given to you, society’s values and standards will become more lax because of greater tolerance and diversity, older communities will be poorer communities, and bureaucracy will always be with us.

Now, taking a page out of the foresight methods discussed above, what if we imagine a different future, how does our perspective on the present change? Very briefly here are seven challenges to conventional wisdom if we imagined the future – as a story, not something that is probable or even desirable – in the radically different configuration of what I have called elsewhere the Learning Intensive Society.

First, if “banal creativity” becomes the predominant source of intangible value-added in an economy dominated by “unique creation” then what matters for further productivity gains is not the extent of increases in the technocratic skills of the population but rather their ability (capacity) to refine their own tastes.  This implies that the dominant classroom model of teaching, with its industrial era behavioural patterning (passivity, obedience), needs to be reduced to a minimum – especially for youth.  The pre-eminence of the refinement of taste in the context of unique creation also implies that there is no need to continue with the race to push ever more people up the traditional industrial era hierarchy of skills.

Second, following on from the predominance of unique creation, industrial ways of organising production, including the firm, give way to much more spontaneous networks of “pro-sumers”.   A collapse of the divide between supply and demand could significantly reduce the organisational advantages of the administrative firm; but only if we can imagine new institutions and cultures that can sustain the necessary transparency, trust, ease-of-payment, diversity of contractual relationships, and new forms of property rights.

Third, the traditional notion of competition that sees multiple suppliers of a fairly similar product vying to sell to a large number of consumers on the basis of quality/price falls by the wayside since unique products no longer fit this model.  This also has implications for two related industrial era notions – the GNP definition of wealth which aggregated the transactions across the supply-demand divide and competition between nations (treated in a sense as firms).  The shift to an economy dominated by network based co-production and much more direct transaction/cooperation relationships opens up greater scope for mixing of monetary and non-monetary exchange.  It also connects up to a much more personal universe of things and services but also, perhaps more importantly, it opens up the potential to organise work for life instead of the industrial era’s adaptation of life for work.  Which connects to the next point.

Fourth, one of the basic driving forces of the evolutionary processes (that include failure and extinction) that give rise to transition scale changes is the search for identity in the context of freedom, hence it is not the provision of security but the building of capacity that is crucial for avoiding fundamentalisms.  Capacity emerges from experience, by doing rather than being told.  Situations where people engage in learning by doing is dominant.  But this means that there are a lot of experiments.  And if there are experiments there will be failures.  Which leads to the next challenge to conventional wisdom.

Fifth, ex-ante industrial planning (administration/bureaucracy) approaches to managing both the perception and probability that a negative risk turns into reality become a source of failure. Just the opposite of what we believe now – that planning is the way to avoid failure and that failure should be avoided at all costs.  In the context of much denser, more spontaneous and dynamic networks diversification as well as a general move away from choices that create path dependency are sufficiently risk reducing to allow for reliance on “more risky” just-in-time experimentation. It is more dangerous to avoid experimentation and the failures that come with it than to suppress risk and seek to avoid failure.

Sixth, sustainability depends on improving the capacity for self-organising systems to function.  This works because, as already mentioned, we can imagine major breakthroughs in the institutions and cultures that underpin transparency and trust.  Adherence to basic common values is a more stringent requirement, internalized constraint rather than externally imposed (policing). While at the same time new ways of identifying and sharing much more fluid and varied collective realities (network standards) means that governance systems have a greater capacity to clarify the nature and temporality of both conflicts and imaginative solutions.  Forms of governance function on the basis of experimentation not administration and rest on a greater underlying capacity throughout society to make decisions; a sort of literacy for the post-industrial world.

Seven, last but not least, taking all of the preceding points together could mean that changes in the overall age profile of a population (typically referred to as aging) is NOT a problem at all.  People with more experience of refining their own taste, constructing their own identities, networking their work to fit their lives, will be simply better at creating the kind of wealth that defines a Learning Intensive Society.  This means that contrary to today’s expectations the richest society are the ones with the highest average age.

Fin de la seconde partie.

Pour revenir à la première partie, cliquez ici.

Pour lire la troisième partie, cliquez ici.

Published in: OME (2009), Annual Report 2009 – Reglobalisation: Underlying transformations and new opportunities in a post-crisis world. Foresight Observatory for International Markets (OME), ACC1O, Department of Innovation, Universitites and Enterprise (Government of Catalonia),  2009.

*Riel Miller est un spécialiste de la réflexion stratégique à long terme. Depuis plus de 20 ans, son travail se concentre sur l’évaluation et la conduite de la transformation socio-économique des secteurs privé et public. Il figure parmi les meilleurs praticiens des méthodes de scénarios et a développé des « scénarios stratégiques hybrides » un peu partout dans le monde. Son travail traite de nombreux sujets comme le futur des services publics, de l’éducation, de l’Internet, de l’identité, de l’information et des technologies, de la société de la connaissance ou de la finance.

Il conçoit et implémente la scénarisation de processus qui révèlent des hypothèses sous-jacentes dans les politiques actuelles mais également le potentiel qu’elles contiennent souvent de manière insoupçonnée. Utilisant une approche qu’il nomme « rigueur imaginative», il aide à la construction de nouvelles décisions qui permettent rendre possible et d’augmenter progressivement le rôle de l’innovation dans le développement des organisations.

Des défis spécifiques du secteur public comme le futur des finances des institutions jusqu’à des défis plus sociétaux comme le futur de la globalisation dans la société de la connaissance, Riel fournit une expérience riche et un réseau international étendu qui ont bâti la solidité et la créativité de sa réputation.



[1] This text is adapted from an article by the author, published in Optimum Online, http://www.optimumonline.ca/article.phtml?id=332, and Ethical Markets, http://www.ethicalmarkets.com/2009/01/30/to-experiment-or-not-to-experiment-–-that-is-the-question/

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Dallas, la longue métamorphose

Depuis longtemps, la ville de Dallas désire être à tout prix une cité de classe mondiale. Or ceci nécessite un certain nombre de « pré-requis », tout particulièrement aux Etats-Unis où les contrastes entre les villes à fort rayonnement mettent la barre très haut pour les autres villes qui veulent entrer dans cette catégorie. Tant que vous n’avez pas la panoplie complète d’une destination américaine culturelle majeure (des gratte-ciels, une franchise à la NFL et de graves problèmes d’embouteillages… ), vous n’êtes qu’une « Palookaville », un espace qui se caractérise par sa vacuité, voire sa stupidité. C’est dire toute l’arrogance de la compétition entre les territoires aux USA.

Dallas figure parmi les villes qui n’ont pas jeté l’éponge pour autant, malgré une réputation difficile qui lui colle à la peau depuis toujours ou presque. Elle tente en effet depuis plusieurs années en mettre cohérence un ambitieux district artistique, grâce notamment à un ensemble de musées, théâtres et opéra conçus par les plus grandes stars de l’architecture mondiale. Tout récemment, la ville a fêté l’ouverture des deux dernières pièces manquantes à son puzzle stratégique : le théâtre Dee et Charles Wyly et l’opéra Margot et Bill Winspear. L’un est le fruit de la collaboration entre Rem Koolhaas et Joshua Prince-Ramus et le second est signé Norman Foster.

Si les bâtiments sont très dissemblables, chacun contribue à sa manière à brillamment compléter le dispositif que la ville cherche à mettre en place. Il aura fallu un peu plus de trente ans pour combler les manques de ce district des arts issue d’une idée un peu folle en 1977. Entendez par district un territoire « cluster », où toutes les compétences et les infrastructures sont réunies pour développer une industrie particulière, transversale à toute l’économie et la stratégie d’un territoire.

L’idée de ce district a en effet germé dans le plan stratégique de 1977 et a failli être immédiatement abandonnée lorsque la levée de fonds nécessaires à se mise en œuvre fut rejetée au moment de son vote. La première phase ne put être achevée qu’en 1984 avec le Dallas Museum of Art (conçu par Edward Larrabee Barnes). Il fallu ensuite plus de 5 ans supplémentaires pour voir débuter l’opération du Meyerson Symphony Center (création pour le moins radicale de I.M. Pei). Puis ce fut à nouveau la traversée du désert jusqu’en 2003 où fut inauguré l’extraordinaire (au sens propre du terme) Nasher Sculpture Center signé Renzo Piano.

Cette progression en longues étapes est malgré tout loin d’être un désavantage pour le développement de ce district d’un peu plus de 27 hectares assez fragmentés. Car on constate en l’occurrence que cela a permis d’éviter de produire un effet « palais » culturels figés dans leur temps, ce qui caractérise par exemple de manière frappante le Lincoln Center for the Performing Arts de New York.

Dallas a su assembler une grande diversité de bâtiments issus du meilleur de l’architecture des trente dernières années et peut se lancer dans la grande compétition de l’attractivité internationale des villes à fort rayonnement culturel. Cette catégorie des cités de premier plan atteint aujourd’hui un certain niveau de maturité un peu partout dans le monde, y compris dans les pays considérés comme émergents. C’est d’ailleurs là que le bât blesse pour les métropoles européennes : les stratégies les plus ambitieuses et les plus récentes trouvent leurs exemples les plus flagrants aux Emirats, en Chine, au Brésil, en Asie du Sud-Est et en Amérique du Nord, ce qui n’est et ne sera pas non plus sans effet sur les flux touristiques.

Dallas entre donc dans la danse, forte de l’expérience accumulée dans le temps d’architectures spectaculaires et attractives par leur innovation formelle et technique. Elle se paie luxe d’un effet Guggenheim sans le Guggenheim en question, chose qui du point de vue purement touristique était encore impensable il y a peu de temps dans cette partie des Etats-Unis. La sagesse du plan stratégique de ce district des arts va plus loin que ce que l’on pourrait qualifier de politique centrée sur l’investissement puisque la ville a tout prévu, en allant jusqu’à faire appel à des techniques du marketing devenues plus fines (plus intuitives, mieux adaptées au fait culturel), à des compétences en la matière (les directeurs des différents sites mentionnées savent parfaitement leur rôle que leur établissement doit jouer dans la société d’aujourd’hui) qui contribuent massivement à l’effort de développement. Cette gestion des ressources permet de créer les conditions d’une politique touristique maîtrisée qui ne tardera pas à porter ses fruits et Dallas va sans aucun doute figurer parmi les prochaines villes américaines à sa tailler la part du lion dans la compétition effrénée des grandes villes culturelles dans le monde.

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No future : how to embrace complexity and win / 1

Riel Miller*, un de nos membres les plus actifs, nous fait l’amitié de nous autoriser à diffuser une de ses récentes contributions, dans le cadre du rapport annuel de l’Observatoire pour les Marchés Extérieurs et du Département Innovation, Universités et Entreprises (Gouvernement de Catalogne).

Sa contribution est selon nous essentielle pour établir les axes de réflexion qui suggèrent quelles attitudes et quels processus adopter pour tenter de surmonter les problématiques auxquelles nous sommes confrontés dans la gouvernance de nos systèmes, systèmes pour le moins secoués par la crise financière, économique et sociale.

Ce texte extrêmement concret n’interdit aucun parallèle avec la gouvernance culturelle bien au contraire et c’est pourquoi nous le publions. Les acteurs de la culture sont en effet, tout particulièrement en France, dans une situation contrainte et paradoxale.

Contrainte, c’est une évidence, par la difficulté d’articuler les moyens, les ambitions et les équilibres entre l’offre et la demande ; par la fin de l’ère de la subvention annoncée depuis un moment déjà mais qui prend une toute autre ampleur ces derniers mois ; par les vieilles habitudes de gestion au détriment de l’action ; par la faiblesse des repères donnés par les institutions pour développer un avenir, etc.

Paradoxale, parce que la culture est (pour reprendre la théorie de Jean-Muchel Lucas), cette coquille de noix qui flotte toujours à la surface de l’eau, qu’elle soit en haut de la vague ou dans le creux de la vague, quelle que soit la force des courants ou des tempêtes. La majorité des acteurs culturels français flottent au gré des courants sans qu’aucun cap ne soit jamais fixé ni tenu suffisamment longtemps pour que le voyage en vaille la peine. Aujourd’hui plus que jamais, cette théorie prend une tournure cruelle et les acteurs et les institutions semblent se trouver prisonniers d’une seule alternative : s’adapter ou résister ? On en connaît déjà l’issue.

Dans ces conditions, nous avons toujours tendance à trop faire de prospective pour l’exercice de la prospective en soi. Ce n’est certes pas stérile sur le plan structurel mais nous nous fourvoyons dans l’idée qu’il faut anticiper et que, d’une certaine manière, nous pouvons prédire le futur.

Nous nous en remettons donc aux cabinets de consultants, dont certains ont la fâcheuse tendance à faire avaler beaucoup de couleuvres ambitieuses à leurs clients, pour ne parler que de l’exemple désastreux et pharaonique du Pont du Gard, obligé de fermer de novembre à mai. Nous nous en remettons aussi et heureusement aux élus pour développer de vraies visions mais cela n’exclut pas les défauts de vision pour autant, comme l’exemple du 104 rue d’Aubervilliers à Paris nous le rappelle depuis 4 ans et dont la démission des deux directeurs intervenue il y a quelques jours à peine (mais qui était courue d’avance depuis plusieurs mois) vient clore un bilan bien mitigé.

Peut-être faut-il rappeler quelques principes sages, des principes qui génèrent beaucoup moins d’impacts négatifs en cas de défaut de pertinence vis-à-vis de l’avenir. Peut-être faut-il éviter toute idée de prévision du futur et véritablement s’emparer de la complexité pour trouver de véritables stratégies gagnantes à long terme. Ce sont ces principes que Riel Miller nous explique, en anglais dans le texte et en trois parties. En voici la première.

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“It is increasingly clear that the current downturn is fundamentally different from recessions of recent decades. We are experiencing not merely another turn of the business cycle, but a restructuring of the economic order. For some organizations, near-term survival is the only agenda item. Others are peering through the fog of uncertainty, thinking about how to position themselves once the crisis has passed and things return to normal. The question is, “What will normal look like?” While no one can say how long the crisis will last, what we find on the other side will not look like the normal of recent years. The new normal will be shaped by a confluence of powerful forces—some arising directly from the financial crisis and some that were at work long before it began.”

Ian Davis, McKinsey, Worldwide Managing Director, March 2009

According to the weather service the sun will rise tomorrow at 6:46. There is a fair degree of confidence in this prediction. A meteor might hit the earth between now and then or space aliens might tow the earth to a new location. But these are low probability events when compared to tomorrow’s sunrise. What about the future of the global economy? What can be predicted about economic performance over the next five years?

It is probably safe to say that in one form or another economic activity and the global flows of goods, services, capital, labor, and ideas will continue over the next five years. Productive economic activity and some degree of cross boundary, over the horizon interaction, has characterized human societies for millennia, so it is a safe bet that economic growth and globalization will continue into the future. But the expectation that economic growth might be plus or minus a couple of percentage points and that global flows will continue does not tell us much about what to actually do.

Which sectors will be winners? Where will margins be squeezed by competitors or declining demand? Which technologies will diffuse fastest or change the rules of a specific market (like MP3’s for music or the iphone for smartphones)?  How will supply chains change? Where will innovation come from? Without a more precise prediction of what will happen specifically, to your sector, to your products, to your market, to your sources of capital, to your margins – what good is a general forecast that things will muddle on more or perhaps, as Ian Davis of McKinsey prognosticates in the opening quote, much less than is usual? Isn’t there a model that offers safe and accurate predictions of how global flows and prospects will enter into the value-chain that generates revenues and profits for your firm, your region?

The short answer, not a surprise, is no.

Economic change is too open ended. As pragmatists point out and recent cyclical events underscore, things can change quickly and yesterday’s anticipatory assumptions – the basis for the predictions used to make decisions – can look fairly foolish only days or months later. The potential for variance is too large and the number of causal factors that might account for such variance greater still. Worse, even if we had perfect information, knew everything about everything, phenomenon like economic change and globalization are fundamentally indeterminate. This compounds the fact that we do not in fact know everything about everything.

Thus when it comes to the future ignorance combines with the creativity of our universe to render prediction either a game of imposing our will on what ever happens or a way to deceive ourselves. The former may be justifiable in circumstances where the ends are so important that the means can be imposed – even if the outcome is often not at all what was intended originally. The latter can be important for our confidence and maybe, at least up until now, psychologically necessary for making the choices and taking the risks that generate change. But fundamentally, the impossibility of prediction is good news for our ability to imagine and exercise freedom.

Either way – because of our ignorance or fundamental indeterminacy – there is no future, in the sense of predictability, for complex phenomena.

If there is no future, then what?

Lacking an effective way to predict the future of economic change what options are available if we still want to take the future into account when we make decisions in the present? What is the alternative? Do we give up and let fatalism reign? I don’t think so. Like the thinkers obliged to revise their view of the cosmos when Copernicus overthrew Ptolemy, there are new ways of looking at the world based on an acceptance of both ignorance and fundamental indeterminacy or openness. This is what embracing complexity is about.

One way to still exercise our volition, indeed it is a moral obligation to address the flaws in the world around us and pursue our aspirations, is to improve our anticipatory systems in ways that take fundamental openness into account.  The alternative to the predictive approach is to construct stories about the future that are inspired by the present and past but do not pretend to offer a probabilistic assessment of how likely any one future may be.  This Futures Literacy approach has the virtue of achieving two goals that are critical for decision-making.

First rigorously imagined exploratory scenarios help to reveal the anticipatory assumptions, the images or idea of what the future will be like that people use to make choices. Second these non-predictive stories about how things work in the future can be quite imaginative, painting a radically different picture of the future. This, in turn, allows a re-evaluation of the way we see the present, what choices are on offer by altering the anticipatory assumptions used to make decisions in the present.

Rigorously imagined exploratory scenarios that are at the core of a Futures Literacy approach are not the same as the typical scenario used by businesses and governments. The more common types of scenario are used to plan, like in a chess game. The purpose of these scenarios is to think through different ways of getting to the same goal using given resources and given rules of the game. Here the different ways, within given constraints, of getting to the predicted objective offer an opportunity to select the best path.  These “optimization scenarios” help us to take the optimal route to our planned goal.

Another common type of scenario is the what-if simulation, meant to test and improve the capacity to respond in the face of an external event like a catastrophic flood or an unexpected run of good luck.  In playgrounds children rehearse different situations, learning to respond to the actions, good and bad, of their community.  Pilots use flight simulators to practice for all sorts of wildcards like freak storms, mechanical failures and even perfect landing conditions in a variety of airports. Getting ready for things that happen using “contingency scenarios” is common for emergency crews, soldiers and good strategic and competitive intelligence teams.

However both optimization and contingency scenarios are limited. Optimization assumes its goal, and to be effective also needs to make assumptions about the means and methods.  Planning to build a bridge without funds, engineers or the know-how necessary to organize construction, doesn’t make much sense. When you know you want to build a bridge you set out the parameters and then ask about different ways of configuring the rules and resources to get to your goal.  This is optimization thinking.

Contingency is similar.  Although it is hard to predict exactly what kind of external event will impinge on your daily life, manna from heaven or a bolt of lightening, you can prepare for both and be ready.  Such readiness as a mental state and materially in terms of storing or constructing precautionary resources is the basis for survival. We build houses to shelter us from the elements and we simulate disasters to understand how to keep calm and communicate in ways that allow for the coordination of a response that is appropriate to the surprise.

When it comes to complex evolving systems like the future of economic change and globalization, there is little point in developing either planning or contingency scenarios. What you predict and then carefully optimize by looking at a number of scenarios, like a good chess player, ends up being beside the point when the rules of the game, and even the goal, change. Dealing with the indeterminacy of open systems requires a radically different point-of-view – one that does not seek to know or predict what might happen in the future.

Instead the aim is to better understand how our ideas, images, expectations and assumptions about the future enter into our decision making in the present. This involves two key steps: one is becoming more aware of our typically implicit assumptions about the future; and two is challenging and developing alternatives to how the future shapes our picture of the present.  We need to discover the many dimensions of the now that are influenced by the way we imagine the future.

Exploratory scenario exercises still use frames, a few fixed parameters (givens), but they are generally only pre-conditions for action (like the sun will rise) and what is the point (to eat, make a profit, etc.).  To some this may seem just like a question of degree or specificity, but there is a decisive difference between seeing a telephone exclusively as a tool for inter-personal communication and seeing it as a computing device that can serve a myriad of functions like music player, geo-locator, payment instrument, etc.. Similarly a company that supplies gasoline is not the same as one that aims to provide energy – in whatever form and organization. Lastly a nation, may embrace the general goal of “life, liberty and the pursuit of happiness” but the meaning of life, liberty and happiness do not stay the same, nor do the ways in which the nation achieves such objectives.

An obvious example of an open ended, exploratory way of thinking about the future is the way we look at ageing. It is commonplace to expect that as a person gets older their tastes, values, and capabilities all change. When recounting the story of a person’s future we naturally take into account the fact that what a child wants to become at 10 is not likely to be what they want at 25. We also know that what our parents or grandparents wanted us to become, or could even imagine us becoming, is too limiting. Not only do vocabularies (what can be articulated as an aspiration) change, but so too do enabling and constraining conditions (like authoritarianism, mass-production, etc.). It is obvious that a European child born to the war torn middle of the 20th century could not tell the same story about their future as one born today (without in any way making a judgment about the superiority or inferiority of their speculations).

Combining the assumption that changing contexts change not only what is possible but what is imaginable with the value statement that it would be wrong to insist that future generations must hold the same values as we do today, eliminates one of the key expectations typically attached to a foresight or scenario exercise. Which is to plan how to get from A to B. The implicit (sometimes explicit) expectation is that scenario exercises can help people to change what they do today by contrasting current choices with either a more desirable future or a more probable future.[1] The so called normative future offers an “ideal” benchmark, while the probable future (typically based on a predictive model) offers lessons on what to do or not to do if one wants to either accelerate or avoid the scenario that, from today’s perspective is deemed more or less probable. Both are rooted in a planning paradigm that uses scenarios as a way to improve blueprints for the future.

An alternative, what I call a Futures Literacy approach, uses scenarios as a tool for calling into question current decisions without any expectation that the scenario used today will correspond to the scenario developed tomorrow. Jettisoning the planning premise may seem like a subtle distinction. For instance critics of foresight in general might point out that in any case, both in practice and in principle, scenarios are usually assigned a low probability and hence are not a dependable planning tool. But by altering the premise that underpins the way decision makers typically use scenarios, particularly by explicitly not accepting the dual planning oriented imperatives of fixing a target [2] for the future and seeking the highest probability prediction (despite formal proclamations to the contrary), the scenario method advanced here is at once more modest and less constrained.

It is modest in terms of the imposition of today’s values on a long-run future. It is modest in terms of the predictive value of the scenarios. And it is modest in terms of the realization that even if the scenarios are highly imaginative and get “outside-the-box” that so often constrains thinking about the future, there is no way to know if we are inventing the vocabulary of tomorrow or not. Yet, this approach is also less constrained, less modest, when it comes to throwing off the limits imposed by both the search for predictive accuracy and projecting today’s values into the future. And it is much more ambitious when it comes to both detecting and acting on the potential of the present – taking off the assumptions about the future that stop us from seeing what is around us right now.

The practical question then is how to apply a non-deterministic, imaginative and exploratory approach to the future for making choices today.  Everyone still needs to be able to answer the question – what do I do now?

Fin de la première partie.

Pour lire la seconde partie, cliquez ici.

Published in: OME (2009), Annual Report 2009 – Reglobalisation: Underlying transformations and new opportunities in a post-crisis world. Foresight Observatory for International Markets (OME), ACC1O, Department of Innovation, Universitites and Enterprise (Government of Catalonia),  2009.

*Riel Miller est un spécialiste de la réflexion stratégique à long terme. Depuis plus de 20 ans, son travail se concentre sur l’évaluation et la conduite de la transformation socio-économique des secteurs privé et public. Il figure parmi les meilleurs praticiens des méthodes de scénarios et a développé des « scénarios stratégiques hybrides » un peu partout dans le monde. Son travail traite de nombreux sujets comme le futur des services publics, de l’éducation, de l’Internet, de l’identité, de l’information et des technologies, de la société de la connaissance ou de la finance.

Il conçoit et implémente la scénarisation de processus qui révèlent des hypothèses sous-jacentes dans les politiques actuelles mais également le potentiel qu’elles contiennent souvent de manière insoupçonnée. Utilisant une approche qu’il nomme « rigueur imaginative», il aide à la construction de nouvelles décisions qui permettent rendre possible et d’augmenter progressivement le rôle de l’innovation dans le développement des organisations.

Des défis spécifiques du secteur public comme le futur des finances des institutions jusqu’à des défis plus sociétaux comme le futur de la globalisation dans la société de la connaissance, Riel fournit une expérience riche et un réseau international étendu qui ont bâti la solidité et la créativité de sa réputation.


[1] It is also common to use scenario exercises to build up better communication and a shared understanding of values and expectations. But this type of scenario exercise does not usually target specific policy issues.

[2] A single target because even if the scenario process generates multiple scenarios the policy choice is made in terms of avoiding the bad scenario or achieving the good one. Sometimes policies are elaborated or judged in terms of being able to accommodate multiple scenarios and this polyvalence is deemed a useful criterion. However this is still a planning perspective only using a set rather than a single target.

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Le transfert des monuments vers les collectivités soumis au Parlement

Paru récemment dans le toujours aussi bien informé Journal des arts, un article sur l’adoption pour le moins discrète d’une modification dans le projet de loi de finances pour 2010 qui permet de se passer de l’avis du ministère de la Culture pour transférer les monuments historiques protégés appartenant à l’Etat aux collectivités locales qui en feront la demande. Cette modification de l’article 52 du projet de loi déclenche de vives réactions et les déclarations du ministre de la Culture n’ont pas convaincu, c’est le moins qu’on puisse dire.

C’est en effet un article ajouté en catimini au projet de loi de finances pour 2010, à la demande du Premier ministre, sur lequel Frédéric Mitterrand s’est bien gardé de communiquer. Lors de son audition à l’Assemblée nationale, le 3 novembre, le ministre de la Culture a pourtant pu constater que la méthode n’avait guère été appréciée. Plusieurs députés ont protesté contre ce désormais fameux article 52. Dans son rapport établi au nom de la commission des finances, le député Nicolas Perruchot (NC) a notamment déploré que « le gouvernement n’ait pas informé plus en amont le Parlement de son intention ». L’exposé des motifs de cet article est sans ambiguïté. Il vise à modifier « le régime relatif aux transferts du patrimoine de l’État et de ses établissements publics (et non plus du seul Centre des monuments nationaux) au profit d’une méthode ouverte : celle d’un appel généralisé et sans limite temporelle au volontariat des collectivités locales ». Le gouvernement, inspiré par une proposition de loi présentée en octobre 2008 par le sénateur Philippe Richert (UMP), entend donc passer à la vitesse supérieure pour décentraliser les monuments historiques, en supprimant les garde-fous posés par la loi du 13 août 2004. La possibilité de demande de transfert, limitée dans le temps, concernait alors 176 monuments figurant sur une liste établie par une commission réunie autour de l’historien René Rémond. Celle-ci excluait notamment le transfert de lieux de mémoire nationale ou d’anciens biens de la Couronne. 65 sites ont ainsi été dévolus, 56 conventions étant d’ores et déjà signées. Des chiffres insuffisants pour la Cour des comptes, qui juge « ce bilan décevant » dans un rapport consacré à la décentralisation. Cela alors qu’aucun bilan économique et qualitatif n’a encore été établi.

Pour accélérer la cadence, le nouveau texte prévoit que tous les monuments historiques protégés appartenant à l’État – entiers ou par partie, mais aussi des « objets » – seront désormais susceptibles d’être transférés à une collectivité locale. Le Musée du Louvre ou l’Arc de triomphe, mais aussi la cathédrale de Chartres pourraient faire l’objet d’une demande. Et dans la mouture actuelle du texte, seul le préfet est habilité à donner son accord, le texte initial ne prévoyant aucune consultation des services du ministère de la Culture. Interpellé sur ce sujet, Frédéric Mitterrand a joué les bons soldats : « Oui à la dévolution voulue par le gouvernement, oui à l’activation locale lorsqu’elle peut donner à ces monuments et à ces lieux une vie nouvelle pour le bien de tous. » Des arguments qui n’ont guère convaincu les députés présents. Plusieurs amendements au texte ont été déposés par la commission des affaires culturelles, dont l’un de suppression pure et simple de la part de Marcel Rogemont (SRC). Ils devaient être discutés lors du vote du budget en séance, le 12 novembre. « Au détour de la loi de finances, on change radicalement les données », déplore Marcel Rogemont qui réclame l’ouverture d’un vrai débat sur cet article, mais aussi une étude d’impact pour le Centre des monuments nationaux (CMN). Car il ne fait nul doute que les seuls monuments qui intéresseront les collectivités, déjà étranglées par les transferts et la réforme de la taxe professionnelle, sont les plus rentables. Isabelle Lemesle, présidente du CMN, s’inquiète, elle, pour l’avenir de son institution : « Le système de péréquation entre les monuments sur lequel repose le CMN, qui s’autofinance à 85 %, risque d’être mis en péril par cette nouvelle vague de décentralisation. Car, sur les 96 monuments que nous gérons, 6 sont bénéficiaires en fonctionnement et nous permettent d’ouvrir les autres au public. » Les conséquences économiques de l’opération sont peu évidentes. La première vague de décentralisation avait eu un coût significatif pour l’État, qui a dû compenser par une subvention la perte de recettes pour le CMN, mais aussi financer, souvent à hauteur de 50 %, les travaux menés sur ces monuments décentralisés. Marcel Rogemont y voit aussi un autre risque, pour les élus cette fois-ci : « Face à un monument appartenant à l’État qui serait en situation de péril, la population risque d’exiger des collectivités qu’elles en demandent le transfert pour en assurer la sauvegarde puisqu’elles en auront désormais le droit. » Autant de questions dont Matignon a tenté de faire l’économie.

Source : Le Journal des Arts, n°313, 13/11/09

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Une convention Culture et Tourisme très attendue

Albi-illustrationFrédéric MITTERRAND, ministre de la Culture et de la Communication, et Hervé NOVELLI, secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises, du Tourisme, des Services et de la Consommation, ont donné le 6 novembre le coup d’envoi d’une nouvelle politique visant à développer le potentiel économique et touristique du patrimoine culturel français.

La culture de la France, par son histoire, son art de vivre, son patrimoine est une source d’attractivité exceptionnelle. En effet, grâce à ses musées, ses monuments, ses festivals, ses évènements culturels, le tourisme culturel tient une place particulière en France, tant dans l’activité économique que dans le rayonnement de notre pays. Ils drainent chaque année des millions de visiteurs français et étrangers. Face à un intérêt croissant de visiteurs venant du monde entier, Frédéric Mitterrand et Hervé Novelli ont voulu engager une action commune et concrète pour répondre à cette attente. Ainsi, ils ont signé, le 6 novembre, une convention cadre « culture-tourisme » qui fixe un objectif prioritaire : favoriser l’innovation et les pratiques de valorisation touristique portant sur le patrimoine monumental, en encourageant des opérations pouvant conduire dans le respect de la conservation de ce patrimoine à la création d’activités touristiques d’affaires, d’hébergement ou de création d’évènements dans les sites.

Le ministère de la culture et de la communication proposera une liste de sites placés sous sa responsabilité ou celle de ses établissements publics, dans lesquels l’expérimentation de la valorisation des lieux par l’installation d’une activité économique (restauration, hôtellerie, séminaires, etc.) lui apparaîtra envisageable au regard de leur qualité et de leur conservation patrimoniales. Il appartiendra à Atout France, l’agence de développement touristique de la France, d’engager avec les responsables des sites concernés, les contacts nécessaires à la mise en place de cette expérimentation.

Les autres objectifs consistent à :

  • œuvrer conjointement au développement de grands projets événementiels, en conjuguant leurs efforts pour favoriser le développement d’événements susceptibles de donner de l’ampleur aux politiques touristiques et culturelles des territoires.
  • élaborer un outil partagé pour la connaissance de la fréquentation touristique des sites et évènements culturels, en mobilisant leurs moyens financiers pour continuer le travail d’amélioration de la connaissance et de la diffusion des fréquentations touristiques des lieux culturels,
  • promouvoir le tourisme culturel auprès des clientèles françaises et internationales qui, pour ces dernières affirment à plus de 50% établir leur choix de séjours en France sur la découverte du patrimoine culturel,
  • développer la marque « Qualité-Tourisme », en valorisant cette démarche qualité participant à l’amélioration de l’accueil et la satisfaction des visiteurs, en la faisant connaître à tous les organismes et établissements publics en charge de lieux de visite culturelle dont le Ministère de la Culture et de la Communication a la tutelle,
  • promouvoir la politique « culture et handicap », en amplifiant leur collaboration afin de généraliser et de mettre en valeur la mise en accessibilité du patrimoine et de l’expression culturelle qui contribuent à l’attrait de l’offre touristique française,
  • renforcer le lien entre tourisme et cinéma, en mobilisant les énergies en liaison avec les collectivités territoriales afin de favoriser le tournage de grandes productions internationales en France,
  • valoriser les itinéraires culturels européens comme vecteur de tourisme responsable, en soutenant le développement en France des « Itinéraires culturels européens » comme exemples d’un véritable tourisme culturel durable et réservant des moyens financiers spécifiques à leur développement,
  • œuvrer conjointement au niveau européen et international, en s’appuyant sur la charte pour le tourisme culturel de l’Unesco et la convention pour la promotion et la protection de la diversité des expressions culturelles pour promouvoir un modèle de tourisme appuyé sur des valeurs humanistes partagées , avec une attention particulière aux projets qui seront développés dans le cadre de « l’union pour la méditerranée ».

La convention cadre « culture-tourisme » concrétise la collaboration entre les services du ministère de la Culture et de la Communication, et du secrétariat d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises, du Tourisme, des Services et de la Consommation et donne le coup d’envoi d’une nouvelle et ambitieuse politique de tourisme culturel.

Le texte de la convention

Source : portail du ministère de l’Economie et de l’Emploi.

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Le débat sur l’identité nationale est absurde

FranceLe président Nicolas Sarkozy a lancé via son ministre Eric Besson un débat sur l’identité française et sur la façon dont les immigrés devraient s’intégrer dans la société. Dans le quotidien Público, le professeur de sociologie Antonio Izquierdo met en doute les fondements de ce débat : « [Sarkozy] demande aux citoyens d’établir quelles valeurs définissent l’identité française. L’objectif de ce débat consiste à définir le contrat d’intégration auquel les immigrés doivent souscrire. On déclare ainsi implicitement que l’intégration des étrangers n’a pas fonctionné et qu’il faut voir la raison à cela dans le fait que ceux-ci ne connaissent pas les symboles fondamentaux. Le but est de soumettre l’intégration à un cadenas culturel. Ce débat est une absurdité, car il n’existe pas d’identité française unique ni d’identité unique des immigrés. En réalité, les identités sont multiples et on ne les impose pas, on les choisit. En outre, les valeurs ont une date de péremption. »

Source : BpB.

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Culture Unbound

culture-unbound-a-new-open-access-academic-journal1_preview500Culture Unbound: Journal of Current Cultural Research is a new journal for border-crossing cultural research, globally open to articles from all areas in this large field, including cultural studies as well as other interdisciplinary and transnational currents for exploring cultural perspectives, issues and phenomena. It is peer-reviewed and easily accessible for downloading as open access.  The journal seeks to be a forum for contemporary, cutting edge cultural research from a wide range of disciplinary and interdisciplinary areas.

Culture Unbound is hosted by Linköping University Electronic Press. It is based on a co-operation between three Linköping University units that provide a unique profile to the journal, bridging regional and global research traditions:

The first thematic section entitled “What´s the Use of Cultural Research?” was published in June 2009. Here are some of the articles included in this edition:

  • “Convergence, Creative Industries and Civil Society Towards a New Agenda for Cultural Policy and Cultural Studies”, by Colin Mercer (relating the concept of civil society and creative industries to the development of cultural research and cultural policy);
  • “Digital Media and the Order of Ethnography”, by Andreas Henriksson (applying the Actor-Network Theory approach to the Swedish Museum of World Culture’s attempts to renew old ethnographic objects through the use of digital media);
  • “Cultural Research and Intangible Heritage” by Sheenagh Pietrobruno (anaysing how the reproduction of old Caribbean dances on internet communities challenges the traditional definitions of intangible heritage).

The next section “Signs of the City /City of Signs”, edited by Geoff Stahl, will be released later this fall.

Source : Lidia Varbanova.

Found on LabforCulture - http://www.labforculture.org/en/moderators/lidia-varbanova/highlights/57550

 

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Claude Lévi-Strauss a libéré la pensée

ClaudeLevyStraussLe célèbre ethnologue et anthropologue français Claude Lévi-Strauss est mort. Le quotidien The Independent évoque l’héritage de ce chercheur : « Lévi-Strauss était le représentant le plus significatif de sa propre culture et de l’ère globale. Il était imprégné à la fois de la tradition intellectuelle française ultra-rationnelle tout en établissant des règles universelles à partir de ses innombrables observations et expériences de par le monde. Né en Belgique, persécuté par le régime de Vichy [pendant la Seconde Guerre mondiale] et réfugié aux Etats-Unis jusqu’à la fin de la guerre, il a acquis célébrité et reconnaissance en tant que père de l’anthropologie structurale. Le structuralisme a ses détracteurs ; il peut désormais paraître moins révolutionnaire et révélateur qu’autrefois. Mais en tant que grand homme de lettres international, Lévi-Strauss transmet un héritage qui transcende les étiquettes académiques étriquées de son temps. »

Source : BpB

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De l’émergence des « espaces » culturels

GuyAtlanLe rapport de Guy Atlan (CESR) « Culture et territoire : les conditions d’émergence des ‘espaces’ culturels en Ile-de-France » paru en septembre dernier se propose d’explorer l’offre culturelle mise en œuvre par les structures intermédiaires se réclamant du spectacle vivant qu’initièrent des artistes professionnels en conduisant leurs expériences dans des friches industrielles ou commerciales ou des zones laissées à l’abandon. La perspective de ce travail est de chercher à replacer la question de la culture et de son partage avec les citoyens dans les territoires où ces expériences se déploient, à travers l’histoire de ces lieux, les aventures que véhiculent les projets élaborés, les innovations émergentes, les modes économiques associatifs retenus pour les conduire. Le rapport, essentiellement centré sur le secteur des lieux intermédiaires, ne cherche pas à dresser un tableau exhaustif des offres et des initiatives culturelles menées à l’échelon des territoires, que leur origine soit publique ou non, ni évidemment, à les opposer entre elles.

Le rapport complet et la synthèse sont désormais téléchargeables.

Source : Ministère de la Culture et de la Communication.

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L’interview que (ne) nous a (pas) accordée Frédéric Mitterrand

DidierRyknerDidier Rykner de La Tribune de l’Art nous fait l’amitié de nous autoriser à diffuser dans son intégralité une interview un peu particulière de Frédéric Mitterrand. Il s’agit d’une interview qui n’a pas encore eu lieu mais qui a le mérite de poser des questions qui témoignent des préoccupations et des menaces qui pèsent aujourd’hui et plus que jamais sur le patrimoine, au moment où le tout récent ministre de la culture tente de retrouver un peu de sérénité après une rentrée pour le moins agitée, rentrée qui n’aura servi ni la politique culturelle, ni le ministère.

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Nous avons salué en son temps la nomination de Frédéric Mitterrand (voir brève du 23/6/09). Momus aussi, dont on connaît la dent dure et l’absence de compromission. Nous sommes d’ailleurs en complet accord avec l’éditorial que l’association vient de consacrer à ce sujet.
 Le ministre travaille beaucoup, comme en témoigne l’emploi du temps que son service de presse nous envoie toutes les semaines. On l’a cependant fort peu entendu sur le patrimoine et les musées. Depuis sa nomination, nous avons à plusieurs reprises cherché à l’interviewer. Il fallait attendre. Attendre la rentrée puisqu’il devait prendre connaissance des dossiers. Attendre la présentation du budget puisqu’il devait savoir de quels moyens il disposerait.
 Le budget est venu, un budget plutôt sérieux et où le patrimoine est mieux pris en compte que d’habitude. Mais l’interview, elle, est repoussée à une date non précisée. Pas pour l’instant nous est-il répondu. Nous ne sommes d’ailleurs pas seuls dans ce cas, tout entretien demandé par les grands médias, dès lors qu’il ne s’agit pas de généralités ou de la loi Hadopi est également systématiquement refusé. Or, nous avons beaucoup de questions pour le ministre tant les problèmes sont nombreux et urgents. S’il ne veut pas, pour le moment, s’exprimer, nous pouvons toujours les lui poser. Nous sommes à sa disposition pour publier ses réponses, le jour où il acceptera de s’exprimer devant les 6000 visiteurs quotidiens de La Tribune de l’Art.

Vous avez créé une commission chargée de se prononcer sur la suppression de l’avis conforme des ABF dans les ZPPAUP (voir article). Quelle est votre opinion à ce sujet ? Partagez-vous l’opinion du sénateur Yves Dauge, et de beaucoup d’observateurs et de parlementaires, que des intérêts particuliers avaient prévalu (il citait le cas de la ZPPAUP de Provins) ?

Les éoliennes se multiplient de manière anarchique dans le pays, menaçant de nombreux paysages et monuments historiques, jusqu’au Mont-Saint-Michel. Quelle est votre position sur ce sujet et que comptez-vous faire ?

Grâce au plan de relance, on se rapprochera en 2010 du budget minimum nécessaire pour la restauration des monuments historiques (400 millions d’euros). Qu’allez-vous faire pour pérenniser ces ressources avec lesquelles on a joué au yoyo depuis quelques années ? Où en est-on de l’idée d’un loto consacré au patrimoine, ou d’une taxe sur les jeux existants ?

L’Etat, dans une course désespérée à l’argent, se sépare de nombreux bâtiments classés ou inscrits monuments historiques. L’un des cas les plus graves et les plus emblématiques est l’Hôtel de la Marine (voir article) pour lequel il est prévu un bail emphytéotique et dont on ne sait pas ce que deviendra le mobilier qu’il renferme. Quelle est votre position à ce sujet ?

Beaucoup d’églises de petites communes ne sont plus entretenues et certaines sont menacées de démolition (voir article). Que comptez-vous faire pour aider le patrimoine non protégé ?

L’argent n’est pas tout : si certains chantiers menés par les monuments historiques sont de belles réussites (citons récemment la cour vitrée de l’Ecole des Beaux-Arts à laquelle nous allons consacrer un article), d’autres sont très critiquées par les historiens de l’art : rénovation trop poussée (château des ducs de Bretagne à Nantes), restitutions hasardeuses (Versailles), voire pire (Quartier Henri IV à Fontainebleau - voir article) . Quelle est votre position à ce sujet ? Les contrôles sont-ils suffisants ? Le ministère de la Culture ne devrait-il pas engager un grand débat à ce sujet ?

Pour l’Hôtel Lambert, la justice a tranché une première fois. Pourquoi le ministère de la Culture s’acharne-t-il alors qu’on se trouve assez proche d’une solution de compromis (voir éditorial) ? Y-a-t-il une honte à discuter avec les historiens de l’art et à négocier avec les associations de protection du patrimoine ? Ne peut-on sortir de ce dossier par le haut ?

Le Palais de la Porte Dorée va être affublé l’année prochaine d’une construction de Tadashi Kawamata qui va dénaturer sa façade et cacher une partie des sculptures d’Alfred Janniot (voir brève du 4/10/09). Pourtant, ce monument est entièrement classé. A quoi sert une telle protection, et à quoi sert la Commission nationale des monuments historiques lorsqu’elle autorise ce type de vandalisme ? Quelle est votre opinion à ce sujet, sachant que les promoteurs de ce projet ont fait croire qu’il était temporaire, alors qu’il était en réalité pérenne ?

La Tribune de l’Art a dénoncé une action de vandalisme d’une mairie (à Wintzenheim) sur un monument inscrit (la chapelle Herzog) et a démontré que les règlements n’avaient pas été respectés (voir article). Pourquoi le ministère de la Culture (via la DRAC) ne prend-il aucune sanction et ne porte-t-il pas plainte dans un cas comme celui-ci (voir article) ? Y-a-t-il une impunité des élus lorsqu’il ne respectent pas le patrimoine ?

La législation de l’affichage publicitaire à proximité des monuments historiques n’est pas respecté dans de très nombreuses villes, dont Paris ? Les préfets ferment les yeux. Comptez-vous agir pour faire simplement respecter la loi dans ce domaine ?

Plus globalement, trouvez-vous normal que les défenseurs du patrimoine aient le sentiment que le plus grand adversaire du patrimoine est l’Etat et les collectivités locales ? Soit directement, soit par laisser-faire ?

La Direction des Musées de France et la Direction du Patrimoine vont être regroupées en une seule direction, suite à la réorganisation du ministère dont vous n’êtes pas à l’origine, mais que vous avez approuvée. Comment comptez-vous donner de véritables moyens d’action à cette nouvelle Direction ?

L’Agence France-Muséums, chargée du Louvre Abou-Dhabi et composée de conservateurs français sous la direction du président du Musée du Louvre, achète des œuvres pour un musée étranger, parfois contre l’intérêt des musées français (tentative d’achat d’un tableau de Géricault qui pouvait intéresser le musée de Lyon - voir brève du 3/4/09, achat d’une fibule wisigothique que le Louvre avait longtemps souhaité acheter – voir brève du 8/6/09- …). Trouvez-vous cela normal ?

Le ministère de la Culture revendique un fragment du Jubé de la Cathédrale de Chartres appartenant à un antiquaire parisien (voir article). Cet objet avait disparu depuis la Révolution. Soit l’Etat perd et l’objet est définitivement perdu pour la France, soit l’Etat gagne, et l’on imagine les conséquences sur les pour les musées dont les collections se sont en partie constituées sur les confiscations révolutionnaires. Vous n’êtes pas responsable de cette action qui a été entamée avant votre arrivée. Quelle est votre position à ce sujet ? Ne serait-il pas plus prudent – et surtout plus juste – de retirer cette demande ?

Les musées de province ont un budget d’acquisition très réduit et les œuvres d’art importantes continuent à sortir de France. L’Etat ne pourrait-il pas être plus généreux envers ces musées de province ? Tous les chefs-d’œuvre doivent-ils finir dans les musées parisiens ?

Les procédures d’acquisition sont très longues et il n’est pas possible pour les musées d’acquérir rapidement une œuvre réapparue et passant aux enchères. Ne faudrait-il pas prévoir un fonds de roulement qui permettrait d’acheter rapidement pour les musées ?

La Tribune de l’Art a démontré, dans une longue enquête (voir article), que les dépôts des musées nationaux hors des musées, dans des bâtiments officiels, étaient illégaux et nombreux. Comment le ministère de la Culture peut-il accepter une telle situation. La loi n’est-elle valable que pour les particuliers ?

Propos (non) recueillis par Didier Rykner

© La Tribune de l’Art

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