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Services & Ressources en ingénierie culturelle

A propos de l’ARF et de sa manière de considérer les enjeux culturels !

L’Arf a décidé d’organiser ses premières Assises nationales des Régions consacrées aux questions de culture. Elles  se dérouleront à Lyon, le 25 janvier prochain (à partir de 14h) et le 26 janvier (jusqu’à 13h30). Elles donneront lieu à un vaste échange d’expériences et viseront à mettre en débat les questions de gouvernance territoriale et de recomposition des politiques culturelles à l’échelle régionale.

Il y a bien longtemps que l’on attendait une telle initiative, mais à bien regarder le programme, on ne peut pas ne pas s’étonner.

J’ose donc communiquer mon étonnement.

D’abord, étonnantes sont ces assises lyonnaises par le rideau de fumée des questions qu’elle pose : en un jour,  68 questions, enfilées comme des perles, prouvant ainsi que l’ARF n’en a pas résolu beaucoup auparavant, (malgré les changements de législation sur la décentralisation !!).

Admettons que ce soit le réveil de la belle au bois dormant. Mais alors, mauvaise surprise !

Car les régions ne se posent que les questions relatives à la vitalité du secteur culturel. La culture dans le programme est simplement réduite à un secteur d’activités  produisant des biens et des services culturels grâce aux professionnels. Comment organiser l’offre, avec de l’argent public et de l’argent privé ; comment faire connaître nos produits aux consommateurs actuels et futurs ? Comment ces offres (créatives) vont-elles  augmenter l’attractivité de chaque territoire, donc la compétition entre eux ! Exportation des produits, mobilité des producteurs (artistes),  emploi, diffusion des spectacles (ventes), valorisation du patrimoine et gouvernance de toutes ces richesses.Toute la panoplie de l’entrepreneur culturel public y est !!

Mais, au-delà, le vide : rien sur les “droits culturels”, rien sur la reconnaissance des identités culturelles des êtres en dignité sur chaque territoire (et entre les territoires), rien sur  les enjeux de confrontation des identités culturelles dans un monde de tensions. En somme, rien sur la créolisation du monde et le Vivre ensemble. Rien sur la solidarité, la démocratie, les  réciprocités nécessaires pour construire l’humanité par la diversité des cultures. En somme, une réflexion collective qui évite de s’interroger sur le sens et la valeur, disons sur les enjeux éthiques des interventions culturelles publiques pour parvenir à un meilleur développement humain.

Alors, pourquoi citer Vilar, il ne mérite pas ça, et Glissant encore moins, car le texte de justification des assises fait référence à un manifeste collectif signé par Edouard Glissant et par huit autres personnalités (Ernest Breleur, Patrick Chamoiseau, Serge Domi, Gérard Delver,  Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar, Jean-Claude William) voir : http://www.afrik.com/article16280.html;

Car ces assises se présentent sans complexe comme : un “rendez-vous de « haute nécessité » comme le diraient nos amis d’Outre-mer.“.

On n’en croit pas ses yeux  quand on se rappelle ce qui est écrit dans le manifeste  de “ces amis d’Outre-mer”, cité en exergue. Lisons : “Alors que mettre dans ces “produits” de haute nécessité ? C’est tout ce qui constitue le cœur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d’entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd’hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.”

Pourquoi l’ARF cite ce texte qui nous parle de “Dignité”, au sens des droits humains fondamentaux, alors que ces références sont  inconnues ou ignorées par les assises régionales !  Pour être cohérentes avec ce texte, ces premières assises auraient dû se mettre à distance de la logique consommatrice du secteur culturel (combien de publics, combien de touristes, quel chiffre d’affaire, comment gagner plus !). Quitte à voler des textes à Glissant, Chamoiseau et les autres, il aurait fallu avoir l’honnêteté de tout prendre…. , car le Manifeste  en dit long sur ses exigences politiques. Il est  à méditer pour les apprentis sorciers des citations :“Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s’est étendu à l’ensemble de la planète avec la force aveugle d’une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens.

Ou encore,

“L’autre très haute nécessité est ensuite de s’inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n’est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d’un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d’une société non économique, où l’idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d’épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l’humain. Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables “producteurs” – chefs d’entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes – incapables de tressaillements en face d’un sursaut de souffrance et de l’impérieuse nécessité d’un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n’existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d’un système flou, globalisé, qu’il nous faut affronter ensemble.”

Ainsi, avant de faire référence à “nos amis d’Outre-mer”, il aurait fallu relire la critique et ne pas faire comme si elle  n’avait pas d’importance ! Et il aurait été rassurant que ces assises la comprenne : les régions auraient pu affirmer que la culture ne pouvait se limiter au stock des marchandises sur les rayons des épiceries culturelles, publiques ou privées, mais que l’enjeu culturel est  plutôt d’engager les interactions entre des personnes reconnues d’égale dignité et d’égale liberté (dont la liberté artistique), en vue de faire ensemble un peu mieux “humanité”. Mais sans doute, les rédacteurs ne connaissent-ils pas la Déclaration de Fribourg et pas plus la Convention Unesco sur le PCI -  patrimoine culturel immatériel  qui concerne pourtant aussi les régions – et, encore moins, les 7 premiers articles de la Déclaration universelle de 2001 de l’Unesco (l’usage qui est fait de “diversité  culturelle ” dans l’annonce du programme le montre assez clairement !).

Ces assises en restent, en fait, au programme d’un bricoleur pragmatique !  Avec “boite à outils”, mais pour quelles valeurs culturelles , pour quel sens de la politique culturelle ? Celle des droits culturels pour plus d’humanité ou celle de la directive “services” de l’Union européenne  pour  répondre aux attentes des consommateurs,  donc aux soucis d’émotion des abonnés à Télérama ? Refus du débat éthique, ces assises font peur à refuser l’essentiel de l’enjeu culturel : l’émancipation qui est pourtant le credo du texte cité en exergue : “Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. “

Là, je ne vois pas les présidents de régions et leurs services culturels  applaudir !

Bon courage quand même aux régions dans leur réflexion sur leur mission publique de faire culture ensemble , c’est-à-dire faire plus humanité en société de liberté ! ça viendra un jour ! Peut-être pour les secondes assises ? Mais quand le changement lucide viendra-t-il vraiment sur le front de la politique culturelle publique ?

Jean Michel Lucas et Doc Kasimir Bisou

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Culture et développement durable : il est temps d’organiser la palabre…

Quelle belle manière de finir 2011 et d’entrer en matière pour 2012 ! Il nous l’avait promis et il l’a fait : l’inénarrable Jean-Michel Lucas (alias Doc Kasimir Bisou) vient de publier via l’IRMA la version désormais achevée du texte dont nous faisions déjà état il y a plus d’un an sur le thème “culture et le développement durable”.

Cette contribution majeure pose les fondements d’une nouvelle action en matière culturelle et matière de politique culturelle mais bien entendu avant cela, comme l’indique l’IRMA dans sa présentation de l’ouvrage, l’auteur révèle les incohérences d’un secteur culturel qui se soumet aux lois du marché, et tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur les écueils de la démocratisation de la culture et propose d’autres pistes de réflexion et de perspective politique sur la « volonté collective de déterminer les bonnes attitudes culturelles nécessaires pour construire un avenir commun à l’humanité durable ». Alors, la culture doit-elle contribuer au développement durable humain ou en être une condition ? Jean-Michel Lucas pousse son analyse jusqu’à proposer une nouvelle écriture de l’Agenda 21 de la culture qui assumerait des dispositifs de débats « libres, ouverts et documentés », en lien avec des dispositifs d’action publique notamment au niveau européen.Avec l’approfondissement de la crise économique, la « culture » a changé de rôle : elle est devenue espoir d’un futur meilleur, au point d’être considérée comme le quatrième pilier du développement durable pour l’Agenda 21. Certes, sous le chapeau des industries culturelles et créatives, l’illusion semble parfaite puisque la culture générerait plus de 600 milliards d’euros et représenterait 14 millions d’emplois dans l’union européenne. Mais, face à ce constat, Jean-Michel Lucas pointe la perte de sens de ce nouveau rôle attribué au secteur culturel. Après avoir analysée la place qui lui est accordée dans les textes fondateurs du développent durable humain (de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement de Rio en 1992 jusqu’à l’Agenda 21 de la culture), il montre l’impasse dans laquelle se trouvent actuellement les professionnels de la culture qui n’ont plus qu’une position de « fournisseurs de services » et troquent leur public fidèle contre de bons clients. L’auteur s’emploie à démontrer qu’une autre perspective politique, ouverte initialement par Jon Hawkes, est nécessaire et possible ; elle prend acte des accords internationaux sur la diversité culturelle et affirme la primauté des enjeux de reconnaissance de la dignité des personnes dans leur identité culturelle toujours mouvante. La culture, dans l’esprit de la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels, n’est plus un chiffre d’affaires de champions nationaux, mais une éthique, pour faire ensemble société, ou mieux encore, faire humanité commune et durable. L’auteur préconise de réécrire, en ce sens, l’Agenda 21 en estimant qu’il est vraiment temps d’organiser la palabre !

L’auteur, Jean Michel Lucas, universitaire, est engagé de longue date dans l’action culturelle et particulièrement la valorisation des musiques actuelles. Il a occupé des fonctions de responsabilité dans l’administration culturelle (Drac et conseiller de Jack Lang). Ses travaux de recherche portent sur la critique des politiques culturelles et, sous le pseudonyme du Doc Kasimir Bisou, il plaide pour la prise en compte des enjeux éthiques dans la conduite des politiques de la culture.

Nous attendons avec impatience la version anglaise car cela ne fait aucun doute que ce texte va faire le tour de la planète.

Références de l’ouvrage : 

Titre “Culture et développement durable. Il est temps d’organiser la palabre…” • Éditeur : Irma, collection ®evolutic • Édition : Janvier 2012 • Format : 15 x 20 cm • Pagination : 128 pages •

Pour plus d’informations et commander l’ouvrage, cliquez ici.

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“Happy Hours” : une étude de référence

Conformément à sa mission d’observation du livre et de l’écrit en Île-de-France, le MOTif a consulté, à l’automne 2009, les réseaux départementaux de lecture publique d’Île-de-France. C’est dans ce cadre que ceux-ci ont émis le souhait que soit réalisée une étude concernant l’impact des horaires d’ouverture sur les usages et fréquentations en bibliothèque, sujet qui constitue un véritable enjeu pour la modernisation de nos équipements territoriaux de lecture publique.

Beaucoup de collectivités font en effet le difficile constat que leurs bilbiothèques et médiathèques ne touchent pas suffisamment toutes les catégories des populations de leur territoire et qu’il est difficile de permettre à tous d’être accueillis compte tenu des rythmes de vie et de leurs évolutions ces vingt dernières années. La problématique des horaires est d’actualité parce qu’elle fait aussi l’objet de nombreuses réflexions politiques et professionnelles sur les thèmes de la lecture publique et des temps de vie. Les quatorze « Propositions de Frédéric Mitterrand pour le développement de la lecture » (mars 2010), dont la troisième concerne l’extension des horaires d’ouverture « pour les 50 bibliothèques municipales les plus importantes », les ont prolongées ou relancées en relayant l’idée d’une nécessaire modernisation : « Alors que le public de la culture est de plus en plus sensible à l’adaptation des équipements aux rythmes de vie et aux nouveaux usages, l’évolution de l’amplitude horaire est un sujet majeur. » Le rapport de M. Georges Perrin, avait pu lui aussi, en 2008, attirer l’attention sur la question, notamment en comparant les volumes horaires moyens français et européens, et proposer des solutions.

Il est donc nécessaire d’avoir des enquêtes et études de référence sur l’articulation des profils des fréquentants et des usages en fonction des horaires d’ouverture des bibliothèques-médiathèques territoriales car plusieurs tendances à la polyvalence et à la mixité des activités se développent, comme celle qualifiée de “troisième lieu” par exemple.

L’étude est téléchargeable sur le site du MOTif et dans notre box ressources.

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Eventful Cities: cultural management and urban regeneration

We are pleased to announce that the book Eventful Cities: Cultural Management and Urban Regeneration has now been acquired by Routledge Publishers. To mark this event they are offering a 20% discount, which is available via the code on the attached flyer. The book can be ordered via the Internet on the link below.

Processes of globalization, economic restructuring and urban redevelopment have placed events at the centre of strategies for change in cities. Events offer the potential to achieve economic, social, cultural and environmental outcomes within broader urban development strategies.This volume:

  • analyzes the process of cultural event development, management and marketing and links these processes to their wider cultural, social and economic context
  • provides a unique blend of practical and academic analysis, with a selection of major events and festivals in cities where ‘eventfulness’ has been an important element of development strategy
  • examines the reasons why different stakeholders should collaborate, as well as the reasons why cities succeed or fail to develop events and become eventful.

Eventful Cities evaluates theoretical perspectives and links theory and practice through case studies of cities and events across the world. Critical success factors are identified which can help to guide cities and regions to develop event strategies. This book is essential reading for any undergraduate or graduate student and all practitioners and policy-makers involved in event management, cultural management, arts administration, urban studies, cultural studies and tourism.

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C comme culture

Le n°43 de la Revue socialiste (revue de réflexion du Parti socialiste) paru pour le 3ème trimestre 2011 comprenait un dossier intitulé Abécédaire de la France (A comme argent par Jacques Julliard…). Denis Declerck* a été chargé de la notice C comme culture et il nous fait une fois de plus l’amitié de publier ses réflexions sur CEG.

En France, la culture est politique avant d’être un rapport individuel au monde symbolique. Difficile de parler de « culture » sans évoquer notre politique culturelle, ses réussites et ses échecs. Alors que les dépenses culturelles des ménages n’ont cessé d’augmenter depuis 20 ans pour atteindre 34 milliards d’euros en 2009, nous continuons à déplorer l’échec présumé de la démocratisation de la culture ou l’insuffisance des moyens qui lui sont consacrés. Qu’en est-il en réalité ? Où en sommes-nous en matière de culture ? Quels peuvent être les principaux enjeux culturels de la décennie qui vient de s’ouvrir ?

Constatons tout d’abord que la culture est de plus en plus souvent absente du débat et des programmes politiques, à droite comme à gauche.  Et demandons-nous : pourquoi ? 

A la fin des années 1970 la culture restait un territoire à conquérir pour la gauche. Porteur de valeurs de liberté (d’expression, de création), d’égalité (d’accès à ses vertus émancipatrices), de fraternité (tolérance et respect de la culture de l’autre), porté par une dynamique sociale issue des milieux culturels eux-mêmes, mais aussi d’enseignants, de travailleurs sociaux, de militants syndicaux…, l’accès à la culture était synonyme de liberté individuelle et de mieux vivre ensemble. Le combat pour la culture se voulait progressiste et mobilisateur, on pouvait même gagner des élections grâce à lui. Ce fût le cas des municipales de 1977 et de 1983 qui virent de nombreux militants culturels devenir maires, et des présidentielles de 1981.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Parallèlement au développement de l’emploi culturel (430.000 emplois, 2% de la population active en France selon le recensement de 1999), les professionnels ont progressivement adopté une position défensive vis à vis des consommateurs, des militants et des élus. On l’avait connue innovante et généreuse, voici la culture conservatrice et corporatiste. Après le triste épisode d’Hadopi, qui peut encore croire le contraire ? Ce renversement brouille du même coup la perception des valeurs associées à la culture. Ses métiers n’attirent plus les jeunes diplômés, rares sont les élus qui en font encore leur cheval de bataille et, malgré des dispositions fiscales très favorables, le monde économique s’en détourne de façon spectaculaire (de 2008 à 2010, les sommes consacrées au mécénat culturel sont passées de 975 à 380M€ et ne représentent plus que 19 % du mécénat contre 39 % en 2008 selon l’enquête ADMICAL – CSA de 2010).

Que s’est-il passé ?

Non seulement la culture ne fait plus gagner la gauche aux élections mais elle peut même les lui faire perdre. La « gauche culturelle » est l’une des responsables de la dispersion des voix de gauche au 1er tour de l’élection présidentielle de 2002. Puis vînt l’été 2003 et son cortège de festivals annulés. Le carrosse est devenu citrouille, et les artistes des travailleurs ou des patrons comme les autres voire « pires », car plus précaires ou plus exploiteurs. Les professionnels de la culture se désintéressent de la politique, comme d’autres pans du corps social, les élus prennent leurs distances avec un milieu de râleurs patentés disposant d’un fort pouvoir de nuisance.

 Pour nombre d’élus de gauche, le bilan de Jack Lang est indépassable. Ceux qui, comme Catherine Trautman, se sont risqués au changement de paradigmes (mise en valeur de l’action culturelle, désacralisation de la figure du « créateur) ont subi les foudres des professionnels du spectacle et s’en sont allés. Jean-Jacques Aillagon puis Renaud Donnedieu de Vabres, impuissants face à la crise ouverte par la réforme du régime de l’intermittence, Christine Albanel, incapable de trouver une issue aux Entretiens de Valois sont également tombés sous les coups du monde du spectacle. L’actuel ministre de la culture, bien que sous tutelle de l’Elysée et flanqué pendant deux ans d’un Conseil de la Création Artistique, ne s’en sort pas mieux que les autres.

Alors que faire ?

Peut-on ré – enchanter le rapport entre artistes et politiques ? C’est très improbable, mais il est possible de jeter les bases d’une nouvelle alliance entre art, culture et société. Est-il envisageable de recréer un rapport sain entre les milieux culturels et les élus de gauche, les uns se comportant de façon moins corporatiste, les autres cherchant à comprendre au lieu de compatir ? Sans doute, à condition qu’ils acceptent de confronter leurs objectifs respectifs et de se livrer à un examen précis des conditions économiques et sociales de leur réalisation.

C’est moins romantique, mais c’est plus simple à comprendre pour un citoyen en général et un élu en particulier.

En 2012, la gauche devra relever trois défis majeurs

En premier lieu, car c’est la base de toute politique émancipatrice qui vise à la fois la construction de la personne et celle de la citoyenneté, il s’agit d’offrir un accès généralisé à une véritable éducation artistique et culturelle, dès le plus jeune âge et tout au long de la vie.

Pour y parvenir, l’école et les mouvements d’éducation populaire devront être mobilisés autour de cet objectif, tout comme l’audio-visuel public ainsi qu’un « service public de la culture à domicile » qui reste à créer au plus vite (sur ce sujet voir l’article d’Olivier Donnat « En finir (vraiment) avec la démocratisation de la culture » in OWNI).

Il faut également garantir l’expression de la diversité culturelle dans l’espace public physique ou numérique. L’espace symbolique national doit continuer à porter les valeurs universelles de la République mais il doit également refléter la diversité ethnique, religieuse ou culturelle qui fait le quotidien de nos villes et de nos quartiers. Nos établissements culturels subventionnés sont trop timides sur ce point, se réfugiant le plus souvent derrière un universalisme de façade. Les industries culturelles paraissent plus audacieuses, mais elles se bornent le plus souvent à une approche « marketing » qui ne saurait suffire à saisir toute la complexité du réel. Au final, les contenus présentés dans les lieux culturels ou via le numérique rendent assez mal compte de la diversité et du métissage de notre espace national.

Il convient enfin de permettre aux filières de production et de diffusion artistiques de trouver leur équilibre économique, en cohérence avec la réglementation européenne. Pas de démocratie culturelle sans pluralisme des contenus produits et diffusés. Prenant acte que la culture est désormais un véritable monde économique et social (environ 50 milliards d’euros, plus de 3% du PIB), la gauche doit passer d’une logique de subvention à une logique de régulation et d’incitation.

Pour relever ces défis, nous aurons besoin d’une organisation beaucoup plus décentralisée, sans se passer pour autant d’une vision et d’une impulsion nationales.

L’Etat est le mieux placé pour piloter la stratégie et réguler le secteur. En transférant progressivement ses moyens d’action aux Régions ou agences spécialisées dans l’accompagnement des filières artistiques et culturelles (sur le modèle du CNC ou du CNL), il leur permettra d’agir au plus près des réalités des acteurs. L’échelon local, essentiel pour la cohésion sociale, sera pleinement opérationnel pour développer l’éducation artistique et les pratiques en amateur, ou pour favoriser l’expression de la diversité culturelle dans l’espace public. Ainsi réorganisée, l’action de la République retrouverait un peu de cohérence et de lisibilité. Le citoyen – contribuable y verrait plus clair. Le professionnel saurait de nouveau à quoi il sert. L’élu redeviendrait garant de l’intérêt général. Chacun essayant de saisir la complexité d’un monde en perpétuelle mutation.

Denis Declerck

Du même auteur :

*Denis Declerck est directeur de l’action culturelle à la communauté d’agglomération d’Evry Centre Essonne. Avant cela, il a été directeur de théâtres à Vienne (1989-1992) puis à Béziers (1992 – 1999) avant de rejoindre le ministère de la culture : conseiller théâtre et action culturelle à la DRAC Nord Pas de Calais (1999 – 2004) puis inspecteur (2004 – 2009). Il a notamment été le coordonnateur et le rapporteur général des Entretiens de Valois. Denis Declerck est titulaire du Master 2 “Direction de projets culturels” délivré par l’Observatoire des Politiques Culturelles  et Sciences – Po Grenoble (1997).

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Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / Final

We are honoured and deligheted to publish Dr Roberta Comunian’s* last article engaging with the current research and debate about the creative city and the importance of cultural infrastructure in contemporary cities. It argues that much of the focus has been around the investment of cities in specific regeneration projects or flagship developments rather than addressing the nature of the infrastructures, networks and agents engaging in the city’s cultural development. The complexity theory and its associated principles can provide a new understanding of the connection between the urban space and the systems of local cultural production and consumption. Drawing on interviews with creative practitioners in the North East region of England, the paper argues that the cultural development of a city is a complex adaptive system. This finding has implication both for policy makers and academic research. It emphases the importance of micro-interactions and network between creative practitioners, the publicly supported cultural sector and the cultural infrastructure of the city.

6. Conclusions: rethinking the creative city

How can complexity theory help us rethink the structures and potential of the concept of the creative city? First, complexity interaction imposes a new way of looking at how local contexts and the cultural agents and actors of the city interact. It suggests that in order to evaluate or research the creative city, a multi-level approach must be kept in mind, to allow consideration of how different actors and institutions interact in the city.  The literature suggests that the creative industries have been characterised as “having a ‘hive mentality’, informally networked ‘scenes’ which can operate very effectively in some ways. But in others the very informality can be problematic in terms of policy development” (O’Connor, 2002, p.28). Much of the regeneration literature and policy action towards the creative city have been focussed on formal investments, large cultural flagship projects, and image. On the contrary, networks seem to be central to the delivery of a better and more sustainable support system which answers the needs of creative industries. However it also important not to limit support to the mainstream, established networks. and also support the more hidden or transient ones, as these can provide the vital first steps into the sector. For example, in the North East, along with supporting established organisation like New Writing North it is important to support smaller local networks of writers or people interested in literature, as in the case of the The Blue Room [i], where interaction occurs on a wider social level without implying any strong commitment.

Culture North East (2001) states in the Regional Cultural Strategy for the North East of England “the regional cultural strategy calls for agencies supporting the sector to be entrepreneurial and opportunistic in their approach, to help create an environment where there is serious investment in innovation and risk taking at the grass roots level, which supports a continuum from cultural activity to commercial activity and retains talent in the region” (p.27). The opposition between large capital investments in the region and support for local networks can become a challenge. Sometimes it possible to see that public money is more easily directed towards large institutions or infrastructures while networks represent a soft infrastructure which is difficult to define and to invest in.

This paper has attempted to use complexity theory to highlight some of the dynamics in the creative economy of a city against a common tendency towards reductionism, where the creative economy discourse is used as a mathematical formula which can be applied to all contexts and times. The arguments presented suggest that we should consider the creative and cultural factor as constitutive and grounded in the urban context rather than simply instrumentally additive to other urban discourses of economic growth.  Also, Ormerod (1998) argues the need for a less mechanistic approach to the study of economic phenomena: “Economies and societies are not machines. They are more like living organisms. Individuals do not act in isolation, but affect each other in complex ways” (Ormerod, 1998: x). As Landry (2000) recognises “successful cities seem to have some things in common – visionary individuals, creative organisations and a political culture sharing a clarity of purpose. They seemed to follow a determined, not a deterministic path”  (Landry, 2000, p.3).

New understandings of the dynamics of the creative economy need to be implemented. This new approach must bridge the gap between the top-down approach of policy making and investment in the cultural infrastructure of a city, with a grounded understanding of the emergent structures arising from actors and agencies interacting in the sector. As Green (2001) underlines the challenging aspect  of complexity theory when applied to social systems is that instead of seeing how a social system changes as being a function of how it is, it clearly acknowledges that how it changes – even those small little changes at the grassroots level – affects how it is, and how it subsequently change again. This should be the new challenge for researchers wanting to investigate the role of culture in urban environments.


[i] The Blue Room is a project supported by the Arts Council North East with the aim to “encourage new women – and men – writers to read their work, and promoting new audiences for live poetry and prose”  (from the website www.blueroom.org.uk) and consists of a serial of monthly informal events taking place in a local pub / venue.

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*Dr. Roberta Comunian is Creative Industries Research Associate at the School of Arts, University of Kent. Prior to this, she was lecturer in Human Geography at the University of Southampton. She holds a European Doctorate title in Network Economy and Knowledge Management. She is interested in: relationship between public and private investments in the arts, art and cultural regeneration projects, cultural and creative industries, creativity and competitiveness. She has been visiting researcher at University of Newcastle investigating the relationship between creative industries, cultural policy and public supported art institutions. She has previously undertaken research on knowledge transfer and creative industries within an AHRC Impact Fellowship award at the University of Leeds.

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Previous chapters :

Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 1

Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 2

Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 3

Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 4

Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 5

Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 6

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A propos de la présentation de l’étude “Culture & Médias 2030″ / 1

Nous participions le 25 octobre dernier à la Préfecture de région Ile-de-France à la présentation de l’exercice de prospective à long terme « Culture & Médias 2030 » auquel le secrétariat général du ministère de la Culture et de la Communication s’est livré via son département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS).

Compte tenu de l’ampleur et de l’importance du sujet et pour plus de lisibilité et de clarté, nous proposons une  série d’articles suscitée par cette présentation.

Commençons par rendre compte de cette étude, car pour toutes celles et ceux qui voudraient consulter l’étude Culture & Médias 2030, elle est sensée être accessible en ligne ici, tel qu’indiqué sur le site du ministère et dans tous les supports de communication (« Le rapport public interactif en ligne, accompagné d’une analyse des 33 facteurs d’évolution sous forme de fiches, offre la possibilité de recueillir les contributions des acteurs de la culture »). Hélas, aucun accès au contenu de l’étude n’est possible à cette adresse. Une « problème technique » à résoudre rapidement.

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Dans l’auditorium de l’ancien siège de la Banque Populaire où se trouve la Préfecture dans le XVème arrondissement de Paris, c’est une matinée à géométrie variable qui s’est déroulée, géométrie variable au regard de la densité du sujet et des différents niveaux d’intervention. Après l’ouverture bien pesée de Daniel Canepa, préfet de la région Ile-de-France et préfet de Paris, c’est Muriel Genthon (directrice régionale des affaires culturelles d’Ile-de-France) qui a introduit le programme de la matinée pour passer ensuite la parole à Philippe Chantepie (chargé de la stratégie auprès du Secrétaire général du ministère de la Culture et de la Communication) qui a présenté la démarche et les scénarios de prospective de l’étude et auquel a succédé Pierre Oudart (chargé du Grand Paris à la DRAC Ile-de-France) pour une intervention sur les équipements culturels passés au crible de la prospective.

Il faut bien commencer par reconnaître que cette étude « Culture & Médias 2030 » est majeure et elle ne peut laisser indifférent, notamment parce qu’elle dresse avec une grande acuité un diagnostic fondé sur trois mutations majeures :

  • la France n’échappe pas à la globalisation de la culture et des loisirs : la France saura-t-elle préserver son modèle d’action publique culturelle encore très souvent regardé dans le monde comme une singularité, une exception ? Quelles stratégies de soutien aux industries culturelles françaises  dans un contexte de polarisation financière, stratégique et juridique des marchés mondiaux de droits et des techniques ? Face aux effets de la globalisation sur les migration, face à la diversité culturelle qui en découle dans la société et aux réactions qu’elle suscite – de l’ouverture au repli, de l’acculturation à des phénomènes de multi-appartenances, faudra-t-il redéfinir les registres de légitimation de la politique culturelle, ses priorités et ses moyens ?
  • Mondiale, la révolution numérique est pluridimensionnelle : opportunité, vraie ou fausse, d’accès aux contenus culturels, ou risque pour l’économie industrielle de la culture et la propriété intellectuelle, quelles seront les effets de la mutations numérique sur l’économie culturelle, en particulier les emplois, les modes d’organisation, de valorisation, de rémunération, de financement de la création ? Quels nouveaux équilibres à construire dans les régulations ? Comment orienter durablement l’avenir des réseaux, assurer la permanence des modèles économiques culturels ou leur profonde transformation ? Comment assurer le positionnement des industries culturelles françaises face à la montée des acteurs mondiaux, quelles stratégies nationales et/ou européennes développer ?
  • Les impacts des transformations sociales sont majeurs autant qu’incertains : commet notamment prendre en compte dans la politique culturelle la nature générationnelle des évolutions des pratiques et des rapports à la culture ? Comment agir contre la potentielle dissociation entre les pratiques relevant des « conservatoires » de pratiques culturelle et de la création et celles relevant des pratiques sociales, individuelles, communautaires, dont le contenu et le caractère culturels vont en s’amenuisant ?

Quatre scénarii de prospective des politiques culturelles se fondent sur ce diagnostic et sont développés à partir d’une trentaine de facteurs classés selon sept catégories (contexte international, contexte national, jeux d’acteurs publics de la culture, usages et pratiques culturelles, offres culturelles et leurs économies, financement et régulation, valeurs et représentation) :

  • scénario 1  « l’exception continuée » : notre modèle de politique culturelle perdure, en particulier les logiques qui ont donné naissance à une « exception culturelle française ». Les modalités  et les contenus de la politique culturelle française sont appelés à évoluer pour parvenir à maintenir un cadre d’objectifs identiques depuis plusieurs décennies. L’inertie des politiques culturelles ou leur non-renouvellement ne sont pas à l’ordre du jour. Des stratégies de choix délibérés et assumés, parfois des renoncements, voire des sacrifices sont nécessaires.
  • scénario 2  « le marché culturel » : les grandes mutations économiques, géopolitiques et techniques conduisent à marginaliser l’importance de la politique culturelle française et à banaliser les ressorts de la vie culturelle. La place du ministère de la Culture et de la Communication s’affaisse au profit d’un renouvellement mais surtout d’un renforcement des acteurs économiques de la culture.
  • scénario 3  « l’impératif créatif » : l’Union européenne lance un projet renouvelé de croissance durable articulant économie, culture, cohésion sociale et environnement afin de lutter contre une tendance au déclin relatif. La France adhère à la démarche qui voit dans la culture un facteur de créativité au service de la croissance dans une économie dynamique et durable de l’immatériel. Réorganisées, les institutions publiques de la politique culturelle cherchent à s’engager dans cette nouvelle croissance dans une stratégie d’industrialisation de la culture modifiant modes d’intervention et de régulation.
  • scénario 4  « culture d’identités » : alors que quelques valeurs partagées en Europe persistent, l’Etat se concentre sur certains fleurons d’une « culture française » et les collectivités territoriales, dans une logique fédéraliste, œuvrent à une vitalité culturelle « sociale » et communautaire, ancrée dans la vie des populations, selon une stricte segmentation.

Ces scénarii permettent de dégager clairement les défis, les enjeux et les stratégies auxquels les politiques culturelles auront à se confronter :

  • l’empreinte culturelle de la France (le terme est emprunté à la mouvance de l’économie mauve mais n’est pas traité de la même manière),
  • les articulations entre l’offre et la demande,
  • les transformations de l’Etat.

Transversaux aux politiques de la culture et de la communication, ces enjeux doivent notamment être déclinés de manière sectorielle (création, patrimoine, industries culturelles et médias, cinéma, etc.) et obligent à aller plus loin dans le débat et l’enrichissement pour mieux approcher les tendances et les spécificités des secteurs, des expressions, des métiers, des différents acteurs de la culture.

De ces enjeux, c’est un véritable programme de travail pour affiner ces scénarii qui s’engage, à travers un dialogue avec les acteurs culturels et les collectivités (la FNCC a déjà commencé à contribuer le 18 octobre dernier), mais également qui met à leur disposition la grille de lecture que cette étude permet pour penser les orientations futures de leur action.

Enfin, nous y reviendrons en détail, l’exercice prospectif est aussi conçu comme une démarche structurante pour envisager la future feuille de route du ministère de la Culture et de la Communication et ses services déconcentrés, feuille de route pensée au-delà des orientations gouvernementales issues des alternances politiques, quelles qu’elles soient, nous assure-t-on.

Ce programme de travail se décline de la façon suivante :

Empreinte culturelle de la France

  • fonder une géostratégie culturelle
  • reconnaître les actifs immatériels culturels comme un enjeu stratégique à long terme
  • renforcer l’Europe de la culture et des médias comme relais et plate-forme

De nouvelles articulations entre offre et demande

  • proposer des politiques d’offre en phase avec les mutations de la demande
  • assurer la présence d’un espace public numérique culturel
  • mettre en synergie des politiques culturelles et industrielles
  • garantir le financement durable de l’écosystème culturel
  • renouveler l’action culturelle
  • réinventer et relancer les politiques des publics
  • étendre l’éducation artistique et culturelle tout au long de la vie
  • favoriser les nouveaux espaces-temps de rencontres culturelles

Les transformations de l’Etat

  • réguler dans l’environnement numérique
  • inventer la régulation du « travail artistique »
  • imaginer la régulation des nouveaux territoires des patrimoines
  • partager l’animation culturelle des territoires
  • renforcer l’interministérialité sur des axes stratégiques
  • devenir un Etat culturel médiateur et intermédiaire
  • renforcer la fonction d’expertise
  • réinventer l’Etat financeur de la culture
  • penser la complexité, organiser l’expérimentation, susciter l’innovation

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Code éthique de la Ville de Montréal

C’est sans tambour ni trompette que la Ville de Montréal adoptera discrètement lundi prochain la nouvelle mouture de son code d’éthique et de conduite à l’intention des membres du conseil.

C’est dans le sillage de la loi 109 sur l’éthique et la déontologie dans le milieu municipal, qui oblige les municipalités à adopter ou à réviser leur code d’éthique, que la ville de Montréal a choisi de suivre la lettre de la loi et a procédé à quelques améliorations à son code précédent adopté en 2009.
Il est étonnant que la Ville de Montréal, qui ne cesse de clamer haut et fort son caractère unique, qui tente de convaincre qu’elle est une métropole de la culture et qui rabâche constamment sa volonté d’innovation se soit simplement satisfaite d’un code qui n’a d’éthique que le nom, qui est tout à fait semblable aux autres codes des autres municipalités québécoises, qui ne reflète en rien sa culture propre et qui n’innove pas.  À sa lecture, le code d’éthique de la Ville de Montréal pourrait tout aussi bien être celui de n’importe quelle municipalité.
De plus le code proposé, fort en interdictions de toutes sortes, réduit l’éthique à l’obéissance tout en négligeant que celle-ci a comme ambition de « Bien faire » et dépasse largement le seuil de « ne pas mal faire ».  Certes, on y mentionne bien quelques valeurs en introduction mais force est de constater que celles-ci sont traitées comme des lieux communs sans aucune précision et qu’elles n’influencent en rien les nombreuses interdictions du code.  Il importe de savoir que l’éthique est une recherche et un questionnement sans cesse reconduits, qui se résument au fond à cette simple question : « Quoi faire pour bien faire ? » - quand le code, coupant court au questionnement, donne plutôt une réponse : « Vous devez (faire ceci) » ; « Vous ne devez pas (faire cela) ».
L’éthique est affaire de culture et il faut rappeler qu’une culture ne se change pas seulement par la publication d’un code.  L’éthique a comme tâche de favoriser l’éclosion d’une culture qui inspirera les élus, pas de les infantiliser.

Actuellement, la culture éthique de la Ville de Montréal ne se démarque pas, ainsi, on ne la remarque pas… on n’en remarque que les manquements. Ce sont d’ailleurs ces mêmes manquements qui font que l’on ne parle d’éthique qu’en termes de conflits, d’allégations de fraudes ou d’abus.

Dans son état actuel, le code d’éthique de la Ville de Montréal lui permettra d’affirmer qu’elle a bien suivi les recommandations imposées par la loi 109.  Mais, soyons honnêtes, ce n’est pas en se satisfaisant de simplement  « suivre » qu’une ville peut grandir.

L’éthique sans les valeurs, c’est de la pub…

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Retrouvez sur Cultural Engineering Group les billets réflexifs de René Villemure, éthicien, conférencier, président fondateur de l’Institut québécois
d’éthique appliquée notamment aux domaines de l’innovation, de la culture et de la communication.

Billets réflexifs précédents publiés sur CEG :

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Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 6

We are honoured and deligheted to publish Dr Roberta Comunian’s* last article engaging with the current research and debate about the creative city and the importance of cultural infrastructure in contemporary cities. It argues that much of the focus has been around the investment of cities in specific regeneration projects or flagship developments rather than addressing the nature of the infrastructures, networks and agents engaging in the city’s cultural development. The complexity theory and its associated principles can provide a new understanding of the connection between the urban space and the systems of local cultural production and consumption. Drawing on interviews with creative practitioners in the North East region of England, the paper argues that the cultural development of a city is a complex adaptive system. This finding has implication both for policy makers and academic research. It emphases the importance of micro-interactions and network between creative practitioners, the publicly supported cultural sector and the cultural infrastructure of the city.

5.3 Connectivity, interdependence and self-organisation.

A complex system is characterized by interaction and inter-connectivity of the agents of the system and between the system as a whole and its environment. The level of interaction generates the complexity. If one looks at the culture offered by a city, it is easy to see how different organisations build partnerships and collaborate on events and projects. The private and public sectors often come together, and the connectivity in the contemporary art and cultural scene arises from the overlapping and exchange between different art forms. One element that is perceived as a key factor for the development of this connectivity in the context of Newcastle-Gateshead has been the joint bid for the Capital of Culture title. Although the title was eventually awarded to Liverpool, the process behind the joint bid started to build dialogue between different organisations, and fostered a new ability to work together. Matarasso (2000) stresses the importance of the bidding process itself, specifically referring to Newcastle-Gateshead. It promoted the debate on the importance of culture; it encouraged the networking of cultural institutions, created partnerships and common goals and provided a strong experience in terms of acquiring competences for cultural planning and management which is long-lasting legacy in the urban context.

In the first 18 months I was here we worked in shared public projects with almost every cultural organisation in the city it was a very deliberate policy, we also opened the building to creative people, young people in the region, people who had no real access to other venues […] the first people were not filmmakers but DJs, poets, people working at the fringe of this medium (Director, Public Cultural Organisation, Newcastle Upon Tyne)

But the connectivity and interdependence runs not only at the macro-level of agencies and institutions, but also at the micro-level in the creation of networks between creative and cultural practitioners (see paragraph 5.5). Responding to emergent properties or to particular innovative and enabling contexts, a complex cultural system can experience self-organisation. In the context of cultural and creative practitioners, self-organisation seems to be a common trend. In particular through collectives of artists, voluntary run spaces and galleries, but also through networks which are run organically and developed from the grassroots by artists (see paragraph 5.5)

 

5.4 Emergent properties, qualities, patterns or structures.

One of the complexity aspects which also characterized the creative and cultural infrastructure of the city, is the emergence of specific structure that regulate and inform the environment.

These emerging structures can be identified with creative clusters (Pratt, 2004) and the development of organic and institutional networks to support and govern the cultural actors and their agencies.

The fast growth of the sector as a whole can be seen as an emergence pattern: “The North East has grown faster than any other region except Scotland, but from a lower base than any other region” (CURDS, 2001, p.23). As Allen (1997) suggests these emerging structures are not determined uniquely by the context and its parameters, but are also dependent on timing and specific external intervention. This is where the public cultural policy seems to play a role in the complex development of a creative economy (Hesmondhalgh, 2005; Pratt, 2005). Nevertheless, this intervention can only provide non-linear impacts on the context. As Allen (1997) suggests in terms of the traditional beliefs in planning, the concept of what policy can or should do needs to be completely revisited.

Feedback is one central element of all the aspects and dynamics of a system. It can be read both as positive or negative feedback mechanisms that regulate the stability of the system. If we look at the cultural infrastructure of an urban context, there are many feedback mechanisms at various levels. For certain elements and commercial aspects the market represents feedback regulating production and consumption. In the cultural economy feedback is also provided by a variety of gatekeepers (Caves, 2000) and mediators (Albertsen and Diken, 2003) which regulate the access to the production facilities, even though the new technologies seem to have weakened the strength of formal gatekeepers providing direct access to audiences and markets.

There are a number of institutional organisations which provide feedback on the creative economy, and public policy and public funding appear to be a strong reinforcement

I felt the big thing we were getting from the Arts Council for the gallery business was their experience of similar ventures, it was almost like a vote of confidence, if they were willing to invest some funding it meant that we are heading down the right track, you never really know, it was reassuring to hear that (Commercial Art Gallery, Northumberland)

Nevertheless, peer-to-peer support and review seem to also be an important structure for the development of innovation. “The learning and innovation capacity of CI businesses depends to a high degree on the wider learning and innovation capacity of these surrounding networks” (O’Connor, 2002, p.9).

5.5  Networks as emergent properties or frameworks for public policy

A large part of the literature relating to clusters and regional economic development suggests the importance of networks (Christopherson, 2002; Coe, 2000; Crewe, 1996; Ettlinger, 2003; Gordon and McCann, 2000; Grabher, 2002; Johns, 2006; Knox et al., 2005; Meusburger, 2000; Mossig, 2004; Neff, 2004; Sturgeon, 2003) and these arguments have been, on various occasions, interconnected with the urban cultural infrastructure through terms such as cultural quarters or cultural milieu. Although in the economic argument networks are important mainly in terms of inter-firm trade, the creative industries seem to rely on networks for other aspects as well. The network structure in the creative and cultural industries seems to provide access to the market, but also to support the exchange of ideas and social interaction that is instrumental to the development of their work. Artists and craft makers rely on the network as a market building strategy and as a marketing strategy in itself. One example, in the context of the North East, is Designed and Made, which promotes designers and makers in the region and helps them to establish a brand and a way to promote their work and their practice.

I think it is really important for the North East to show that this kind of work exists in the region, that there is work here which is pushing the boundaries, and unless you have something like Designed & Made, other regions, and the rest of the UK and the world won’t know about the North East and what is going on here (Designer and Maker, Newcastle Upon Tyne)

Another example is Network Artists. Artists use the network to promote their practice and through the open studios Art Tour project they even get direct access to the market to sell their work. Cohesion, the glass artists’ network started by the local authority of Sunderland, has a specific focus on promoting the market for glass art and does so by specifically investing in exhibitions and the participation of artists in art fairs.

Networks are emergent structures which function in terms of support for creative practitioners. Another useful dimension of the network is the support that people get out of it. On one hand it may be moral and psychological support, which as suggested by a jewellery maker, is often a response to the isolated work of the artists / makers.

On the personal level it was really good for me because I was new to the region and I did not know many people so I found it quite a life-line because it got me involved with the artistic community and it made me feel part of something […] I think it is really important because as an artist/designer people work on their own and feeling quite isolated, it makes you feel there is other people out there that you can share experiences with, you get ideas bouncing ideas to people, it just helps” (Designer and Maker, Newcastle Upon Tyne)

Creative industries hardly identify themselves with the mainstream business support offered by local agencies. On the contrary, they believe that the best people to provide support or business advice are the people who work in the same sector or have experience in their field; therefore the peer–to-peer support through formal and informal networks seem to be a means to create the personal support infrastructure which a creative practitioner needs.

The most important thing is mixing with other people, you can make do without all the services provided and business advice but the most valuable information comes from other people doing the same things as you who are a year or two years further down the line and can remember how it is like to be in your position but they worked through those problems and they can advise you on how to do things (Jewellery Designer and Maker, Newcastle Upon Tyne)

Creative industries tend to rely on different types of networks. Although they would attend events and be within the network of specific formal organisations, they also have a smaller network of peers with which they talk more often and from whom they would seek advice.

It seems that sometimes formal networks are considered useful but impersonal and too structured; they are more like professional development organisations than actual networks. As Kauffman (1993) suggests in reference to biological systems “ecosystems are not totally connected. Typically each species interacts with a subset of the total numbers of other species; hence the system has some extended web structure” (Kauffman 1993, p.255). One element which seems central is the social dimension of the network and the type of bond and experience that holds people together. In this respect, it is often the case that within large formal networks people form smaller and closer social networks.  “Connectivity between individuals or groups is not a constant or uniform relationship, but varies over time, and with the diversity, density, intensity and quality of interactions between human agents” (Mitleton-Kelly, 2003, p.6). As an artist who started a network in the Newcastle area suggested:

I thought the network would grow and become more established, but it remained quite organic and it is made by how much people want to interact with it. It is very organic, in this sense because, as a living organism, sometime it is very active and lots of things go on, some other times it is more quite and slow but this is how it should be because it is organic and it follows the will of people to interact with it (Visual artists network manager)

The emergence of organic networks alongside institutional ones presents some critical challenges. In fact, institutional networks seem to force the social networking, while in the organic networks the social aspects are spontaneous. Furthermore, as an artist suggests, organic networks seem to respond more directly to the need of the people involved in the sector, 

Yes it is very important, because it is artist-led we are making it what we need, we know what we need and we are making it that, coming from us it is going to be more relevant than if it was coming from people in the public sector, who have the best intentions but they do not work in the sector and they do not exactly what we need (Glass artist, Newcastle Upon Tyne)

Although networking is often considered part of business practice, people working in the creative industries do not always perceive the need to network as part of their business development. The traditional idea of networking is often considered conventional, and frequently implies mixing with people from very different contexts or business sectors, thus making it seem irrelevant. Conversely, the social dimension, and the trust relationship which can be built (Banks et al., 2000) are perceived as very important for the person and their work. Therefore, networking often takes place informally and as part of normal social interactions, such as sharing common spaces, meeting down at the pub etc.

it was a voluntary organisation, it was founded by two writers and had come from grassroots level, we used to have a meeting once a month, we would have a speaker in and then go down to the pub, it was fantastic, then when Northern Arts decided to have a new full-time officer, a professional came in […] it seems to me that everything now is so much more formal rather than informal, that kind of social network disappeared (Freelance scriptwriter, Newcastle Upon Tyne)

As suggested by O’Connor (2002) “these networks are underpinned by infrastructures of knowledge and expertise which do have formal, institutional dimensions, but equally are embedded in more amorphous social and cultural infrastructures – described as ‘soft infrastructure’, or ‘critical infrastructure’, or ‘creative infrastructure’. These last terms concern those informal networks, those place specific cultural propensities, those ‘structures of feeling’ which are very difficult to grasp, let alone strategically direct, but which nonetheless are crucial to the urban regional ‘innovative milieu’” (p.27).

 

5.6 Networks and support to the creative economy: new planning for the creative city

Considering the general use of the local networks of local creative industries it could be argued that supporting different networks and communicating through them could provide an effective structure for support. In fact, if we think about the development of some formal and informal networks in the North East, it seems clear that public policy and funding have considered them a strategic way to support and sustain the sector.

Some examples of this would be the Cohesion glass artists network, started by the Sunderland City Council, Designed and Made, started organically by a group of artists and makers and than supported by public funding from the Arts Council of England North East, the Aurora Project (a development network for arts and crafts) supported by Northumberland County Council and European Regional Development Funding, and New Writing North, which started organically, and was then institutionalised and supported by the Arts Council North East, and has become the writing development agency for the North East of England. The public sector sees these networks as a useful support infrastructure for a number of reasons. First, it allows the public sector to delivery information and support to different people by supporting one organisation. It is an efficient way to spread relevant information, organise meetings and seminars and involve the larger sector. Secondly, it creates a critical mass for people coming from the outside and looking for information or deciding whether to start up in a specific sector. It presents the region as a place where creative people are sharing knowledge and are supporting each other. Lastly, it makes public investments more sustainable: instead of investing in one single person the sector can present its investment as sustaining the whole sector. It is an efficient and effective way to promote the regional creative industries to the outside, presenting strength and the potential for further development. However this public support has also caused some undesirable side effects. On one hand it makes the network much more institutionalised and bureaucratic. In fact, if we consider how much interaction, support and participation come from social networks, turning them into public support organisation to deliver specific outcomes can be risky, and can change the nature and quality of the network itself. Another problem is the thinking that the network encompasses the whole sector and all of its actors. Because there is a network of artists or designers, the public sector tends to invest in the network and support it. The risk is that people who do not want to take part in the network, or simply do not fall into the remit of a specific network feel like outsiders, cut off from the possibility of further interaction.

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*Dr. Roberta Comunian is Creative Industries Research Associate at the School of Arts, University of Kent. Prior to this, she was lecturer in Human Geography at the University of Southampton. She holds a European Doctorate title in Network Economy and Knowledge Management. She is interested in: relationship between public and private investments in the arts, art and cultural regeneration projects, cultural and creative industries, creativity and competitiveness. She has been visiting researcher at University of Newcastle investigating the relationship between creative industries, cultural policy and public supported art institutions. She has previously undertaken research on knowledge transfer and creative industries within an AHRC Impact Fellowship award at the University of Leeds.

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Previous chapters :

Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 1

Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 2

Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 3

Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 4

Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 5

 

 

 

 

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Culture et territoires 2030

Dans le cadre du séminaire national du 18 octobre dernier “Culture et média 2030 : quelles perspectives territoriales ?”, la FNCC a publié dans sa Lettre d’Echanges n°75 des réflexions et des contributions sur l’étude “Culture et Médias 2030” réalisée par le Département des études, de la prospective et des statistiques du ministère de la Culture et de la Communication (DEPS). Nous publions ici le point de vue développé par Vincent Rouillon, rédacteur de la revue électronique de la FNCC.

Culture et Média 2030 identifie trois grandes mutations qui, chacune à sa manière mais aussi de façon conjuguée, déstabilisent le principe même d’une politique nationale de la culture. Pour autant, la vivacité de l’interrogation des chercheurs ne serait-elle pas en elle-même une manifestation de la légitimité d’une approche nationale des politiques de la culture, même si (et surtout si) leurs principales modalités sont territoriales ?

Déclin, débordement et désaffection de l’horizon national de la culture

Selon le DEPS, nos sociétés subissent trois grandes mutations : la globalisation, la mutation numérique et la modification des rapports entre l’individu et le groupe. Or, la globalisation (mondialisation des échanges et des centres de production) semble ouvrir un déclin de l’horizon national, la mutation numérique induit le débordement de cet horizon et la montée de l’individualisme ainsi que de ses corollaires communautaristes en signale une certaine désaffection. En somme, la production, la circulation et la fonction sociale de la culture ne feraient plus nation : elles ne participeraient plus (ou beaucoup moins) à l’identification d’un groupe d’individus partageant un certain nombre de valeurs sur un territoire commun et sous une gouvernance commune. Au contraire, elles instaureraient un monde fait de communautés éparses d’individus singuliers dominés par des forces économiques supra nationales insoucieuses de l’intérêt général. Rien là qui corresponde à l’autorité et à la compétence du ministère de la Culture, du moins tel qu’il s’est pensé jusqu’à présent.

Historiquement, notre ministère s’est donné comme mission principielle celle de la démocratisation culturelle. Un objectif que Malraux définissait ainsi : « Rendre accessibles au plus grand nombre les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France. » A quoi il ajoutait cette précision : le ‘‘plus grand nombre” évoqué ici est « le plus grand nombre possible de Français ». Le ministère porte ainsi, dès l’origine, une mission profondément nationale, et ce naturellement en lien avec une guerre qui avait violemment menacé l’unité, l’autonomie et l’existence même de la nation française.

C’est toute la force de la prospective du DEPS que de signaler au ministère dont il est pourtant l’un des organes le danger d’obsolescence qui, de ce point de vue, le guette dans les décennies à venir. Ce qui explique peut-être, par ailleurs, l’accueil circonspect qu’a reçu l’étude Culture et Médias 2030 au sein même du ministère et dans les structures dont il a la tutelle. Le déclin, le débordement et la désaffection de l’horizon national de la culture sont, de fait, des données tendancielles difficilement digérables pour un ministère ‘‘national’’ de la culture.

Territorialisation

Un autre enseignement de l’étude du DEPS concerne le rapport du ministère avec les territoires. En 50 ans, ce lien est passé de la centralisation à la déconcentration (les DRAC – on peut noter, de ce point de vue, que parmi les quatre scénarios chargés d’éclairer le ministère dans ses choix pour les prochaines décennies, trois entérinent leur disparition), puis à la décentralisation (avec en particulier les associations départementales et régionales).

Quelle pourrait être la quatrième phase ? Mis à part le premier scénario, appelé « l’exception continuée » (une sorte de statu quo évolutif du fonctionnement actuel des politiques culturelles nationales, sous le signe d’une décentralisation qui conserverait, voire renforcerait, le rôle centralisateur de l’Etat), les autres font entrevoir une évolution différente : la territorialisation.

En effet, si la globalisation renforce la concentration oligarchique de la production de biens culturels à un niveau international et donc impose une uniformisation planétaire de l’imaginaire, elle génèrera inévitablement des revendications de la différence et de la diversité qui, elles, fonctionneront à une échelle infra nationale. Ce qui implique notamment une validation des politiques de proximité dont les acteurs politiques majeurs sont les collectivités territoriales.

De même, la mutation numérique pourrait entraîner ce que l’étude appelle une « migration numérique » : « A partir de 2020, le tissu industriel se renouvelle de façon dynamique par les franges », via une multitude de projets associatifs et individuels disséminés sur le territoire. Certes, cette « démographie dynamique des entreprises culturelles » suppose un ensemble de règlementations (pour favoriser l’initiative de PME et TPE culturelles) que seul l’Etat est en mesure d’instaurer. Mais, par la force des choses, ce foisonnement opèrera de fait une ‘‘territorialisation” de la culture.

Enfin, la troisième mutation – celle de la montée de l’individualisme – se doublera d’une sorte d’individualisme collectif, c’est-à-dire de communautarisme (qui peut être associatif et/ou virtuel, ethnique, religieux, générationnel, ou opérant selon des convergences de centres d’intérêt politique, professionnel, etc.), dont une part sera d’ordre territorial.

Dès lors, l’appel récurrent à un approfondissement de la décentralisation (voir la Déclaration d’Avignon 2010 des associations d’élus) instaurant les conditions d’une réelle autonomie et reconnaissance des politiques culturelles territoriales et, réciproquement, conviant les pouvoirs locaux à prendre leurs décisions à l’aune nationale, semble étroitement correspondre aux grandes évolutions de notre société décrites par le DEPS.

Un Etat qui se pense lui-même

Bien entendu, l’étude du DEPS ne prétend pas deviner l’avenir. Elle se revendique même d’une prospective « exploratoire » et non « descriptive ». Elle envisage les décisions qui pourraient être prises et non une succession déterministe de données subies. C’est en cela qu’elle est politique et non scientifique.

Or cette prospective politique est celle d’un outil de recherche ministériel travaillant au bénéfice de son ministère et à celui de l’Etat. Pour ainsi dire, le déclin de l’horizon national et l’accroissement de la pertinence des échelons de proximité sont des perspectives décrites de l’intérieur, pour renforcer le rôle et la place de l’Etat dans la vie culturelle de notre société et non pour le mettre en péril ou prévoir son déclin. La question traitée est : quel peut être le rôle de l’Etat culturel dans un monde où l’horizon national est en déclin et où celui de la proximité semble promis à une pertinence accrue ?

L’un des éléments de réponse est peut-être celui-ci : de la même manière que l’actuelle crise économique exige le renforcement du rôle des Etats pour que s’édifie une gouvernance économique européenne fédérale dans laquelle leurs prérogatives seraient moindres, de même, les politiques culturelles nationales pourraient renforcer les conditions de leur territorialisation. Cette fonction d’accompagnement plus que de décision n’exprime pas un retrait de l’Etat mais, tout au contraire, le renforcement de ses fonctions de réglementation, d’incitation et d’encadrement de l’ensemble des acteurs culturels ainsi que de lui-même. Pour ainsi dire, seul l’Etat possède la légitimité et les compétences pour se penser lui-même, pour se recadrer, pour s’autolimiter au bénéfice d’une nation qui ne se définirait plus comme transcendant les particularités individuelles, communautaires et territoriales, mais comme organisant leur développement et leurs échanges artistiques et culturels.

Qui d’autre que le ministère de la Culture est en mesure d’assumer une telle fonction autorégulatrice ? La globalisation, par nature commerciale, ne peut penser au-delà de son intérêt propre. Les acteurs de la mutation numérique, eux non plus, ne sont pas en mesure d’exercer une pensée réflexive en vue d’un intérêt supérieur au leur. Pas plus que ne le peuvent les communautés et les individus par définition préoccupés d’eux-mêmes et non des autres communautés ou individus.

Quant aux collectivités, n’est-ce pas en lien avec l’Etat qu’elles ont aussi la légitimité de penser au-delà d’elles-mêmes, c’est-à-dire d’inclure l’intérêt local (communal, communautaire, départemental ou régional) dans le cadre d’un dessein plus vaste ? N’est-ce pas si elles sont ensemble, entre elles et avec l’Etat, que l’horizon national peut résister à son déclin, à son débordement et à sa désaffection ? Curieusement, l’inquiétude palpable générée par la lecture de Culture et Médias 2030 provoque, in fine, un optimisme dont on ne se sentait plus capable.

Vincent Rouillon

Rédacteur de la Fédération des collectivités territoriales pour la culture (FNCC)

Texte paru dans la Lettre d’Echanges n°75, revue électronique de la FNCC

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Retour sur le 1er Forum international de l’économie mauve

Le premier forum international pour l’économie mauve qui s’est tenu la semaine dernière à l’espace Pierre Cardin à Paris s’est achevé sur un succès porteur d’espoir. Nous y avons participé non sans une certaine excitation, notamment au regard des intentions affichées par le manifeste fondateur de ce concept dont nous nous étions fait l’écho il y a quelques semaines :

  • articulation vertueuse [entre culture et économie] qui ne se réduise pas à une pure instrumentalisation de la première et à une vaine stigmatisation de la seconde ;
  • reconnaissance et désormais construction d’une perspective où la culture est appréhendée et reconnue comme un écosystème hypersensible à l’action humaine, dont elle enregistre tous les impacts (directs et indirects) ;
  • œuvrer pour le durable contre le court terme, la création de valeur contre le gaspillage des ressources, la synergie contre le chacun-pour-soi, l’éthique contre l’irresponsabilité.

Autre raison de s’enthousiasmer : la qualité des interventions et des débats, dont on peut se réjouir qu’ils aient enfin à nouveau lieu à Paris car, il faut bien le dire, depuis les journées européennes de l’économie et de la culture en 2008 au Musée du Quai Branly, il ne s’est pas passé grand chose pour donner au public les clés de ce qui se joue lentement ici mais sûrement ailleurs dans la reconfiguration des territoires mondialisés de la diversité culturelle pensée comme un mode intégré d’action et de coopération, des industries créatives comme vecteur de rayonnement et de développement, de l’urgence de connecter et croiser plus fortement la culture avec les autres secteurs de l’activité humaine.

C’est en effet d’abord une affaire de contenu, au-delà du besoin de légitimer le concept de l’économie mauve par un corpus de pensée et la signature de grandes cautions publiques nationales et internationales. Il convient en effet de reconnaître que les contenus étaient au rendez-vous et que l’adhésion et l’engagement des intervenants créé un œcuménisme particulièrement fécond et prometteur qui va là aussi bien au-delà du simple syncrétisme de l’ère post-Florida, très à la mode aujourd’hui et que certains s’épuisent avec plus ou moins de bonheur à commenter ou recycler sans rien proposer.

Rien de cela ici, bien au contraire. C’est la reconnaissance de la nécessité de faire muter l’économie en lui donnant une couleur supplémentaire, comme ces dernières années avec l’économie verte, pour engager de nouvelles perspectives non pas de développement débridé, dérégulé ou dérèglementé, bien au contraire, mais d’action soutenable, d’action plus responsable, plus porteuse de sens, plus reconnaissante de notre capacité de créer, d’imaginer, d’innover et surtout de collaborer, de partager et d’habiter le monde.

Cette couleur, le mauve (créativité et imagination dans la symbolique des couleurs), viendrait donc se placer au centre du développement durable pris non plus comme un concept pour dire « la culture est le quatrième pilier du développement durable », une mode ou un cycle de marché mais comme une modalité d’action responsable sur l’ensemble des domaines qui participent et relèvent de notre écosystème. Et cette nouvelle modalité doit avoir ses propres outils et méthodes, une nouvelle ingénierie culturelle en quelque sorte.

A noter parmi les nombreuses interventions qui se sont succédées pendant 2 jours et demi, des témoignages qui se distinguent et montrent le chemin :

  • Cheikha Mai (ministre de la culture et de l’information du Bahrein), a permis de prendre pleinement conscience de ce que Frédéric Martel décrit dans « Mainstream » (la conquête des industries culturelles et notamment des médias en direction de publics qui partagent la même culture que les acteurs occidentaux négligent alors qu’elle constitue un immense marché).
  • Odile Quintin (ancienne directrice générale à la Commission Européenne) a souligné que sans  la prise en compte de la diversité culturelle les entreprises perdent en moyenne 10 points de compétitivité et que le poids gigantesque des industries créatives dans l’économie de l’Europe aujourd’hui doit inciter à aller plus loin dans la maison Europe pour favoriser partout des écosystèmes créatifs, innovants et dynamiques qui stimulent les territoires.
  • Bernard Ramanantsoa (directeur général d’HEC Paris), nous a rappelé que si nous vivons une crise économique, financière et sociale, elle coïncide avec une crise de la pensée, où la méconnaissance d’autrui, de sa culture, de ses traditions et de ses usages est alimentée par l’immédiateté de l’opinion toute faite et le déclin de la culture générale jusque dans l’enseignement supérieur.
  • Hubert Védrine (ancien ministre des affaires étrangères) a donné sa vision de l’urgence d’une Europe fédéraliste qui s’appuie sur la richesse culturelle et identitaire de chacun de ses membres pour exister face aux grandes puissances en devenir qui ont presque toutes un modèle fédéraliste avec plus d’états, plus de langues et des cultures et de croissance sur lesquelles il faudra non seulement compter mais probablement accepter la fin du modèle d’influence américain qu’elles commencent aujourd’hui à contester.
  • Caio de Carvalho (Président de Sao Paulo Turismo, ancien ministre et président de l’institut d’économie créative) a insisté sur le fait que le monde entier raffole de la beauté et de l’art de vivre de l’Europe mais que c’est grâce au numérique et aux industries créatives que le Brésil avance à très grande vitesse pour créer de nouveaux centres d’intérêt et de croissance où la culture et ses impacts directs et indirects sont considérés et évalués comme des points de croissance économique à part entière comme aucun pays d’Europe ne le fait aujourd’hui.
  • René Villemure (président de l’institut d’éthique du Québec) a développé l’idée que l’éthique et l’économie mauve ne seront jamais l’aboutissement logique de bonnes intentions.  Elles seront le résultat de réflexion et de proposition fondées sur le sens et sur des valeurs telles l’impartialité, le respect et la vigilance. Ces trois valeurs représentent un horizon moral souhaitable d’une mondialisation à visage humain.
  • Guillaume Kiossa (ancien conseil spécial de la présidence européenne française et président d’Europanova) a promu la nécessité  d’investir massivement dans des programmes qui visent à accueillir les talents du monde entier en Europe, comme les Etats-Unis l’ont fait chaque année depuis le début des années 1940 notamment pour accueillir les élites européennes qui fuyaient le nazisme, non seulement pour y découvrir la culture et les merveilles de l’Europe mais aussi pour ensuite y vivre et contribuer à renouveler le rayonnement et la dynamique en Europe.
  • Carlo Petrini (président-fondateur du mouvement Slow Food) défend comme toujours l’idée que le système actuel court à sa perte et qu’il faut le rebâtir sur les dynamiques locales authentiquement porteuses de culture, de savoirs et de respect entre les hommes, envers la nature et tout comme certaines villes se mettent à opter pour la philosophie « slow », ce sont les métropoles qui devraient restaurer le goût du mieux vivre au lieu de concentrer depuis toujours les gaspillages les plus criminels qui soient.
  • Daniel Maximin (commissaire de l’année française des Outre-mer) a insisté sur le fait que les peuples d’Outre-mer ont le respect de la terre au plus profond de leurs cultures et que si les territoires d’Outre-mer sont autant des paradis que des enfers qui nous fascinent et nous ont incité à les coloniser, le développement économique par l’exploitation des ressources naturelles et par le tourisme peuvent et doivent changer ici et maintenant radicalement d’optique et mieux s’appuyer sur la sagesse des ultra-marins.

A noter également la courageuse modération de Frédéric Martel qui a « osé » une fois de plus mener la vie dure à nos vieux réflexes franco-français qui nous font souvent dire que nous sommes les champions de la diversité culturelle alors qu’il n’en est rien. Ce qui est désormais une posture ou un discours d’apparence vis-à-vis de l’extérieur, qui rassure et donne bonne conscience teintée d’une certaine nostalgie pour notre impérialisme déchu qui ne dit pas son nom, ne résiste pas un instant à la réalité de la diversité culturelle issue des sociétés multiculturelles comme les Etats-Unis.

Face à l’urgence de refonder la manière dont la culture, les arts, l’innovation et la créativité pour soutenir un monde plus juste, la tâche est immense, vertigineuse et complexe car le temps n’est plus aux incantations. Même si bon nombre de nos élus et de nos gouvernants auront naturellement le réflexe de dire qu’ils font de l’économie mauve depuis des années sans jamais le dire, il faut bien reconnaître la nécessité de réviser le logiciel sociétal dont la gouvernance a été édifiée dans autre âge.

Au fond, ce qui est en cause ce situe à deux niveaux :

  • le modèle d’exploitation de la nature et des êtres humains pour pouvoir les exploiter toujours plus les êtres humains et la nature, la fuite en avant du développement privé de toute forme de responsabilité et de conscience de son impact,
  • les réticences de l’ordre établi face à la mutation des systèmes politiques et géopolitiques qui ont émergé et dont la coopération est aujourd’hui incontournable.

L’économie mauve cherche à mieux interagir avec la culture pour trouver les clés d’une croissance économique et d’un développement social conscient que nous vivons dans un monde limité (au sens où nos ressources ne sont pas illimitées). De là émerge une valeur ajoutée qui s’appuie sur la culture au cœur de la conception des biens matériels et immatériels et des services publics et privés.

A travers la recherche de la diversité et de l’enrichissement culturels, c’est un défi de sobriété qui est clairement proposé par l’économie mauve : replacer l’être humain au centre de notre écosystème grâce à sa dimension créative. La demande de culture toujours plus grande peut être un des supports structurels de cette économie porteuse de croissance qui pourrait faire coïncider la notion de richesse la sobriété d’un monde limité et l’humilité d’un écosystème conscient de son équilibre fragile.

La discussion et le mouvement sont désormais enclenchés avec les acteurs concernés pour trouver des solutions nouvelles.

Rendez-vous donc à Sao Paulo l’année prochaine pour poursuivre dans l’action ce que cette première édition du Forum international de l’économie mauve vient d’initier de la plus prometteuse des manières.

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L’économie mauve, par René Villemure

Ceci est le texte de l’allocution de René Villemure sur l’économie mauve, présentée le 11 octobre 2011 à l’Espace Pierre-Cardin à Paris dans le cadre du 1er Forum international sur l’économie mauve, événement pionnier et fondateur auquel nous participions et dont nous nous sommes déjà fait l’écho à plusieurs reprises.

Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais, d’éthique sans réflexion.

Si cela va sans dire…cela ira encore mieux en le disant…

Bien que le sujet soit sur toutes les lèvres, on utilise l’éthique plus souvent qu’autrement afin de justifier des normes.  Au lieu d’inspirer, on tente de contrôler le comportement en surveillant en en punissant, ce qui ne constitue pas des gestes éthiques.  De fait, l’éthique est mal connue et mal comprise.

Considérant que la notoriété du sujet n’égale pas sa connaissance, j’aimerais vous présenter, en quelque minutes, ce qu’est réellement l’éthique, ce qu’elle n’est pas, puis, enfin de faire le lien avec les enjeux et les responsabilités de l’économie mauve.

Même si plusieurs abusent du terme « éthique » et si, en conséquence, celui-ci est de plus en plus « connu », posons la question : malgré sa notoriété, sait-on réellement ce qu’est l’éthique ou ne sommes-nous qu’en mesure d’en déplorer le manque ?

L’éthique, et c’est curieux, est l’un de ces sujets que tous semblent vouloir s’approprier sans pour autant en connaître le sens, en comprendre les exigences ou la portée.  Écoutons les conversations et nous pourrons entendre parler de l’éthique du football et même de l’éthique de ceux qui travaillent fort…  Tout dire sans rien dire…

Ainsi, et c’est incontestable, le sujet de l’éthique est connu mais, s’y arrête-t-on vraiment ? Je ne crois pas.

L’éthique n’a pas la vie facile, elle est souvent masquée par tout ce qui se prend pour elle… c’est la raison pour laquelle on entends plus souvent parler  de « codes d’éthique », c’est-à-dire d’impératifs à suivre absolument sous peine de sanctions.  Cette conception, fort populaire, est cependant réductrice. Elle réduit le « Bien Faire » à l’obéissance…

Ces codes maladroitement appelés « codes d’éthique » relèvent, au sens strict, de la déontologie, c’est-à-dire d’un « discours sur le devoir ».  La déontologie est une pratique normative qui se penche sur son passé, que l’on croit immuable, et qui, souvent, n’aime point son présent.  C’est la raison pour laquelle elle propose d’ajuster le comportement présent au passé jugé « idéal ».

En situation de décision, le déontologue tente patiemment de rapprocher rigoureusement la situation en présence du texte original afin de restituer à la situation actuelle la perfection du texte original sans nécessairement tenir compte du contexte ou de l’irrégularité de la situation.  La déontologie est une pratique patiente et mesurée de comparaison avec un texte figé…figé dans le passé, bien sur…

Enfin la déontologie, pour qui n’existent que les cas les plus fréquemment rencontrés, relève de la logique du « surveiller et punir », elle inspire par la crainte, elle définit ce qui est « mal », ce qui est interdit, elle recherche la faute par rapport à un texte fondateur jugé parfait.

L’éthique, de son côté, est une pratique évaluative fondée sur des valeurs en vue de l’atteinte d’une finalité jugée « bonne »; elle est plus soucieuse du « bien dans les circonstances » que de la conformité à une règle figée. L’éthique se soucie de la décision à prendre avec justesse, dans un contexte irrégulier, malgré l’incertitude et tout en considérant que le juste, en soi, est une cible fuyante.  « Que nous incombe-t-il donc de faire dans les circonstances » demande l’éthique.

L’éthique doit être comprise comme étant un exercice réflexif qui résulte d’une certaine prise de conscience collective, d’un désir de faire autrement, d’un ambition de faire « mieux » au niveau moral.  L’économie mauve parle ici « d’articulation vertueuse ».

L’éthique peut-être comparée à une œuvre d’art qui appartient à une époque ou à un peuple; une décision éthique appartiendra toujours à un contexte, à un moment spécifique dans l’espace et dans le temps.  Et tout comme dans le domaine de l’art où les « connaisseurs », nombreux, évaluent la technique, l’éthique a ses faux experts, tout aussi nombreux, qui rédigent des codes standardisés tout en n’ayant peu de souci pour l’éthique en soi, pour le sentiment artistique de l’éthique. On parle alors « d’éthique irresponsable ».

Lorsqu’on évoque l’éthique dans le cadre de l’économie mauve, il faut savoir que l’éthique est affaire de culture, tant celle d’une organisation, d’une société, d’un mouvement ou d’un peuple.  Elle doit s’appuyer sur des valeurs communes qui devront être claires, praticables et partagées; ces valeurs devront éclairer et éviter de recouvrir ce qui doit être fait par ce qui peut être dit.

L’éthique est affaire de culture et il faut rappeler qu’une culture ne se change pas, elle migre. Lentement.

La migration culturelle, la migration éthique, ou la migration vers une économie mauve est la prise en compte d’un désir de transformation qui permettra de faire le lien entre « pas d’éthique », l’éthique déontologique et l’éthique en soi; qui permettra de faire le lien entre « le durable et le court terme, la création de valeurs et le gaspillage, le collectif et l’individuel, l’éthique et l’irresponsabilité ».

Il faut influencer la culture vers une culture « éthique plus » (ou une culture plus mauve) parce qu’actuellement la culture de plusieurs organisation, sociétés mouvements ou peuples ne se démarque pas, ainsi, on ne la remarque pas… on n’en remarque que les manquements. Ce qui est déplorable.

Et ce sont ces mêmes manquements qui font que l’on ne parle d’éthique qu’en termes de conflits, de fraude ou d’abus.  Pas très inspirant, il faut l’avouer…

N’auriez-vous pas le goût que l’on fasse référence à l’éthique dans un contexte qui lui est propre plutôt qu’à titre de béquille destinée à surveiller et à punir ?  Bien Agir me semble plus inspirant que « ne pas mal faire ».

Cessons d’écouter les faiseurs de règles, les faiseurs d’images et les faiseurs tout court et réfléchissons sincèrement à l’éthique et aux valeurs; cessons de fonctionner par l’absurde en appelant « éthique » ce qui ne l’est pas.  Faisons un effort afin de mieux connaître ce qu’est l’éthique, l’appréciation éthique, le développement durable éthique, la RSE éthique, les choix éthiques… et l’économie mauve éthique…

La société de l’économie mauve exigera de ses acteurs qu’ils puissent évoluer dans un cadre plus large, qu’ils puissent élever leur regard et apprécier la complexité d’un monde en changement.  Le réflexe traditionnel d’automatisme dans les gestes de gestion ou de gouvernance perdra de sa pertinence. Dans le monde de l’Économie mauve, Voir autrement et penser autrement ne seront plus des alternatives, ce seront des nécessités.

Dans cet effort, plusieurs dangers nous guettent. Je ferai mention du principal danger, celui de la récupération de l’économie mauve par les opportunistes qui seront tentés d’en faire une « économie mauve pâle »… Une éthique de vitrine, une esthétique qui préférera le confort de Bien paraître aux exigences de Bien faire.  En matière d’éthique et d’économie mauve, la vigilance est de mise.

L’éthique et l’économie mauve ne seront jamais l’aboutissement logique de bonnes intentions.  Elles seront le résultat de réflexion et de proposition fondées sur le sens et sur des valeurs telles l’impartialité, le respect et la vigilance.

Ces trois valeurs représentent un horizon moral souhaitable d’une mondialisation à visage humain.


Les ingrédients mystères ? Le temps et la réflexion… ce que nous sommes à faire ici ce soir…

Nous sommes non ce que nous choisissons d’être une fois pour toutes mais ce que nous choisissons de faire à chaque instant

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Retrouvez sur Cultural Engineering Group les billets réflexifs de René Villemure, éthicien, conférencier, président fondateur de l’Institut québécois
d’éthique appliquée notamment aux domaines de l’innovation, de la culture et de la communication.

Billets réflexifs précédents publiés sur CEG :

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Une création transmédia ou un concept indéfinissable

Depuis quelques mois nous avons progressé dans la compréhension du terme transmédia. Ceci étant dit il reste un long travail à faire au niveau des valeurs qu’il transporte dans son univers non seulement de création, mais de communautés de l’Internet. A la base : la rencontre de créations, de créateurs, d’industries, et un nombre considérable de discussions dans les réseaux sur le web, à travers des groupes et lors d’évènements privés ou publics, mais aussi des fils de discussions tant sur des plateformes ludiques, sociales que professionnelles.

La narration transmédia existe lorsque certaines conditions sont remplies et je vais m’en expliquer. Mais la narration transmédia, il me semble, est plus forte et plus durable si elle englobe des valeurs nécessaires aux bonnes pratiques de production, d’une part, et aux bonnes pratiques de la communauté au sens large, incluant le public et les usagers, qu’il s’agisse d’une audience passive, active, voire pro-active ou re-active.

Un récit est transporté et transformé. J’utilise à bon escient le mot transformation de façon à ce que les destinataires de mes messages aient dans leur esprit ce mot qui est aussi un synonyme du mot ouverture. Et non arrivons donc à la notion d’ouverture d’esprit.

Si votre récit est large et complexe il peut, grâce à la multiplicité des plateformes, des médias, s’étaler partout et se transformer en fonction du médium où l’histoire se déroule et en fonction des interactions qui vont en découler. Tout est possible. Tout reste à inventer.

Ce qu’on appelle dans les métiers des médias, le « storytelling », n’est en fait que le terme qui désigne la notion de récit, d’histoire dans le sens du conte. Ce qu’on appelle le « social media » est la forme de communication qui englobe les fonctions de l’Internet et qui est multiple dans le sens où cette communication fait appel à beaucoup de sens en même temps pour un être devenu « connecté ».

Peut importe les termes et les actions, ce qui ressort de cette imbroglio médiatique c’est que, comme d’habitude, chacun voit midi à sa porte. Les professionnels du marketing sont les plus rapides. Les industriels, vendeurs de matériel et services, mettent vite des moyens financiers et stratégies de marketing en place pour utiliser toutes les nouvelles techniques et astuces possibles pour mettre en avant leur marque. Logique. Les professionnels des industries culturelles reprennent le flambeau pour faire valoir leur talent et leur voix citoyenne. Légitime. Et les artistes arrivent en clamant leur indépendance et rappelant à tout va qu’ils avaient eu les idées avant en ressortant des dates et des études de cas, tout à fait compréhensible. Ne parlons même pas des chercheurs qui, entre temps, sont aller voir ailleurs pour être plus en phase avec leur idées (fuite des cerveaux).

En effet, ce qui a changé avec Internet, ce n’est pas seulement la totalité de nos relations et nos comportements, mais aussi la façon dont nous pouvons protéger nos valeurs et mettre en avant nos idées. Aller communiquer sur Internet est une démarche individuelle qui remet l’humain au centre de la vie sociale, politique, communicationnelle, certains diraient cognitive, et par conséquent culturelle.

 La culture EST, du verbe être, elle n’a pas besoin de se dire exceptionnelle.

Le terme transmédia existe depuis bien longtemps et on s’est amusé sur le web en fouillant et en partageant à son sujet. Soit. Il fait référence à l’étude des médias, à la théorie de la communication. Il renvoi à des notions conceptuelles et non techniques. Il est toujours difficile pour des apprenants à absorber des concepts. Alors les postulats et la maïeutique peuvent aider. Poser des postulats permet de réfléchir et de discuter. La Maïeutique nous vient des philosophies grecques (encore eux) et redonne à l’humain sa valeur en l’amenant à trouver des solutions par lui-même et en étant dans une phase d’apprentissage qui le grandit.

Le fait que la technologie du 21ème siècle soit arrivée si vite dans les mains de tous les confortables citoyens des pays forts développés, a donné l’occasion au concept transmédia de démarrer une nouvelle carrière ! En effet dans les industries du cinéma et du jeu – jeu vidéo, jeu sur Internet et sur mobile – voire aussi maintenant dans l’industrie littéraire, ce terme renvoi à des notions de récit étendu sur plusieurs média qui donnent à l’histoire et à ses personnages plus d’envergure, qui donnent aux créateurs plus de possibilités de lecture, et qui actionnent les alarmes de la production et distribution de produits culturels qui génèrent des revenus.

L’utilisation du terme dans les réseaux des industries culturelles fait vite des adeptes, mais aussi rapidement des réactions vives qui invitent à une réflexion sur tous les sujets délicats : visite du droit d’auteur, modèle économique, gestion de communautés, comportements et usages du public, nouveaux métiers des médias et de la culture, transformation des modèles traditionnels, incorporation des domaines liés tels que l’éducation et la citoyenneté… Il y a une dimension politique qui émane de la création transmédia et c’est aussi ce dont parle le Professeur Henry Jenkins dans « Convergence Culture » qui devrait être traduit en français actuellement.

La narration transmédia telle que possible avec les arts et la culture, est bien plus puissante qu’une opération marketing qui veut tenter un nouveau modèle économique pour continuer à atteindre un public cible, ou qui veut expérimenter avec les usages des audiences dispersées sur les plateformes de diffusion. Elle fait appel à la reconsidération de la manière dont les créateurs travaillent ensemble ou non, avec ou pour leur public, à la manière dont les égos se reconsidèrent pour non seulement créer, faire passer un message, et atteindre un public, ou encore, faire que leur œuvre soit durable et qu’elle ne soit pas noyée dans la masse de contenus créatifs que nous avons formée. Et quand bien même j’ai pu rencontrer des créateurs qui revendiquent la création transmédia, lorsque vient le moment de la concrétisation, l’égo surchargé empêche souvent la co-création et l’anticipation sur la non-possession de l’œuvre du point de vue artistique et intellectuel.

Si une œuvre transmédia est large et complexe, même si elle peut être faite avec toutes sortes de budgets et contraintes, elle demande une association d’expertises qui doivent être conduites par un chef d’orchestre. Chacun jouant de son instrument dans une œuvre symphonique qui sera appréciée à chaque fois différemment par son public. Pour que l’œuvre puisse trouver son modèle communautaire et économique, il faut que les interprètes, les co-créateurs, soient tous associés dés le départ et que la transparence règne. C’est très difficile à faire pour des créateurs qui se sont formés au droit d’auteur et au marketing de soi-même.

Le langage utilisé par la communauté internationale de praticiens transmédia est déjà polémique en anglais, alors on peut comprendre qu’il soit tâtonnant en français. Mais lorsque l’on prend la peine d’ouvrir son esprit comme l’on ouvre un livre dans lequel tout peut arriver, on devrait être capable d’arrêter la polémique et de prendre une position progressiste d’apprenant qui ensuite nous amène vers la co-création.

Il y a certes des pré requis que nous avons, au fur et à mesure des siècles, identifiés pour pouvoir non seulement vivre en communauté, mais surtout créer en communauté, et c’est avec les médias et les pratiques numériques que tout cela prend encore plus d’ampleur. Le créateur qui sait s’ouvrir aux pratiques numériques dans toute leur fonctions et leur amplitude, peut devenir un praticien transmédia certes, mais il serait intéressant qu’il puisse aussi revenir aux traditions socioculturelles qui prennent en compte tous les médias, et pas seulement ceux qui génèrent des revenus auprès des fournisseurs d’accès à Internet.

Etant donné qu’une création transmédia est forcément plus porteuse avec au moins deux langues, et que nous avons intégré dans notre vie courante la globalisation, il va de soit que les ressources les plus abouties et intéressantes demeurent dans la langue anglaise de façon à partager avec plusieurs territoires et cultures. Il serait idiot de penser qu’il y a une prédominance américaine car, en effet, non seulement les penseurs anglophones sont souvent inspirés par des penseurs européens, voire français, mais il y aussi beaucoup d’échanges entres experts, chercheurs et praticiens de tous pays.

Karine Halpern

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Karine Halpern est consultante en communication culturelle et numérique. Elle a créé des contenus crossmedia pour des agences gouvernementales et des institutions, conduit des travaux expérimentaux indépendants depuis les années 90, et a produit et réalisé des contenus créatifs de tous formats. Elle a débuté sa carrière dans le cinéma en sillonnant les festivals et marchés internationaux du film et de la télévision, travaillant dans la production, la vente et le marketing de programmes. Elle a fondé et dirigé des associations dédiées aux projets cinématographiques et multimédia. Cette année elle a conçu le jeu des « 7 Familles Transmédia » utilisé pour la créativité et le développement de projets. Karine détient un Master en Communication Publique et Politique en France et en Europe, ainsi qu’une certification en Médiation Culturelle du CNAM. Son concept @TransmediaReady a pour mission de plaider pour un « réseau de réseaux » et un processus d’apprentissage créatif. Karine intervient en conférences, anime et co-organise des ateliers de travail collaboratifs. Suivez son actualité sur ses blogs en français et en anglais.

TWITTER : @KHenthuZiasm // @TransmediaReady

BLOGS  : http://transmedia.owni.fr  //  www.khgoblog.com

PROJET:  www.transmediaready.com

FaceBook Karine Halpern http://facebook.com/KH2010

Postulats et accès à une série de liens et documentation (anglais) : http://www.slideshare.net/KHwork/transmedia-ready-masterclass-san-sebastian-film-festival-2011-bis

Au sujet de Henry Jenkins : http://www.henryjenkins.org/ // http://www.fastcompany.com/1745746/seven-myths-about-transmedia-storytelling-debunked

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THE VITALITY INDEX™ Ranking of 35 U.S. Cities Executive Report

WHAT IT IS

The Vitality Index™ is a cultural impact study that models the human experience of the city at its heart.  In practice, it is a ranking and assessment which applies the same level of rigor to qualitative factors as it does quantitative ones.  It brings to life a city’s human strengths as it respects its complexities: a vibrant downtown, an engaged populace, educational opportunity, economic sustainability, good transport, diversity of population and opportunity, and a citizenry that embraces its history and culture.

This VI ranking is composed of data on both quantitative and qualitative factors – through cultural and demographic research, online surveys with citizens and questionnaires to city officials – to analyze and assess each city’s assets and what is distinctive and interesting about it.  Rather than focusing on what doesn’t work, the VI emphasizes what does.  We wanted to know what residents liked and felt was “special” about their community.  The Index serves as a tool to translate residents’ desires into civic action, in the tradition of urban sociologist William Whyte.  Using data garnered from surveys and direct mail, the VI is a unique instrument to gauge civic vitality.  We want to understand the relationship of how people actually live and participate in a city as crucial to its greatness.

Our objective is to reflect a sense of the city from the perspective of the people who live there, the “inner tourists” who are the first and most important actors in any city’s present and future.  Their commitment, loyalty, and participation in all aspects of urban living hold the key to a city’s future sustainability.  Their appreciation or dissatisfaction with their city will greatly determine the level of interest or attraction the city holds for visitors looking for places to travel and for businesses looking to invest.

WHAT WE LOOKED FOR AND WHAT WE FOUND

Small Things Matter: These are the experiences that create the texture of daily life and come to form the feel of the city.  We wanted to know more about how people really used their city.  We added to our online survey measuring what people liked and what they thought would attract people to their city an open ended question:  What are your three favorite places and why? in order to hear from them directly about where they go, what they do, and what they value in their city.

Bottom Up:  We looked for people-oriented projects and initiatives that were embraced by city government, i.e. plans to revitalize downtown growth and density, fund public art, improve public transportation, build on neighborhood initiatives, support community aspirations, or sometimes where citizens managed to do it themselves.

“Fayetteville Street:  Reborn from a dead pedestrian mall just a few years ago.”  (Raleigh)  “Guadalupe River Park, with a great potential to connect our city to perhaps the only natural asset in our urban area.”  (San Jose)  “…once a shopping area for the well to do, the area [NE Columbus] fell into disrepair in the ‘90s and has been ‘repurposed’ by various different immigrant communities.  Great food, great cross-cultural experiences.  (Columbus)

Public Access:  It is not surprising that where there are interesting things to do in a city, e.g. rivers, parks, lively neighborhoods, arts activities and events, people want access  to them.  Here we valued – because participants did – both the quality of the public spaces and events, and the public’s access to them.

“Olympic Sculpture Park-a beautiful marriage of nature and art, at a huge scale, right on our most beautiful natural asset, the waterfront!”  (Seattle)  “I’d go to a lot more events there [Ohio Theatre] if the rest of downtown weren’t so desolate at night.”  (Columbus)  “Miami Design District/Wynwood since these areas provide great support an accessibility for arts and culture)  (Miami)  “Founder’s Hall – a great gathering space”  (Philadelphia)  “lakefront-it’s uniquely ours’  (Chicago)

Parks, Public Spaces, Waterfronts:  These need their own category because in nearly every city, residents in 27 of the 35 cities we studied, or 77%, rate them second only to the arts in what they like most about their city.  Parks are particularly important as a way to relax yet still be around people in the midst of the city.  For example:

“Springwater Trail [and] Mt. Tabor Park.  Why?  Fairly distinctive places, lots of energy due to lots of people.”  (Portland)  “Guthrie/riverfront, both the cultural opportunities and the beauty” (Minneapolis)  “public parks because of there are wonderful opportunities for recreation”  (Phoenix)  “Central Park for giving New Yorkers a backyard to play in”  (New York City)  “Wade Oval: especially “parade the circle” event, location of Ingenuity Festival”  (Cleveland)

Cultural institutions: All the cities we studied are rich in cultural resources, which citizens value.  We noted a tendency for older residents to value institutional culture more than younger ones who valued outdoor assets for recreation, art galleries, and those activities that can sometimes include both such as art walks.

Desire for Connection/Street Life:  It sounds like an oversimplification but needs stating:  People generally like to be with each other and want places where they can get together, whether public plazas, streets, cafes, restaurants, art festivals, etc.  They find ways to create community even when cities do not make that easy.  Where good public transportation is not readily available they are willing to “drive to walk” in parks or livelier neighborhoods than their own.  We noted especially when residents commented that the city had made attempts to help them make connections either with better transportation like the new streetcar in Atlanta or by joining up cultural assets like the River Walk in San Antonio or the Plaza District in Oklahoma City.

“Downtown cultural district; very vibrant and affordable”  (Pittsburgh)  “The Central West End and the Delmar Loop are two great neighborhoods and remind me of what downtown could become”  (St Louis)  “Echo Park, Silver Lake, Downtown.  They feel like actual neighborhoods, with places I like to go and people I know or might want to know.”  (Los Angeles)

Sense of Place:  We noted where residents showed particular enthusiasm for their city, its assets, and its story, e.g.  Jacksonville, Indianapolis, St. Louis, and Detroit.  They note their history but also how their cities maintain a feeling of authenticity:

“independent local restaurants” as opposed to chains (Indianapolis), “small local businesses” (Riverside, Jacksonville), “no other neighborhood better tells the story of this city” (Old North St. Louis),  “great market and great place to see neighbors and other Detroiters” (Eastern Market, Detroit)  “there are so many little [independent] coffee shops, each with their own ambience, regulars and charm” (Minneapolis)  “Regent Square – variety of shops and restaurants that attract people but does not lose its neighborhood feel”  (Pittsburgh)  “Downtown…the growth is exciting.”  (Tulsa)  “Silverlake sunset junction area for its neighborhood feel and an active commercial area that has remained independent and lively”  (Los Angeles)

Lively Neighborhoods and Rubbing Shoulders:  Respondents placed a strong emphasis on lively and authentic neighborhoods, those that had the feel of a “real city.”  They are willing to drive distances to reach them for their energy and variety of people.  These are sometimes designated art districts but also places where the arts have emerged spontaneously bringing with them restaurants, bars etc.  Respondents note the energy and diversity they find there in people and activities:

“It’s great to see more activity and people living downtown.” (Kansas City)  “So much going on steps from my home.” (Downtown, Memphis)  “Midtown Market…it helped integrate the many cultures who live, work, and enjoy that part of town.” (Minneapolis)  “Harvard Square for the access to free lectures and other opportunities to learn.”  (Boston/Cambridge)

“Downtown (anywhere) because it is walkable and because food and entertainment are easily accessible.”  (Raleigh)  “Capitol Hill-It feels urban, there are people walking at night, businesses are open, it is lively.”  (Seattle)  “Sugarhouse has a happening local scene although it has diminished since a large block was torn down”  (Salt Lake City)  “Cherry Street-unique bars and restaurants, great farmer’s market in the summer”  (Tulsa)  “Common Market-sense of community among patrons”  (Charlotte)

Joint Cultural/Community Projects:  This rated high from respondents in about half the cities we studied.  It seemed surprising at first that what seemed like the most elusive and complex choice to achieve for “what would make your city better” was so popular.   This could mean that citizens believe that a “joined-up” approach would better serve the city as a whole because they have seen such projects already at work or that they share a sense that partnerships provide better benefits as a whole.  Perhaps cultural institutions might strive to be more visible in their communities or share resources with other non-profits in innovative and creative ways.

“LACMA because it is the people’s museum, although sometimes they forget.”  (Los Angeles)  “Harwelden Mansion, a great English gothic mansion near downtown, now home to the Arts and Humanities of Tulsa”  (Tulsa)  (Pinball Hall of Fame, one of the largest collections of functioning pinball machines in the world.  It’s a non-profit that gives most of its proceeds to charity”  (Las Vegas)  “Mint Museum Uptown – cultural activities, free concerts, interesting collection of exhibits, good for tourists”  (Charlotte)

It’s Not About the Buildings:  People do comment on good architecture in their cities but not nearly as much as we might expect.  Their overwhelming connection is to natural assets where they are in abundance (Minneapolis, Salt Lake City, Portland, for example) and to public spaces where they can meet up, e.g. parks, or enjoy the feel of urban density, lively neighborhoods.  When they do make mention of buildings, those places primarily house the arts.

The Unexpected:  Great cities have a sense of the unexpected.  Great cities have a sense of the unexpected. People voice their pleasure at finding the new and undiscovered: a great bakery or cafe, a club. art gallery, or an exciting neighborhood that seems to be the result of spontaneous combustion. These “events” need room to happen.

“Ludivine because they integrate local farmers into all of their food and no one would expect it to be in OKC.” —Oklahoma City

“Cherokee Street – an unstable coalition of Mexican immigrants, anarchists, and artists that has managed to revive a once forgotten commercial strip.”—St. Louis

“Area Fifteen – An old warehouse that has been converted to an arts and small business incubator.” —Charlotte

“…the Beat Coffeehouse which is an independent cafe that recently opened…” —Las Vegas

“Big Truck Tacos – best burrito in the city, and open late.” —Oklahoma City

 

THE RANKING

Good Messiness at The Top  

The vitality of a creative city distinguishes it from just any urban environment.  The exemplar creative city is full of energy, opportunities and interesting people combined with a bit of edginess.  That creative tension, which is the result of an entrepreneurial spirit combined with restless talent wanting the city to be more remarkable or provide better outlets for their ideas and energy equals what we call “good messiness.”  It is the energy we find in exciting places that is difficult to define but immediately felt.  (And just as readily felt when it isn’t there.)

Good messiness depends, however, on many of the factors in the quantitative side of this index.  Safe streets and economic stability, a sound infrastructure of good transportation, education, and healthcare all make it possible to have good messiness and not bad.  This is the environment in which new ideas and businesses, culture and commerce can thrive.

It is not surprising then that the cities that ranked high did so.  The assets of New York, Chicago, Seattle, and Los Angeles are well established both economically and culturally.  They are in flux, which is a good thing, buoyed by changing economic forces and migrations of residents in and out of the city, leading to a kind of instability that is creative and dynamic.  They are cities with a rich past and a powerful present.  But no city can assume that its present will be its future without attention to many of the factors we assessed in this ranking.

THE SPECIFIC AND UNIQUE

All cities have something wonderful about them.  But great cities big or small are open to ideas from anywhere.  They make room for spontaneity.  They are receptive to the best talents wherever those may come from, which in turn fosters creativity and innovation.  When they are on the rise, tradition and new ideas interact.  We want to highlight some of the cities that caught our attention.

  • Detroit : a big city diminished by economic hardship now appears to be reinventing itself as one of the most interesting urban experiments in the country.
  • New Orleans, Memphis : neighborhoods!  These cities are full of diversity, nightlife, and interesting neighborhoods.  They allow for spontaneity.  The enthusiasm of their residents grabs you.
  • Tulsa, Oklahoma City, Pittsburgh : these places are strong in cultural institutions and heritage.  How they continue to maintain a vibrant edge will be worth watching.
  • Charlotte, Raleigh : residents seem fine as they are, but we detect from respondents a sense that their cities may not have quite caught up to the aspirations of their citizens.  They can do more, particularly as their economies, demographics, and aspirations are rapidly changing.
  • Minneapolis, Portland : cities are about possibility.  Those that invest in theme parks, shopping malls, stadiums and convention centers are foreclosing possibilities not creating them.  Respondents in these cities cite the wonderful natural resources, good access to them, and a cultural life happening at street level.  You get the feeling that Minneapolis and Portland are attentive to what its residents want from their city.

 

HOW TO USE THE VITALITY INDEX™

It is our hope that the Vitality Index™ ranking will give guidance to cities to continue to support programs and policies that are clearly – and verifiably – enriching the lives of their citizens in economic and cultural ways and also give them pause about pursuing policies that don’t or won’t.  The real value of the VI is in its usefulness as a means of improving the quality of life for the residents of the city by staying in touch with their desires and aspirations.

The Creative Cities approach, with the help of the VI, is customized to cities’ needs and requirements.  It provides measurements and analysis that can also serve as a persuasive means of moving ideas and vision into the public realm of policy and responsible decision-making because what is missing in most analyses is crucial:  the intentions and values of the community.

Fully activated, it is divided into three levels:

  • gathering of data such as demographics, trends, costs and measures of typical and creative infrastructure modeled to produce a ranking that benchmarks the city against competitor cities;
  • surveys and focus groups with residents and other stakeholders that examine people’s habits, how they actually live their lives, where they go, what they do, their concerns, and their aspirations.  This provides additional analysis, refined recommendations, risks and opportunities, and essential indicators of what people want and care about;
  • high-level rigorous analysis from a cultural point of view.

  

HOW TO USE THE VI FOR FUTURE PROJECTS

The VI can help to ensure that the planned design of an area makes a positive contribution to the community and the city by taking into account – and valuing – what isn’t usually considered.  With this information, a city can pose a question about a goal or project.  If a city wishes to attract business by enhancing its business climate or its amenities, by altering its tax and zoning laws, etc., those values can be reflected in the factors the VI chooses to review and the analysis can point to the city’s objectives.

Another city might want to attract cultural tourism as a boon to economic regeneration and sustainability.  How art and cultural activities contribute to the current state of the city and how they might be enhanced would certainly be a major priority of the analysis.  In both cases, the cultural assessment evaluates the information from the VI on the basis of the project goals and the values the city thinks it has or wishes to enhance or attain.  It is an analysis that has the ability to change with increasingly complex goals or ones that change radically.

Or perhaps the city’s goals are less clear or its problems more profound.  For cities under more serious stress, changing zoning laws or building a cultural center will not be enough to make a dramatic difference in their future.  Even large infusions of cash won’t matter if they still lack that vitality, energy or “good messiness” that are critical to a city’s economic and cultural viability.  Here, the VI can examine what is already working and why, e.g. its street life, the marketplace, and its complex mix of people.   Identifying what is specific and interesting to the area is a first step in building confidence among residents and attracting commercial investment.

Finding answers to what seem intractable problems requires an analysis and understanding of a city’s culture from the bottom up and a focus for planning, design and economic regeneration rooted in a city’s uniqueness.

METHODOLOGY

The Vitality Index™ is produced using a mixed methodological approach.  It begins with quantitative factors including trends, costs, services, and measures of creative infrastructure.  It then combines key informant insights and survey data.  Government and civic leaders in a variety of positions responded to open-ended survey questions to offer judgments on the key attributes and liabilities of their cities, with attention paid to cultural and athletic attractions, night life, street life, educational opportunities, café society, and general creative dynamism.  At the same time, a survey was administered to several thousand individuals in the rated cities of the index to gain anonymous feedback on similar topics. The two approaches, together, offer both quantitative rigor and qualitative subtlety in our ability to actually produce a rating for each city, while allowing us the opportunity to offer disquisitive insights into specific attractions.

 

WHO WE ARE

We are a global team of the most dynamic and experienced practitioners in culture and urban planning, market and financial analysis, architecture, transportation and the creative industries.  We believe that for cities, large or small, to be brilliant, they must use all their resources: economic, political, and most of all, cultural.  There is a risk of failure in neglecting the creative and cultural potential in urban projects and city life.  The successful project is one that has understood the history the situation, and the market, and engenders goodwill in as many people as possible.

Contact:

Linda Lees, PhD. Director

Creative Cities International, LLC / info@creativecities.com

 

You can also download the pdf version of The Vitality Index™ here and here and in our box ressources.

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Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 5

We are honoured and deligheted to publish Dr Roberta Comunian’s* last article engaging with the current research and debate about the creative city and the importance of cultural infrastructure in contemporary cities. It argues that much of the focus has been around the investment of cities in specific regeneration projects or flagship developments rather than addressing the nature of the infrastructures, networks and agents engaging in the city’s cultural development. The complexity theory and its associated principles can provide a new understanding of the connection between the urban space and the systems of local cultural production and consumption. Drawing on interviews with creative practitioners in the North East region of England, the paper argues that the cultural development of a city is a complex adaptive system. This finding has implication both for policy makers and academic research. It emphases the importance of micro-interactions and network between creative practitioners, the publicly supported cultural sector and the cultural infrastructure of the city.

5 The principles of complexity within an urban cultural system[i]

5.1 Urban cultural economy: spaces of transition

In the general literature about the creative city and urban regeneration there is always a strong element of change, a movement from the industrial to the post-industrial, flagship events or buildings designed to enable cities to turn grey pages of the past into bright futures. Nevertheless, very little attention is given to the phase of transition and the passage between the old and the new.  It can be argued that this is because there is in fact no such turning point, and the evolution of events and interaction in the urban cultural landscape evolves slowly, hardly ever experiencing a distinct turning point. In this respect, complexity theory uses very interesting terminology to describe how complex systems experience change. A system changes usually because some of the elements of the system create small changes that push the system “far-from-equilibrium”: “for a system to be innovative, creative, and changeable it must be driven far from equilibrium where it can make use of disorder, irregularity, and difference as essential elements in the process of change (Stacey, 1995, p.490). If we read the complex history of the decline of the industrial economy in our cities and the way in which certain cities have been developing within cultural and creative economies, it can be interpreted as the development of a new order coming from the existing conditions created by the system. Nevertheless, it is often the event, such as the European Capital of Culture or a specific investment, such as a new flagship museum, that is the main catalyst, and therefore the reason for the changes taking place. Many of the explanations and motivations for change are not sought for in the contexts of the way local actors experience transition or change, but instead change is somehow considered to be already there. Another interesting idiom found in complexity literature is the idea of “space of possibilities”. Again, none of the literature which looks at ‘creative cities’ and ‘urban regeneration’ consider the real spectrum of possibilities within an evolving urban context, and the majority of case studies presented in the literature are positive examples and good practice, which hardly take into consideration possibilities for a different development and the role of failure.

We are still in the post 2008 cultural capital bid, so it is a bit of time for reconsideration, reflection at the moment and I do not know how it will plan out, but I think it was good that we did not get 2008 in order to see what is the most sustainable, longer term cultural infrastructure and expectation for the region; we got a problematic balance in terms of the fact  that Culture 10 programme is much about big events and tourism development but what risks getting lost is some really good quality art programming and cutting edge in terms of the content. (Manager, Voluntary Sector Visual Art Organisation, Newcastle Upon Tyne)

 The exploration of the space of possibilities can be read at different levels. At the city level, it can be argued that different cities have seen in the support and development of culture economies and infrastructure the exploration of new possibilities and solutions for their competitiveness and development. This is true if we compare different urban strategies and strategic plans. It seems also quite important to understand to what extent the post-industrial decline, the crisis derived from it and its social implications have opened different spaces – from physical empty buildings to space for new organisations, such as regional development agencies or local trusts, to grow – for cities to think about their future.  This is explained by a local policy maker in the context of Newcastle-Gateshead referring to the political will of the council to bring about change in the city

the drive was very much from the public sector, particularly Gateshead Council, them to have the ambition and guts to say this is a region which has suffered for hundreds of years of decline, declining industry, mining, shipbuilding, high unemployment, not a lot going for itself, they have looked at alternative ways to reinvigorate the city (Public Sector Officer, Newcastle Upon Tyne)

But at the same time as we can consider the exploration of new possibilities at the city level, it seems to work at the individual level as well, where gaps and constraints result in different choices and innovative thinking

 I decided I did want to carry on being an artist […] I just realised that there was a very big gap in Newcastle for an artist run gallery, a project that came from an artist project so that became my focus […] it was quite strategic in terms of my own career as an artist because I felt quite invisible in the North East as an artist (Visual artists, Newcastle Upon Tyne)

Allen (1997) talks about “a collective, spatial response to changing conditions” (p.6). In this respect it is easy to recall that the growing importance of culture and cultural economies has been a social and spatial response to the decline of the traditional industry. Even spatially in the city context the old industrial warehouses have been the first spaces to be taken over by artists and new creative practitioners in order to develop their practice (Zukin, 1985). This has occurred in Newcastle-Gateshead in the areas of Grainger Town where derelict buildings have been converted into office space for media industries and in the Ouseburn Valley area where artists have clustered around an old warehouse building, 36 Lime Street. As a photographer suggests in the context of Newcastle-Gateshead

I think people underestimate the North East culture, I think it is very deep-rooted in various areas like the industry that used to be here in the area, things like shipyard and mining and I think the lack of that now has left a bit of a void and some of the art works have helped to fill in that gap (Photographer, Northumberland)

5.2 Non-linearity, feedback and adaptation and co-evolution

Although in the literature there is a strong pressure towards homologation and to see the cultural development of a city as a positive event in which there is wide consensus, in fact complex systems do not interact on the basis of consensus and cause-effect developments, but of non-linearity, which is often what can be seen in the cultural development of cities. The fact that interactions are not regulated from above but are depending of internal and external feed-back of the system, and its connectivity and adaptive capacity, implies that making predictive assumptions about outcomes and trends, can no longer be given for granted (Holland, 1995). It also means that “behaviour patterns can emerge without being intended and in fact often emerge contrary to intention, producing unexpected and counter intuitive outcomes” (Stacey, 1995, p. 480).

 There is often an assumption that public policy and investment act in a direct causal way, and have a straightforward effect on the matter addressed. On the contrary, listening to cultural agents, creative industries and agencies of the city there is great room for non-linear interaction, also influenced by processes of adaptation and feedback between agents. Even large investments such as the establishment of a new contemporary art gallery which could be addressed as an injection having direct impact on local cultural economies sometimes do not provide a direct connection with local artists or development of creative industries.

I think Baltic is kind of this great resource that we’ve got, but it’s not, it’s kind of not functioning regionally; artists aren’t trying a connection with Baltic, and Baltic’s not really helping artists in the region. (Director, commercial art gallery).

In the development of the Baltic, the contemporary art gallery in Gateshead, a specific focus has been on recognising the importance of building audiences and involving the local community in contemporary art. Nevertheless, as complexity theory suggests, microscopic interactions can result in new and different possible structure at the level of the whole. So if we look at the outreach and participation programme of a museum or a gallery, we could certainly argue that it could have a role in building an audience for arts events and for the art market – ultimately having an impact also on local artists. A possible non-linear effect of the system convergence towards arts and culture in the North East region through public investment and development of private commercial galleries can be seen in the impact of the Own Art scheme. The North East region of England accounted for 23%[ii] of the national sales of contemporary art supported by this scheme. One explanation for this concentration of sales is the stimulation of an art-buying market through the awareness of art created by the investment in this region. The growth in art sales can also function as positive feedback to the system as a whole. However, it is impossible to attribute this effect to one single element or incident, but it needs to be linked to a combination of many elements and their interaction: “nonlinear feedback system operates at the edge of instability, therefore, agents in that system cannot intend the long-term outcomes of their actions. Instead, those long-term outcomes emerge from the detailed interactions between the agents” (Stacey, 1995, p. 483).

The same non-linear effects can be seen in the growth of the creative industries sector in the region. Although it could be interpreted as an effect of the region’s investment in culture, it needs to be further conceptualised not in the attraction of talents and international companies[iii], but in the regional supportive environment and its grassroots cultural development. The non-linearity of the regeneration process has been described elsewhere: “these developments were underpinned not by economic imperatives, but by a will and determination on the part of local arts activists and politicians to provide the area with the cultural facilities that it deserved. It may well be the case that the cultural imperative is the crucial ingredient here” (Bailey et al., 2004, p. 61). The possibility to support and implement creative economies without a direct investment, but with indirect support from audiences and the market, through advocacy and participation is further presented by a designer:

from the public sector perspective I think that’s were they should be putting the main effort in educating people, helping people understand, highlighting, showcasing and that would do more for the design business than any grant that they give out, grants just increase the number of businesses while this would increase the number of contracts available and the industry would expand consequently (Designer, Newcastle Upon Tyne)

Part of the public strategy behind the development of the cultural infrastructure of Newcastle-Gateshead has been in the long-term embedded approach to culture and in the focus on participation and access. This kind of policy seems to respond to a need for the agents of the system to co-evolve, to change within a changing environment, and to reciprocally influence each other. The evolution of one domain or entity is partially dependent on the evolution of other related domains or entities (Kauffman 1993). It is not just simple adaptation; it is an evolution which changes the agents and changes the environment. This is suggested by the following description of the change which occurred in the cultural landscape of Newcastle-Gateshead “these developments succeeded precisely because the local people took ownership of them, not as exclusive symbols of wealth but as sources of local pride that regenerated a local source of identity as much as they did the local economy” (Bailey et al., 2004, p.61). The co-evolution is also suggested by the long-term implementation of the cultural investments which started in the early 90s to culminate in 2004 with the opening of The Sage Gateshead but which have been also implemented through Culture10, a 10-year support programme of festivals and events running until 2010.

you see places like The Sage Gateshead, people are making hard business decisions, obviously thinking that it is worth investing in it and they would not be doing it if there was not a market, it is fantastic for the city and the knock-on effect is that you get smaller people following, it is a sort of piggyback effect and hopefully it is gathering momentum (Director, Commercial art gallery).


[i] The use of complexity theory and its principles in the present article does not aim to provide a simplified overview on the long evolving literature on the subject, which the author herself is still investigating and exploring. Nevertheless, referring to this framework of analysis aims to introduce a new critical approach to the study of creative economies, which is better informed of the wider debate on the complexity of urban and economic interactions and avoid the temptation to established simple causal links between a city economic development and its cultural infrastructure.

[ii] Own Art is a loan scheme developed in UK by the Arts Council. It allows a 0% loan for buyers of contemporary art in different commercial galleries associated to the scheme. Almost a quarter of all loans (23%) were made by galleries in the North East region, with the highest percent of sell achieved in any other region.

[iii] This approach which is typical of large American cities studied by Florida is probably not part of a European perspective of the creative economy if we exclude few European capital cities (see Gibbon, 2005 and Nathan, 2005).

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*Dr. Roberta Comunian is Creative Industries Research Associate at the School of Arts, University of Kent. Prior to this, she was lecturer in Human Geography at the University of Southampton. She holds a European Doctorate title in Network Economy and Knowledge Management. She is interested in: relationship between public and private investments in the arts, art and cultural regeneration projects, cultural and creative industries, creativity and competitiveness. She has been visiting researcher at University of Newcastle investigating the relationship between creative industries, cultural policy and public supported art institutions. She has previously undertaken research on knowledge transfer and creative industries within an AHRC Impact Fellowship award at the University of Leeds.

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Previous chapters :

Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 1

Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 2

Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 3

Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 4

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De retour d’Avignon

Ce qu’il y a de bien avec la campagne en vue de l’élection présidentielle de 2012, c’est qu’elle oblige les candidats à « parler culture ». Ce qui est plus embêtant, c’est qu’ils le font dans le cadre du festival d’Avignon. Deux inconvénients majeurs à cela.

Parler politique culturelle au festival d’Avignon, c’est aggraver un peu plus la confusion entre théâtre et culture, politique et spectacle. La chaleur avignonnaise est propice aux surenchères. Des 50% d’augmentation pour le budget de la culture annoncés par Martine Aubry au « prix unique pour toute la culture » proposé par Arnaud Montebourg, attention aux promesses sans lendemain, aux annonces sans fondement.

Dans sa tribune publiée par Le Monde du 27 juillet, Martine Aubry a prudemment précisé que cette augmentation se ferait sur la durée du quinquennat. Outre son caractère peu crédible étant donnée l’ampleur de la dette publique, la mesure paraît peu efficace en termes de redistribution et de justice sociale. Plus d’argent pour le ministère de la culture, c’est d’abord plus d’argent pour les grandes institutions parisiennes. Est -ce cela qui comblera les inégalités d’accès sur l’ensemble du territoire national ? Ne vaudrait-il pas mieux augmenter les capacités d’intervention des collectivités territoriales en leur transférant ces crédits ?

Le maire de Lille propose également des espaces souples et interactifs, des coopératives artistiques… L’idée séduit les artistes et les compagnies indépendantes privées de lieux de travail. Mais ne faudrait-il pas aussi ouvrir davantage nos théâtres et nos conservatoires qui restent fermés plus de 4 mois par an et notamment pendant les vacances scolaires ? Avons-nous besoin de plus de lieux ? Ne s’agit-il pas de rendre d’abord plus accessibles ceux qui existent déjà ?

S’il est bien nécessaire de consolider et de rendre plus juste l’intermittence, une politique culturelle doit être avant tout une politique de l’emploi. Ce que les professionnels attendent d’un gouvernement c’est qu’il soutienne l’activité, pas seulement qu’il garantisse le chômage ! Cela fait des années que l’on confond professionnels (de la culture), artistes, et intermittents du spectacle. Rappelons que de nombreux salariés du secteur ne sont pas des artistes, que tous les artistes ne sont pas intermittents (plasticiens, auteurs, compositeurs…), et que tous les intermittents ne sont pas des artistes ! (Les artistes ne représentent en réalité qu’un ¼ des 100.000 chômeurs indemnisés chaque année, les autres sont des techniciens).

Ce que demandent les artistes c’est une juste rémunération de leur travail, pas un « RSA culturel ». Les moyens consacrés au déficit de l’assurance-chômage du spectacle (1 milliard d’euros pour 100 000 bénéficiaires) seraient mieux utilisés à financer le travail artistique ou à soutenir un véritable statut de l’artiste. Rêvons un peu, et imaginons qu’un gouvernement de gauche mette autour d’une table les organismes qui contribuent aux droits des artistes (droits sociaux, droits d’auteurs et droits voisins, droits à la formation, etc…) pour inventer ensemble un statut d’artiste digne du 21e siècle ?

Le numérique est notre révolution culturelle nous dit Martine Aubry, et elle a mille fois raison. C’est pourquoi nous devons trouver les solutions qui permettent la libre circulation des œuvres sur la Toile, dans le respect des droits de leurs auteurs. Mais il faut bien comprendre quelles sont les conséquences de cette « révolution ». Avec Internet nous sommes progressivement passés d’une culture de la consommation à une culture de la contribution. Dès lors, concevoir l’éducation artistique comme une simple formation à la consommation culturelle, c’est ignorer l’aspiration des jeunes générations à être acteurs de la culture. L’essor des pratiques artistiques est le véritable marqueur d’une démocratie culturelle en action. Il ne s’agit plus seulement de permettre à nos enfants de se rendre 2 fois par an dans un musée, un atelier, au concert ou dans un lieu de spectacle, mais de leur donner accès à la pratique et aux langages artistiques. De faire et pas seulement de voir.

Si elles veulent être crédibles, les propositions des candidats à l’élection présidentielle devront prendre en compte les évolutions d’une économie culturelle, elle aussi mondialisée et dont les acteurs sont pour l’essentiel des opérateurs privés. Dès lors, proposer un prix unique pour toute la culture semble totalement décalé avec cette réalité, mais il est vrai qu’Arnaud Montebourg souhaite démondialiser l’économie. Les amateurs de séries TV devront même se passer de Derrick… !

Denis Declerck*

*Denis Declerck est directeur de l’action culturelle à la communauté d’agglomération d’Evry Centre Essonne. Avant cela, il a été directeur de théâtres à Vienne (1989-1992) puis à Béziers (1992 – 1999) avant de rejoindre le ministère de la culture : conseiller théâtre et action culturelle à la DRAC Nord Pas de Calais (1999 – 2004) puis inspecteur (2004 – 2009). Il a notamment été le coordonnateur et le rapporteur général des Entretiens de Valois. Denis Declerck est titulaire du Master 2 “Direction de projets culturels” délivré par l’Observatoire des Politiques Culturelles  et Sciences – Po Grenoble (1997).

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Une expo participative au Château de Versailles

Seconde livraison et transmission sympathiques cette semaine en provenance d’Aude Mathey (Culture et Communication), un article sur la manière dont de nouvelles démarches de communication peuvent servir et renforcer les objectifs d’expositions dans les hauts lieux de patrimoine. 

Avec son exposition “Le XVIII au goût du jour“, le Château de Versailles a déployé les grands moyens : partenariat avec le musée de la mode Galliera, le magazine Vogue, l’Express, le Bon Marché Rive Gauche, organisation d’un carnaval exceptionnel le 9 juillet, mise en ligne d’un jeu-concours pour tous les fondus de mode…

La communication et le marketing autour de cette exposition montre que les structures culturelles françaises peuvent elles-aussi, quoiqu’avec un peu de retard sur certains de nos voisins européens (je pense aux britanniques en particulier), rassembler et rendre festive une exposition, qui jusque là ne présentait que des costumes et des artefacts de la mode du XVIIème siècle.

Jean-Paul Gauthier © DR

Il est vrai qu’avec ses dentelles, la mode de cette année pouvait rappeler certains aspects de celle du XVIIIème siècle. Et c’est le pari qu’a fait le Château de Versailles : tabler sur la mode du XVIIIè revue et corrigée par nos stylistes actuels, bref mise au goût du jour…et ce avec le musée Galliera, et son fonds quasi inépuisable de costumes, le tout pour redynamiser le Grand Trianon, qui avec ses 511 000 visiteurs annuels est bien moins fréquenté que son petit homologue ou que la Château.

Dans cette exposition, les véritables costumes du XVIIIème rivalisent également avec ceux de Jean-Paul Gauthier, Pierre Balmain, Christian Dior ou encore Christian Lacroix et Vivienne Westwood. C’est ainsi que la Château de Versailles a noué des partenariats avec l’Express Styles et Vogue, une façon astucieuse de nouer des liens et rencontrer un public qui n’est pas forcément un habitué des cartels mais plutôt des catwalks : les fashionistas.

Vivienne Westwood. © DR

Qui dit mode, dit festif et entre soi. Le Château a par conséquent organisé un magnifique carnaval le 9 juillet. Oui oui ce n’est pas vraiment la période, mais qui s’en soucie ?

L’entrée, payante (entre 50 et 250€), ne rebute pas le public, nombreux et habitué aux soirées sélectives. Grandes eaux nocturnes, spectacles burlesques, événements décalés et concerts grandioses, tout est là pour créer une féérie et un teaser magnifique pour l’exposition. Une seule exigence pour venir à la soirée : être costumé bien sûr :

Soyez royal(e), courtisan(e), doge vénitien, mousquetaire, archiduc de Russie, dame de compagnie ou princesse persanne, votre seule exigence sera d’être à la hauteur des exigences de la Cour. Quelques sans-culottes pourront se mêler aux convives, à leurs risques et périls…
Vous devrez rivaliser d’inventivité pour assortir jupons, corsets, bas, souliers, perruques, mouches et y ajouter votre touche décalée.

Source : http://www.chateauversailles-spectacles.fr/le-carnaval-de-versailles-91.html

Et surtout masqué !

Source : www.thecherryblossomgirl.com/

 

Sources: leblogdelamechante.frwww.thecherryblossomgirl.com / www.misspandora.com 

Mais ne vous inquiétez pas, la fête continue ! Pour ceux que cela tente, il est toujours possible de continuer à se déguiser, se costumer, se pomponer pour participer au Concours de Styles… A la clef, un shooting de l’Express Styles, des bons d’achat, un appareil photo…

Inutile de vous rappeler que pour être incollable sur le XVIIIème siècle et ses accessoires, il faut aller faire un saut jusqu’au Grand Trianon… jusqu’au 9 octobre 2011 !

Page d’accueil du jeu-concours

Aude Mathey (Culture et Communication)

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Préfigurations du Centre Pompidou Virtuel

Voulant en savoir plus sur le Centre Pompidou Virtuel, Culture et Communication a enquêté et a interrogé Gonzague Gauthier, le webmestre et Community manager du Centre Pompidou et nous a très sympathiquement transmis cet interview exclusive.

Bonjour Gonzague. Parlez-nous un peu de vous. D’où venez-vous ? Qu’est-ce qui vous a amené au Centre Pompidou ?

Je viens du monde des études culturelles et de l’art plastique. A ce titre, mes recherches ont tenté de comprendre au prisme de la théorie institutionnelle des arts les formes d’art Queer – ce qui regroupait des thématiques de communauté, de pouvoir, d’esthétique, de communication, etc. Travaillant alors sur l’histoire de l’art féministe dans les institutions françaises, j’ai obtenu un stage pour elles@centrepompidou ; il s’agissait d’alimenter le site en contenu surtout… eh oui, un stage, c’est court !

Sur la base de mes propositions pour développer une vraie communauté autour de l’exposition, et à l’occasion d’une vacation de poste au sein du service multimédia, j’ai intégré le Centre Pompidou. Depuis, les besoins en terme de présence sur les réseaux sociaux des institutions culturelles évoluant, je fais évoluer la réponse du Centre. Je suis aidé dans cette démarche par une extraordinaire dynamique au sein du Centre Pompidou, portée par ce projet phare qu’est le Centre Pompidou Virtuel mais aussi par chacun des agents gardant en tête l’ADN du Centre (le contact avec ses publics et la recherche d’innovation dans la médiation).

En quoi consiste le métier de webmaster au Centre Pompidou ?

Je dois dire que je suis plus à l’aise avec la dénomination de Community Manager, même si elle apparaît à l’heure actuelle en règle générale un peu fourre tout – je suis persuadé qu’elle évoluera au fil des années. Cependant, le site internet est un outil collaboratif ! Un outil de mise à disposition des contenus aux publics : et à ce titre, mon intervention est moindre puisqu’il existe une partie de l’équipe dédiée à cette organisation. Un outil d’ouverture des contenus : à ce titre, chaque agent participe dans la mesure de son travail à cette expérience. Un outil qui possède une complexité technique gérée à l’heure actuelle dans le cadre d’un mécénat de compétence et dont les services informatiques du Centre Pompidou se saisissent en partie. Mon intervention en tant que Community Manager consiste à venir en soutien de la chef de projet actuelle, et concrètement à mettre en ligne du contenu et à assurer la pérennité du site actuel, à la faire vivre encore pendant quelques mois. Sur le Centre Pompidou Virtuel, il s’agira là aussi d’agencer une partie des contenus, notamment institutionnels.

Mais surtout, ce sera l’évolution de l’espace personnel, la mise en place d’un écosystème, de nouveaux usages, déjà constitué par de nombreux projets satellites et qui intégreront le site petit à petit. Il s’agit de penser non plus le site en soi, mais comme un élément cohérent avec un écosystème d’ensemble.

La réponse est un peu complexe, mais un projet tel que le CPV (Centre Pompidou Virtuel [ndlr]) fait véritablement évoluer les lignes de chaque métier…

Venons-en maintenant au Centre Pompidou Virtuel. Pouvez-vous nous en dire un peu là-dessus ? Nous avons entendu M. Seban parler de numérisation des collections, des contenus… Mais sur votre fond, cela va prendre un temps incroyable, à quand la première version du Centre Pompidou Virtuel ? Allez-vous attendre d’avoir tout numérisé, d’avoir abouti le projet ou alors allez-vous le lancer à mi-parcours ?

Nous sommes sans cesse à mi parcours entre le début de l’aventure du Centre Pompidou et  la suite de ce que nous voulons mettre en place. Nos fonds sont incomplets de toutes les productions artistiques et culturelles qui n’ont pas encore été produites. C’est un peu pareil pour le Centre Pompidou Virtuel : il est sans cesse en évolution. Il ne s’agit pas de s’arrêter sur un objectif de mise en ligne qui de toute façon évolue aussi vite qu’évoluent nos fonds. Il s’agit d’avoir comme ligne d’horizon la meilleure offre possible. Cela passe par la mise en place d’outils performants qui accueilleront indifféremment des quantités de ressources  numériques croissantes. Oui, la numérisation va prendre beaucoup de temps ! D’autant qu’elle s’accompagne d’une négociation importante sur la libération des droits, afin que le Centre Pompidou puisse rendre accessible des conférences, des reproductions d’œuvres… un maximum de sa production des 35 dernières années au plus large public possible. Nous mettrons donc tout cela en ligne progressivement. L’ouverture à la fin de l’automne du Centre Pompidou Virtuel sera l’ouverture d’une interface, d’un centre de ressource, et non d’un fonds figé. D’autant qu’au-delà des contenus, l’outil lui-même évoluera.

Quelles seront les avancées proprement technologiques de ce projet (mis à part sa complexité) ?

Je pense que la complexité n’est pas une avancée en soi… il faut faire avec. On ne fait pas un projet pour se frotter à la complexité qu’il recèle – en tout cas, nous n’avions pas cette volonté sur le Centre Pompidou Virtuel. De même pour les technologies, elles ne sont pas un but. Il est vrai que lorsque le président Alain Seban a désiré mettre en place ce projet stratégique, il avait l’ambition que le Centre Pompidou ne se laisse pas dépasser au niveau technologique dans les prochaines années, et même qu’il innove. Cela a très vite engendré la nécessité de structurer notre centre de ressource de manière sémantique – d’autant qu’il était nécessaire de guider l’internaute dans la masse des informations qui sera mise en ligne.

Avec notre partenaire Logica, une réflexion sur la technologie utile, au service des ressources, a donc été mise en place. Elle se continue d’ailleurs avec une phase de test auprès des utilisateurs (La possibilité de candidater est offerte à chacun encore pour quelques jours ).

L’autre point fort de l’aspect technologique du Centre Pompidou Virtuel, c’est sa conception en technologies libres. Il faut que le CPV fédère une communauté, y compris technique : ce n’est pas que le média soit prépondérant dans le message, mais il est une partie essentielle de celui-ci. Nous voulons que le Centre Pompidou agisse comme le média des évolutions de notre société, et pour ce faire qu’il puisse évoluer avec elle.

Quelles réflexions avez-vous porté sur les nouveaux médias ? Le Centre Pompidou Virtuel ne sera-t-il qu’un site web de musée supplémentaire ? Allez-vous développer de nouvelles applications ?

Sans faire de démagogie, je pense que la meilleure réflexion qu’on puisse porter sur les nouveaux médias, justement, c’est de ne pas les considérer à part. Pour filer l’idée précédente, je pense qu’il est important de faire du cross média, de se dire que l’ensemble des dispositifs de transmission et de communication du Centre Pompidou constituent un média en soi. Il ne faut pas déconnecter les uns des autres, tout en gardant à l’esprit leur spécificité. Le CPV ne sera pas un site web de musée supplémentaire pour cette raison qu’il est une plateforme en lui-même, certes, mais qu’il crée sans cesse du lien avec les autres médias au sens très large du terme. Il crée aussi le lien avec la réalité de musée, des spectacles vivants, des conférences, des fonds des deux bibliothèques, des recherches de l’Ircam…

Quant à savoir si nous allons développer de nouvelles applications, je crois que cette rapide présentation du projet rend la réponse évidente ! Nous avons vocation à évoluer avec les besoins et les envies de nos publics, mais aussi de ceux qui n’en font pas encore partie. Je pense que la mutation profonde qu’ont opérée art et culture au XXème siècle rend cette évolutivité nécessaire d’autant que cela s’accélère avec le XXIème siècle. Il s’agit donc d’une double contrainte de créer de nouvelles applications qui répondent à la volonté de valorisation des fonds, d’accès aux contenus et aux savoirs, mais aussi de répondre à l’évolution des formes d’accès. L’apparition du web mobile par exemple est une question cruciale que nous prenons à bras le corps, dans une réflexion globale.

Sur ce projet, comment allez-vous travailler avec la Bpi ? Va-t-il y avoir un rapprochement des deux entités comme dans le bâtiment ?

Le Centre Pompidou et la Bpi travaillent ensemble sur de nombreux sujet. Nous avons par exemple mis en place au niveau de nos identités numériques des passerelles. Car il est vrai que l’identité du Centre Pompidou lui-même doit se baser sur un travail d’identités thématiques – un axe porté par la Bpi, mais aussi par les autres programmateurs tels que ceux du DDC (qui organise les conférences du Centre, les spectacles vivants, les cycles cinémas), l’Ircam, etc.

Ce rapport devrait se renforcer dans les prochains temps avec, nous l’espérons, la construction de certains outils communs. Que ce soit la Bpi ou le Centre Pompidou plus largement, nous avons le souci des intérêts de nos visiteurs ; des visiteurs qui sont parfois différents et parfois les mêmes. Lors de sa création en 1977, le Centre Pompidou avait pour but de constituer une offre complète de la culture contemporaine : c’est cet esprit que nous perpétuons conjointement avec la Bpi.

Plus concrètement, si le site de la Bpi reste évidemment en place, ses contenus seront accessibles au sein du CPV ; le but étant de créer du lien entre tous les contenus et de valoriser ceux-ci.

Est-ce que ce nouveau site va également permettre de mettre sur pied un nouveau modèle économique ? Si oui en quoi consiste-t-il ?

Justement, c’est une partie de mon travail. Notamment car ce site est pensé comme un écosystème complet (à terme d’ailleurs, une exposition des données, une API, etc… seront mis en place pour que l’écosystème soit encore plus large). Le modèle a été pensé dès le début et sur un principe de base simple : le Centre national d’art et de culture Georges Pompidou appartient à tous les français, son accès sera donc entièrement gratuit. Aucune raison de faire payer les internautes pour ses contenus ! Tout ce qui sera présent dans le centre de ressource sera accessible de manière gratuite et non éditoriale, mais rendu lisible par la structuration sémantique. C’est le reste de l’écosystème qui portera l’échange commercial : achat de billets en ligne, boutique en ligne, livres numériques… Une économie du service en rapport direct avec nos ressources numériques, une économie du lien aussi avec nos partenaires. Le but est de rendre l’expérience utilisateur la plus complète possible et d’articuler cela avec la culture inaliénable du gratuit sur le web.

Avez-vous des premières images à nous fournir pour nos lecteurs ?

Malheureusement pour le moment, nous ne dévoilons pas de premières images… désolé ! Nous savons qu’un ou deux écrans circulent sur le web, mais ils ne sont pas ceux qui ont été retenus finalement. La raison est simple : nous organisons encore des beta-test qui sont susceptibles de faire évoluer l’ergonomie du site ; une avant-première pourrait induire les futurs internautes en erreur – ce serait dommage.

Mais on peut déjà dire que le design devrait surprendre. Comme je le disais, il est en constante évolution, comme le reste du projet, pour être en accord avec les impératifs du site, des contenus, des visiteurs… mais son esprit reste intact : c’est cet esprit radical qui nous a plu lors de la consultation, cet esprit radical que vous devriez découvrir lors de la mise en ligne du site !

Entretien réalisé par Aude Mathey (Culture et Communication).

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Pour mémoire, l’entretien d’Alain Seban invité du Buzz Média Orange – Le Figaro en mai dernier.

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Le futur des musées repose toujours plus sur leur capacité « en ligne »

Le British Museum de Londres. Photographie : Graeme Robertson

Au début du mois de juillet de l’année dernière s’était tenue une rencontre à Londres où Neil MacGregor, directeur du British Museum, et Sir Nicholas Serota, directeur de la Tate, avaient débattu parfois de manière tout à fait croustillante à la très prestigieuse London School of Economics and Political Science de la question du musée au XXIème siècle lors d’un événement co-organisé avec Thames & Hudson pour les 60 ans de la prestigieuse école londonienne.

Un podcast a été mis en ligne permettant ainsi d’écouter l’intégralité des échanges et, pour celles et ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’y participer, Conxa Rodà, (chef de projet au Musée Picasso de Barcelone) nous mentionnait les 5 principaux enseignements à retenir, extraits parmi les publications du Guardian et de Social media and Communication, et que nous résumons ainsi :

  • La relation entre les médias et les musées s’est transformée : on voit de plus en plus les musées figurer dans les rubriques « News » et plus seulement dans les rubriques « Arts », c’est un nouvel espace de conquête et de développement pour l’avenir.
  • Le futur des musées reposera toujours plus sur l’Internet : la relation entre les institutions et leurs publics sera transformée plus encore avec Internet et les musées dans leur organisation deviendront plus proches d’organisations multimédia.
  • Les musées auront une audience mondiale et seront les lieux où les personnes du monde entier pourront échanger. Les institutions qui prendront cette problématique à bras le corps, le plus tôt et le plus loin possible, seront celles qui dans l’avenir feront autorité.
  • L’avenir verra les musées devenir des éditeurs et des diffuseurs de programmes en soi et nous verrons leurs équipes travailler de plus en plus en ligne pour plus d’efficacité  en utilisant et déployant plus de ressources mises en ligne.
  • Le défi qui devient de plus en plus important repose donc sur la capacité des équipes de travailler autant en ligne que dans les salles car un des enjeux est bel et bien la possibilité d’une meilleure et plus importante communication entre les conservateurs et les visiteurs.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Nous vous proposons de rassembler vos contributions et de faire le point ces mutations importantes dans le monde des musées. Parfois souhaitées ou parfois subies ces mutations bousculent les habitudes et réinterrogent les métiers, mais jusqu’à quel point ? A vos claviers !

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Les festivals de la protestation transformés

Le festival Oxegen qui se tiendra ce week-end dans la ville irlandaise de Punchestown est souvent élu par les visiteurs comme le meilleur festival de musique d’Europe, principalement en raison de l’excellent accueil qui leur est réservé. Autrefois, les vrais festivals étaient des rassemblements de protestation politique et sociale, ils sont aujourd’hui devenus des manifestations de consommation, estime le quotidien libéral The Irish Times : “Il y a entre le stand de hamburgers végétariens, de papiers à cigarettes Rizla et de l’Anarchist Cookbook [manuel pour la fabrication de bombes et de drogues], et les scènes sponsorisées par les grandes entreprises et les coins réservés aux VIP, quelque chose qui s’est perdu dans le monde des festivals. Le bar réservé pendant le week-end aux privilégiés d’Oxegen porteurs d’un bracelet est sans aucun doute impossible à différencier du bar de l’Hôtel des Quatre Saisons après un match de rugby international. Les reportages évoqueront beaucoup plus ce que les femmes des joueurs et les top models portaient plutôt qu’une quelconque menace d’une contre-culture envers l’ordre établi.”

Source : BpB.

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