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A propos des « Creative cities » / 1

©Sookie

Depuis quelques années, on voit fleurir en France les termes de « Ville créative », de « Métropole créative » ou de « Région créative », où la culture joue un rôle tout particulier pour ces territoires. Ces termes (issus du terme anglais « creatvie cities ») trouvent leur source dans de nombreuses formes et théories, notamment celles de la gouvernance économique des territoires. Elles ont été remises au goût du jour par les livres de Richard Florida, ouvrages qui ont remporté un succès considérable auprès des écoles de sciences économiques et de sociologie, ouvrages qui ont aussi eu trop tendance à éclipser toutes les autres contributions du fait d’une « mode Florida ».

Mais en réalité de quoi parle-t-on ? A chaque fois qu’une étude (souvent anglo-saxonne) met en évidence que l’impact économique direct et indirect de la culture sur un territoire est très positif, elle est immédiatement reprise par nombre de politiques ou des acteurs territoriaux dans des discours ou des projets plus ou moins heureux alors qu’au même moment on trouve des contre-arguments qui font plus que pondérer la question.

Le problème restera entier en France tant qu’on n’établira pas des critères d’évaluation pertinents et tant qu’on considérera la culture comme une politique sectorielle. Sur ces deux questions, il y a une grande effervescence intellectuelle et des mouvements de fond qui sont désormais bien engagés, avec de nombreux exemples d’expériences et d’initiatives qui pourraient bien, dans un contexte de RGPP et de réforme des collectivités territoriales, faire hésiter plus d’un politique pour investir ou investir à nouveau dans la culture et la créativité alors qu’elles sont des clés de leur avenir.

Du champ de l’analyse au champ du marketing territorial, il n’y a qu’un pas lorsqu’on se situe dans une concurrence de plus en plus forte et qu’il faut trouver des concepts, des stratégies, des expérimentations qui permettent de se distinguer du lot. Or, comme pour la culture, personne n’est véritablement d’accord sur la définition à donner aux « Villes créatives », c’est en fonction de la spécificité du territoire, de ses objectifs et de sa prospective qu’on voit des initiatives se prendre et des stratégies se mettre en œuvre, initiatives et stratégies qui ont un impact majeur sur le rayonnement et l’attractivité de ces villes.

On trouve donc autant d’appropriations du terme que de situations locales et il nous est apparu utile de mettre en évidence les typologies et les enjeux d’abord sur le plan technique et affectif, pour ensuite décrire les pratiques du genre en France et ailleurs lors de prochains articles.

Quelques aspects « techniques »

Eléments de définition

Le terme « creative cities » vient de la sédimentation de plusieurs thèses depuis les années 60 qui traitent de la créativité en milieu urbain (de Jane Jacobs à Richard Florida en passant par Pier Luigi Sacco, pour résumer). Au départ il s’agissait de définir un modèle de planification urbaine centré sur la créativité et l’innovation. Depuis, l’approche s’est diversifiée et fortement élargie pour prendre des formes très différentes et donner lieu à une impressionnante palette de possibilités pour la gourvernance, la dynamique et l’attractivité territoriales.

Les « creative cities » sont multiples dans leurs formes et leurs organisations mais elles se distinguent toutes par une place centrale accordée à la culture, à la créativité ou à l’innovation, susceptibles de stimuler, contribuer et/ou piloter au développement de plusieurs secteurs d’activité (tourisme, recherche et enseignement, événementiel, développement économique, action sociale, etc.).

Les formes les plus connues sont de trois types :

  1. les « creatives cities » qui visent d’abord des enjeux économiques et des retombées par la culture ou la créativité, on parle les districts territoriaux (ou clusters, ou grappes) : terme désignant l’organisation d’une filière d’activité sur un territoire donné, filière qui doit « conduire » une part importante de la dynamique économique et de l’attractivité du territoire. Historiquement, ces districts étaient plutôt industriels (le textile et la chaussure en Italie, l’horlogerie dans la vallée de l’Arve, etc.), on parle aussi pour certains de Systèmes Productifs Locaux (SPL), puis sous l’effet conjoint de la révolution des industries culturelles (massification des moyens de création, production et diffusion) et de la mutation de l’économie vers le tertiaire, ils ont fortement pris d’assaut les domaines des industries dites « créatives », de l’innovation et des nouvelles technologies. Par exemple à Montréal, il existe une grappe des acteurs du numérique et des nouvelles technologies. L’exemple le plus connu étant bien entendu la Silicon Valley en Californie. En France aujourd’hui, on fait aussi l’amalgame avec les pôles de compétitivité, pour de bonnes et de mauvaises raisons d’ailleurs. Mais dans tous les cas, cette catégorie s’appuie sur des stratégies d’investissements relativement importants au niveau des équipements et des infrastructures.
  2. les « creative cities » qui ont une visée plus large, une politique d’amélioration de la qualité de vie, de l’image et/ou du rayonnement territorial  :  elles se fondent d’abord sur des stratégies qui visent à faire converger plusieurs secteurs vers des principes d’actions horizontaux (transversalité). Elles s’appuient fortement sur les logiques de marques ou de labels (au sens du marketing territorial). Elles sont en général assez prospectives (misent sur un plein impact à moyen terme) et sont très entraînantes pour les acteurs du territoire. Ces villes sont de plus en plus nombreuses et il faut bien reconnaître que chaque ville est son propre modèle, modèle qui relève d’une étude approfondie et stratégique de leurs forces, de leurs atouts, de leurs perspectives leur permettant de se différencier fortement. En général ces villes misent sur un ou deux fer(s) de lance pour fédérer le maximum d’acteurs et d’énergies et bénéficier des meilleures retombées possibles. Cela peut être notamment un événement, voire un très grand événement (jeux olympiques, un grand festival, etc.), qui amène des investissements en infrastructures et en services et leur permettent de se projeter dans l’avenir (Londres, Barcelone, Copenhague, Berlin, Venise, etc.), mais dans tous les cas, c’est la recherche d’une singularité et d’une pertinence (parfois d’une avant-garde) ou la culture et les arts peuvent jouer un rôle structurant pour une position de leadership. De nombreuses villes dans le monde rentrent dans cette catégorie, elles ont toutes un élément différenciant et surtout savent le mettre en avant.
  3. les « creatives cities » qui ont choisi de se constituer en réseau : il existe de nombreux réseaux de villes dans le monde qui possèdent en leur sein des « creatives cities » mais certains réseaux existent et sont totalement dédiés. Nous pensons notamment à l’Unesco qui a initié et parraine un projet de réseau de villes créatives, se focalisant sur l’excellence développée dans certaines villes dans un domaine artistique et/ou culturel spécifique (littérature, film, musique, arts traditionnels, design, arts médiatiques, gastronomie) et qui contribue à la qualité de vie, à l’économie locale et au développement social (en l’occurrence un réseau de 24 villes).

Il faut noter que les « creative cities » sont des concepts qui ont émergé et mûri en même temps que les « Global cities » ou les « Cities of opporunity » notamment et qui ensemble témoignent aujourd’hui de la grande concurrence que se mènent les territoires que ce soit au niveau de l’économie locale, de l’économie interrégionale et de l’économie mondiale. Chacune d’elle rivalise d’ingéniosité pour faire bonne figure au regard des indicateurs des grands palmarès internationaux, qui sont en soit des « notations » (comme dans le monde financier). Elles sont à la recherche des prix, des labels qui illustrent le mieux l’histoire, les valeurs, les spécificités et les principes qu’elles défendent et pour les plus aguerries, elles vont jusqu’à développer les logiques de type « agenda 21 de la culture » ou équivalent. Elles tentent d’être à la pointe de tout ce qui peut les valoriser et la culture et la créativité constituent des éléments de visibilité et de sens particulièrement avantageux.

Les « creative cities » utilisent donc la culture comme un élément structurant de l’aménagement de l’espace public et de la vie de l’espace public. Elles sont en train de muter. Les nouvelles formes que l’on voit apparaître sont encore expérimentales mais elles intègrent les concepts de « troisième lieu » ou de « living lab » par exemple.

Pour chacune d’elle, Il faut bien entendu trouver un modèle qui lui est propre. En France, il n’existe en effet que des territoires qui tentent de donner leur propre définition de la ville créative. Dans la plupart des cas, ce sont des métropoles ou des territoires en quête d’identité ou de renforcement de leur identité (Communautés d’agglomération ou intercommunalités plus ou moins récentes). Aussi construite leur vision peut parfois être, elle est en réalité assez peu structurée ou organisée, elle est fondée d’abord sur un discours et des objectifs fédérateurs que chacun s’approprie et auxquels chacun tente de contribuer le plus positivement possible. Le produit et les résultats sont alors récupérés et recyclés dans le discours initiateur et alimentent le capital attractif  du territoire.

Même si les coûts ne sont pas négligeables, il n’est pas nécessaire d’avoir la folie des grandeurs et d’endetter la collectivité sur 20 ans pour jouer dans cette catégorie ultra concurrentielle.  Tout est une affaire d’ambition et de terme (court, moyen, long) mais des choses simples sont possibles, le tout est préalablement de :

  1. bien connaître les atouts, les faiblesses et les perspectives de son territoire et des acteurs qui l’animent ;
  2. se doter d’une vision et définir une stratégie assortie d’un « schéma directeur » et/ou d’une feuille de route qui favorise une dynamique capable de fédérer et d’inciter des énergies à travailler ensemble.

Quelques aspects relavant du registre affectif

Il est également important de ne pas négliger les ressorts relevant de l’affectif sur lesquels ces villes tentent de s’appuyer. La perception que l’on a et les émotions que l’on ressent à vivre ou visiter une ville sont essentielles et contribuent très fortement à son aura.

  • Les « creative cities » portent une forte attention sur l’image, l’impression et la réaction qu’elles suscitent auprès des habitants et des touristes.
  • Elles misent beaucoup sur la première impression (les infrastructures d’accueil et de transport). C’est le cas de Liège, Bilbao, Singapour, Melbourne.
  • Elles misent beaucoup sur la triade « curiosité, exploration et découverte » (les circuits de visites possibles) où l’émerveillement est le maître-mot, comme c’est le cas notamment d’Istanbul, Bangkok, Séoul, Venise, Naples, Saint Petersbourg ou Stockholm.
  • Elles misent beaucoup sur un effet mémorable, frappant et puissant (les architectures, les événements, le patrimoine, etc.) comme Tokyo, Trinidad ou Rio.
  • Elles cherchent à créer des lieux où l’on peut se rencontrer, parler, échanger, interagir et jouer, elles veulent de l’interculturel.
  • Elles aiment à donner l’impression créative et imaginative qu’on peut tout y faire (qualité du cadre de vie, dynamique économique) et qu’il très facile de s’y plaire ou de s’y acclimater. Pour cela elles travaillent fortement les espaces publics : les espaces doivent devenir de lieux (des espaces incarnés) à l’échelle humaine, uniques et de qualité : the place to be, la ville où l’on peut tomber amoureux, etc.
  • Elle essaient de proposer l’environnement le plus positif possible au public, avec le moins de nuisances et le plus de sécurité possible, tout étant les plus « vibrantes » possibles.
  • Elles réfléchissent sur les temps, les usages, la mobilité, l’accessibilité et tout ce qui renforce leur pratique et leur convivialité.
  • Enfin, elles se focalisent sur les jeunes générations qui vont hériter un jour ou l’autre de ces espaces publics, de ce patrimoine, de ces infrastructures, etc.

Dans de nombreux cas aujourd’hui, elles font de ces caractéristiques des éléments de discours à l’attention du citoyen, de l’entrepreneur, de l’investisseur ou du touriste. Mais il est important de noter que :

  1. le discours et l’image ne suffisent pas (combien de labels se superposent de manière assez stérile aujourd’hui ?) ;
  2. si la question de la gouvernance se pose a priori ou a posteriori de la campagne de communication, du slogan, de la « marque » ou du projet électoral, elle est incontournable pour la soutenabilité et la durabilité de l’impact des actions pour le territoire et pour la capacité de ce dernier de capter et développer les conditions de son avenir.

Fin de la première partie.

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Synergie art et économie : la martingale de la créativité

Sixième chapitre de notre série de publications issues des rencontres débats passionnants qui ont eu lieu au sein du Grand Lyon dans le cadre du cycle de rencontres « Grand Lyon Vision Culture » et dont son concepteur Pierre-Alain Four* nous fait l’honneur et l’amitié de nous autoriser la diffusion. Le document se consacre à l’élargissement des définitions de l’art et de la culture à travers la notion de «créativité » qui permet une synergie entre art et économie qui bouleverse nos conceptions traditionnelles. Dans quelle mesure les artistes peuvent-ils contribuer à une société de la connaissance et à la vitalité de la vie urbaine ? Comment les repérer et les solliciter ? Comment les associer à des dispositifs de politiques publiques ?

Pour consulter le document en ligne, cliquez ici. Vous pouvez également le télécharger dans notre box « Ressources ».

Pour consulter le chapitres précédents : chapitre 1chapitre 2chapitre 3chapitre 4, chapitre 5

*Docteur en sciences politiques (IEP de Paris), Pierre-Alain Four, a été chercheur associé au Pacte-CNRS (IEP de Grenoble) et est membre fondateur de l’Association pour la promotion et l’organisation de la recherche en sciences sociales (Aporss), puis de FRV100. Il a notamment travaillé sur les Fonds régionaux d’art contemporain (Frac), la vie intellectuelle en province et d’une manière générale sur de nombreuses questions culturelles et artistiques. Il a notamment analysé les relations entre artistes et amateurs, et la place des artistes insérés dans des dispositifs de politique publique éloignés de leur champ professionnel d’origine (politique de la ville par exemple). Il a aussi été chargé de cours à l’Université de Montpellier III, à l’école des Beaux-Arts de La Réunion, à l’université Lyon2, etc. Il est actuellement veilleur culture pour la DPSA où entre autre missions, il anime et conçoit le cycle Grand Lyon Vision Culture.

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Staging Sustainability – Arts, Community, Culture, Environment

How can we produce art that reflects, celebrates, critiques and advances the cultural life of our community without contributing to the destruction of the setting that inspires these artistic endeavours ?

The Faculty of Fine Arts at York University (Toronto – Canada) invites proposals for papers for Staging Sustainability: Arts, Community, Culture, Environment, a conference taking place April 20-22, 2011. The conference will provide an opportunity for artists and those who support the arts in a myriad of ways – from scholars, critics, producers and designers to policy-makers, industry and government – to engage in interdisciplinary dialogue about issues associated with the creation of environmentally sustainable arts practice and performance. 

The conference committee welcomes proposals for papers that consider the relationship between the cultural and ecological aspects of sustainability in the arts, and may encompass aspects of subjectivity with respect to community and identity.

Please forward a 250-word abstract of your proposal, including your name, affiliation, mailing and email address to: 
Ina Agastra, Executive Assistant to the Dean 
Faculty of Fine Arts, York University
ffadeanasst@yorku.ca

Submission deadline: September 1, 2010

Conference website: www.stagingsustainability.ca

Source : Cultura 21

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Chantier de l’économie créative solidaire / 2

Suite et fin  du texte de de Jean-Michel Lucas issu de son intervention pendant les Etats Généraux 2  des Saisons de la marionnette en France qui se sont déroulés les 28 et 29 mai à Amiens. Il s’agit de sa version amendée en date 15 juin dernier et dans cette seconde partie, il enfonce le clou sur « l’éthique de la dignité culturelle ».

L’ÉCONOMIE  CRÉATIVE SOLIDAIRE COMME DISPOSITIF POLITIQUE

DE L’ÉTHIQUE DE LA DIGNITÉ CULTURELLE.

Si l’idée d’une autre perspective est acceptée, on doit alors prendre au sérieux l’idée « d’économie créative solidaire ». Là encore, il s’agit moins de « faits » que de « valeurs » car avec l’économie créative solidaire apparaît la conviction politique que, dans une démocratie, « l’économie » devrait être considérée comme un outil au service de finalités supérieures. « L’économie », ici, ne se dissocie pas du « politique », comme le dit excellemment Jean Louis Laville [12]. Pas de rejet de « l’économie » par la « culture », pas de rejet du « privé » par le « public », par contre, une affirmation politique que le marché ne peut plus être et rester le maître étalon de la valeur culturelle. Avec « l’économie créative solidaire », l’éthique de la rentabilité doit se replier et céder sa place à un autre idéal pour construire le « mieux Vivre ensemble ».

Ceci étant souhaité, le terme « solidaire » n’est pas très encourageant pour dessiner cette recomposition des valeurs de la « vie bonne » ;  Il fait peur car il laisse croire à une espèce de charité des riches (en revenu ou en capital culturel) vers les pauvres. Il convient mal aux préoccupations des créateurs qui, vous le savez, ne veulent ni être pris dans les rets de la philanthropie, ni passer pour des « assistantes sociales » devant sauver les populations incultes,  comme on l’a entendu si souvent. « Solidaire » n’a pourtant pas ce sens étroit. Il faut le comprendre en termes politiques, à travers l’idée que dans une société de liberté qui croit encore en l’Humanité, les êtres humains sont interdépendants. Le futur de la société n’est pensable que si cette interdépendance est régie par des relations respectant les principes des droits de l’homme et particulièrement son article premier : « les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en  droits ».

L’économie créative solidaire reprend à son compte ce premier principe des droits humains qui  fait de l’enjeu culturel un enjeu  universel. En effet, affirmer la dignité d’une personne revient à la reconnaître dans son identité culturelle, dans sa culture. Cette reconnaissance est une condition indispensable pour que s’établissent des « relations d’interactions » permettant les réciprocités entre les personnes ; c’est une exigence de la construction collective du vivre ensemble de libertés hétérogènes. On dira donc que « l’économie créative solidaire » est un dispositif de politique publique qui mise sur la « création », la « créativité », « l’innovation » et autres nouveautés du monde de l’imaginaire mais qui valorise ces activités en fonction de ce qu’elles apportent à la dignité culturelle des personnes dans l’élaboration du bien vivre ensemble : « l’économie créative solidaire » place ainsi en rang premier la volonté des acteurs de respecter, dans leurs relations avec les autres, l’éthique de la dignité culturelle. Le maître des valeurs n’est plus le marché omnipotent mais l’exigence éthique de respecter le mieux possible les droits de l’homme dans toutes leurs dimensions, ce que la Déclaration de Fribourg énonce comme définissant les droits  culturels des personnes. [13]

Vous pensez certainement que tout cela nous fait une utopie intellectuelle de plus, sans lendemain possible dans une Union européenne  qui a résolument choisi l’éthique de la rentabilité ! Mais ce serait pur défaitisme de votre part. Car l’Union dans la même directive « services » que je rappelais tout à l’heure a parfaitement compris que « l’éthique de la dignité » était une référence inévitable pour construire une démocratie d’êtres libres et autonomes. Pour l’Union, pas de liberté, d’égalité et de fraternité sans volonté collective de respecter les êtres humains dans leur dignité. Ce n’est donc pas un mot de plus, mais une valeur fondamentale qui permet de bien organiser la société de liberté. Il suffit de lire la page 39 de la directive pour s’apercevoir que l’éthique de la dignité culturelle est bien là, gênante mais présente , comme une grosse épine dans le pied des principes concurrentiels : si vous ne connaissez pas la directive,  vous allez être étonnés car, pour l’Union. On lit ainsi : « La présente directive ne devrait pas couvrir les services sociaux dans les domaines du logement de l’aide à l’enfance de l’aide aux familles et aux personnes dans le besoin qui sont assurés par l’État, au niveau national, régional ou local, par des prestataires mandatés par l’État ou par des associations caritatives reconnues comme telles par l’État avec pour objectif d’assister les personnes qui se trouvent de manière permanente ou temporaire dans une situation de besoins particuliers en raison de l’insuffisance de leurs revenus familiaux ou d’un manque total  ou partiel d’indépendance et qui risque d’être marginalisé. Ces services sont essentiels pour garantir le droit fondamental à la dignité et à l’intégrité humaine et sont une manifestation du principe de cohésion sociale de solidarité et ne devrait pas être affecté par la présente qui directive. »

Je  ne vous ai donc pas menti : l’éthique de la dignité qui reconnaît la personne dans l’intégrité de ce qu’elle est,  c’est à dire dans l’intégrité de sa culture,  n’est pas une utopie, c’est bel et bien une référence explicite pour les décideurs politiques au niveau de l’Union !! Une référence qui conduit même à chasser l’éthique de la rentabilité hors de sa vue lorsque le droit fondamental à la dignité  humaine  est menacé.  Exit la directive services et son obsession concurrentielle !

La seule difficulté est que cette légitimité fondamentale est réservée aux  personnes « pauvres », « dans le besoin », « marginalisées » ? Curieux, n’est ce pas pour une organisation politique qui se réfère aux droits de l’homme ! Pourquoi  l’enjeu de la dignité ne concernerait-il pas toutes les personnes dès lors que leur identité culturelle serait mise à mal  par le système concurrentiel ? C’est d’ailleurs ce que nous disent les accords de l’Unesco sur la diversité culturelle et les droits culturels : la reconnaissance des identités culturelles – qui ne contreviennent pas elles-mêmes aux droits de l’homme – est la condition de la dignité des personnes et par là elle prime sur la logique du marché. [14] A ce titre, compte tenu des signatures apposées par notre pays à ces accords internationaux, « l’économie créative solidaire » devrait être la référence de toute l’organisation des dispositifs de politique culturelle, de l’Etat comme des collectivités. Au contraire de « l’économie créative » qui fait de la rentabilité son éthique et rejette à ses marges, ses quartiers et ses « populations » dépendantes, la valeur de dignité, « l’économie créative solidaire » devra mettre la dignité culturelle au rang de valeur principale de l’action culturelle et laisser la rentabilité dans son simple rôle d’outil de gestion.

« Economie créative », « économie créative solidaire » : voilà bien pour chaque élu une question de bon choix politique entre valeur de dignité culturelle et valeur de rentabilité des services créatifs.

Néanmoins, je sais que cette référence à la dignité culturelle ne vous enchante guère, vous qui êtes persuadés que la création artistique détient, par nature, une légitimité supérieure à toutes les autres. Sans nul doute, vous préféreriez continuer à raisonner en termes de « création », « d’œuvres de l’art et de  l’esprit », de « public  cultivé et fidèle», avec, de temps à autre, une petite attention pour les « populations défavorisées ».

Il me faut donc prendre des exemples pour, au moins, semer le doute dans votre esprit.

  1. Le premier exemple est d’autant plus pertinent que je ne l’ai pas  choisi : il nous est imposé par l’actualité du jour à Amiens où le président du Conseil général a refusé l’ouverture d’une exposition de dessins à la bibliothèque départementale ! Vous observerez aisément avec moi qu’il s’agit ici d’un conflit de dignités culturelles. D’un coté, la dignité des professionnels de la culture, artistes et organisateur dont la légitimité est solidement arrimée au principe de la liberté d’expression. Il s’agissait, en effet, de montrer des dessins érotiques d’illustrateurs aussi renommés qu’Ungerer, Claveloux ou Heitz. La commissaire de l’exposition, agrégée et  spécialiste de « littérature jeunesse », ne manquait pas non plus de marques manifestes de respectabilité  ! Pourtant – pour vous montrer que la référence à l’éthique de la dignité n’est pas une question philosophique stratosphérique mais une donnée pratique qui impacte la conduite des projets artistiques – cette dignité de la liberté artistique s’est trouvé confrontée à une autre dignité culturelle plus forte qu’elle. Le Courrier Picard [15] nous indique en effet que le président du Conseil général a considéré qu’il devait annuler l’exposition pour atteinte à l’image de la dignité des femmes : « c’est en pleine conscience que j’ai pris cette décision car j’ai estimé que certains dessins étaient vecteurs d’une image dégradante de la femme et je refuse que la collectivité départementale soutienne une telle approche de la sexualité qui me semble opposée à nos valeurs d’émancipation ». Image de la femme versus liberté d’expression  artistique, la tension des dignités  est bien au cœur de la politique culturelle. Je profite de cet exemple pour essayer d’expliquer que l’éthique de la dignité a un avantage important pour les acteurs de l’art : elle nécessite que le débat dans l’espace public soit permanent pour apprécier ce qui fait dignité culturelle pour les  uns et pas pour les autres. Pleinement ancrée dans l’univers sensible des personnes, la question de la dignité ne peut jamais être parfaitement résolue avec les outils de la raison. Elle n’est jamais réglée d’avance et aucun dispositif ne pourra définir les conditions parfaites qui éviteraient les tensions intersubjectives, notamment en matière d’appréciation des pratiques artistiques. L’éthique de la dignité rend donc nécessaire des dispositifs qui organisent les confrontations, échanges, dialogues autour du sens et des valeurs des multiples identités  culturelles. A Amiens, le président du Conseil général a pris sa décision en jugeant qu’il était, à lui seul, l’arbitre des dignités de tous. S’il avait adopté l’éthique de la dignité, il aurait mis en place le temps des discussions, le temps de « la palabre », respectueuse des identités et soucieuse d’aboutir à une solution pour le vivre ensemble de libertés heureusement hétérogènes. Il s’est contenté de surplomber le monde sensible de la liberté artistique par sa puissance publique, alors qu’avec l’éthique de la dignité, il aurait, au contraire, choisi la voie de la délibération publique, source active d’interactions entre les dignités culturelles. Cette conclusion conduit à penser que les acteurs culturels feraient bien de prendre le dossier de l’éthique de la dignité en main s’ils ne veulent pas, à d’autres occasions, subir le même sort et voir leur liberté réduite au silence.
  2. Je considère maintenant un deuxième exemple : l’aide à la création. Aujourd’hui, l’artiste qui parvient à vendre correctement ses œuvres dispose de ressources privées et de commandes publiques qui lui permettent de poursuivre librement son activité de création ! Si cette activité marchande ne lui pose pas de problèmes de dignité, le marché est le bienvenu pour la société de liberté et cela convient à l’éthique de la dignité. La question politique apparaît plutôt lorsque la nécessité de vendre pour survivre est considérée par le créateur comme un supplice insupportable portant atteinte à son identité culturelle d’artiste génial, donc, à sa dignité de créateur. Aujourd’hui, les possibilités sont réduites de donner droit à cette revendication d’autonomie artistique vis à vis du marché. On songe évidemment à la légitimité de « l’exception culturelle » fondée sur l’éthique de l’œuvre. Dans cette  tradition héritée de Malraux, la création artistique doit être soutenue par des fonds publics parce qu’elle enrichit les êtres humains ; elle exprime le meilleur du génie de l’homme et, à ce titre, elle représente une référence universelle pour tous les êtres soucieux de progrès et d’harmonie du genre  humain. L’enjeu du soutien public à l’art est donc politique au sens où la création artistique est sensée devenir  « patrimoine des œuvres capitales de l’Humanité ». J’ai observé par vos demandes au ministère de la culture que cette approche était pour vous un espoir réel de survie. Malheureusement cet espoir ne peut qu’être déçu car l’éthique de l’œuvre n’est pas compatible avec les principes démocratiques. Elle nécessite en effet des dispositifs institutionnels qui hiérarchisent les œuvres d’art dans le secret et l’arbitraire, des dispositifs qui, inévitablement, empruntent à la logique du despotisme éclairé : « Tout pour le peuple, rien par le peuple » ; avec bonne foi souvent, mais sans considération pour la liberté et la dignité culturelles des personnes composant la société. On ne peut donc s’étonner que l’éthique de l’œuvre s’effrite et que ses partisans finissent, eux aussi, par s’adapter à l’éthique de rentabilité, en vantant (en vendant) le nombre d’abonnés de leurs institutions, de visiteurs de leurs biennales d’art contemporain ou de spectateurs de leurs spectacles de qualité ! Pour les créateurs, la  résistance à l’éthique de la rentabilité devrait plutôt être du coté de l’éthique de la dignité : en effet, la dignité de l’artiste est fondée sur sa liberté d’expression artistique qui n’a de portée que si elle peut être effective. Comme le dirait Amartya Sen [16], il s’agit d’élargir la « liberté de ses capabilités ». Cette liberté de la dignité est première et, par conséquent, si l’artiste  ne voit pas son avenir dans un segment de marché de l’économie créative, il doit être soutenu  par des ressources publiques au titre du respect de sa dignité d’artiste. A condition, on s’en doute, qu’il soit « artiste », et que l’expression de  sa liberté soit reconnue par des pairs mandatés par la démocratie pour apprécier son apport aux pratiques disciplinaires déjà connues. L’éthique de la dignité justifie le soutien public à la création par l’application du principe de la liberté d’expression et non pour la raison  politique que l’œuvre choisie devrait imposer sa valeur à l’ensemble des humains. Je ne veux  pas dire que dans cette voie du respect de la liberté d’expression la solution au subventionnement des artistes serait toute trouvée ; je veux simplement souligner que les négociations avec les responsables politiques ne seront pas les mêmes si les valeurs partagées se réfèrent à l’éthique de la dignité culturelle plutôt qu’à l’éthique de l’œuvre ou à l’éthique de la rentabilité.
  3. Je donne un troisième exemple du changement d’appréciation qu’apporte l’éthique de la dignité : en choisissant cet idéal, les acteurs culturels professionnels échappent au statut de pourvoyeurs de services  créatifs  auxquels les destine l’éthique de la  rentabilité. Ils ne se contentent plus de vendre des spectacles, des musiques ou des images à des clients – privés ou publics – qui ont payé pour obtenir ce service ! Ils participent plutôt à une relation sensible avec des personnes qui se trouvent enrichies dans leur liberté de choix ; ils participent  à leur parcours d’émancipation. Alors, la politique publique ne peut plus considérer l’activité artistique comme relevant de « services économiques d’intérêt général ». Le projet artistique n’est plus dépendant d’une demande d’une clientèle de publics consommateurs. Il est au contraire constitutif d’une relation personnelle dont la légitimité repose sur l’interdépendance des dignités d’êtres humains égaux et sur la réciprocité de leurs apports. Dans ce cas, si l’on reprend l’enjeu de la dignité humaine qui figure dans la directive « services », l’activité artistique devrait  échapper  à la concurrence. Le sens du combat politique pour la culture devient d’affirmer que la relation culturelle de personnes  à personnes établie par l’équipe artistique contribue à « garantir le droit fondamental à la dignité » et doit être considérée comme une service d’ intérêt général régi  par des règles propres et non par la seule exigence de rentabilité. Pour ceux qui trouveraient ce propos trop abstraits, je prends a contrario le grand loupé de la politique de soutien aux musiques amplifiées  : depuis les années 1990, certains de ses acteurs ont effectivement bénéficié d’un soutien public mais uniquement  en application de l’éthique de la rentabilité. Tous les dispositifs d’aides ont, en effet, été organisés autour de la « professionnalisation » des musiciens. L’aide publique n’a eu qu’une seule finalité collective : amener le musicien à vivre du fruit des ventes de sa musique, à être rentable pour le dire correctement sur un segment du marché de la musique. Si l’éthique de la dignité avait servi de matrice idéale à la politique culturelle, le soutien aurait  plutôt été liée à la capacité des acteurs de ces musiques amplifiées à nourrir les interactions culturelles dans la cité et, par là, à participer à la construction de parcours culturels d’émancipation d’autres personnes, (on dit quelquefois sans raison les « jeunes »), même si le marché du disque n’était pas au rendez–vous ! La « fabrique » de professionnels de la vente musicale que nous prépare l’économie créative ne doit pas, politiquement continuer à nous imposer sa seule loi du sensible rentable. Elle doit politiquement s’inscrire dans une « économie créative solidaire » pour laquelle le marché n’est qu’un outil technique qui ne saurait imposer sa loi aux « fabriques » de relations humaines émancipatrices, construites sur l’interaction des dignités culturelles de personnes contribuant, ensemble, dans la confrontation des libertés hétérogènes, à la créolisation du monde, pour reprendre le crédo d’Edouard Glissant [17]. Je n’en dirai pas plus mais avec la valeur de dignité culturelle, on légitime moins la solution miracle par la rentabilité des acteurs, que la discussion dans l’espace public sur la meilleure manière de faire pour améliorer  la  reconnaissance de l’artiste, les  droits culturels des personnes, les dispositifs d’élaboration  collective des normes du Vivre ensemble  – pour plus d’Humanité. L’éthique de la dignité culturelle  ouvre ainsi sur l’enjeu d’une meilleure justice sociale qui  nécessite de prendre soin -  le fameux «care» qui, bien tardivement, fait émergence dans le débat politique – des personnes dans leur capacité à traduire en acte la liberté de leur dignité culturelle. La négociation est donc possible au plan européen, national et locale : elle consiste à démarginaliser les enjeux de « la dignité et de l’intégrité humaine » et c’est sans doute aux acteurs culturels de tenter d’y parvenir puisque le sens  de leur activité  reste la construction des interdépendances du sensible qui conditionnent l’avenir d’une  humanité plus respectueuse des identités culturelles. C’est la voie qui me semble avoir été choisie notamment par l’Ufisc [18]. Après tout, il suffirait de prolonger la voie ouverte à Quimper où la municipalité et une dizaine d’acteurs culturels du projet  Max Jacob [19] ont signé un protocole d’accord éthique dont les principes et les engagements empruntent aux textes de l’Unesco sur la diversité et les droits  culturels. On retiendra ainsi deux  principes et un engagement qui ouvrent le chemin de « l’économie créative solidaire » :
  • Principe 1 : Favoriser la liberté des choix culturels des personnes et manifester le plus grand soin au respect de leur dignité, en considérant que nul ne peut invoquer sa propre liberté pour porter atteinte aux droits de  l’Homme. »
  • Principe 3 : Affirmer qu’il n’y a pas de développement de projets culturels sans dynamiques artistiques revendiquées et garantir aux artistes accompagnant chaque projet singulier du Pôle Max Jacob, les conditions de leur liberté de création et d’expérimentation artistiques
  • Engagement 3 : faire connaître aux autres structures du pôle les réactions et interrogations exprimées par les personnes. Sur cette base, proposer annuellement des initiatives conduisant à nourrir les échanges et confrontations de sens et de valeurs culturels et artistiques ; en particulier, contribuer, au sein du pôle Max Jacob, à construire le débat collectif et la vie sociale à partir d’une présence forte de la création artistique, accordant une attention prioritaire à l’actualité des différents courants artistiques et des débats esthétiques.

Pour passer ainsi de « l’économie créative » avec toutes ses qualités inventives à « l’économie créative solidaire » qui la replace dans la construction d’une Humanité plus coopérative, plus attentive aux autres et plus déterminée  au respect des dignités de chacun et des autres.

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Notes

[12] Sur la compréhension détaillée de l’économie solidaire, voir la référence indispensable  à Jean Louis

Laville : « la politique de l’association » : éditions du Seuil, Paris  2010.

[13] Voir   http://www.aidh.org/ONU_GE/Comite_Drtcult/decla-fribourg.htm et par exemple Patrice Meyer

Bisch : http://www.droits-fondamentaux.org/spip.php?article149

[14] On réfère ici à la déclaration universelle sur la diversité culturelle de 2001 , à la convention sur la sauvegarde du patrimoine culturel  universel, à la Convention  sur la protection et la promotion de la diversité  des  expressions  culturelles.  Voir  sur  le  site  de  l’Unesco  : http://portal.unesco.org/culture/en/ev.php-URL_ID=34325&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html et http://portal.unesco.org/culture/fr/ev.php-URL_ID=34321&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

[15] Voir le Courrier Picard, alerté par l’efficace « observatoire de la liberté  de la création » : l’article de Daniel Muraz, « Le conseil général accusé de censure » ,  vendredi 28 mai 2010,  page 7.

[16] Voir notamment l’ouvrage « L’idée de Justice » édition Flammarion 2009.

[17] Voir l’inévitable « philosophie de la relation » NRF, ainsi que l’ouvrage d’Alain Renaut : « l’humanisme de la diversité » éditons Flammarion 2009

[18] Voir le site de l’ufisc  http://www.ufisc.org/ où l’on peut lire dans l’appel du 17 juin 2010 : « les transpositions en droit français des directives européennes renforcent une mécanique destructrice et imperméable à toute éthique du vivre ensemble en privilégiant les seuls principes de la concurrence et de la rationalité comptable. »

[19] Voir le site de la ville de Quimper : délibération municipale de décembre 2009 projet max jacob  :

http://notes9.mairie-quimper.fr/kportal/conseilq.nsf/0/4AB20EB6D4DEFDBDC1257696004D9557?opendocument

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Chantier de l’économie créative solidaire / 1

Une fois de plus Jean-Michel Lucas nous fait l’amitié de nous autoriser à diffuser sa toute dernière contribution issue des Etats Généraux 2  des Saisons de la marionnette en France qui se sont déroulés les 28 et 29 mai à Amiens. L’auteur nous a transmis le texte de son intervention dans sa version amendée datée 15 juin dernier et une fois de plus, il n’y va pas par quatre chemins pour mener la vie dure aux évidences et à notre prêt à penser et plaide pour une alternative de mise en chantier d’une économie créative solidaire.


Je ne  voudrais pas ouvrir le chantier de l’économie créative solidaire avec l’idée pragmatique (ou plutôt  « intéressée ») que nos travaux aboutiront  à résoudre immédiatement une partie significative des problèmes de financement public évoqués dans votre manifeste en huit points http://www.saisonsdelamarionnette.fr/2010/06/08/appel-a-signature-pour-le-renforcement-d’un-soutien-aux-arts-de-la-marionnette-en-france/ [1]. Je ferai preuve de plus de prudence en vous proposant d’opérer une sérieuse rupture par rapport aux évidences que j’ai cru entendre hier et qui laissent croire que la création, la diffusion, la médiation ou la formation artistiques devraient naturellement être soutenues  par l’autorité publique.

Je suis persuadé qu’il faut renoncer  à cette posture naïve. Pour cela, je voudrais faire observer, dans un premier temps, que les soutiens publics  sont de plus en plus liés aux apports des activités artistiques à  l’économie. Je partirai ainsi de la situation proposée aux créateurs d’adhérer au dynamisme généralisé de «créative», une place forte aux valeurs puissantes de liberté et de compétitivité marchandes. J’interrogerai les justifications qui propagent cette tendance et j’en déduirai la nécessité de faire un grand virage en défendant  d’autres valeurs de liberté dans les négociations sur les politiques culturelles mises en œuvre.  J’essaierai alors de plaider pour une politique « d’économie créative solidaire » porteuse d’une éthique vraiment attentive à la dignité  culturelle des personnes.

L’ÉCONOMIE CRÉATIVE COMME DISPOSITIF POLITIQUE DE L’ÉTHIQUE DE LA RENTABILITÉ

Pour les créateurs, l’économie créative est une perspective intéressante  que les territoires, les villes  en particulier, mettent en œuvre  avec un enthousiasme croissant.  Grâce à l’économie créative, les professionnels de la culture  ne sont plus considérés comme des dilettantes dévolus aux temps de loisir  de nos laborieux concitoyens ou comme des intellectuels pourvoyeurs d’élitisme. Ils sont maintenant les moteurs de la société de la connaissance et deviennent la  source du développement économique  et  de l’harmonie sociale. La culture construisant un  futur meilleur, beaucoup d’entre vous l’ont rêvé ; l’économie créative le fait !

Reste à préciser de quoi ce mot est fait : je reprends d’abord  la définition d’un professeur qui détient la chaire d’économie créative dans une grande école de commerce : «  l’économie créative regroupe les secteurs dans lesquels le produit final est un objet de création ».[2] Je suis certain que vous vous sentez concernés par ce terme si flatteur de  « création » mais l’usage des mots étant gratuit – celui de « création »  plus que d’autres – la vigilance s’impose  car  il faut entendre  que «  le terme générique d’économie créative concerne donc aussi bien les services créatifs (design, architecture, publicité, etc..) que les technologies de l’information et de la communication ( jeux vidéo, services Web, multimédia) ou  les industries culturelles (audiovisuelles, musique, édition). » [3] Nous voilà ainsi au cœur de notre sujet avec l’économie créative, la « création » consiste en définitif  à faire preuve de « créativité » pour produire des « services innovants » qui seront « vendus » dans les meilleures conditions possibles. A priori, tant mieux, car, dans ces temps difficiles,  aucun acteur culturel ne peut se plaindre que ses activités se vendent à des acheteurs qui lui apportent de précieuses ressources pour poursuivre sa « création » !

Toutefois, en terme de politique publique, il est légitime de s’interroger sur l’idéal qu’on nous prépare ainsi.

Si j’en crois mes amis de la ville de Nantes,  la finalité  de l’économie créative est  claire. Prenons  le projet ECCE dans lequel la ville de Nantes est lancée  avec six autres villes européennes : il consiste à construire un « quartier de la création » (encore la « création ») dont on nous dit qu’il est « un cluster culturel en émergence et  vise à réunir sur un même site les acteurs de l’industrie créative mais aussi l’université et la recherche pour créer des collaborations inédites et fécondes ». [4] C’est donc bien un projet public répondant aux besoins de nombreux acteurs culturels  et dont l’ambition est de « stimuler la croissance économique et la création d’emplois dans le secteur culturel en créant un nouvel axe de développement au carrefour de la culture, des technologies et de l’économie. » [5]

Tout est bien dit. L’économie créative est tout bénéfice : les acteurs culturels trouvent des emplois grâce aux coups de main que leur apporte la ville (couveuses d’entreprise, pépinières d’entreprises, formations,  information.. ) Dès qu’ils auront grandi, ils n’auront plus besoin de la béquille du soutien public car ils vendront leurs services créatifs et deviendront auto-suffisants ! La ville créative pourra donc  mener une politique culturelle très active en direction des nouveaux créateurs innovants sans avoir  à remplir sans fin le tonneau des Danaïdes des subventions  culturelles   ! Le contribuable ne peut que s’en féliciter !

Ajoutons que ce dynamisme à l’avantage de garantir l’attractivité du territoire : « il y a une véritable conscience du rôle économique du secteur créatif et qu’une métropole doit s’engager dans une politique qui permettre  de se positionner parmi les villes créatives dans le cadre d’une société de la connaissance de plus en plus internationale. » [6]

Traduction : la « ville créative » devient si attractive qu’elle attire  à elle de nouvelles têtes de plus en plus créatives  !  Le cercle vertueux de la « création », en somme. En plus de tout cela, les réseaux anglo-saxons militant pour l’économie créative nous assurent  que la présence des artistes dans la cité va nécessairement améliorer l’harmonie sociale. Parmi les 125 arguments énoncés sur le site canadien, j’ai trouvé cet argument qui mérite peut-être votre attention : «  les arts soutiennent la création de communautés saines, capables d’agir ». [7]

C’est très beau des artistes  qui apportent la vie « saine » à la société  !  Ailleurs, on insiste encore pour nous convaincre que l’économie créative va favoriser « l’implication citoyenne ».

Vous avez compris qu’avec cette économie créative nous bénéficions d’un triple miracle : « croissance des emplois » pour les cultureux, « attractivité du territoire » devenu innovant  et même « harmonie » dans la société des citoyens  libres ! »

Pourquoi alors prendre une attitude critique un peu moqueuse pour évoquer ce modèle d’avenir culturel ?  Non pour des raisons  de « faits » – il est sans doute mieux d’avoir un emploi, d’attirer les touristes, de favoriser le  lien social, d’innover grâce aux œuvres des artistes et aux pensées des savants et  philosophes du réenchantement du bas-monde – mais plutôt pour des raisons de valeurs. Quelles sont donc les valeurs de la « vie bonne » qui nous sont promises ? Au delà des parfaites finalités de cette économie  créative  – « croissance des emplois », « attractivité »,  « harmonie » –  qui est vraiment le maître des valeurs ?

Figurez vous que cette question est incongrue car la réponse est aussi évidente qu’immédiate : la  valeur d’une activité créative sera, bien sûr,  donnée par le système d’échange marchand concurrentiel. Car l’économie créative n’a de sens que si, grâce aux interventions publiques, le créateur « vole de ses propres ailes ». Il deviendra alors, ce que l’on appelle  un « véritable  professionnel »  !   Cela signifie que sa créativité devra intéresser des acheteurs, privés ou publics ; il doit devenir bientôt « auto-suffisant » avec des services créatifs qui se vendent suffisamment bien pour garantir la rentabilité  de son projet. L’économie créative atteint ainsi son idéal : un créateur « utile », puisqu’il  répond à des besoins, un créateur « rentable », puisqu’il est reconnu par de bons clients  !  L’éthique de l’économie créative est tout simplement l’éthique de la rentabilité  concurrentielle, comme valeur de référence de la « vie bonne ».

Disons-le à l’envers, si  notre acteur culturel crée des marionnettes sans acheteur ou de la musique  inventive invendable, ces  activités n’ont pas de « valeurs » collectives. Elles ont une valeur pour lui et pour ses amis, donc dans la sphère des valeurs privées,  mais pour le bien-être de la société, dans son ensemble,  elles ne valent rien car elles ne promettent pas de devenir un jour des services achetés et vendus avec profit sur des marchés libérés de toute entrave. Un service créatif  qui n’est pas auto-suffisant n’a aucune « bonne » raison  d’exister pour le collectif.

Sans doute pensez vous que je décris ici les intentions des « méchants » capitalistes qui ne songent qu’à exploiter à leur profit le talent des honnêtes créateurs ou que j’évoque les élus des collectivités qui sont prêts à acheter très chers sur le marché international les services d’artistes dont la renommée apportera  la gloire à leur territoire ? Ce serait une grave erreur de compréhension des enjeux  car  l’éthique de la rentabilité ne repose pas sur de telles « mauvaises » intentions. Bien au contraire,  elle revendique d’être la source de la « vie bonne » [8] dans nos sociétés de liberté. Elle doit être comprise comme une  valeur  politique fondatrice sur laquelle repose l’organisation de notre démocratie, notamment au niveau européen. Ainsi, pour prendre un texte de référence parmi tant d’autres, l’Union Européenne en  2006 a déclaré, au nom de cette société de la connaissance évoquée plus haut  qu’il était  impératif de libéraliser le marché des services, c’est à dire de renforcer au nom du progrès la concurrence dans ce secteur. C’est la fameuse directive « services » [9] qui affirme  clairement comme norme de la vie « bonne », le développement de la compétition marchande des services. Or, quelles que puissent être les envies et opinons des acteurs culturels, leurs activités entrent dans le champ de la directive : elles relèvent de  « l’économie créative ». Sera donc « bon », pour construire l’avenir de l’Europe, le service culturel qui se vend bien en régime de concurrence. C’est bien  l’éthique de la rentabilité qui est mise en premier plan du Vivre ensemble en démocratie.

Écoutez bien ce passage qui, en même temps, qu’il plaide pour cette éthique de la rentabilité nous fait, heureusement, comprendre qu’il  serait temps de revendiquer d’autres éthiques de la culture pour continuer à croire à l’Europe : En page  37  de la  Directive « services » :

« Le  parlement européen et le conseil ont souligné que l’élimination des obstacles juridiques à l’établissement d’un véritable marché intérieur représente une priorité pour l’accomplissement de l’objectif fixé par le conseil européen de Lisbonne en 2000 de renforcer l’emploi et la cohésion sociale, et  de parvenir à une croissance économique durable afin de faire de l’union européenne l’économie fondée sur la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici 2010, accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative des emplois ».[10]

2010, nous y sommes  !  Peut-on dire pour autant que cette éthique de la rentabilité nous a rapproché du miracle de « dynamisme », de « qualité d’emplois », « de cohésion sociale »,  promis par cette « société de la connaissance » et  de son  « économie créative » si parfaite ?  Disons que le miracle  est moins évident que sa promesse et, raisonnablement, nous pouvons nous donner le droit d’interrogertion.  Peut-on accepter si aisément dans notre démocratie la  soumission des enjeux culturels à la seule logique de transformation du sensible en  services marchands vendus au mieux offrant ?

Pour poser des limites à cette éthique affichée  par l’économie créative, je donnerai trois exemples parmi   beaucoup d’autres  :

  1. Avec l’éthique de la rentabilité, l’idée même de service public de la culture devient obsolète. Il faut seulement parler de « service économique d’intérêt général » dont la signification n’a pas encore été bien saisie par les milieux culturels. L’affaire est simple : quand le marché d’un service ne dégage pas assez de rentabilité et n’intéresse pas les entreprises lucratives, alors la collectivité publique peut remplir le vide. Elle devient, par défaut, « entrepreneur » du service manquant, du moins tant que le marché ne redevient pas profitable. L’Union européenne autorise ainsi la mise en place de « services économiques d’intérêt général » que la collectivité publique organisera en lançant un appel d’offres  mettant en concurrence – toujours la concurrence – les prestataires possibles du dit service. Ce qui est essentiel pour notre raisonnement c’est que ce « service économique d’intérêt  général »  peut être fourni indifféremment par des entreprises privées lucratives ou par des organismes non lucratifs : l’éthique du fournisseur de service importe peu à l’autorité publique, ce qui compte uniquement c’est que la prestation soit obtenue au moindre coût   pour le contribuable. Aux prestataires  de se débrouiller pour rester viables  dans ce cadre. Concurrence et rentabilité, même pour l’action publique  ! Si j’évoque cette éthique de la rentabilité appliquée aux collectivités publiques, c’est que les activités culturelles sont considérées comme des services ordinaires qui n’échappent pas à la norme générale  !  D’ailleurs, beaucoup d’entre vous sont déjà pris dans cette seringue des appels d’offres concurrentiels et, même si l’on vous dit que la méthode est strictement du ressort des juristes, vous ne pouvez pas avoir la naïveté de croire que votre statut n’a pas considérablement changé : avec le « service économique d’intérêt général » et ses appels d’offre, vous devenez des « prestataires de services »  gérants d’épiceries culturelles !  Dans ce cadre politique où s’installe « l’économie créative », ce que vous continuez à appeler « la culture » ou « l’art » est à lire comme fournitures de produits, en situation de rivalité par rapport à tous leurs frères de culture ! Cette éthique de la rentabilité même pour gérer les interventions publiques culturelles, avouez que ça fait un choc  !  Mais la lecture de la circulaire du premier  ministre  sur les subventions aux associations vous le confirmera [11] : le vieux système de la subvention pour cause de valeur artistique ou culturelle du projet  n’est plus qu’une exception archaïque par rapport à la norme du « service économique d’intérêt général », qui, lui-même, je l’ai rappelé, est  déjà une exception à la règle sacrée du marché libre.( le fameux article 107 du traité de l’union). L’appel d’offres concurrentiel, voilà la logique  publique de l’économie créative, traduction pratique du sort qui attend les cultureux dans une société de liberté vantant les bienfaits de l’éthique de la rentabilité.
  2. Un second exemple contraint aussi à interroger la couleuvre de l’économie créative  : prenons le cas – dont on se demande parfois s’il est extrême – de ces jeunes chinois qui ont la « chance » de pouvoir jouer aux jeux vidéos en ligne de 8 heures du matin à 20 heures le soir avec une demi heure de pose, un salaire de 90 euros par mois et un logement sur place, le tout pour vendre un service qui consiste à faire avancer la puissance des  avatars de cadres occidentaux  qui n’ont pas le temps d’amasser les ors et les armes de leur personnage  préféré  : l’économie est bien créative,  elle est bien rentable mais sa valeur  donne  le frison : comment l’apprécier en terme de dignité des personnes ainsi  amputées de leur liberté ?
  3. Le troisième exemple est éthiquement encore plus douloureux :  que peut signifier pour la construction de l’Humanité, cette économie créative qui nourrit l’attractivité du territoire ? Beaucoup diront qu’il s’agit là d’une nécessité pragmatique dans un monde cruel où les territoires sont en concurrence les uns vis à vis des autres. Mais  il faudrait dire cette vérité autrement si l’ont tient à conserver une spécificité aux enjeux culturels en démocratie : avec l’économie créative, les villes s’organisent activement pour  capter chez elles les talents créatifs venus d’ailleurs. Les meilleurs doivent être ici et non ailleurs. Les cultureux apportent alors leurs « munitions » créatives à la lutte acharnée, au combat permanent des territoires  pour dominer les autres. En obéissant à la seule éthique de la rentabilité, le territoire public de l’économie créative ne fait qu’organiser « la guerre culturelle de tous contre tous ». Il réduit  l’enjeu culturel dans la société de liberté à des flux d’agression. Bel avenir que l’on nous prépare ainsi! Pour l’éviter à l’Humanité, un autre voie doit être explorée.

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Notes

[1] Voir http://www.saisonsdelamarionnette.fr/2010/06/08/appel-a-signature-pour-le-renforcement-d%E2%80%99un-soutien-aux-arts-de-la-marionnette-en-france/

[2] Extraits de la plaquette de présentation de la « Pépinière écocréative » à Bordeaux. Voir www.emploi-bordeaux.fr

[3] ibidem

[4] Voir entre autres l’article « le quartier de la création : un cluster en émergence » dans la revue de l’Observatoire des politiques culturelles », N° 36 Hiver 2009 page 63. contacts : www.observatoire-culture.net. Voir aussi le N° 35 de la même  revue : l’article de JM Lucas « Pour la reconnaissance de l’économie créative solidaire ».

[5] Ibidem,.page 63

[6] Ibidem, page 65

[7] Voir le site  http://creativecity.ca/english/creative-city-news-mainmenu-326/e-newsletter-mainmenu- 272?task=view

[8] On peut rappeler que dans une tradition ancienne, fortement réactualisée par la philosophie politique anglo-saxonne « le concept de « vie bonne » correspond à l’idée que chaque individu cherche à réaliser dans sa vie un but ou projet qui est pour lui un bien et qui lui permet de donner du sens à sa vie’ (selon Martin Provencher , dans « petit cours d’éthique et politique) . Pour donner une référence parmi beaucoup d’autres aux enjeux politique de la « vie bonne » dans une société de liberté, on peut citer Charles Taylor dans un ouvrage aisé d’accès « le malaise de la modernité », éditions du cerf, 2008.

[9] Voir Directive 2006/123 Ce du Parlement européen et du conseil du 12 décembre 2006 relative aux services dans le marché intérieur.

[10] Pour confirmer la  fascination  pour la culture de marché , notez par exemple que les services de la commission européenne viennent même de lancer une large consultation sur le bel avenir de l’économie créative  en  nous rappelant que « le secteur de la culture et de la création fournit des emplois de qualité à cinq millions de personnes dans l’Union européenne et représente 2,6 % du PIB européen. Les industries culturelles et créatives connaissent également une croissance plus rapide que la plupart des secteurs de l’économie. Les industries culturelles et créatives peuvent aussi avoir des retombées positives sur un large éventail d’autres entreprises et sur la société dans son ensemble. De nouveaux marchés s’ouvrent aux petites entreprises. Toutefois, ces entreprises rencontrent souvent des obstacles qui les empêchent d’exploiter tout leur potentiel. Cette consultation publique encouragera les parties intéressées et d’autres acteurs à se pencher sur certaines questions, telles que :  Comment faciliter l’accès au financement pour les petites entreprises et les microentreprises dont le seul atout est la créativité ?  Comment l’Union européenne peut-elle aider à assurer une combinaison adaptée de compétences créatives et de compétences managériales dans ce secteur ?   Comment stimuler l’innovation et l’expérimentation, et encourager notamment un usage plus large des technologies de l’information et  de  la  communication ? »  (présentation faite  par  Irma  actu sur http://www.irma.asso.fr/Consultation-publique-sur-les?xtor=EPR-47.)… Autant dire « business is business », culturel ou pas  !  !

[11] Extrait de la circulaire du 18 janvier  relative aux relations entre les  pouvoirs publics et les associations;  JORF N° 0016 du 20 janvier 2010 : « Un nombre croissant d’activités exercées par les associations entrent dans le champ d’application du droit communautaire , notamment parce qu’elles sont considérées comme étant de nature économique » ou « Une association sans but lucratif exerçant une activité économique d’intérêt général et sollicitant un concours financier  public sera qualifiée « d’entreprise » au sens communautaire… ». « Cette notion d’activité économique recouvre quel que soit le secteur d’activité tout offre de biens et de services sur un marché donné »., ou  « le fait que l’entité susceptible de bénéficier d’un concours public  ne poursuive pas de but lucratif ne signifie pas que ses activités ne sont pas nature économique » , et le reste à l’avenant  !

Fin de la première partie. Pour lire la seconde, cliquez ici.

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Du même auteur :

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Actes de la rencontre nationale sur les publics du jazz

Nous avions signalé que le 23 mars dernier se tenait au théâtre du Parvis St-Jean de Dijon une journée consacrée aux publics et « non-publics » du jazz en Bourgogne, organisée par le Centre régional du jazz en Bourgogne. Cette rencontre était particulièrement importante car elle présentait les résultats d’une étude majeure dont le besoin se faisait sentir depuis longtemps. Ce moment a effet été l’occasion de présenter l’aboutissement du chantier d’étude mené par Wenceslas Lizé et Olivier Roueff durant une année et d’entamer pour la première fois une réflexion collective sur le public du jazz, sa nature, son profil, son avenir et les moyens d’actions possibles pour aller toujours plus à sa rencontre.

Nous vous invitons à consulter et à télécharger les différents document relatifs à ce chantier :

Source : Centre régional du jazz en Bourgogne.

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A propos de « Mainstream » / 1

Depuis la parution de « Mainstream » nous souhaitions à la fois témoigner du caractère majeur de cet ouvrage, souligner la qualité du travail fourni par Frédéric Martel tant sur le plan de l’analyse que sur le plan de la méthode, nous réjouir du caractère inédit de cette contribution et surtout insister sur l’urgence (en particulier en France) de s’engager non pas dans une énième ré-interrogation des politiques culturelles mais dans la prise en compte d’un propos qui décrit par le menu des enjeux et des évolutions qui s’opèrent dans le monde, dans les industries créatives et l’économie de la culture, propos qui donne des clés essentielles pour que ces secteurs et ces politiques puissent se régénérer.

Alors que nous préparions plusieurs posts sur ces questions, nous avons été rattrapés par l’actualité et surtout profondément scandalisés à la lecture de la « critique » du livre écrite par François Cusset et publiée dans le Nouvel Observateur le 6 mai dernier puis mise en ligne le lendemain. Celui-ci descend tout simplement en flammes l’ouvrage en question et développe un argumentaire qui ratisse large dans le monde de la pensée culturelle, des théories de la droite la plus conservatrice à celles des crypto marxistes, un argumentaire erroné et manipulateur qui induit le lecteur en erreur à chaque ligne et qui donne dans le registre de l’attaque personnelle.

Il nous était impossible de ne pas réagir et tout aussi impossible de ne pas diffuser la lettre adressée par Frédéric Martel à Claude Perdriel, Directeur de la publication du Nouvel Observateur.

Etant en contact avec lui et ayant eu vent de la chose, nous avons demandé à Frédéric Martel de nous autoriser à diffuser son droit de réponse au sein de notre groupe et auprès de nos lecteurs, ce qu’il nous a fait l’honneur et l’amitié d’accepter.

Aux lecteurs du Nouvel Observateur, aux personnes qui ont lu « Mainstream » et à nos lecteurs de juger par eux-mêmes.

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Frédéric Martel

fredericmartel@yahoo.com

Paris, 7 juin 2010

M. Claude Perdriel

Directeur de la publication

Nouvel Observateur

10-12 place de la Bourse

75081 Paris cd. 02

Droit de réponse

Copie Maîtres J-P. Mignard

et S. Mabile, conseils de l’auteur

Monsieur le directeur de publication, Cher Claude Perdriel,

Le 6 mai dernier, le Nouvel Observateur a publié une critique de mon livre Mainstream. Cette critique, signée par un collaborateur extérieur, François Cusset, est intéressante pour ce qu’elle dit, et pour ce qu’elle ne dit pas. Un critique est libre de ses jugements, et même lorsque ceux-ci sont sévères, ils sont le reflet d’une liberté qu’il faut à tout prix préserver dès lors que sa critique obéit aux règles déontologiques minimales ; par exemple : la bonne foi, le respect des faits, le refus des règlements de comptes etc. En l’espèce, la critique du Nouvel Observateur me paraît malheureusement devoir appeler un droit de réponse.

Revenons sur l’article, puis sur son auteur, enfin sur les raisons qui ont rendu possible cet article. Ce faisant, cette affaire, certes secondaire, me semble significative de méthodes journalistiques graves qui ont cours aujourd’hui au Nouvel Observateur et laissent augurer du pire si le Nouvel Obs devait racheter Le Monde. C’est l’indépendance de la rédaction du Nouvel Obs et son objectivité qui sont ici en cause, ainsi qu’une conception honnête du journalisme. C’est donc une affaire qui dépasse largement le simple compte rendu d’un livre.

Dans sa critique uniquement à charge et systématiquement de mauvaise foi, François Cusset commet une série d’erreurs, amalgames, et fautes factuelles sur lesquelles je vais revenir.

Mais d’abord : pourquoi ce livre déplaît-il tellement à François Cusset ? Ce n’est pas véritablement pour son contenu, sa méthode d’enquête ou pour ses faits (Cusset n’a d’ailleurs pointé aucune erreur factuelle dans sa critique), mais pour des raisons politiques. C’est d’abord parce que ce livre déplace complètement les débats français sur les industries culturelles (que je préfère appeler « industries créatives ») et rend obsolète beaucoup de travaux critiques de l’extrême gauche sur la culture de masse. Ensuite, ce livre vient élargir la définition de la culture, qu’une certaine élite conservatrice de droite et, paradoxalement, l’extrême gauche ou certains critiques de cinéma, s’unissent pour garder étroite afin de protéger leur statut social et leur légitimité. N’en déplaisent à tous ceux-là, pour moi, le dynamisme du jeu vidéo, la créativité d’Internet et des séries télévisées, la musique pop et le cinéma américain font aussi partie de la culture. On ne doit pas systématiquement juger les pratiques culturelles, on doit sortir d’un certain catéchisme culturel qui entend exercer un contrôle culturel sur la culture. De plus, mon livre explique, justement, pourquoi les critiques de livres, de cinéma et de musique n’ont plus prise sur les goûts culturels des gens, aux Etats-Unis bien sûr (dans mon chapitre sur Pauline Kael, Tina Brown et Oprah Winfrey déjà largement commenté) mais aussi en France où la mort du critique culturel est proche.

C’est ensuite parce que je ne juge jamais de cette culture « mainstream » qui se situe entre l’art et le divertissement, comme on le fait si souvent en France, en dénonçant sa qualité, en conspuant sans le comprendre l’hégémonisme américain et en moquant la stupidité culturelle du peuple. Cela m’a toujours amusé, d’ailleurs, que l’extrême gauche déteste autant la culture de masse, elle qui prétend parler au peuple mais, paternaliste et condescendante, ne comprend pas le b.a.ba de ses pratiques culturelles. Il y a plus : François Cusset ne peut accepter, sans doute, que mon livre soit à ce point dépolitisé — choix que j’assume — sur un sujet qu’il s’obsède à politiser, comme le font d’ailleurs toujours la gauche radicale et la droite nationaliste — également ennemis de ce livre. Pour les uns comme pour les autres, en effet, si on ne dénonce pas les industries culturelles et la culture de masse, on est automatiquement disqualifié, façon Cusset, en « Tintin zélé du capitalisme culturel ». Le « mainstream » n’est pas un concept ; c’est un mot ; un mot polysémique et mon enquête tente de comprendre son fonctionnement. Enfin, la vision que je donne de la mondialisation culturelle, laquelle n’est en aucun cas idéologique (je parle du futur de la culture tel qu’il se dessine dans les pays émergents et via le numérique), mais le résultat d’une longue enquête de terrain, ne peut que heurter les sociologues de salon façon François Cusset. A contrario, c’est pour ces mêmes raisons que le livre est en cours de traduction dans sept pays, qu’il a été accueilli très favorablement par la presse étrangère (par exemple cette semaine dans Newsweek : http://www.newsweek.com/2010/06/04/winning-the-soft-power-war.html), qu’il est depuis deux mois dans les listes des meilleures ventes (dont celle du Nouvel Obs) et qu’il a été chroniqué sérieusement par une large partie des médias et des sites Internet français — sauf, notamment, le Nouvel Obs.

Voilà pour le cadre d’ensemble. Venons-en aux erreurs de faits de la critique de François Cusset dans l’Observateur.

- L’expression la plus significative de son article consiste à me reprocher de faire du « chantage au tour du monde exhaustif et aux 1.250 entretiens ». D’abord, je n’ai jamais prétendu faire un tour du monde « exhaustif » : j’ai conduit des entretiens dans 30 pays et leur liste figure sur le site de mon livre (www.fredericmartel.com). Ensuite, ce mot de « chantage » attaque le type de recherche que je fais, à savoir une enquête de terrain. Il est vrai que M. Cusset, idéologue gauchiste, préfère, lui, décrire le monde depuis son salon. C’est son droit. Mais qu’il ait un tel mépris pour l’enquête de terrain, grande tradition de la sociologie américaine des années 1960, par exemple, avec sa valorisation du temps passé à l’observation est consternant. Je ne fais pas de « chantage » : je travaille sur le terrain, interroge les acteurs, tente de comprendre les logiques des groupes, multiplie les interviews. On doit à M. Cusset un petit livre sur Dubaï à ce point fantasmagorique, et faux, qu’on doute qu’il y ait jamais mis les pieds. La théorie, c’est bien ; mais je reste persuadé que pour comprendre la mondialisation de la culture et des médias, il faut sortir de chez soi, et qu’un regard marxisant, surtout lorsqu’il s’est arrêté aux lectures de la « french theory » sur la culture, de l’école de Francfort sur les industries culturelles et de Gramsci sur le rôle des intellectuels, n’est plus pertinent. On ne fait pas seulement de la sociologie de terrain à coup de citations de Gilles Deleuze.

- Le critique signale ensuite que mon livre Mainstream contient « quelques portraits de seconde main » : cette formule est clairement trompeuse. L’ouvrage contient en effet une petite dizaine de portraits « de seconde main » (signalés d’ailleurs en tant que tel dans le corps du texte) sur plus d’une centaine de portraits de première main parmi plus de 1 250 interviews originales ! Cet exemple de tromperie est significatif. Il n’est pas digne d’un chercheur.

- Cette enquête « date » affirme encore François Cusset : cette formule est factuellement fausse. L’ouvrage a été rédigé à partir d’une enquête qui a duré cinq ans, comme cela est mentionné sur sa couverture, mais la plupart des interviews cités dans le livre datent en fait de 2008 ou 2009. Il suffit de lire les chapitres sur la Chine, l’Inde, le Brésil, les pays arabes etc. pour se rendre compte qu’ils évoquent des faits très récents. Et sauf à défendre les « quick books » et les enquêtes faites à toute vitesse, on ne peut pas reprocher à un livre de 470 pages de « dater » s’il repose sur une enquête essentiellement réalisée depuis moins de deux ans. Surtout, François Cusset sait très bien que tous les faits mentionnés dans le livre ont été systématiquement mis à jour jusqu’en janvier 2010. Il est donc faux de dire qu’il « date ».

- Prenons ensuite l’exemple d’Hollywood puisque François Cusset me reproche de ne « rien dire sur les liens historiques de Walt Disney avec le maccarthysme ». Il y a déjà un paradoxe à écrire, d’une part, que l’enquête « date », et me reprocher, d’autre part, de ne pas parler du maccarthysme (sujet qui constitue, au passage, toute une partie de mon précédent livre De la Culture en Amérique que François Cusset a lu). Ensuite, comment peut-on résumer plus de cinq chapitres consacrés à Hollywood aujourd’hui par une seule phrase critique et hors de propos relative aux années 1950 ? Je m’intéresse essentiellement au « nouvel hollywood », le plus contemporain, celui des années 1990 à 2010. Je montre comment les studios sont aujourd’hui des banques qui délèguent la production des films à des studios internes, à des « specialized units » et, au-delà, à des maisons « indépendantes » spécialisées. Personne, à ma connaissance, n’avait analysé cela en France en conduisant une enquête minutieuse à Los Angeles et en interviewant près d’une centaine de responsables de l’industrie du cinéma américaine. Les critiques de cinéma français ne connaissent guère cette nouvelle structuration, ce qui les empêche de comprendre que le cinéma des studios et celui des indépendants sont liés. Tout à leur wishful thinking, ils croient que les indépendants sont contre le système, alors qu’ils sont « le » système. Ainsi, par exemple du critique du cinéma du Monde, Thomas Sotinel, qui a écrit récemment que « les grands studios ont fermé leurs divisions indépendantes » : malheureusement pour lui, comme pour Cusset (qui l’a peut-être trop lu au lieu de lire mon livre), cela est faux. Parmi la dizaine de « specialized units » des studios, c’est principalement New Line Cinema et Warner Independent Pictures qui ont fermé (tous deux au sein de la Warner) mais la plupart des autres, comme Focus Features (Universal), Sony Pictures Classic (Sony), Pixar (Disney), Fox Searchlight Pictures (Newscorp), et pour une part Dreamworks (*) se portent bien. Mais il y a plus, et c’est cela le sujet du livre : je décris minutieusement, outre le rôle des syndicats et des agences de talents, la place essentielle aujourd’hui des maisons « indépendantes » qui ont des liens « préférentiels » avec les studios (dits « first look deals »), ce qui en fait des satellites des majors. C’est cela le coeur d’Hollywood aujourd’hui et je dénombre environ 150 unités de ce type en fonctionnement (voir la liste sur mon site et en note**). Tout cela, et des centaines d’autres informations inconnues en France sur le fonctionnement d’Hollywood, sont passées sous silence par François Cusset et résumées en une seule phrase critique sur le fait que je n’ai pas parlé des liens entre Walt Disney et le maccarthysme ! Le vieux truc ressassé depuis cinquante ans plutôt que des centaines d’éléments inédits en France.

- L’enquête, poursuit François Cusset, « manque presque entièrement les bouleversements induits par l’ère du Web 2.0 » : ce point est faux. De longs développements existent dans le livre sur le Web 2.0. Partout, la question numérique est traitée, et François Cusset sait très bien que je connais ces questions, pour être le fondateur du site nonfiction.fr qui rassemble 810 rédacteurs réunis en une communauté Web, et l’animateur d’une émission qui évoque chaque semaine ces sujets sur France Culture. Cusset a-t-il lu mon livre ? Ou préfère-t-il se tromper sur les « vérités de faits » en transformant des faits en opinions.

- Le livre serait un « manuel de management adressé à des magnats européens à la traîne » : les informations du livre sur les groupes médias des pays émergents, comme Reliance, Rotana, China Film, Shanghaï Media Group, SM Group, TV Globo, Televe, Televisa etc. sont la plupart du temps inédites et originales. C’est faute de s’intéresser à ces pays émergents que les Européens risquent d’être à la traîne, et ce livre vise justement à corriger ces lacunes.

- Je passerais encore sous silence, selon Cusset, les « logiques d’intégration par les formats et la fonction d’agenda qui seuls expliquent qu’Al Jazeera, la CNN islamique, soit plus CNN qu’islamique » : cette phrase est un pur mensonge. Il suffit de lire le chapitre que j’ai consacré à Al Jazeera pour se rendre compte que, précisément, je décris longuement ces formats et agendas. J’ai suivi les journalistes d’Al Jazeera dans une dizaine de pays (au Qatar bien sûr, mais aussi à Dubaï, Damas, Beyrouth, Le Caire, Riyad, Tunis, Ramallah, Paris, Londres, Bruxelles, et même jusqu’à Jakarta et Caracas) et les pages que je consacre à la chaîne montrent précisément ce que Cusset me reproche de ne pas montrer. Mais que sait-il lui-même d’Al Jazeera ? A-t-il simplement lu mon chapitre sur Al Jazeera pour écrire de telles âneries ? A-t-il interviewé un seul acteur d’Al Jazeera pour se permettre de faire de tels commentaires, alors que j’ai interrogé pendant des semaines des dizaines de journalistes de la chaîne ? A-t-il seulement regardé Al Jazeera pour être autant dans l’erreur ? Le lecteur qui lira mon chapitre sur Al Jazeera aura un résumé saisissant de ce que peut être une critique trompeuse et une attaque déloyale.

- François Cusset me reproche ensuite d’avoir oublié de traiter « les détournements [et] la floraison des contre-cultures, irréductibles à leur réappropriation par les majors », « les jeux de force sociaux de la culture » et « les résistances des multiples sous-cultures » : ces critiques sont infondées. Dans plusieurs chapitres du livre, comme celui sur les universités américaines, les critiques culturels, les studios « indépendants », la diversité, la Chine, l’Inde, les pays arabes, l’Amérique latine, mon livre parle précisément de cela, et constamment. François Cusset m’a-t-il seulement lu ? Il sait pertinemment que tous ces sujets sont au coeur de ma réflexion, de mes précédents livres et de mes recherches. Elles sont surtout omniprésentes dans Mainstream.

- François Cusset écrit ensuite : « Presque rien [dans mon livre] sur le mensonge idéologique de la diversité culturelle qui est synonyme chez Martel de contenus de niche différenciés » : cette phrase est factuellement fausse. Il y a dans mon livre, un chapitre entier consacré à cette question (le chapitre huit) et François Cusset sait très bien que je suis l’un des premiers à avoir analysé longuement cette question dans mes livres De la Culture en Amérique et Theater.

En définitive, toute la critique de François Cusset fait la démonstration qu’on peut écrire absolument n’importe quoi et fausser les faits dans un journal comme le Nouvel Observateur. On croirait lire un tract du Nouveau Parti Anticapitaliste ou une feuille ronéotypée d’une sous-section syndicale de SUD. Mais l’aveuglément idéologique, la mauvaise foi, le sectarisme, le mensonge même, disqualifient davantage l’auteur d’une critique qu’elles n’affectent un livre si injustement traité.

La question qui se pose alors est : comment se fait-il qu’une telle critique ait pu paraître dans le Nouvel Observateur ?

Le profil de l’auteur est une première réponse. François Cusset, que j’ai connu à New York, et qui a fait sa thèse à peu près au même moment que moi, est un idéologue d’extrême gauche. C’est un auteur qui pense « faux ». J’avais peu aimé son livre French Theory — un ouvrage qui appelait autant de réserves scientifiques que politiques — car il instrumentalisait les Etats-Unis dans le débat français ; j’ai détesté son ridicule Queer Critics et, je l’ai dit, son texte sur Dubaï. François Cusset est surtout l’auteur de La Décennie, Le grand cauchemar des années 1980 (La Découverte, 2006), un essai dans lequel j’ai pointé une centaine de fautes factuelles graves, des erreurs chronologiques et d’orthographe sur les noms propres (Laurent « Jaffrin », Robert « Abiracheid », Augustin « Giard » etc.), et des fautes historiques énormes, dont la plus belle, qui figure dans le livre page 33, lui a fait écrire que Valéry Giscard d’Estaing avait offert à Bokassa les fameux diamants (on sait, bien sûr, que c’est l’inverse !).

La Décennie est un ouvrage qui dénonce les « années 1980 », comme si on pouvait s’en prendre à une décennie, et en brosser un portrait uniquement noir pour la seule raison que la gauche de gouvernement y est arrivée au pouvoir. La thèse du livre est sotte et son argumentation délirante. A chaque ligne, l’auteur ment par omission, multiplie les amalgames et les anachronismes, et se trompe intellectuellement. L’ouvrage a le sérieux de l’essai d’Olivier Besancenot sur Che Guevara — et au fond François Cusset est à la vie intellectuelle, ce que Besancenot est à la vie politique. Si je parle moi de la culture « à la masse », il parle lui de la vie intellectuelle au fusil d’assaut de type AK-47. Toute la théorie du livre consiste à dénoncer la gauche et en particulier la seconde gauche (la CFDT, Pierre Rosanvallon, le RMI de Rocard, la revue Esprit, la revue Le Débat, le « tournant libéral de Libération » et les éditorialistes du Monde etc.). Face à quoi, Cusset vénère Noam Chomsky, Renaud Camus, le sous-commandant Marcos, Pierre Bourdieu, le syndicat Sud, Christophe Aguiton, les militants d’Attac, du DAL, d’AC ou d’Act Up. Pour Cusset, le chef d’entreprise est un équivalent moderne des dictateurs politiques (p. 295). Sa haine de Rocard, en particulier, est irrationnelle. Ses analyses puériles et critiques du syndicalisme CFDT et son apologie de SUD sont inconséquentes. A l’inverse, la montée du Front National, les déclarations de Jean-Marie Le Pen et de Robert Faurisson, et celles des penseurs de la « nouvelle droite » sont complètement marginalisées et semblent, à Cusset, bien moins dérangeantes que tous ces penseurs de la seconde gauche qu’il exècre — ce qui est très significatif dans un livre consacré aux années 1980.

Le plus piquant, c’est que La Décennie est un ouvrage essentiellement centré sur la destruction systématique du Nouvel Observateur, de son histoire, de ses liens avec la seconde gauche, et à une critique de ses journalistes. Ainsi, Jean Daniel, « éditorialiste infatué », selon Cusset, est ridiculisé dans le livre, Laurent Joffrin (à l’époque rédacteur en chef) a droit à un portrait assassin et Jacques Julliard fait l’objet d’attaques aussi basses que factuellement fausses. Pour Cusset, le Nouvel Obs est le symbole de l’affaissement intellectuel de la gauche et de son basculement dans l’idéologie réactionnaire.

Il y a plus : Denis Olivennes, alors P-DG de la FNAC, et aujourd’hui Président du directoire du Nouvel Observateur, est anéanti en quelques phrases : François Cusset lui reproche ses accointances avec la fondation Saint-Simon, suppôt supposé du capitalisme, son livre ultra-libéral co-écrit avec Nicolas Baverez et d’être, finalement, un « politiste libéral » (voir pages 71, 122, 157). Au fond, on peut lire La Décennie comme un pamphlet anti-Nouvel Obs, écrit, déjà, à coup de citations de Deleuze et Guattari.

François Cusset est de ceux qui confondent Jacques Delors et Louis Pauwells — tous les deux rangés à la même enseigne parmi les réactionnaires de droite. Cusset importe dans la vie des idées le mensonge, la violence et la mauvaise foi de la vie politique. Le sérieux des faits échappe à ce Chàvez de la critique littéraire, la complexité de la vie des idées l’embarrasse. Si on lui avait confié la critique du livre de Florence Aubenas, il l’aurait sans doute confondu avec un essai de Christine Boutin et l’aurait anéanti dans le Nouvel Obs.

Pourquoi, dans ces conditions, un tel auteur a-t-il pu publier un article dans les pages du Nouvel Observateur pour m’assassiner ? Il faut ici ajouter un élément central au débat et préciser que je suis aujourd’hui un des journalistes les plus critiques à l’égard de Denis Olivennes, nouveau patron du Nouvel Observateur. Avec d’autres, sur des milliers de blogs, nous avons dénoncé, alors même qu’il était encore P-DG de la FNAC, son projet de loi Hadopi, dont il est le principal artisan. Il ne s’agissait pas d’attaque de personne, mais bel et bien de critiques sévères sur le rapport Olivennes, ses erreurs, ses approximations, ses propositions obsolètes et inadaptées. Le débat très vif auquel la loi Hadopi a donné lieu au Parlement ; les critiques justifiées de la gauche contre un des textes emblématiques du sarkozysme ; et surtout la décision historique du Conseil Constitutionnel qui a anéanti le projet Olivennes, ont suscité de la part du futur patron du Nouvel Observateur, une animosité grandissante à mon égard. Lorsque ce dernier a interviewé, à l’été 2009, le président Sarkozy (« une » du Nouvel Observateur avec une dizaine de pages), en désavouant sa rédaction marginalisée pour l’occasion, le site que je dirige, nonfiction.fr, a vertement critiqué cette interview et notamment les questions d’Olivennes, et surtout l’ambiguïté qui planait dans sa relation de connivence avec Nicolas Sarkozy (à l’époque, on s’en souvient, son nom avait circulé pour être ministre de la Culture de Sarkozy ou président de France Télévisions, ce que plusieurs de ses questions reflétaient insidieusement). Enfin, nonfiction.fr a vivement critiqué, comme des dizaines d’autres sites et blogs, Denis Olivennes pour avoir qualifié publiquement Internet le 30 juin 2009 de : « tout à l’égout de la démocratie ».

Il n’est donc pas étonnant qu’à côté de la critique de mon livre par François Cusset, un petit encart rappelle opportunément que je dirige la rédaction du site nonfiction.fr et que j’anime l’émission « Masse Critique » sur France Culture : les deux autres lieux du crime anti-Olivennes sont épinglés dans ce règlement de compte évident. La ficelle est un peu grosse.

Pardon de personnaliser ici le sujet mais ce dernier point est également important : il y a quelques semaines, j’ai croisé par hasard Denis Olivennes dans un café et celui-ci m’a qualifié d’ « ennemi » en raison de mes critiques contre Hadopi et contre son interview pro-sarkozyste (Pierre Lescure avec qui j’étais dans ce café peut en témoigner) ; Olivennes m’a laissé entendre qu’il se vengerait. La critique de François Cusset en est une cinglante confirmation.

Le plus consternant de ces méthodes consternantes, c’est que plusieurs journalistes du Nouvel Observateur ont demandé à faire le compte-rendu de mon livre et plus d’une vingtaine l’ont eu ou demandé en service de presse. Peut-être que cette critique aurait été bonne, ou peut-être pas, c’est la vie normale d’une rédaction, mais au moins aurait-elle été probablement honnête. Par un jeu interne subtil, ces candidats ont visiblement été évincés au profit d’un « tueur à gages » extérieur, et qui n’écrit pas en principe pour le Nouvel Observateur, François Cusset, mandaté précisément pour me dégommer.

Denis Olivennes a-t-il lui-même commandé, encouragé, ou facilité l’article de François Cusset contre moi ? Je le crois, mais je n’ai pas la preuve matérielle qu’il ait pris une part directe au choix du « tueur à gage » (qu’il pouvait très bien ne pas connaître et dont il ignorait certainement qu’il fut un ennemi historique de son hebdomadaire). Un journaliste du Nouvel Observateur m’a dit cependant : « Si Olivennes n’a pas demandé cet article, il l’a au minimum encouragé ; et si ce n’est pas le cas, il doit immédiatement proposer un “débat de l’Obs” sur votre livre ou une interview pour corriger le tir ; sinon il confirmera ce que tout le monde pense : qu’il s’est arrangé avec [Jérôme] Garcin ou [Michel] Labro pour que vous soyiez flingué ».

J’ai eu une dizaine d’autres journalistes du Nouvel Observateur au téléphone qui, tous, étaient consternés par ces méthodes et par l’article. Une amie journaliste m’a dit : « Un tel article restera une tâche dans l’histoire du journal, c’est inadmissible ». Un autre : « Ce livre aurait mérité de faire l’objet d’un dossier dans le journal car c’est la première grande enquête sur la mondialisation de la culture et nous devrions être fier que ce soit un Français qui l’ait faite ; au lieu de quoi, on a un règlement de compte grossier et mesquin ». Une autre journaliste m’a dit (je la cite de mémoire) : « Nous vivons ici une véritable omerta. Olivennes a installé son bureau depuis cet automne dans la rédaction pour tenter de nous amadouer, mais nous ne sommes pas dupes : il veut nous contrôler. Il a utilisé par exemple les “Confidentiels” de l’Obs pour critiquer Mathieu Pigasse [patron des Inrockuptibles, également candidat au rachat du Monde] ; il a tapé d’une manière personnelle et inadmissible Benoît Hamon et Claude Bartolone, les lieutenants d’Aubry : tout ça augure mal des prochaines échéances politiques. Et si le Nouvel Observateur devait en plus racheter Le Monde, je souhaite bien du courage à la rédaction du Monde qui perdrait peut être plus au change avec Olivennes, et sa prétendue défense de l’indépendance de la presse, que de basculer dans les groupes Free, Lagardère ou Prisa ».

Toujours est-il que Jacques Julliard, directeur délégué du Nouvel Obs, a signé la fin de la récréation en réagissant immédiatement à l’attaque lâche de Cusset dans son éditorial du 12 mai : « Sous le titre Mainstream, Frédéric Martel a écrit un livre majeur, fondé sur une enquête approfondie au sujet de la culture de masse à travers le monde. Je m’apprêtais à en faire l’éloge quand j’ai trouvé dans Le Nouvel Obs de la semaine dernière une exécution sommaire du livre, d’une injustice évidente. J’invite nos lecteurs à en juger par eux-mêmes ».

Depuis l’arrivée de Denis Olivennes à la tête du Nouvel Observateur, ce genre de critique déloyale contre un livre de fond, résultat d’une enquête sérieuse, et que tout lecteur sincère trouverait honnête, marque un tournant. Mais l’histoire ne fait que commencer.

Proche du Nouvel Observateur, de ses idées, de son histoire que j’ai constamment accompagnée ou partagée depuis plus de vingt ans, je souhaiterais pouvoir vous rencontrer afin de trouver une issue positive à cette affaire.

Je vous prie de croire, Monsieur le directeur de publication, Cher Claude Perdriel, en l’expression de ma haute considération.

Frédéric Martel

> Animateur de l’émission « Masse Critique, le magazine des industries créatives et des médias » sur France Culture ; fondateur et rédacteur en chef du portail des livres et des idées, nonfiction.fr ; auteur de De la Culture en Amérique (Gallimard, 2006) et de Mainstream, Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde (Flammarion, 2010).

NOTES

(*) Racheté par Paramount en 2005 puis par Universal, le studio Dreamworks SKG (à ne pas confondre avec Dreamworks Animation de Jeffrey Katzenberg, resté indépendant) s’est rapproché de Disney en 2009 qui l’a financé, gère depuis son marketing et sa distribution (deal de 30 films sur cinq années). Cette distribution sera faite sous la bannière Touchstone Pictures. Dreamworks SKG a par ailleurs été renfloué lourdement par le groupe indien Reliance. De fait, Dreamworks SKG devient une sorte d’unité spécialisée « semi-indépendante » à la fois de Disney et de Reliance.

(**) Voici les 150 principales maisons « semi-indépendantes », rattachées aux studios, qui constituent aujourd’hui le coeur d’Hollywood (avec une astérisque, je mentionne les nouveaux deals 2009) :

- DISNEY : The Walt Becker Co. ; Boxing Cat Prods. ; Jerry Bruckheimer Films ; Martin Chase Prods. ; Gunn Films ; Hope Town Entertainment* ; ImageMovers ; Mario Iscovich Prod. ; Junction Entert. ; Mandeville Films ; Mayhem Pictures ; Millar/Group Ink. ; Monsterfoot ; Offspring Entert. ; Oops Doughnuts ; Panay Films ; POW ! Entertainemnt ; Scott Rudin Prods. ; Scott Sanders Prods. – MIRAMAX : Rocket Pictures. – WARNER BROS. : Beff Affleck/Matt Damon* ; Alcon ; Appian Way (Leonardo diCaprio) ; Big Kid ; Callahan Films ; Carousel Prods. ; Cruel and Unusual ; De Line ; Di Novi ; Robert & Susan Downey* ; Zac Efron* ; Gerber ; Green Hat Films ; Heyday ; Hollywood Gang* ; Johnny Depp Prod. ; Langley Park* ;  Legendary ; Lin Pictures ; Malpaso (Clint Eastwood) ; Polymorphic ; Revelations ; Silver ; Thunder Road ; Unique Features ; Village Roadshow ; Any & Larry Wachowski ; Weed Road ; Jerry Weintraub Prods. ; John Wells ; Wigram Prods. – PARAMOUNT : Bad Robot ; Broadway Video ; Di Bonaventura Pictures ; Robert Evans Co. ; Montecito Pictures ; Plan B. (Brad Pitt) ; Gary Sanchez Prods. ; Sikelia Prods. (Martin Scorsese). – FOX : Michael Aguilar ; Chernin Entertainment ; Donundrum ; Davis Entertainment ; The Firm ; Josephson ; Lightstorm (James Cameron) ; New Regency ; Point Road ; Red Hour Films ; Scott Free ; Seed Prods ; 21 Laps ; Alex Young. – FOX 2000 : Gil Netter ; Sunsept Entertainment. – FOX SEARCHLIGHT : Ad Hominem (Alexander Payne) ; Decibel (Danny Boyle). – SONY : Aardman Animations ; Apparatus ; Arad prods* ; Atlas Entertainment ; John Calley Prods. ; Escape Artists ; Ghost House Films (Sam Raimi) ; GK Films* [distribution uniquement] ; Gracie Films ; happy Madison ; Heartburn Entertainment ; Katalyst Films ; Kennedy.Marshall* ; Maguire Entertainment (Tobey Maguire) ; Laurence Mark Prods ; Michael De Luca ; Mosaic ; Original Films ; Out of the Blue Entertainment ; Overbook Entertainment (Will Smith) ; Red Wagon Entertainment ; Roth Films ; Smoke Ouse (George Clooney) ; Laura Ziskin Prods. – UNIVERSAL : Apatow Prods. ; Arroyo Films ; Capitvate Entertainment ; Dark Horse Entertainment ; Depth of Field ; Everyman Pictures ; Film 44 ; Illumination Entertainement ; Imagine Entertainment ; Mandalay Pictures ; Morgan Creek Prods. ; Necropia ; Marc Platt Prods. ; Pkaytone (Tom Hanks) ; Strike Entertainment ; Stuber Prods. ; Tribeca Films (Robert De Niro) ; Wild West Picture Show Prods ; Working Title Films – FOCUS FEATURES : Completion Films ; Neal Street Prods. ; Random House – UNIVERSAL PICTURES INTERNATIONAL : Bazelevs Production ; Cattleya ; Edko Films ; Liaison Films ; UFA Cinema. (toutes ces données, ainsi que des centaines d’autres tableaux statistiques figurent en prolongement de mon livre sur le site www.fredericmartel.com)

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L’artiste engagé dans la Politique de la ville : les nouvelles règles du « je »

Cinquième chapitre de notre série de publications issues des rencontres débats passionnants qui ont eu lieu au sein du Grand Lyon dans le cadre du cycle de rencontres « Grand Lyon Vision Culture » et dont son concepteur Pierre-Alain Four* nous fait l’honneur et l’amitié de nous autoriser la diffusion. Ce cinquième déjeuner-débat se focalise sur la contribution des artistes à la Politique de la ville.

Alors que le Grand Lyon intervient largement sur la ville, dans ses composantes socio-économiques et urbanistiques, quel regard peut-on porter sur les actions qui font appel à des artistes, dans le cadre de la Politique de la ville ?

Entre 2007 et 2009, environ 80 quartiers y sont inscrits à divers titres. Tous ont, outre les actions de développement sur les questions économiques, éducatives, sociales, etc., vu ces interventions complétées ou appuyées par la présence d’équipes artistiques. Ce Volet culture de la Politique de la ville pose de très nombreuses questions, dans des domaines divers. Mais tout d’abord, on est tenté de s’interroger sur sa genèse : comment en est-on arrivé à solliciter, puis à intégrer des artistes dans des dispositifs qui font du développement dans les quartiers en difficulté ? On verra que les prémisses de cette politique puisent à diverses sources, qui s’unifient sous le signe d’un remarquable volontarisme.

Pour consulter le rapport en ligne, cliquez ici. Vous pouvez également le télécharger dans notre box « Ressources ».

Pour consulter le chapitres précédents : chapitre 1chapitre 2chapitre 3chapitre 4.

*Docteur en sciences politiques (IEP de Paris), Pierre-Alain Four, a été chercheur associé au Pacte-CNRS (IEP de Grenoble) et est membre fondateur de l’Association pour la promotion et l’organisation de la recherche en sciences sociales (Aporss), puis de FRV100. Il a notamment travaillé sur les Fonds régionaux d’art contemporain (Frac), la vie intellectuelle en province et d’une manière générale sur de nombreuses questions culturelles et artistiques. Il a notamment analysé les relations entre artistes et amateurs, et la place des artistes insérés dans des dispositifs de politique publique éloignés de leur champ professionnel d’origine (politique de la ville par exemple). Il a aussi été chargé de cours à l’Université de Montpellier III, à l’école des Beaux-Arts de La Réunion, à l’université Lyon2, etc. Il est actuellement veilleur culture pour la DPSA où entre autre missions, il anime et conçoit le cycle Grand Lyon Vision Culture.

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Politiques culturelles : singularités et positionnement de l’agglomération lyonnaise

Quatrième chapitre de notre série de publications issues des rencontres débats passionnants qui ont eu lieu au sein du Grand Lyon dans le cadre du cycle de rencontres « Grand Lyon Vision Culture » et dont son concepteur Pierre-Alain Four* nous fait l’honneur et l’amitié de nous autoriser la diffusion.

Ce quatrième déjeuner-débat se focalise sur la construction de la politique culturelle du territoire.

L’histoire locale de la genèse de la politique culturelle montre qu’elle est remarquablement dynamique depuis le milieu du XIXe siècle. Si elle a connu une baisse de régime dans la première moitié du XXe siècle, elle se caractérise par deux points : une capacité à importer et à insuffler un souffle propre aux arts vivants – théâtre et musique au XIXe siècle, danse à la fin du XXe siècle – mais une difficulté plus grande à valoriser les arts appliqués issus de son territoire. La relation entre art et industrie, qui constitue pourtant une spécificité endogène, n’a, jusqu’à une période très récente, pas été reconnue comme elle aurait pu l’être à Lyon, contrairement à l’attitude adoptée à Saint-Étienne.

La situation change, avec la montée en puissance d’événements hybrides comme la Fête des Lumières ou les Nuits Sonores. Par ailleurs, la ville a soutenu des montages institutionnels originaux via la Politique de la Ville ou la signature d’une Charte de coopération culturelle, a encouragé des expériences visant à modifier la relation du spectateur à l’œuvre, accueille des écoles de formation artistique de haut niveau…
Renouant ainsi avec une capacité à l’hybridation, qui est en quelque sorte la signature de ce territoire.

Pour consulter le rapport en ligne, cliquez ici. Vous pouvez également le télécharger dans notre box « Ressources ».

Pour consulter le chapitres précédents : chapitre 1chapitre 2, chapitre 3.

*Docteur en sciences politiques (IEP de Paris), Pierre-Alain Four, a été chercheur associé au Pacte-CNRS (IEP de Grenoble) et est membre fondateur de l’Association pour la promotion et l’organisation de la recherche en sciences sociales (Aporss), puis de FRV100. Il a notamment travaillé sur les Fonds régionaux d’art contemporain (Frac), la vie intellectuelle en province et d’une manière générale sur de nombreuses questions culturelles et artistiques. Il a notamment analysé les relations entre artistes et amateurs, et la place des artistes insérés dans des dispositifs de politique publique éloignés de leur champ professionnel d’origine (politique de la ville par exemple). Il a aussi été chargé de cours à l’Université de Montpellier III, à l’école des Beaux-Arts de La Réunion, à l’université Lyon2, etc. Il est actuellement veilleur culture pour la DPSA où entre autre missions, il anime et conçoit le cycle Grand Lyon Vision Culture.

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1ères rencontres de la culture et de la coopération décentralisée

Dans le cadre d’une réflexion menée sur les contenus des coopérations décentralisées, Cités Unies France cherche depuis plusieurs années à mettre en valeur les pratiques comportant une forte « valeur ajoutée » aussi bien pour les collectivités partenaires que pour les collectivités françaises. La culture, activité historique de la coopération décentralisée est un de ces thèmes « fédérateurs » du fait des projets qu’elle concerne – formation, éduction artistique, ingénierie, patrimoine, livre, arts de la scène, cinéma – et des populations qu’elle touche au Nord comme au Sud.

Souhaitant faire le point sur ce thème, Cités Unies France et la Mairie de Toulouse organisent la première édition des rencontres de la culture et de la coopération décentralisée qui se déroulera les 1er et 2 juillet 2010 
au Palais des congrès de Toulouse.

Ces journées, placées sous le signe de l’échange et du débat, seront l’occasion d’instaurer le dialogue entre des personnalités concernées : élus aux relations internationales et aux affaires culturelles, opérateurs culturels, représentants de l’Etat, experts, journalistes…

Pour plus d’informations : Laure Blaise-Lyon, chargée de mission

Documents à télécharger : Programme des rencontres

Source : Cités Unies France

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Médiation culturelle : l’enjeu de la gestion des ressources humaines

Au cours des 30 dernières années, les activités de médiation culturelle ont connu un essor continu dans l’ensemble des domaines artistiques et culturels, au sein des institutions et sur les territoires, notamment sous l’impulsion des politiques publiques de la culture, de la ville et de l’emploi. Pour autant, les activités de médiation ne constituent pas aujourd’hui un ensemble homogène ; le métier et les compétences, divers selon les établissements et les secteurs, restent peu reconnus.

Au moyen d’une méthode inédite qui se décline sous la forme de 6 configurations professionnelles, l’étude dresse un état des lieux actualisé des situations professionnelles rencontrées (contenus d’activité, statuts d’emploi, conditions d’accès et identités professionnelles) et identifie l’enjeu majeur que constitue la gestion des ressources humaines pour la professionnalisation des activités de médiation.

Over the last 30 years, work within cultural events promotion has been growing steadily in all cultural and artistic fields, within institutions and across regions, driven by public policies on cultural, civic and business life.

As such, cultural promotion now no longer covers a consistent range of activities; the profession and its related skills vary widely across institutions and sectors and with little recognition.

Using a completely new method which designates 6 separate professional categories, this study gives an up-to-date review of professional situations covered (activity, employment status, entry conditions and professional identity) and identifies the major issue of human resource management in the professionalisation of cultural promotion activities.

Source : DEPS, ministère de la Culture et de la Communication.

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Pour la responsabilité culturelle des territoires

La Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture (FNCC) vise, pour ce mois de mai, à promouvoir la responsabilité culturelle des territoires, et à développer la prise en compte de la culture scientifique, technique et industrielle sur le territoire. Les formations auront lieu au FIAP Jean Monnet, 30 rue Cabanis, Paris 14ème.

  • Le 19 mai, de 9h30 à 17h30, Construire et mettre en œuvre une politique culturelle régionale. Les politiques culturelles des régions françaises sont à un carrefour. Suite au transfert de compétences aux conseils régionaux, en 2004, à leur implication politique dans la culture, il semble nécessaire de consolider les convergences stratégiques, à l’heure où s’amorce une réforme territoriale, pour continuer à donner du sens à cette responsabilité culturelle territoriale. Cette journée s’attachera à restituer l’histoire de la régionalisation de la culture, à dégager, par comparaison, les modèles en vigueur et à présenter quelques expériences menées dans le spectacle vivant, le patrimoine, les arts visuels, le livre ou l’audiovisuel.
  • Le 25 mai, de 9h30 à 17h30, La sensibilisation à la culture scientifique, technique et industrielle. Quelle place et quelles missions pour l’élu(e) à la Culture ? L’objectif de cette journée est de sensibiliser les élu(e)s à la place de la culture scientifique, technique et industrielle et d’élargir la diffusion, sur le territoire, de cette richesse culturelle, ce patrimoine commun. Comment être, aux cotés d’autres acteurs, un accompagnateur ou une force d’impulsion pour donner accès à ce domaine culturel, souvent méconnu ou considéré comme hors-champ ? Avec la désindustrialisation des années 80, des élu(e)s ont cherché à préserver des lieux et des savoir-faire issus d’une culture et d’une mémoire industrielle locale. Mais, avec le recul des années, qu’en est-il de ces expériences ? 
La prise en compte du patrimoine industriel paraît logique pour l’élu(e) à la culture, mais quelle valorisation culturelle pour les patrimoines matériels et immatériels, propre à la culture scientifique, technique et industrielle ? Quelle mise en scène ? Quels apports des autres domaines culturels et artistiques ? Et comment utiliser les arts numériques pour amener les plus jeunes à la sphère culturelle et introduire une nouvelle dimension à la politique culturelle territoriale ?

Le programme et le bulletin d’inscription sont en ligne.

Contact : FNCC, B.P. 124, 42003 Saint-Étienne, Cedex 1 (04 77 41 78 71 – fax : 04 77 38 20 48 – contact@fncc.fr www.fncc.fr)

Source : ministère de la Culture et de la Communication.

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iphone art exhibition

Flaneur art and culture journal has opened a contemporary art gallery viewable on iphones and seeks artworks for its first exhibition. This is a great way for painters and all other artists to experience their work in the new realm of mobile technology. With over 34 million iphones sold, and the wepapp viewable on the ipod Touch as well the potential for people to engage with your work is huge!
As this is the first call for work for our iphone exhibition Flanneur art and culture journal is looking for work of all kinds. It is only through experimentation that we will all see what works best in this new domain. Traditional artists who do not normally engage with new-tech are welcomed, as well as geekists who are only happy with an iphone in their hand.
Work should be a maximum size of 480 x 320 pixels, although it can be smaller. Any larger and it will be resized.
Image file size needs to be small enough to load quickly. Please use JPEGS and keep the size down. It may need to be reduced the size further to aid loading. Images will also be considered for publication in The Flaneur art journal.

  • The exhibition will open in early June 2010
  • Deadline for applications: End of May 2010
  • Entry fee 5£ (or your local currency equivalent)

This is an exhibition by selection. If your work is selected we will contact you. Flanneur art and culture journal will try and contact everyone who enters, but this may be impracticable. This exhibition will be viewable on iphones around the world at http://www.flaneur.me.uk/iphonegallery It will also be submitted to the Apple app store. Please visit http://flaneur.me.uk/iphone-exhibitions for more details and to enter.
If you need help with converting files, please contact help@flaneur.me.uk

Source : Rhizome

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CALL FOR FUTURE

The ÜBER LEBENSKUNST project, an initiative project of the Federal Cultural Foundation in cooperation with the House of World Cultures, is turning the city of Berlin into a showcase for initiatives that bring together culture and sustainability and experiment with new models for action. They are looking for artistic projects and social initiatives that turn the impossible into a reality.

Whether neighborhood gardens, urban beekeepers, Wiki woods or climate pirates on Berlin’s Spree River: Models that put new forms of ecologically sustainable living to the test can be found everywhere in the world.

With the Call for Future, the ÜBER LEBENSKUNST wants to strengthen the dedication, spirit of innovation and expertise of local initiatives, bring these initiatives together and give them a broader public platform. To achieve this goal, a call for artistic and social initiatives has been put out to apply for project funding. Both conceptual and financial support will be provided (up to a maximum of €20,000 per project) for selected projects through to the final ÜBER LEBENSKUNST Festival to be held in the summer of 2011. Artistic projects are expressly welcomed, social initiatives and ideas from elsewhere that are carried out jointly with local partners both in and for Berlin. The application deadline is May 24, 2010.

The environment you work in is one that inspires groundbreaking new ideas. Which is why it’s important to pass the Call for Future along to your networks and contacts. Call For Future has been translated into 9 languages so that we can reach all of Berlin’s larger communities – Arabic, English, French, Polish, Russian, Serbian/Croatian/Bosnian, Spanish, Turkish and Vietnamese. The application form is available for downloading from www.ueber-lebenskunst.org/call.html.

ÜBER LEBENSKUNST is looking forward to receiving your utopian designs, project ideas and (im)possible suggestions.

Source : Cultura21

La version française de l’annonce est ici.

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Abandonner l’arrosoir ?

Le 3 mai dernier, nous étions présents à la table ronde du festival de BD « Fumetto » de Lucerne pour écouter Guy Krneta (écrivain), Lynn Kost (directeur de « Fumetto »), Lukas Heuss (coordinateur du secteur Programme de Pro Helvetia) et Rgula Koch (directrice de la Zuger Kulturstiftung Landis & Gyr) discuter d’un sujet ô combien brûlant, toujours tabou en France mais pour combien de temps encore ? En effet, depuis quelques années dans de nombreux pays dont la Suisse, on assiste à des mutations profondes dans les politiques culturelles nationales, territoriales et locales sur la question hautement politique du soutien public financier de la culture. Celui-ci s’éloigne en effet du principe de « l’arrosoir » (on dirait « saupoudrage » en France) et s’appuie d’avantage sur des critères et des priorités ciblés. La politique se passionne elle aussi toujours plus pour cette approche qui suscite de nombreux débats et les fondations privées (crise oblige ?) lui emboitent le pas dans leur engagement en faveur de la culture.

De leur côté, les artistes et les acteurs culturels ne cessent d’exprimer leurs doutes quant à la pertinence de ce soutien qu’on qualifie de « commissarial », soutien qui a tendance parfois à se substituer aux compétences proprement culturelles et artistiques des acteurs eux-mêmes. Ils craignent que les programmes prioritaires ne soient avant tout l’expression d’une intention pédagogique des instances de soutien à la culture. Mais cette pédagogie est souvent empirique, avec des résultats plus ou moins heureux et parfois des désillusions douloureuses.

En même temps les artistes et les acteurs culturels se battent pour pérenniser l’acquis, assurer l’avenir et poursuivre leur développement tout en ne se satisfaisant pas de la situation actuelle.

Les instances de soutien à la culture quant à elles, soulignent que l’encouragement prioritaire est un élément de leur stratégie générale, qui leur est indispensable pour inciter à chercher de nouveaux partenariats et exploiter de nouveaux secteurs à soutenir. Elles ne sont visiblement pas toutes conscientes que ce principe s’applique d’abord à elles.

Ces mutations / évolutions / ruptures (selon les pays) n’avancent pas forcément dans les mêmes directions et n’apportent pas les mêmes réponses à des besoins ou des revendications professionnelles qui tout en ayant trait au financement de la culture et des arts sont structurées / représentées de manières très différentes. D’autant qu’on constate que partout, encouragement ou pas vers de nouvelles initiatives plus partenariales avec le domaine privé, les acteurs culturels tentent constamment de trouver des solutions alternatives au soutien financier public, soutien public qui lui ne cesse de régresser. C’est à cet endroit que l’évaluation joue un rôle fondamental avant, pendant et après les actions. Mais c’est aussi à cet endroit que l’évaluation des politiques culturelles n’est pas suffisamment cartographiée dans le sens où les fléchages budgétaires « culture » ne sont pas les seuls à financer la culture. Les acteurs culturels sont en effet les premiers à redoubler d’ingéniosité (souvent parce qu’ils y sont contraints) pour trouver de nouvelles sources de financement public (TIC, politique de la ville, action sociale, développement économique, tourisme, innovation, développement territorial, développement durable… il y a pratiquement autant de possibilités que de secteurs, c’est aussi une preuve de la transversalité à construire avec la culture) et privé (sponsors, mécènes, fondations, fonds de dotation, partenariats, etc.)

Le problème ne se situe-t-il donc pas dans la faiblesse (voire parfois l’absence, selon les pays) d’expertise et d’accompagnement vers les ingénieries financières plus mixtes ? A trop vouloir rester dans son pré carré politique, dans son cloisonnement et à trop négliger les logiques / mécaniques des autres secteurs, on contribue involontairement, mais cruellement tout de même, à une « sélection naturelle » entre les acteurs culturels. Bien sûr, on remarque que les nuances sont importantes par exemple entre les pays à forte tradition centralisatrice et les pays de tradition fédérale. Mais en tout état de cause, cette table ronde a parfaitement démontré l’importance et l’urgence d’évaluer les mutations des pratiques en cours. Et sur ce point, les différences de niveau de maturité sont pour le moins très hétérogènes, voire divergents, renvoyant dos-à-dos chaque culture, chaque écosystème culturel et professionnel, chaque territoire, chaque politique culturelle.

L’arrosoir n’est donc qu’un outil parmi d’autres dans l’atelier du jardinier, à la fois indispensable et commutable.

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Mesures Extraordinaires

Une nouvelle exposition d’art contemporain a débuté le 1er mai dernier et risque de faire fureur dans la région de Northumberland (Nord-Est de l’Angleterre) à Belsay Hall, tout près de Newcastle. « Extraordinary Measures », confiée à 7 artistes et architectes majeurs, parmi lesquels l’artiste internationalement reconnu  Ron Mueck, un des chefs de files du street art Slinkachu et un des anciens Young British Artists Mat Collishaw.

L’exposition place des pièces qui se jouent des échelles, notamment des miniatures, dans des situations où elles sont mises en rapport avec le site patrimonial, paysager et touristique exceptionnel de Belsay Hall, ses pièces, son château, ses jardins. Le décalage d’échelle permet d’opter pour un autre point de vue, de remettre au goût du jour la tension qui se crée dans notre rapport au monde, un rapport qui a tendance à croître dans la démesure de l’époque moderne, rapport qui à travers cette exposition nous replace à notre juste mesure.

Un remarquable mini film de promotion a été réalisé à cette occasion, vous pouvez le découvrir en cliquant ici.

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Repenser la médiation, l’exemple de la Smithsonian Institution / 3

Dernier volet de la série inédite sur la médiation dans les musées par Aurélie Henry*, le présent article s’intéresse à la médiation via les technologies, la mobilité et le multimédia. Après avoir traité de l’offre de médiation et de la médiation humaine, l’auteur nous expose ici différentes formes de médiation issues de l’appropriation du multimédia et des TICE, notamment celles mises en place à la Smithsonian Institution.

Les technologies de l’information et de la communication pour l’éducation (ou TICE) sont aujourd’hui omniprésentes et les musées, et autres lieux d’éducation informelle, s’en emparent pour répondre aux attentes de publics avides de nouvelles expériences. Une offre multimédia concertée et cohérente permet de compléter l’offre de médiation humaine.  Les parcours de visites généraux sont bien souvent basés sur la lecture de cartels et l’observation d’objets. Le multimédia ouvre la porte à des contenus alternatifs et doit être envisagée différemment. La médiation par le multimédia, quelque soit la plateforme, doit être ludique. Les anglo-saxons parlent de Edutainement, contraction de Education et Entertainment. Il me semble important de proposer aux publics autre chose que de la lecture et de l’observation d’images statiques. La notion de divertissement est centrale, le multimédia doit intervenir comme une pause ludique, ce qui n’exclut pas la pédagogie et le caractère scientifique des contenus, bien au contraire.

Il existe bien évidemment plusieurs formats multimédia et il conviendra de choisir le plus approprié à l’exposition ou l’œuvre, ses publics et les objectifs pédagogiques que l’institution aura déterminés. J’aimerais commenter quelques-uns de ces formats avant de partager quelques-unes des leçons que j’ai pu apprendre au cours de ma carrière de chef de projet.

Parmi ces différents formats, j’ai eu l’occasion de travailler sur un projet de borne multimédia. La borne interactive reste le format le plus ancien et le plus familier. Proche de l’ordinateur personnel, elle est d’utilisation simple et intuitive et permet de diffuser des contenus complémentaires et d’offrir une pause interactive au cours de la visite. Grâce à un accès internet elle permet de créer des ponts avec le site Internet de l’institution.

La table multipoints, nouvelle venue dans le paysage de l’éducation informelle, ressemble à la borne interactive mais elle introduit une nouvelle dimension : le multi-usagers et la sociabilité. Avec une telle technologie le médiateur peut parier sur l’interaction entre visiteurs, qu’ils se connaissent ou non. La Smithsonian Institution, comme beaucoup, a plusieurs projets en cours mais le meilleur exemple, à mon sens, reste la table interactive du Churchill Museum à Londres.

La technologie mobile favorise quant à elle l’expérience entre le visiteur et l’œuvre en pariant moins sur la sociabilité. Par le biais d’audioguide ou de smartphone, ces technologies “de poche” permettent de distribuer du contenu multimédia à proximité immédiate des œuvres. Reste à trouver un modèle économique adapté.

Une dernière tendance plus prononcée aux Etats-Unis et notamment à la Smithsonian Institution est la diffusion de multimédia en ligne. Les sites Internet de l’institution sont peuplés avec des activités et jeux en ligne. Cela permet un accès aux contenus du musée à ceux qui ne pourront pas venir sur place pour des raisons géographiques, physiques ou sociales. Les visites des sites Internet sont ainsi dix à cent fois supérieures à celles du site physique et les missions et objectifs de l’institution peuvent atteindre un plus grand nombre de visiteurs anglophone à travers le monde.

Au cours de mon expérience comme chef de projet, j’ai pu tirer quelques leçons sur l’utilisation du multimédia dans une institution culturelle :

  • L’évaluation du projet à tous les stades de son développement est décisive ; comme l’est l’articulation entre la direction de projet et son évaluation : enquête sur les publics et analyse des résultats nourrissent le travail de chef de projet et assurent un développement harmonieux et proches des attentes des publics.
  • Le multimédia interactif favorise le processus d’apprentissage des plus jeunes visiteurs et contribue à la création d’une expérience mémorable. J’ai pu constater, par exemple, qu’un jeu de Memory, dont l’objectif premier est de stimuler la mémoire visuelle, permet aussi l’acquisition de connaissance en exposant l’usager à la fois à des images familières et nouvelles, provoquant ainsi sa curiosité et la recherche d’informations.
  • Grâce à leur concentration sur les objectifs pédagogiques et sur l’ergonomie du produit final, les médiateurs font de bons chefs de projets multimédia. Pour palier à un manque de connaissances techniques et scientifiques il est impératif de s’entourer d’une équipe d’experts. La transversalité de cette équipe garantira la multiplicité des points de vue et la qualité du produit final.

Il me semble absolument nécessaire de partager ces leçons afin de voir notre pratique mûrir et la qualité de dispositifs que l’on rend accessible à nos visiteurs s’améliorer. Vous pouvez trouver en ligne toutes les présentations que j’ai pu donner sur mon slideshare (http://www.slideshare.net/aurelihenry).

Pour revenir au chapitre 1, cliquez ici et pour le chapitre 2, cliquez ici.

Aurélie Henry est consultante en médiation culturelle. Elle a été chef de projet à la Smithsonian Institution pendant quatre ans. Après des études en histoire, histoire des arts et un DESS en Gestion des équipements touristiques et culturels, elle a travaillé pour une agence d’ingénierie culturelle à Paris, avant d’aller s’installer aux Etats-Unis. Au sein du service des publics du Smithsonian National Postal Museum, elle piloté des projets web et multimédia garantissant la qualité de l’accueil des visiteurs.

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La dimension culturelle de l’Union Européenne

Le projet Europmedinculture 2010 Citizenship, soutenu par la Commission Européenne, vise à promouvoir l’implication active des citoyens dans le débat sur la dimension culturelle de l’Union.

A cet effet, un questionnaire a été conçu pour recueillir les points de vue sur plusieurs sujets particulièrement stratégiques pour l’avenir de l’Europe :

  • la relation entre éducation et culture,
  • la mobilité des artistes et des professionnels de la culture,
  • les impacts économiques et sociaux de l’action culturelle,
  • les relations culturelles de l’Europe avec le reste du monde.

Même si ce questionnaire s’adresse d’abord aux professionnels de la culture et aux services publics de la culture, il est ouvert à tous. C’est donc l’occasion rêvée de se faire entendre. Il faut bien reconnaître que le sujet demeure très sensible, problématique, sous-traité dans les médias et pour lequel tout reste à faire, ou presque.

Pour y accéder en plusieurs langues, cliquez ici (rubrique dans la colonne de droite).

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L’économie lettone mise sur le cinéma

De plus en plus de metteurs en scène et de réalisateurs éminents envisagent de tourner des films en Lettonie. Ervins Labanovskis y voit une grande opportunité dans son blog pour le quotidien Diena : « Ce qui est décisif, ce n’est pas de savoir quelles stars arpenteront les trottoirs de Riga mais quels moyens l’industrie du film mondiale pourrait investir en Lettonie. Les coûts pour un film à grand budget atteignent rapidement plusieurs millions et nécessitent l’implication de milliers de personnes, ainsi qu’on le constate dans le générique des films. Si seulement une partie de ces dépenses allait à l’économie lettone et à Riga, le chômage pourrait diminuer sensiblement chez nous, ne serait-ce que de façon provisoire. … En ces temps de crise, de nouvelles solutions doivent être trouvées pour relancer l’économie et un fonds du film à Riga pourrait s’avérer un instrument approprié à long terme. »

Source : BPB

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Creating Cities : Culture, Space and Sustainability / 2

The conference “Creating Cities: Culture, Space, and Sustainability”, which took place from February 25th, 2010 to February 27th, 2010 at the Japan Center of the Ludwig Maximilians University of Munich, brought together a wide range of different topics and researchers working on the broader theme of cities and how they are understood today. The tension between the concept of “creative cities” and what it means to “create” cities had an interesting dynamic to it and enabled many lively discussions. The presentations were largely based on notions of the “creative city” [Landry, C.: The Creative City: A Toolkit for Urban Innovators. London: Earthscan Publications, 2004] and the “creative class” [Florida, R.: The Rise of the Creative Class: And How it’s Transforming Work, Leisure, Community and Everyday Life. New York, N.Y.: Basic Books, 2002], which have highly influenced the understanding of the city today. These concepts focus on the importance of culture, creativity, and the arts for urban development and have been widely used by urban planners and city officials. In order to enhance a city and bring economic development the presence and concentration of artists, scientists, musicians, bohemians, even gays becomes crucial. These groups help create a “quality of place”, as Florida explains.

Florida’s “gay index”, which describes a correlation between the number of gay men in a city and the amount of high tech job growth, has been criticized for being a too simplistic tool by Terry Nichols Clark, among others. He finds that the number of gay male households alone is fairly irrelevant when it comes to the high tech knowledge industry and that the gay impact falls in smaller metro areas [Clark, T.N.: Gays and Urban Development. In T.N. Clark (Ed.), The City as an Entertainment Machine. (pp. 221-229). Amsterdam: Elsevier, 2004]. Art and culture contribute to the general atmosphere of a city or a district, its street life, diversity, and other aspects. According to Landry and Florida this helps build a climate, which enables cities to label themselves as creative places and position themselves within the global competition for human resources.

I will focus here on a few talks that were particularly inspiring for me and brought new insights into my field of interest (the cultural perspectives of creative cities and (un)sustainability).

In her talk on “Projects of Creativity and Inclusion: The Challenges of Cultural Development in Mexico City” Ana Rosas  Mantecón from the Universidad Autónoma Metropolitana México presented several examples of projects in Mexico City that try to reach out to different groups within the city, especially those who are often forgotten. For example cleaning women, or prostitutes are introduced to cultural activities such as visiting museums. For Mantecón it is important to see how these projects broaden the notion of ‘the creative class’ by giving access to culture for a wider range of the population. She asserts that cultural rights are a main point of citizenship, making access to culture a social matter. This is in contrast to a more individual understanding of creativity as Florida defines it. Inclusion, participation, and interaction pose ways in which sustainability issues could be included in the creative city model.

Regarding a seemingly very different topic, Ute Lehrer from York University, Toronto analysed the growing number of condominiums in Toronto, calling them vertically networked suburbs [Lehrer, U. & Wieditz, T. (2009). Condominium Development and Gentrification. Canadian Planning and Policy 18(1), 82-103]. For her, the explosion of the number of high-rise condo buildings is a result of creative city policies and neoliberal tendencies in the city. Mostly private investment projects, condo buildings are still rising, despite the financial and real-estate crisis in Northern America. For Lehrer these projects are a way for investors to cash in on downtown areas by creating a built environment for the ultimate urban lifestyle. (The desire to live there is also created by the media, who hype life-style possibilities in condos.) These condos bring together culture, lifestyle and economic goals for the creative class (such as young professionals, empty nesters; parents, whose children have grown up and left home and well-off immigrants). For Lehrer, these condos are vertical suburbs (albeit located in city centers) as they are highly homogeneous internally (young professionals in one complex, empty nesters in another). This newly built gentrification also makes interaction with the outside mostly unnecessary as many amenities can be found within the condominiums. The result is a new urban social community, in which the entry-level for homeownership (including young people) is lower than in traditional suburbs. This makes the condos appealing for people who want to live in a cosmopolitan global environment. The effects this has on the surroundings and distinctive parts of neighborhoods, were illustrated by Lehrer with pictures from all around Toronto. An extended number of huge buildings designed by well-known architects that have no real relationship to what goes on around them are visible all around the city. For a creative city looking at sustainability, this type of development is highly problematic. These buildings tend to erase other characteristics of neighborhoods, increase the demand for surrounding infrastructures and push other groups out of the city.

Roger Keil’s (York University Toronto) talk on “Mobility in the In-Between City: Getting Stuck Between the Local and Global” brought insights into the situation in places surrounding the ‘creative’ city centers. These areas are mostly overlooked as if they are not part of the global city. They are suburbs in the sense that people live there, but at the same time they are also workplaces. Keil’s focus on the Toronto area and the maps he presented highlighted distinct borders between the downtown areas and these “in-between” cities. Such areas are important parts of the regional economy, but have nothing to do with an image of a global, creative city. They are often interchangeable in their appearance (Keil showed a very compelling photo of a gas station and convenience store complex, which could have been set anywhere in North America), but also have a heterogenic structure, made up of high-end houses and cheap housing. The demographics of the “in-between” cities are normally associated with those of the inner city, not of traditional suburbs, because they are highly diverse (even though certain groups stick to certain areas). For Keil, these places represent the backbone of daily living. They are areas of regular ‘passing through’, with constant “missingness” of one another. Keil therefore calls for a new political infrastructure to consider the real needs of residents and promote “meetingness,” New actors in politics and planning can loosen the hard boundaries of demographics, income, and politics and help overcome age-class-gender biases of the system. For Keil that “politization” of infrastructure is needed to show how the built environment affects peoples’ lives.

The closing talk from Klaus Kunzmann entitled “The Creative City Fever” gave an overview of the development of the term “creative city” and why it has become so popular today. The term functions as a plug-in concept, which can be applied almost everywhere and fits in many different contexts. For Kunzmann the concept is ‘sexier’ than issues such as social justice or sustainability since these are more difficult to implement. He gave several reasons why the concept has become broadly accepted and applied. Creativity itself is a term that implies positive characteristics and remains open to interpretation. Identification with the term is easy, making it useful for stakeholders, academics, and policy makers. The rise of the creative economy as a new area for policies and technologies also goes together with the concept of the creative city. Cultural flagships and the rediscovery of culture in the political agenda also help promote the city as a place for true creativity. Changing values and lifestyles, a cosmopolite knowledge society and the dominance of consumption all play into the locational preferences of the creative class. This also appeals to people who market cities and tourism to attract young, mobile visitors and compete with other cities on a global level. For Kunzmann there are winners in this development, such as larger cities, policy advisors and cultural institutions that are taken more seriously. But there are also losers, namely cultural pioneers, smaller cities, or residents in gentrified areas. Therefore Kunzmann, described a certain danger in the creative city paradigm which appears as innovative action, but actually often results in social polarization, deflecting attention from social and environmental issues. But, the concept can also offer possibilities to regard the importance of quality of life in a city, like the idea of the compact city (in which people want to return to live in city centers), or encourage creative action. There is the potential to integrate issues of sustainability into the concept of the creative city.

Julia Hahn, Lüneburg (D)

Source : Webmagazine de Cultura21, Sacha Kagan.

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