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Comprendre l’éthique

René Villemure

Voir du sens là où les autres voient des choses

- Umberto Eco

Les scandales et les frasques politiques mettent l’éthique à mal.

L’éthique est partout. De tous les bulletins d’informations, de toutes les manchettes.

L’éthique est nulle part. On cite l’éthique pour ne rien dire, pour être dans l’air du temps, pour dire si peu ou, encore, pour l’avoir dit… On cite l’éthique sans en définir le sens, on cite l’éthique pour montrer des choses, brandir des codes ou dénoncer des malversations, alors qu’il faudrait mieux comprendre que citer…

« Comprendre » au sens strict, signifie « saisir l’ensemble; « comprendre » implique la capacité à faire des liens entre divers éléments.  Pour comprendre l’éthique, il faut savoir faire des liens entre celle-ci, la culture ambiante et les évènements qui surviennent dans la culture en question.

Saisir l’ensemble

La « notoriété d’un sujet » n’est pas synonyme de « connaissance d’un sujet ».

Dans l’espace public, on évoque des manquements à l’éthique, des codes d’éthique, des conflits d’intérêts, des fraudes mais, au fond, on ne parle pas d’éthique, ou, si peu. On évoque plutôt la non-éthique croyant ainsi dire l’éthique.  Force est de convenir que cela n’est pas la meilleure manière de clarifier une idée…

Aussi, et bien que plusieurs aimeraient qu’il en soit autrement, l’éthique est une partie de la philosophie et, à ce titre, implique nécessairement une réflexion plus poussée que ne le serait une opinion. IL faut le dire, l’éthique est affaire de réflexion et de hauteur de vue, pas d’opinion ou d’idées reçues.

En premier lieu, il faut savoir et comprendre que l’éthique est une des parties constituantes de la culture d’une organisation ou d’une société.

À ce titre, si une culture ne se démarque pas on ne la remarque pas, on n’en remarque alors que les manquements. Les nombreuses commissions d’enquêtes tenues au fil des ans nous ont d’ailleurs démontré que la non-éthique pouvait aussi faire partie de la culture d’une organisation ou d’une société…

En second lieu, il faut savoir qu’à titre de composante de la culture, l’éthique n’est pas une chose ou un élément quelconque à « gérer » au sens administratif du terme; elle est bien plus importante. L’éthique doit être la référence première d’une société, son inspiration ultime qui colore tant sa mission que sa vision.

Ainsi comprise, l’éthique est affaire de sens.

Le sens, c’est la direction, c’est la sensibilité, c’est le chemin.  L’absence de sens, c’est l’égarement, l’inconduite et la faute.

L’éthique est une réflexion qui propose de chercher à déterminer le sens à donner à une conduite.  Curieusement, dans cet effort de recherche de sens, plusieurs vident l’éthique elle-même de son sens en la réduisant à une structure, à un code, à un effort de surveillance ou de dénonciation.  Même si ces outils sont parfois nécessaires, ils ne sauraient à eux seuls constituer l’éthique d’une organisation. Il est impératif de distinguer les outils de l’éthique de l’éthique elle-même parce que, vidée de son sens, l’éthique n’est plus que du markethique ou de l’éthique d’apparat.

D’ailleurs, sans le sens, comment l’éthique peut-elle suggérer une direction?

Que faire alors d’un code d’éthique qui n’est souvent qu’un prétexte utilisé pour justifier des normes et des contrôles?

Les infrastructures ou les codes d’éthique, sans le nécessaire effort de sens et de migration culturelle qui doit les accompagner, demeureront vides de signification et ne pourront faire qu’illusion.  Ces infrastructures et codes donneront, à ceux qui aimeraient mieux ne pas en parler, le sentiment, faux, d’un monde éthique.

L’éthique est affaire de culture, ne l’oublions jamais. Un dispositif de surveillance ne saurait à lui seul assurer l’éthique d’une société.  « On ne peut rendre les gens bons par décret », disait avec justesse Oscar Wilde.  Il avait raison. Il a toujours raison.

Enfin, n’oublions jamais qu’il demeurera toujours plus facile ou moins exigeant de surveiller que de penser; sachons aussi que la conformité n’a jamais engendré un monde meilleur.

L’éthique résulte d’une certaine prise de conscience collective : il y a déjà beaucoup de codes, beaucoup et de normes, il y a toujours de l’injustice et des comportements inéthiques.

Pourquoi ? Parce qu’un code ou une norme ne sauraient remplacer l’éthique.

Puisque « nommer, c’est dire avec du sens », tentez de questionner et de comprendre l’éthique et les valeurs de votre société, organisation, ministère ou organisme.  Faites les efforts nécessaires pour comprendre le sens donné à l’éthique dans votre société parce que sans le sens, sans la direction qu’elles impliquent, l’éthique et les valeurs ne seront que des mots écrits sur la vitrine de l’indifférence

L’éthique est affaire de sens.



*  *  *

Ce ne sont pas tous les méchants qui font le plus de mal en ce monde.  Ce sont les maladroits, les négligents, les crédules.  Les méchants seraient impuissants sans une quantité de bons.

 - Paul Valéry

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d’éthique appliquée notamment aux domaines de l’innovation, de la culture, de la gouvernance et de la communication. Il est également le fondateur d’Ethikos pour son action à l’international et partenaire de Publics & Territoires, le premier réseau des décideurs éthiques dans les territoires.

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Dîner débat Publics & Territoires avec René Villemure

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Le club "Publics & Territoires" organisait hier soir un dîner débat à l’hôtel Normandy en partenariat avec Ethikos et son président René Villemure en invité d’honneur, en tant que grand spécialiste de l’éthique appliquée.

Il s’agissait d’aborder une problématique de plus en plus présente dans les préoccupations des décideurs : "comment puis-je faire pour bien faire ?". Il est vrai que l’élu local est confronté chaque jour à de nombreux choix pour animer la communauté qu’il représente comme pour gérer le territoire dont il a la charge.

Face à cette question d’une apparente simplicité dans ce monde en mouvement permanent et de plus en plus complexe, l’objectif est clairement pour lui de prendre la "juste" décision. Comment poser les enjeux de ce "leadership" éthique ? Sur quels fondements bâtir cette nouvelle gouvernance locale ? Telles étaient quelques-unes des questions dont les membres et les invités ont débattues.

Le compte-rendu complet de la soirée sera prochainement disponible dans le cadre de la refonte désormais imminente du site du club et puisque nous avons le plaisir de participer et de contribuer à l’aventure Publics & Territoires, nous ne manquerons pas d’en relayer les meilleurs moments sur CEG.

A suivre donc.

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Risquer la réflexion…

René Villemure

Dans la mesure où l’éthique naît du désir de dire quelque chose de la signification ultime de la vie, (…),

de ce qui a une valeur absolue, l’éthique ne peut pas être une science.

- Ludwig Wittgenstein

Nous l’avons dit et redit, écrit et publié sur plusieurs tribunes : l’éthique est une composante de la culture; elle représente le volet culturel du « vivre-ensemble ».  Les Grecs disaient que l’éthique avait comme objectif la vie bonne, l’harmonie entre les citoyens.

Qu’en est-il de l’éthique en 2013 où les seuls discours entendus à son sujet sont souvent ceux de la catastrophe, ceux qui disent le manque d’éthique ou encore ceux qui répètent les manquements à l’éthique? Comment se fait-il que l’éthique soit passée d’un élément aussi noble à un « problème » ou à un « risque »? Qu’est-il arrivé pour qu’une composante de la culture ait été réduite à un incident qui doit être géré?  Le parcours n’est pas simple.

Pour y voir plus clair, convenons dès le début que le « vivre-ensemble » et les concepts de « risque » ou de « problème » relèvent de lexiques différents.  Le premier est, dans son essence, social et interrogatif tandis que les deux autres appartiennent aux lexiques de l’entreprise ou du commerce.

Le lexique de l’entreprise est fondamentalement celui du « comment ». L’entreprise déteste l’imprévisibilité et a ainsi tendance à instrumentaliser son quotidien afin de le rendre prévisible.

Or, de son côté, l’éthique a comme visée de « Bien faire »; ce « Bien faire » étant sujet à de multiples interprétations, l’entreprise a donc décidé qu’en raison de son « imprévisibilité » celui-ci constituait un « risque » et pouvait même devenir un « problème », on tente donc de le « gérer »…

Contrairement à ce que l’on pourrait penser à première vue, le vice de ce raisonnement ne réside pas chez l’entreprise.  Celle-ci fonctionne selon sa logique propre de minimisation des risques et de maximisation des profits.  Le défaut de ce raisonnement est plutôt que l’ensemble de la société, incluant les gouvernements, a dorénavant choisi d’être évalué selon les seuls critères de l’entreprise.  De nos jours, on « gère » sa vie, on « gère » le gouvernement, on « gère » nos relations…

D’une collectivité d’idées, la société est lentement devenue une entité à risque, un problème qu’il convient de résoudre… Tous devraient pourtant savoir que le lexique de l’entreprise, celui du « comment », est insuffisant lorsqu’utilisé hors du champ de l’entreprise; il ne saurait répondre aux questionnements éthiques qui sont le propre de la société, de la culture et du « vivre-ensemble ».   C’est au fil du temps, lorsque l’on a décidé que « gérer » était un idéal, confondant ainsi le « comment » avec le « pourquoi » que l’éthique est devenue un « risque » ou un « problème »…

Le lexique social est dorénavant calqué sur celui de l’entreprise.  Le lexique social est, dorénavant, celui de l’entreprise. En conséquence le lexique social se vide de sa culture propre, se réduit lentement à un banal « comment » sans idéal, vide de sens et de culture.

Sachant que « nommer, c’est dire avec du sens » l’impact de ce changement de lexique n’est pas seulement celui du choix des mots; il s’agit d’un changement sans précédent dans la manière de voir et d’appréhender la vie et la société.

Alors que le « vivre-ensemble » cherchait à définir un idéal d’harmonie entre tous, le concept de risque engendre la méfiance.  Conséquemment, en instrumentalisant et institutionnalisant la méfiance plutôt que le « vivre-ensemble », la méfiance devient l’avenir… et cet avenir, risqué, est perçu comme étant constitué de « problèmes »…  Ce qui n’est pas très joli…

De plus, on réduit la nécessaire réflexion autour de l’éthique à un banal choix de moyens (lignes de dénonciation, codes, conformité).  Rien, ou si peu, pour soutenir, émanciper ou faire vivre une culture…

Une culture, comme une œuvre d’art, appartient à une époque, à un peuple ; une œuvre d’art est toujours une présentation de l’artiste qui la conçoit.  Faisons en sorte que notre culture puisse être vivante, que nous puissions nous présenter comme des citoyens préoccupés du « vivre-ensemble » plutôt que de simples gestionnaires de nos vies cherchant à gérer des risques et des problèmes.

Cessons de faire de mauvais emprunts lexicaux et de mauvais choix de lexiques.

Tous s’en porteront un peu mieux.

Comme on désire le bonheur, on devrait désirer l’éthique

R-G Laporte

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Le théâtre de Budapest, repaire des radicaux du Fidesz

Voilà un an, l’acteur d’extrême-droite György Dörner était nommé administrateur du Nouveau Théâtre de Budapest. Mais cette scène est moins devenue un théâtre pour l’extrême-droite, comme on le craignait, qu’un établissement plébiscité par les radicaux du parti ultraconservateur Fidesz, écrit l’hebdomadaire de centre-gauche Magyar Narancs : "Le Nouveau Théâtre n’est actuellement ni le théâtre du Jobbik [parti d'extrême-droite], ni celui des fascistes et des nazis, mais celui du Fidesz. Pas de son aile modérée, mais de tous ceux qui apprécient Miklós Horthy [régent du royaume de Hongrie de l'entre-deux-guerres et allié de l'Allemagne nazie] et qui souhaitent également le retour de la grande Hongrie d’autrefois. … Ce cercle d’individus, aux opinions plutôt radicales, est hostile à l’Occident et à l’économie de marché."

Source : BpB

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Entreprise socialement exemplaire : «au-delà de la RSE»

 René Villemure
L’exigence ultime

L’éthique des entreprises est souvent réduite à une version mineure de la «Responsabilité sociétale des entreprises» (RSE). Cette «RSE attendue» est soucieuse de conformité à des standards universels sans égard aux particularités culturelles des continents ou des pays où évolue l’entreprise. Cette «RSE attendue», réduite à la conformité et pensée par d’autres pour d’autres, n’offre pas à l’entreprise le plein potentiel de son devoir social. La «RSE attendue» est celle de la surveillance. Cette conception, fort populaire, est cependant réductrice. Elle réduit le «Bien Faire» à l’obéissance…

L’Entreprise Socialement Exemplaire ("ESE") est celle qui a comme ambition d’agir de manière éthique au-delà de la simple conformité offerte par des programmes de «RSE attendue», conformité à des standards souvent aculturés. L’"ESE" doit être imaginée et conçue en conjuguant les exigences internationales, la culture de l’entreprise et la culture locale où est implantée l’entreprise. Elle ne doit pas avoir comme moyen la reproduction ou l’adaptation facile de la «RSE attendue».

L’"ESE" amènera ses acteurs à évoluer dans un cadre leur permettant d’élever leur regard et d’apprécier la complexité d’un monde en changement en misant sur une«articulation vertueuse globale» du développement durable éthique par les entreprises.

L’"ESE" doit être comprise comme étant un exercice réflexif qui résulte d’une prise de conscience collective au sein de l’entreprise, d’un désir de «faire autrement», d’une ambition de faire «mieux» au niveau éthique. L’automatisme dans les gestes de gestion et de gouvernance a perdu de sa pertinence.

Dans le monde de l’"ESE", Voir autrement et penser autrement ne sont plus des alternatives, ce sont des nécessités.

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L’éthique et la culture en 2013

 

 

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Pour un avenir soutenable

Il n’aura échappé à personne que les finances publiques sont gravement dégradées. On le savait pour ce qui concerne l’Etat depuis plus de 30 ans de par le caractère structurel des déficits mais on le savait moins pour les collectivités locales et territoriales il y a encore 15 ans.

Parmi les cinq principes qui guident l’élaboration des budgets des collectivités figure le principe de régie de l’équilibre réel. Ce principe de régie de l’équilibre réel constituait depuis toujours une véritable règle d’or impliquant l’existence d’un équilibre entre les dépenses et les recettes des collectivités ainsi que les différentes parties du budget (sections de fonctionnement et d’investissement).

Or si on analyse la situation actuelle de très nombreuses collectivités, on ne peut que constater qu’on a tout simplement occulté, ou fait mine d’occulter, souvent publiquement, à quel prix cet équilibre s’obtient, surtout lorsque les recettes enregistrent une baisse structurelle et récurrente. Il a fallu que quelques élus courageux, dont l’actuel président de l’assemblée nationale alors président du conseil général de Seine-Saint-Denis, fassent sensation à leur manière il y a deux ans pour que l’opinion publique découvre plus largement l’ampleur et le caractère critique de la situation.

De nombreux outils sont à la disposition des collectivités pour palier ce type de situation, pour qu’elles maîtrisent leurs dépenses courantes et pour qu’elles poursuivent le mieux possible leurs investissements d’avenir. Les manipuler, même de manière éclairée ou visionnaire, même avec le plus grand souci de justice ou de sécurisation possible, génère un important faisceau de contraintes qui pèse sur la prise de décision, l’engage plus encore lorsque la situation est dégradée et oblige à des arbitrages complexes où la mécanique budgétaire pluriannuelle (les fameux PPI) est sérieusement mise à mal à l’échelle d’un mandat politique, à l’échelle de la responsabilité individuelle et collective.

La crise de 2008 aura agit comme le détonateur d’une bombe à retardement qui s’était lentement mais sûrement assemblée au fil des ans, mais en définitive ce sont ses conséquences descendantes de la sphère purement financière à la sphère économique et sociale qui ont peu à peu révélé la fragilité de nos politiques budgétaires.

L’onde de choc est telle que bon nombre des certitudes du système à la française ont été tout simplement balayées. Ce qu’on appelait notre « bocage normand » ou notre « mille-feuilles administratif », objet de critiques récurrentes, aura eu la vertu de ralentir la progression de la catastrophe, c’est un fait, et les collectivités territoriales ont eu la part belle en s’érigeant en modèle de gestion face à un Etat déresponsabilisé réputé irréformable, ne parvenant pas à assumer la décentralisation et la déconcentration qu’il s’est lui-même infligées sans revoir en profondeur ni ses prérogatives ni son modèle.

Avec cette pression considérable qui s’exerce sur nos décideurs et nos élus, avec cette responsabilisation qui n’a jamais atteint un tel niveau d’exigence et de complexité, le devoir de construire des politiques soutenables pour les générations futures doit participer de toutes les décisions. C’est à cet endroit que le danger bien réel depuis 2002 d’un agrandissement toujours plus grand du fossé entre les citoyens et leurs représentants prend une toute autre tournure. Faute de projet de société clair, faute de consensus suffisamment large autour de ce projet (ou tout simplement d’adéquation de ce projet avec les évolutions et les attentes de la société), c’est dans ce fossé que s’engouffrent tous les extrêmes et les populismes. Les clés d’un vote ne s’obtiennent donc plus simplement par la confrontation d’un projet à un autre mais par un curieux mélange d’écoute de ce qui est considéré comme les attentes et les aspirations des citoyens, d’exaltation d’un supposé élan populaire, d’un discours qui se fonde sur un dire de vérité et de responsabilité. Or c’est sur ce dernier aspect que les principales conditions de la soutenabilité d’une politique se jouent et tant qu’on continue à employer le story telling, on ne remplit aucune exigence de vérité et de responsabilité, on fonde une certaine idée de la responsabilité à partir d’une certaine idée de la vérité.

Au moment de prendre des décisions budgétaires capitales pour l’avenir de l’Etat et des Collectivités, il faut avoir l’estomac sérieusement accroché pour s’engager dans telle ou telle direction mais ce n’est rien comparé aux efforts consentis ensuite si la soutenabilité n’est pas avérée. D’autant plus que nous n’avons plus vraiment le luxe du droit à l’erreur… Les débats sur les arbitrages budgétaires tels que nous les avons connus n’ont plus rien avoir avec ceux d’aujourd’hui et ceux d’aujourd’hui laissent entrevoir l’imminence d’un nécessaire changement profond de la culture politique.

Aujourd’hui la situation est devenue dangereuse au point que quelles que soient les alternatives politiques démocratiques et républicaines, elles semblent de moins en moins audibles et de ce fait, elles nourrissent malgré elles la désorientation, le désarroi et un pessimisme ambiant, elles amplifient la crise de confiance, elles cèdent du terrain dans le débat public et assistent irrémédiablement à la montée des extrêmes qui ne manquent pas d’exploiter l’exaspération, le désespoir et la colère en poussant à une radicalisation et un simplisme qui colonisent chaque jour un peu plus les esprits.

Car maintenant que la réalité et ne peut plus être occultée ou "storytellée", c’est bien sur cette question de la responsabilité dans la gestion du bien public (qui au fond concerne autant le décideur public que le décideur privé, leurs modes de gouvernance, leurs organisations et leurs réseaux) que se focalisent une part importante des formes de rejet de nos élus et de nos dirigeants. Ne nous y trompons pas : cela ne date pas d’hier. Il faut évidemment aller chercher entre autres dans l’alliance gaulliste – communiste au sortir de la seconde guerre mondiale cette « culture » de la gestion publique et privée tout au long de la cinquième République.

Mais avec cette radicalisation de la pensée à droite comme à gauche, le centre gauche et le centre droit paraissent bien pâles, peu lisibles et subissent des tiraillements forts. Ils ont la plus grande des peines à porter haut et fort une parole de raison qui doit pourtant fédérer et occuper le plus possible le débat public.

On a longtemps cru que c’était un déficit de pédagogie de l’action qui ne permettait pas de fédérer suffisamment pour réformer. On a ensuite cru que c’était le contraste saisissant entre être en responsabilité et être dans l’opposition. Puis ce fut le défaitisme paralysant de l’impossibilité de réformer. On a cru par la suite que c’était le manque de vision, de dynamisme ou de volonté pour finalement revenir à l’idée du nécessaire réancrage du politique dans la normalité de choses. Curieuse itinérance. En tout état de cause, nous voici à la fin d’un cycle et la dureté de la réalité à laquelle nous nous confrontons en est très probablement le catalyseur.

Le mur du réel n’est ni droite ni de gauche et chacun a longtemps fait mine de le découvrir à chaque alternance, c’est aussi cela qui affaiblit toute société démocratique.

Beaucoup de crédulité à la fois assumée et subie qui en effet décrédibilise la République et la livre pour partie au premier ou la première qui parvient à se dédiaboliser en s’appropriant de la façon plus superficielle et manipulatrice les valeurs, la morale et l’éthique politique. Ceux-là parviennent à proliférer sur l’illusion qu’ils nourrissent et attisent d’une insurrection à venir. Qui n’a pas entendu le fameux « la révolte gronde » ou le « ça fait péter » ou le "tous pourris" ou encore le "qu’ils s’en aillent"? Tous les sujets passent dans leur machine à broyer le vivre ensemble et ne sert à fabriquer que plus d’exclusion et d’antagonismes, y compris quand ils proposent de la façon la plus décomplexée dans leur propre programme "leur projet" de société.

Quels messages et quelles démarches peut-on mettre aujourd’hui en face pour non pas redonner des raisons d’espérer ou de réenchanter (cela serait assurément fatal) mais pour agir et avancer sur la base de ce qui fait sens, de ce qui fédère et rassemble, de ce qui est possible et de ce qui est souhaitable pour que cela soit soutenable ?

La puissance publique a besoin de nouvelles perspectives d’investissement et de gouvernance associées à une véritable soutenabilité budgétaire, sans quoi elle continuera à s’affaiblir et une puissance publique qui s’affaiblit va de pair avec une détérioration plus grande du lien social, une exacerbation des tensions sociales, terreau fertile des extrêmes qui savent désormais parfaitement racoler en plein jour.

Il faut donc absolument déployer toutes nos énergies et nos intelligences pour se sortir de l’ornière. Le pays n’a plus le temps et n’a plus les moyens d’expérimenter ni d’explorer telle ou telle alternative. Les prochaines échéances électorales seront déterminantes car bon nombre de mandats vont se renouveler. Il faut oser penser que c’est un nouveau cycle qui commence, une nouvelle génération qui surgit et non pas un cycle qui n’en finit pas de se reproduire.

L’enjeu sera très clair : continuer selon les bonnes veilles méthodes ou trouver les leviers, les outils, les méthodes, les démarches, les idées et les projets qui parviendront à concilier utile et éthique tout en étant en capacité de dialoguer avec une société qui a profondément changé et où l’incertitude domine.

Les décisions sont à prendre maintenant avec les solutions dont nous disposons. Ironie du sort, c’est le « ici et maintenant » que nous reprochions comme « non-durable » à d’autres pays, non sans un certaine condescendance d’ailleurs, persuadés que nous étions capables de tenir notre modèle jusqu’au retour d’une croissance salvatrice qui, même molle, nous aurait épargné le serrage de ceinture le plus raide que nous ayons connu depuis longtemps.

Or, il est pour le moins inquiétant (même si c’est humain) de voir s’attiser les antagonismes et les oppositions,  se raviver tous les dogmatismes qui de par leur goût prononcé pour l’hystérie et l’irrationnel en dépit de tout bon sens, entretiennent un état de panique permanent pour peu que cela les légitime toujours un peu plus.

Cela est d’autant plus préoccupant qu’une ligne rouge semble désormais franchie, au point d’entamer ce qui doit pourtant toujours l’emporter en politique : la raison.

De nombreux motifs d’espoir existent, de nombreux outils existent, mais beaucoup d’entre eux sont occultés ou compromis par cette étrange climat qui gagne les esprits un à un. Aucun sujet n’y échappe, montrant ainsi que ce sont les fondements de notre société et tous nos domaines d’activité qui sont ébranlés.

Dans ce moment charnière de notre histoire, et c’est peut-être pour cela qu’il faut le juger comme tel (et non pas pour attirer l’attention des médias), il faut être en mesure de faire face et la raison doit prévaloir. Cette lutte qui prend possession de l’espace public doit se résoudre avant que ce soit l’espace public qui en prenne possession.

C’est aussi pour toutes ces raisons que culural-engineering.com s’engage désormais en tant qu’acteur « ressource » aux côtés d’institutions publiques et privées qui portent cette même volonté d’agir, cette volonté qui se soucie tout autant du « comment mieux faire pour bien faire ? » que du « comment bien faire pour faire mieux ? ».

Parmi nos différentes actions, nous publierons régulièrement avec nos partenaires des exemples très concrets dans de nombreux domaines d’activité pour  tenter d’éclairer ce qui peut rendre le « ici et maintenant » soutenable, c’est-à-dire ce qui se doit désormais d’être porteur d’avenir.

Philippe Gimet

Fondateur de C.E.G.

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L’éthique : bien plus qu’une affaire de codes

Les règles sont utiles aux talents; nuisibles aux génies.

– Victor Hugo

Depuis quelques mois on peut noter le désir croissant, tant dans le monde politique que dans les sociétés commerciales d’invoquer la nécessité de codes d’éthique afin d’encadrer ou de baliser les preneurs de décisions et de punir les fautifs.  Cette invocation d’un code d’éthique, presque devenue une incantation, relève de la pensée magique et ne saurait à elle seule suffire à modifier les comportements déviants.

Il est impératif de réaliser, avant toute chose, que l’éthique relève de la culture d’une organisation ou d’une société et qu’une culture ne peut être « changée » en cliquant des doigts ou en faisant apparaître, comme par magie, un code d’éthique.  Une culture, organisationnelle, politique ou sociétale, est le résultat d’actions ou de non-actions posées au fil des ans par les décideurs et il est prévisible que la migration d’une culture « éthique moins » à une culture « éthique plus » prendra un certain temps et sera le résultat de meilleures décisions, prises pour de meilleures raisons.  Devant ces faits, le recours à un code d’éthique est-il la solution à tous les problèmes éthiques?

Avant tout, quelques éléments de définition s’imposent : rigoureusement parlant, selon notre définition de l’éthique, l’expression « code d’éthique » relève de l’oxymore : les deux mots (« code » et « éthique ») réfèrent en effet à des entités contradictoires. L’éthique, telle que nous la définissons, est une recherche et un questionnement sans cesse reconduits, qui se résument au fond à cette simple question : « Quoi faire pour bien faire ? » — quand le code, coupant court au questionnement, donne plutôt une réponse : « Vous devez (faire ceci) » ; « Vous ne devez pas (faire cela) ».

C’est pourquoi on préfère la dénomination « code de déontologie » à celle de « code d’éthique ». Si l’on se reporte à l’étymologie, le code de déontologie se définit comme l’énoncé des devoirs associés à l’exercice d’une profession ou d’une activité. Il s’accompagne généralement d’une structure permettant de sanctionner les éventuels contrevenants au code (de déontologie).

« Éthique » et « code d’éthique » (i.e. de déontologie) sont donc deux choses différentes ; ces choses sont-elles pour autant incompatibles ?

Non, bien sûr : l’effort éthique peut très bien s’articuler autour d’un code d’éthique, et le code d’éthique peut tout à fait être partie intégrante d’un effort éthique véritable.

Cependant, avant de se doter d’un code d’éthique, il convient de s’interroger sur sa finalité : Pourquoi veut-on un code ? Quel est l’objectif visé par ce code ?

Toute démarche d’éthicisation, quelle que soit l’organisation, procède d’un même constat : certaines des pratiques en cours dans l’organisation présentent le risque d’une possible incompatibilité avec les valeurs de celle-ci, qui représentent sa raison d’être et sa finalité dernière. L’effort éthique doit viser une rectification des façons de faire afin qu’elles puissent mieux s’arrimer avec la mission et les valeurs de l’organisation.

Une telle démarche suppose une réflexion approfondie sur les valeurs de l’organisation et sur les moyens appropriés à la poursuite de ces valeurs. Le code d’éthique n’est jamais qu’un moyen parmi d’autres moyens choisis pour s’assurer que les pratiques soient en belle harmonie avec les valeurs.

Quant survient un scandale, quand une frasque organisationnelle ou politique se trouve exposée au grand jour, on entend souvent les dirigeants dire : « On va se doter d’un code d’éthique, ces choses-là n’arriveront plus ». C’est là l’exemple parfait d’un mauvais recours au code d’éthique. Par ce geste, l’organisation veut dissuader et, espère-t-elle, bannir les comportements déviants en son sein. Il ne s’agit pas, ici, de changer les pratiques mais de punir les déviants. L’instauration d’un code ne procède pas d’une réflexion sur les valeurs et sur les façons de faire, mais plutôt d’un réflexe punitif excité par une exposition médiatique ou l’appréhension d’une telle exposition.

Dans ce cas précis, assez fréquent par ailleurs, l’instauration d’un code ne vise pas à instiguer des pratiques plus justes mais à baliser les pratiques existantes, supposant que ces dernières sont d’emblée éthiques – sous-entendant que ce sont les gens qui ne le sont pas.

Le code d’éthique peut être un bon moyen de véhiculer les valeurs, mais il faut prendre garde à ne pas remplacer l’éthique par un code. L’éthique ne peut faire l’économie d’une réflexion et, partant, d’une certaine remise en question. On peut faire l’économie du code, mais pas celle de la réflexion, qui est le fondement de l’éthique.

Quand à la question que nous posions en introduction, le code d’éthique est-il une solution à un problème éthique ?, la réponse ne saurait être parfaitement tranchée. Elle dépendra directement de la démarche réflexive entourant l’instauration du code d’éthique.  Il faut aussi savoir qu’une telle démarche ne saurait être accomplie dans la précipitation.

On mesure l’intelligence d’un individu à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter.

- Emmanuel Kant

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L’obsession éthique

En tout, l’excès est un vice

- Sénèque

Certains choix valent mieux que d’autres.  Lesquels ? Pourquoi ?

Cette interrogation, simple à énoncer, se situe pourtant au fondement de l’éthique appliquée.  Depuis toujours, le temps passe, demain devient hier, la technologie évolue mais l’Homme reste le même avec ses désirs, ses envies et ses espoirs.  Ainsi, considérant que nous ne sommes pas seuls, que convient-il de faire dès lors que l’on veut Bien Faire?

Au fil des années, on a pu voir le législateur se préoccuper d’éthique en promulguant des lois et des règlements, des sociétés privées ont décidé de rédiger des codes de déontologie souvent appelés « codes d’éthique » pour faire plus joli puis ensuite donner des formations en éthique sur la déontologie contenue dans le code; les médias ont dénoncé ou mis à jour des situations jugées (par eux) inacceptables.  Certains, nombreux, se sont même autoproclamés experts en éthique estimant qu’il y avait là une opportunité d’affaires…

Où se situe la juste appréciation entre « l’éthique » et le « non-éthique »?  Bien que plusieurs l’exigent tous les jours, convient-il de tracer une ligne entre « éthique » et « non-éthique »?

Quotidiennement, on ne compte plus le nombre de personnes qui me demandent dans la rue ou au magasin : « cette situation est-elle éthique »?  Pourtant, dit-on, l’éthique devrait aller de soi. Néanmoins, on continue à évoquer l’éthique en terme de manquements tout en continuant à mal comprendre ce qu’est réellement l’éthique.

Il est bien certain que si l’on n’évoque le sujet de l’éthique qu’en vue de souligner des manquements on ne peut que déprimer ou perdre ses illusions sans nécessairement apprendre grand-chose sur l’éthique puis conclure trop rapidement ou facilement que le monde est « mauvais » ou qu’il est vide d’éthique.  On ne peut apprendre beaucoup sur l’éthique parce que l’on n’en parle pas, on ne parle que du manque et des manquements… En affaire d’éthique, la réflexion est pourtant préférable à la conclusion.

Soyons clairs : d’une certaine manière, l’éthique fait peur.  Les gens sont tellement à craindre les manquements à l’éthique que l’éthique elle-même semble devenir une obsession et, comme toute obsession, la peur irraisonnée de la non-éthique n’est pas saine.  L’obsession éthique, parce qu’il convient dorénavant de la nommer ainsi, empêche d’agir, elle paralyse l’action puis, et c’est le plus terrifiant, elle paralyse la pensée.  L’obsession éthique empêche de penser, elle empêche d’appréhender le monde à partir de la culture et des connaissances de l’individu; l’obsession éthique est à l’opposé de la responsabilité que tous invoquent chaque jour.   À voir tourner le monde, on dirait qu’il n’y a plus personne pour prendre une décision sans qu’il n’y ait un règlement ou un code pour dédouaner ou déresponsabiliser le décideur ou, pire encore, pour lui permettre de justifier que la conséquence d’une mauvaise décision n’était « pas de sa faute » parce que c’était écrit…  La peur n’a jamais fait croître une société; la peur de la non-éthique relève de la même logique.

Afin de réduire cette peur, les gouvernements et les chefs d’entreprises devraient cesser de promouvoir le manque d’éthique ou d’enseigner « comment ne pas mal faire » et plutôt diriger leurs enseignement sur le « pourquoi Bien Faire ».  Cessez de faire peur, d’avoir peur, inspirez par le Bien plutôt que par la crainte de la sanction.  L’éthique sera toujours affaire de « Bien Faire », elle ne saurait être réduite à une obsession de « ne pas mal faire » ou à une dynamique de « surveiller et punir ».

Ainsi, à la demande de « tracer une ligne entre mal faire et Bien Faire » il faut plutôt répondre par la nécessité de construire un espace entre les pôles « Bien faire » et « mal faire ».  Devant la complexité de la société moderne, tracer une ligne est illusoire.  Décider « Quoi Faire pour Bien Faire » est affaire de réflexion, pas de traçage de ligne.

Dans cet esprit, cessez de penser « à tracer la ligne », cessez de vous demander « si c’est déjà écrit »; délimitez l’espace éthique et occupez-le.  Cet espace, à construire, se situera entre l’obsession et la négligence éthique, entre un « trop » et un « trop peu », qui sont tous deux des fautes.

En affaire d’éthique, c’est la justesse de la pensée et celle de l’action qui comptent.  Pas l’obsession, ni la négligence…même si elles sont éthique…

N’en déplaise à certains.

*  *

*

 

Le sublime n’est pas le fruit du hasard.

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"Bof" n’est pas un signe de culture…

Le désir est la moitié de la vie. L’indifférence est la moitié de la mort.

- Khalil Gibran

Ils savaient si bien ce qu’ils avaient à se dire qu’ils se taisaient, de peur de l’entendre.

-  Benjamin Constant

De déboires en scandales l’éthique, ou ce que l’on appelle « éthique », ne quitte pas la première page des journaux.

Bien évidemment, et nous l’avons affirmé maintes fois, lorsqu’une culture ne se démarque pas on ne la remarque pas, on n’en remarque que les manquements.  Force est de constater que, depuis déjà trop longtemps, ces manquements vont croissants au point de devenir impossible à inventorier. Ces manquements, en plus d’être des dommages à l’éthique, sont aussi des manquements à la culture politique ou au pacte social. C’est dire ici qu’afin de remédier aux manquements éthiques il faudra avant tout poser un regard sur la culture actuelle, sur cette culture qui fait primer l’individu sur la société, sur celle culture qui privilégie le court au long termes, sur la culture qui prends soin de l’autre et sur celle qui s’en fout. Lorsqu’il n’y a plus de culture, on appelle « culture » que ce qu’il y a.

L’oublie en guise de culture ?

Avant d’aller plus loin, il faut prendre garde à ne pas confondre les acceptions du mot « culture »; on ne parle pas ici de « l’industrie culturelle » ou de celle du divertissement, on parle de la culture au sens strict et des éléments qui caractérisent une population ou un peuple.  Nous proposons de réfléchir sur les éléments qui nous permettraient ou nous donneraient envie de mieux vivre-ensemble mais, surtout, sur ces éléments qui permettraient d’envisager de  répondre à la question : « pourquoi tenir demain une promesse faite aujourd’hui »?  Soyons réalistes, en 2012, le plus grand manquement à l’éthique est celui de l’usage et de  la banalisation du mensonge dans l’espace public par les personnalités publiques. Lorsque tous mentent, rien ne va plus… Lorsque ceux qui devraient servir de phares, d’exemples, mentent, l’indifférence et le cynisme s’installent…

Éclairons un peu cette situation en la mettant en perspective.

Le mensonge, pour le définir en peu de mots, est une affirmation qui permet au menteur de faire croire au menti un énoncé en lequel il ne croirait pas lui même.  Le mensonge amène sa victime à faire ce qu’elle n’aurait pas choisi de faire si elle avait su.  En empêchant de savoir, le mensonge ronge inexorablement le socle de la confiance nécessaire au maintien et à la cohésion du groupe social.  De plus, la banalisation du mensonge entraîne dans son sillage une méfiance collective qui réduit le groupe à un assemblage d’individus, le mensonge accélère la marche vers l’individualisme.  Le rassemblement que constituait autrefois le groupe social se mue en un assemblage d’individus qui, bien que constituant un groupe, n’est plus qu’un ensemble flou d’individus sans structure morale collective. Les risques sont grands à confondre assemblage et rassemblement.

Et c’est justement dans le cadre de cet assemblage hétéroclite, dans cet assemblage d’individus, que l’on ne trouve plus pertinent ou que l’on oublie même de se demander : « est-ce que ma décision est bonne pour le groupe »?  Malheureusement, trop de gens, trop de citoyens répondent trop souvent à cette question en se disant « tant que c’est bon pour moi, ça va »,  ou, pire encore, répondent par un « bof… » sonore. Et ce sont ces trois lettres mises ensemble, ce « bof… », cette insouciance de l’autre qui résulte en de nombreux manquements à l’éthique. On manque à l’éthique, on manque à la culture parce que l’on choisit d’oublier, d’oublier les autres et, parfois même, de s’oublier. Si l’erreur est une faute, l’oubli l’est tout autant.   « Les individus sont-ils « plus mauvais » ou « moins éthiques » qu’auparavant? », me demande t-on souvent.  Pas forcément.  Il y a cependant un nombre croissant de gens qui répondent « bof » sans réfléchir (pourquoi réfléchir?) et passent à la prochaine question sans s’interroger davantage… La somme de ces absences d’interrogations, de ces oublis sont tragiques en société.

Ce sont notamment les conséquences de cette « bofisation » de la société, de ces non-interrogations et de ces oublis qui contribuent à l’accroissement de l’individualisme pervers et qui empêche de répondre adéquatement à la question « pourquoi tiendrais-je demain une promesse faite aujourd’hui ?» On ne répond plus à cette question parce que l’on ne se la pose plus…on a oublié…

« Ëtre bon, c’est les autres », semble-t-on dire dorénavant…

Il faut comprendre que cette « bofisation » de la société, ce désintérêt pour l’autre et cet oubli sont intenables et que ce n’est pas avec une loi sur l’éthique, qui n’énonce, après tout qu’un seuil minimal, ni avec quelques formations en éthique données furtivement aux élus ou encore par la dénonciation sans fin d’actes répréhensibles ou insignifiants par quelques uns que la situation va d’elle-même s’améliorer.  Ce serait rêver… Pour que la situation s’améliore, il faudra y mettre du « soi », il faudra choisir de cesser d’oublier.  La solution à cette problématique passe nécessairement par la conviction que « vivre-ensemble » est important et que dans l’état actuel des choses, ce « vivre-ensemble » est compromis ou en danger.  Il faut que chacun réinvestisse, se réinvestisse et réintègre la société.

Par où commencer?

Saluez votre voisin, écoutez votre collègue de travail, écrivez à votre député, refusez les explications toutes faites et les idées reçues qui vous sont présentées chaque jours, exercez votre esprit critique, intéressez-vous à ce qui se passe en société, lisez mais, surtout, souvenez-vous et cessez de dire « bof » à la vie… qui est parfois si belle…

L’indifférence est l’antichambre du cynisme…

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La RSE Nord-Africaine

Ceci est le texte de l’allocution d’un de nos membres les plus émérites, René Villemure, présentée le 27 mars 2012  à Tunis lors du  1er Forum International sur la RSE en Tunisie.

La RSE et son importance dans le contexte mondial actuel

La RSE ? Certes. Mais quelle RSE ?

Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais, de RSE sans réflexion.

Si cela va sans dire…cela ira encore mieux en le disant…

Bien que le sujet soit sur toutes les lèvres, on utilise la RSE et l’éthique plus souvent qu’autrement afin de justifier des normes.  Au lieu d’inspirer, on tente de contrôler le comportement en surveillant, en comparant les conduites avec des textes figés et en punissant, ce qui ne constitue pas, d’emblée, des gestes éthiques.  De fait, l’éthique et la RSE, malgré leur notoriété, demeurent mal connues et mal comprises.

Considérant que la notoriété du sujet n’égale pas sa connaissance, j’aimerais vous présenter, en quelque minutes, ce qu’est réellement l’éthique, ce qu’elle n’est pas, puis, enfin de faire le lien avec la RSE, tant la RSE « attendue » que la RSE à inventer dans le cadre de ce Forum.

Même si plusieurs abusent du terme « éthique » et si, en conséquence, celui-ci est de plus en plus « connu », posons la question : malgré sa notoriété, sait-on réellement ce qu’est l’éthique ou ne sommes-nous qu’en mesure d’en déplorer le manque?

L’éthique, et c’est curieux, est l’un de ces sujets que tous semblent vouloir s’approprier sans pour autant en comprendre les exigences ou la portée.  Écoutons les conversations et nous pourrons entendre parler de l’éthique du football et même de l’éthique de ceux qui travaillent fort…  Tout dire sans rien dire…

Ainsi, et c’est incontestable, le sujet de l’éthique est connu mais, s’y arrête-t-on vraiment ?

L’éthique n’a pas la vie facile, elle est souvent masquée par tout ce qui se prend pour elle…c’est la raison pour laquelle on entend plus souvent parler  de « codes d’éthique », c’est-à-dire d’impératifs à suivre absolument sous peine de sanctions.  La RSE « attendue » relève de la même logique, celle de la surveillance.  Cette conception, fort populaire, est cependant réductrice. Elle réduit le « Bien Faire » à l’obéissance…

Ces codes maladroitement appelés « codes d’éthique » relèvent, au sens strict, de la déontologie, c’est-à-dire d’un « discours sur le devoir ».  La déontologie est une pratique normative qui se penche sur son passé, que l’on croit immuable, et qui, souvent, n’aime point son présent.  C’est la raison pour laquelle elle propose d’ajuster le comportement présent au passé jugé « idéal ».  La RSE « classique » dit la même chose…

En situation de décision, le déontologue ou le spécialiste de la RSE « attendue » tentent patiemment de rapprocher rigoureusement la situation en présence du texte original afin de restituer à la situation actuelle la perfection du texte original sans nécessairement tenir compte du contexte ou de l’irrégularité de la situation.  La déontologie est une pratique patiente et mesurée de comparaison avec un texte figé…figé dans le passé, bien sur… La RSE « classique » aussi…

Enfin la déontologie, pour qui n’existent que les cas les plus fréquemment rencontrés, elle inspire par la crainte, elle définit ce qui est « mal », ce qui est interdit, elle recherche la faute par rapport à un texte fondateur jugé parfait. La RSE « attendue »  aussi…

L’éthique, de son côté, est une pratique évaluative fondée sur des valeurs en vue de l’atteinte d’une finalité jugée « bonne »; elle est plus soucieuse du « bien dans les circonstances » que de la conformité systématique à une règle figée.  L’éthique se soucie de la  décision à prendre avec justesse, dans un contexte irrégulier, malgré l’incertitude et tout en considérant que le juste, en soi, est une cible fuyante.  « Que nous incombe-t-il donc de faire dans les circonstances » demande l’éthique.

L’éthique doit être comprise comme étant un exercice réflexif qui résulte d’une certaine prise de conscience collective, d’un désir de faire autrement, d’un ambition de faire « mieux » au niveau moral.  On pourrait parler ici « d’articulation vertueuse » du développement durable par les entreprises.

L’éthique peut-être comparée à une œuvre d’art qui appartient à une époque ou à un peuple; une décision éthique appartiendra toujours à un contexte, à un moment spécifique dans l’espace et dans le temps.  Et tout comme dans le domaine de l’art où les « connaisseurs », nombreux, évaluent la technique, l’éthique a ses faux experts, tout aussi nombreux, qui rédigent des codes standardisés tout en n’ayant peu de souci pour l’éthique en soi ou pour le sentiment artistique de l’éthique. On parle alors « d’éthique irresponsable ».

La RSE qui doit être imaginée et conçue au cours de ce forum devra donc être une « RSE Nord-Africaine » et non pas la reproduction ou une adaptation facile de la RSE « attendue »  concept pensé par d’autres, pour d’autres.

* * *

Lorsqu’on évoque l’éthique dans le cadre d’une réflexion sur une RSE Nord-Africaine il faut savoir que l’éthique est affaire de culture, tant celle d’une organisation, d’une société, d’un mouvement ou d’un peuple.  Elle doit s’appuyer sur des valeurs communes qui devront être claires, praticables et partagées; ces valeurs devront éclairer et éviter de recouvrir ce qui doit être fait par ce qui peut être dit.

L’éthique et la RSE sont affaire de culture et il faut rappeler qu’une culture ne se change pas, elle ne peut que migrer. Lentement.

La migration culturelle, la migration éthique, ou la migration vers une RSE Nord-Africaine est la prise en compte d’un désir de transformation qui permettra de faire le lien entre « pas de RSE », la RSE « attendue », sans liens culturels réels et la RSE Nord-Africaine. C’est cette RSE Nord-Africaine qui permettra de faire le lien entre le durable et le court terme, la création de valeurs et le gaspillage, le collectif et l’individuel.

Il faut influencer la culture actuelle de vos environnements  vers une culture RSE Nord-Africaine parce qu’actuellement la culture de plusieurs organisation ou sociétés présente en Afrique du nord ne se démarque pas, ainsi, on ne la remarque pas… on n’en remarque que les manquements. Ce qui est déplorable et insuffisant pour permettre à vos environnements d’éclore sur le plan éthique.

Et ce sont ces mêmes manquements qui font que l’on ne parle d’éthique qu’en termes de conflits, de fraude ou d’abus; ce sont ces mêmes manquements qui font que l’on parle de RSE en termes de non-conformité, d’abus ou de problème.

Pas très inspirant, il faut l’avouer…

N’auriez-vous pas le goût que l’on fasse référence à la RSE  dans un contexte qui lui est propre plutôt qu’à titre de béquille destinée à surveiller et à punir ?  Bien Agir me semble plus inspirant que « ne pas mal faire ».

La RSE Nord-Africaine exigera de ses acteurs qu’ils puissent évoluer dans un cadre plus large, qu’ils puissent élever leur regard et apprécier la complexité d’un monde en changement.  Le réflexe traditionnel d’automatisme dans les gestes de gestion ou de gouvernance perdra de sa pertinence. Dans le monde de la RSE Nord-Africaine, Voir autrement et penser autrement ne seront plus des alternatives, ce seront des nécessités.

Dans cet effort, plusieurs dangers nous guettent. Je ferai mention du principal danger, celui de la récupération de la RSE par les opportunistes qui seront tentés d’en faire une « RSE de vitrine »… Une éthique de vitrine, une esthétique qui préfèrera le confort de Bien paraître aux exigences de Bien faire.  En matière d’éthique et de RSE Nord-Africaine, la vigilance sera de mise.

L’éthique et la RSE Nord-Africaine ne seront jamais l’aboutissement logique de bonnes intentions.  Elles seront le résultat de réflexion et de proposition fondées sur le sens et sur des valeurs telles la justesse, le respect et la vigilance.

Ces trois valeurs représentent un horizon moral souhaitable d’une RSE à visage humain, d’une RSE Nord-Africaine…

Les ingrédients mystères ? Le temps et la réflexion… ce que nous sommes à faire ici ce matin…

Nous sommes non ce que nous choisissons d’être une fois pour toutes mais ce que nous choisissons de faire à chaque instant

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Certains concepts nous suivent de si près que l’on oublie parfois, d’en préciser le sens…

Plusieurs d’entre vous m’ont écrit suite à la publication du Bulletin Réflexif « La RSE Nord-Africaine » afin de me demander ce qu’était la « RSE ».

Il est vrai que le terme est surtout utilisé en Europe, en Afrique et très peu au Québec.  Les pays anglo-saxons font référence au « CSR », « corporate social responsibility ».

Selon Wikipedia :

« La responsabilité sociétale (ou sociale) des entreprises (RSE) est un « concept dans lequel les entreprises intègrent les préoccupations sociales, environnementales, et économiques dans leurs activités et dans leurs interactions avec leurs parties prenantes sur une base volontaire ».

Énoncé plus clairement et simplement, c’est « la contribution des entreprises aux enjeux du développement durable ». À noter qu’en 2010 le Ministère français de l’Ecologie, de l’Energie et du Développement Durable emploie le terme de responsabilité "sociétale", jugé plus large et plus pertinent que "responsabilité sociale".

(…)

La RSE est donc la déclinaison pour l’entreprise des concepts de développement durable, qui intègrent les trois piliers environnementaux, sociaux, et économiques. Elle a été à l’ordre du jour du sommet de la Terre de Johannesburg en 2002, auquel ont participé de grandes entreprises, en particulier françaises, des secteurs de l’environnement et de l’énergie.

En Belgique, le terme responsabilité sociétale des entreprises est utilisé plutôt que responsabilité sociale des entreprises (traduction directe de l’anglais corporate social responsibility) qui pourrait omettre le pilier environnemental ».

Le Premier forum international sur la RSE en Tunisie a fait l’objet d’une importante couverture média, tant électroniques qu’écrits.  Parmi les articles intéressants :

Tunisie : Qu’en est-il de la responsabilité sociétale des entreprises?

Tunisie : Vers la création d’un label « Responsabilité sociale des entreprises ».

Je remercie tous ceux qui ont pris le temps de me demander ces précisions.

René Villemure

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Comprendre et croire comprendre

Croire comprendre est un état bien dangereux - Paul Valéry.

Toute l’appréciation d’une situation, tant politique, professionnelle que personnelle provient de la distinction entre les concepts de « comprendre » et de « croire comprendre »…

Celui qui comprend est celui qui peut saisir l’ensemble (cum et prehende, en latin), celui qui sait sage de prendre une distance, celui qui sait, parce qu’il recherche l’ensemble, qu’il doit prendre un pas de recul afin d’admirer la perspective, l’ensemble du panorama, afin de le saisir, de le comprendre.

La vue d’ensemble d’une situation permet d’apprécier chaque détail et lui donnant sa juste place.  Sans excès.  Sans insuffisance. La juste place (dans l’ensemble) est celle de l’équilibre, celle où les pièces prennent sens et donnent un sens.

À l’opposé, celui qui croit comprendre regarde les pièces pêle-mêle, sans savoir ou sans pouvoir apprécier le fait que les pièces composent un camion, un édicule ou un arbre. La personne qui croit comprendre se demande sans cesse « comment » arranger les pièces sans égard à la finalité de l’ensemble, qui lui est étrangère.

La personne qui comprend sait « pourquoi » les pièces s’agencent, elle peut apprécier la finalité du projet et ainsi le réaliser.  Sans comprendre, sans la capacité à saisir l’ensemble, la personne qui croit comprendre ne saura jamais si son projet est en cours ou s’il est surachevé.  La personne qui croit comprendre ne comprend pas.

La distinction entre « croire comprendre » et « comprendre » est la même que celle qui existe entre le technicien de l’art et l’artiste.  Le premier sait « comment faire », le second sait, en plus, « pourquoi faire »…

Ceux qui comprennent donnent du sens au monde et le rendent plus beau…

Chercher à comprendre, c’est commencer à désobéir - Jean-Michel Wyl.

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Code éthique de la Ville de Montréal

C’est sans tambour ni trompette que la Ville de Montréal adoptera discrètement lundi prochain la nouvelle mouture de son code d’éthique et de conduite à l’intention des membres du conseil.

C’est dans le sillage de la loi 109 sur l’éthique et la déontologie dans le milieu municipal, qui oblige les municipalités à adopter ou à réviser leur code d’éthique, que la ville de Montréal a choisi de suivre la lettre de la loi et a procédé à quelques améliorations à son code précédent adopté en 2009.
Il est étonnant que la Ville de Montréal, qui ne cesse de clamer haut et fort son caractère unique, qui tente de convaincre qu’elle est une métropole de la culture et qui rabâche constamment sa volonté d’innovation se soit simplement satisfaite d’un code qui n’a d’éthique que le nom, qui est tout à fait semblable aux autres codes des autres municipalités québécoises, qui ne reflète en rien sa culture propre et qui n’innove pas.  À sa lecture, le code d’éthique de la Ville de Montréal pourrait tout aussi bien être celui de n’importe quelle municipalité.
De plus le code proposé, fort en interdictions de toutes sortes, réduit l’éthique à l’obéissance tout en négligeant que celle-ci a comme ambition de « Bien faire » et dépasse largement le seuil de « ne pas mal faire ».  Certes, on y mentionne bien quelques valeurs en introduction mais force est de constater que celles-ci sont traitées comme des lieux communs sans aucune précision et qu’elles n’influencent en rien les nombreuses interdictions du code.  Il importe de savoir que l’éthique est une recherche et un questionnement sans cesse reconduits, qui se résument au fond à cette simple question : « Quoi faire pour bien faire ? » - quand le code, coupant court au questionnement, donne plutôt une réponse : « Vous devez (faire ceci) » ; « Vous ne devez pas (faire cela) ».
L’éthique est affaire de culture et il faut rappeler qu’une culture ne se change pas seulement par la publication d’un code.  L’éthique a comme tâche de favoriser l’éclosion d’une culture qui inspirera les élus, pas de les infantiliser.

Actuellement, la culture éthique de la Ville de Montréal ne se démarque pas, ainsi, on ne la remarque pas… on n’en remarque que les manquements. Ce sont d’ailleurs ces mêmes manquements qui font que l’on ne parle d’éthique qu’en termes de conflits, d’allégations de fraudes ou d’abus.

Dans son état actuel, le code d’éthique de la Ville de Montréal lui permettra d’affirmer qu’elle a bien suivi les recommandations imposées par la loi 109.  Mais, soyons honnêtes, ce n’est pas en se satisfaisant de simplement  « suivre » qu’une ville peut grandir.

L’éthique sans les valeurs, c’est de la pub…

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L’économie mauve, par René Villemure

Ceci est le texte de l’allocution de René Villemure sur l’économie mauve, présentée le 11 octobre 2011 à l’Espace Pierre-Cardin à Paris dans le cadre du 1er Forum international sur l’économie mauve, événement pionnier et fondateur auquel nous participions et dont nous nous sommes déjà fait l’écho à plusieurs reprises.

Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais, d’éthique sans réflexion.

Si cela va sans dire…cela ira encore mieux en le disant…

Bien que le sujet soit sur toutes les lèvres, on utilise l’éthique plus souvent qu’autrement afin de justifier des normes.  Au lieu d’inspirer, on tente de contrôler le comportement en surveillant en en punissant, ce qui ne constitue pas des gestes éthiques.  De fait, l’éthique est mal connue et mal comprise.

Considérant que la notoriété du sujet n’égale pas sa connaissance, j’aimerais vous présenter, en quelque minutes, ce qu’est réellement l’éthique, ce qu’elle n’est pas, puis, enfin de faire le lien avec les enjeux et les responsabilités de l’économie mauve.

Même si plusieurs abusent du terme « éthique » et si, en conséquence, celui-ci est de plus en plus « connu », posons la question : malgré sa notoriété, sait-on réellement ce qu’est l’éthique ou ne sommes-nous qu’en mesure d’en déplorer le manque ?

L’éthique, et c’est curieux, est l’un de ces sujets que tous semblent vouloir s’approprier sans pour autant en connaître le sens, en comprendre les exigences ou la portée.  Écoutons les conversations et nous pourrons entendre parler de l’éthique du football et même de l’éthique de ceux qui travaillent fort…  Tout dire sans rien dire…

Ainsi, et c’est incontestable, le sujet de l’éthique est connu mais, s’y arrête-t-on vraiment ? Je ne crois pas.

L’éthique n’a pas la vie facile, elle est souvent masquée par tout ce qui se prend pour elle… c’est la raison pour laquelle on entends plus souvent parler  de « codes d’éthique », c’est-à-dire d’impératifs à suivre absolument sous peine de sanctions.  Cette conception, fort populaire, est cependant réductrice. Elle réduit le « Bien Faire » à l’obéissance…

Ces codes maladroitement appelés « codes d’éthique » relèvent, au sens strict, de la déontologie, c’est-à-dire d’un « discours sur le devoir ».  La déontologie est une pratique normative qui se penche sur son passé, que l’on croit immuable, et qui, souvent, n’aime point son présent.  C’est la raison pour laquelle elle propose d’ajuster le comportement présent au passé jugé « idéal ».

En situation de décision, le déontologue tente patiemment de rapprocher rigoureusement la situation en présence du texte original afin de restituer à la situation actuelle la perfection du texte original sans nécessairement tenir compte du contexte ou de l’irrégularité de la situation.  La déontologie est une pratique patiente et mesurée de comparaison avec un texte figé…figé dans le passé, bien sur…

Enfin la déontologie, pour qui n’existent que les cas les plus fréquemment rencontrés, relève de la logique du « surveiller et punir », elle inspire par la crainte, elle définit ce qui est « mal », ce qui est interdit, elle recherche la faute par rapport à un texte fondateur jugé parfait.

L’éthique, de son côté, est une pratique évaluative fondée sur des valeurs en vue de l’atteinte d’une finalité jugée « bonne »; elle est plus soucieuse du « bien dans les circonstances » que de la conformité à une règle figée. L’éthique se soucie de la décision à prendre avec justesse, dans un contexte irrégulier, malgré l’incertitude et tout en considérant que le juste, en soi, est une cible fuyante.  « Que nous incombe-t-il donc de faire dans les circonstances » demande l’éthique.

L’éthique doit être comprise comme étant un exercice réflexif qui résulte d’une certaine prise de conscience collective, d’un désir de faire autrement, d’un ambition de faire « mieux » au niveau moral.  L’économie mauve parle ici « d’articulation vertueuse ».

L’éthique peut-être comparée à une œuvre d’art qui appartient à une époque ou à un peuple; une décision éthique appartiendra toujours à un contexte, à un moment spécifique dans l’espace et dans le temps.  Et tout comme dans le domaine de l’art où les « connaisseurs », nombreux, évaluent la technique, l’éthique a ses faux experts, tout aussi nombreux, qui rédigent des codes standardisés tout en n’ayant peu de souci pour l’éthique en soi, pour le sentiment artistique de l’éthique. On parle alors « d’éthique irresponsable ».

Lorsqu’on évoque l’éthique dans le cadre de l’économie mauve, il faut savoir que l’éthique est affaire de culture, tant celle d’une organisation, d’une société, d’un mouvement ou d’un peuple.  Elle doit s’appuyer sur des valeurs communes qui devront être claires, praticables et partagées; ces valeurs devront éclairer et éviter de recouvrir ce qui doit être fait par ce qui peut être dit.

L’éthique est affaire de culture et il faut rappeler qu’une culture ne se change pas, elle migre. Lentement.

La migration culturelle, la migration éthique, ou la migration vers une économie mauve est la prise en compte d’un désir de transformation qui permettra de faire le lien entre « pas d’éthique », l’éthique déontologique et l’éthique en soi; qui permettra de faire le lien entre « le durable et le court terme, la création de valeurs et le gaspillage, le collectif et l’individuel, l’éthique et l’irresponsabilité ».

Il faut influencer la culture vers une culture « éthique plus » (ou une culture plus mauve) parce qu’actuellement la culture de plusieurs organisation, sociétés mouvements ou peuples ne se démarque pas, ainsi, on ne la remarque pas… on n’en remarque que les manquements. Ce qui est déplorable.

Et ce sont ces mêmes manquements qui font que l’on ne parle d’éthique qu’en termes de conflits, de fraude ou d’abus.  Pas très inspirant, il faut l’avouer…

N’auriez-vous pas le goût que l’on fasse référence à l’éthique dans un contexte qui lui est propre plutôt qu’à titre de béquille destinée à surveiller et à punir ?  Bien Agir me semble plus inspirant que « ne pas mal faire ».

Cessons d’écouter les faiseurs de règles, les faiseurs d’images et les faiseurs tout court et réfléchissons sincèrement à l’éthique et aux valeurs; cessons de fonctionner par l’absurde en appelant « éthique » ce qui ne l’est pas.  Faisons un effort afin de mieux connaître ce qu’est l’éthique, l’appréciation éthique, le développement durable éthique, la RSE éthique, les choix éthiques… et l’économie mauve éthique…

La société de l’économie mauve exigera de ses acteurs qu’ils puissent évoluer dans un cadre plus large, qu’ils puissent élever leur regard et apprécier la complexité d’un monde en changement.  Le réflexe traditionnel d’automatisme dans les gestes de gestion ou de gouvernance perdra de sa pertinence. Dans le monde de l’Économie mauve, Voir autrement et penser autrement ne seront plus des alternatives, ce seront des nécessités.

Dans cet effort, plusieurs dangers nous guettent. Je ferai mention du principal danger, celui de la récupération de l’économie mauve par les opportunistes qui seront tentés d’en faire une « économie mauve pâle »… Une éthique de vitrine, une esthétique qui préférera le confort de Bien paraître aux exigences de Bien faire.  En matière d’éthique et d’économie mauve, la vigilance est de mise.

L’éthique et l’économie mauve ne seront jamais l’aboutissement logique de bonnes intentions.  Elles seront le résultat de réflexion et de proposition fondées sur le sens et sur des valeurs telles l’impartialité, le respect et la vigilance.

Ces trois valeurs représentent un horizon moral souhaitable d’une mondialisation à visage humain.


Les ingrédients mystères ? Le temps et la réflexion… ce que nous sommes à faire ici ce soir…

Nous sommes non ce que nous choisissons d’être une fois pour toutes mais ce que nous choisissons de faire à chaque instant

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Là où les autres passent, je m’arrête

Il faut faire du sentiment de soi la source de son style.

Même si plusieurs abusent du terme « éthique » et si, en conséquence, celui-ci est de plus en plus « connu », posons la question : Malgré sa notoriété, sait-on réellement ce qu’est l’éthique ou ne sommes-nous qu’en mesure d’en déplorer le manque ?

L’éthique, et c’est curieux, est l’un de ces sujets que tous semblent vouloir s’approprier sans pour autant en connaître le sens, en comprendre les exigences ou la portée. Écoutons les conversations et nous pourrons entendre parler de l’éthique du golf et même de l’éthique de celui qui travaille fort dans les coins. Tout dire sans rien dire…

Ainsi, et c’est incontestable, le sujet de l’éthique est connu mais, s’y arrête-t-on vraiment? Je ne crois pas.

L’éthique n’a pas la vie facile, elle est souvent masquée par tout ce qui se prend pour elle…

Ainsi, dans son sens le plus fréquemment rencontré, on utilise l’éthique pour justifier des normes, on parle alors de « codes d’éthique », c’est-à-dire d’impératifs à suivre absolument sous peine de sanctions. Cette conception, fort populaire, est cependant réductrice. Elle réduit le « Bien Faire » à l’obéissance…

Ces codes maladroitement appelés « codes d’éthique » relèvent, au sens strict, de la déontologie, c’est-à-dire d’un « discours sur le devoir ». La déontologie est une pratique normative qui se penche sur son passé, que l’on croit immuable, et qui, souvent, n’aime point son présent. C’est la raison pour laquelle elle propose d’ajuster le comportement présent au passé jugé « idéal ».

En situation de décision, le déontologue tente patiemment de rapprocher rigoureusement la situation en présence du texte original afin de restituer à la situation actuelle la perfection du texte original sans nécessairement tenir compte du contexte ou de l’irrégularité de la situation. La déontologie est une pratique patiente et mesurée de comparaison avec un texte figé.

Enfin la déontologie, pour qui n’existent que les cas les plus fréquemment rencontrés, relève de la logique du « surveiller et punir », elle inspire par la crainte, elle définit ce qui est « mal », ce qui est interdit, elle recherche la faute par rapport à un texte fondateur jugé parfait.

L’éthique, de son côté, est une pratique évaluative fondée sur des valeurs en vue de l’atteinte d’une finalité jugée « bonne »; elle est plus soucieuse du « bien dans les circonstances » que de la conformité à une règle figée. L’éthique se soucie de la décision à prendre avec justesse, dans un contexte irrégulier, malgré l’incertitude et tout en considérant que le juste, en soi, est une cible fuyante. « Que nous incombe-t-il donc de faire dans les circonstances » demande l’éthique.

L’éthique doit être comprise comme étant un exercice réflexif qui résulte d’une certaine prise de conscience collective, d’un désir de faire autrement, d’un ambition de faire « mieux » au niveau moral.

L’éthique peut-être comparée à une œuvre d’art qui appartient à une époque ou à un peuple; une décision éthique appartient à un contexte, à un moment spécifique dans l’espace et dans le temps. Et tout comme dans le domaine de l’art où les « connaisseurs », nombreux, évaluent la technique, l’éthique a ses faux experts, tout aussi nombreux, qui rédigent des codes standardisés tout en n’ayant peu de souci pour l’éthique en soi, pour le sentiment artistique de l’éthique.

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L’éthique est affaire de culture, tant celle d’une organisation, d’une société ou celle d’un peuple. Elle doit s’appuyer sur des valeurs communes qui devront être claires et praticables; ces valeurs devront éclairer et éviter de recouvrir ce qui ce qui doit être fait par ce qui peut être dit.

L’éthique est affaire de culture et il faut rappeler qu’une culture ne se change pas, elle migre. Lentement.

La migration culturelle, la migration éthique, est la prise en compte d’un désir de transformation qui permettra de faire le lien entre « pas d’éthique », l’éthique déontologique et l’éthique en soi.

Il faut influencer la culture vers une culture « éthique plus » parce qu’actuellement la culture de plusieurs organisation, sociétés ou peuples ne se démarque pas, ainsi, on ne la remarque pas… on n’en remarque que les manquements. Ce qui est déplorable.

Et ce sont ces mêmes manquements qui font que l’on ne parle d’éthique qu’en termes de conflits, de fraude ou d’abus. Pas très inspirant, il faut l’avouer…

N’auriez-vous pas le goût que l’on fasse référence à l’éthique dans un contexte qui lui est propre plutôt qu’à titre de béquille destinée à surveiller et à punir? Bien Agir me semble plus inspirant que « ne pas mal faire ».

Cessons d’écouter les faiseurs de règles, les faiseurs d’images et les faiseurs tout court et réfléchissons sincèrement à l’éthique et aux valeurs; cessons de fonctionner par l’absurde en appelant « éthique » ce qui ne l’est pas. Faisons un effort afin de mieux connaître ce qu’est l’éthique, l’appréciation éthique, le développement durable éthique, la RSE éthique, les choix éthiques….

Au pouvoir du monde, je n’ai rien à opposer que moi-même.

 

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Art and Sustainability: Connecting Patterns for a Culture of Complexity

We are delighted to announce the publication of our member Sacha Kagan’s* new book « Art and Sustainability: Connecting Patterns for a Culture of Complexity ». This publication is the outcome of his PhD Thesis at Leuphana University. The book proposes an understanding of “culture(s) of sustainability”, “aesthetics of sustainability” and “art and sustainability”,  based on an in-depth theoretical elaboration and a critical discussion of several artists.

What is the cultural dimension of sustainability? This book offers a thought-provoking answer, with a theoretical synthesis on »cultures of sustainability«. Describing how modernity degenerated into a culture of unsustainability, to which the arts are contributing, Sacha Kagan engages us in a fundamental rethinking of our ways of knowing and seeing the world. We must learn not to be afraid of complexity, and to re-awaken a sensibility to patterns that connect. With an overview of ecological art over the past 40 years, and a discussion of art and social change, the book assesses the potential role of art in a much needed transformation process.

A4 flyer with the table of contents: PDF file

Links: Book page on the publisher’s website / Pre-Order page on the publisher’s website (besides, I noticed that pre-order seems to be also possible on amazon.de and amazon.co.uk)

Art and Sustainability: Connecting Patterns for a Culture of Complexity. Will be available in July 2011, ca. 476 p., ca. 39,80 € –ISBN 978-3-8376-1803-7

*Sacha Kagan is :

Sacha also published here :

 

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Bien faire ou bien paraître ?

Les volontés faibles se traduisent par des discours; les volontés fortes par des actes.

- Gustave Lebon

Monsieur Jacques St-Laurent est récemment devenu le premier Commissaire à l’éthique et à la déontologie du Québec. Sa mission est d’appliquer le code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée Nationale du Québec. Le poste de commissaire est réputé être indépendant et neutre. Je crois qu’il est essentiel de bien comprendre par rapport à « quoi » le commissaire est indépendant et par rapport à « qui » sa neutralité devra être évaluée.

La multiplication des fonctions de commissaires, de surveillance ou de contrôle dans l’administration publique prend son origine dans les années 1980 en Amérique. Certains affirment que c’est la faiblesse des administrations et leur volonté de changement qui a présidé à leur apparition. À cette époque, déjà, les citoyens étaient devenus méfiants des élus, soupçonnant ces derniers de partialité indue, brisant de cette manière le socle de la légitimité des parlementaires. Les fonctions de « surveillants » sont ainsi nées du désir du législateur de solidifier le fondement de sa légitimité mise à mal au fil des années. Au Québec, l’adoption du code d’éthique et de déontologie puis la nomination subséquente du commissaire à l’éthique s’inscrit dans ce mouvement de renforcement de légitimité des parlementaires et du gouvernement.

Ceci étant dit, quelques questions importantes s’imposent. Que pourra faire le commissaire à l’éthique alors que le citoyen est de plus en plus cynique devant les initiatives gouvernementales, surtout celles en matière d’éthique? Comment le commissaire pourra-t-il justifier l’existence même de sa fonction? Comment le commissaire pourra-t-il augmenter la confiance des citoyens envers les politiciens? Car, c’est bien de la confiance et de la légitimité dont il s’agit ici… Examinons quelques pistes de solutions.

Sachons, avant tout, que le commissaire à l’éthique est réputé être indépendant des pouvoirs publics. Cette indépendance s’illustre par la relative inamovibilité du commissaire et par l’absence de redevabilité quant à sa nomination qui a été approuvée à l’unanimité par les parlementaires. L’inamovibilité et l’absence de redevabilité représentent les garanties d’indépendance du commissaire. Cependant, il faut bien comprendre que c’est la fonction de commissaire qui est indépendante des pouvoirs publics et que cette indépendance de fonction ne représente pas une garantie d’impartialité des actions ou des décisions prises par le commissaire. L’impartialité (des décisions prises) doit être distinguée de l’indépendance (de fonction). Au fil du temps, l’impartialité du commissaire devra s’illustrer par sa capacité, devant une problématique, à choisir une voie ou une autre sans avoir les mains liées par une partie ou une autre. La personne impartiale est libre et possède la capacité de choisir en fonction du Bien public alors que la personne partiale choisira plutôt en fonction d’autres intérêts ou critères, quels qu’ils soient.

Dans le cas du commissaire à l’éthique où les attentes sont élevées, son impartialité devra s’exercer de manière pratique, réelle, et devra être démontrable dans le traitement qu’il fera des cas qui lui seront soumis. L’impartialité, contrairement à la neutralité, est une affaire de contexte, d’appréciation et de jugement. Le commissaire à l’éthique devra démontrer de manière incontestable que ses décisions favorisent le Bien public.

Le commissaire à l’éthique devra donc construire sa propre légitimité par sa capacité, ou non, à inspirer la conduite des parlementaires et à obliger ses derniers à se conformer au propre code d’éthique et de déontologie qu’ils se sont donné. Le commissaire devra enfin être en mesure de démontrer la rigueur de son argumentation de manière transparente afin que les citoyens puissent retrouver cette confiance qui fait actuellement cruellement défaut. Ce n’est qu’à ce prix, celui de la confiance retrouvée, que la fonction de commissaire à l’éthique deviendra elle-même légitime. On ne saurait mieux dire que Pierre Rosanvallon qui, dans l’ensemble de son œuvre, appelle cette exigence « l’extériorisation d’exemplarité », c’est-à-dire l’apparence de justice au-delà de la justice elle-même.

Ainsi comprise, l’impartialité du Commissaire à l’éthique deviendra elle-même une forme de « Bien public » qu’il conviendra de protéger.

Le défi est de taille. Mais rien n’est impossible.

 

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L’impartialité, la neutralité et l’illusion de justice

La neutralité est un mensonge. Il n’y a pas d’État sans doctrine d’État.

- Charles Maurras

Dans une rencontre entre collègues, demandez lequel des mots « partialité » ou « impartialité » leur semble le plus « éthique ».

Vous entendrez fuser les réponses disant que l’impartialité est préférable à la partialité. Poursuivez l’exercice en demandant aux mêmes collègues « qu’est-ce que l’impartialité » et, de manière prévisible, vous les entendrez énoncer la définition de la neutralité… On dit habituellement de l’impartialité qu’elle est l’absence de partis pris. Bien que valable, cette affirmation est incomplète. Voyons pourquoi.

Comme l’éthique en général, l’impartialité est un concept connu mais qui demeure mal compris, on le confond souvent avec la neutralité, c’est une des raisons pour laquelle l’impartialité est mise à mal depuis quelques mois. La rumeur et le bruit ambiant suggèrent que les décisions prises par nos gouvernants ne sont pas impartiales, qu’elles sont plutôt partiales et, conséquemment, injustes, confondant de fait la partialité avec la partisanerie. Qu’en est-il des concepts de partialité, d’impartialité et de justice? Ces concepts sont-ils conciliables ou s’opposent-ils de manière absolue? Est-il approprié que l’impartialité soit élevée au rang de critère premier d’une décision? Avant de répondre, quelques clarifications s’imposent.

Débutons notre analyse en précisant que la partialité est une extension du mot « parti » qui, lorsque pris au sens politique ou social, désigne un groupe organisé qui partage des idées communes. Au fil du temps, le mot « parti » a été lié au concept de « parti politique ». La personne « partiale » était celle qui était attachée à un parti politique et à ses idées, concevant et mettant de l’avant une certaine idéologie et, parfois certains préjugés. C’est d’ailleurs ce dernier ajout, celui de « préjugés », qui est venue teinter le concept de partialité en lui accolant une facette sombre, factieuse et injuste. Selon cette vision étroite du concept de partialité, un personne partiale est injuste parce qu’elle représente les idées d’un parti. Est-ce, dès lors, approprié de dire que toutes les idées des partis sont injustes? Bien sûr que non. Cependant, à l’ère du citoyen-surveillant-cynique, les idées de tous les partis sont suspectes et sont assimilées systématiquement à des préjugés ou à des partis pris indus, créant de cette manière un sentiment négatif autour du concept de partialité. Pourtant, pour le dire avec Stanislaw Jerzy Lec, même un juge n’est pas impartial, il a un préjugé favorable envers la justice …C’est dans l’administration de la justice que le juge doit pouvoir œuvrer sans partis pris… La même chose peut être dite pour un administrateur : un administrateur est partial, c’est son devoir, il doit protéger l’actionnaire. L’administrateur partial exerce ses compétences en faisant des choix en vue de protéger l’actionnaire et réaliser la mission de sa société. Protéger l’actionnaire est le parti pris du dirigeant. Ne pas protéger l’actionnaire ne relèverait pas de l’impartialité, ce serait plutôt de l’incompétence… Sachons ainsi que toute compétence implique d’office une partialité « juste »; précisons toutefois que cette partialité ne devrait jamais être indue ou manipulatrice.

L’incompréhension ou les hésitations autour de l’articulation du concept d’impartialité résultent de sa malheureuse confusion avec le concept de neutralité. Une personne neutre cherchera constamment à être en équilibre entre le côté gauche et le droit. La personne neutre prendra des décisions avec le seul souci d’être en équilibre et de ne pas pencher ou de ne pas sembler pencher. Ses décisions seront sans saveur, incolores, inodores et ne serviront probablement pas la mission de l’organisation. La personne impartiale, elle, devra exercer ses compétences et faire les choix qui s’imposent. L’impartialité est une position de surplomb qui exige une capacité de discernement. La personne impartiale est celle qui sera en mesure de choisir d’aller à gauche ou d’aller à droite, sans partisanerie indue, en fonction de la mission et des valeurs de la société qui l’emploie. La personne impartiale n’est pas neutre, elle n’a pas les mains liées; la personne impartiale est libre d’exercer ses choix au nom de la mission de sa société ou du Bien Commun. Pour démontrer sa compétence, il est impératif que la personne impartiale exerce les choix attendus d’elle et qu’elle prenne le parti de son employeur; la personne neutre, elle, n’exercera aucun choix et ne démontrera aucune compétence. Neutre, sans saveur, incolore, inodore… et incompétente…

C’est la raison fondamentale pour laquelle l’impartialité est un concept clef en éthique. L’éthique exige que le décideur ait une vision du monde et qu’il la mette en œuvre; l’éthique exige de prendre parti, au nom de la finalité ou de la mission de sa société, tout en laissant au décideur le choix des moyens de prendre ce parti.

Ainsi comprise, l’impartialité peut être le critère premier d’une décision.

Ayons le courage de nos idées et prenons parti.

On ne peut jamais être neutre. Le silence est une opinion.

-       Henri Moret

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L’erreur et le droit à l’erreur

Ce ne sont pas du tout les méchants qui font le plus de mal en ce monde. Ce sont les maladroits, les négligents, les crédules. Les méchants seraient impuissants sans une quantité de bons.

- Paul Valéry

 

Errare humanum est disait le diction souvent tronqué par nos contemporains qui oublient d’y ajouter perseverare diabolicum. Ainsi, l’erreur est humaine, certes, mais rappelons aussi que persévérer dans l’erreur est diabolique…

Depuis quelques années les actions des politiciens, tous niveaux confondus, sont examinées sous toutes leurs coutures; dans ce contexte, il y a lieu de se demander si l’adage Errare humanum est règne toujours et si les politiciens possèdent un « droit à l’erreur ». D’ailleurs, existe-t-il une telle chose que le « droit à l’erreur »?

Avant de procéder davantage, il faut savoir que même si la faute, l’erreur et la négligence sont des variations du manquement, il importe de les distinguer afin de mieux s’y retrouver si l’on désire évoquer un éventuel « droit à l’erreur ».

En premier lieu, il importe de savoir que la faute est l’action de faillir (faillita, le latin ne ment pas…). La faute constitue un manquement à une règle, à un art ou à une discipline; la faute résulte habituellement d’une maladresse de la part du fautif. C’est la principale raison pour laquelle il est important de déterminer si le fautif est maladroit ou insouciant. La différence est considérable : le fautif « maladroit » pouvait ne pas savoir alors que l’insouciant devait savoir.

Le terme « erreur », de son côté, est étymologiquement lié au verbe « errer », c’est-à-dire « marcher à l’aventure », « faire fausse route ». Depuis plusieurs années, on y a accolé le concept de « se tromper ». Commettre une erreur, c’est « se tromper ». Au sens strict, la personne qui fait une erreur ne savait pas qu’elle ferait une erreur mais avait tout de même décidé de procéder dans son action en dépit de son ignorance en la matière. Ainsi comprise, l’erreur est un manquement dû à l’insouciance du décideur.

En troisième lieu, la négligence, ou negligentia, est l’action de ne pas prendre soin ou de ne pas tenir compte de quelque chose ou d’un élément lors de la prise de décision. De par son préfixe « neg », la négligence désigne une omission. La negligentia implique directement l’indifférence ou l’oubli de ses devoirs.

Comme la faute et l’erreur, la négligence est un manquement. Elle est cependant un manquement d’un autre ordre. Alors que la faute et l’erreur sont considérées comme étant des manquements simples, la négligence est un double manquement. Il y a second manquement parce qu’en dépit de son savoir le négligent a tout de même choisi de ne pas tenir compte de certains éléments. Le négligent agit sans vergogne.

Alors, y a-t-il « faute », « erreur » ou « négligence » lorsque l’on analyse la qualité des prises de décisions de nos politiques?

Répondre à cette question n’est pas facile mais il faut tout de même se risquer et tenter d’énoncer des critères d’évaluation du manquement. 

À titre d’exemple, tous conviennent que la médecine est un art dont le médecin dont est réputé être Maître de l’art. Parce que la médecine est un art  on peut invoquer « les règles de l’art » et poser les questions suivantes : Le médecin a-t-il agi selon les règles de l’art? Le médecin a-t-il été maladroit? Insouciant? Incompétent? Le médecin a-t-il failli à ses obligations?

Les philosophes grecs de l’Antiquité nous ont enseigné que la politique était aussi un art. Peut-on pour autant dire que nos politiciens sont des artistes et qu’ils sont Maîtres de leur art?

Pour y répondre, il faut savoir qu’un Maître de l’art, n’est pas censé faire de fautes…justement parce qu’il est Maître de l’art en question et que les fautes résultent directement d’une mauvaise pratique de l’art …

Le cas du médecin qui fait une erreur est quelque peu différent. Celui-ci pourrait commettre des erreurs ou des errements parce qu’il est insuffisamment ou mal formé. Ce qui ne devrait pas être le cas de nos jours où la formation médicale est du plus haut niveau. Le médecin qui erre ne prend pas le chemin attendu de la part d’un Maître de l’art. C’est la raison pour laquelle le médecin qui a fait une erreur est réputé fautif.

Enfin, le médecin négligent ne s’est pas interrogé trop longtemps : il est indifférent ou insouciant. Il a oublié ou « choisi d’oublier » les règles de l’art. Le médecin négligent est aussi fautif.

La faute, l’erreur et la négligence représentent les trois niveaux du manquement dont les motifs ou les degrés diffèrent. Vu de la perspective du patient ou du citoyen, cette distinction pourrait sembler triviale, mais elle est cruciale dans l’évaluation de la conduite du Maître de l’art.

Il est assuré que la faute « pure » et la négligence seront plus faciles à prouver que l’erreur devant une instance chargée d’évaluer les actions du médecin. L’erreur laissera toujours un soupçon d’incertitude… et c’est dans ce contexte précis que l’on devrait faire référence à un « droit à l’erreur »… Ce « droit à l’erreur » qui, au fond, n’en est pas un, devra être assorti d’une « bonne foi » démontrable par le médecin et devra aussi avoir valeur d’enseignement pour les autres membres de la profession ou pour les autres praticiens de l’art en question. Sans ces deux éléments, tout n’est que négligence…

Le même raisonnement peut être fait pour le politicien. Nos politiciens sont-ils suffisamment formés à l’art de la politique? Leur formation politique est-elle du plus haut niveau? Là-dessus, votre réponse vaut bien la mienne…

 

L’insouciance tue…les autres

Stanislaw Jerzy Lec

 

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L’éthique sans les valeurs, c’est de la "comm"…

… mais, ça, les charlatans le savaient déjà…

Le climat de suspicion dans lequel nous vivons voit croître quotidiennement les demandes d’éthique et les divers discours sur l’éthique. L’éthique semble être devenue un remède miracle pour les dirigeants de sociétés commerciales et leurs employés, pour nos gouvernements et même pour les médias. Plusieurs parmi ceux-ci parlent d’éthique en exigeant un code du même nom; certains se drapent d’éthique et affirment sans rire que l’éthique est importante mais que ça demeure l’affaire des autres; d’autres encore réaffirmeront leurs "valeurs corporatives" en voulant montrer à tous leur capacité à être labellisés "éthique plus".

Mais, au gré de ces discours auto-congratulants, parfois pompeux et souvent vides de sens en ce qui concerne les valeurs éthiques, posons la question essentielle : après tous ces efforts, sommes-nous pour autant plus moraux? La réponse à cette question n’est pas simple. Quelques précautions et précisions s’imposent…

Il faut savoir que les valeurs énoncées et affichées dans les discours corporatifs et les plans stratégiques au nom de l’éthique sont souvent des leurres. À la lecture des documents de l’entreprise il est difficile voire impossible de comprendre si les valeurs affichées servent une quelconque vision du Bien ou si ces valeurs ne servent qu’à "faire joli" ou encore à dédouaner les dirigeants en quête de motivation pour leurs employés. Du même souffle, les valeurs semblent souvent n’être devenues qu’un des éléments de promotion de l’entreprise qui en profite pour "surfer" sur un concept à la mode, celui de l’éthique, en le vidant de son sens premier et en le réduisant, lentement mais sûrement, jusqu’à l’obtention d’une esth-éthique molle destinée à impressionner les chalands. À preuve, la plupart des tenants des "valeurs corporatives" ou "organisationnelles" interrogés ne peuvent dire s’ils savent réellement ce qu’est ou ce que représente le concept de "valeur" et, conséquemment, ce à quoi ces valeurs devraient servir. La réponse à cette question, pourtant fondamentale, est souvent moins que concluante…

Tentons d’aller un peu plus loin en précisant ce qu’est une valeur éthique.

Le mot "valeur" est dérivé du latin valorem qui, lui, représente un idéal, un horizon dans lequel on croit. On trouve les valeurs importantes, conséquemment, on les "valorise". Pour le dire simplement : une valeur est, selon le sens premier, un élément qui a de la valeur. Force est cependant de convenir qu’il existe une différence considérable entre les nombreux éléments que l’on peut vouloir valoriser. Il existe, par exemple, une différence conceptuelle irréductible entre une valeur financière, une valeur religieuse et une valeur dite "éthique". Laissons la finance aux financiers et la religion aux théologiens puis concentrons-nous particulièrement sur la dernière catégorie de valeur en précisant notre question initiale: Qu’est-ce qu’une valeur "éthique"?

Pour qu’une idée ou qu’un concept puissent être considérés comme étant des valeurs éthiques il existe un petit test qui implique de répondre positivement à deux exigences sans lesquelles les concepts en présence ne peuvent être qualifiés de valeurs éthiques. En premier lieu, l’idée ou le concept doivent avoir un contenu nécessairement moralement positif. En second lieu, l’idée ou le concept doivent contenir leur propre raison d’être ou, pour le dire autrement, ils doivent être accomplis pour eux-mêmes. Prenons l’exemple de l’honnêteté. En matière d’honnêteté, il n’existe pas de moyen malhonnête d’être honnête. L’honnêteté est ainsi, en elle-même, nécessairement moralement positive. En second lieu, force est de constater qu’il ne fait pas sens de demander à une personne : pourquoi êtes-vous honnête ? La question, le libellé même de la question, ne font pas sens. La personne qui est honnête l’est au nom de l’honnêteté en soi. On est honnête parce qu’on est honnête. C’est tout. L’honnêteté représente une finalité, une raison dernière pour laquelle une personne agit; l’honnêteté n’est, en aucun temps, soumise à aucun impératif extérieur ou plus élevé.

Ainsi expliqué, il est plus aisé de faire la différence entre les valeurs éthiques et les autres types de concepts que l’on appelle "valeurs". Si l’idée ou le concept répondent positivement aux deux exigences énoncées plus haut, nous sommes alors face à une valeur éthique; si l’une ou l’autre ou les deux exigences sont absentes, nous sommes alors face à un moyen, face à un outil ou peut-être face à un slogan mais, surtout, nous ne sommes pas face à une valeur éthique.

Le dirigeant qui choisira de ne pas considérer les deux exigences nécessaires à l’existence même du concept de valeur éthique ne pourra qu’échouer dans son désir d’éthique. Son intention éthique ne demeurera qu’un désir, ses actions seront vaines, présomptueuses et, en définitive, moralement inutiles… mais il pourra toujours se réconforter en disant que l’exercice était difficile et qu’il n’avait pas de mauvaises intentions…

En matière d’éthique, il faut être vigilant, la bonne intention seule ne suffit pas. Afin d’éviter l’instrumentalisation de l’éthique ou les dérapages éthiques il faut, en tout temps, avoir l’œil ouvert et l’esprit critique afin de remarquer, de dénoncer ou de refuser de participer à ces efforts éthiques mal conçus, mal menés, mal encadrés et parfois entrepris pour les mauvaises raisons qui ne pourront finir que par des échecs prévisibles. Ces échecs dus (au moins) à la mauvaise connaissance de l’éthique ont pour conséquence directe l’affaiblissement de la pertinence de l’éthique alors que l’échec du projet devrait plutôt être attribué à un manque de vision, à un manque de connaissances éthiques appropriées ou carrément à une intention mal éclairée chez les responsables du projet en question.

De toute manière, parler d’éthique sans faire précéder ce discours d’une réflexion sincère et compétente sur les valeurs éthiques ne peut résulter qu’en éthique de vitrine ou, disons-le autrement, en de la cosm-éthique…

L’éthique sans les valeurs ne sera jamais que du storytelling, de la pub ou de la "comm’ "… on pourra peindre le monde en rose et vouloir y croire, les chances de succès ne seront jamais qu’aléatoires…

L’éthique est affaire de raisonnement.

La bêtise ne dépasse jamais les bornes. Où qu’elle pose le pied, là est son territoire.

- Stanislaw Jerzy Lec

Retrouvez sur Cultural Engineering Group les billets réflexifs de René Villemure, éthicien, conférencier, président fondateur de l’Institut québécois
d’éthique appliquée notamment aux domaines de l’innovation, de la culture et de la communication.

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