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De l’influence du droit communautaire sur les financements des services culturels / 1

Nous en avons déjà fait mention plusieurs fois ces derniers jours car le sujet ne fait aucune vague ou presque, en tout cas dans les médias, et il faut absolument en parler car ce quasi silence radio donne la fausse impression qu’on se résigne à laisser nos politiques, certains d’entre eux en tout cas à gauche comme à droite, louvoyer non sans opportunisme et porter sans conviction des visions qui trahissent un aveux d’impuissance criant.

Nous nous serions résignés à subir ce qui nous est présenté par ces mêmes politiques comme inévitable et qui est posé d’emblée comme une guerre de tranchées entre droit communautaire et droit souverain.

Dans tous les secteurs, un des rôles des acteurs des territoires est d’éclairer le politique, de lui confier leur expertise. Les acteurs sont en effet les premiers à pouvoir témoigner de l’impact des actions et des projets qu’ils mènent dans un éco-système où le politique cherche à traduire et porter une volonté, des valeurs, des visions. Cet éco-système est d’ailleurs très largement régi par la répartition des compétences entre Etat et Collectivités territoriales qui doivent s’exercer en étroite collaboration. Les acteurs territoriaux, dont certains reçoivent des financements publics pour mettre en œuvre une part de ces compétences selon des objectifs ciblés, sont au contact du terrain et exercent, appelons en chat un chat, un part de la mission de service public.

Ils contribuent ensemble à animer, valoriser, renforcer et enrichir la qualité du cadre de vie de nos territoires.

Cette gouvernance public-privé, disons-le tout net, ne peut tout réussir ni tout résoudre mais il est clair que l’architecture de notre contrat social repose en grande partie sur cette coopération étroite. Or cette coopération étroite évolue au gré des réformes, s’adapte au fil des grands changements sociétaux mais n’a jamais été bouleversée en profondeur depuis les premières lois de décentralisation.

Or la construction européenne, que certains accusent à tort, par crainte ou par ignorance, de tous les maux, modifie la donne acquise depuis des générations, elle amène à considérer non pas qu’il convient d’uniformiser nos espaces souverains et nos cultures mais de les harmoniser (ce qui est bien plus qu’une nuance), de placer le vivre ensemble souverain dans une dimension communautaire. En d’autres termes, l’Europe en marche est l’Europe qui fixe un minimum de règles communes et de principes partagés. Cela signifie qu’il convient d’instituer ces règles et ces principes, au travers du droit communautaire, capable de s’appliquer à tous pour que chacun puisse participer à construire l’identité européenne à partir de sa propre culture et de ce qu’il en tire pour sa propre culture.

De ce point de vue, transposer une directive européenne en droit souverain appelle nécessairement des adaptations d’une part et des dérogations de l’autre, ceci étant nécessairement l’objet de négociations plus ou moins âpres. C’est le lot quotidien du politique que d’assurer que l’intérêt général puisse prévaloir à chaque instant dans ces transpositions qui sont bien plus que du juridique ou du langage technocrate comme disent les eurosceptiques.

La responsabilité est donc grande, ce qui oblige à ce que le dialogue soit fort entre le niveau local, national et européen.

Dans le domaine culturel, il en va de même à priori, sauf que force est de constater que le système est en panne. Nos politiques et nos institutions ont profité des fonds structurels pendant près de 15 ans pour investir dans la réalisation d’infrastructures, d’équipements et de projets tous aussi essentiels et qu’ambitieux, que les Collectivités et encore moins l’Etat ne pouvaient envisager avec autant de moyens. Or, le tarissement annoncé de ces fonds en France (réorientés vers les Etats membres qui en ont plus besoin que nous, et oui, l’Europe est aussi solidaire de ce point de vue-là !) ne semble pas avoir alerté suffisamment quant à l’après fonds structurels ; nos politiques n’ont pas été suffisamment réorientées faute de coordination, faute de dimension interministérielle pour l’Etat et faute de décloisonnement suffisant pour les Collectivités mais aussi faute de vision et de repères clairs pour construire l’avenir.

Les engagements pris ou hérités ont fait la démonstration d’un flottement, d’une errance politique où ce que l’on caractérisait comme un fossé grandissant vis-à-vis du citoyen le devenait aussi vis-à-vis de l’administration et de la « techno structure ». Distraits par des grands débats politiques qui ne font pas apparaître clairement quels sont les enjeux profonds à l’œuvre, les négociations du Traité de Lisbonne ont été le moment décisif où le projet européen s’est fortement orienté en direction de la dérégulation, ce qui précipita plus encore la prédominance de l’économique sur le politique.

Cette tendance lourde à la dérégulation a bien évidemment orienté la façon de penser le droit communautaire mais également la manière dont il se transpose. Les mécanismes de régulation ayant été progressivement amenuisés, les territoires et plus particulièrement les Collectivités ont été contraintes de s’auto-réguler plus encore qu’auparavant, compte tenu de la défaillance plus ou moins forte des Etats, selon les cas.

C’est un boulevard qui s’est ouvert pour les industries culturelles et l’économie dite « créative », creusant ainsi un peu plus l’écart entre la culture « marchande » et la culture « non marchande », entre le privé et le public.

Les acteurs culturels des territoires ont vu leurs missions et leurs projets non pas renforcés mais regardés de plus près, évalués plus fortement par les Collectivités afin de mieux assurer la mission de service public culturel et de services aux publics, faute d’un Etat ou d’une Europe en ordre de marche. Dans le milieu culturel, l’évaluation a longtemps été une question très complexe, pour ne pas dire tabou. Mais petit à petit, chacun est amené à considérer l’adéquation entre les moyens alloués et les résultats produits, tant au plan quantitatif qu’au plan qualitatif, afin de pouvoir construire les actions futures sur la base de budgets dont on a progressivement vu la reconductibiité remise en question.

De plus en plus, les acteurs culturels doivent respecter des critères de conditionnalité des aides qui les poussent plus encore dans l’incertitude certes, mais surtout qui leur donnent le sentiment que la mission culturelle leur est déléguée sans que le temps et les moyens nécessaires leur soient transférés. Ils doivent trouver de nouvelles ressources et à partir de ce moment-là, ce que certains appellaient « la fin de l’ère du 100% subvention », les acteurs culturels ont dû s’adapter, faire évoluer leur propre méthode de gestion et leur ingénierie pour ne pas mettre à mal leur métier et les missions. Beaucoup n’y sont pas parvenus et beaucoup d’autres n’y parviendront pas non plus.

Si ce mouvement d’adaptation était pourtant prévisible, le mouvement qui a suivi l’était tout autant mais les acteurs culturels ont-ils pour autant pleinement passé le premier cap d’évolution ? Rien n’est moins sûr, car ce qui allait de soi dans l’action culturelle, c’est-à-dire sa vocation, ses finalités et ses fondamentaux, a été éclipsé par ce qui n’allait pas de soi, notamment les critères de conditionnalité des aides de l’échelon municipal à l’échelon européen.

La décennie qui vient de s’écouler est clairement pour le secteur culturel une décennie de transition entre deux modèles, deux modèles hélas extrêmes : du 100% subvention au 0% subvention. C’est là justement que se situe l’enjeu majeur de l’harmonisation européenne : remettre de la régulation pour tracer une voie médiane, plus apaisée et constructive plutôt que de laisser s’installer de la manière la plus violente qui soit le passage d’un extrême à l’autre.

Et c’est bel et bien là que le bas blesse car le droit communautaire a évolué entre temps. Le paquet Monti-Kroes, datant de juillet 2005, a été remplacé par le paquet Almunia, adopté par la Commission européenne le 20 décembre 2011 et applicable en France depuis le 1er février 2012. S’adressant à l’ensemble des pouvoirs publics, nationaux et locaux, il émet un principe général d’interdiction des aides d’État (mais dans le langage européen il faut aussi comprendre des aides des Collectivités), tout en autorisant certaines compensations notamment pour la fourniture de « services d’intérêt économique général » (SIEG). Au-delà d’un certain seuil de subvention, le seuil de minimis, qui devrait prochainement être fixé à 500 000 euros sur trois ans, toute compensation fait l’objet d’une notification et cette notification fait bien évidemment l’objet de conditionnalités.

Ceci est lourd de conséquences pour la culture et plus généralement pour l’écosystème culturel. Des mutations profondes s’annoncent et leur application légale depuis le 1er février 2012 menace l’éco-système culturel.

Si nous allons au bout de la logique désormais en place, le secteur culturel est un secteur économique comme les autres, les acteurs culturels sont des opérateurs économiques comme les autres. Cela signifie clairement que la culture relève du champ concurrentiel et que toute intervention ou subvention publique enfreint les principes fondamentaux d’égalité et de transparence. Exit les politiques publiques de financement de la culture, en tout cas telles que nous les avons connues jusqu’à présent.

Le groupe de travail sur l’influence du droit communautaire sur le financement des services culturels par les collectivités territoriales a rendu ses conclusions au Sénat au début du mois d’avril. Le communiqué de presse qui nous est parvenu avec la synthèse du rapport du président du groupe de travail Monsieur Vincent Eblé témoignent de la complexité et de l’importance du sujet mais est surtout la preuve la plus évidente du retard accumulé pour prendre ces questions à bras le corps vis-à-vis de l’Etat et de l’Europe. Ce qui en devient révoltant c’est que notre pays ayant une longue pratique du cumul des mandats, la plupart de nos élus ont parfaitement conscience des enjeux, des menaces auxquelles il faut s’attaquer et des opportunités qu’il convient de saisir dès maintenant pour trouver des solutions soutenables.

Que dire donc du rapport de Monsieur Vincent Eblé, de sa position pour le moins prudentielle et qui se contente de poser des « pistes à explorer » ? Et bien, il arrive trop tard, beaucoup trop tard tel qu’il est rédigé pour endiguer le processus en cours par quelque régime dérogatoire ou d’exemption que ce soit. Tant que l’on en restera à cette absence de mobilisation politique, on aura beau jeu de brocarder et instrumentaliser la culture tout en lui passant de la pommade sur le dos dans les discours, les cocktails d’inaugurations, les think tank de partis politiques, les réunions publiques ou les meetings électoraux.

Il est désormais vital que politiques, techniciens et acteurs culturels prennent collectivement leurs responsabilités car, comme dit le proverbe chinois, c’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur. Nous y sommes.

Fin de la première partie.

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Le sénateur Eblé et l’influence du droit communautaire sur le financement des services culturels

Le groupe de travail sur l’influence du droit communautaire sur le financement des services culturels par les collectivités territoriales a rendu ses conclusions au Sénat au début du mois d’avril. Le communiqué de presse qui nous est parvenu avec la synthèse du rapport du président du groupe de travail Monsieur Vincent Eblé témoigne de la complexité et de l’importance du sujet.

En effet, le droit communautaire évolue. Le paquet Monti-Kroes, datant de juillet 2005, a été remplacé par le paquet Almunia, adopté par la Commission européenne le 20 décembre 2011 et applicable en France depuis le 1er février 2012. S’adressant à l’ensemble des pouvoirs publics, nationaux et locaux, il émet un principe général d’interdiction des aides d’État, tout en autorisant certaines compensations notamment pour la fourniture de « services d’intérêt économique général » (SIEG). Au-delà d’un certain seuil de subvention, le seuil de minimis, qui devrait prochainement être fixé à 500 000 euros sur trois ans, toute compensation fait l’objet d’une notification.

Ceci est lourd de conséquences pour la culture et plus généralement pour l’écosystème culturel. Des mutations profondes s’annoncent. Plusieurs de nos membres sont très mobilisés sur cette question, au premier rang desquels Jean-Michel Lucas alias Doc Kasimir Bisou. Après avoir été consulté par le groupe de travail du Sénat, il a adressé à Monsieur Vincent Eblé le courrier ci-dessous, courrier resté sans réponse à ce jour. Dans ce courrier, la position prudentielle du rapport ne se situant quasi exclusivement au plan juridique est dénoncée sans détours et ce qui aurait dû être posé dès le début des travaux du Sénat est rétabli.

_____

A l’attention de Monsieur Eblé,

Sénateur,

Président du groupe de travail sur l’influence du droit communautaire sur le financement des services culturels par les collectivités territoriales

Monsieur Le Président,

J’ai lu avec attention le  rapport sur « l’influence du droit communautaire sur le financement des services culturels » que vous avez présenté au Sénat le 2 avril dernier devant la Commission de la culture, de l’éducation et de la communication.

Je dois avouer que j’ai été particulièrement surpris par l’analyse que vous avez faite de cette question si déterminante pour l’avenir des politiques culturelles dans notre société de liberté. Je voudrais, en conséquence, vous faire part de mes réactions  en espérant qu’elles puissent influer sur la rédaction finale du document que vous demandez au Sénat de diffuser largement auprès des

autorités publiques et de la société civile.

Mon étonnement tient surtout à l’angle d’approche que vous avez choisi et qui se réduit à une lecture juridique – réglementaire – des dispositifs de soutien aux acteurs culturels. Sur un tel sujet, j’estime qu’une réflexion plus proche des responsabilités d’intérêt général – disons éthiques et politiques – de votre assemblée d’élus du peuple aurait permis de mieux éclairer l’opinion.

* J’observerais d’abord que les textes réglementaires que vous commentez découlent tous d’une même doctrine politique, affirmée avec force par la Directive « services » [1] adoptée depuis 2006 par la Commission comme par le Parlement  européen et qui s’impose à tous les Etats et à toutes les autorités publiques les plus décentralisées. Comme plus personne ne l’ignore, l’enjeu de la Directive est de libéraliser les services c’est à dire de favoriser le marché concurrentiel au nom des valeurs de progrès. Cette libéralisation a pour objectif de «  renforcer l’intégration entre les peuples européens » et de « promouvoir le progrès économique et social équilibré et durable », ce qui n’est pas négligeable ! J’ajoute  toutes les qualités attendues de l’idéal de libéralisation des échanges économiques : « En éliminant ces obstacles, il importe de veiller à ce que le développement des activités de services contribue à l’accomplissement de la mission visée à l’article 2 du traité, à savoir promouvoir dans l’ensemble de la Communauté un développement harmonieux, équilibré et durable des activités économiques, un niveau d’emploi et de protection sociale élevé, l’égalité entre les hommes et les femmes, une croissance durable et non inflationniste, un haut degré de compétitivité et de convergence des performances économiques, un niveau élevé de protection et d’amélioration de la qualité de l’environnement, le relèvement du niveau et de la qualité de vie et la cohésion économique et sociale et la solidarité entre les États membres. ».

On ne peut évidemment pas passer sous silence ces valeurs de progrès qui résulteront du bon fonctionnement de la concurrence. Dès lors, quelle  place détient la culture dans ce système de valeurs ? J’observe que vous n’avez pas cru bon de le préciser à vos collègues. Je fais donc le faire à votre place. [2]

Le premier constat est que, dans cette Directive, les services culturels ou artistiques ne sont pas nommés [3]. Je pourrais en déduire, dans une tradition bien française, que les actions culturelles sous forme de spectacles, d’expositions ou d’ateliers de pratique des arts, ne sont pas considérées comme des services soumis à concurrence. Mais cet espoir est vite déçu car les  services culturels ne sont pas non plus identifiés dans  l’article 2 de la Directive qui dresse la liste détaillée des services échappant à l’obligation de concurrence !

On ne peut tirer qu’une seule conclusion de ce constat : les  « services culturels » (hormis l’audiovisuel) sont  inconnus de la Directive « services ». Ce texte lourdement réglementaire, qui dessine les bons moyens d’accéder au progrès collectif et durable dans l’harmonie sociale, n’accorde aucune importance spécifique à l’enjeu culturel ! Avouez que cette ignorance mérite d’être signalée aux responsables artistiques et culturels, si souvent enclins à revendiquer leur mission civilisatrice de la plus haute importance !  Il leur faut bien se rendre à l’évidence : avec la « Directive services », la culture  recouvre des biens et services de droit commun, ordinaires en somme, dont la valeur pour la société est donnée uniquement, comme pour les autres marchandises ordinaires, par  le jeu du marché libre.  L’idée d’un enjeu culturel public – l’idée d’un service public de la culture  et même l’idée, présente dans les conventions Unesco, que la  culture est une  « marchandise pas comme les autres » - est désavouée par la  Directive « services ».  Elle ne connaît que la catégorie des services de « loisir », c’est à dire des services « d’entertainment » en anglais !

* Il s’agit là d’un choix politique, non d’une exigence juridique et il ne suffit pas de noter, comme le fait votre rapport,  que la Commission ne veut pas envisager d’autres perspectives pour s’en satisfaire ! (Je dirai plus loin que d’autres choix en phase avec le Traité sont possibles).

J’insiste sur cette question de la  valeur publique de cette  culture « inconnue » de la Directive pour une bonne raison qui ne vous a certainement pas échappé lors de la lecture attentive du texte de la Directive « services » : en effet, toutes les activités qui relient les hommes entre eux ne conduisent pas au progrès par le jeu concurrentiel. La Directive considère ainsi que le sport amateur relève d’un autre idéal de progrès. Je m’arrête sur le paragraphe 35 consacré au sport, en espérant que vous vous êtes demandé pourquoi la culture ne reçoit pas les mêmes égards : «  (35) Les activités sportives non lucratives pratiquées à titre amateur poursuivent souvent des objectifs entièrement sociaux ou de loisir. Elles ne constituent donc pas des activités économiques au sens du droit communautaire et ne devraient pas relever du champ d’application de la présente directive. » Idéal non concurrentiel pour le sport en amateur, en tant que pratique « entièrement » sociale ! Par contre, la danse en amateur, le théâtre en amateur, la musique en amateur n’ont pas de légitimité à bénéficier du même régime ! Pire, la Directive ignore jusqu’à leur nom.

Pourquoi votre rapport ne tire -t-il aucun enseignement de cette incompréhensible différence de statut, comme si, pour atteindre le « progrès durable », le sport en amateur avait des vertus que n’ont pas les pratiques amateurs des danseurs ou des musiciens ?

* Je voudrais poursuivre ces réflexions sur les enjeux éthiques cachés derrière l’objectivité juridique de la réglementation. Ainsi, vous avez noté incidemment, comme si de rien n’était,  que « les opérateurs culturels sont assimilés  aux autres opérateurs économiques ». C’est malheureusement vrai. Mais d’où vient cette injonction ? Sur quelle valeur publique est-elle fondée ?

Il n’était pas très compliqué de détailler l’argumentaire qui assimile, de manière si étrange, les acteurs culturels non lucratifs à des industriels maximisant leur profit. Il résulte, vous le savez, d’une interprétation donnée par la Cour européenne de justice ( et non d’une décision d’une instance démocratiquement élue).  Les acteurs culturels comme beaucoup d’autres sont considérés  comme des offreurs  « d’activités économiques ». Ainsi dit la Cour de Justice : «Pour qu’un service donné soit qualifié « d’activité économique » soumise aux règles du marché intérieur (libre circulation des services et liberté d’établissement), il doit présenter la caractéristique essentielle d’être fourni contre rémunération. Il ne doit cependant pas nécessairement être payé par ceux qui en bénéficient. » [4] La vérité publique absolue est donc la suivante :  des lors que la rémunération est payée, par le bénéficiaire du service ou par une autre entité (une collectivité, par exemple), l’acteur culturel est un «offreur » donc un  « vendeur » !

Et  la conséquence pour la société  n’est pas négligeable :  le vendeur d’activités économiques se voit contraint de se soumettre à la règle concurrentielle chargée de sauver le progrès de l’humanité :« 3.2.1 : Toute activité consistant à l’offre des biens et/ou des services sur un marché donné est une activité économique au sens des règles de concurrence ».  Avec en pratique, un déni des valeurs humanistes portées par les  acteurs puisque même si l’acteur culturel se veut « solidaire », « non lucratif », « généreux » et soucieux de « réciprocité » avec les artistes et les publics, il n’est pour cette réglementation qu’une entreprise marchande concurrentielle : «Dans le domaine du droit de la concurrence, la Cour de justice estime que ce n’est pas le secteur ou le statut d’une entité assurant un service (par exemple le fait qu’il s’agisse d’une entreprise publique ou privée, d’une association d’entreprises ou d’un organisme d’administration publique), ni son mode de financement, qui déterminent si ses activités sont considérées comme économiques ou non économiques, mais la nature de l’activité elle-même. »[5]

Ce raisonnement est douloureux pour ceux qui ont le sentiment qu’ils travaillent pour les arts de qualité, en vue d’enrichir la société avec de beaux livres ou des disques de grands interprètes ! Il l’est aussi pour tous ceux qui croient tisser du lien social, favoriser l’émergence de jeunes talents, construire du « Vivre ensemble » en proposant des festivals, des ateliers, des résidences d’artistes sans aucun souci de rentabilité. Rien ne leur interdit de croire à leur idéal mais les valeurs qu’ils accordent à leur action relèvent de leur appréciation personnelle ou professionnelle. Pour le progrès collectif de l’Union, vu par la  Directive « services », ils sont seulement d’ordinaires contributeurs aux offres culturelles marchandes proposées à des consommateurs. Pour l’Union, ils sont des « épiciers », vendeurs de beaux et moins beaux produits culturels !

Personne n’a donc lu, ne serait ce que Malraux qui n’hésitait jamais à affirmer l’éthique publique de la culture  comme une nécessaire résistance aux effets du marché investi par les machines  à rêve, « qui n’ont pas été inventées pour le plaisir des hommes mais seulement pour apporter de l’argent à ceux qui les fabriquent et n’ont de puissance magistrale que dans la mesure où – je parle clairement – elles ne rapportent le maximum d’argent que si elles font appel, chez nous, à ce qui est le moins humain, le plus animal, le plus organique, et, disons le clairement,  le sexe et la mort » !

Mais c’était en 1963 devant l’Assemblée nationale ! Pour le Sénat de 2012, les temps ont bien changé et l’on accepte sans même s’y arrêter que l’idéal pour la culture  résulte de l’échange concurrentiel. Peut -on se taire devant cette curiosité éthique et politique ?

* J’imagine que vous allez m’objecter  que la norme concurrentielle laisse de grandes libertés d’agir autrement. C’est, affirmez vous dans votre rapport, moins « dramatique » que ce que certains veulent bien le dire  puisque l’Union soutient la création de services d’intérêt économique général –les SIEG. Franchissons une étape et voyons alors les alternatives proposées par ces SIEG en matière culturelle.

Avec les SIEG, l’Union paraît s’offrir  une conception du progrès durable qui ne doit plus rien à la valeur de la rentabilité concurrentielle ! De surcroît, les textes laissent à chaque autorité publique locale une grande marge de  manœuvre :  « Il est essentiellement de la responsabilité des autorités publiques, au niveau approprié, de décider de la nature et de l’étendue d’un service d’intérêt général. » Ainsi l’action de l’Union «respecte la diversité des situations dans les Etats membres et les rôles dévolus aux autorités nationales, régionales, locales pour assurer le bien-être de leurs citoyens et promouvoir la cohésion sociale, tout en garantissant des choix démocratiques en ce qui concerne, entre autres, le niveau de qualité des services ». Chaque territoire  ferait ainsi ce qu’il lui plaît   de faire en matière de SIEG :  « L’étendue et  l’organisation des SIEG varient considérablement d’un Etat membre à l’autre, en fonction de l’histoire et de la culture de l’intervention publique dans chacun des Etats membres. Il existe donc une grande diversité de SIEG et les disparités peuvent exister au niveau des besoins et des préférences des utilisateurs en raison de situations géographiques, sociales et culturelles différentes ».[6]

En faisant une lecture journalistique de ces informations de la Commission, je pourrais presque comprendre votre approche juridique puisque manifestement l’Union approuve largement le développement de ces « services publics ». Mais je ne crois pas qu’il suffise d’en rester à ces apparences, car, avec les SIEG, l’enjeu culturel public est réduit à peau de chagrin. Disons réduit à n’être qu’une exception (culturelle) dans la marche de l’Union vers le progrès durable humain. Et c’est cette marginalité de la culture, ainsi consentie, qui est politiquement grave. Je souhaite en faire la démonstration.

* D’abord il faudrait affirmer, haut et fort,  que les  services d’intérêt économique général ne peuvent exister qu’à la condition qu’il en aient l’autorisation ! La règle concurrentielle  comme éthique publique règne comme une épée de Damocles au dessus de la tête des éthiques alternatives. Le premier contrôle s’exprime ainsi par l’injonction que les autorités publiques locales ne doivent pas faire « d’erreurs d’appréciation ». Vous oubliez de nous le rappeler : le SIEG culturel perd toute légitimité s’il fausse la concurrence !  Impossible d’ouvrir un grand magasin public de livres et de disques dans un ville qui en aurait déjà un, privé et rentable ! Concurrence déloyale ! La règle concurrentielle demeure la référence universelle d’une bonne culture collective, et ce,  pour tous les Etats membres, toutes les autorités publiques décentralisées, en toute  situation ! Comme le dit calmement le guide des SIEG : «  Dans ce cadre, l’intervention de la commission vise uniquement à éviter des erreurs susceptibles d’aller à l’encontre des règles du TFUE  (traité sur le fonctionnement de l’union européenne) ». Autrement décodé, les SIEG  « culturels » ne comptent pour le progrès de l’Europe qu’à la condition de laisser passer, en priorité les produits culturels fournis  par le marché concurrentiel. La culture publique est bien sous contrôle de la marchandise ! Malraux est bien loin !

Est ce une éthique publique si évidente que vous ne mentionnez à aucun moment la nécessité d’en débattre ?

* D’autant que la conséquence est dramatique par rapport aux valeurs culturelles défendues par le Traité lui-même.  Regardons le deuxième contrôle imposé par la Commission sur les SIEG. Il est d’une rare bêtise appliquée à l’enjeu culturel collectif : je voudrais  d’autant plus le souligner que vous avez pris cet argument de la Commission pour une avancée alors qu’il ne peut s’agir que d’un recul dans la construction d’une culture commune faite d’interactions entre les cultures qui peuplent l’Europe et le Monde.

Rappelons la règle : les SIEG sont les bienvenus s’ils « n’affectent pas les échanges entre les Etats membres ». En première lecture, le dispositif autorise le versement de subventions aux porteurs de projets culturels, qui ne s’en plaindront sans doute pas.  J’applaudis comme vous l’avez fait, mais le cadeau est trop beau.

Regardons la suite et prenons l’exemple d’un  musée : à quelles conditions peut-on subventionner un musée de Sardaigne, en Sardaigne ? La réponse répétée en 2007 et en 2011 est : « Dans le cas des musées locaux en Sardaigne, il a été considéré que le financement des projets de ces musées d’une portée limitée et d’un budget modeste n’affectaient pas les échanges entre Etats membres, dans la mesure où,  à l’exception de quelques musées d’importance et  de réputation internationalement reconnues, les habitants des autres Etats membres ne franchissaient pas les frontières avec comme but principal celui de visiter ces musées. »[7]

Est-il si difficile de s’apercevoir que cette explication enterre le sens humaniste de toute politique publique culturelle  puisqu’elle nous dit que l’argent public est justifié si l’investissement n’a aucun intérêt pour d’autres cultures que celle des habitants du terroir. La politique culturelle publique n’est autorisée que si elle demeure sans impact auprès des autres européens !

Vous le voyez, le service public de la culture vu par l’Union et ses SIEG est vraiment bizarre : il n’existe que si les cultures restent enfermées sur elles-mêmes. Etonnant, n’est ce pas, surtout quand l’agenda culturel européen  vante les mérites de « l’interculturalité » !

Il ne faudrait pas croire que l’exemple de la Sardaigne soit isolé et anecdotique : c’est la même doctrine du repli de chacun sur son territoire qui est mise en avant pour justifier les subventions à des créateurs basques : « Dans le cas des productions de théâtre basques, il a été considéré que le financement de ces productions n’affectait pas les échanges entre Etats membres, dans la mesure où il s’agissait des productions à petite échelle de micro ou petites entreprises d’une nature locale, leur audience potentielle était limitée à une région géographique et linguistique spécifique, et elles ne pouvaient pas attirer un tourisme transfrontalier. »[8]

Vous avez bien lu : voici les artistes basques, transformés en « micro entreprises » de « loisir » local qui ont droit aux subventions uniquement parce que leur culture est quantité négligeable. Puisque leurs créations théâtrales vivent en circuit fermé, dans la bulle close de leur identité linguistique, séparée  de toutes les autres langues de l’Europe et du monde, ils ont droit à une aide publique. La politique culturelle publique réduite à l’éloge du ghetto culturel !  Etrange raisonnement pour une société de liberté ! Je ne parviens à comprendre que vous ayez pu  trouver cet argument de l’enfermement linguistique positif quand il faudrait, au contraire, justifier l’argent public par la capacité des acteurs à entrer en relations suivies avec d’autres  langues, à s’interconnecter,  à interagir pour engendrer de nouvelles relations culturelles, sans  attendre que le marché en voit la rentabilité ! L’Europe ne devrait pas se laisser aller, ainsi, à interdire l’argent public dès lors qu’il y a des échanges entre les cultures. J’estime, pour ma part et je ne doute pas que vous partagerez ce point de vue,  qu’il est d’une grande irresponsabilité politique de considérer que tous les échanges culturels doivent être rentabilisés  comme si l’interculturalité  entre les européens, et avec le reste du monde, devait reposer sur les seules épaules du marché de concurrence.

* Plus prosaïquement encore, vous l’avez bien noté dans votre rapport, mais pour vous en féliciter, il reste tout à fait possible pour une autorité publique locale de soutenir des  festivals, des créations théâtrales ou des bibliothèques. Le service public de la culture, devenu SIEG, peut presque faire ce qu’il veut, librement, mais toutefois à la condition que les apports publics soient inférieurs à 200000 euros sur trois ans par projet. Autrement comprises, les aides publiques à la culture doivent rester sous le seuil de la valeur « de minimis » ! Elles peuvent donc exister sans contrainte, … pourvu qu’elles soient sans envergure.

Le fait de passer à 500 000 euros ne changera pas le message politique : cette exception culturelle est si minimale qu’elle est négligeable par rapport aux effets de la règle normale d’accès au progrès durable grâce à la concurrence marchande. Politiquement, il n’y a pas de quoi s’en  vanter,  même si beaucoup d’acteurs culturels s’en contentent volontiers.

* Que se passe -t -il si l’autorité publique subventionne plus largement que 200 000 euros sur 3 ans un acteur du secteur culturel ? Vous l’avez bien dit :  l’Union déclare que cette autorité publique distribue une aide d’Etat. Rien ne l’interdit dans les faits mais, aussitôt prévenue, la Commission déclenche son contrôle pour vérifier si les règles concurrentielles ne sont pas perturbées. La valeur de la concurrence n’est pas seulement une « philosophie » du progrès ; elle sait se faire « surveillante générale » et seule « juge ». Je crois qu’il ne faut pas hésiter à rappeler qu’aucun autre juge des valeurs communes, plus attentif par exemple aux relations de dignité entre les personnes ou la valeur esthétique des créations, ne lui est opposé pour parvenir à des compromis. Avec cette idée de l’aide d’Etat, l’épée de Damocles n’est tenue que par le seul chevalier du « progrès par le marché libre » qui accorde, ou non, les autorisations de vivre hors concurrence !

Il y a, bien sur, des moyens d’échapper à ce contrôle de la commission. Il suffit que l’acteur culturel reçoive une mandat de la part de l’autorité publique pour un service répondant à des objectifs de service public. Dans ce tiroir du mandat public d’exception, on imagine des financements publics plus importants que les futurs 500 000 euros de la règle de minimis : on voit se dessiner la carte des musées, des centres culturels municipaux, des opéras, des bibliothèques, des festivals, c’est à dire tous ces équipements et  événements qui ponctuent la vie des villes européennes. L’Europe ne changera pas de sitôt cette réalité de l’investissement public dans cette « culture » qui vise à satisfaire les loisirs de qualité de ses consommateurs.

Toutefois, le sens de ces investissements doit être médité : en effet, il y a bien « mandat public » mais cet intérêt public n’est pas du tout universel. Il n’a qu’une valeur limitée au territoire local et aux circonstances politiques particulières qui ont conduit à la décision. Autrement formulé en terme de responsabilité politique, l’idéal du SIEG est toujours contingent au sens où il est d’exception et spécifique au local, chaque territoire le gérant à sa façon. Un élu peut donner à un service culturel une valeur alternative, par exemple pour nouer des liens sociaux ou favoriser le mieux vivre ensemble, mais le territoire d’à coté peut fort bien revendiquer de privilégier l’aide à la création artistique d’excellence tandis que le troisième n’y fera rien et préférera faire financer par le privé une grande salle de spectacles dits populaires de 20 000 places ! Le sens et la valeur que l’élu donne à la culture ne dépassent pas les frontières de sa compétence territoriale. La liberté de penser et d’agir localement est souvent applaudie mais, dans le cadre des SIEG, elle produit l’éclatement total de l’idée même de politique culturelle.

Le Sénat, justement par ses compétences, aurait quand même pu interroger cet intérêt général de seconde zone institué par le dispositif des SIEG. Car il faut bien admettre qu’il n’y a en Europe aucune règle commune supérieure à la concurrence pour penser une politique culturelle homogène au sein de l’Union. Seul l’idéal concurrentiel  reste et demeure « universel » pour tous les temps et tous les lieux de l’Europe.  Est ce bien cette Europe culturelle  segmentée par territoire et soumise partout au contrôle prioritaire de la concurrence que nous pouvons souhaiter ? Personnellement, je préfère en douter, surtout au moment où la mondialisation nous offre la chance de côtoyer la diversité fantastique de toutes les cultures de la planète.

* Le pire est sans doute que la réglementation européenne offre encore  d’autres possibilités juridiques de financer des SIEG avec des ressources publiques. Le maire pourra préférer la délégation de service public à l’appel d’offres. Il peut même accorder des droits exclusifs aux fournisseurs de services. Il peut aussi verser des subventions si le projet est d’origine associative. Il peut, tout aussi bien, gérer le service public en régie directe. Vous l’avez indiqué, ces  solutions sont nombreuses. La municipalité a beaucoup de choix. Cette liberté d’agir des autorités publiques signifie seulement que, localement,  ces diverses possibilités de gestion publique restent en concurrence entre elles !  L’éthique concurrentielle n’a donc pas abandonné la partie puisqu’elle parvient même à mettre en compétition les différentes procédures publiques, en fonction d’intérêts qui ne relèvent de l’intérêt général de l’Union  mais plutôt des intérêts propres aux différents pouvoirs locaux, eux-mêmes en compétition entre eux  pour plus d’attractivité de leur territoire !

Ainsi, en un mot, avec les SIEG, l’élu local remplace l’investisseur privé  pour fournir à sa place les services culturels non rentables sur son territoire particulier, sans portée pour l’ensemble de l’Union.

La réflexion politique européenne peut-elle en rester à cette conception de la responsabilité culturelle publique ?

Je ne le crois pas. Je suis même convaincu que l’actuel Traité de l’Union  impose une autre perspective pour l’enjeu culturel public. Toutefois, pour avancer dans cette voie, il faut accepter d’opérer un saut qualitatif, que votre rapport n’envisage à aucun moment.

* Je voudrais d’abord affirmer que le Sénat n’est pas tenu par une définition corporatiste de la responsabilité culturelle telle que les professionnels des arts et de la culture l’entendent. En effet, depuis les années 1990, avec le rapport  De Cuellar, l’Unesco a revendiqué une approche humaniste de la diversité des cultures et notre pays l’a approuvée, à l’unanimité de ses parlementaires, comme vous ne pouvez l’ignorer. [9] L’enjeu culturel public est alors associé à l’ambition de faire vivre ensemble des personnes, groupes, communautés aux identités culturelles si différentes. C’est un enjeu politique fort pour tenter de contrecarrer le risque majeur pour notre planète de voir les cultures s’opposer entre elles au point de nous conduire au « clash des civilisations ».  L’article 1 de la Déclaration Universelle sur la diversité culturelle de 2001 a clairement énoncé cette volonté politique de voir les différences de cultures devenir des ressources pour « faire humanité ensemble ». C’est le pari politique qui affirme qu’avec toutes les cultures respectueuses des droits humains, « la  diversité culturelle est  le patrimoine de l’humanité ». Je sais qu’il est inutile de vous rappeler cette exigence politique internationale qui met l’enjeu culturel au cœur de notre avenir commun.

L’Union européenne serait -elle, de son coté, imperméable à cet enjeu culturel au point que le Sénat français ne doive pas l’évoquer ? Je le pense d’autant moins que cette éthique  – « la culture, c’est faire humanité ensemble» -  est fondée sur les principes  mêmes du Traité européen. Je vous en propose la  démonstration suivante,  si  vous voulez bien m’accorder quelques instants supplémentaires.

* Il faut d’abord faire un détour par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 : « Les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». On doit  alors considérer que la responsabilité universelle de la politique publique est de garantir le respect de la dignité de la personne, elle même respectueuse de la dignité et de la liberté des autres personnes. Chaque personne se voit ainsi « reconnue » dans l’identité qui la constitue comme être de dignité, c’est à dire dans sa culture. Et cette relation puissante entre l’identité culturelle et la dignité de la personne a été consignée dans les conventions internationales signées à l’Unesco. On en trouve une formulation  précise dans la Déclaration de Fribourg sur les Droits Culturels : [10]  «l’expression «identité culturelle» est comprise comme l’ensemble des références culturelles par lequel une personne, seule ou en commun, se définit, se constitue, communique et entend être reconnue dans sa dignité ».

J’insiste sans doute trop sur cette dimension culturelle de la dignité mais  il me paraît difficile d’y échapper dans la mesure  où  elle nous est imposée par nos engagements internationaux. Je rappelle par exemple l’article  4 de la Déclaration universelle sur la diversité culturelle qui affirme que « la défense de la diversité culturelle est un impératif éthique, inséparable du respect de la dignité de la personne humaine ». C’est donc bien un idéal de « dignité » adopté par plus 184 Etats qui pose  une autre éthique universelle pour la culture que celle de la concurrence. Non pas pour dire que les marchandises culturelles doivent disparaître. Seulement pour assurer que la préoccupation marchande  ne peut s’autoriser à écraser l’exigence de respect due à la dignité des personnes dans leurs « identités culturelles plurielles, variées et dynamiques ».

* Cette perspective ne peut être ignorée quand on aborde concrètement la question des aides publiques à la culture en Europe. En effet, le Traité est particulièrement attentif à l’enjeu de dignité des personnes.

Ainsi, son préambule confirme  l’attachement des Etats « aux principes de la liberté, de la démocratie et du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’État de droit ». Puis, dès l’article 2 du Traité,  ces  principes se traduisent en engagement éthique : «  L’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes. »

Il suffit de lire ces valeurs éthiques fondatrices de l’Union pour admettre que la valeur de dignité devrait détenir la première place dans le fonctionnement quotidien de l’Union.

* Dans le même sens, il est inévitable de faire référence à l’Article 6 du Traité qui renvoie à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne du 7 décembre 2000. Aucun doute  sur l’universalité de l’exigence de dignité puisque l’article premier  énonce « la dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée ».

Ainsi, même s’il est dommage que vous ne l’ayez pas évoquée,  la responsabilité universelle de l’Union n’est pas seulement de fournir des biens culturels marchands pour le bien-être du plus grand nombre ; elle est aussi de garantir la dignité  de la personne, donc  la reconnaissance de son identité culturelle qui se doit d’être « respectée et protégée » .

* Il  me paraît maintenant possible de faire un pas de plus.

J’observe par exemple que cette  valeur de « respect de la dignité des personnes » n’est pas du tout inconnue de la  Directive « services ». C’est même une valeur qui s’impose comme une évidence dans la pratique concrète de l’institution…, du moins dans certaines circonstances !

J’ai suffisamment critiqué la Directive, avec sa volonté d’associer le progrès  à la seule concurrence entre les marchandises,  pour pouvoir dire maintenant qu’elle propose, aussi, un autre idéal pour construire l’Humanité ensemble. En effet, au point 27, la Directive considère que le marché n’est pas du tout un bon dispositif  lorsque la dignité des personnes est menacée.

Vous comprenez que cette reconnaissance réglementaire – juridique, diriez-vous – de la valeur de dignité est essentielle pour mon argumentation. Je m’empresse donc de citer le texte qui légitime l’intervention publique au nom de la dignité des personnes  : « ces services sont essentiels pour garantir le droit fondamental à la dignité et à l’intégrité humaines et sont une manifestation des principes de cohésion sociale et de solidarité et ne devraient pas être affectés par la présente directive. » Vous avez bien lu  :  ces services qui garantissent la dignité humaine sont « essentiels », donc non contingents. Pourquoi, alors, ne pas revendiquer cette puissante légitimité  en affirmant que la première dignité de la personne ne peut être que la reconnaissance de son identité culturelle, dans le respect de sa liberté et du « vouloir mieux vivre ensemble ».  Les services culturels qui voudraient donner priorité à la dignité des personnes devraient être reconnus comme universels pour l’Union, au titre de ce droit à la dignité affirmé dès l’article 2 du Traité.

* Malheureusement, ce pas n’a pas été franchie par la Commission et le Parlement. La Directive « services » a, en effet, une approche très restrictive de l’idéal de dignité qu’elle limite à des situations objectives définies par des normes professionnelles que seuls les spécialistes des secteurs de la santé, de la réparation sociale ou du logement peuvent apprécier.

Regardons bien le texte de la Directive « services » : il « connaît » les situations d’indignité mais ne laisse aucune place à la « parole » de la personne.  « La présente directive ne devrait pas couvrir les services sociaux dans les domaines du logement, de l’aide à l’enfance et de l’aide aux familles et aux personnes dans le besoin qui sont assurés par l’État au niveau national, régional ou local, par des prestataires mandatés par l’État ou par des associations caritatives reconnues comme telles par l’État avec pour objectif d’assister les personnes qui se trouvent de manière permanente ou temporaire dans une situation de besoin particulière en raison de l’insuffisance de leurs revenus familiaux, ou d’un manque total ou partiel d’indépendance et qui risquent d’être marginalisées. Ces services sont essentiels pour garantir le droit fondamental à la dignité et à l’intégrité humaines et sont une manifestation des principes de cohésion sociale et de solidarité et ne devraient pas être affectés par la présente directive. »

En lisant attentivement cet argumentaire, on comprend que la dignité  n’est mobilisée que pour les situations matérielles qui empêchent les personnes d’être opérationnelles sur les marchés concurrentiels ! Pour la Directive, la dignité n’est donc pas une valeur aussi « essentielle » que ne le voudrait le Traité.

C’est pourquoi il me semble de première importance d’interpeller la Commission sur son interprétation trop restrictive de la « dignité » qui ne permet pas d’inclure l’enjeu culturel reposant sur  la reconnaissance première des dignités culturelles des personnes. Je souhaiterais, pour ma part, que soit suggérée une autre écriture de ce paragraphe 27 de la Directive permettant d’inclure l’enjeu culturel de dignité : «  27) En application du  droit fondamental à la dignité et à l’intégrité humaines visé par l’article 2 du Traité,  la présente directive n’autorise la libéralisation des  services qu’à la condition qu’ils  permettent à la personne  d’affirmer son droit à la liberté et à l’expression de son identité culturelle, « comprise comme l’ensemble des références culturelles par lequel elle se définit, se constitue, communique et entend être reconnue dans sa dignité ».

En somme, en matière culturelle, accepter, certes,  la concurrence, mais  sous contrôle de la dignité !

 

* Une dernière marche reste à franchir si l’on s’autorise à poser l’enjeu culturel en termes éthiques plus que juridiques . L’Union a dû reconnaître que certaines réalités devaient être gérées autrement que par la logique d’échanges de marchandises et a admis, du bout des lèvres,  la nécessité des « services d’intérêt général non économique » (SIG) à coté des SIEG.  Je lis, par exemple, les informations données par la Commission, en 2007 pour rendre possible et légitimer ces services publics : ce sont les «services, qui comprennent par exemple les prérogatives étatiques traditionnelles, telles que la police, la justice et les régimes légaux de sécurité sociale, ne sont soumis ni à une législation communautaire spécifique, ni aux règles du traité relatives au marché intérieur et à la concurrence. »

Vous n’avez pas sérieusement évoqué cette possibilité réglementaire pour asseoir une politique culturelle alternative à celle des SIEG. Pourtant, au regard des enjeux culturels de dignité, ces services d’intérêt général  non économiques (SIG) sont parfaitement adaptés à la réalité de nombreux acteurs culturels soucieux de culture non lucrative, de relations solidaires ou, comme on dit encore en France, d’éducation populaire.

J’aimerais vous confier mes observations sur ce point.

* Je note d’abord que la légitimité de ces services publics n’est pas sérieusement étayée par la Commission. Aussi bizarre que cela puisse paraître, ces services reposent sur des valeurs très vagues  :  le texte les qualifie de « traditionnelles », comme si la tradition était une valeur pilier du Traité de l’Union,  ou, alors, la valeur de ces services est formulée de manière négative –  « non économiques ».  Ainsi, en 2011 en réponse à la question de savoir comment reconnaître de telles activités non économiques (d’intérêt général), la Commission a osé répondre  « les deux catégories d’activités qui ont été déterminées comme non économiques sont : les activités liées à l’exercice des prérogatives de puissance publique et certaines activités d’une nature purement sociale ! [11] »

J’aimerais que vous admettiez, avec moi, la faiblesse insigne de cette justification : je tiens même à dire que l’idée qu’il existe dans la société complexe qui est la notre, des réalités « d’une nature purement sociale » est cocasse. Imaginez ! Il y aurait ainsi, dans l’Union, des activités qui seraient de nature « sociale », sans être de nature « économique » ? Ou à l’envers des activités si purement « économiques » qu’elles ne seraient pas « sociales » ? D’ailleurs, avoir même l’idée de qualifier une réalité  de notre vie collective de « pure » dans sa nature, est suspecte et même injustifiable au regard des dégâts que l’idéologie de la « pureté » en société a pu mobiliser.

De surcroît, et c’est pour moi l’essentiel de l’argument, le fait qu’une activité soit « sociale » ( « purement » ou « entièrement » comme il est écrit pour le « sport amateur ») ou qu’elle soit qualifiée « d’économique » n’est pas pertinent par rapport au Traité. En effet, le qualificatif « purement sociale » ne peut être associée à aucun article du Traité, si bien que la Commission triche en donnant une justification en dehors des clous du formalisme qui devrait pourtant être sa règle incontournable.

Ne serait-il pas nécessaire de refuser cette explication injustifiée  et de réclamer que les SIG (non économiques) reposent plus solidement sur les valeurs fondamentales du Traité ? Et, bien entendu, sur des activités dont la finalité est de permettre aux personnes d’être plus en dignité, vis à vis d’elles-mêmes, vis à vis des autres. Il faut ainsi profiter du flou des justifications de la Commission pour refonder les services d’intérêt général (non économiques) sur la défense des droits humains.

Je  suis persuadé que beaucoup d’acteurs culturels pourraient se reconnaître dans cette exigence éthique. Pas tous, certes, car nombre d’entre eux sont plutôt des vendeurs de produits à des publics satisfaits de leurs consommations de spectacles, de films ou de livres… Pour eux, le marché concurrentiel restera la norme et, à titre d’exception, les SIEG suffiront bien à la peine. Les informations juridiques que vous avez données leur seront parfaitement adaptées.

Mais,  d’autres acteurs culturels privilégient la relation de « reconnaissance » entre les personnes. Les obligations de réciprocité ne se limitent pas au paiement d’un billet ou d’un salaire. L’enjeu est que les personnes progressent sur le chemin de l’émancipation. La culture est alors comprise comme construction d’une humanité ensemble faite de plus de libertés, plus de capabilités, plus de responsabilités vis à vis des autres, pour reprendre les exigences des approches du développement humain, si bien défendues par Amartya Sen, prix Nobel d’économie.

De tels projets acceptent, bien sur, les échanges marchands mais ne s’y réduisent pas car ils nécessitent  la  confrontation des personnes et de leurs libertés culturelles ( et artistiques)  pour mieux favoriser les  interactions entre les mondes sensibles ( ce que j’ai qualifié ailleurs de « palabre » [12] et qui ne peut s’épuiser dans l’offre de marchandises !)

Cet enjeu culturel mérite  bien un dispositif réglementaire identifié. Les services de dignité comme SIG non économiques devraient lui être ouverts, même si les critères pour y entrer seront sans doute plus contraignants que ceux qu’impose la logique marchande aux  SIEG. Ils seront, en tout cas, beaucoup plus valorisants pour ceux qui estiment comme Perez de Cuellar que « nous avons tout lieu d’espérer qu’à mesure que chacun ira défrichant un peu mieux sa propre singularité, il y découvrira au plus profond l’indéniable empreinte de notre humanité commune. »

Je m’autorise à reprendre pour cet enjeu culturel les mots de Mendes France :  « Alors que le progrès consiste à reconnaître à chacun plus de droits, d’indépendance, de dignité non seulement dans la gestion de sa vie personnelle mais aussi dans celle de la communauté à laquelle il appartient, je ne peux croire que ce peuple se désintéresse de son propre progrès. »[13]  En ce sens, je forme le vœu qu’avec votre soutien, l’Union saisisse la nécessité de faire évoluer ses directives pour donner force réglementaire à l’enjeu culturel premier  qui reste de mieux construire notre   humanité commune,  ensemble.

Je vous remercie de votre attention.

Bien respectueusement à vous

Jean Michel Lucas.

_____

[1] Voir le considérant n°1 de la Directive services http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do? uri=CELEX:32006L0123:FR:NOT

[2] Voir sur ce point Jean Michel Lucas et Doc Kasimir Bisou : «   Culture et développement durable :  il est temps d’organiser la palabre ». Editions Irma, Paris,  2012.

[3] Voir le point (33) de la Directive .

[4]Voir Communication de la commission au parlement européen, au conseil, au comité économique et social européen et au comité des régions accompagnant la communication intitulée “Un marché unique pour l’Europe du 21e siècle” Les services d’intérêt général, y compris les services sociaux d’intérêt général : un nouvel engagement européen. 20.11.2007 ; COM(2007) 725 final

[5] Ibidem

[6] Je reviendrai plus tard sur cette étonnante mais subtile différenciation entre services d’intérêt général non économiques (SIG) et SIEG ( services d’intérêt économique général.) Voir le « Guide relatif à l’application aux services d’intérêt économique général, et en particulier aux services sociaux d’intérêt général, des règles de l’Union européenne en matière d’aides d’État, de “marchés publics” et de “marché intérieur »,  point 2.5.

[7] Voir le guide point 3-1-12

[8] Voir le guide point 3.1;12

[9] Je me  réfère ici au votes du parlement adoptant les lois qui autorisent le président de la république à signer les conventions Uneco  sur la diversité culturelle : la Convention sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, et la convention sur la protection et la promotion de  la diversité des expressions culturelles.

[10] voir le site http://www.aidh.org/ONU_GE/Comite_Drtcult/decla-fribourg.htm

[11] voir au point 3.1.4 du guide des sieg.

[12] J’ai resitué cet enjeu dans « Culture et développement durable :  il est temps d’organiser la palabre » éditions Irma 2012.

[13] Pierre Mendes France : « La république Moderne » Edit Gallimard,1966

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Aides des collectivités territoriales et droit communautaire : la culture menacée ?

Le groupe de travail sur l’influence du droit communautaire sur le financement des services culturels par les collectivités territoriales a rendu ses conclusions au Sénat au début du mois d’avril. Le communiqué de presse qui nous est parvenu avec la synthèse du rapport du président du groupe de travail Monsieur Vincent Eblé témoigne de la complexité et de l’importance du sujet.

En effet, le droit communautaire évolue. Le paquet Monti-Kroes, datant de juillet 2005, a été remplacé par le paquet Almunia, adopté par la Commission européenne le 20 décembre 2011 et applicable en France depuis le 1er février 2012. S’adressant à l’ensemble des pouvoirs publics, nationaux et locaux, il émet un principe général d’interdiction des aides d’État, tout en autorisant certaines compensations notamment pour la fourniture de « services d’intérêt économique général » (SIEG). Au-delà d’un certain seuil de subvention, le seuil de minimis, qui devrait prochainement être fixé à 500 000 euros sur trois ans, toute compensation fait l’objet d’une notification.

Ceci est lourd de conséquences pour la culture et plus généralement pour l’écosystème culturel. Des mutations profondes s’annoncent. Plusieurs de nos membres sont très mobilisés sur cette question et nous aurons l’occasion d’y revenir très prochainement en détail.

La synthèse du rapport est téléchargeable dans notre box ressources.

Le communiqué :

Aides des collectivités territoriales et droit communautaire :

mieux prendre en compte les spécificités du secteur de la culture

Le mercredi 4 avril 2012, la commission de la culture, présidée par Mme MarieChristine Blandin (Groupe écologiste – Nord), a adopté les conclusions du groupe de travail sur l’influence du droit communautaire sur le financement des services culturels par les collectivités territoriales, présidé par M. Vincent Eblé (SOC – Seine‑et‑Marne).

Après avoir entendu une trentaine de personnes et rencontré les cabinets des commissaires européens concernés par ce sujet, le groupe de travail dresse le constat d’un risque d’insécurité juridique, lié à la complexité du droit des aides d’État et de la commande publique et à la difficulté de leur mise en œuvre. En outre, acteurs culturels et collectivités territoriales sont confrontés à un enchevêtrement de normes nationales et européennes parfois contradictoires. Enfin, le corpus juridique encadrant le financement des services culturels ne tient pas suffisamment compte du caractère spécifique de la culture pourtant réaffirmé par la convention de l’Unesco.

Certaines pistes sont à explorer :

  • l’analyse des marges de manœuvre existantes (procédure adaptée pour les projets culturels, subventionnement des associations);
  •  la mobilisation des acteurs culturels et des pouvoirs publics pour entamer des négociations avec la Commission européenne afin que soient mieux prises en compte les spécificités culturelles (notifications de régimes d’aides ou d’aides compatibles au sens de l’article 107-3-d du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, incorporation de secteurs culturels dans un règlement général d’exemption) ;
  • un meilleur accompagnement, par l’État, du secteur culturel et des administrations territoriales (formation des personnels des directions régionales des affaires culturelles au sein desquelles serait désigné un référent, présentation claire et fiable des règles de financement, qu’il s’agisse d’un guide ou de la mise à jour de la circulaire du 18 janvier 2010 relative aux relations entre les pouvoirs publics et les associations).

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Fermer la moitié des lieux culturels ?

L’article de Guy Duplat paru récemment dans La Libre Belgique « Fermer la moitié des lieux culturels ? » dépeint une situation devenue intenable pour le secteur culturel un peu partout en Europe, celui-ci ne parvenant plus à être aussi partie prenante d’un projet de société pour les citoyens et pour les politiques, auxquels ils sont pourtant tellement liés. Ce secteur culturel qui est aussi devenu, et désormais plus ouvertement, le terrain de jeu des dérégulateurs. Ce secteur culturel où ses propres professionnels peinent depuis si longtemps à réproblématiser, réinventer, régénérer, réenchanter, réformer, etc. Ce n’est pourtant pas faute d’énergie, de vision, de savoir-faire ou encore d’engagement et de pugnacité.

Les politiques publiques de la culture sont le fruit d’une lente et patiente construction à la pluralité et à la diversité telles qu’on peut l’aborder comme un éco-système. Or, cet éco-système est un assemblage précaire, particulièrement fragilisé, dont l’avenir est plus que jamais lié à l’urgence d’une réflexion politique, y compris à l’échelon européen, à la croisée de la mission de service public et de la mission d’intérêt général.

À la veille d’échéances électorales qui vont décider de quel projet de société nous voulons pour les cinq années à venir en France, la question de l’organisation pour la survie, la préservation et le développement soutenable du secteur culturel est une nouvelle fois posée de façon plus que timide. L’article de Guy Duplat démontre bien que d’autres sont beaucoup moins timides et qu’il faudra bien plus que de la vigilance, de l’indignation aussi engagées soit-elles. Désormais, il va falloir assumer son rôle et sa légitimité d’acteur de la politique culturelle et prendre ses responsabilités pour soit inviter un nouveau référenciel commun, un nouveau logiciel diraient certains politiques, soit laisser s’agrandir la déchirure entre marchand et non marchand, entre ce qui est immédiatement bancable et ce qui ne l’est pas, entre ce qui est soutenable et ce qui ne l’est pas (que de quiproquos sur le sens du mot “soutenabilité”!), entre une valeur ajoutée et une simple valeur partagée, transmise, échangée. Plus que jamais la coopération n’aura été aussi urgente. Elle ne peut plus se payer le luxe d’être la condition d’une résistance ou d’une survivance, elle doit être celle d’une renaissance, à tous les sens du terme.

« Fermer la moitié des lieux culturels ? »

« Le débat fait rage en Allemagne mais aussi en Suisse et en Autriche, après la publication d’un livre brulôt : « L’infractus culturel » (« Der Kulturinfarkt ») signé par quatre personnalités du monde de la culture : Dieter Haselbach, Armin Klein, Pius Knüsel et Stephan Opitz. Leur thèse réussi à faire l’unanimité contre eux, mais il n’empêche : ils ont lancé un débat riche et des très dangereux.

Leur idée est qu’en Allemagne ou en Suisse (Pius Knüsel est le directeur de Pro Helvetia, l’organe public chargé de promouvoir la culture suisse, ce qui rend sa présence parmi les signataires encore plus curieuse !à), l’Etat dépense trop pour la culture et n’a plus de marge de manœuvre pour aider de nouveaux secteurs. Même si ces budgets culturels ne représentent finalement qu’une très faible partie du budget de l’Etat, celui-ci ne pourra plus faire davantage et serait étranglé, obligé de continuer à subsidier « aveuglément » de multiples organismes et institutions nés de la vague de démocratisation de la culture, sans plus de visibilité pour faire encore des choix et aider des secteurs émergents, aider des groupes de la population négligés par l’offre culturelle actuelle ou favoriser une industrie culturelle « mainstream » qui échappe souvent à l’Europe.

Ils proposent alors une « solution » radicale pour retrouver de l’air : fermer environ la moitié des institutions (théâtres, musées, bibliothèques, etc.), confier au privé tout ce qui peut l’être et utiliser l’argent gagné pour d’autres priorités dont ils donnent une liste dans le livre : encourager la « culture populaire », développer une industrie culturelle nationale, prendre en compte les cultures des populations immigrées et aider les formes nouvelles de production et de réception de la culture par voies numériques.

Un discours extrêmement dangereux car il tombe à pic au moment où quasi partout en Europe, les Etats veulent se désengager de la culture et lorgnent sur le modèle libéral américain d’une culture aidée par le privé. Aux Pays-Bas, les budgets culturels ont été amputés de 25%. En matière de danse, par exemple, on évoque aux Pays-Bas un « tsunami » rasant tout sur son passage. Idem au Portugal, en Espagne, en Italie et en Grèce, en Hongrie, en Grande-Bretagne avec à chaque fois une incitation à « être créatif en cherchant à la place des subsides, des partenariats et des aides privées ».

Dans ce mouvement ultralibéral, la France et l’Allemagne étaient (avec la Belgique) presque les seuls à résister. L’Allemagne pouvait même se targuer d’avoir augmenter les budgets pour la culture.

Et voilà que des personnalités impliques dans la culture viennent plaider pour des réorientations drastiques, laissant entendre que la culture subsidiée actuelle serait trop fonctionnarisée, pas assez démocratique, etc. Il n’est pas étonnant que les échos positifs soient venus en Suisse du parti d’extrême droit UDC de Christof Blocher et en Allemagne du journal des affaires , le « Handelshlat », qui estime que c’est une piste pour réunir d’avantage « culture et économie ».

Le livre n’était même pas encore publié que la contestation est née. D’emblée, une cinquantaine d’intellectuels prestigieux ont signé une lettre d’indignation jugeant cette thèse dangereuse car amenant la culture à devenir un bien élitiste. Elle était signée par Wim Wenders, Gunter Grass, Volker Schlöndorff, entre autres.

Les milieux culturels insistent pour dire qu’ils n’ont pas attendu ce brûlot pour être rigoureux, pour évoluer, chercher et toucher de nouveaux publics. Ce livre participerait à la vague de populisme ambiant, voulant indiquer que l’artiste, le « cultureux », serait un perpétuel mendiant, s’imaginant un droit subjectif à la subvention, inconscient de son statut professionnel et social, totalement profane en matière de marketing. Cette image-là, disent-ils est fausse. Le quotidien « Süddeutsche Zeitung » admet que l’Allemagne subsidie beaucoup (il y a 84 opéras dans 81 villes !) et que ces subventions profitent avant tout aux classes moyennes éduquées, mais, dit le journal, n’est-ce pas parce que cette couche de la population a cela en matière de culture et d’art que le pays se porte si bien ?

« Ce livre s’inscrit dans un vaste mouvement qui veut que parce que les caisses sont vides, la culture et la formation soient jugées à l’aune de ce qu’elles rapportent sur le plan économique » s’indignait le quotidien allemand « Taz ».

Bien sûr, plaider pour le maintien (voire la hausse) des subsides n’exonère pas les institutions d’une critique interne et externe. Il faut sans cesse analyser les bijectifs, les moyens et les résultats. Mais c’est déjà largement fait. On pourrait certes faire encore mieux, mais la tentation de tout couper par deux est démagogique et cherche à justifier simplement la tendance dramatique actuelle à diminuer le rôle de l’Etat dans tous les domaines. Et vise à atteindre d’abord les parts les plus expérimentales et singulières de la création. Celles dont nous avons pourtant le plus besoin pour nous inventer un nouvel avenir. »

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La RSE Nord-Africaine

Ceci est le texte de l’allocution d’un de nos membres les plus émérites, René Villemure, présentée le 27 mars 2012  à Tunis lors du  1er Forum International sur la RSE en Tunisie.

La RSE et son importance dans le contexte mondial actuel

La RSE ? Certes. Mais quelle RSE ?

Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais, de RSE sans réflexion.

Si cela va sans dire…cela ira encore mieux en le disant…

Bien que le sujet soit sur toutes les lèvres, on utilise la RSE et l’éthique plus souvent qu’autrement afin de justifier des normes.  Au lieu d’inspirer, on tente de contrôler le comportement en surveillant, en comparant les conduites avec des textes figés et en punissant, ce qui ne constitue pas, d’emblée, des gestes éthiques.  De fait, l’éthique et la RSE, malgré leur notoriété, demeurent mal connues et mal comprises.

Considérant que la notoriété du sujet n’égale pas sa connaissance, j’aimerais vous présenter, en quelque minutes, ce qu’est réellement l’éthique, ce qu’elle n’est pas, puis, enfin de faire le lien avec la RSE, tant la RSE « attendue » que la RSE à inventer dans le cadre de ce Forum.

Même si plusieurs abusent du terme « éthique » et si, en conséquence, celui-ci est de plus en plus « connu », posons la question : malgré sa notoriété, sait-on réellement ce qu’est l’éthique ou ne sommes-nous qu’en mesure d’en déplorer le manque?

L’éthique, et c’est curieux, est l’un de ces sujets que tous semblent vouloir s’approprier sans pour autant en comprendre les exigences ou la portée.  Écoutons les conversations et nous pourrons entendre parler de l’éthique du football et même de l’éthique de ceux qui travaillent fort…  Tout dire sans rien dire…

Ainsi, et c’est incontestable, le sujet de l’éthique est connu mais, s’y arrête-t-on vraiment ?

L’éthique n’a pas la vie facile, elle est souvent masquée par tout ce qui se prend pour elle…c’est la raison pour laquelle on entend plus souvent parler  de « codes d’éthique », c’est-à-dire d’impératifs à suivre absolument sous peine de sanctions.  La RSE « attendue » relève de la même logique, celle de la surveillance.  Cette conception, fort populaire, est cependant réductrice. Elle réduit le « Bien Faire » à l’obéissance…

Ces codes maladroitement appelés « codes d’éthique » relèvent, au sens strict, de la déontologie, c’est-à-dire d’un « discours sur le devoir ».  La déontologie est une pratique normative qui se penche sur son passé, que l’on croit immuable, et qui, souvent, n’aime point son présent.  C’est la raison pour laquelle elle propose d’ajuster le comportement présent au passé jugé « idéal ».  La RSE « classique » dit la même chose…

En situation de décision, le déontologue ou le spécialiste de la RSE « attendue » tentent patiemment de rapprocher rigoureusement la situation en présence du texte original afin de restituer à la situation actuelle la perfection du texte original sans nécessairement tenir compte du contexte ou de l’irrégularité de la situation.  La déontologie est une pratique patiente et mesurée de comparaison avec un texte figé…figé dans le passé, bien sur… La RSE « classique » aussi…

Enfin la déontologie, pour qui n’existent que les cas les plus fréquemment rencontrés, elle inspire par la crainte, elle définit ce qui est « mal », ce qui est interdit, elle recherche la faute par rapport à un texte fondateur jugé parfait. La RSE « attendue »  aussi…

L’éthique, de son côté, est une pratique évaluative fondée sur des valeurs en vue de l’atteinte d’une finalité jugée « bonne »; elle est plus soucieuse du « bien dans les circonstances » que de la conformité systématique à une règle figée.  L’éthique se soucie de la  décision à prendre avec justesse, dans un contexte irrégulier, malgré l’incertitude et tout en considérant que le juste, en soi, est une cible fuyante.  « Que nous incombe-t-il donc de faire dans les circonstances » demande l’éthique.

L’éthique doit être comprise comme étant un exercice réflexif qui résulte d’une certaine prise de conscience collective, d’un désir de faire autrement, d’un ambition de faire « mieux » au niveau moral.  On pourrait parler ici « d’articulation vertueuse » du développement durable par les entreprises.

L’éthique peut-être comparée à une œuvre d’art qui appartient à une époque ou à un peuple; une décision éthique appartiendra toujours à un contexte, à un moment spécifique dans l’espace et dans le temps.  Et tout comme dans le domaine de l’art où les « connaisseurs », nombreux, évaluent la technique, l’éthique a ses faux experts, tout aussi nombreux, qui rédigent des codes standardisés tout en n’ayant peu de souci pour l’éthique en soi ou pour le sentiment artistique de l’éthique. On parle alors « d’éthique irresponsable ».

La RSE qui doit être imaginée et conçue au cours de ce forum devra donc être une « RSE Nord-Africaine » et non pas la reproduction ou une adaptation facile de la RSE « attendue »  concept pensé par d’autres, pour d’autres.

* * *

Lorsqu’on évoque l’éthique dans le cadre d’une réflexion sur une RSE Nord-Africaine il faut savoir que l’éthique est affaire de culture, tant celle d’une organisation, d’une société, d’un mouvement ou d’un peuple.  Elle doit s’appuyer sur des valeurs communes qui devront être claires, praticables et partagées; ces valeurs devront éclairer et éviter de recouvrir ce qui doit être fait par ce qui peut être dit.

L’éthique et la RSE sont affaire de culture et il faut rappeler qu’une culture ne se change pas, elle ne peut que migrer. Lentement.

La migration culturelle, la migration éthique, ou la migration vers une RSE Nord-Africaine est la prise en compte d’un désir de transformation qui permettra de faire le lien entre « pas de RSE », la RSE « attendue », sans liens culturels réels et la RSE Nord-Africaine. C’est cette RSE Nord-Africaine qui permettra de faire le lien entre le durable et le court terme, la création de valeurs et le gaspillage, le collectif et l’individuel.

Il faut influencer la culture actuelle de vos environnements  vers une culture RSE Nord-Africaine parce qu’actuellement la culture de plusieurs organisation ou sociétés présente en Afrique du nord ne se démarque pas, ainsi, on ne la remarque pas… on n’en remarque que les manquements. Ce qui est déplorable et insuffisant pour permettre à vos environnements d’éclore sur le plan éthique.

Et ce sont ces mêmes manquements qui font que l’on ne parle d’éthique qu’en termes de conflits, de fraude ou d’abus; ce sont ces mêmes manquements qui font que l’on parle de RSE en termes de non-conformité, d’abus ou de problème.

Pas très inspirant, il faut l’avouer…

N’auriez-vous pas le goût que l’on fasse référence à la RSE  dans un contexte qui lui est propre plutôt qu’à titre de béquille destinée à surveiller et à punir ?  Bien Agir me semble plus inspirant que « ne pas mal faire ».

La RSE Nord-Africaine exigera de ses acteurs qu’ils puissent évoluer dans un cadre plus large, qu’ils puissent élever leur regard et apprécier la complexité d’un monde en changement.  Le réflexe traditionnel d’automatisme dans les gestes de gestion ou de gouvernance perdra de sa pertinence. Dans le monde de la RSE Nord-Africaine, Voir autrement et penser autrement ne seront plus des alternatives, ce seront des nécessités.

Dans cet effort, plusieurs dangers nous guettent. Je ferai mention du principal danger, celui de la récupération de la RSE par les opportunistes qui seront tentés d’en faire une « RSE de vitrine »… Une éthique de vitrine, une esthétique qui préfèrera le confort de Bien paraître aux exigences de Bien faire.  En matière d’éthique et de RSE Nord-Africaine, la vigilance sera de mise.

L’éthique et la RSE Nord-Africaine ne seront jamais l’aboutissement logique de bonnes intentions.  Elles seront le résultat de réflexion et de proposition fondées sur le sens et sur des valeurs telles la justesse, le respect et la vigilance.

Ces trois valeurs représentent un horizon moral souhaitable d’une RSE à visage humain, d’une RSE Nord-Africaine…

Les ingrédients mystères ? Le temps et la réflexion… ce que nous sommes à faire ici ce matin…

Nous sommes non ce que nous choisissons d’être une fois pour toutes mais ce que nous choisissons de faire à chaque instant

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Certains concepts nous suivent de si près que l’on oublie parfois, d’en préciser le sens…

Plusieurs d’entre vous m’ont écrit suite à la publication du Bulletin Réflexif « La RSE Nord-Africaine » afin de me demander ce qu’était la « RSE ».

Il est vrai que le terme est surtout utilisé en Europe, en Afrique et très peu au Québec.  Les pays anglo-saxons font référence au « CSR », « corporate social responsibility ».

Selon Wikipedia :

« La responsabilité sociétale (ou sociale) des entreprises (RSE) est un « concept dans lequel les entreprises intègrent les préoccupations sociales, environnementales, et économiques dans leurs activités et dans leurs interactions avec leurs parties prenantes sur une base volontaire ».

Énoncé plus clairement et simplement, c’est « la contribution des entreprises aux enjeux du développement durable ». À noter qu’en 2010 le Ministère français de l’Ecologie, de l’Energie et du Développement Durable emploie le terme de responsabilité “sociétale”, jugé plus large et plus pertinent que “responsabilité sociale”.

(…)

La RSE est donc la déclinaison pour l’entreprise des concepts de développement durable, qui intègrent les trois piliers environnementaux, sociaux, et économiques. Elle a été à l’ordre du jour du sommet de la Terre de Johannesburg en 2002, auquel ont participé de grandes entreprises, en particulier françaises, des secteurs de l’environnement et de l’énergie.

En Belgique, le terme responsabilité sociétale des entreprises est utilisé plutôt que responsabilité sociale des entreprises (traduction directe de l’anglais corporate social responsibility) qui pourrait omettre le pilier environnemental ».

Le Premier forum international sur la RSE en Tunisie a fait l’objet d’une importante couverture média, tant électroniques qu’écrits.  Parmi les articles intéressants :

Tunisie : Qu’en est-il de la responsabilité sociétale des entreprises?

Tunisie : Vers la création d’un label « Responsabilité sociale des entreprises ».

Je remercie tous ceux qui ont pris le temps de me demander ces précisions.

René Villemure

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Retrouvez sur Cultural Engineering Group les billets réflexifs de René Villemure, éthicien, conférencier, président fondateur de l’Institut québécois
d’éthique appliquée notamment aux domaines de l’innovation, de la culture, de la gouvernance et de la communication.

Billets réflexifs précédents publiés sur CEG :

Toutes les publications, les actualités et  les activités de René Villemure en cliquant ici.

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Australian cultural policy: a model for the UK

The proposed Australian cultural policy takes things in the right order, says John Holden. Photograph: Hemis / Alamy/Alamy

The proposed Australian cultural policy takes things in the right order, says John Holden. Photograph: Hemis / Alamy/Alamy

The country deserves a coherent, government-wide policy for culture, says John Holden, it’s time once again to learn from the Australians

Last November I visited Australia and the arts community was buzzing with talk about the country’s proposed new cultural policy. So I took a look at the discussion document and I turned green with envy – why can’t we have one of these in the UK?

In Britain we’ve never been good at framing a coherent approach to culture. Back in 1996 a senior civil servant at the Department for National Heritage told the Sunday Times: “It is not part of our culture to think in terms of a cultural policy,” and not much has changed.

The Australian example shows what can be done. It’s a remarkable and mercifully brief document that has many virtues.

First, it sets out the beliefs on which any serious cultural policy must be founded: “The arts and creative industries are fundamental to Australia’s identity as a society and nation, and increasingly to our success as a national economy.” It adds that “the policy will be based on an understanding that a creative nation produces a more inclusive society and a more expressive and confident citizenry.”

Everything that follows in the document is built on this bedrock of ideology. Without such clear and transparent beliefs, and the commitment that flows from them, policies are doomed to endless wrangling about measurement and evidence.

But the document does acknowledge evidence where it exists, and uses it wisely. For example: “Research shows that arts education encourages academic achievement and improves students’ self-esteem, leading to more positive engagement with school and the broader community and higher school retention rates” – therefore “the new national curriculum will ensure that young Australians have access to learning in the creative arts.”

But in the UK we have to suffer the non-evidence based approach of abolishing what went before just because the other lot invented it.

The next virtue is that the proposed policy not only encompasses the arts, heritage and creative industries, but extends into other areas like education and infrastructure. Culture is deemed relevant to every department of government, from the role that it plays in international relations (British Foreign and Commonwealth Office) to its economic importance (HM Treasury), from its impact on the need to build airports for cultural tourists (Department for Communities and Local Goverment) to cultural scholarship in Higher Education (Department for Education).

That relevance is a two-way street: for example, the cultural uses of high speed broadband affect hard infrastructural requirements, while the existence of the hardware creates cultural opportunities.

But with our inheritance of initative-itis and dysfunctional 19th century silos in Whitehall, our treatment of culture within government is confused and contradictory. It needs pulling together into a consistent and logical whole, which is just what the Australian cultural policy is designed to do.

One interesting thing about this Australian initiative is its timing. Down under they are not afflicted by the global financial malaise to the same extent that we are, but they are clearly looking to the future, and asking where societies and economies are going.

Whatever the rights and wrongs of the UK’s Plan A and Plan B, it should be obvious that we need more than hope and excuses to reinvigorate ourselves. We need a long-term economic strategy that recognizes the important part that culture and creativity play. With the cultural and creative economy now accounting for such a large proportion of Britain’s GDP, you would think that some serious consideration would be given to cultural policy right across the piece, rather than following the traditional fractured approach.

The proposed Australian cultural policy takes things in the right order: start with ideology and belief in making the case for culture; gather the evidence where you have it; work out a 10 year integrated strategy across government; decide on the consequent structures and funding needs; adjust according to circumstances.

In the UK we seem to have things topsy-turvy: first the treasury decides how much money there is; then government departments fight among themselves for how much they each get; they decide their own individual priorities; they hand out money; evidence is gathered by the recipients of that money to prove the cash wasn’t wasted. There is no clear political articulation or acceptance of the case for culture at any level.

Those with long memories will recall that the impetus for much of the increased funding, energy and new thinking about culture and the creative industries that we saw in the UK at the end of the 1990s was prompted by an Australian policy paper. Prime Minister Paul Keating’s 1994 document, Creative Nation had a profound influence here. It is time once again to learn from the Australians. This country also needs and deserves a coherent, government-wide policy for culture.

John Holden is associate at independent think tank Demos – he is also a visiting professor at City University in London.

Source : theguardian

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Singapore : arts and culture strategic review recommends ground-up cultural development

Following an extensive public consultation, the Arts and Culture Strategic Review (ACSR) Steering Committee has refined its recommendations and submitted its final report to the Government on 31 January 2012. The ACSR’s vision for 2025 is for Singapore to be a nation of cultured and gracious people, at home with our heritage, and proud of our Singaporean identity. To achieve this vision, the ACSR recommends that our next phase of cultural development be driven from the ground up, supported by a comprehensive suite of proposals aimed at creating a conducive environment for all stakeholders to enjoy arts and culture in Singapore.

Extensive Consultation Shows Strong Support for Arts and Culture 

  • The final report follows the ACSR’s seven-month long public consultation phase, comprising numerous consultation platforms to reach a broad range of stakeholders and members of the public. The public consultation platforms included an online consultation portal, telephone surveys, focus group discussions, interviews, and public forums.
  • During the consultation, the Steering Committee was very heartened by the strong affirmation from the respondents on the value of arts and culture, even from those who were not currently involved in arts and culture. For example, close to 90% of respondents to the telephone survey agreed that arts and culture activities can develop shared experiences and bring people closer to one another, and more than 80% agreed that they can enhance our quality of life.  The public also welcomed the ACSR’s proposals, and its efforts to bring arts and culture practitioners, the community and the Government together for a constructive conversation on the future of our arts and culture landscape. The Steering Committee views that this reveals a maturing society that appreciates the intangible value of arts and culture, that is ready to contribute their talent and enthusiasm towards improving our arts and culture landscape.

Changing Roles of the Community, Artists and Government

  • To achieve the ACSR’s vision, the Committee believes that it is necessary for the mindsets and roles of our community, our arts and culture practitioners, and the Government to evolve:
  • The community could adopt an open mindset to explore new interests, and consider being more active consumers, audiences and participants of arts and culture, by tapping on the wide range of activities already available, as well as resources provided by the Government. The community could also take greater ownership of our cultural development, organise activities, and co-create an environment and identity that authentically reflects who we are as a people and what we value.
  • Our practitioners, as creators of arts and culture, could consider providing a wider range of quality arts and culture offerings to reach out to more audiences, and help raise their appreciation of our local talent. They could also continue to strive towards raising their standards, and be recognised and well-loved both locally and overseas.
  • The Government could move towards being an enabler, playing a facilitative rather than a top-down role, by providing funding, facilities and frameworks to create a nurturing environment where artistic creation and participation can thrive. This could be open to all art forms and all segments of the community, to debunk the misperception that arts and culture is ‘elitist’.

Promoting Engagement and Excellence

  • To catalyse this transformation, the ACSR has recommended a comprehensive suite of initiatives, along two main thrusts
  • Promoting active participation in arts and culture: The ACSR recommends greater support for potential arts and culture participants, hobbyists and enthusiasts, to make arts and culture more accessible and easily interwoven into daily life. This includes enhancing our people’s ability to appreciate arts and culture; affordable and convenient venues for practice and showcase purposes; platforms to network enthusiasts with one another; and greater support for community interest groups (e.g. through start-up grants, starter toolkits, workshops and partnerships with instructors).
  • Enhancing capabilities of our practitioners – both enthusiasts and professional – to develop quality offerings: The ACSR recommends enhancing collaboration opportunities, showcase platforms, education and training, and infrastructural facilities for our practitioners. In addition, the ACSR recommends enhancing the Government’s funding frameworks to streamline administrative requirements and better meet specific needs of arts companies and institutions.

Proposed initiatives includes, amongst others, the following: 

  • “Arts and Culture 101” series: Programmes such as talks, hands-on activities, and the creation of art works under the guidance of practitioners are recommended to introduce the general public to arts and culture. This should include all forms of arts and culture – from more conventional forms such as poetry and painting, to more inclusive forms such as manga and community singing.
  • A one-stop portal, ArtsCultureSG: This portal could include an up-to-date database of programmes and activities, as well as facts, figures and write-ups on our cultural scene and professionals. It could serve as a connecting point for hobbyists and practitioners with similar interests to facilitate the organisation of activities, exchange of ideas and collaborations. Similar services could also be provided over-the-counter at the proposed “cultural concierges” in libraries.
  • Improved cultural facilities in heartlands: To establish more professional yet affordable practice and presentation spaces, existing cultural facilities in the heartlands such as auditoriums, music studios and dance studios could be enhanced to more professional standards, to support the arts and culture needs of the local community as well as practitioners.
  • Optimise funding to meet art companies’ different organisational and developmental needs: The Government’s funding frameworks should be reviewed to differentiate between established and emerging companies, as companies have different developmental needs at different stages of their growth. For example, established companies require funding to drive education, outreach and industry development, and raise their international standing, while emerging companies need funding for growth.
  • New continuing education and training (CET) opportunities for practitioners: Additional CET programmes should be provided and/or subsidised through collaborations with industry partners and arts institutions, as well as through establishing new CET providers. These sector-led and sector-focused programmes will raise standards among our practitioners, while helping to enhance their employability.

The full range of proposed initiatives will benefit all stakeholder groups, including students, working adults, families, hobbyists, enthusiasts, arts and culture companies and professionals. A sampling of the ACSR’s more than 100 initiatives, and their impact on the various stakeholders, is in Annex A. The full ACSR report can be found at www.acsr.sg.
The submission of the ACSR’s final report concludes the work which the ACSR Steering Committee began in September 2010. (See Annex B for the background of the ACSR and the composition of the Steering Committee.)

Source : MICA

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City of Chicago Launches 2012 Cultural Plan Initiative

Chicago Cultural Plan

Last week, the City of Chicago launched a new initiative to develop the 2012 Chicago Cultural Plan. The plan will create a framework to guide Chicago’s future cultural and economic growth as the centerpiece for elevating the City as a global destination for creativity, innovation and excellence. The Department of Cultural Affairs and Special Events is seeking input from Chicago’s residents, cultural organizations, neighborhood groups as well as the private and philanthropic sectors. The Plan will set out the blueprint for a vital and leading edge cultural Chicago.

Chicago has the third largest creative economy in the United States with 24,000 arts enterprises, including nearly 650 non-profit arts organizations, generating more than $2 billion annually and employing 150,000 people. Chicago’s creative vibrancy generates jobs, attracts new businesses and visitors to the city, and improves the overall quality of life in Chicago’s neighborhoods.

To further the conversation and to allow an even greater role, the planning process seeks input online and through comprehensive social media outlets with the launch of www.chicagoculturalplan2012.com. Additionally, a citywide public engagement process begins on February 15th, including town hall meetings, neighborhood cultural conversations, a youth forum, and cultural sector summits. The final plan will be unveiled in the fall.

“We are creating a new Cultural Plan to address the challenges our city faces today and to identify opportunities for the future,” said Michelle T. Boone, Commissioner of the Department of Cultural Affairs and Special Events. “We want residents and community leaders to help shape a plan that will guide the City’s cultural growth and to reinforce Chicago as a global destination for the arts.”

For the Department of Cultural Affairs and Special Events announcement, click here.

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Culture and the financial crisis : maintain or weaken the status quo?

election posters in france (c) Joe Shlabotnik Flickr

Within the last few years, national policy has deteriorated due to budget cuts, and the “General Restructuring of Policies and Administration” (RGPP – Révision Générale des Politiques Publiques)which was implemented in 2007 led to a certain reduction regarding the scope of action for the ministry of culture.

The three competence levels (cities, Departements, regions) try to pursue courageous cultural political objectives, although their intense dedication is curbed by a decreasing national commitment. That means financial losses for the municipalities beyond the French “AAA loss” – they will be forced to reduce their cultural investments, being subject to the debt brake – and this has direct consequences for the field of culture.

The crisis has also an impact on the French municipalities, although their situation is hardly comparable to that in Southern European countries, with the example of Barcelona and the independent Spanish regions being the most significant ones. We observe that other European countries with less developed structures regarding politics, administrations, and investments from the private sector, are also in an awkward position due to the decline of these investments – Great Britain and The Netherlands are epitomes of that.

We hope that the cultural sector – be it on a local or national level – will not be the first one to fall victim to the crisis, given the economical and social situation in various European countries. And there is also the question and the fear what will happen with the commission’s suggestions regarding the agenda 2014-2020? Will the programme maintain all its ambitious objectives without suffering any losses by budget cuts which are arranged jointly by the European council and the parliament?

The election campaign 2012: a promise without a future?

It is justified to ask the question which role the topic of culture will play during the election campaign given the ever-present economical issues – you will find out that culture does not play a too important role on the list of electoral issues. The first electoral statements were made in Avignon on July 16, 2011 in the forum of the daily newspaper “Libération” where several representatives of various parties could have their say. Now, the public election campaign has started, and the speeches delivered by Nicolas Sarkozy on January 26 in Marseille and by François Hollande on January 19 at the BIS-culture exhibition in Nantes revealed first perspectives on the culture programme of the future and possible candidates.

But now, the actual election campaign has to begin in order to obtain more precise propositions. You can observe a great discrepancy regarding the copy rights in e-business and regarding the fate of the Hadopi law [illegal downloads lead to copy right infringements and are therefore prosecuted]. These issues which are red-hot again, especially after the shutdown of the MEGAUPLOAD website, could keep the politicians busy until the election. According the socialist candidate, there is a tendency towards a new legal basis without making any budget increases (orientation law regarding the performing arts, a possible return to 5,5% VAT for cultural goods…) in order to “seal the second act of France’s exceptional cultural position.”

In general, you can observe a lot of weak points in the political speeches when it comes to the position and role of the internet with regards to future cultural political measures, as well in terms of the development of new paradigms as in terms of new economical models. The future culture budget still belongs to the big secrets of the election campaign, in spite of the mutual affirmations which promise a certain inviolability of this budget.

It is obvious that the economical and financial crisis has an impact on the extent of political measures and on the determination of the politicians. Because the municipalities and especially the regions are affected by these limitations there is  less and less hope for a possible social and economical contribution they could produce.

Finally, the absence of any considerations, ideas, or suggestions concerning Europe also has to be mentioned here. No studies regarding the programme 2014-2020 have been developed, nor any perspective for the 2020 strategy. This year, the election campaign is all about French topics – although in the meantime, there are many challenges to be faced on a European level.

ROGER TROPEANO is Chairman of Les Rencontres

Source : 2010LAB.TV

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Les politiques culturelles provinciales et territoriales du Canada. Origines, évolutions et mises en œuvre

Les politiques culturelles provinciales et territoriales du Canada. Origines, évolutions et mises en œuvre traite de diverses questions touchant l’histoire des politiques culturelles canadiennes, de leur institutionnalisation et de leur instrumentalisation.

De quelle façon les gouvernements infranationaux canadiens sont-ils intervenus et interviennent-ils actuellement dans la vie culturelle et artistique de leurs concitoyens ? Sur quels fondements ont-ils basé et basent-ils de nos jours leurs interventions en ce domaine ? Comment traduisent-ils les notions de culture et de politique culturelle au fil du temps ? Quels ont été les facteurs de changement et les sources d’influence à l’origine de la mise en œuvre des politiques culturelles provinciales et territoriales ? Quels en sont les objectifs et les finalités ainsi que les outils d’intervention privilégiés au fil des décennies ? Les réponses ne sont pas simples, mais multiples et complexes de par les idéaux fondateurs et l’historicité des provinces et des territoires canadiens, leur capacité et leurs ressources, mais aussi de par les valeurs et les identités propres des populations qui y habitent, leurs attentes et leurs demandes ainsi que les visées de leurs gouvernements successifs.

Avec la participation de :

Jean-Paul BAILLARGEON, Nicole BARRIEAU, Alison BEALE, Daniel BOURGEOIS, Donna CARDINAL, Joy COHNSTAEDT, Patrice A. DUTIL, Monica GATTINGER, Fernand HARVEY, M. Sharon JEANNOTTE, Jan MARONTATE, Catherine MURRAY, Ronald ROMPKEY, Diane SAINT-PIERRE, Dick STANLEY, Karen WALL, David WHITSON.

Biographie :

Monica Gattinger (codirectrice de l’ouvrage et auteure du chapitre sur l’Ontario) est professeure agrégée à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Son expertise et ses recherches portent sur les politiques culturelles canadiennes, l’intégration continentale et les politiques et réglementations énergétiques (Canada/États-Unis). Outre la codirection du présent ouvrage, elle est codirectrice, avec Geoffrey Hale, de Borders and Bridges : Canada’s Policy Relations in North America (Oxford University Press, 2010), codirectice, avec Caroline Andrew, M. Sharon Jeannotte et Will Straw, de Accounting for Culture : Thinking Through Cultural Citizenship(University of Ottawa Press, 2005), et coauteure, avec G. Bruce Doern, de Power Switch : Energy Regulatory Governance in the Twenty-First Century (University of Toronto Press, 2003).

Diane Saint-Pierre  est professeure à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et responsable de l’axe « Politiques culturelles » de la Chaire Fernand-Dumont sur la culture. Outre la codirection avec Claudine Audet du présent ouvrage, issu d’un colloque, et d’un second sur des cas nationaux (à paraître dans la même collection), ses recherches des dernières années ont porté sur l’évolution des politiques culturelles, notamment dans des perspectives comparatives, sur les groupes d’intérêt en ce domaine et sur le rôle et la place de la culture dans la politique de développement de la ville.

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Indicators of Istanbul

“It’s no surprise that artists–always reliable indicators of a neighborhood beginning its transition—are leading the charge.” Is a quote from video journalist Gabriel Leigh in a recent short piece about the gentrification of the commercial neighborhood of Karaköy in Istanbul. 

In the piece, Leigh described the artist space, Caravansarai as, “A residency and studios for circus-style performance lessons.”  Aside from the not making any sense semantically, that statement is also not true.  Caravansarai is a creative production space and meeting point which houses a collective of two. Adding to the gentrification pedigree–we are also foreigners.

Not much longer in this incarnation. Not to be confused with the entities responsible for gentrification (corporations, government) we are the unfortunate indicators. I say ‘we’ because I am one half of Caravansarai.  We moved into the Perşembe Pazarı section of Karaköy two years ago after a long period of fetishizing it.    Full of wire and tubing and winches and gears and rubber stoppers,  Karaköy was inspirational ever since the first time I strolled through it nine years ago.  At that time I was a tightwire walker and the ease at which I could find materials with which to erect an entire circus excited me.  The neighborhood has existed like this for the past 30 or so years, but it does not have much longer in this incarnation.

Passing Patterns of Perşembe Pazarı. As a tribute and a nod to the transitional nature of the area, we have begun documenting it in non-standard ways:  When we moved in, we invited artists to take their cues from the 1,000 odd years of history of this port district and design pieces to be built into the space.  My associate, Julie Upmeyer’s personal visual work concentrates on the signage of Perşembe Pazarı.  And now, we add to this commemorative mission, a choreography project which will highlight the already existing movement of people, goods, and vehicles around the area—the Passing Patterns of Perşembe Pazarı (PPPP.)

While our love affair with Karaköy and Perşembe Pazarı is ongoing, we find ourselves at scale compared to the larger cultural institutions that are opening up around us.  SALT Galata, bankrolled by, well . . . a bank . . . has ample resources to conduct whatever project they conceive of, while we struggle to maintain our independence as artists while still trying to fund our projects.

Large insitutions are the real gentrifiers of Karaköy. PPPP has no financial backing except what we can gather from other people who get excited about the neighborhood, our ideas, Istanbul in general—especially those who want to sustain the work of individual artists and people as opposed to large institutions—the real gentrifiers of Karaköy.

Source : 2010LABtv.

The Passing Patterns of Perşembe Pazarı can be visited on Kickstarter.com where you can support it either financially or through social media ‘praise’.

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Why re.volution, and a theory of change as we set off

I’ve been lucky enough to work with Mission Models Money for some years now, in a number of ways –most recently as an associate. Their thinking has been instrumental in leading me to the considerations of cultural and broader ecologies that are reflected in my writing about adaptive resilience. Founder Clare Cooper is one of the most optimistic collapsitarians you are ever likely to meet, with energy to match her urgency.

So when I was asked to draw out the learning from the MMM pilot programme  ‘re-evolver’, and then to work on designing a peer learning network which could, ultimately, reconfigure the ways the sector meets its organisation development needs, I was pleased to get involved. It was absolutely what I’m up for: intellectually and politically challenging, as well as a stretching and stimulating creative task working with a great team of people,  - and with the potential for large-scale impact on the long-standing issues I felt I had grappled with during my time as a funder. How best to support people to be sustainable and culturally thrilling? How best to intervene? What’s best left to the sector itself?

The pilot programme brought 8 leaders together and worked through many creases in the idea of a network of leaders which would work on individual, organisational and sectoral issues through a spirit of mutuality – peers giving and getting. On one hand, it’s very simple, on the other, complex and rich but also deceptively hard to deliver.

The more we worked on it, the more I became convinced that re.volution, as it became known, has the power of a simple idea to tie together a number of MMM’s previous strands, including The People Theme and Capital Matters. The network has been designed to help people solve the problems of trying to do too much, with too little, too often on their own. It might, by doing that, just have the system wide effect we need.

Here’s our ‘theory of change’ in summary:

‘A peer learning network of leaders in the arts and cultural sector can develop the confidence, competencies, qualities and attributes needed to renew mission, reconfigure business model and revise approaches to money. They can provide, with appropriate experts from beyond the network, the insight to tackle urgent and long-term challenges, through learning opportunities including mentoring, peer support, on-line learning and face to face events. This will gradually build into a critical mass of leaders who will affect their own and other organisations and the sector as a whole, leading to measurable impact on reducing overextension and undercapitalisation across the sector and a radical, sustainable, reconfiguration of how business support and organisational development can be offered.’

Like all theories of change, it’s debatable and time (a long time for many aspects!) will tell how close reality sticks to it. Two bold funders have backed this vision so far, in the shape of Creative Scotland and Arts Council England. Not only have they invested in re.volution, they have been involved along the way in its co-design, given the importance of funder-behaviour to many of the aspects of the current and future ecology, so many thanks to them.

This is an experiment – as I say, time will tell to what extent it works, and we will of course adapt as we learn along the way. But we do need new ways of going at the wicked problems of over-extension and under-capitalisation in the cultural sector, so why not start with the people? It will be exciting finding out: as one peer in the pilot said  ‘It’s quite refreshing to do something that’s quite hard.’

Mark Robinson*

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*Mark Robinson runs Thinking Practice. He founded the company when he left Arts Council England after 10 years. Mark was Executive Director of Arts Council England, North East, from 2005-2010. Before that, he was Director, Arts & Development, having been Head of Film, Media and Literature at Northern Arts since 2000, where he was instrumental in the creation of Northern Film & Media. He writes regularly about arts strategy and policy on the Thinking Practice blog. This follows in the footsteps of his groundbreaking Arts Counselling blog. (Groundbreaking in that no one else from the Arts Council dared to write in that way.)

He was previously Director of Arts & Humanities at the Centre for Lifelong Learning, University of Durham (1999-2000) where he researched and published on poetry, literature and education, arts and health, and community development. As Director of Cleveland Arts (1993-99) he set up the Teesside Arts in Education agency, amongst a wide variety of initiatives. Prior to this he worked as a freelance writer, literature development worker, writer-in-residence in a prison, directed the Writearound Festival and was an award-winning Head Chef in vegetarian catering.

Mark is a Fellow of the Royal Society of Arts. He is also a widely published poet and critic. His most recent publication is A Balkan Exchange: 8 British and Bulgarian Poets (Arc 2007), the result of a long collaboration between North East England and Bulgaria. A Bulgarian translation of new work will appear in 2011. For 10 years he edited Scratch poetry magazine and press. In 2000 a film featuring one of his poems won a Regional Royal Television Society award.

 

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A propos de l’ARF et de sa manière de considérer les enjeux culturels !

L’Arf a décidé d’organiser ses premières Assises nationales des Régions consacrées aux questions de culture. Elles  se dérouleront à Lyon, le 25 janvier prochain (à partir de 14h) et le 26 janvier (jusqu’à 13h30). Elles donneront lieu à un vaste échange d’expériences et viseront à mettre en débat les questions de gouvernance territoriale et de recomposition des politiques culturelles à l’échelle régionale.

Il y a bien longtemps que l’on attendait une telle initiative, mais à bien regarder le programme, on ne peut pas ne pas s’étonner.

J’ose donc communiquer mon étonnement.

D’abord, étonnantes sont ces assises lyonnaises par le rideau de fumée des questions qu’elle pose : en un jour,  68 questions, enfilées comme des perles, prouvant ainsi que l’ARF n’en a pas résolu beaucoup auparavant, (malgré les changements de législation sur la décentralisation !!).

Admettons que ce soit le réveil de la belle au bois dormant. Mais alors, mauvaise surprise !

Car les régions ne se posent que les questions relatives à la vitalité du secteur culturel. La culture dans le programme est simplement réduite à un secteur d’activités  produisant des biens et des services culturels grâce aux professionnels. Comment organiser l’offre, avec de l’argent public et de l’argent privé ; comment faire connaître nos produits aux consommateurs actuels et futurs ? Comment ces offres (créatives) vont-elles  augmenter l’attractivité de chaque territoire, donc la compétition entre eux ! Exportation des produits, mobilité des producteurs (artistes),  emploi, diffusion des spectacles (ventes), valorisation du patrimoine et gouvernance de toutes ces richesses.Toute la panoplie de l’entrepreneur culturel public y est !!

Mais, au-delà, le vide : rien sur les “droits culturels”, rien sur la reconnaissance des identités culturelles des êtres en dignité sur chaque territoire (et entre les territoires), rien sur  les enjeux de confrontation des identités culturelles dans un monde de tensions. En somme, rien sur la créolisation du monde et le Vivre ensemble. Rien sur la solidarité, la démocratie, les  réciprocités nécessaires pour construire l’humanité par la diversité des cultures. En somme, une réflexion collective qui évite de s’interroger sur le sens et la valeur, disons sur les enjeux éthiques des interventions culturelles publiques pour parvenir à un meilleur développement humain.

Alors, pourquoi citer Vilar, il ne mérite pas ça, et Glissant encore moins, car le texte de justification des assises fait référence à un manifeste collectif signé par Edouard Glissant et par huit autres personnalités (Ernest Breleur, Patrick Chamoiseau, Serge Domi, Gérard Delver,  Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar, Jean-Claude William) voir : http://www.afrik.com/article16280.html;

Car ces assises se présentent sans complexe comme : un “rendez-vous de « haute nécessité » comme le diraient nos amis d’Outre-mer.“.

On n’en croit pas ses yeux  quand on se rappelle ce qui est écrit dans le manifeste  de “ces amis d’Outre-mer”, cité en exergue. Lisons : “Alors que mettre dans ces “produits” de haute nécessité ? C’est tout ce qui constitue le cœur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d’entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd’hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.”

Pourquoi l’ARF cite ce texte qui nous parle de “Dignité”, au sens des droits humains fondamentaux, alors que ces références sont  inconnues ou ignorées par les assises régionales !  Pour être cohérentes avec ce texte, ces premières assises auraient dû se mettre à distance de la logique consommatrice du secteur culturel (combien de publics, combien de touristes, quel chiffre d’affaire, comment gagner plus !). Quitte à voler des textes à Glissant, Chamoiseau et les autres, il aurait fallu avoir l’honnêteté de tout prendre…. , car le Manifeste  en dit long sur ses exigences politiques. Il est  à méditer pour les apprentis sorciers des citations :“Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s’est étendu à l’ensemble de la planète avec la force aveugle d’une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens.

Ou encore,

“L’autre très haute nécessité est ensuite de s’inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n’est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d’un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d’une société non économique, où l’idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d’épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l’humain. Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables “producteurs” – chefs d’entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes – incapables de tressaillements en face d’un sursaut de souffrance et de l’impérieuse nécessité d’un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n’existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d’un système flou, globalisé, qu’il nous faut affronter ensemble.”

Ainsi, avant de faire référence à “nos amis d’Outre-mer”, il aurait fallu relire la critique et ne pas faire comme si elle  n’avait pas d’importance ! Et il aurait été rassurant que ces assises la comprenne : les régions auraient pu affirmer que la culture ne pouvait se limiter au stock des marchandises sur les rayons des épiceries culturelles, publiques ou privées, mais que l’enjeu culturel est  plutôt d’engager les interactions entre des personnes reconnues d’égale dignité et d’égale liberté (dont la liberté artistique), en vue de faire ensemble un peu mieux “humanité”. Mais sans doute, les rédacteurs ne connaissent-ils pas la Déclaration de Fribourg et pas plus la Convention Unesco sur le PCI -  patrimoine culturel immatériel  qui concerne pourtant aussi les régions – et, encore moins, les 7 premiers articles de la Déclaration universelle de 2001 de l’Unesco (l’usage qui est fait de “diversité  culturelle ” dans l’annonce du programme le montre assez clairement !).

Ces assises en restent, en fait, au programme d’un bricoleur pragmatique !  Avec “boite à outils”, mais pour quelles valeurs culturelles , pour quel sens de la politique culturelle ? Celle des droits culturels pour plus d’humanité ou celle de la directive “services” de l’Union européenne  pour  répondre aux attentes des consommateurs,  donc aux soucis d’émotion des abonnés à Télérama ? Refus du débat éthique, ces assises font peur à refuser l’essentiel de l’enjeu culturel : l’émancipation qui est pourtant le credo du texte cité en exergue : “Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. “

Là, je ne vois pas les présidents de régions et leurs services culturels  applaudir !

Bon courage quand même aux régions dans leur réflexion sur leur mission publique de faire culture ensemble , c’est-à-dire faire plus humanité en société de liberté ! ça viendra un jour ! Peut-être pour les secondes assises ? Mais quand le changement lucide viendra-t-il vraiment sur le front de la politique culturelle publique ?

Jean Michel Lucas et Doc Kasimir Bisou

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Le musée Guggenheim, positif pour la Finlande

Annonce de la construction d'un musée Guggenheim à Helsinki.

La municipalité de Helsinki prévoit de construire un musée Guggenheim. Dans une étude de faisabilité demandée par la ville, la fondation Guggenheim a proposé comme site le quartier portuaire. Dans le débat autour de ce projet de prestige, il convient de privilégier son importance pour la réputation de la Finlande, estime le quotidien libéral Kainuun Sanomat : “Bilbao en Espagne est un bon exemple de la manière dont un musée Guggenheim peut forger l’image d’une ville. Sans le musée, on connaîtrait à peine cette ville, de taille inférieure à Helsinki. Le bâtiment, d’une architecture originale, est une curiosité fascinante. … Espérons que ce nouveau projet rassemble un nombre suffisant de personnes qui n’y voient pas uniquement les avantages financiers. Un rôle important revient à la ville d’Helsinki. Il ne s’agit pas seulement d’un projet local. L’image d’Helsinki est un élément essentiel de la réputation de la Finlande, et son renforcement une mission nationale. L’utilisation de dotations de l’Etat pour le projet est importante, même si cela n’est pas possible dans les années à venir, du moins en quantités substantielles.”

Source : BpB

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Culture et développement durable : il est temps d’organiser la palabre…

Quelle belle manière de finir 2011 et d’entrer en matière pour 2012 ! Il nous l’avait promis et il l’a fait : l’inénarrable Jean-Michel Lucas (alias Doc Kasimir Bisou) vient de publier via l’IRMA la version désormais achevée du texte dont nous faisions déjà état il y a plus d’un an sur le thème “culture et le développement durable”.

Cette contribution majeure pose les fondements d’une nouvelle action en matière culturelle et matière de politique culturelle mais bien entendu avant cela, comme l’indique l’IRMA dans sa présentation de l’ouvrage, l’auteur révèle les incohérences d’un secteur culturel qui se soumet aux lois du marché, et tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur les écueils de la démocratisation de la culture et propose d’autres pistes de réflexion et de perspective politique sur la « volonté collective de déterminer les bonnes attitudes culturelles nécessaires pour construire un avenir commun à l’humanité durable ». Alors, la culture doit-elle contribuer au développement durable humain ou en être une condition ? Jean-Michel Lucas pousse son analyse jusqu’à proposer une nouvelle écriture de l’Agenda 21 de la culture qui assumerait des dispositifs de débats « libres, ouverts et documentés », en lien avec des dispositifs d’action publique notamment au niveau européen.Avec l’approfondissement de la crise économique, la « culture » a changé de rôle : elle est devenue espoir d’un futur meilleur, au point d’être considérée comme le quatrième pilier du développement durable pour l’Agenda 21. Certes, sous le chapeau des industries culturelles et créatives, l’illusion semble parfaite puisque la culture générerait plus de 600 milliards d’euros et représenterait 14 millions d’emplois dans l’union européenne. Mais, face à ce constat, Jean-Michel Lucas pointe la perte de sens de ce nouveau rôle attribué au secteur culturel. Après avoir analysée la place qui lui est accordée dans les textes fondateurs du développent durable humain (de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement de Rio en 1992 jusqu’à l’Agenda 21 de la culture), il montre l’impasse dans laquelle se trouvent actuellement les professionnels de la culture qui n’ont plus qu’une position de « fournisseurs de services » et troquent leur public fidèle contre de bons clients. L’auteur s’emploie à démontrer qu’une autre perspective politique, ouverte initialement par Jon Hawkes, est nécessaire et possible ; elle prend acte des accords internationaux sur la diversité culturelle et affirme la primauté des enjeux de reconnaissance de la dignité des personnes dans leur identité culturelle toujours mouvante. La culture, dans l’esprit de la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels, n’est plus un chiffre d’affaires de champions nationaux, mais une éthique, pour faire ensemble société, ou mieux encore, faire humanité commune et durable. L’auteur préconise de réécrire, en ce sens, l’Agenda 21 en estimant qu’il est vraiment temps d’organiser la palabre !

L’auteur, Jean Michel Lucas, universitaire, est engagé de longue date dans l’action culturelle et particulièrement la valorisation des musiques actuelles. Il a occupé des fonctions de responsabilité dans l’administration culturelle (Drac et conseiller de Jack Lang). Ses travaux de recherche portent sur la critique des politiques culturelles et, sous le pseudonyme du Doc Kasimir Bisou, il plaide pour la prise en compte des enjeux éthiques dans la conduite des politiques de la culture.

Nous attendons avec impatience la version anglaise car cela ne fait aucun doute que ce texte va faire le tour de la planète.

Références de l’ouvrage : 

Titre “Culture et développement durable. Il est temps d’organiser la palabre…” • Éditeur : Irma, collection ®evolutic • Édition : Janvier 2012 • Format : 15 x 20 cm • Pagination : 128 pages •

Pour plus d’informations et commander l’ouvrage, cliquez ici.

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“Happy Hours” : une étude de référence

Conformément à sa mission d’observation du livre et de l’écrit en Île-de-France, le MOTif a consulté, à l’automne 2009, les réseaux départementaux de lecture publique d’Île-de-France. C’est dans ce cadre que ceux-ci ont émis le souhait que soit réalisée une étude concernant l’impact des horaires d’ouverture sur les usages et fréquentations en bibliothèque, sujet qui constitue un véritable enjeu pour la modernisation de nos équipements territoriaux de lecture publique.

Beaucoup de collectivités font en effet le difficile constat que leurs bilbiothèques et médiathèques ne touchent pas suffisamment toutes les catégories des populations de leur territoire et qu’il est difficile de permettre à tous d’être accueillis compte tenu des rythmes de vie et de leurs évolutions ces vingt dernières années. La problématique des horaires est d’actualité parce qu’elle fait aussi l’objet de nombreuses réflexions politiques et professionnelles sur les thèmes de la lecture publique et des temps de vie. Les quatorze « Propositions de Frédéric Mitterrand pour le développement de la lecture » (mars 2010), dont la troisième concerne l’extension des horaires d’ouverture « pour les 50 bibliothèques municipales les plus importantes », les ont prolongées ou relancées en relayant l’idée d’une nécessaire modernisation : « Alors que le public de la culture est de plus en plus sensible à l’adaptation des équipements aux rythmes de vie et aux nouveaux usages, l’évolution de l’amplitude horaire est un sujet majeur. » Le rapport de M. Georges Perrin, avait pu lui aussi, en 2008, attirer l’attention sur la question, notamment en comparant les volumes horaires moyens français et européens, et proposer des solutions.

Il est donc nécessaire d’avoir des enquêtes et études de référence sur l’articulation des profils des fréquentants et des usages en fonction des horaires d’ouverture des bibliothèques-médiathèques territoriales car plusieurs tendances à la polyvalence et à la mixité des activités se développent, comme celle qualifiée de “troisième lieu” par exemple.

L’étude est téléchargeable sur le site du MOTif et dans notre box ressources.

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C comme culture

Le n°43 de la Revue socialiste (revue de réflexion du Parti socialiste) paru pour le 3ème trimestre 2011 comprenait un dossier intitulé Abécédaire de la France (A comme argent par Jacques Julliard…). Denis Declerck* a été chargé de la notice C comme culture et il nous fait une fois de plus l’amitié de publier ses réflexions sur CEG.

En France, la culture est politique avant d’être un rapport individuel au monde symbolique. Difficile de parler de « culture » sans évoquer notre politique culturelle, ses réussites et ses échecs. Alors que les dépenses culturelles des ménages n’ont cessé d’augmenter depuis 20 ans pour atteindre 34 milliards d’euros en 2009, nous continuons à déplorer l’échec présumé de la démocratisation de la culture ou l’insuffisance des moyens qui lui sont consacrés. Qu’en est-il en réalité ? Où en sommes-nous en matière de culture ? Quels peuvent être les principaux enjeux culturels de la décennie qui vient de s’ouvrir ?

Constatons tout d’abord que la culture est de plus en plus souvent absente du débat et des programmes politiques, à droite comme à gauche.  Et demandons-nous : pourquoi ? 

A la fin des années 1970 la culture restait un territoire à conquérir pour la gauche. Porteur de valeurs de liberté (d’expression, de création), d’égalité (d’accès à ses vertus émancipatrices), de fraternité (tolérance et respect de la culture de l’autre), porté par une dynamique sociale issue des milieux culturels eux-mêmes, mais aussi d’enseignants, de travailleurs sociaux, de militants syndicaux…, l’accès à la culture était synonyme de liberté individuelle et de mieux vivre ensemble. Le combat pour la culture se voulait progressiste et mobilisateur, on pouvait même gagner des élections grâce à lui. Ce fût le cas des municipales de 1977 et de 1983 qui virent de nombreux militants culturels devenir maires, et des présidentielles de 1981.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Parallèlement au développement de l’emploi culturel (430.000 emplois, 2% de la population active en France selon le recensement de 1999), les professionnels ont progressivement adopté une position défensive vis à vis des consommateurs, des militants et des élus. On l’avait connue innovante et généreuse, voici la culture conservatrice et corporatiste. Après le triste épisode d’Hadopi, qui peut encore croire le contraire ? Ce renversement brouille du même coup la perception des valeurs associées à la culture. Ses métiers n’attirent plus les jeunes diplômés, rares sont les élus qui en font encore leur cheval de bataille et, malgré des dispositions fiscales très favorables, le monde économique s’en détourne de façon spectaculaire (de 2008 à 2010, les sommes consacrées au mécénat culturel sont passées de 975 à 380M€ et ne représentent plus que 19 % du mécénat contre 39 % en 2008 selon l’enquête ADMICAL – CSA de 2010).

Que s’est-il passé ?

Non seulement la culture ne fait plus gagner la gauche aux élections mais elle peut même les lui faire perdre. La « gauche culturelle » est l’une des responsables de la dispersion des voix de gauche au 1er tour de l’élection présidentielle de 2002. Puis vînt l’été 2003 et son cortège de festivals annulés. Le carrosse est devenu citrouille, et les artistes des travailleurs ou des patrons comme les autres voire « pires », car plus précaires ou plus exploiteurs. Les professionnels de la culture se désintéressent de la politique, comme d’autres pans du corps social, les élus prennent leurs distances avec un milieu de râleurs patentés disposant d’un fort pouvoir de nuisance.

 Pour nombre d’élus de gauche, le bilan de Jack Lang est indépassable. Ceux qui, comme Catherine Trautman, se sont risqués au changement de paradigmes (mise en valeur de l’action culturelle, désacralisation de la figure du « créateur) ont subi les foudres des professionnels du spectacle et s’en sont allés. Jean-Jacques Aillagon puis Renaud Donnedieu de Vabres, impuissants face à la crise ouverte par la réforme du régime de l’intermittence, Christine Albanel, incapable de trouver une issue aux Entretiens de Valois sont également tombés sous les coups du monde du spectacle. L’actuel ministre de la culture, bien que sous tutelle de l’Elysée et flanqué pendant deux ans d’un Conseil de la Création Artistique, ne s’en sort pas mieux que les autres.

Alors que faire ?

Peut-on ré – enchanter le rapport entre artistes et politiques ? C’est très improbable, mais il est possible de jeter les bases d’une nouvelle alliance entre art, culture et société. Est-il envisageable de recréer un rapport sain entre les milieux culturels et les élus de gauche, les uns se comportant de façon moins corporatiste, les autres cherchant à comprendre au lieu de compatir ? Sans doute, à condition qu’ils acceptent de confronter leurs objectifs respectifs et de se livrer à un examen précis des conditions économiques et sociales de leur réalisation.

C’est moins romantique, mais c’est plus simple à comprendre pour un citoyen en général et un élu en particulier.

En 2012, la gauche devra relever trois défis majeurs

En premier lieu, car c’est la base de toute politique émancipatrice qui vise à la fois la construction de la personne et celle de la citoyenneté, il s’agit d’offrir un accès généralisé à une véritable éducation artistique et culturelle, dès le plus jeune âge et tout au long de la vie.

Pour y parvenir, l’école et les mouvements d’éducation populaire devront être mobilisés autour de cet objectif, tout comme l’audio-visuel public ainsi qu’un « service public de la culture à domicile » qui reste à créer au plus vite (sur ce sujet voir l’article d’Olivier Donnat « En finir (vraiment) avec la démocratisation de la culture » in OWNI).

Il faut également garantir l’expression de la diversité culturelle dans l’espace public physique ou numérique. L’espace symbolique national doit continuer à porter les valeurs universelles de la République mais il doit également refléter la diversité ethnique, religieuse ou culturelle qui fait le quotidien de nos villes et de nos quartiers. Nos établissements culturels subventionnés sont trop timides sur ce point, se réfugiant le plus souvent derrière un universalisme de façade. Les industries culturelles paraissent plus audacieuses, mais elles se bornent le plus souvent à une approche « marketing » qui ne saurait suffire à saisir toute la complexité du réel. Au final, les contenus présentés dans les lieux culturels ou via le numérique rendent assez mal compte de la diversité et du métissage de notre espace national.

Il convient enfin de permettre aux filières de production et de diffusion artistiques de trouver leur équilibre économique, en cohérence avec la réglementation européenne. Pas de démocratie culturelle sans pluralisme des contenus produits et diffusés. Prenant acte que la culture est désormais un véritable monde économique et social (environ 50 milliards d’euros, plus de 3% du PIB), la gauche doit passer d’une logique de subvention à une logique de régulation et d’incitation.

Pour relever ces défis, nous aurons besoin d’une organisation beaucoup plus décentralisée, sans se passer pour autant d’une vision et d’une impulsion nationales.

L’Etat est le mieux placé pour piloter la stratégie et réguler le secteur. En transférant progressivement ses moyens d’action aux Régions ou agences spécialisées dans l’accompagnement des filières artistiques et culturelles (sur le modèle du CNC ou du CNL), il leur permettra d’agir au plus près des réalités des acteurs. L’échelon local, essentiel pour la cohésion sociale, sera pleinement opérationnel pour développer l’éducation artistique et les pratiques en amateur, ou pour favoriser l’expression de la diversité culturelle dans l’espace public. Ainsi réorganisée, l’action de la République retrouverait un peu de cohérence et de lisibilité. Le citoyen – contribuable y verrait plus clair. Le professionnel saurait de nouveau à quoi il sert. L’élu redeviendrait garant de l’intérêt général. Chacun essayant de saisir la complexité d’un monde en perpétuelle mutation.

Denis Declerck

Du même auteur :

*Denis Declerck est directeur de l’action culturelle à la communauté d’agglomération d’Evry Centre Essonne. Avant cela, il a été directeur de théâtres à Vienne (1989-1992) puis à Béziers (1992 – 1999) avant de rejoindre le ministère de la culture : conseiller théâtre et action culturelle à la DRAC Nord Pas de Calais (1999 – 2004) puis inspecteur (2004 – 2009). Il a notamment été le coordonnateur et le rapporteur général des Entretiens de Valois. Denis Declerck est titulaire du Master 2 “Direction de projets culturels” délivré par l’Observatoire des Politiques Culturelles  et Sciences – Po Grenoble (1997).

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Quelle gouvernance culturelle pour la ville-monde ?

L’Observatoire des politiques culturelles (OPC), avec le concours de Culture et Développement et du Musée dauphinois (Conseil général de l’Isère), organise les Premières Rencontres Augustin Girard – René Rizzardo sur le thème Coopération internationale et diversité culturelle : quelle gouvernance culturelle pour la ville-monde ? les 1er et 2 décembre, à Grenoble (Isère).

Ces rencontres proposent une réflexion prospective sur l’articulation entre problématiques culturelles, enjeux de société et enjeux de politiques publiques dans un contexte mondialisé. Ce premier rendez-vous traitera des dynamiques de coopération et des enjeux de diversité culturelle, à travers notamment les échanges artistiques et culturels Nord(s)/Sud(s). 
Comment (re)penser à travers ces processus de coopération les enjeux multiculturels de demain ? En quoi la reconnaissance de compétences et de droits culturels représente-t-elle un facteur de cohésion et de paix sociale du local au mondial ? 
La manifestation mettra l’accent sur ce que les relations entre la France, l’Europe et le monde produisent sur les territoires impliqués en termes de représentation des cultures et dans la construction des identités culturelles en jeu. Loin de toute approche compassionnelle, les relations aux arts et aux cultures non occidentaux et notamment africains seront explorées à cette occasion. 
Il sera question d’éducation à la diversité comme facilitateur de rencontre et de respect mutuel. Le débat portera également sur la manière dont les politiques publiques se saisissent de ce questionnement à travers la métropole contemporaine. Quelle gouvernance culturelle dans la ville-monde faut-il inventer qui compose le local avec le mondial ? Quel rôle les politiques territoriales ont-elles dans les échanges culturels internationaux ?
Ces premières Rencontres consacreront également un temps de témoignages autour d’Augustin Girard et de René Rizzardo dont les parcours et travaux ont largement nourri les réflexions sur ces problématiques.
Un avant-programme du colloque est téléchargeable. 
Le bulletin d’inscription téléchargeable est à faxer ou envoyer par courrier à l’OPC. 
Contact : Observatoire des politiques culturelles, 1, rue du Vieux Temple – 38000 Grenoble (+33 (0)4 76 44 33 26 – fax : 04 76 44 95 00 – contact@observatoire-culture.net )

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Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / Final

We are honoured and deligheted to publish Dr Roberta Comunian’s* last article engaging with the current research and debate about the creative city and the importance of cultural infrastructure in contemporary cities. It argues that much of the focus has been around the investment of cities in specific regeneration projects or flagship developments rather than addressing the nature of the infrastructures, networks and agents engaging in the city’s cultural development. The complexity theory and its associated principles can provide a new understanding of the connection between the urban space and the systems of local cultural production and consumption. Drawing on interviews with creative practitioners in the North East region of England, the paper argues that the cultural development of a city is a complex adaptive system. This finding has implication both for policy makers and academic research. It emphases the importance of micro-interactions and network between creative practitioners, the publicly supported cultural sector and the cultural infrastructure of the city.

6. Conclusions: rethinking the creative city

How can complexity theory help us rethink the structures and potential of the concept of the creative city? First, complexity interaction imposes a new way of looking at how local contexts and the cultural agents and actors of the city interact. It suggests that in order to evaluate or research the creative city, a multi-level approach must be kept in mind, to allow consideration of how different actors and institutions interact in the city.  The literature suggests that the creative industries have been characterised as “having a ‘hive mentality’, informally networked ‘scenes’ which can operate very effectively in some ways. But in others the very informality can be problematic in terms of policy development” (O’Connor, 2002, p.28). Much of the regeneration literature and policy action towards the creative city have been focussed on formal investments, large cultural flagship projects, and image. On the contrary, networks seem to be central to the delivery of a better and more sustainable support system which answers the needs of creative industries. However it also important not to limit support to the mainstream, established networks. and also support the more hidden or transient ones, as these can provide the vital first steps into the sector. For example, in the North East, along with supporting established organisation like New Writing North it is important to support smaller local networks of writers or people interested in literature, as in the case of the The Blue Room [i], where interaction occurs on a wider social level without implying any strong commitment.

Culture North East (2001) states in the Regional Cultural Strategy for the North East of England “the regional cultural strategy calls for agencies supporting the sector to be entrepreneurial and opportunistic in their approach, to help create an environment where there is serious investment in innovation and risk taking at the grass roots level, which supports a continuum from cultural activity to commercial activity and retains talent in the region” (p.27). The opposition between large capital investments in the region and support for local networks can become a challenge. Sometimes it possible to see that public money is more easily directed towards large institutions or infrastructures while networks represent a soft infrastructure which is difficult to define and to invest in.

This paper has attempted to use complexity theory to highlight some of the dynamics in the creative economy of a city against a common tendency towards reductionism, where the creative economy discourse is used as a mathematical formula which can be applied to all contexts and times. The arguments presented suggest that we should consider the creative and cultural factor as constitutive and grounded in the urban context rather than simply instrumentally additive to other urban discourses of economic growth.  Also, Ormerod (1998) argues the need for a less mechanistic approach to the study of economic phenomena: “Economies and societies are not machines. They are more like living organisms. Individuals do not act in isolation, but affect each other in complex ways” (Ormerod, 1998: x). As Landry (2000) recognises “successful cities seem to have some things in common – visionary individuals, creative organisations and a political culture sharing a clarity of purpose. They seemed to follow a determined, not a deterministic path”  (Landry, 2000, p.3).

New understandings of the dynamics of the creative economy need to be implemented. This new approach must bridge the gap between the top-down approach of policy making and investment in the cultural infrastructure of a city, with a grounded understanding of the emergent structures arising from actors and agencies interacting in the sector. As Green (2001) underlines the challenging aspect  of complexity theory when applied to social systems is that instead of seeing how a social system changes as being a function of how it is, it clearly acknowledges that how it changes – even those small little changes at the grassroots level – affects how it is, and how it subsequently change again. This should be the new challenge for researchers wanting to investigate the role of culture in urban environments.


[i] The Blue Room is a project supported by the Arts Council North East with the aim to “encourage new women – and men – writers to read their work, and promoting new audiences for live poetry and prose”  (from the website www.blueroom.org.uk) and consists of a serial of monthly informal events taking place in a local pub / venue.

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*Dr. Roberta Comunian is Creative Industries Research Associate at the School of Arts, University of Kent. Prior to this, she was lecturer in Human Geography at the University of Southampton. She holds a European Doctorate title in Network Economy and Knowledge Management. She is interested in: relationship between public and private investments in the arts, art and cultural regeneration projects, cultural and creative industries, creativity and competitiveness. She has been visiting researcher at University of Newcastle investigating the relationship between creative industries, cultural policy and public supported art institutions. She has previously undertaken research on knowledge transfer and creative industries within an AHRC Impact Fellowship award at the University of Leeds.

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Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 1

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Rethinking the creative city: the role of complexity, networks and interactions in the urban creative economy / 5

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We are honoured and deligheted to publish Dr Roberta Comunian’s* last article engaging with the current research and debate about the creative city and the importance of cultural infrastructure in contemporary cities. It argues that much of the focus has been around the investment of cities in specific regeneration projects or flagship developments rather than addressing the nature of the infrastructures, networks and agents engaging in the city’s cultural development. The complexity theory and its associated principles can provide a new understanding of the connection between the urban space and the systems of local cultural production and consumption. Drawing on interviews with creative practitioners in the North East region of England, the paper argues that the cultural development of a city is a complex adaptive system. This finding has implication both for policy makers and academic research. It emphases the importance of micro-interactions and network between creative practitioners, the publicly supported cultural sector and the cultural infrastructure of the city.

5.3 Connectivity, interdependence and self-organisation.

A complex system is characterized by interaction and inter-connectivity of the agents of the system and between the system as a whole and its environment. The level of interaction generates the complexity. If one looks at the culture offered by a city, it is easy to see how different organisations build partnerships and collaborate on events and projects. The private and public sectors often come together, and the connectivity in the contemporary art and cultural scene arises from the overlapping and exchange between different art forms. One element that is perceived as a key factor for the development of this connectivity in the context of Newcastle-Gateshead has been the joint bid for the Capital of Culture title. Although the title was eventually awarded to Liverpool, the process behind the joint bid started to build dialogue between different organisations, and fostered a new ability to work together. Matarasso (2000) stresses the importance of the bidding process itself, specifically referring to Newcastle-Gateshead. It promoted the debate on the importance of culture; it encouraged the networking of cultural institutions, created partnerships and common goals and provided a strong experience in terms of acquiring competences for cultural planning and management which is long-lasting legacy in the urban context.

In the first 18 months I was here we worked in shared public projects with almost every cultural organisation in the city it was a very deliberate policy, we also opened the building to creative people, young people in the region, people who had no real access to other venues […] the first people were not filmmakers but DJs, poets, people working at the fringe of this medium (Director, Public Cultural Organisation, Newcastle Upon Tyne)

But the connectivity and interdependence runs not only at the macro-level of agencies and institutions, but also at the micro-level in the creation of networks between creative and cultural practitioners (see paragraph 5.5). Responding to emergent properties or to particular innovative and enabling contexts, a complex cultural system can experience self-organisation. In the context of cultural and creative practitioners, self-organisation seems to be a common trend. In particular through collectives of artists, voluntary run spaces and galleries, but also through networks which are run organically and developed from the grassroots by artists (see paragraph 5.5)

 

5.4 Emergent properties, qualities, patterns or structures.

One of the complexity aspects which also characterized the creative and cultural infrastructure of the city, is the emergence of specific structure that regulate and inform the environment.

These emerging structures can be identified with creative clusters (Pratt, 2004) and the development of organic and institutional networks to support and govern the cultural actors and their agencies.

The fast growth of the sector as a whole can be seen as an emergence pattern: “The North East has grown faster than any other region except Scotland, but from a lower base than any other region” (CURDS, 2001, p.23). As Allen (1997) suggests these emerging structures are not determined uniquely by the context and its parameters, but are also dependent on timing and specific external intervention. This is where the public cultural policy seems to play a role in the complex development of a creative economy (Hesmondhalgh, 2005; Pratt, 2005). Nevertheless, this intervention can only provide non-linear impacts on the context. As Allen (1997) suggests in terms of the traditional beliefs in planning, the concept of what policy can or should do needs to be completely revisited.

Feedback is one central element of all the aspects and dynamics of a system. It can be read both as positive or negative feedback mechanisms that regulate the stability of the system. If we look at the cultural infrastructure of an urban context, there are many feedback mechanisms at various levels. For certain elements and commercial aspects the market represents feedback regulating production and consumption. In the cultural economy feedback is also provided by a variety of gatekeepers (Caves, 2000) and mediators (Albertsen and Diken, 2003) which regulate the access to the production facilities, even though the new technologies seem to have weakened the strength of formal gatekeepers providing direct access to audiences and markets.

There are a number of institutional organisations which provide feedback on the creative economy, and public policy and public funding appear to be a strong reinforcement

I felt the big thing we were getting from the Arts Council for the gallery business was their experience of similar ventures, it was almost like a vote of confidence, if they were willing to invest some funding it meant that we are heading down the right track, you never really know, it was reassuring to hear that (Commercial Art Gallery, Northumberland)

Nevertheless, peer-to-peer support and review seem to also be an important structure for the development of innovation. “The learning and innovation capacity of CI businesses depends to a high degree on the wider learning and innovation capacity of these surrounding networks” (O’Connor, 2002, p.9).

5.5  Networks as emergent properties or frameworks for public policy

A large part of the literature relating to clusters and regional economic development suggests the importance of networks (Christopherson, 2002; Coe, 2000; Crewe, 1996; Ettlinger, 2003; Gordon and McCann, 2000; Grabher, 2002; Johns, 2006; Knox et al., 2005; Meusburger, 2000; Mossig, 2004; Neff, 2004; Sturgeon, 2003) and these arguments have been, on various occasions, interconnected with the urban cultural infrastructure through terms such as cultural quarters or cultural milieu. Although in the economic argument networks are important mainly in terms of inter-firm trade, the creative industries seem to rely on networks for other aspects as well. The network structure in the creative and cultural industries seems to provide access to the market, but also to support the exchange of ideas and social interaction that is instrumental to the development of their work. Artists and craft makers rely on the network as a market building strategy and as a marketing strategy in itself. One example, in the context of the North East, is Designed and Made, which promotes designers and makers in the region and helps them to establish a brand and a way to promote their work and their practice.

I think it is really important for the North East to show that this kind of work exists in the region, that there is work here which is pushing the boundaries, and unless you have something like Designed & Made, other regions, and the rest of the UK and the world won’t know about the North East and what is going on here (Designer and Maker, Newcastle Upon Tyne)

Another example is Network Artists. Artists use the network to promote their practice and through the open studios Art Tour project they even get direct access to the market to sell their work. Cohesion, the glass artists’ network started by the local authority of Sunderland, has a specific focus on promoting the market for glass art and does so by specifically investing in exhibitions and the participation of artists in art fairs.

Networks are emergent structures which function in terms of support for creative practitioners. Another useful dimension of the network is the support that people get out of it. On one hand it may be moral and psychological support, which as suggested by a jewellery maker, is often a response to the isolated work of the artists / makers.

On the personal level it was really good for me because I was new to the region and I did not know many people so I found it quite a life-line because it got me involved with the artistic community and it made me feel part of something […] I think it is really important because as an artist/designer people work on their own and feeling quite isolated, it makes you feel there is other people out there that you can share experiences with, you get ideas bouncing ideas to people, it just helps” (Designer and Maker, Newcastle Upon Tyne)

Creative industries hardly identify themselves with the mainstream business support offered by local agencies. On the contrary, they believe that the best people to provide support or business advice are the people who work in the same sector or have experience in their field; therefore the peer–to-peer support through formal and informal networks seem to be a means to create the personal support infrastructure which a creative practitioner needs.

The most important thing is mixing with other people, you can make do without all the services provided and business advice but the most valuable information comes from other people doing the same things as you who are a year or two years further down the line and can remember how it is like to be in your position but they worked through those problems and they can advise you on how to do things (Jewellery Designer and Maker, Newcastle Upon Tyne)

Creative industries tend to rely on different types of networks. Although they would attend events and be within the network of specific formal organisations, they also have a smaller network of peers with which they talk more often and from whom they would seek advice.

It seems that sometimes formal networks are considered useful but impersonal and too structured; they are more like professional development organisations than actual networks. As Kauffman (1993) suggests in reference to biological systems “ecosystems are not totally connected. Typically each species interacts with a subset of the total numbers of other species; hence the system has some extended web structure” (Kauffman 1993, p.255). One element which seems central is the social dimension of the network and the type of bond and experience that holds people together. In this respect, it is often the case that within large formal networks people form smaller and closer social networks.  “Connectivity between individuals or groups is not a constant or uniform relationship, but varies over time, and with the diversity, density, intensity and quality of interactions between human agents” (Mitleton-Kelly, 2003, p.6). As an artist who started a network in the Newcastle area suggested:

I thought the network would grow and become more established, but it remained quite organic and it is made by how much people want to interact with it. It is very organic, in this sense because, as a living organism, sometime it is very active and lots of things go on, some other times it is more quite and slow but this is how it should be because it is organic and it follows the will of people to interact with it (Visual artists network manager)

The emergence of organic networks alongside institutional ones presents some critical challenges. In fact, institutional networks seem to force the social networking, while in the organic networks the social aspects are spontaneous. Furthermore, as an artist suggests, organic networks seem to respond more directly to the need of the people involved in the sector, 

Yes it is very important, because it is artist-led we are making it what we need, we know what we need and we are making it that, coming from us it is going to be more relevant than if it was coming from people in the public sector, who have the best intentions but they do not work in the sector and they do not exactly what we need (Glass artist, Newcastle Upon Tyne)

Although networking is often considered part of business practice, people working in the creative industries do not always perceive the need to network as part of their business development. The traditional idea of networking is often considered conventional, and frequently implies mixing with people from very different contexts or business sectors, thus making it seem irrelevant. Conversely, the social dimension, and the trust relationship which can be built (Banks et al., 2000) are perceived as very important for the person and their work. Therefore, networking often takes place informally and as part of normal social interactions, such as sharing common spaces, meeting down at the pub etc.

it was a voluntary organisation, it was founded by two writers and had come from grassroots level, we used to have a meeting once a month, we would have a speaker in and then go down to the pub, it was fantastic, then when Northern Arts decided to have a new full-time officer, a professional came in […] it seems to me that everything now is so much more formal rather than informal, that kind of social network disappeared (Freelance scriptwriter, Newcastle Upon Tyne)

As suggested by O’Connor (2002) “these networks are underpinned by infrastructures of knowledge and expertise which do have formal, institutional dimensions, but equally are embedded in more amorphous social and cultural infrastructures – described as ‘soft infrastructure’, or ‘critical infrastructure’, or ‘creative infrastructure’. These last terms concern those informal networks, those place specific cultural propensities, those ‘structures of feeling’ which are very difficult to grasp, let alone strategically direct, but which nonetheless are crucial to the urban regional ‘innovative milieu’” (p.27).

 

5.6 Networks and support to the creative economy: new planning for the creative city

Considering the general use of the local networks of local creative industries it could be argued that supporting different networks and communicating through them could provide an effective structure for support. In fact, if we think about the development of some formal and informal networks in the North East, it seems clear that public policy and funding have considered them a strategic way to support and sustain the sector.

Some examples of this would be the Cohesion glass artists network, started by the Sunderland City Council, Designed and Made, started organically by a group of artists and makers and than supported by public funding from the Arts Council of England North East, the Aurora Project (a development network for arts and crafts) supported by Northumberland County Council and European Regional Development Funding, and New Writing North, which started organically, and was then institutionalised and supported by the Arts Council North East, and has become the writing development agency for the North East of England. The public sector sees these networks as a useful support infrastructure for a number of reasons. First, it allows the public sector to delivery information and support to different people by supporting one organisation. It is an efficient way to spread relevant information, organise meetings and seminars and involve the larger sector. Secondly, it creates a critical mass for people coming from the outside and looking for information or deciding whether to start up in a specific sector. It presents the region as a place where creative people are sharing knowledge and are supporting each other. Lastly, it makes public investments more sustainable: instead of investing in one single person the sector can present its investment as sustaining the whole sector. It is an efficient and effective way to promote the regional creative industries to the outside, presenting strength and the potential for further development. However this public support has also caused some undesirable side effects. On one hand it makes the network much more institutionalised and bureaucratic. In fact, if we consider how much interaction, support and participation come from social networks, turning them into public support organisation to deliver specific outcomes can be risky, and can change the nature and quality of the network itself. Another problem is the thinking that the network encompasses the whole sector and all of its actors. Because there is a network of artists or designers, the public sector tends to invest in the network and support it. The risk is that people who do not want to take part in the network, or simply do not fall into the remit of a specific network feel like outsiders, cut off from the possibility of further interaction.

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*Dr. Roberta Comunian is Creative Industries Research Associate at the School of Arts, University of Kent. Prior to this, she was lecturer in Human Geography at the University of Southampton. She holds a European Doctorate title in Network Economy and Knowledge Management. She is interested in: relationship between public and private investments in the arts, art and cultural regeneration projects, cultural and creative industries, creativity and competitiveness. She has been visiting researcher at University of Newcastle investigating the relationship between creative industries, cultural policy and public supported art institutions. She has previously undertaken research on knowledge transfer and creative industries within an AHRC Impact Fellowship award at the University of Leeds.

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