Cultural Engineering Group Weblog

Services & Ressources en ingénierie culturelle

Chantier de l’économie créative solidaire / 2

Suite et fin  du texte de de Jean-Michel Lucas issu de son intervention pendant les Etats Généraux 2  des Saisons de la marionnette en France qui se sont déroulés les 28 et 29 mai à Amiens. Il s’agit de sa version amendée en date 15 juin dernier et dans cette seconde partie, il enfonce le clou sur « l’éthique de la dignité culturelle ».

L’ÉCONOMIE  CRÉATIVE SOLIDAIRE COMME DISPOSITIF POLITIQUE

DE L’ÉTHIQUE DE LA DIGNITÉ CULTURELLE.

Si l’idée d’une autre perspective est acceptée, on doit alors prendre au sérieux l’idée « d’économie créative solidaire ». Là encore, il s’agit moins de « faits » que de « valeurs » car avec l’économie créative solidaire apparaît la conviction politique que, dans une démocratie, « l’économie » devrait être considérée comme un outil au service de finalités supérieures. « L’économie », ici, ne se dissocie pas du « politique », comme le dit excellemment Jean Louis Laville [12]. Pas de rejet de « l’économie » par la « culture », pas de rejet du « privé » par le « public », par contre, une affirmation politique que le marché ne peut plus être et rester le maître étalon de la valeur culturelle. Avec « l’économie créative solidaire », l’éthique de la rentabilité doit se replier et céder sa place à un autre idéal pour construire le « mieux Vivre ensemble ».

Ceci étant souhaité, le terme « solidaire » n’est pas très encourageant pour dessiner cette recomposition des valeurs de la « vie bonne » ;  Il fait peur car il laisse croire à une espèce de charité des riches (en revenu ou en capital culturel) vers les pauvres. Il convient mal aux préoccupations des créateurs qui, vous le savez, ne veulent ni être pris dans les rets de la philanthropie, ni passer pour des « assistantes sociales » devant sauver les populations incultes,  comme on l’a entendu si souvent. « Solidaire » n’a pourtant pas ce sens étroit. Il faut le comprendre en termes politiques, à travers l’idée que dans une société de liberté qui croit encore en l’Humanité, les êtres humains sont interdépendants. Le futur de la société n’est pensable que si cette interdépendance est régie par des relations respectant les principes des droits de l’homme et particulièrement son article premier : « les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en  droits ».

L’économie créative solidaire reprend à son compte ce premier principe des droits humains qui  fait de l’enjeu culturel un enjeu  universel. En effet, affirmer la dignité d’une personne revient à la reconnaître dans son identité culturelle, dans sa culture. Cette reconnaissance est une condition indispensable pour que s’établissent des « relations d’interactions » permettant les réciprocités entre les personnes ; c’est une exigence de la construction collective du vivre ensemble de libertés hétérogènes. On dira donc que « l’économie créative solidaire » est un dispositif de politique publique qui mise sur la « création », la « créativité », « l’innovation » et autres nouveautés du monde de l’imaginaire mais qui valorise ces activités en fonction de ce qu’elles apportent à la dignité culturelle des personnes dans l’élaboration du bien vivre ensemble : « l’économie créative solidaire » place ainsi en rang premier la volonté des acteurs de respecter, dans leurs relations avec les autres, l’éthique de la dignité culturelle. Le maître des valeurs n’est plus le marché omnipotent mais l’exigence éthique de respecter le mieux possible les droits de l’homme dans toutes leurs dimensions, ce que la Déclaration de Fribourg énonce comme définissant les droits  culturels des personnes. [13]

Vous pensez certainement que tout cela nous fait une utopie intellectuelle de plus, sans lendemain possible dans une Union européenne  qui a résolument choisi l’éthique de la rentabilité ! Mais ce serait pur défaitisme de votre part. Car l’Union dans la même directive « services » que je rappelais tout à l’heure a parfaitement compris que « l’éthique de la dignité » était une référence inévitable pour construire une démocratie d’êtres libres et autonomes. Pour l’Union, pas de liberté, d’égalité et de fraternité sans volonté collective de respecter les êtres humains dans leur dignité. Ce n’est donc pas un mot de plus, mais une valeur fondamentale qui permet de bien organiser la société de liberté. Il suffit de lire la page 39 de la directive pour s’apercevoir que l’éthique de la dignité culturelle est bien là, gênante mais présente , comme une grosse épine dans le pied des principes concurrentiels : si vous ne connaissez pas la directive,  vous allez être étonnés car, pour l’Union. On lit ainsi : « La présente directive ne devrait pas couvrir les services sociaux dans les domaines du logement de l’aide à l’enfance de l’aide aux familles et aux personnes dans le besoin qui sont assurés par l’État, au niveau national, régional ou local, par des prestataires mandatés par l’État ou par des associations caritatives reconnues comme telles par l’État avec pour objectif d’assister les personnes qui se trouvent de manière permanente ou temporaire dans une situation de besoins particuliers en raison de l’insuffisance de leurs revenus familiaux ou d’un manque total  ou partiel d’indépendance et qui risque d’être marginalisé. Ces services sont essentiels pour garantir le droit fondamental à la dignité et à l’intégrité humaine et sont une manifestation du principe de cohésion sociale de solidarité et ne devrait pas être affecté par la présente qui directive. »

Je  ne vous ai donc pas menti : l’éthique de la dignité qui reconnaît la personne dans l’intégrité de ce qu’elle est,  c’est à dire dans l’intégrité de sa culture,  n’est pas une utopie, c’est bel et bien une référence explicite pour les décideurs politiques au niveau de l’Union !! Une référence qui conduit même à chasser l’éthique de la rentabilité hors de sa vue lorsque le droit fondamental à la dignité  humaine  est menacé.  Exit la directive services et son obsession concurrentielle !

La seule difficulté est que cette légitimité fondamentale est réservée aux  personnes « pauvres », « dans le besoin », « marginalisées » ? Curieux, n’est ce pas pour une organisation politique qui se réfère aux droits de l’homme ! Pourquoi  l’enjeu de la dignité ne concernerait-il pas toutes les personnes dès lors que leur identité culturelle serait mise à mal  par le système concurrentiel ? C’est d’ailleurs ce que nous disent les accords de l’Unesco sur la diversité culturelle et les droits culturels : la reconnaissance des identités culturelles – qui ne contreviennent pas elles-mêmes aux droits de l’homme – est la condition de la dignité des personnes et par là elle prime sur la logique du marché. [14] A ce titre, compte tenu des signatures apposées par notre pays à ces accords internationaux, « l’économie créative solidaire » devrait être la référence de toute l’organisation des dispositifs de politique culturelle, de l’Etat comme des collectivités. Au contraire de « l’économie créative » qui fait de la rentabilité son éthique et rejette à ses marges, ses quartiers et ses « populations » dépendantes, la valeur de dignité, « l’économie créative solidaire » devra mettre la dignité culturelle au rang de valeur principale de l’action culturelle et laisser la rentabilité dans son simple rôle d’outil de gestion.

« Economie créative », « économie créative solidaire » : voilà bien pour chaque élu une question de bon choix politique entre valeur de dignité culturelle et valeur de rentabilité des services créatifs.

Néanmoins, je sais que cette référence à la dignité culturelle ne vous enchante guère, vous qui êtes persuadés que la création artistique détient, par nature, une légitimité supérieure à toutes les autres. Sans nul doute, vous préféreriez continuer à raisonner en termes de « création », « d’œuvres de l’art et de  l’esprit », de « public  cultivé et fidèle», avec, de temps à autre, une petite attention pour les « populations défavorisées ».

Il me faut donc prendre des exemples pour, au moins, semer le doute dans votre esprit.

  1. Le premier exemple est d’autant plus pertinent que je ne l’ai pas  choisi : il nous est imposé par l’actualité du jour à Amiens où le président du Conseil général a refusé l’ouverture d’une exposition de dessins à la bibliothèque départementale ! Vous observerez aisément avec moi qu’il s’agit ici d’un conflit de dignités culturelles. D’un coté, la dignité des professionnels de la culture, artistes et organisateur dont la légitimité est solidement arrimée au principe de la liberté d’expression. Il s’agissait, en effet, de montrer des dessins érotiques d’illustrateurs aussi renommés qu’Ungerer, Claveloux ou Heitz. La commissaire de l’exposition, agrégée et  spécialiste de « littérature jeunesse », ne manquait pas non plus de marques manifestes de respectabilité  ! Pourtant – pour vous montrer que la référence à l’éthique de la dignité n’est pas une question philosophique stratosphérique mais une donnée pratique qui impacte la conduite des projets artistiques – cette dignité de la liberté artistique s’est trouvé confrontée à une autre dignité culturelle plus forte qu’elle. Le Courrier Picard [15] nous indique en effet que le président du Conseil général a considéré qu’il devait annuler l’exposition pour atteinte à l’image de la dignité des femmes : « c’est en pleine conscience que j’ai pris cette décision car j’ai estimé que certains dessins étaient vecteurs d’une image dégradante de la femme et je refuse que la collectivité départementale soutienne une telle approche de la sexualité qui me semble opposée à nos valeurs d’émancipation ». Image de la femme versus liberté d’expression  artistique, la tension des dignités  est bien au cœur de la politique culturelle. Je profite de cet exemple pour essayer d’expliquer que l’éthique de la dignité a un avantage important pour les acteurs de l’art : elle nécessite que le débat dans l’espace public soit permanent pour apprécier ce qui fait dignité culturelle pour les  uns et pas pour les autres. Pleinement ancrée dans l’univers sensible des personnes, la question de la dignité ne peut jamais être parfaitement résolue avec les outils de la raison. Elle n’est jamais réglée d’avance et aucun dispositif ne pourra définir les conditions parfaites qui éviteraient les tensions intersubjectives, notamment en matière d’appréciation des pratiques artistiques. L’éthique de la dignité rend donc nécessaire des dispositifs qui organisent les confrontations, échanges, dialogues autour du sens et des valeurs des multiples identités  culturelles. A Amiens, le président du Conseil général a pris sa décision en jugeant qu’il était, à lui seul, l’arbitre des dignités de tous. S’il avait adopté l’éthique de la dignité, il aurait mis en place le temps des discussions, le temps de « la palabre », respectueuse des identités et soucieuse d’aboutir à une solution pour le vivre ensemble de libertés heureusement hétérogènes. Il s’est contenté de surplomber le monde sensible de la liberté artistique par sa puissance publique, alors qu’avec l’éthique de la dignité, il aurait, au contraire, choisi la voie de la délibération publique, source active d’interactions entre les dignités culturelles. Cette conclusion conduit à penser que les acteurs culturels feraient bien de prendre le dossier de l’éthique de la dignité en main s’ils ne veulent pas, à d’autres occasions, subir le même sort et voir leur liberté réduite au silence.
  2. Je considère maintenant un deuxième exemple : l’aide à la création. Aujourd’hui, l’artiste qui parvient à vendre correctement ses œuvres dispose de ressources privées et de commandes publiques qui lui permettent de poursuivre librement son activité de création ! Si cette activité marchande ne lui pose pas de problèmes de dignité, le marché est le bienvenu pour la société de liberté et cela convient à l’éthique de la dignité. La question politique apparaît plutôt lorsque la nécessité de vendre pour survivre est considérée par le créateur comme un supplice insupportable portant atteinte à son identité culturelle d’artiste génial, donc, à sa dignité de créateur. Aujourd’hui, les possibilités sont réduites de donner droit à cette revendication d’autonomie artistique vis à vis du marché. On songe évidemment à la légitimité de « l’exception culturelle » fondée sur l’éthique de l’œuvre. Dans cette  tradition héritée de Malraux, la création artistique doit être soutenue par des fonds publics parce qu’elle enrichit les êtres humains ; elle exprime le meilleur du génie de l’homme et, à ce titre, elle représente une référence universelle pour tous les êtres soucieux de progrès et d’harmonie du genre  humain. L’enjeu du soutien public à l’art est donc politique au sens où la création artistique est sensée devenir  « patrimoine des œuvres capitales de l’Humanité ». J’ai observé par vos demandes au ministère de la culture que cette approche était pour vous un espoir réel de survie. Malheureusement cet espoir ne peut qu’être déçu car l’éthique de l’œuvre n’est pas compatible avec les principes démocratiques. Elle nécessite en effet des dispositifs institutionnels qui hiérarchisent les œuvres d’art dans le secret et l’arbitraire, des dispositifs qui, inévitablement, empruntent à la logique du despotisme éclairé : « Tout pour le peuple, rien par le peuple » ; avec bonne foi souvent, mais sans considération pour la liberté et la dignité culturelles des personnes composant la société. On ne peut donc s’étonner que l’éthique de l’œuvre s’effrite et que ses partisans finissent, eux aussi, par s’adapter à l’éthique de rentabilité, en vantant (en vendant) le nombre d’abonnés de leurs institutions, de visiteurs de leurs biennales d’art contemporain ou de spectateurs de leurs spectacles de qualité ! Pour les créateurs, la  résistance à l’éthique de la rentabilité devrait plutôt être du coté de l’éthique de la dignité : en effet, la dignité de l’artiste est fondée sur sa liberté d’expression artistique qui n’a de portée que si elle peut être effective. Comme le dirait Amartya Sen [16], il s’agit d’élargir la « liberté de ses capabilités ». Cette liberté de la dignité est première et, par conséquent, si l’artiste  ne voit pas son avenir dans un segment de marché de l’économie créative, il doit être soutenu  par des ressources publiques au titre du respect de sa dignité d’artiste. A condition, on s’en doute, qu’il soit « artiste », et que l’expression de  sa liberté soit reconnue par des pairs mandatés par la démocratie pour apprécier son apport aux pratiques disciplinaires déjà connues. L’éthique de la dignité justifie le soutien public à la création par l’application du principe de la liberté d’expression et non pour la raison  politique que l’œuvre choisie devrait imposer sa valeur à l’ensemble des humains. Je ne veux  pas dire que dans cette voie du respect de la liberté d’expression la solution au subventionnement des artistes serait toute trouvée ; je veux simplement souligner que les négociations avec les responsables politiques ne seront pas les mêmes si les valeurs partagées se réfèrent à l’éthique de la dignité culturelle plutôt qu’à l’éthique de l’œuvre ou à l’éthique de la rentabilité.
  3. Je donne un troisième exemple du changement d’appréciation qu’apporte l’éthique de la dignité : en choisissant cet idéal, les acteurs culturels professionnels échappent au statut de pourvoyeurs de services  créatifs  auxquels les destine l’éthique de la  rentabilité. Ils ne se contentent plus de vendre des spectacles, des musiques ou des images à des clients – privés ou publics – qui ont payé pour obtenir ce service ! Ils participent plutôt à une relation sensible avec des personnes qui se trouvent enrichies dans leur liberté de choix ; ils participent  à leur parcours d’émancipation. Alors, la politique publique ne peut plus considérer l’activité artistique comme relevant de « services économiques d’intérêt général ». Le projet artistique n’est plus dépendant d’une demande d’une clientèle de publics consommateurs. Il est au contraire constitutif d’une relation personnelle dont la légitimité repose sur l’interdépendance des dignités d’êtres humains égaux et sur la réciprocité de leurs apports. Dans ce cas, si l’on reprend l’enjeu de la dignité humaine qui figure dans la directive « services », l’activité artistique devrait  échapper  à la concurrence. Le sens du combat politique pour la culture devient d’affirmer que la relation culturelle de personnes  à personnes établie par l’équipe artistique contribue à « garantir le droit fondamental à la dignité » et doit être considérée comme une service d’ intérêt général régi  par des règles propres et non par la seule exigence de rentabilité. Pour ceux qui trouveraient ce propos trop abstraits, je prends a contrario le grand loupé de la politique de soutien aux musiques amplifiées  : depuis les années 1990, certains de ses acteurs ont effectivement bénéficié d’un soutien public mais uniquement  en application de l’éthique de la rentabilité. Tous les dispositifs d’aides ont, en effet, été organisés autour de la « professionnalisation » des musiciens. L’aide publique n’a eu qu’une seule finalité collective : amener le musicien à vivre du fruit des ventes de sa musique, à être rentable pour le dire correctement sur un segment du marché de la musique. Si l’éthique de la dignité avait servi de matrice idéale à la politique culturelle, le soutien aurait  plutôt été liée à la capacité des acteurs de ces musiques amplifiées à nourrir les interactions culturelles dans la cité et, par là, à participer à la construction de parcours culturels d’émancipation d’autres personnes, (on dit quelquefois sans raison les « jeunes »), même si le marché du disque n’était pas au rendez–vous ! La « fabrique » de professionnels de la vente musicale que nous prépare l’économie créative ne doit pas, politiquement continuer à nous imposer sa seule loi du sensible rentable. Elle doit politiquement s’inscrire dans une « économie créative solidaire » pour laquelle le marché n’est qu’un outil technique qui ne saurait imposer sa loi aux « fabriques » de relations humaines émancipatrices, construites sur l’interaction des dignités culturelles de personnes contribuant, ensemble, dans la confrontation des libertés hétérogènes, à la créolisation du monde, pour reprendre le crédo d’Edouard Glissant [17]. Je n’en dirai pas plus mais avec la valeur de dignité culturelle, on légitime moins la solution miracle par la rentabilité des acteurs, que la discussion dans l’espace public sur la meilleure manière de faire pour améliorer  la  reconnaissance de l’artiste, les  droits culturels des personnes, les dispositifs d’élaboration  collective des normes du Vivre ensemble  – pour plus d’Humanité. L’éthique de la dignité culturelle  ouvre ainsi sur l’enjeu d’une meilleure justice sociale qui  nécessite de prendre soin -  le fameux «care» qui, bien tardivement, fait émergence dans le débat politique – des personnes dans leur capacité à traduire en acte la liberté de leur dignité culturelle. La négociation est donc possible au plan européen, national et locale : elle consiste à démarginaliser les enjeux de « la dignité et de l’intégrité humaine » et c’est sans doute aux acteurs culturels de tenter d’y parvenir puisque le sens  de leur activité  reste la construction des interdépendances du sensible qui conditionnent l’avenir d’une  humanité plus respectueuse des identités culturelles. C’est la voie qui me semble avoir été choisie notamment par l’Ufisc [18]. Après tout, il suffirait de prolonger la voie ouverte à Quimper où la municipalité et une dizaine d’acteurs culturels du projet  Max Jacob [19] ont signé un protocole d’accord éthique dont les principes et les engagements empruntent aux textes de l’Unesco sur la diversité et les droits  culturels. On retiendra ainsi deux  principes et un engagement qui ouvrent le chemin de « l’économie créative solidaire » :
  • Principe 1 : Favoriser la liberté des choix culturels des personnes et manifester le plus grand soin au respect de leur dignité, en considérant que nul ne peut invoquer sa propre liberté pour porter atteinte aux droits de  l’Homme. »
  • Principe 3 : Affirmer qu’il n’y a pas de développement de projets culturels sans dynamiques artistiques revendiquées et garantir aux artistes accompagnant chaque projet singulier du Pôle Max Jacob, les conditions de leur liberté de création et d’expérimentation artistiques
  • Engagement 3 : faire connaître aux autres structures du pôle les réactions et interrogations exprimées par les personnes. Sur cette base, proposer annuellement des initiatives conduisant à nourrir les échanges et confrontations de sens et de valeurs culturels et artistiques ; en particulier, contribuer, au sein du pôle Max Jacob, à construire le débat collectif et la vie sociale à partir d’une présence forte de la création artistique, accordant une attention prioritaire à l’actualité des différents courants artistiques et des débats esthétiques.

Pour passer ainsi de « l’économie créative » avec toutes ses qualités inventives à « l’économie créative solidaire » qui la replace dans la construction d’une Humanité plus coopérative, plus attentive aux autres et plus déterminée  au respect des dignités de chacun et des autres.

___

Notes

[12] Sur la compréhension détaillée de l’économie solidaire, voir la référence indispensable  à Jean Louis

Laville : « la politique de l’association » : éditions du Seuil, Paris  2010.

[13] Voir   http://www.aidh.org/ONU_GE/Comite_Drtcult/decla-fribourg.htm et par exemple Patrice Meyer

Bisch : http://www.droits-fondamentaux.org/spip.php?article149

[14] On réfère ici à la déclaration universelle sur la diversité culturelle de 2001 , à la convention sur la sauvegarde du patrimoine culturel  universel, à la Convention  sur la protection et la promotion de la diversité  des  expressions  culturelles.  Voir  sur  le  site  de  l’Unesco  : http://portal.unesco.org/culture/en/ev.php-URL_ID=34325&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html et http://portal.unesco.org/culture/fr/ev.php-URL_ID=34321&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

[15] Voir le Courrier Picard, alerté par l’efficace « observatoire de la liberté  de la création » : l’article de Daniel Muraz, « Le conseil général accusé de censure » ,  vendredi 28 mai 2010,  page 7.

[16] Voir notamment l’ouvrage « L’idée de Justice » édition Flammarion 2009.

[17] Voir l’inévitable « philosophie de la relation » NRF, ainsi que l’ouvrage d’Alain Renaut : « l’humanisme de la diversité » éditons Flammarion 2009

[18] Voir le site de l’ufisc  http://www.ufisc.org/ où l’on peut lire dans l’appel du 17 juin 2010 : « les transpositions en droit français des directives européennes renforcent une mécanique destructrice et imperméable à toute éthique du vivre ensemble en privilégiant les seuls principes de la concurrence et de la rationalité comptable. »

[19] Voir le site de la ville de Quimper : délibération municipale de décembre 2009 projet max jacob  :

http://notes9.mairie-quimper.fr/kportal/conseilq.nsf/0/4AB20EB6D4DEFDBDC1257696004D9557?opendocument

Pour revenir à la première partie, cliquez ici.

___

Du même auteur :

Filed under: Analyses, Expériences, Gouvernances, Ingénieries, Outils, Politiques culturelles, Ressources , , , , ,

Chantier de l’économie créative solidaire / 1

Une fois de plus Jean-Michel Lucas nous fait l’amitié de nous autoriser à diffuser sa toute dernière contribution issue des Etats Généraux 2  des Saisons de la marionnette en France qui se sont déroulés les 28 et 29 mai à Amiens. L’auteur nous a transmis le texte de son intervention dans sa version amendée datée 15 juin dernier et une fois de plus, il n’y va pas par quatre chemins pour mener la vie dure aux évidences et à notre prêt à penser et plaide pour une alternative de mise en chantier d’une économie créative solidaire.


Je ne  voudrais pas ouvrir le chantier de l’économie créative solidaire avec l’idée pragmatique (ou plutôt  « intéressée ») que nos travaux aboutiront  à résoudre immédiatement une partie significative des problèmes de financement public évoqués dans votre manifeste en huit points http://www.saisonsdelamarionnette.fr/2010/06/08/appel-a-signature-pour-le-renforcement-d’un-soutien-aux-arts-de-la-marionnette-en-france/ [1]. Je ferai preuve de plus de prudence en vous proposant d’opérer une sérieuse rupture par rapport aux évidences que j’ai cru entendre hier et qui laissent croire que la création, la diffusion, la médiation ou la formation artistiques devraient naturellement être soutenues  par l’autorité publique.

Je suis persuadé qu’il faut renoncer  à cette posture naïve. Pour cela, je voudrais faire observer, dans un premier temps, que les soutiens publics  sont de plus en plus liés aux apports des activités artistiques à  l’économie. Je partirai ainsi de la situation proposée aux créateurs d’adhérer au dynamisme généralisé de «créative», une place forte aux valeurs puissantes de liberté et de compétitivité marchandes. J’interrogerai les justifications qui propagent cette tendance et j’en déduirai la nécessité de faire un grand virage en défendant  d’autres valeurs de liberté dans les négociations sur les politiques culturelles mises en œuvre.  J’essaierai alors de plaider pour une politique « d’économie créative solidaire » porteuse d’une éthique vraiment attentive à la dignité  culturelle des personnes.

L’ÉCONOMIE CRÉATIVE COMME DISPOSITIF POLITIQUE DE L’ÉTHIQUE DE LA RENTABILITÉ

Pour les créateurs, l’économie créative est une perspective intéressante  que les territoires, les villes  en particulier, mettent en œuvre  avec un enthousiasme croissant.  Grâce à l’économie créative, les professionnels de la culture  ne sont plus considérés comme des dilettantes dévolus aux temps de loisir  de nos laborieux concitoyens ou comme des intellectuels pourvoyeurs d’élitisme. Ils sont maintenant les moteurs de la société de la connaissance et deviennent la  source du développement économique  et  de l’harmonie sociale. La culture construisant un  futur meilleur, beaucoup d’entre vous l’ont rêvé ; l’économie créative le fait !

Reste à préciser de quoi ce mot est fait : je reprends d’abord  la définition d’un professeur qui détient la chaire d’économie créative dans une grande école de commerce : «  l’économie créative regroupe les secteurs dans lesquels le produit final est un objet de création ».[2] Je suis certain que vous vous sentez concernés par ce terme si flatteur de  « création » mais l’usage des mots étant gratuit – celui de « création »  plus que d’autres – la vigilance s’impose  car  il faut entendre  que «  le terme générique d’économie créative concerne donc aussi bien les services créatifs (design, architecture, publicité, etc..) que les technologies de l’information et de la communication ( jeux vidéo, services Web, multimédia) ou  les industries culturelles (audiovisuelles, musique, édition). » [3] Nous voilà ainsi au cœur de notre sujet avec l’économie créative, la « création » consiste en définitif  à faire preuve de « créativité » pour produire des « services innovants » qui seront « vendus » dans les meilleures conditions possibles. A priori, tant mieux, car, dans ces temps difficiles,  aucun acteur culturel ne peut se plaindre que ses activités se vendent à des acheteurs qui lui apportent de précieuses ressources pour poursuivre sa « création » !

Toutefois, en terme de politique publique, il est légitime de s’interroger sur l’idéal qu’on nous prépare ainsi.

Si j’en crois mes amis de la ville de Nantes,  la finalité  de l’économie créative est  claire. Prenons  le projet ECCE dans lequel la ville de Nantes est lancée  avec six autres villes européennes : il consiste à construire un « quartier de la création » (encore la « création ») dont on nous dit qu’il est « un cluster culturel en émergence et  vise à réunir sur un même site les acteurs de l’industrie créative mais aussi l’université et la recherche pour créer des collaborations inédites et fécondes ». [4] C’est donc bien un projet public répondant aux besoins de nombreux acteurs culturels  et dont l’ambition est de « stimuler la croissance économique et la création d’emplois dans le secteur culturel en créant un nouvel axe de développement au carrefour de la culture, des technologies et de l’économie. » [5]

Tout est bien dit. L’économie créative est tout bénéfice : les acteurs culturels trouvent des emplois grâce aux coups de main que leur apporte la ville (couveuses d’entreprise, pépinières d’entreprises, formations,  information.. ) Dès qu’ils auront grandi, ils n’auront plus besoin de la béquille du soutien public car ils vendront leurs services créatifs et deviendront auto-suffisants ! La ville créative pourra donc  mener une politique culturelle très active en direction des nouveaux créateurs innovants sans avoir  à remplir sans fin le tonneau des Danaïdes des subventions  culturelles   ! Le contribuable ne peut que s’en féliciter !

Ajoutons que ce dynamisme à l’avantage de garantir l’attractivité du territoire : « il y a une véritable conscience du rôle économique du secteur créatif et qu’une métropole doit s’engager dans une politique qui permettre  de se positionner parmi les villes créatives dans le cadre d’une société de la connaissance de plus en plus internationale. » [6]

Traduction : la « ville créative » devient si attractive qu’elle attire  à elle de nouvelles têtes de plus en plus créatives  !  Le cercle vertueux de la « création », en somme. En plus de tout cela, les réseaux anglo-saxons militant pour l’économie créative nous assurent  que la présence des artistes dans la cité va nécessairement améliorer l’harmonie sociale. Parmi les 125 arguments énoncés sur le site canadien, j’ai trouvé cet argument qui mérite peut-être votre attention : «  les arts soutiennent la création de communautés saines, capables d’agir ». [7]

C’est très beau des artistes  qui apportent la vie « saine » à la société  !  Ailleurs, on insiste encore pour nous convaincre que l’économie créative va favoriser « l’implication citoyenne ».

Vous avez compris qu’avec cette économie créative nous bénéficions d’un triple miracle : « croissance des emplois » pour les cultureux, « attractivité du territoire » devenu innovant  et même « harmonie » dans la société des citoyens  libres ! »

Pourquoi alors prendre une attitude critique un peu moqueuse pour évoquer ce modèle d’avenir culturel ?  Non pour des raisons  de « faits » – il est sans doute mieux d’avoir un emploi, d’attirer les touristes, de favoriser le  lien social, d’innover grâce aux œuvres des artistes et aux pensées des savants et  philosophes du réenchantement du bas-monde – mais plutôt pour des raisons de valeurs. Quelles sont donc les valeurs de la « vie bonne » qui nous sont promises ? Au delà des parfaites finalités de cette économie  créative  – « croissance des emplois », « attractivité »,  « harmonie » –  qui est vraiment le maître des valeurs ?

Figurez vous que cette question est incongrue car la réponse est aussi évidente qu’immédiate : la  valeur d’une activité créative sera, bien sûr,  donnée par le système d’échange marchand concurrentiel. Car l’économie créative n’a de sens que si, grâce aux interventions publiques, le créateur « vole de ses propres ailes ». Il deviendra alors, ce que l’on appelle  un « véritable  professionnel »  !   Cela signifie que sa créativité devra intéresser des acheteurs, privés ou publics ; il doit devenir bientôt « auto-suffisant » avec des services créatifs qui se vendent suffisamment bien pour garantir la rentabilité  de son projet. L’économie créative atteint ainsi son idéal : un créateur « utile », puisqu’il  répond à des besoins, un créateur « rentable », puisqu’il est reconnu par de bons clients  !  L’éthique de l’économie créative est tout simplement l’éthique de la rentabilité  concurrentielle, comme valeur de référence de la « vie bonne ».

Disons-le à l’envers, si  notre acteur culturel crée des marionnettes sans acheteur ou de la musique  inventive invendable, ces  activités n’ont pas de « valeurs » collectives. Elles ont une valeur pour lui et pour ses amis, donc dans la sphère des valeurs privées,  mais pour le bien-être de la société, dans son ensemble,  elles ne valent rien car elles ne promettent pas de devenir un jour des services achetés et vendus avec profit sur des marchés libérés de toute entrave. Un service créatif  qui n’est pas auto-suffisant n’a aucune « bonne » raison  d’exister pour le collectif.

Sans doute pensez vous que je décris ici les intentions des « méchants » capitalistes qui ne songent qu’à exploiter à leur profit le talent des honnêtes créateurs ou que j’évoque les élus des collectivités qui sont prêts à acheter très chers sur le marché international les services d’artistes dont la renommée apportera  la gloire à leur territoire ? Ce serait une grave erreur de compréhension des enjeux  car  l’éthique de la rentabilité ne repose pas sur de telles « mauvaises » intentions. Bien au contraire,  elle revendique d’être la source de la « vie bonne » [8] dans nos sociétés de liberté. Elle doit être comprise comme une  valeur  politique fondatrice sur laquelle repose l’organisation de notre démocratie, notamment au niveau européen. Ainsi, pour prendre un texte de référence parmi tant d’autres, l’Union Européenne en  2006 a déclaré, au nom de cette société de la connaissance évoquée plus haut  qu’il était  impératif de libéraliser le marché des services, c’est à dire de renforcer au nom du progrès la concurrence dans ce secteur. C’est la fameuse directive « services » [9] qui affirme  clairement comme norme de la vie « bonne », le développement de la compétition marchande des services. Or, quelles que puissent être les envies et opinons des acteurs culturels, leurs activités entrent dans le champ de la directive : elles relèvent de  « l’économie créative ». Sera donc « bon », pour construire l’avenir de l’Europe, le service culturel qui se vend bien en régime de concurrence. C’est bien  l’éthique de la rentabilité qui est mise en premier plan du Vivre ensemble en démocratie.

Écoutez bien ce passage qui, en même temps, qu’il plaide pour cette éthique de la rentabilité nous fait, heureusement, comprendre qu’il  serait temps de revendiquer d’autres éthiques de la culture pour continuer à croire à l’Europe : En page  37  de la  Directive « services » :

« Le  parlement européen et le conseil ont souligné que l’élimination des obstacles juridiques à l’établissement d’un véritable marché intérieur représente une priorité pour l’accomplissement de l’objectif fixé par le conseil européen de Lisbonne en 2000 de renforcer l’emploi et la cohésion sociale, et  de parvenir à une croissance économique durable afin de faire de l’union européenne l’économie fondée sur la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici 2010, accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative des emplois ».[10]

2010, nous y sommes  !  Peut-on dire pour autant que cette éthique de la rentabilité nous a rapproché du miracle de « dynamisme », de « qualité d’emplois », « de cohésion sociale »,  promis par cette « société de la connaissance » et  de son  « économie créative » si parfaite ?  Disons que le miracle  est moins évident que sa promesse et, raisonnablement, nous pouvons nous donner le droit d’interrogertion.  Peut-on accepter si aisément dans notre démocratie la  soumission des enjeux culturels à la seule logique de transformation du sensible en  services marchands vendus au mieux offrant ?

Pour poser des limites à cette éthique affichée  par l’économie créative, je donnerai trois exemples parmi   beaucoup d’autres  :

  1. Avec l’éthique de la rentabilité, l’idée même de service public de la culture devient obsolète. Il faut seulement parler de « service économique d’intérêt général » dont la signification n’a pas encore été bien saisie par les milieux culturels. L’affaire est simple : quand le marché d’un service ne dégage pas assez de rentabilité et n’intéresse pas les entreprises lucratives, alors la collectivité publique peut remplir le vide. Elle devient, par défaut, « entrepreneur » du service manquant, du moins tant que le marché ne redevient pas profitable. L’Union européenne autorise ainsi la mise en place de « services économiques d’intérêt général » que la collectivité publique organisera en lançant un appel d’offres  mettant en concurrence – toujours la concurrence – les prestataires possibles du dit service. Ce qui est essentiel pour notre raisonnement c’est que ce « service économique d’intérêt  général »  peut être fourni indifféremment par des entreprises privées lucratives ou par des organismes non lucratifs : l’éthique du fournisseur de service importe peu à l’autorité publique, ce qui compte uniquement c’est que la prestation soit obtenue au moindre coût   pour le contribuable. Aux prestataires  de se débrouiller pour rester viables  dans ce cadre. Concurrence et rentabilité, même pour l’action publique  ! Si j’évoque cette éthique de la rentabilité appliquée aux collectivités publiques, c’est que les activités culturelles sont considérées comme des services ordinaires qui n’échappent pas à la norme générale  !  D’ailleurs, beaucoup d’entre vous sont déjà pris dans cette seringue des appels d’offres concurrentiels et, même si l’on vous dit que la méthode est strictement du ressort des juristes, vous ne pouvez pas avoir la naïveté de croire que votre statut n’a pas considérablement changé : avec le « service économique d’intérêt général » et ses appels d’offre, vous devenez des « prestataires de services »  gérants d’épiceries culturelles !  Dans ce cadre politique où s’installe « l’économie créative », ce que vous continuez à appeler « la culture » ou « l’art » est à lire comme fournitures de produits, en situation de rivalité par rapport à tous leurs frères de culture ! Cette éthique de la rentabilité même pour gérer les interventions publiques culturelles, avouez que ça fait un choc  !  Mais la lecture de la circulaire du premier  ministre  sur les subventions aux associations vous le confirmera [11] : le vieux système de la subvention pour cause de valeur artistique ou culturelle du projet  n’est plus qu’une exception archaïque par rapport à la norme du « service économique d’intérêt général », qui, lui-même, je l’ai rappelé, est  déjà une exception à la règle sacrée du marché libre.( le fameux article 107 du traité de l’union). L’appel d’offres concurrentiel, voilà la logique  publique de l’économie créative, traduction pratique du sort qui attend les cultureux dans une société de liberté vantant les bienfaits de l’éthique de la rentabilité.
  2. Un second exemple contraint aussi à interroger la couleuvre de l’économie créative  : prenons le cas – dont on se demande parfois s’il est extrême – de ces jeunes chinois qui ont la « chance » de pouvoir jouer aux jeux vidéos en ligne de 8 heures du matin à 20 heures le soir avec une demi heure de pose, un salaire de 90 euros par mois et un logement sur place, le tout pour vendre un service qui consiste à faire avancer la puissance des  avatars de cadres occidentaux  qui n’ont pas le temps d’amasser les ors et les armes de leur personnage  préféré  : l’économie est bien créative,  elle est bien rentable mais sa valeur  donne  le frison : comment l’apprécier en terme de dignité des personnes ainsi  amputées de leur liberté ?
  3. Le troisième exemple est éthiquement encore plus douloureux :  que peut signifier pour la construction de l’Humanité, cette économie créative qui nourrit l’attractivité du territoire ? Beaucoup diront qu’il s’agit là d’une nécessité pragmatique dans un monde cruel où les territoires sont en concurrence les uns vis à vis des autres. Mais  il faudrait dire cette vérité autrement si l’ont tient à conserver une spécificité aux enjeux culturels en démocratie : avec l’économie créative, les villes s’organisent activement pour  capter chez elles les talents créatifs venus d’ailleurs. Les meilleurs doivent être ici et non ailleurs. Les cultureux apportent alors leurs « munitions » créatives à la lutte acharnée, au combat permanent des territoires  pour dominer les autres. En obéissant à la seule éthique de la rentabilité, le territoire public de l’économie créative ne fait qu’organiser « la guerre culturelle de tous contre tous ». Il réduit  l’enjeu culturel dans la société de liberté à des flux d’agression. Bel avenir que l’on nous prépare ainsi! Pour l’éviter à l’Humanité, un autre voie doit être explorée.

___

Notes

[1] Voir http://www.saisonsdelamarionnette.fr/2010/06/08/appel-a-signature-pour-le-renforcement-d%E2%80%99un-soutien-aux-arts-de-la-marionnette-en-france/

[2] Extraits de la plaquette de présentation de la « Pépinière écocréative » à Bordeaux. Voir www.emploi-bordeaux.fr

[3] ibidem

[4] Voir entre autres l’article « le quartier de la création : un cluster en émergence » dans la revue de l’Observatoire des politiques culturelles », N° 36 Hiver 2009 page 63. contacts : www.observatoire-culture.net. Voir aussi le N° 35 de la même  revue : l’article de JM Lucas « Pour la reconnaissance de l’économie créative solidaire ».

[5] Ibidem,.page 63

[6] Ibidem, page 65

[7] Voir le site  http://creativecity.ca/english/creative-city-news-mainmenu-326/e-newsletter-mainmenu- 272?task=view

[8] On peut rappeler que dans une tradition ancienne, fortement réactualisée par la philosophie politique anglo-saxonne « le concept de « vie bonne » correspond à l’idée que chaque individu cherche à réaliser dans sa vie un but ou projet qui est pour lui un bien et qui lui permet de donner du sens à sa vie’ (selon Martin Provencher , dans « petit cours d’éthique et politique) . Pour donner une référence parmi beaucoup d’autres aux enjeux politique de la « vie bonne » dans une société de liberté, on peut citer Charles Taylor dans un ouvrage aisé d’accès « le malaise de la modernité », éditions du cerf, 2008.

[9] Voir Directive 2006/123 Ce du Parlement européen et du conseil du 12 décembre 2006 relative aux services dans le marché intérieur.

[10] Pour confirmer la  fascination  pour la culture de marché , notez par exemple que les services de la commission européenne viennent même de lancer une large consultation sur le bel avenir de l’économie créative  en  nous rappelant que « le secteur de la culture et de la création fournit des emplois de qualité à cinq millions de personnes dans l’Union européenne et représente 2,6 % du PIB européen. Les industries culturelles et créatives connaissent également une croissance plus rapide que la plupart des secteurs de l’économie. Les industries culturelles et créatives peuvent aussi avoir des retombées positives sur un large éventail d’autres entreprises et sur la société dans son ensemble. De nouveaux marchés s’ouvrent aux petites entreprises. Toutefois, ces entreprises rencontrent souvent des obstacles qui les empêchent d’exploiter tout leur potentiel. Cette consultation publique encouragera les parties intéressées et d’autres acteurs à se pencher sur certaines questions, telles que :  Comment faciliter l’accès au financement pour les petites entreprises et les microentreprises dont le seul atout est la créativité ?  Comment l’Union européenne peut-elle aider à assurer une combinaison adaptée de compétences créatives et de compétences managériales dans ce secteur ?   Comment stimuler l’innovation et l’expérimentation, et encourager notamment un usage plus large des technologies de l’information et  de  la  communication ? »  (présentation faite  par  Irma  actu sur http://www.irma.asso.fr/Consultation-publique-sur-les?xtor=EPR-47.)… Autant dire « business is business », culturel ou pas  !  !

[11] Extrait de la circulaire du 18 janvier  relative aux relations entre les  pouvoirs publics et les associations;  JORF N° 0016 du 20 janvier 2010 : « Un nombre croissant d’activités exercées par les associations entrent dans le champ d’application du droit communautaire , notamment parce qu’elles sont considérées comme étant de nature économique » ou « Une association sans but lucratif exerçant une activité économique d’intérêt général et sollicitant un concours financier  public sera qualifiée « d’entreprise » au sens communautaire… ». « Cette notion d’activité économique recouvre quel que soit le secteur d’activité tout offre de biens et de services sur un marché donné »., ou  « le fait que l’entité susceptible de bénéficier d’un concours public  ne poursuive pas de but lucratif ne signifie pas que ses activités ne sont pas nature économique » , et le reste à l’avenant  !

Fin de la première partie. Pour lire la seconde, cliquez ici.

____

Du même auteur :

Filed under: Analyses, Expériences, Gouvernances, Ingénieries, Outils, Politiques culturelles, Ressources , , , , ,

A propos de « Mainstream » / 1

Depuis la parution de « Mainstream » nous souhaitions à la fois témoigner du caractère majeur de cet ouvrage, souligner la qualité du travail fourni par Frédéric Martel tant sur le plan de l’analyse que sur le plan de la méthode, nous réjouir du caractère inédit de cette contribution et surtout insister sur l’urgence (en particulier en France) de s’engager non pas dans une énième ré-interrogation des politiques culturelles mais dans la prise en compte d’un propos qui décrit par le menu des enjeux et des évolutions qui s’opèrent dans le monde, dans les industries créatives et l’économie de la culture, propos qui donne des clés essentielles pour que ces secteurs et ces politiques puissent se régénérer.

Alors que nous préparions plusieurs posts sur ces questions, nous avons été rattrapés par l’actualité et surtout profondément scandalisés à la lecture de la « critique » du livre écrite par François Cusset et publiée dans le Nouvel Observateur le 6 mai dernier puis mise en ligne le lendemain. Celui-ci descend tout simplement en flammes l’ouvrage en question et développe un argumentaire qui ratisse large dans le monde de la pensée culturelle, des théories de la droite la plus conservatrice à celles des crypto marxistes, un argumentaire erroné et manipulateur qui induit le lecteur en erreur à chaque ligne et qui donne dans le registre de l’attaque personnelle.

Il nous était impossible de ne pas réagir et tout aussi impossible de ne pas diffuser la lettre adressée par Frédéric Martel à Claude Perdriel, Directeur de la publication du Nouvel Observateur.

Etant en contact avec lui et ayant eu vent de la chose, nous avons demandé à Frédéric Martel de nous autoriser à diffuser son droit de réponse au sein de notre groupe et auprès de nos lecteurs, ce qu’il nous a fait l’honneur et l’amitié d’accepter.

Aux lecteurs du Nouvel Observateur, aux personnes qui ont lu « Mainstream » et à nos lecteurs de juger par eux-mêmes.

______

Frédéric Martel

fredericmartel@yahoo.com

Paris, 7 juin 2010

M. Claude Perdriel

Directeur de la publication

Nouvel Observateur

10-12 place de la Bourse

75081 Paris cd. 02

Droit de réponse

Copie Maîtres J-P. Mignard

et S. Mabile, conseils de l’auteur

Monsieur le directeur de publication, Cher Claude Perdriel,

Le 6 mai dernier, le Nouvel Observateur a publié une critique de mon livre Mainstream. Cette critique, signée par un collaborateur extérieur, François Cusset, est intéressante pour ce qu’elle dit, et pour ce qu’elle ne dit pas. Un critique est libre de ses jugements, et même lorsque ceux-ci sont sévères, ils sont le reflet d’une liberté qu’il faut à tout prix préserver dès lors que sa critique obéit aux règles déontologiques minimales ; par exemple : la bonne foi, le respect des faits, le refus des règlements de comptes etc. En l’espèce, la critique du Nouvel Observateur me paraît malheureusement devoir appeler un droit de réponse.

Revenons sur l’article, puis sur son auteur, enfin sur les raisons qui ont rendu possible cet article. Ce faisant, cette affaire, certes secondaire, me semble significative de méthodes journalistiques graves qui ont cours aujourd’hui au Nouvel Observateur et laissent augurer du pire si le Nouvel Obs devait racheter Le Monde. C’est l’indépendance de la rédaction du Nouvel Obs et son objectivité qui sont ici en cause, ainsi qu’une conception honnête du journalisme. C’est donc une affaire qui dépasse largement le simple compte rendu d’un livre.

Dans sa critique uniquement à charge et systématiquement de mauvaise foi, François Cusset commet une série d’erreurs, amalgames, et fautes factuelles sur lesquelles je vais revenir.

Mais d’abord : pourquoi ce livre déplaît-il tellement à François Cusset ? Ce n’est pas véritablement pour son contenu, sa méthode d’enquête ou pour ses faits (Cusset n’a d’ailleurs pointé aucune erreur factuelle dans sa critique), mais pour des raisons politiques. C’est d’abord parce que ce livre déplace complètement les débats français sur les industries culturelles (que je préfère appeler « industries créatives ») et rend obsolète beaucoup de travaux critiques de l’extrême gauche sur la culture de masse. Ensuite, ce livre vient élargir la définition de la culture, qu’une certaine élite conservatrice de droite et, paradoxalement, l’extrême gauche ou certains critiques de cinéma, s’unissent pour garder étroite afin de protéger leur statut social et leur légitimité. N’en déplaisent à tous ceux-là, pour moi, le dynamisme du jeu vidéo, la créativité d’Internet et des séries télévisées, la musique pop et le cinéma américain font aussi partie de la culture. On ne doit pas systématiquement juger les pratiques culturelles, on doit sortir d’un certain catéchisme culturel qui entend exercer un contrôle culturel sur la culture. De plus, mon livre explique, justement, pourquoi les critiques de livres, de cinéma et de musique n’ont plus prise sur les goûts culturels des gens, aux Etats-Unis bien sûr (dans mon chapitre sur Pauline Kael, Tina Brown et Oprah Winfrey déjà largement commenté) mais aussi en France où la mort du critique culturel est proche.

C’est ensuite parce que je ne juge jamais de cette culture « mainstream » qui se situe entre l’art et le divertissement, comme on le fait si souvent en France, en dénonçant sa qualité, en conspuant sans le comprendre l’hégémonisme américain et en moquant la stupidité culturelle du peuple. Cela m’a toujours amusé, d’ailleurs, que l’extrême gauche déteste autant la culture de masse, elle qui prétend parler au peuple mais, paternaliste et condescendante, ne comprend pas le b.a.ba de ses pratiques culturelles. Il y a plus : François Cusset ne peut accepter, sans doute, que mon livre soit à ce point dépolitisé — choix que j’assume — sur un sujet qu’il s’obsède à politiser, comme le font d’ailleurs toujours la gauche radicale et la droite nationaliste — également ennemis de ce livre. Pour les uns comme pour les autres, en effet, si on ne dénonce pas les industries culturelles et la culture de masse, on est automatiquement disqualifié, façon Cusset, en « Tintin zélé du capitalisme culturel ». Le « mainstream » n’est pas un concept ; c’est un mot ; un mot polysémique et mon enquête tente de comprendre son fonctionnement. Enfin, la vision que je donne de la mondialisation culturelle, laquelle n’est en aucun cas idéologique (je parle du futur de la culture tel qu’il se dessine dans les pays émergents et via le numérique), mais le résultat d’une longue enquête de terrain, ne peut que heurter les sociologues de salon façon François Cusset. A contrario, c’est pour ces mêmes raisons que le livre est en cours de traduction dans sept pays, qu’il a été accueilli très favorablement par la presse étrangère (par exemple cette semaine dans Newsweek : http://www.newsweek.com/2010/06/04/winning-the-soft-power-war.html), qu’il est depuis deux mois dans les listes des meilleures ventes (dont celle du Nouvel Obs) et qu’il a été chroniqué sérieusement par une large partie des médias et des sites Internet français — sauf, notamment, le Nouvel Obs.

Voilà pour le cadre d’ensemble. Venons-en aux erreurs de faits de la critique de François Cusset dans l’Observateur.

- L’expression la plus significative de son article consiste à me reprocher de faire du « chantage au tour du monde exhaustif et aux 1.250 entretiens ». D’abord, je n’ai jamais prétendu faire un tour du monde « exhaustif » : j’ai conduit des entretiens dans 30 pays et leur liste figure sur le site de mon livre (www.fredericmartel.com). Ensuite, ce mot de « chantage » attaque le type de recherche que je fais, à savoir une enquête de terrain. Il est vrai que M. Cusset, idéologue gauchiste, préfère, lui, décrire le monde depuis son salon. C’est son droit. Mais qu’il ait un tel mépris pour l’enquête de terrain, grande tradition de la sociologie américaine des années 1960, par exemple, avec sa valorisation du temps passé à l’observation est consternant. Je ne fais pas de « chantage » : je travaille sur le terrain, interroge les acteurs, tente de comprendre les logiques des groupes, multiplie les interviews. On doit à M. Cusset un petit livre sur Dubaï à ce point fantasmagorique, et faux, qu’on doute qu’il y ait jamais mis les pieds. La théorie, c’est bien ; mais je reste persuadé que pour comprendre la mondialisation de la culture et des médias, il faut sortir de chez soi, et qu’un regard marxisant, surtout lorsqu’il s’est arrêté aux lectures de la « french theory » sur la culture, de l’école de Francfort sur les industries culturelles et de Gramsci sur le rôle des intellectuels, n’est plus pertinent. On ne fait pas seulement de la sociologie de terrain à coup de citations de Gilles Deleuze.

- Le critique signale ensuite que mon livre Mainstream contient « quelques portraits de seconde main » : cette formule est clairement trompeuse. L’ouvrage contient en effet une petite dizaine de portraits « de seconde main » (signalés d’ailleurs en tant que tel dans le corps du texte) sur plus d’une centaine de portraits de première main parmi plus de 1 250 interviews originales ! Cet exemple de tromperie est significatif. Il n’est pas digne d’un chercheur.

- Cette enquête « date » affirme encore François Cusset : cette formule est factuellement fausse. L’ouvrage a été rédigé à partir d’une enquête qui a duré cinq ans, comme cela est mentionné sur sa couverture, mais la plupart des interviews cités dans le livre datent en fait de 2008 ou 2009. Il suffit de lire les chapitres sur la Chine, l’Inde, le Brésil, les pays arabes etc. pour se rendre compte qu’ils évoquent des faits très récents. Et sauf à défendre les « quick books » et les enquêtes faites à toute vitesse, on ne peut pas reprocher à un livre de 470 pages de « dater » s’il repose sur une enquête essentiellement réalisée depuis moins de deux ans. Surtout, François Cusset sait très bien que tous les faits mentionnés dans le livre ont été systématiquement mis à jour jusqu’en janvier 2010. Il est donc faux de dire qu’il « date ».

- Prenons ensuite l’exemple d’Hollywood puisque François Cusset me reproche de ne « rien dire sur les liens historiques de Walt Disney avec le maccarthysme ». Il y a déjà un paradoxe à écrire, d’une part, que l’enquête « date », et me reprocher, d’autre part, de ne pas parler du maccarthysme (sujet qui constitue, au passage, toute une partie de mon précédent livre De la Culture en Amérique que François Cusset a lu). Ensuite, comment peut-on résumer plus de cinq chapitres consacrés à Hollywood aujourd’hui par une seule phrase critique et hors de propos relative aux années 1950 ? Je m’intéresse essentiellement au « nouvel hollywood », le plus contemporain, celui des années 1990 à 2010. Je montre comment les studios sont aujourd’hui des banques qui délèguent la production des films à des studios internes, à des « specialized units » et, au-delà, à des maisons « indépendantes » spécialisées. Personne, à ma connaissance, n’avait analysé cela en France en conduisant une enquête minutieuse à Los Angeles et en interviewant près d’une centaine de responsables de l’industrie du cinéma américaine. Les critiques de cinéma français ne connaissent guère cette nouvelle structuration, ce qui les empêche de comprendre que le cinéma des studios et celui des indépendants sont liés. Tout à leur wishful thinking, ils croient que les indépendants sont contre le système, alors qu’ils sont « le » système. Ainsi, par exemple du critique du cinéma du Monde, Thomas Sotinel, qui a écrit récemment que « les grands studios ont fermé leurs divisions indépendantes » : malheureusement pour lui, comme pour Cusset (qui l’a peut-être trop lu au lieu de lire mon livre), cela est faux. Parmi la dizaine de « specialized units » des studios, c’est principalement New Line Cinema et Warner Independent Pictures qui ont fermé (tous deux au sein de la Warner) mais la plupart des autres, comme Focus Features (Universal), Sony Pictures Classic (Sony), Pixar (Disney), Fox Searchlight Pictures (Newscorp), et pour une part Dreamworks (*) se portent bien. Mais il y a plus, et c’est cela le sujet du livre : je décris minutieusement, outre le rôle des syndicats et des agences de talents, la place essentielle aujourd’hui des maisons « indépendantes » qui ont des liens « préférentiels » avec les studios (dits « first look deals »), ce qui en fait des satellites des majors. C’est cela le coeur d’Hollywood aujourd’hui et je dénombre environ 150 unités de ce type en fonctionnement (voir la liste sur mon site et en note**). Tout cela, et des centaines d’autres informations inconnues en France sur le fonctionnement d’Hollywood, sont passées sous silence par François Cusset et résumées en une seule phrase critique sur le fait que je n’ai pas parlé des liens entre Walt Disney et le maccarthysme ! Le vieux truc ressassé depuis cinquante ans plutôt que des centaines d’éléments inédits en France.

- L’enquête, poursuit François Cusset, « manque presque entièrement les bouleversements induits par l’ère du Web 2.0 » : ce point est faux. De longs développements existent dans le livre sur le Web 2.0. Partout, la question numérique est traitée, et François Cusset sait très bien que je connais ces questions, pour être le fondateur du site nonfiction.fr qui rassemble 810 rédacteurs réunis en une communauté Web, et l’animateur d’une émission qui évoque chaque semaine ces sujets sur France Culture. Cusset a-t-il lu mon livre ? Ou préfère-t-il se tromper sur les « vérités de faits » en transformant des faits en opinions.

- Le livre serait un « manuel de management adressé à des magnats européens à la traîne » : les informations du livre sur les groupes médias des pays émergents, comme Reliance, Rotana, China Film, Shanghaï Media Group, SM Group, TV Globo, Televe, Televisa etc. sont la plupart du temps inédites et originales. C’est faute de s’intéresser à ces pays émergents que les Européens risquent d’être à la traîne, et ce livre vise justement à corriger ces lacunes.

- Je passerais encore sous silence, selon Cusset, les « logiques d’intégration par les formats et la fonction d’agenda qui seuls expliquent qu’Al Jazeera, la CNN islamique, soit plus CNN qu’islamique » : cette phrase est un pur mensonge. Il suffit de lire le chapitre que j’ai consacré à Al Jazeera pour se rendre compte que, précisément, je décris longuement ces formats et agendas. J’ai suivi les journalistes d’Al Jazeera dans une dizaine de pays (au Qatar bien sûr, mais aussi à Dubaï, Damas, Beyrouth, Le Caire, Riyad, Tunis, Ramallah, Paris, Londres, Bruxelles, et même jusqu’à Jakarta et Caracas) et les pages que je consacre à la chaîne montrent précisément ce que Cusset me reproche de ne pas montrer. Mais que sait-il lui-même d’Al Jazeera ? A-t-il simplement lu mon chapitre sur Al Jazeera pour écrire de telles âneries ? A-t-il interviewé un seul acteur d’Al Jazeera pour se permettre de faire de tels commentaires, alors que j’ai interrogé pendant des semaines des dizaines de journalistes de la chaîne ? A-t-il seulement regardé Al Jazeera pour être autant dans l’erreur ? Le lecteur qui lira mon chapitre sur Al Jazeera aura un résumé saisissant de ce que peut être une critique trompeuse et une attaque déloyale.

- François Cusset me reproche ensuite d’avoir oublié de traiter « les détournements [et] la floraison des contre-cultures, irréductibles à leur réappropriation par les majors », « les jeux de force sociaux de la culture » et « les résistances des multiples sous-cultures » : ces critiques sont infondées. Dans plusieurs chapitres du livre, comme celui sur les universités américaines, les critiques culturels, les studios « indépendants », la diversité, la Chine, l’Inde, les pays arabes, l’Amérique latine, mon livre parle précisément de cela, et constamment. François Cusset m’a-t-il seulement lu ? Il sait pertinemment que tous ces sujets sont au coeur de ma réflexion, de mes précédents livres et de mes recherches. Elles sont surtout omniprésentes dans Mainstream.

- François Cusset écrit ensuite : « Presque rien [dans mon livre] sur le mensonge idéologique de la diversité culturelle qui est synonyme chez Martel de contenus de niche différenciés » : cette phrase est factuellement fausse. Il y a dans mon livre, un chapitre entier consacré à cette question (le chapitre huit) et François Cusset sait très bien que je suis l’un des premiers à avoir analysé longuement cette question dans mes livres De la Culture en Amérique et Theater.

En définitive, toute la critique de François Cusset fait la démonstration qu’on peut écrire absolument n’importe quoi et fausser les faits dans un journal comme le Nouvel Observateur. On croirait lire un tract du Nouveau Parti Anticapitaliste ou une feuille ronéotypée d’une sous-section syndicale de SUD. Mais l’aveuglément idéologique, la mauvaise foi, le sectarisme, le mensonge même, disqualifient davantage l’auteur d’une critique qu’elles n’affectent un livre si injustement traité.

La question qui se pose alors est : comment se fait-il qu’une telle critique ait pu paraître dans le Nouvel Observateur ?

Le profil de l’auteur est une première réponse. François Cusset, que j’ai connu à New York, et qui a fait sa thèse à peu près au même moment que moi, est un idéologue d’extrême gauche. C’est un auteur qui pense « faux ». J’avais peu aimé son livre French Theory — un ouvrage qui appelait autant de réserves scientifiques que politiques — car il instrumentalisait les Etats-Unis dans le débat français ; j’ai détesté son ridicule Queer Critics et, je l’ai dit, son texte sur Dubaï. François Cusset est surtout l’auteur de La Décennie, Le grand cauchemar des années 1980 (La Découverte, 2006), un essai dans lequel j’ai pointé une centaine de fautes factuelles graves, des erreurs chronologiques et d’orthographe sur les noms propres (Laurent « Jaffrin », Robert « Abiracheid », Augustin « Giard » etc.), et des fautes historiques énormes, dont la plus belle, qui figure dans le livre page 33, lui a fait écrire que Valéry Giscard d’Estaing avait offert à Bokassa les fameux diamants (on sait, bien sûr, que c’est l’inverse !).

La Décennie est un ouvrage qui dénonce les « années 1980 », comme si on pouvait s’en prendre à une décennie, et en brosser un portrait uniquement noir pour la seule raison que la gauche de gouvernement y est arrivée au pouvoir. La thèse du livre est sotte et son argumentation délirante. A chaque ligne, l’auteur ment par omission, multiplie les amalgames et les anachronismes, et se trompe intellectuellement. L’ouvrage a le sérieux de l’essai d’Olivier Besancenot sur Che Guevara — et au fond François Cusset est à la vie intellectuelle, ce que Besancenot est à la vie politique. Si je parle moi de la culture « à la masse », il parle lui de la vie intellectuelle au fusil d’assaut de type AK-47. Toute la théorie du livre consiste à dénoncer la gauche et en particulier la seconde gauche (la CFDT, Pierre Rosanvallon, le RMI de Rocard, la revue Esprit, la revue Le Débat, le « tournant libéral de Libération » et les éditorialistes du Monde etc.). Face à quoi, Cusset vénère Noam Chomsky, Renaud Camus, le sous-commandant Marcos, Pierre Bourdieu, le syndicat Sud, Christophe Aguiton, les militants d’Attac, du DAL, d’AC ou d’Act Up. Pour Cusset, le chef d’entreprise est un équivalent moderne des dictateurs politiques (p. 295). Sa haine de Rocard, en particulier, est irrationnelle. Ses analyses puériles et critiques du syndicalisme CFDT et son apologie de SUD sont inconséquentes. A l’inverse, la montée du Front National, les déclarations de Jean-Marie Le Pen et de Robert Faurisson, et celles des penseurs de la « nouvelle droite » sont complètement marginalisées et semblent, à Cusset, bien moins dérangeantes que tous ces penseurs de la seconde gauche qu’il exècre — ce qui est très significatif dans un livre consacré aux années 1980.

Le plus piquant, c’est que La Décennie est un ouvrage essentiellement centré sur la destruction systématique du Nouvel Observateur, de son histoire, de ses liens avec la seconde gauche, et à une critique de ses journalistes. Ainsi, Jean Daniel, « éditorialiste infatué », selon Cusset, est ridiculisé dans le livre, Laurent Joffrin (à l’époque rédacteur en chef) a droit à un portrait assassin et Jacques Julliard fait l’objet d’attaques aussi basses que factuellement fausses. Pour Cusset, le Nouvel Obs est le symbole de l’affaissement intellectuel de la gauche et de son basculement dans l’idéologie réactionnaire.

Il y a plus : Denis Olivennes, alors P-DG de la FNAC, et aujourd’hui Président du directoire du Nouvel Observateur, est anéanti en quelques phrases : François Cusset lui reproche ses accointances avec la fondation Saint-Simon, suppôt supposé du capitalisme, son livre ultra-libéral co-écrit avec Nicolas Baverez et d’être, finalement, un « politiste libéral » (voir pages 71, 122, 157). Au fond, on peut lire La Décennie comme un pamphlet anti-Nouvel Obs, écrit, déjà, à coup de citations de Deleuze et Guattari.

François Cusset est de ceux qui confondent Jacques Delors et Louis Pauwells — tous les deux rangés à la même enseigne parmi les réactionnaires de droite. Cusset importe dans la vie des idées le mensonge, la violence et la mauvaise foi de la vie politique. Le sérieux des faits échappe à ce Chàvez de la critique littéraire, la complexité de la vie des idées l’embarrasse. Si on lui avait confié la critique du livre de Florence Aubenas, il l’aurait sans doute confondu avec un essai de Christine Boutin et l’aurait anéanti dans le Nouvel Obs.

Pourquoi, dans ces conditions, un tel auteur a-t-il pu publier un article dans les pages du Nouvel Observateur pour m’assassiner ? Il faut ici ajouter un élément central au débat et préciser que je suis aujourd’hui un des journalistes les plus critiques à l’égard de Denis Olivennes, nouveau patron du Nouvel Observateur. Avec d’autres, sur des milliers de blogs, nous avons dénoncé, alors même qu’il était encore P-DG de la FNAC, son projet de loi Hadopi, dont il est le principal artisan. Il ne s’agissait pas d’attaque de personne, mais bel et bien de critiques sévères sur le rapport Olivennes, ses erreurs, ses approximations, ses propositions obsolètes et inadaptées. Le débat très vif auquel la loi Hadopi a donné lieu au Parlement ; les critiques justifiées de la gauche contre un des textes emblématiques du sarkozysme ; et surtout la décision historique du Conseil Constitutionnel qui a anéanti le projet Olivennes, ont suscité de la part du futur patron du Nouvel Observateur, une animosité grandissante à mon égard. Lorsque ce dernier a interviewé, à l’été 2009, le président Sarkozy (« une » du Nouvel Observateur avec une dizaine de pages), en désavouant sa rédaction marginalisée pour l’occasion, le site que je dirige, nonfiction.fr, a vertement critiqué cette interview et notamment les questions d’Olivennes, et surtout l’ambiguïté qui planait dans sa relation de connivence avec Nicolas Sarkozy (à l’époque, on s’en souvient, son nom avait circulé pour être ministre de la Culture de Sarkozy ou président de France Télévisions, ce que plusieurs de ses questions reflétaient insidieusement). Enfin, nonfiction.fr a vivement critiqué, comme des dizaines d’autres sites et blogs, Denis Olivennes pour avoir qualifié publiquement Internet le 30 juin 2009 de : « tout à l’égout de la démocratie ».

Il n’est donc pas étonnant qu’à côté de la critique de mon livre par François Cusset, un petit encart rappelle opportunément que je dirige la rédaction du site nonfiction.fr et que j’anime l’émission « Masse Critique » sur France Culture : les deux autres lieux du crime anti-Olivennes sont épinglés dans ce règlement de compte évident. La ficelle est un peu grosse.

Pardon de personnaliser ici le sujet mais ce dernier point est également important : il y a quelques semaines, j’ai croisé par hasard Denis Olivennes dans un café et celui-ci m’a qualifié d’ « ennemi » en raison de mes critiques contre Hadopi et contre son interview pro-sarkozyste (Pierre Lescure avec qui j’étais dans ce café peut en témoigner) ; Olivennes m’a laissé entendre qu’il se vengerait. La critique de François Cusset en est une cinglante confirmation.

Le plus consternant de ces méthodes consternantes, c’est que plusieurs journalistes du Nouvel Observateur ont demandé à faire le compte-rendu de mon livre et plus d’une vingtaine l’ont eu ou demandé en service de presse. Peut-être que cette critique aurait été bonne, ou peut-être pas, c’est la vie normale d’une rédaction, mais au moins aurait-elle été probablement honnête. Par un jeu interne subtil, ces candidats ont visiblement été évincés au profit d’un « tueur à gages » extérieur, et qui n’écrit pas en principe pour le Nouvel Observateur, François Cusset, mandaté précisément pour me dégommer.

Denis Olivennes a-t-il lui-même commandé, encouragé, ou facilité l’article de François Cusset contre moi ? Je le crois, mais je n’ai pas la preuve matérielle qu’il ait pris une part directe au choix du « tueur à gage » (qu’il pouvait très bien ne pas connaître et dont il ignorait certainement qu’il fut un ennemi historique de son hebdomadaire). Un journaliste du Nouvel Observateur m’a dit cependant : « Si Olivennes n’a pas demandé cet article, il l’a au minimum encouragé ; et si ce n’est pas le cas, il doit immédiatement proposer un “débat de l’Obs” sur votre livre ou une interview pour corriger le tir ; sinon il confirmera ce que tout le monde pense : qu’il s’est arrangé avec [Jérôme] Garcin ou [Michel] Labro pour que vous soyiez flingué ».

J’ai eu une dizaine d’autres journalistes du Nouvel Observateur au téléphone qui, tous, étaient consternés par ces méthodes et par l’article. Une amie journaliste m’a dit : « Un tel article restera une tâche dans l’histoire du journal, c’est inadmissible ». Un autre : « Ce livre aurait mérité de faire l’objet d’un dossier dans le journal car c’est la première grande enquête sur la mondialisation de la culture et nous devrions être fier que ce soit un Français qui l’ait faite ; au lieu de quoi, on a un règlement de compte grossier et mesquin ». Une autre journaliste m’a dit (je la cite de mémoire) : « Nous vivons ici une véritable omerta. Olivennes a installé son bureau depuis cet automne dans la rédaction pour tenter de nous amadouer, mais nous ne sommes pas dupes : il veut nous contrôler. Il a utilisé par exemple les “Confidentiels” de l’Obs pour critiquer Mathieu Pigasse [patron des Inrockuptibles, également candidat au rachat du Monde] ; il a tapé d’une manière personnelle et inadmissible Benoît Hamon et Claude Bartolone, les lieutenants d’Aubry : tout ça augure mal des prochaines échéances politiques. Et si le Nouvel Observateur devait en plus racheter Le Monde, je souhaite bien du courage à la rédaction du Monde qui perdrait peut être plus au change avec Olivennes, et sa prétendue défense de l’indépendance de la presse, que de basculer dans les groupes Free, Lagardère ou Prisa ».

Toujours est-il que Jacques Julliard, directeur délégué du Nouvel Obs, a signé la fin de la récréation en réagissant immédiatement à l’attaque lâche de Cusset dans son éditorial du 12 mai : « Sous le titre Mainstream, Frédéric Martel a écrit un livre majeur, fondé sur une enquête approfondie au sujet de la culture de masse à travers le monde. Je m’apprêtais à en faire l’éloge quand j’ai trouvé dans Le Nouvel Obs de la semaine dernière une exécution sommaire du livre, d’une injustice évidente. J’invite nos lecteurs à en juger par eux-mêmes ».

Depuis l’arrivée de Denis Olivennes à la tête du Nouvel Observateur, ce genre de critique déloyale contre un livre de fond, résultat d’une enquête sérieuse, et que tout lecteur sincère trouverait honnête, marque un tournant. Mais l’histoire ne fait que commencer.

Proche du Nouvel Observateur, de ses idées, de son histoire que j’ai constamment accompagnée ou partagée depuis plus de vingt ans, je souhaiterais pouvoir vous rencontrer afin de trouver une issue positive à cette affaire.

Je vous prie de croire, Monsieur le directeur de publication, Cher Claude Perdriel, en l’expression de ma haute considération.

Frédéric Martel

> Animateur de l’émission « Masse Critique, le magazine des industries créatives et des médias » sur France Culture ; fondateur et rédacteur en chef du portail des livres et des idées, nonfiction.fr ; auteur de De la Culture en Amérique (Gallimard, 2006) et de Mainstream, Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde (Flammarion, 2010).

NOTES

(*) Racheté par Paramount en 2005 puis par Universal, le studio Dreamworks SKG (à ne pas confondre avec Dreamworks Animation de Jeffrey Katzenberg, resté indépendant) s’est rapproché de Disney en 2009 qui l’a financé, gère depuis son marketing et sa distribution (deal de 30 films sur cinq années). Cette distribution sera faite sous la bannière Touchstone Pictures. Dreamworks SKG a par ailleurs été renfloué lourdement par le groupe indien Reliance. De fait, Dreamworks SKG devient une sorte d’unité spécialisée « semi-indépendante » à la fois de Disney et de Reliance.

(**) Voici les 150 principales maisons « semi-indépendantes », rattachées aux studios, qui constituent aujourd’hui le coeur d’Hollywood (avec une astérisque, je mentionne les nouveaux deals 2009) :

- DISNEY : The Walt Becker Co. ; Boxing Cat Prods. ; Jerry Bruckheimer Films ; Martin Chase Prods. ; Gunn Films ; Hope Town Entertainment* ; ImageMovers ; Mario Iscovich Prod. ; Junction Entert. ; Mandeville Films ; Mayhem Pictures ; Millar/Group Ink. ; Monsterfoot ; Offspring Entert. ; Oops Doughnuts ; Panay Films ; POW ! Entertainemnt ; Scott Rudin Prods. ; Scott Sanders Prods. – MIRAMAX : Rocket Pictures. – WARNER BROS. : Beff Affleck/Matt Damon* ; Alcon ; Appian Way (Leonardo diCaprio) ; Big Kid ; Callahan Films ; Carousel Prods. ; Cruel and Unusual ; De Line ; Di Novi ; Robert & Susan Downey* ; Zac Efron* ; Gerber ; Green Hat Films ; Heyday ; Hollywood Gang* ; Johnny Depp Prod. ; Langley Park* ;  Legendary ; Lin Pictures ; Malpaso (Clint Eastwood) ; Polymorphic ; Revelations ; Silver ; Thunder Road ; Unique Features ; Village Roadshow ; Any & Larry Wachowski ; Weed Road ; Jerry Weintraub Prods. ; John Wells ; Wigram Prods. – PARAMOUNT : Bad Robot ; Broadway Video ; Di Bonaventura Pictures ; Robert Evans Co. ; Montecito Pictures ; Plan B. (Brad Pitt) ; Gary Sanchez Prods. ; Sikelia Prods. (Martin Scorsese). – FOX : Michael Aguilar ; Chernin Entertainment ; Donundrum ; Davis Entertainment ; The Firm ; Josephson ; Lightstorm (James Cameron) ; New Regency ; Point Road ; Red Hour Films ; Scott Free ; Seed Prods ; 21 Laps ; Alex Young. – FOX 2000 : Gil Netter ; Sunsept Entertainment. – FOX SEARCHLIGHT : Ad Hominem (Alexander Payne) ; Decibel (Danny Boyle). – SONY : Aardman Animations ; Apparatus ; Arad prods* ; Atlas Entertainment ; John Calley Prods. ; Escape Artists ; Ghost House Films (Sam Raimi) ; GK Films* [distribution uniquement] ; Gracie Films ; happy Madison ; Heartburn Entertainment ; Katalyst Films ; Kennedy.Marshall* ; Maguire Entertainment (Tobey Maguire) ; Laurence Mark Prods ; Michael De Luca ; Mosaic ; Original Films ; Out of the Blue Entertainment ; Overbook Entertainment (Will Smith) ; Red Wagon Entertainment ; Roth Films ; Smoke Ouse (George Clooney) ; Laura Ziskin Prods. – UNIVERSAL : Apatow Prods. ; Arroyo Films ; Capitvate Entertainment ; Dark Horse Entertainment ; Depth of Field ; Everyman Pictures ; Film 44 ; Illumination Entertainement ; Imagine Entertainment ; Mandalay Pictures ; Morgan Creek Prods. ; Necropia ; Marc Platt Prods. ; Pkaytone (Tom Hanks) ; Strike Entertainment ; Stuber Prods. ; Tribeca Films (Robert De Niro) ; Wild West Picture Show Prods ; Working Title Films – FOCUS FEATURES : Completion Films ; Neal Street Prods. ; Random House – UNIVERSAL PICTURES INTERNATIONAL : Bazelevs Production ; Cattleya ; Edko Films ; Liaison Films ; UFA Cinema. (toutes ces données, ainsi que des centaines d’autres tableaux statistiques figurent en prolongement de mon livre sur le site www.fredericmartel.com)

Filed under: Analyses, Evénements, Expériences, Gouvernances, Ingénieries, Outils, Politiques culturelles, Ressources , , , , , ,

Quelle peut être la place de l’artiste dans une société « du savoir » ?

Deuxième chapitre de notre série de publications issues des rencontres débats passionnants qui ont eu lieu au sein du Grand Lyon dans le cadre du cycle de rencontres « Grand Lyon Vision Culture » et dont son concepteur Pierre-Alain Four* nous fait l’honneur et l’amitié de nous autoriser la diffusion. Au programme cette fois-ci, la place de l’artiste dans une société « du savoir ».

Bien loin de la place spécifique et coupée du monde que lui assigne la vision Romantique, l’artiste est aujourd’hui un individu qui aborde dans son travail de création, toutes sortes de sujets, de thèmes, de questions, puisant dans un répertoire de savoirs et de connaissances extrêmement hétérogène. Par ailleurs, son identité et la nature de son activité se réfèrent aussi à de très nombreux registres : intellectuel, critique militant, découvreur, bricoleur créatif… 

L’artiste est aujourd’hui un acteur à même d’associer et de faire tourner concepts, idées et technologies nouvelles comme d’autres moins récentes. Cependant,
ses dispositions et facultés sont méconnues et, entre les représentations relatives à son activité et la réalité du travail de l’artiste, il y a souvent un monde.

Pour consulter le rapport en ligne, cliquez ici. Vous pouvez également le télécharger dans notre box « Ressources ».

Pour consulter le chapitre précédent, cliquez ici.

*Docteur en sciences politiques (IEP de Paris), Pierre-Alain Four, a été chercheur associé au Pacte-CNRS (IEP de Grenoble) et est membre fondateur de l’Association pour la promotion et l’organisation de la recherche en sciences sociales (Aporss), puis de FRV100. Il a notamment travaillé sur les Fonds régionaux d’art contemporain (Frac), la vie intellectuelle en province et d’une manière générale sur de nombreuses questions culturelles et artistiques. Il a notamment analysé les relations entre artistes et amateurs, et la place des artistes insérés dans des dispositifs de politique publique éloignés de leur champ professionnel d’origine (politique de la ville par exemple). Il a aussi été chargé de cours à l’Université de Montpellier III, à l’école des Beaux-Arts de La Réunion, à l’université Lyon2, etc. Il est actuellement veilleur culture pour la DPSA où entre autre missions, il anime et conçoit le cycle Grand Lyon Vision Culture.

Filed under: Analyses, Gouvernances, Ingénieries, Outils, Politiques culturelles, Ressources , , , , ,

La drôle d’ère d’Internet

Au début de l’année, Bono, le chanteur du groupe irlandais U2, s’est exprimé dans une tribune au New York Times contre le piratage de la musique et a déclaré que les contenus sur Internet pourraient très bien être contrôlés. Costi Rogazanu se penche sur ces déclarations dans le blog Voxpublica : « Je n’ai entendu nulle part que des taxes élevées aient été demandées aux producteurs de clés USB ou aux exploitants de réseaux pour renforcer les droits d’auteur. … Les seuls criminels sont les consommateurs. Que se passerait-il si j’étais quelqu’un de correct, qui ne télécharge pas de musique illégalement et qui respecte toutes les licences et toutes les règles ? Je m’auto-exclurais pratiquement de l’ensemble de la société, de ma propre génération. Je n’aurais pas de sujet de conversation avec mes amis. … Le monde d’Internet et de la technique a changé le monde réel. Celui-ci s’obstine toutefois à fonctionner selon d’anciennes règles. Qui en souffre ? Le consommateur moyen en Occident, les dissidents en Orient. Nous nous dirigeons vers une drôle d’époque. »

Source : BpB / Vox Republica

Filed under: Analyses , , , , ,

La taxe sur Google affaiblit les entreprises d’Internet

Le président français Nicolas Sarkozy veut taxer les recettes publicitaires des entreprises d’Internet. L’attaque s’adresse aux entreprises telles le groupe américain Google qui absorbent une grande partie du marché publicitaire français en ligne sans payer d’impôts en France. Une idée absurde, estime le journal économique Financial Times Deutschland : « En effet, il ignore complètement l’essence d’Internet, où les groupes ont leur siège principal aux Etats-Unis, leurs administrations en Irlande et leurs serveurs disséminés dans le monde entier. La commission ne sait même pas exactement comment la créance fiscale devra être calculée ni comment la recouvrer. Les groupes doivent s’en occuper eux-mêmes quel que soit le coût et l’ampleur que cela peut générer. Et cela uniquement dans le but de procurer à moyen terme à Sarkozy jusqu’à 20 millions d’euros de plus de fonds publics qui permettront de financer une campagne de communication contre les copies pirates ou des subventions douteuses pour des maisons d’édition de journaux. Finalement, une taxe de ce type ne sanctionne que les entreprises dans son pays qui préfèrent miser sur les innovations plutôt que sur les subventions. »

Source : BpB.

Filed under: Analyses, Politiques culturelles , , , ,

Avatar, le film le plus cher génère de la croissance

Le nouveau film Avatar du réalisateur James Cameron est le film le plus cher de tous les temps, avec des coûts de production de près de 350 millions d’euros. Le quotidien La Tribune souligne la façon dont l’innovation peut booster la croissance : « À Hollywood, que l’on disait en crise, cette certitude est ancrée dans les gènes. Et au moment où certains films bouclent difficilement leurs budgets, où les studios semblent hésiter sur leur stratégie face à Internet, sort sur nos écrans le film le plus cher de l’histoire. Un comble ! Non, de l’opportunisme et de la réactivité d’acteurs économiques, dont le seul objectif est d’attirer un maximum de clients (oh ! pardon, de spectateurs). … Surtout, ‘Avatar’ s’avère être un formidable accélérateur pour la diffusion du cinéma en relief. Les films 3D qui se multiplient depuis dix-huit mois n’ont été jusqu’ici vus en relief que par une petite minorité. Cette fois, plus d’une salle sur deux où le film est à l’affiche en France s’est équipée pour projeter en 3D. »

Source : BpB.

Filed under: Evénements, Expériences , , , ,

Les britanniques et les espagnols planchent sur l’innovation et la culture

La réunion inaugurale du XIIIème forum entre la Grande-Bretagne et l’Espagne qui s’est tenu récemment à Madrid fut présidée par les ministres de la culture espagnol et britannique et avait pour thème l’innovation et la créativité dans le monde culturel. Ce forum a servi à la prochaine présidence espagnole de l’Union Européenne de préparer une part importante de l’agenda européen, où le rôle joué par la culture dans l’économie, l’emploi, l’innovation, la compétitivité et la création est considérable.

Les experts britanniques et espagnols qui ont planché sur ces questions dans les quartiers de l’ambassade britannique à Madrid ont mis en œuvre un programme de travail des plus chargés, où l’innovation et l’action culturelle constituent même en temps de crise des leviers importants autant pour les industries dites « créatives » (télécommunications, mode, jeux, design, etc.), l’attractivité et le rayonnement des territoires, que pour le modèle de société à construire. Par ailleurs le poids stratégique de la langue anglaise et de la langue espagnole dans le monde étant considéré comme un atout majeur et une forte expérience accumulée, le vecteur économique et culturel que constituent les langues n’a pas non plus été occulté dans la travaux.

Le panel d’experts invités était impressionnant, mélangeant intellectuels, scientifiques, et entrepreneurs mais ce qui a surtout frappé les esprits c’est la détermination des deux pays à proposer des alternatives à la sempiternelle opposition entre les modèles idéologiques dominants qui se sont succédés les uns après les autres à la conduite de l’Europe. Le souci du citoyen européen et de la construction d’une société européenne hélas toujours hésitante ont prévalu et il faut s’en réjouir car cela augure peut-être d’une nouvelle étape importante pour la cohésion et la solidarité de l’Union, à l’heure où les questions d’identité et de nation prennent une part inquiétante dans les débats publics.

Filed under: Analyses, Evénements, Gouvernances, Politiques culturelles , , , , ,

Cycle « Créativité et Territoires »

Lille1Créativité et innocation 2009La créativité est-elle en passe de devenir le nouveau dogme du développement des territoires ? C’est ce que laisse à penser le succès des approches de la « classe créative » et de la « ville créative », respectivement promues par un économiste américain et un sociologue britannique. Ils emboîtent ainsi le pas aux consultants en entreprises qui plaident pour une émulation de l’imagination au service de l’innovation. Le système capitaliste lui-même serait en phase de mutation, au croisement de l’économie de la connaissance et de l’économie de la culture. L’artiste devient l’archétype de ce travailleur flexible, motivé et inventif, que recherchent les entreprises innovantes et les industries dites créatives. Pour attirer ces créatifs porteurs d’espérance de développement économique, les villes misent sur leurs politiques culturelles et la régénération urbaine.

Point d’orgue de cet engouement, l’Union européenne fait de 2009 « l’année de l’innovation et de la créativité », dans une définition du développement qui dépasse la dimension économique et vise à atteindre des objectifs collectifs par la valorisation des aptitudes individuelles. Situation paradoxale qui fait de l’individu créatif, libre et non-conformiste, le dernier atout des entreprises et des territoires dans le jeu d’une mondialisation hyperconcurrentielle. Au risque de l’instrumentalisation de la créativité individuelle, de la marchandisation des valeurs culturelles, d’un nouvel élitisme social, d’une ville duale et d’un développement non durable des territoires.

L’Espace culture de l’université de Lille organise, dans le cadre des Rendez-vous d’Archimède, un cycle de débats intitulé Créativité et territoires, qui débutera le 13 octobre, à Lille.
La conférence introductive,

Une conférence introductive sera donnée par Bernard Stiegler, directeur du département du développement culturel au Centre Pompidou, le 13 octobre, à 18h30, dont voici l’abstract :

  • La société de la contribution Esquisse d’une critique de la creativ economy : au cours des dernières années, un nouveau modèle de développement économique territorial a été élaboré, venu des États-Unis, dont le chef de file est John Howkins. Dans un travail publié en 2001, il reprend le concept de cluster forgé par Michael Porter et l’applique – en le spécifiant – dans le domaine des industries et technologies culturelles pour caractériser ce qu’il appelle la creativ economy. En 2002, une théorie de la creativ class est promue par Richard Florida, qui pose qu’il faut la distinguer de la working class et l’attirer dans les zones de l’économie créative. On tentera de montrer que ces propositions posent mal une véritable question – à laquelle elles apportent des réponses erronées et qu’il faut combattre : au modèle de l’économie créative, il faut opposer celui d’une société de la contribution, qui ne sépare pas la prétendue creativ class d’un côté et la working class de l’autre, mais qui repense en revanche en profondeur le travail, et en le distinguant de l’emploi.

Trois autres conférences complèteront le cycle :

  • L’artiste, l’ingénieur et les nouvelles technologies, avec Alain Fleischer, directeur du Fresnoy, Studio national des arts contemporains, le 10 novembre ;
  • L’économie du marché de la créativité, avec Yann Moulier-Boutang, professeur de sciences économiques, université de technologie de Compiègne, le 24 novembre ;
  • Droit, création et art contemporain, avec Bernard Edelman, avocat, le 8 décembre.

Contact : Espace culture Université Lille 1, Cité Scientifique, 59650 Villeneuve d’Ascq – (03 20 43 69 09 - www.univ-lille1.fr/culture ). L’entrée est libre.

Filed under: Evénements , , , , ,

Bangkok, à la recherche de l’effet Guggenheim

BangkokLa Thaïlande fait probablement partie des pays où les contrastes entre tradition et modernité sont les plus prononcés. La grande prégnance de la culture traditionnelle et du patrimoine religieux y côtoie en effet l’accélération économique de ces 30 dernières années et ses conséquences qui parfois dépassent l’entendement. Signe qu’un certain niveau de maturité a malgré tout été atteint, le tourisme n’est plus la bouée de sauvetage qui avait conduit à « tolérer » certaines pratiques sociétales et environnementales (pour dire les choses gentiment) au profit de l’économie nationale. En effet, le pays a su engager une mutation qui commence aujourd’hui à porter ses fruits même si, ne nous y trompons pas, le tourisme sexuel n’est toutefois pas éradiqué pour autant et même si l’industrialisation du littoral et l’exploitation des ressources naturelles ne sont pas suffisamment contrôlées.

De notre point de vue, les signes de cette maturité se trouvent notamment dans les choix stratégiques de ces dernières années en direction de la culture et de l’économie culturelle. Cultural Engineering Group  évoque régulièrement les évolutions des politiques culturelles des pays d’Asie du Sud-Est et d’Extrême-Orient, témoignant de la très grande vitalité d’initiatives politiques sans complexes et toujours plus tournées vers une contribution multisectorielle de la culture et si nous nous intéressons cette fois-ci à Bangkok, c’est que la ville qui est en train de se préparer à passer à la vitesse supérieure en termes de rayonnement et d’investissement dans la culture.

La capitale thaïlandaise recherche une nouvelle dynamique de projet depuis plusieurs années, forte d’une vie multiculturelle et d’une offre patrimoniale au niveau élevé. Désormais, le ministère de la culture souhaite porter un projet dont l’ambition vise à créer les conditions qui permettent de capitaliser sur le fameux « effet Guggenheim ».

Pour résumer, on qualifie d’ « effet Guggenheim » la montée en gamme d’un territoire grâce à l’implantation d’un équipement culturel d’envergure en se basant sur le niveau des retombées proportionnellement équivalent à celles obtenues par Bilbao depuis la construction de son musée Guggenheim en 1997.

GuggenheimBilbaoLa plupart des grandes institutions culturelles dans le monde se sont penchées à un moment ou un autre sur cette expérience riche en enseignements pour « caler » leurs propres projets de créations, d’extensions, d’annexes, de délocalisation, de « franchisation » de leurs espaces, de leurs collections patrimoniales ou de leur nom.

Calquer en effet une ambition pour son projet sur l’expérience de Bilbao peut sembler « gadget » mais il s’agit avant tout d’un effet catalyseur qui est recherché à travers cette référence (à condition d’en avoir les moyens car ce type d’opération est du même ordre qu’un investissement industriel). Le retour sur investissement n’est pas forcément le même à Rio de Janeiro, Guadalajara, Shanghai, Taichung ou Abou Dhabi.

Il faut dire que l’effet Bilbao donne d’abord le tournis à tout porteur de projet, en quelques chiffres  :

  • la dépense des visiteurs sur place atteint le coût de la construction en à peine trois ans,
  • une fréquentation en moyenne 5 fois supérieure à la fréquentation moyenne d’un musée national,
  • 2 fois plus d’hôtels en 10 ans,
  • 85% de la fréquentation touristique de la ville motivée par le site,
  • une dynamique de requalification urbaine qui permet de renouveler la grande majorité des infrastructures,
  • + 4800 emplois induits en post impact local,
  • une moyenne de 6500 articles de presse par an,
  • 184 millions d’euros de retombées annuelles,
  • 1,54 milliards d’euros de PIB générés sur une période de 10 ans
  • etc.

La liste pourrait être longue mais il est évident que l’effet escompté ne peut être reproduit à l’identique, même avec un tel exemple d’accélération du renouveau d’une ville. Il convient d’avoir d’abord un environnement propice à la levée de fonds et dans le cas de Rio de Janeiro, de Guadalajara, de Shanghai et Taichung, la tentative a été avortée très vite.

L’approche consiste donc à ne pas reproduire à l’identique un modèle précis mais à s’appuyer sur les ressorts et les caractéristiques de l’effet pour les modélisations à projeter sur les ambitions d’un projet.

Il est par ailleurs difficile d’intégrer une importante part d’incertitude dans les projections, incertitude liée au jeu d’acteurs, aux difficultés de coordination, à la maîtrise des coûts et des procédures, comme dans le cas du musée des Confluences, du Louvre-Lens et du MUCEM. Rappelons que dans le cas de Bilbao, ce sont tout de même 8 années qui se sont écoulées entre l’inscription du projet dans le plan de rénovation de la ville et l’inauguration du musée.

L’avenir de telles opérations est-il en train de se déplacer vers l’Asie après avoir conquis les Emirats ? Deux éléments de réponse :

La première : une réunion s’est tenue récemment entre l’Asian Art Advisory Council et la Fondation Solomon R. Guggenheim, d’où il ressort que la crise économique qui touche aussi les musées, le marché de l’art, les galeries, les artistes et les mécènes, ne fournit pas un contexte si différent de celui que connaissait Bilbao à la fin des années 80. Relativiser la réflexion sur la maîtrise des risques et des incertitudes économiques ne peut pas faire de mal, d’autant que ce type de pari ne se fait pas à l’échelle un d’un seul mandat politique. Retrouver le sens des initiatives de gouvernance est donc essentiel. C’est toujours une vision dans la gouvernance qui a permis aux grandes métropoles créatives dans le monde d’occuper leur place actuelle. Lorsqu’on sait par exemple que le court terme pour Montréal se situe aux alentours de 2025, cela devrait inspirer plus d’une ville en France. On était déjà très loin du Grand Paris à Londres, à Los Angeles, Barcelone, Berlin ou Copenhague mais on l’est encore plus à Singapour, à Shanghai et y compris à Bangkok.

La seconde : le cas de Bangkok en tant que tel donne un signe fort et porte un éclairage tout à fait intéressant sur la question. Le projet consiste à doter Bangkok et le pays d’un équipement culturel de niveau international pour créer une dynamique au-delà du site proprement dit.

MBKLa construction en plein centre ville de la National Contemporary Art Gallery est en effet sur le point de débuter juste à côté du Thailand Cultural Center et du MBK (centre commercial ultra populaire de plus de 400m de long sur 9 étages, on ne fait pas les choses à moitié en Asie !). Il s’agit de créer un gigantesque complexe incluant théâtres, hôtels, cinémas, salles de concerts, auditorium, boutiques d’arts et restaurants entièrement dédiés à la culture, au divertissement, à l’éducation et aux loisirs. Cette dualité entre culture et économie est le meilleur atout du pays. Le projet est désormais en marche et le point de non retour a été franchi.

L’effet Guggenheim recherché et souhaité par Bangkok ne repose pas uniquement sur la poussée de ce complexe culturel et commercial dans un des quartiers les plus vivants de la capitale, l’idée du gouvernement et de la Bangkok Metropolitan Administration est de propulser sur la scène internationale l’ensemble du secteur de l’économie créative du pays (ce qui n’était pas le cas au départ de Bilbao) en y intégrant pleinement l’art contemporain. Mais ceci passe par une remise à plat du Bangkok Art and Culture Center, dont le manque d’efficience devenait un handicap certain pour la globalité du projet. Le gouvernement cherche à faire entrer le BACC dans le schéma qu’il a bâti pour les arts contemporains et l’économie créative,  schéma qualifié de « grandiose » par la plupart des observateurs du pays, y compris étrangers (!).

BACCLe BACC va donc être « reprogrammé » stratégiquement et assaini financièrement afin de s’intégrer dans les plans du gouvernement et de la BMA. Et c’est là que le modèle du Guggenheim de Bilbao est également repris : il permet de caractériser tous les axes de progrès à engager par le BACC et guident l’ensemble du schéma gouvernemental. L’avenir nous dira si ces choix forts de gouvernance se font au détriment de la très grande diversité créative du pays, mais il s’agit bel et bien du projet culturel le plus ambitieux de la décennie qui vient d’être mis sur les rails. Un projet exceptionnel pour Bangkok et la Thaïlande, dans une zone du monde en pleine mutation de son économie culturelle et créative, voisine du triangle Singapour, Taiwan Séoul.

En tout cas avec un tel projet Bangkok vient d’engager une nouvelle phase de son développement qui va faire d’elle plus encore une capitale qui compte dans les flux économiques, touristiques et culturels.

Filed under: Analyses, Gouvernances, Politiques culturelles , , , , , , , , ,

GIS culture

Parmi les news savamment distillées par Capdigital via l’événement Futur en Seine (dont l’inauguration aura lieu le 29 mai prochain), notons la récente réunion qui s’est tenue au Ministère de la Culture et de la Communication pour le lancement d’un Groupement d’Intérêt Scientifique autour des sujets de la culture. Philippe Chantepie était évidemment aux commandes et à ses côtés siégeaient Pierre-Jean Benghozi, Françoise Benhamou et Alain Giffard.

Nouvelle preuve de la dynamique du DEPS à travers le méticuleux travail de Philippe Chantepie, le choix de traiter plus fortement les projets, études et collaborations entre les chercheurs et les entreprises. Ce champ d’investigation est vaste mais surtout stratégique, à l’heure où les industries créatives et culturelles sont en pleine mutation économique, technologique et professionnelle, entraînant dans leur sillage une partie du monde de la culture dans un mouvement d’accélération que nous n’avons pas connu depuis longtemps. A suivre de prêt.

Filed under: Expériences, Ingénieries, Politiques culturelles , , , , ,

Digital Britain (suites)

Le parti conservateur de Grande-Bretagne met en place un groupe de travail sur les industries créatives. Jeremy Hunt, Secrétaire à la culture du cabinet fantôme, a déclaré que ce nouveau rapport irait au-delà du rapport Digital Britain du gouvernement, dont il a félicité l’analyse pointue mais critiqué le manque de mise en pratique. « Il existe une chance réelle pour nos industries créatives de sortir la Grande-Bretagne de la récession – mais seulement si le gouvernement fait suivre l’acte à la parole », dit Hunt. Le pays serait parmi les leaders dans les industries de la musique, du cinéma, des ludiciels et de la télévision – une position initiale unique pour faire de la Grande-Bretagne le centre créatif du monde.

Le groupe de travail, qui devra soumettre son rapport à l’automne, sera présidé par Greg Dyke, ancien directeur général de la BBC. Parmi les autres membres on compte Elisabeth Murdoch, ex-PDG de Sky TV, Charles Dunstone de Carphone Warehouse, Brent Hoberman, co-fondateur de Lastminute.com et Lucian Grainge, président et directeur général d’Universal Music Group International. Le groupe sera chargé d’étudier comment encourager l’investissement dans les contenus et les systèmes à large bande à l’ère numérique, mettre en place des médias locaux durables et garantir une main d’œuvre qualifiée.

Source: BBC News

Filed under: Expériences, Ingénieries, Politiques culturelles , , ,

Forum d’Avignon

Christine Albanel signe avec Nicolas Seydoux, président du conseil de surveillance de Gaumont et président de l’association « Forum d’Avignon, Culture, Médias, Économie », une convention triennale entre l’État et l’association en vue de l’organisation du prochain Forum d’Avignon.
Au service de la diversité culturelle. Le premier Forum d’Avignon a été organisé en 2008 dans le cadre de la Présidence française de l’Union européenne. Un des objectifs principaux de cette réunion annuelle est de montrer en quoi l’investissement culturel contribue non seulement à la protection de la diversité et à la défense des valeurs de civilisation mais également à la création de richesses pour les habitants et à une meilleure compréhension des valeurs d’un pays pour les visiteurs comme pour ceux qui le peuplent.
La Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles a été adoptée le 20 octobre 2005 à l’UNESCO. La France avait joué alors avec le Canada un rôle essentiel dans son adoption.
Le 14 avril 2009, Christine Albanel signe avec Nicolas Seydoux, président du conseil de surveillance de Gaumont et président de l’association « Forum d’Avignon, Culture, Médias, Économie », une convention triennale entre l’État et l’association en vue de l’organisation du prochain Forum d’Avignon.
Le Forum 2008. Le premier Forum d’Avignon s’est tenu du 16 au 18 novembre 2008 sur le thème de « La culture, facteur de croissance économique ». Il a réunit 250 acteurs majeurs issus des secteurs de l’économie, de la culture et des médias, mais aussi des représentants des pouvoirs publics de différents pays. « J’entends offrir un espace unique de rencontres pour créer les synergies, les passerelles entre des secteurs qui ont peu d’occasions de se rencontrer et faire ainsi émerger de nouvelles formes ambitieuses de collaboration bénéfiques pour la croissance et pour la diversité culturelle », avait alors expliqué Christine Albanel.
La première journée du Forum d’Avignon 2008 était consacrée à « Culture et développement économique » : la culture, condition du développement économique durable, et la création, levier de croissance.
La séance plénière, ouverte par Christine Albanel, avait pour thème: « Culture, crise et progrès. »
La seconde journée avait, quant à elle, pour sujet : « Le numérique à l’aube de nouvelles valeurs ?».

Source : Ministère de la culture et de la communication.

Filed under: Analyses, Evénements, Politiques culturelles , , ,

Séminaire Paris Mix (actes)

Les actes du séminaire remarquable et remarqué de Paris Mix intitulé « Territoires métisses et innovants à la rencontre de la mondialisation : quel potentiel des industries culturelles pour l’attractivité internationale d’un territoire ? » viennent d’être mis en ligne.

Les suites de cette rencontre sont attendues avec beaucoup d’impatience et d’enthousiasme.

Filed under: Evénements, Expériences, Ingénieries, Politiques culturelles, Ressources , , , , ,

Némo 2009

Le festival Némo, rendez-vous incontournable des nouvelles images et de la création multimédia, aura lieu du 1er au 11 avril.
Le festival Némo, réalisé par Arcadi, avec le soutien du ministère de la Culture et de la Communication (DICRéAM) et en partenariat avec le magazine Repérages, sera présent au Forum des images et au Cube, ses partenaires historiques, ainsi que chez de nouveaux partenaires que sont la Maison des arts de Créteil via son festival Exit, le Théâtre de l’Agora d’Evry, le Centre des arts d’Enghien et le Bijou, cinéma numérique de Noisy-le-Grand. Némo 2009 est également partenaire de quatre autres festivals : Elektra (Montréal), STRP (Eindhoven), Scopitone (Nantes) et TodaysArt (La Haye).
Le cinéma live sera le poids lourd de l’événement, avec douze performances audiovisuelles, des stars internationales (Mira Calix, Byetone, Frank Bretschneider…), mais aussi des découvertes avec le cinéma en relief d’AntiVJ, l’attaque extraterrestre de TvEstroy ou le show grand public de The Sancho Plan. Et aussi des installations, avec des moments de poésie et de rire (Shadow Monsters de Philip Worthington), de fascination (Strata #2 de Quayola) et de terreur avec les inquiétantes propositions de Némo@Exit. Et encore une belle collection de films musicaux et de nombreux focus sur des auteurs, des producteurs ou des œuvres (Universal Everything, Partizan Lab, Tal Rosner, Mira Calix, Hexstatic…). Sans oublier le Panorama international, florilège annuel des nouvelles images en 140 films courts.
L’entrée est libre.
Vous pouvez aussi retrouver Némo sur Facebook

Filed under: Evénements , ,

Digital Britain

Avec un chiffre d’affaires annuel de plus de 52 milliards de livres, les industries digitales et de la communication font partie des moteurs de l’économie britannique.

Face à la crise économique et financière actuelle elles gagnent encore en importance. Dans l‘objectif de sécuriser la position de leader du pays en matière d’innovation, d’investissement et de qualité dans les secteurs de la communication et du digital, le gouvernement britannique a développé le plan d’action Digital Britain. Ce dernier est une initiative conjointe des Ministères de l’économie (BERR), de l’innovation et de l’éducation supérieure (DIUS) et de la culture et des médias (DCMS), sous la présidence de Stephen Carter, ministre de la technologie, de la communication et de la radiodiffusion.

Le rapport Carter rassemble des propositions d’action, pour le gouvernement comme pour l’économie, pour soutenir ces secteurs industriels cruciaux. Le Digital Britain interim report publié au mois de janvier propose entre autre la création d’une UK Digital Rights Agency. Cette dernière serait chargée de lutter contre le comportement illicite des consommateurs et d’encourager le développement de contenus digitaux légaux adaptés à la demande. Le 13 mars l’Intellectual Property Office a lancé le débat en publiant le papier de discussion Copyright in a digital world: What role for a Digital Rights Agency. Le document prévoit une institution financée par l’industrie, un mélange entre la Federation Against Copyright Theft (FACT), l’Advertising Standards Authority (ASA) et une géante société de gestion des droits d’auteur. Les propositions peuvent encore être soumises jusqu’au 30 mars. Le 26 mars le Centre for Intellectual Property Policy & Management (CIPPM) organisera un séminaire sur les propositions rassemblées. Parmi les conférenciers on note la participation de Prof. Ruth Towse (sur le sujet “economics of flat rates”), Peter Jenner du Music Managers’ Forum, Matthew Cope (IPO Senior Policy Advisor) et Jim Killock (PDG du groupe de consommateurs digitaux Open Rights). Participation au séminaire sur invitation.

Si vous souhaitez participer, veuillez contacter Emily Cieciura du CIPPM (ecieciura@bournemouth.ac.uk).

Le Digital Britain interim report se trouve [ ici ]

Le papier discussion de l’IPO se trouve [ ici ]

Plus d’informations sur le CIPPM [ ici ]

Source: Centre for Intellectual Property Policy & Management (CIPPM)

Filed under: Evénements, Expériences, Ingénieries, Politiques culturelles , , ,

Les propositions de l’ASEF

La Fondation Europe-Asie (ASEF) et la Fédération internationale de conseils des arts et d’agences culturelles (IFACCA) ont publié aujourd’hui le rapport et les recommandations de politique développés à partir du Mini-sommet sur les nouveaux médias, la politique des arts et des pratiques artistiques, sommet qui s’est tenu à Singapour les 24-26 Juillet 2008, et se sont engagés à poursuivre l’action au cours de 2009.

Le Mini-sommet, organisé en partenariat avec ISEA2008 (International Symposium for Electronic Arts), a rassemblé 54 artistes, de chercheurs et de décideurs de 26 pays pour développer une vue d’ensemble des principales questions ayant une incidence sur les nouveaux médias, les pratiques artistiques et de créer un cadre politique assorti d’un plan d’action. 

Les recommandations comprennent également le dialogue qui a eu lieu au cours de la dernière décennie, entre les décideurs politiques, des artistes et des praticiens. Prenant en considération la diversité des réalités politiques qui existent aujourd’hui, le rapport prône  la recherche et l’action concrètes. L’une des principales recommandations est d’établir ou de soutenir une pratique des arts médiatiques transnationaux et de partager une plate-forme politique, de promouvoir et d’informer l’évolution de la pratique des arts médiatiques.

Illustré par des études de cas et des éléments chiffrés, le rapport comprend également les résultats d’une enquête menée dans le cadre de la préparation de l’événement. 

Quatre thèmes ont été abordés : 

  • l’intelligence ambiante, le web 2.0 basés sur la localisation des médias, 
  • la recherche créative, la conception itérative des cycles, la recherche universitaire et les communautés créatives, 
  • open source et les réseaux ouverts: le rôle des nouveaux médias indépendants de petits laboratoires, 
  • l’éducation aux médias, les médias, la société civile.

Filed under: Evénements, Expériences, Politiques culturelles , , , , ,

Bordeaux créative

Jeudi 19 février Alain Juppé a rassemblé une centaine de personnes représentatives de l’économie créative à Bordeaux et dans son agglomération. A cette occasion, il a annoncé la création de « Bordeaux créative ». Composé d’artistes, de représentants d’institutions et du monde de l’entreprise « Bordeaux créative » sera animé par Josy Reiffers, adjoint au maire en charge du développement économique, de l’emploi, de la recherche et de l’enseignement supérieur. Ce groupe aura pour objectif de définir les secteurs porteurs d’économie créative, de réfléchir à une méthodologie et à une stratégie de développement de nouveaux projets. Processus collaboratif qui considère que chacun peut avoir des idées bonnes à prendre, l’économie créative est une nouvelle réalité qui assemble différents secteurs d’activités économiques et culturels fondés sur les talents, l’imagination, la création et les ressources individuelles et collective de ses acteurs. 14 secteurs sont identifiés comme partie intégrante de l’économie créative (arts plastiques, architecture et urbanisme, édition, musique, arts vivants, tourisme créatif, gastronomie …) Elle représente aujourd’hui 3 647 établissements et près de 14 000 emplois dans l’agglomération bordelaise. La mise en place de « Bordeaux créative » s’inscrit dans la continuité des propositions faites par Alain Juppé lors de la campagne pour les élections municipales, de la réflexion menée par l’Institut des Deux Rives et des conclusions d’une enquête menée par le BRA au cours de l’été 2008.

 

Institut des Deux Rives

Créé en 2008 par Georges Viala, l’Institut des Deux Rives regroupe des personnes exerçant leurs talents dans différents domaines et qui ont pour double objectif de « remettre l’homme au centre de la société » et de « mieux vivre ensemble ». Ils entendent nourrir le débat public en faisant des propositions concrètes.

L’institut vient de publier « Economie créative, une introduction » aux éditions Mollat.

Source : Bordeaux.fr

Filed under: Expériences, Ingénieries, Politiques culturelles , , ,

L’ambition de Taiwan

Le Conseil pour les Affaires Culturelles de Taiwan (CCA) a récemment annoncé qu’un plan d’investissement de plus de 1,5 milliards de dollars allait être mis en place pour les quatre prochaines années afin de promouvoir la culture et les industries culturelles au niveau international.

La ministre Huang Pi-twan avait déjà indiqué en 2008 devant un parterre de responsables culturels locaux qu’elle envisageait de faire de Taiwan un point névralgique pour la culture et les industries créatives dans le monde. Considérant que la dimension créative se trouve jusque dans les plus petites rues de Taiwan, elle caractérise ainsi sa volonté de capter tous les potentiels dans un plan d’action stratégique qui intègre tous les secteurs culturels et créatifs de l’île, au-delà tous ceux qui sont directement soutenus par le CCA.

En attendant les détails de ce plan plus qu’ambitieux compte tenu du ratio d’investissement par habitant que représente le budget du CCA, on ne peut que se réjouir de voir la culture prise en compte dans des politiques intégrées.

Filed under: Expériences, Ingénieries, Politiques culturelles , , , ,

Departure

Créé en 2003, departure est la première agence de développement économique indépendante pour les industries créatives en Autriche et considérée aujourd’hui comme un projet phare de l’encouragement de l’innovation sur base compétitive en Europe. Depuis le lancement du programme 151 entreprises ont été soutenues avec au total 10,8 millions d’euros et de nombreux emplois qualifiés ont été créés ou maintenus.

Avec la création de departure la ville de Vienne a fait preuve de clairvoyance en ce qui concerne le potentiel des entreprises créatives de la ville et le facteur économique important qu’elles constituent. departure est une société filiale du fonds économique viennois et est rattaché au département des affaires économiques de la ville de Vienne. Les programmes de soutien de departure ne remplacent aucunement les aides à la culture ou subventions et ne diminuent donc pas le budget culturel de la ville.

L’objectif de departure est d’intégrer la création culturelle dans l’activité économique viennoise et autrichienne en augmentant le nombre des créations d’entreprises durables dans les secteurs de la créativité (mode, musique, audiovisuel, multimédia, design, éditions, marché de l’art et architecture) et en encourageant la croissance et l’expansion des petites et moyennes entreprises par des mesures de soutien ciblées.

Pour cela departure propose quatre programmes de soutien aux entreprises créatives viennoises : departure_classic et departure_focus sont des programmes de soutien aux projets classiques qui s’adressent autant à des entreprises établies qu’à des fondateurs d’entreprises. Le plafond de l’aide est fixé à 200.000 euros. departure_experts est conçu pour des firmes établies ayant besoin d’un savoir-faire pointu pour la réalisation d’un projet concret. L’objectif de ce projet doit cependant forcément être la croissance économique. departure_pioneers’adresse à de jeunes chefs et des fondateurs d’entreprises. Pour les nouveaux programmesexperts et pioneer departure a recours à des experts externes pour faire la sélection des entreprises à soutenir. Le plafond est fixé à 15.000 euros.

Source: departure & OPCE

Filed under: Analyses, Expériences, Ingénieries, Outils, Politiques culturelles, Ressources , , , ,