Cultural Engineering Group Weblog

Services & Ressources en ingénierie culturelle

Meeting on agenda 21 for culture

UCLG

The 10th meeting of the Committee on Culture of UCLG (United Cities and Local Governments) will take place in Lille, France on 27-29 June 2013. The main topics to be discussed in the meeting of the Committee on Culture of UCLG are:

  • Key presentations of cities engaged in the local implementation of Agenda 21 for Culture and the UCLG Declaration on culture as the fourth pillar of sustainable development.
  • Launch of the process to update Agenda 21 for culture in 2014: How do we evaluate the existing document? What contents should the new document have? What monitoring/support can we provide to cities? What training / capacity building / exchanges should we design and implement?
  • State of the art of work related to the Post-2015 Development Agenda and Habitat III (2016)
  • Report on the UNESCO conference on Culture: Key to Sustainable Development, Hangzhou, China, 14-17 May 2013
  • Launch of the World Award on Agenda 21 for culture
  • Preparation of UCLG’s World Congress in Rabat (1-4 October 2013)
  • Ideas for the programme for the new period 2014-2016
  • Technical visits to cultural projects in Lille

For more information please contact: coordination@agenda21culture.net.

Download the documents here.

Source : Culturelink.

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Creative Broward 2020 : a plan for cultural and economic development in Broward County

The Cultural+Planning Group has been selected by Broward County to craft a 10-year Community Cultural Plan that examines diversity connected to Creative Economy, Cultural Tourism and Public Art and Design, and provides a comprehensive needs assessment, vision, draft legislation, policy framework, recommendations, strategies, funding requirements, funding sources, evaluation instrument, and benchmarks.

The vision of the Creative Broward 2020 plan is integrating cultural and economic development throughout Broward County, and based on the understanding that culture is a local resource and an economic asset, the plan draws on the unique diversity of its residents in the upcoming decade.

Here is the final report: 


More information here.

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International conference on cultural diversity, civil society and international cultural cooperation

Culturelink / Institute for Development and International Relations and the Centre for Democracy and Law Miko Tripalo have the great pleasure of inviting you to the international conference on Cultural Diversity, Civil Society and International Cultural Cooperation, to be held on 3-4 June 2013 in Zagreb, Croatia.

The conference is organized jointly by Culturelink/IRMO and the Centre for Democracy and Law Miko Tripalo, in cooperation with the UNESCO Regional Bureau for Science and Culture in Europe (Venice). The aim of the conference is to analyze cultural diversity as the principal challenge of our time. The integration of cultural diversity into a wide framework of public policies, not only cultural ones, gives a new impetus to the international community in approaching its fundamental goals – peacebuilding and development, conflict prevention, democracy and human rights.

Cultural diversity is a source of creativity and innovation for development. UNESCO’s Convention on the Protection and Promotion of the Diversity of Cultural Expressions, which was adopted by the UNESCO General Conference in 2005, will be at the centre of the Conference programme. The Convention advocates changes in international cooperation which will contribute to the bridging of the development gap and to the reduction of dependency in the world through the establishment of development partnerships. The Convention aims to foster cultural interaction and dialogue, and to establish innovative approaches towards international cooperation.

The Conference will be structured in four thematic round tables:

  • 1. Integrating Cultural Diversity in Sustainable Development Policies;
  • 2. Promoting Cultural Policies;
  • 3. Strengthening the Diversity of Cultural Expressions;
  • 4. Promoting Mobility and Engaging Civil Society.

Today, many countries in the world have coalitions for cultural diversity representing professional cultural and artistic civil society organizations. The coalitions operate through institutions, advocating the importance of culture and the promotion of the diversity of cultural expressions, as formulated in UNESCO’s Convention, and having an eye on broader development issues. The Conference will also focus on the following question: Does civil society in Southeast European countries have an interest in the creation of coalitions for cultural diversity in the region?

The conference agenda will be posted on Culturelink’s website by 10 May 2013. For the programme and participation registration form please visit here.

Source : Culturelink.

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Comprendre l’éthique

René Villemure

Voir du sens là où les autres voient des choses

- Umberto Eco

Les scandales et les frasques politiques mettent l’éthique à mal.

L’éthique est partout. De tous les bulletins d’informations, de toutes les manchettes.

L’éthique est nulle part. On cite l’éthique pour ne rien dire, pour être dans l’air du temps, pour dire si peu ou, encore, pour l’avoir dit… On cite l’éthique sans en définir le sens, on cite l’éthique pour montrer des choses, brandir des codes ou dénoncer des malversations, alors qu’il faudrait mieux comprendre que citer…

« Comprendre » au sens strict, signifie « saisir l’ensemble; « comprendre » implique la capacité à faire des liens entre divers éléments.  Pour comprendre l’éthique, il faut savoir faire des liens entre celle-ci, la culture ambiante et les évènements qui surviennent dans la culture en question.

Saisir l’ensemble

La « notoriété d’un sujet » n’est pas synonyme de « connaissance d’un sujet ».

Dans l’espace public, on évoque des manquements à l’éthique, des codes d’éthique, des conflits d’intérêts, des fraudes mais, au fond, on ne parle pas d’éthique, ou, si peu. On évoque plutôt la non-éthique croyant ainsi dire l’éthique.  Force est de convenir que cela n’est pas la meilleure manière de clarifier une idée…

Aussi, et bien que plusieurs aimeraient qu’il en soit autrement, l’éthique est une partie de la philosophie et, à ce titre, implique nécessairement une réflexion plus poussée que ne le serait une opinion. IL faut le dire, l’éthique est affaire de réflexion et de hauteur de vue, pas d’opinion ou d’idées reçues.

En premier lieu, il faut savoir et comprendre que l’éthique est une des parties constituantes de la culture d’une organisation ou d’une société.

À ce titre, si une culture ne se démarque pas on ne la remarque pas, on n’en remarque alors que les manquements. Les nombreuses commissions d’enquêtes tenues au fil des ans nous ont d’ailleurs démontré que la non-éthique pouvait aussi faire partie de la culture d’une organisation ou d’une société…

En second lieu, il faut savoir qu’à titre de composante de la culture, l’éthique n’est pas une chose ou un élément quelconque à « gérer » au sens administratif du terme; elle est bien plus importante. L’éthique doit être la référence première d’une société, son inspiration ultime qui colore tant sa mission que sa vision.

Ainsi comprise, l’éthique est affaire de sens.

Le sens, c’est la direction, c’est la sensibilité, c’est le chemin.  L’absence de sens, c’est l’égarement, l’inconduite et la faute.

L’éthique est une réflexion qui propose de chercher à déterminer le sens à donner à une conduite.  Curieusement, dans cet effort de recherche de sens, plusieurs vident l’éthique elle-même de son sens en la réduisant à une structure, à un code, à un effort de surveillance ou de dénonciation.  Même si ces outils sont parfois nécessaires, ils ne sauraient à eux seuls constituer l’éthique d’une organisation. Il est impératif de distinguer les outils de l’éthique de l’éthique elle-même parce que, vidée de son sens, l’éthique n’est plus que du markethique ou de l’éthique d’apparat.

D’ailleurs, sans le sens, comment l’éthique peut-elle suggérer une direction?

Que faire alors d’un code d’éthique qui n’est souvent qu’un prétexte utilisé pour justifier des normes et des contrôles?

Les infrastructures ou les codes d’éthique, sans le nécessaire effort de sens et de migration culturelle qui doit les accompagner, demeureront vides de signification et ne pourront faire qu’illusion.  Ces infrastructures et codes donneront, à ceux qui aimeraient mieux ne pas en parler, le sentiment, faux, d’un monde éthique.

L’éthique est affaire de culture, ne l’oublions jamais. Un dispositif de surveillance ne saurait à lui seul assurer l’éthique d’une société.  « On ne peut rendre les gens bons par décret », disait avec justesse Oscar Wilde.  Il avait raison. Il a toujours raison.

Enfin, n’oublions jamais qu’il demeurera toujours plus facile ou moins exigeant de surveiller que de penser; sachons aussi que la conformité n’a jamais engendré un monde meilleur.

L’éthique résulte d’une certaine prise de conscience collective : il y a déjà beaucoup de codes, beaucoup et de normes, il y a toujours de l’injustice et des comportements inéthiques.

Pourquoi ? Parce qu’un code ou une norme ne sauraient remplacer l’éthique.

Puisque « nommer, c’est dire avec du sens », tentez de questionner et de comprendre l’éthique et les valeurs de votre société, organisation, ministère ou organisme.  Faites les efforts nécessaires pour comprendre le sens donné à l’éthique dans votre société parce que sans le sens, sans la direction qu’elles impliquent, l’éthique et les valeurs ne seront que des mots écrits sur la vitrine de l’indifférence

L’éthique est affaire de sens.



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Ce ne sont pas tous les méchants qui font le plus de mal en ce monde.  Ce sont les maladroits, les négligents, les crédules.  Les méchants seraient impuissants sans une quantité de bons.

 - Paul Valéry

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Retrouvez sur Cultural Engineering Group les billets réflexifs de René Villemure, éthicien, conférencier, président fondateur de l’Institut québécois
d’éthique appliquée notamment aux domaines de l’innovation, de la culture, de la gouvernance et de la communication. Il est également le fondateur d’Ethikos pour son action à l’international et partenaire de Publics & Territoires, le premier réseau des décideurs éthiques dans les territoires.

Billets réflexifs précédents publiés sur CEG :

Toutes les publications, les actualités et  les activités de René Villemure en cliquant ici.

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Managing Spontaneity : a conversation with the authors of Eventful Cities

An ART-idea* conversation with the authors of Eventful Cities, Greg Richards and Robert Palmer, took place in Barcelona on 17th April 2013. The event brought together a select group of experts and practitioners from across Europe to share and discuss ideas about the future of cities and events.

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Eventful cities are constantly evolving in the face of emerging challenges, particularly the current economic crisis and major shifts in the social fabric of communities. The discussion identified a number of key issues, ranging from the understanding of multiple identities of cities, changing nature of city governance, increasing complexity of brokering relationships with increasingly diverse city stakeholders, and the need for new approaches when bidding for international events, to the limitations of current methodologies and the deliberate misrepresentation of results of event evaluations and impact studies.

A need was identified to move from economic based event indicators to a wider concept of public value. The value-led argument should no longer centre on economic benefits but rather incorporate a more sophisticated and multi-polar approach to assessing the value of the cultural events.

The final session of the conversation was dedicated to looking at the future challenges for cities and considered wider implications for events in cities. Several challenges were highlighted:

  • Increased demand by citizens to reclaim public space
  • Growing need amongst people to come together in mass events (what Greg Richards referred to as the “need for physical co-presence.”)
  • Rising disillusionment with mega events that exclude genuine citizen engagement
  • Proliferation of spontaneous events (that ignore rules of conventional event management as practiced traditionally by local authorities)
  • Growth in events that challenge the boundaries of authority and usual consumer behavior

Taken together, these trends point to significant challenges to the approach of cities when managing events. It will be increasingly complex to manage security by issuing permits –the flash mob disappears before the police arrive! The renewed demands from citizens for the right to utilize public space in “their” city will be increasingly difficult to ignore, persuading authorities to re-examine and embrace the demonstration of different expressions of public creativity. It may be that city authorities will need to find ways to allow citizens to design their own events, taking what Robert Palmer identified as a more “prosumptive” approach to participation that will require events facilitation rather thanmanagement. Managing spontaneity will demand a new set of skills.

The next Conversation will be held in September 2013 and will consider “the possible end to the approach to city cultural policy as we know it.” With redundant art forms, new forms of participation, the changing role of arts subsidy and a new ecology for culture, the debate will look at the feasibility of a needs/rights based policy approach that is no longer driven by economics.

The aim of the conversation is for you to have an input and use the opportunity to ask burning questions or test your own theories and analysis. The conversation takes place in a combination of formal and informal settings -and is moderated to ensure that everyone has the opportunity to participate.

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*ARTidea is a non-profit association dedicated to exploring creative and artistic solutions for local and regional development.

About Eventful cities on CEG :

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La Culture comme promesse d’une métropole citoyenne

31mai

Le 31 mai prochain, l’Association des directeurs des affaires culturelles d’Ile de France et la Fédération nationale des associations de directeurs des affaires culturelles (ASDAC et FNADAC) proposent une journée de conférence sur le thème : « La Culture comme promesse d’une métropole citoyenne », en partenariat avec la Communauté d’agglomération de Plaine Commune, le Ministère et ARCADI.

Cette journée de conférence préfigure les Assises Nationales des Directeurs des Affaires Culturelles qui se tiendront en mai 2014.

Elle a pour objet de croiser les regards des différents protagonistes de la réflexion sur la métropole,  élus, administrations territoriales, urbanistes, chercheurs et professionnels de la culture sur des questions peu débattues et essentielles :

  • Quelle intégration de la dimension culturelle dans le projet urbain ?
  • Quelle articulation avec les modèles économiques marchands, dans un domaine construit autour des notions d’émancipation du citoyen et porté par les droits culturels ?

Ces problématiques seront développées lors de 4 tables rondes :

  • Quelles modalités pour passer d’une approche culturelle « ville-centre / banlieues » à l’organisation d’une métropole multipolaire ?
  • Comment garantir l’équilibre entre développement urbain et « service public de la culture », entre droits culturels et ville créative ?
  • Quel écosystème inventer entre acteurs publics et acteurs privés de la culture ?
  • Comment État, élus et professionnels de la culture peuvent-ils défendre la notion de « service économique d’intérêt général » auprès des instances européennes ?

Pour vous inscrire, il vous suffit d’adresser un mail avec votre nom et vos coordonnées en cliquant ici.

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Dîner débat Publics & Territoires avec René Villemure

Logo club

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Le club "Publics & Territoires" organisait hier soir un dîner débat à l’hôtel Normandy en partenariat avec Ethikos et son président René Villemure en invité d’honneur, en tant que grand spécialiste de l’éthique appliquée.

Il s’agissait d’aborder une problématique de plus en plus présente dans les préoccupations des décideurs : "comment puis-je faire pour bien faire ?". Il est vrai que l’élu local est confronté chaque jour à de nombreux choix pour animer la communauté qu’il représente comme pour gérer le territoire dont il a la charge.

Face à cette question d’une apparente simplicité dans ce monde en mouvement permanent et de plus en plus complexe, l’objectif est clairement pour lui de prendre la "juste" décision. Comment poser les enjeux de ce "leadership" éthique ? Sur quels fondements bâtir cette nouvelle gouvernance locale ? Telles étaient quelques-unes des questions dont les membres et les invités ont débattues.

Le compte-rendu complet de la soirée sera prochainement disponible dans le cadre de la refonte désormais imminente du site du club et puisque nous avons le plaisir de participer et de contribuer à l’aventure Publics & Territoires, nous ne manquerons pas d’en relayer les meilleurs moments sur CEG.

A suivre donc.

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Reims, un temps d’avance

En matière financement de l’action publique, la conjoncture dans laquelle nous nous trouvons est désormais fortement impactante pour les collectivités territoriales. Tous les domaines d’intervention sont effectivement concernés et il faut dire et redire ici que si la crise est venu amplifier le phénomène, on ne peut lui faire porter la responsabilité de tous les maux. Les crédits publics diminuent depuis de longues années : réformes (et non réformes) de l’Etat, de la fiscalité locale et des collectivités et la réorientation des financements européens ont notamment modifié l’ingénierie financière des acteurs publics et leurs capacités à trouver les ressources nécessaires pour continuer à vivre au-dessus de leur moyens tout en maintenant leur capacité de financer leurs actions et leurs projets. Il est donc logique de voir désormais cette capacité évoluer, muter, s’adapter aux nouvelles réalités d’aujourd’hui.

Ce que certains appelaient de façon péremptoire l’économie du 100% subventions publiques est révolue et la relation de partenariat entre le public et le privé, entre le collectif et le particulier, est devenue essentielle pour favoriser, initier, développer et pérenniser bon nombre de projets.

Certains acteurs, dont certaines collectivités territoriales, ont pris les devants en recherchant de nouvelles modalités de cofinancement en explorant de nouvelles pistes, notamment à travers le mécénat, les services au public, le développement de recettes annexes, les fonds d’investissements, les fonds de dotation et autres outils qui sont désormais plus que jamais à leur disposition.

En matière de mécénat, si il faut se réjouir que le dispositif fiscal n’ait pas été revu à la baisse par l’Etat en 2012, il faut tout de même craindre que cela se produise en 2013 et la nécessité de s’adapter à l’évolution de ce domaine, évolution qui face à la baisse globale des dons, conduit les acteurs, les institutions et les services publics à miser sur de nouvelles approches qui se fondent notamment sur la relation de proximité. C’est là que des collectivités ou des villes comme Reims, au travers du rôle que la culture joue dans la qualité de son cadre de vie et de la place déterminante que tient le critère de qualité du cadre de vie dans le rayonnement et l’attractivité du territoire, tient un atout majeur et doit pouvoir en exploiter pleinement les potentiels.

C’est en effet toute la diversité des sources et des ressources qui sont désormais mobilisables, conduisant ainsi les acteurs à considérer de manière précise le recours à des formes de financement privé pour accompagner le financement public et non s’y substituer. C’est l’inévitable recentrage de la mission de service public sur ses cœurs de métiers et ses missions régaliennes qui s’opère, la droite comme la gauche l’appellent de leurs vœux, chacun à sa manière. En abandonnant de vastes étendues de domaines de compétences sans véritable cohérence de traitement dans accompagnement de transition, de transfert, de compensation ou d’indemnisation selon les secteurs d’action concernés, les collectivités territoriales et locales se retrouvent dans une situation qui est lourde d’ambigüités. Pour faire face à ces ambigüités, il faut beaucoup de discernement et de courage politique.

Cette nécessité incite donc à imaginer toutes les ressources possibles dans leur grande diversité. Cette diversité conduit également à ne plus simplement rechercher la sollicitation ponctuelle au partenaire mais à s’inscrire dans une relation sur la durée. Pour qu’il y ait relation il faut qu’il y ait sens à mutuellement s’investir dans une démarche qui doit être « gagnant-gagnant » comme on dit communément, qui doit être sécurisée au plan juridique et financier et qui produit de la valeur ajoutée pour le projet, son public et ses acteurs.

C’est donc désormais la question des nouveaux outils de gestion et des supports de ces formes de financement qui doit être développée par ceux qui souhaitent avoir recours à ces nouvelles ressources. De nombreuses solutions proviennent de la finance elle-même ou du secteur bancaire comme les produits d’investissement, d’autres proviennent du monde des assureurs mais aussi des acteurs du terrain eux mêmes comme l’épargne solidaire, la participation au capital d’un financeur culturel, le mécénat de compétences, le financement participatif, etc.

On trouve également des formes importantes de cofinancement par le biais de recettes dites « annexes » basées sur des services au public développés par le partenaire qui viennent étendre la capacité des acteurs publics et préservent la mission de service public.

Dans tous les cas, il s’agit là aussi d’une ingénierie spécifique qu’il convient d’étudier.

Face à la multiplication des besoins, des modalités et des ressources, l’objectif est donc d’adopter les outils et la gestion les plus pertinents et structurants pour la soutenabilité de l’action publique et les collectivités ne sont pas en reste en la matière, bien au contraire, elles sont souvent pionnières !

Reims figure parmi celles-ci, avec une singularité très signifiante : la création en 2010 d’une mission mécénat directement initialement intégrée à la Direction des Affaires Culturelles. Cette mission mécénat est ensuite « remontée » dans l’organigramme des services de la municipalité pour être désormais rattachée à la direction générale, ce qui constitue en soit un fort niveau de prise en compte de l’intérêt de la relation partenariale aux opérateurs économiques dans tous les domaines et champs de compétence de l’action publique. De nombreux projets peuvent être ainsi accompagnés pour partie et complément par une ingénierie, des outils et des démarches maîtrisés, ce qui est une assurance supplémentaire et réciproque pour les partenaires.

Parmi ses outils, le fonds de dotation figure en bonne place. En effet, au regard des expériences de fonds de dotation existant en France ou des dispositifs similaires en place à l’étranger, il apparaît intéressant de se pencher sur leur pertinence et leur intérêt. C’est en tout cas ce que plusieurs collectivités étudient, comme Reims actuellement.

A titre d’exemple, au risque de surprendre, il faut bien reconnaître que Reims a un temps d’avance sur un territoire comme Lyon, pourtant très à la pointe et pionnière dans de très nombreux domaines. La Communauté Urbaine de Lyon n’a jusqu’à présent songé au fonds de dotation que de façon ponctuelle, sans parvenir à structurer ses démarches de mécénat comme le fait déjà Reims. On pourrait dire la même chose d’autres métropoles réputées dynamiques et créatives comme Nantes, Bordeaux ou Paris, qui n’ont pas encore songé à structurer leurs démarches comme le fait déjà Reims. Celles-ci n’utilisent le fonds de dotation que dans sa définition la plus stricte et n’ont pas encore cherché à l’appréhender de la façon la plus large possible.

Le fonds de dotation a été créé par la loi de modernisation économique du 4 août 2008. Il est une personne morale de droit privé à but non lucratif qui capitalise les dons en vue de la réalisation d’une œuvre d’intérêt général. Cette notion d’intérêt général est essentielle, notamment au regard de son acceptation au sens du droit communautaire. Cela permet de préfigurer les outils de développement de l’action publique.

Nos voisins britanniques et néerlandais, ou encore les canadiens, pourtant très coutumiers du partenariat public privé, semblent particulièrement intéressés par le fonds de dotation et étudient en ce moment les modalités qui permettent de l’ « agenciariser », voire de l’ « institutitonnaliser ».

C’est une des pistes qui est en cours d’exploration à Reims. Nous aurons l’occasion d’y revenir une fois ces travaux et réflexions aboutis mais il est clair qu’en cherchant à se doter d’un véritable outil de développement du territoire et d’accompagnement de l’action publique, la Ville de Reims et sa mission mécénat sont probablement en train de montrer le chemin.

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Orléans objectif 2025

Orleans2025On peut toujours s’interroger sur le bien-fondé d’une prospective territoriale qui fait son exposition dans la dernière partie d’un mandat politique (surtout après l’exposition Orléans 2015 réalisée en 2006, l’effet miroir est saisissant) mais cela a un intérêt certain : articuler ce qui a déjà été réalisé, ce qui a été reporté, ce qui est en cours de réalisation, ce qui est programmé et ce qui s’esquisse pour le futur.

Peuvent alors se dégager en principe une vision, une stratégie, une perspective d’avenir pour tous.

Au-delà de la communication que ce genre d’exposition permet, cela fait aussi parfois office de concertation des usagers, de lieu d’échange privilégié avec les habitants et les acteurs du développement urbain (sans toutefois surestimer cette question du dialogue au-travers d’une exposition), mais c’est aussi l’occasion de faire un bilan et de comprendre (ou pas) la cohérence d’un projet politique à l’oeuvre pour le territoire.

Orléans a choisi de rendre compte des profondes mutations engagées et à venir pour lui dessiner son visage de demain, c’est en tout état de cause un exercice utile et nécessaire.

L’enjeu, ne nous y trompons pas, est d’abord de poursuivre les efforts d’investissement pour accroître l’attractivité de la ville et de son territoire car Orléans, comme de très nombreuses agglomérations, doit faire face dans le contexte difficile que nous connaissons à de nombreux défis territoriaux, démographiques, économiques et culturels, où les territoires qui auront structuré et mis en cohérence leur aménagement et leurs infrastructures avec les usagers et les besoins de ceux qui y vivent (et qui pourraient y vivre à l’avenir), seront en mesure de préserver la qualité de leur cadre de vie, leur attractivité et leur rayonnement mais aussi la soutenabilité de leur développement pour les générations futures.

En l’occurrence, la principale qualité de cette exposition est de tenter de faire la synthèse des dix dernières années et de la décennie à venir en démontrant que les grandes mutations régionales à venir permettront à Orléans de devenir un pôle d’attractivité important où la qualité de l’offre et du cadre de vie sera considérablement renforcée.

Il est en effet important qu’Orléans puisse tirer parti de sa position stratégique qui la place au premier rang des villes qui composent le grand système métropolitain du Bassin parisien, tout en étant capitale de Région.

Cette double identité est un atout, c’est indéniable. Mais en même temps, il est complexe de trouver un juste équilibre entre les deux et de parvenir à les concilier, même avec un patrimoine aussi riche et une place dans l’histoire nationale aussi exceptionnelle. On peut avoir toutes les visions d’architectes, d’urbanistes, d’infrastructures et d’équipements projetées, il convient de ne pas oublier que c’est la place donnée aux femmes et aux hommes qui vivront le territoire et aux acteurs qui feront vivre le territoire qui doit être la donnée centrale : c’est l’art de vivre le territoire et d’y vivre qui seront le liant de tout. Les équipements et les infrastructures oui, mais sans l’humain et sans être à l’échelle de l’humain, de ses besoins et de ses potentiels, c’est Brazil, c’est Playtime !

C’est peut-être là aussi un des points faibles de l’exposition, à moins que cette fois-ci il s’agisse d’un processus plus pro-actif pour impliquer plus fortement les citoyens et les acteurs à la construction et à l’animation d’Orléans dans les années à venir, une base pour un mode plus collaboratif et coopératif en somme ?

Ce qui est certain c’est qu’à Orléans peut-être plus qu’ailleurs la logique d’aménagement et de rénovation du territoire urbain ne peut pas se contenter de s’inspirer de ce qui se fait ailleurs et de lui donner une couleur locale.

En l’occurrence, le tissu culturel au sens large (particulièrement dynamique à Orléans) est un atout considérable sur lequel il conviendrait de miser plus dans cette exposition mais surtout à l’avenir. On peut notamment regretter deux choses :

  • que l’accent ne soit pas suffisamment mis sur ce qui constitue au fond une véritable « rambla » sur le mail qui relie la gare au site de la future Arena ;
  • que la ZAC Carmes Madeleine ne mise pas encore suffisamment sur son potentiel de pôle culturel, éducatif et créatif. Sa situation et sa taille sont en effet idéales pour imaginer en plein cœur de ville une opération où l’économie de la culture, de la créativité, de l’innovation et de la connaissance peut exprimer tout son potentiel pour la ville et bien au-delà.

Heureusement, tout n’est pas encore programmé et figé pour l’avenir, des projets peuvent surgir et certains d’entre eux pourront très probablement y trouver leur place. C’est en tout cas ce que cette exposition permet d’espérer : la prospective territoriale se construit au présent, il faut en être les acteurs et quels que soient les mandats politiques et leur durée, elle n’est ni une route tout droite, ni un long fleuve tranquille.

L’exposition d’urbanisme Orléans en 2025 est conçue par la Mairie d’Orléans et est présentée au Musée des Beaux-Arts jusqu’au 10 février 2013.

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Entreprise socialement exemplaire : «au-delà de la RSE»

 René Villemure
L’exigence ultime

L’éthique des entreprises est souvent réduite à une version mineure de la «Responsabilité sociétale des entreprises» (RSE). Cette «RSE attendue» est soucieuse de conformité à des standards universels sans égard aux particularités culturelles des continents ou des pays où évolue l’entreprise. Cette «RSE attendue», réduite à la conformité et pensée par d’autres pour d’autres, n’offre pas à l’entreprise le plein potentiel de son devoir social. La «RSE attendue» est celle de la surveillance. Cette conception, fort populaire, est cependant réductrice. Elle réduit le «Bien Faire» à l’obéissance…

L’Entreprise Socialement Exemplaire ("ESE") est celle qui a comme ambition d’agir de manière éthique au-delà de la simple conformité offerte par des programmes de «RSE attendue», conformité à des standards souvent aculturés. L’"ESE" doit être imaginée et conçue en conjuguant les exigences internationales, la culture de l’entreprise et la culture locale où est implantée l’entreprise. Elle ne doit pas avoir comme moyen la reproduction ou l’adaptation facile de la «RSE attendue».

L’"ESE" amènera ses acteurs à évoluer dans un cadre leur permettant d’élever leur regard et d’apprécier la complexité d’un monde en changement en misant sur une«articulation vertueuse globale» du développement durable éthique par les entreprises.

L’"ESE" doit être comprise comme étant un exercice réflexif qui résulte d’une prise de conscience collective au sein de l’entreprise, d’un désir de «faire autrement», d’une ambition de faire «mieux» au niveau éthique. L’automatisme dans les gestes de gestion et de gouvernance a perdu de sa pertinence.

Dans le monde de l’"ESE", Voir autrement et penser autrement ne sont plus des alternatives, ce sont des nécessités.

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d’éthique appliquée notamment aux domaines de l’innovation, de la culture, de la gouvernance et de la communication. Il est également le fondateur d’Ethikos pour son action à l’international et partenaire de Publics & Territoires, le premier réseau des décideurs éthiques dans les territoires.

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Pour un avenir soutenable

Il n’aura échappé à personne que les finances publiques sont gravement dégradées. On le savait pour ce qui concerne l’Etat depuis plus de 30 ans de par le caractère structurel des déficits mais on le savait moins pour les collectivités locales et territoriales il y a encore 15 ans.

Parmi les cinq principes qui guident l’élaboration des budgets des collectivités figure le principe de régie de l’équilibre réel. Ce principe de régie de l’équilibre réel constituait depuis toujours une véritable règle d’or impliquant l’existence d’un équilibre entre les dépenses et les recettes des collectivités ainsi que les différentes parties du budget (sections de fonctionnement et d’investissement).

Or si on analyse la situation actuelle de très nombreuses collectivités, on ne peut que constater qu’on a tout simplement occulté, ou fait mine d’occulter, souvent publiquement, à quel prix cet équilibre s’obtient, surtout lorsque les recettes enregistrent une baisse structurelle et récurrente. Il a fallu que quelques élus courageux, dont l’actuel président de l’assemblée nationale alors président du conseil général de Seine-Saint-Denis, fassent sensation à leur manière il y a deux ans pour que l’opinion publique découvre plus largement l’ampleur et le caractère critique de la situation.

De nombreux outils sont à la disposition des collectivités pour palier ce type de situation, pour qu’elles maîtrisent leurs dépenses courantes et pour qu’elles poursuivent le mieux possible leurs investissements d’avenir. Les manipuler, même de manière éclairée ou visionnaire, même avec le plus grand souci de justice ou de sécurisation possible, génère un important faisceau de contraintes qui pèse sur la prise de décision, l’engage plus encore lorsque la situation est dégradée et oblige à des arbitrages complexes où la mécanique budgétaire pluriannuelle (les fameux PPI) est sérieusement mise à mal à l’échelle d’un mandat politique, à l’échelle de la responsabilité individuelle et collective.

La crise de 2008 aura agit comme le détonateur d’une bombe à retardement qui s’était lentement mais sûrement assemblée au fil des ans, mais en définitive ce sont ses conséquences descendantes de la sphère purement financière à la sphère économique et sociale qui ont peu à peu révélé la fragilité de nos politiques budgétaires.

L’onde de choc est telle que bon nombre des certitudes du système à la française ont été tout simplement balayées. Ce qu’on appelait notre « bocage normand » ou notre « mille-feuilles administratif », objet de critiques récurrentes, aura eu la vertu de ralentir la progression de la catastrophe, c’est un fait, et les collectivités territoriales ont eu la part belle en s’érigeant en modèle de gestion face à un Etat déresponsabilisé réputé irréformable, ne parvenant pas à assumer la décentralisation et la déconcentration qu’il s’est lui-même infligées sans revoir en profondeur ni ses prérogatives ni son modèle.

Avec cette pression considérable qui s’exerce sur nos décideurs et nos élus, avec cette responsabilisation qui n’a jamais atteint un tel niveau d’exigence et de complexité, le devoir de construire des politiques soutenables pour les générations futures doit participer de toutes les décisions. C’est à cet endroit que le danger bien réel depuis 2002 d’un agrandissement toujours plus grand du fossé entre les citoyens et leurs représentants prend une toute autre tournure. Faute de projet de société clair, faute de consensus suffisamment large autour de ce projet (ou tout simplement d’adéquation de ce projet avec les évolutions et les attentes de la société), c’est dans ce fossé que s’engouffrent tous les extrêmes et les populismes. Les clés d’un vote ne s’obtiennent donc plus simplement par la confrontation d’un projet à un autre mais par un curieux mélange d’écoute de ce qui est considéré comme les attentes et les aspirations des citoyens, d’exaltation d’un supposé élan populaire, d’un discours qui se fonde sur un dire de vérité et de responsabilité. Or c’est sur ce dernier aspect que les principales conditions de la soutenabilité d’une politique se jouent et tant qu’on continue à employer le story telling, on ne remplit aucune exigence de vérité et de responsabilité, on fonde une certaine idée de la responsabilité à partir d’une certaine idée de la vérité.

Au moment de prendre des décisions budgétaires capitales pour l’avenir de l’Etat et des Collectivités, il faut avoir l’estomac sérieusement accroché pour s’engager dans telle ou telle direction mais ce n’est rien comparé aux efforts consentis ensuite si la soutenabilité n’est pas avérée. D’autant plus que nous n’avons plus vraiment le luxe du droit à l’erreur… Les débats sur les arbitrages budgétaires tels que nous les avons connus n’ont plus rien avoir avec ceux d’aujourd’hui et ceux d’aujourd’hui laissent entrevoir l’imminence d’un nécessaire changement profond de la culture politique.

Aujourd’hui la situation est devenue dangereuse au point que quelles que soient les alternatives politiques démocratiques et républicaines, elles semblent de moins en moins audibles et de ce fait, elles nourrissent malgré elles la désorientation, le désarroi et un pessimisme ambiant, elles amplifient la crise de confiance, elles cèdent du terrain dans le débat public et assistent irrémédiablement à la montée des extrêmes qui ne manquent pas d’exploiter l’exaspération, le désespoir et la colère en poussant à une radicalisation et un simplisme qui colonisent chaque jour un peu plus les esprits.

Car maintenant que la réalité et ne peut plus être occultée ou "storytellée", c’est bien sur cette question de la responsabilité dans la gestion du bien public (qui au fond concerne autant le décideur public que le décideur privé, leurs modes de gouvernance, leurs organisations et leurs réseaux) que se focalisent une part importante des formes de rejet de nos élus et de nos dirigeants. Ne nous y trompons pas : cela ne date pas d’hier. Il faut évidemment aller chercher entre autres dans l’alliance gaulliste – communiste au sortir de la seconde guerre mondiale cette « culture » de la gestion publique et privée tout au long de la cinquième République.

Mais avec cette radicalisation de la pensée à droite comme à gauche, le centre gauche et le centre droit paraissent bien pâles, peu lisibles et subissent des tiraillements forts. Ils ont la plus grande des peines à porter haut et fort une parole de raison qui doit pourtant fédérer et occuper le plus possible le débat public.

On a longtemps cru que c’était un déficit de pédagogie de l’action qui ne permettait pas de fédérer suffisamment pour réformer. On a ensuite cru que c’était le contraste saisissant entre être en responsabilité et être dans l’opposition. Puis ce fut le défaitisme paralysant de l’impossibilité de réformer. On a cru par la suite que c’était le manque de vision, de dynamisme ou de volonté pour finalement revenir à l’idée du nécessaire réancrage du politique dans la normalité de choses. Curieuse itinérance. En tout état de cause, nous voici à la fin d’un cycle et la dureté de la réalité à laquelle nous nous confrontons en est très probablement le catalyseur.

Le mur du réel n’est ni droite ni de gauche et chacun a longtemps fait mine de le découvrir à chaque alternance, c’est aussi cela qui affaiblit toute société démocratique.

Beaucoup de crédulité à la fois assumée et subie qui en effet décrédibilise la République et la livre pour partie au premier ou la première qui parvient à se dédiaboliser en s’appropriant de la façon plus superficielle et manipulatrice les valeurs, la morale et l’éthique politique. Ceux-là parviennent à proliférer sur l’illusion qu’ils nourrissent et attisent d’une insurrection à venir. Qui n’a pas entendu le fameux « la révolte gronde » ou le « ça fait péter » ou le "tous pourris" ou encore le "qu’ils s’en aillent"? Tous les sujets passent dans leur machine à broyer le vivre ensemble et ne sert à fabriquer que plus d’exclusion et d’antagonismes, y compris quand ils proposent de la façon la plus décomplexée dans leur propre programme "leur projet" de société.

Quels messages et quelles démarches peut-on mettre aujourd’hui en face pour non pas redonner des raisons d’espérer ou de réenchanter (cela serait assurément fatal) mais pour agir et avancer sur la base de ce qui fait sens, de ce qui fédère et rassemble, de ce qui est possible et de ce qui est souhaitable pour que cela soit soutenable ?

La puissance publique a besoin de nouvelles perspectives d’investissement et de gouvernance associées à une véritable soutenabilité budgétaire, sans quoi elle continuera à s’affaiblir et une puissance publique qui s’affaiblit va de pair avec une détérioration plus grande du lien social, une exacerbation des tensions sociales, terreau fertile des extrêmes qui savent désormais parfaitement racoler en plein jour.

Il faut donc absolument déployer toutes nos énergies et nos intelligences pour se sortir de l’ornière. Le pays n’a plus le temps et n’a plus les moyens d’expérimenter ni d’explorer telle ou telle alternative. Les prochaines échéances électorales seront déterminantes car bon nombre de mandats vont se renouveler. Il faut oser penser que c’est un nouveau cycle qui commence, une nouvelle génération qui surgit et non pas un cycle qui n’en finit pas de se reproduire.

L’enjeu sera très clair : continuer selon les bonnes veilles méthodes ou trouver les leviers, les outils, les méthodes, les démarches, les idées et les projets qui parviendront à concilier utile et éthique tout en étant en capacité de dialoguer avec une société qui a profondément changé et où l’incertitude domine.

Les décisions sont à prendre maintenant avec les solutions dont nous disposons. Ironie du sort, c’est le « ici et maintenant » que nous reprochions comme « non-durable » à d’autres pays, non sans un certaine condescendance d’ailleurs, persuadés que nous étions capables de tenir notre modèle jusqu’au retour d’une croissance salvatrice qui, même molle, nous aurait épargné le serrage de ceinture le plus raide que nous ayons connu depuis longtemps.

Or, il est pour le moins inquiétant (même si c’est humain) de voir s’attiser les antagonismes et les oppositions,  se raviver tous les dogmatismes qui de par leur goût prononcé pour l’hystérie et l’irrationnel en dépit de tout bon sens, entretiennent un état de panique permanent pour peu que cela les légitime toujours un peu plus.

Cela est d’autant plus préoccupant qu’une ligne rouge semble désormais franchie, au point d’entamer ce qui doit pourtant toujours l’emporter en politique : la raison.

De nombreux motifs d’espoir existent, de nombreux outils existent, mais beaucoup d’entre eux sont occultés ou compromis par cette étrange climat qui gagne les esprits un à un. Aucun sujet n’y échappe, montrant ainsi que ce sont les fondements de notre société et tous nos domaines d’activité qui sont ébranlés.

Dans ce moment charnière de notre histoire, et c’est peut-être pour cela qu’il faut le juger comme tel (et non pas pour attirer l’attention des médias), il faut être en mesure de faire face et la raison doit prévaloir. Cette lutte qui prend possession de l’espace public doit se résoudre avant que ce soit l’espace public qui en prenne possession.

C’est aussi pour toutes ces raisons que culural-engineering.com s’engage désormais en tant qu’acteur « ressource » aux côtés d’institutions publiques et privées qui portent cette même volonté d’agir, cette volonté qui se soucie tout autant du « comment mieux faire pour bien faire ? » que du « comment bien faire pour faire mieux ? ».

Parmi nos différentes actions, nous publierons régulièrement avec nos partenaires des exemples très concrets dans de nombreux domaines d’activité pour  tenter d’éclairer ce qui peut rendre le « ici et maintenant » soutenable, c’est-à-dire ce qui se doit désormais d’être porteur d’avenir.

Philippe Gimet

Fondateur de C.E.G.

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« L’avenir, c’est la co-construction des politiques culturelles »

Alors que la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti vient de présenter son budget 2013, le président de la Fédération nationale des collectivités pour la culture (FNCC), Philippe Laurent, évoque les craintes des collectivités territoriales pour le financement du patrimoine et du spectacle vivant notamment. Il revient sur le rôle de l’Etat et des collectivités dans les politiques culturelles. Et évoque les enjeux de l’Acte III de la décentralisation.

Quelle est votre position sur le budget 2013 du ministère de la Culture ?

Philippe Laurent. La ministre a affirmé que l’Etat abandonnerait un certain nombre de projets pour que les moyens des directions régionales des affaires culturelles (DRAC) puissent être préservés. Autrement dit, pour maintenir les moyens d’intervention sur les territoires.

Mon sentiment est que l’on ne parviendra même pas à cela. Abandonner des projets qui, pour l’instant, n’ont pas coûté grand-chose, étant à l’état de projet, n’entraîne pas d’économie immédiate. Dans le même temps, le projet de grande salle philharmonique à Paris va coûter 380 millions d’euros d’investissement. Puis, presque 20 millions d’euros de fonctionnement.

Nos inquiétudes concernent surtout le patrimoine et le spectacle vivant. Des budgets diminuent fortement dans le patrimoine. Le crédit d’acquisition des œuvres des musées, par exemple, devrait être divisé par deux. Pour réaliser des économies, c’est commode, et indolore sur le moment. Mais, une fois que l’on franchit une marche, qu’il s’agisse d’accroître le budget ou, en l’occurrence, de le réduire, il est difficile de revenir en arrière.

Qu’en est-il du spectacle vivant ?

— P. Laurent. C’est le secteur le plus fragile. Le spectacle vivant n’est pas reproductible, comme le sont la musique ou la littérature. Il ne permet pas de gains de productivité, d’une certaine manière. Par conséquent, il y a un choix majeur à faire.

Soit on allège le budget dédié au réseau des scènes nationales, des scènes conventionnées, etc, construit depuis 30 ans sur le territoire par l’Etat et les collectivités.
C’est-à-dire que l’Etat déciderait par exemple de limiter ses subventions à 50 des 70 scènes nationales.

Soit il décide de réduire les financements à la création. Ce qui obligerait à réduire le nombre de spectacles, à les mutualiser et à les rentabiliser davantage.

Malheureusement, je crains que le choix se fasse sans être suffisamment exprimé et assumé par l’Etat et qu’en définitive cela créé des malentendus, non seulement avec le monde des artistes, mais aussi entre les collectivités territoriales et l’Etat.

Sur le partage budgétaire entre création et diffusion, que préconisez-vous ?

— P. Laurent. Il faut certainement intervenir sur les deux volets : la diffusion et la création. La FNCC penche pour favoriser le budget de la diffusion, plutôt que celui de la création. Cette position risque de nous couper des artistes, alors que le ministère, de son côté, a affiché le soutien à la création comme étant son rôle premier.

Le « lieu » est important en matière culturelle. C’est un facteur d’identification, un centre de ressources… Ma position est donc qu’il faut maintenir le réseau des lieux de diffusion en état de marche. S’il s’étiole, le jour où les finances iront mieux, il ne renaîtra pas de ses cendres. Et la création en pâtira aussi.

Les salles de ces réseaux – plus largement les écoles de musique, d’art, etc. – datent souvent des années 1970-80. Elles nécessitent beaucoup d’investissements de maintenance, ce qui pèse sur les budgets provenant des collectivités. Donc, quoi qu’il en soit, ces salles devront revoir leur organisation.

Malgré l’ampleur des politiques culturelles des collectivités, on a le sentiment que l’Etat reste le moteur de ces politiques…

— P. Laurent. Pendant longtemps, l’Etat n’a pas tenu compte des collectivités territoriales, qui, pourtant, ont fait beaucoup de choses. Il considérait avoir, seul, le savoir-faire pour définir les politiques publiques culturelles.  Aujourd’hui, on ne parle pas encore de « co-construction » des politiques publiques culturelles… Mais on y arrive. La ministre a tout intérêt à aller dans ce sens. L’avenir du ministère de la Culture est là. Sans un travail de co-construction avec les collectivités, il risque de s’isoler.

En même temps, les collectivités ont besoin de l’Etat. L’Etat soutient, labellise… et légitime ainsi l’action des élus qui ont besoin de convaincre de l’importance des politiques culturelles locales. Par ailleurs, sa présence sur le territoire assure un rôle d’impulsion et de péréquation indispensable. C’est pour cela que nous souhaitons le maintien des DRAC, quand certains prônent leur disparition.

La culture profite particulièrement de la clause générale de compétence et des financements croisés. Comment abordez-vous l’Acte III de la décentralisation ?

— P. Laurent. A partir du moment où vous êtes élus d’un territoire ou d’une institution, il est très difficile de s’interdire toute action dans le domaine de la culture, aussi fort en termes d’identité.

D’ailleurs, si nous avions des compétences limitées, segmentées, pourrions-nous continuer à nous considérer comme des collectivités ? Aurions-nous encore besoin d’élus au suffrage universel ? Nous ne serions finalement que les exécutants locaux d’une politique nationale. La clause générale de compétence doit donc être maintenue et accompagnée d’une véritable autonomie fiscale. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Il n’empêche que, naturellement, du fait de l’assèchement des ressources publiques, les collectivités cherchent à se répartir des compétences. La loi doit continuer de permettre ces pratiques volontaires.

Quant aux « financements croisés », nous préférons parler de « cofinancement ». Celui-ci n’implique pas une maîtrise d’ouvrage partagée et des doublons. Une commune, un département, etc .contrôle son propre projet et en assume les conséquences. C’est l’inverse du gaspillage.

Philippe Laurent, président de la FNCC, est maire de Sceaux (Hauts-de-Seine) et président du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale

Propos recueillis par Marion Esquerré

Photo : © S. Gautier

 

Source : Le Courrier des Maires

Retrouvez l’intégralité de l’interview ici.

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Les nouveaux enjeux des politiques culturelles

En 2009, des rencontres ont été organisées pour les 20 ans de l’Observatoire des politiques culturelles. Vient de paraître l’ouvrage : Les nouveaux enjeux des politiques culturelles – Dynamiques européennes, qui poursuit les questionnements abordés lors du colloque « Culture, territoires et société en Europe » qui a eu lieu les 28 et 29 mai 2009 à Grenoble, dans le cadre de cet anniversaire.

En une vingtaine de contributions de jeunes chercheurs européens, cet ouvrage offre un bilan du renouvellement des problématiques relatives à l’analyse des pratiques culturelles, des rapports entre culture et société, des mutations des formes artistiques, des transformations de l’action publique ; il montre comment la question territoriale traverse aujourd’hui ces problématiques.

À la fois dimension des activités humaines et domaine d’actions publiques ou privées, le champ artistique et culturel est aujourd’hui marqué par des transformations majeures. La globalisation, l’impact des (nouvelles) technologies sur la production, la diffusion ou la « consommation » de la culture, le brouillage des distinctions traditionnelles, l’élargissement et l’hybridation des formes artistiques, la variété des enjeux associés au thème de la diversité culturelle, sont autant de défis pour l’action et la recherche.

Par la richesse et la variété des expériences européennes qu’il mobilise, ce livre constitue un outil précieux de compréhension des mutations contemporaines des politiques culturelles et des conditions de la création comme de sa diffusion. Il sera utile à tous les acteurs de l’action culturelle, créateurs, responsables publics, professionnels, étudiants et chercheurs.

Sous la direction de : Guy Saez, directeur de recherche CNRS à l’UMR PACTE et professeur à l’Institut d’études politiques de Grenoble et de Jean-Pierre Saez, directeur de l’Observatoire des politiques culturelles.

Pour le découvrir sur le site de l’Observatoire des politiques culturelles : cliquez ici

Vous pouvez commander cet ouvrage directement en librairie.

 

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Mythos Berlin – a London perspective

A city in a unrestrained process-like state, a world of a bit away of the usual progress-driven narrative

Even a simple question like ‘What is a city?’ triggers an endless cascade of new questions. A city can never have a singular objective identity, it has to live with the identities which are ascribed by its inhabitants. Berlin often is described as a city that just defines its era.

In terms of exploring the role and reputation of the city as a capital of contemporary cultural production certain words are recurring as soon as conversations in London and across Europe comes to Berlin: creative hub, low rents, bohemian life, searching and finding inspiration. That’s it? Wuppertal-born art collector Christian Boros notes: “Wuppertal is cheap too. It does not explain the fascination of Berlin.”

What makes Berlin THE city to live right now?

A Monument for Nonsense by J.Prezewowsky | © Swantje Diepenhorst

A Monument for Nonsense by J.Prezewowsky | © Swantje Diepenhorst

Thus there must be more. Boros says “the mythical status of Berlin is based on the fact that you have to fight with very few limitations. A lot is possible here. To feel free is very attractive and erotic.” Sexy Berlin mixed with imperfection, openess and curiosity – indeed that are already a few more unique qualities.

Opened by the Ambassador Georg Boomgaarden the exhibition “Mythos Berlin – a London perspective” started last week in the German Embassy at Belgrave Square. The artists in the exhibition include Erin Hughes & Jennifer Mustapha, Jan Kaesbach, Robert Rapoport, Daniel Udy and Viktor Timofeev shows examples of the influence that Berlin as a working place has on contemporary artists’ practice and lifestyle.

In the First Gallery Room there is a sculpture / installation with the title “Declarations – Monument for Nonsense” by Julia Prezewowsky. This artwork says, that it’s a very sad thing that nowadays there is so little useless information. At least it’s branded with this statement. At first glance it doesn’t might be a compliment for Berlin, but actually it is – it suits to the very few limitations, Boros mentioned. It tells about the creative freedom people can find in Berlin.

Open spaces and gaps to fill

That's a very dark sky.. 'Cloudsync' by Viktor Timofeev (2012) | © S.D.

That’s a very dark sky.. ‘Cloudsync’ by Viktor Timofeev (2012) | © S.D.

Here are still open spaces, while in cities such as London or New York it is a lot more difficult to find gaps to fill. For Boros it is the work ofManfred Pernice that really reflects Berlin’s patchwork, crafty and process-like state. His work deals a lot with architecture – his cans and blocks reflect what is often called the ‘Verdosung’ / ‘containerisation’ of society.

During the past twenty years Berlin’s reputation in the world has changed immensely: from the scarred, divided and unsettled victim of Third Reich and Cold War politics to an iconic, vibrant and artistic metropole. A unrestrained, productive and social place to life. Like Susanna Davis-Crook, who left London not just for work but for cycling around and think, emigres to Berlin, particularly those from business capitals, escape their respective cities for the exemption from a world of progress-driven narrative. For Susanna ideas more easily become action in Berlin, where in London risk assessments take up more time than planning the show. This might be the fundamental difference between creativity in Berlin and in London.

We are constructing our version of city

From a London perspective.. | © Swantje Diepenhorst

From a London perspective.. | © Swantje Diepenhorst

At the end there are of course billions of views and none of the Berliners (or Londoners) live ‘in the same city’. What we all do is to construct our own versions, inventing a city that allows us to be ourselves (at best). We can do this because, as Jonathan Raban explained in his brilliant book Soft Cities back in 1974, cities are plastic by nature: ‘We mould them in our images: they, in their turn, shape us by the resistance they offer when we try to impose our own personal form on them.’ We’re all involved in this process, whether we are artists or not. Urban living is an artwork for itself, whether it is in Berlin or in London.

Source : Labkultur

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Pier Luigi Sacco: Culture 3.0 (pt. I) A new perspective for the EU 2014-2020 structural funds programming

In his study the Milan professor Pier Luigi Sacco shows the historical development of what we know as "Culture". By analogy with the fast development of the internet and its incarnations, Sacco sets out that there was a pre-industrial Culture 1.0 that evolved over a long period of time and reigned for several centuries. The industrial revolution turned it step by step into Culture 2.0. With the digital revolution and the invention of the internet it gradually grew into Culture 3.0 by now.

What does that mean for Culture today? How does the policy framework of an integrating Europe react to this?

LABKULTUR.TV features Sacco’s study in a small series each Friday.  

Preliminary remarks

In spite of the multiplication of successful examples of culture-led local and regional development across Europe and elsewhere (e.g. Sacco et al., 2008, 2009), there is a widespread perception that the role and potential of culture in the overall European long-term competitiveness strategy is still seriously under-recognized (CSES, 2010). This reflects in the difficulty to bring cultural policy issues at the top ranks of the broader policy agenda, and consequently explains why the share of structural funds devoted to culture badly fails to match the share of cultural and creative sectors in total EU value added.

Knowledge based economy

 

Region of Lombardy building, Milan

Region of Lombardy building, Milan

This situation is mainly the consequence of a persisting gap in the conceptualization of the role of culture in an advanced, knowledge based economy as it is the European one nowadays. For many decision makers and policy officers operating outside the cultural realm, the cultural sectors are at best a minor, low-productivity branch of the economy, largely living on external subsidies, and which is therefore absorbing economic resources more than actually generating them. Not surprisingly, as a coherent consequence of this wrong conceptualization, cultural activities are one of the first and easiest targets of public funding cuts during phases of economic crisis.

 

Culture led development

There has been in fact a long record of cases of successful culture-led development policies of cities and regions (and sometimes even countries) from the late 80s and early 90s onwards, which however have mainly been regarded as exceptional (or even exotic) by the common sense of policy making. The impressive figures that have emerged from first attempts at measuring the economic size of cultural and creative sectors in Europe (KEA, 2006), which are by the way likely to be underestimated (CSES, 2010), have certainly made a cases and have attracted much attention. Consequently, more and more administrations at all levels, including ones that never paid real interest to these issues, have henceforth begun to devote more energy and resources to culture focused development policies, but the overall awareness at the European level remains scarce and scattered, so that much is left to be done. In particular, awareness and policy activism at regional and city levels is at the moment far superior than that at the country level, and thus there is the possibility that in the close future uneven culture-related development patterns may be found across the EU, and that some countries are at risk of lagging behind.

Rush Hour in Brera, Milan

Rush Hour in Brera, Milan

In order to prevent this from happening, in view of the next 2014-2020 round of structural funds programming, a more appropriate formulation of background principles and target objectives for cultural and creative sectors in the wider context of EU’s competitiveness and cohesion policies is badly needed. The aim of this short paper is to provide some fresh inputs in this direction.

 

Background concepts: from Culture 1.0 to Culture 3.0

 

Milan everyday business

Milan everyday business

The misconceptions about the role of culture in the contemporary economic framework can be traced back to the persistence of obsolete conceptualizations of the relationship between cultural activity and the generation of economic (and social) value added. To illustrate this point, it is necessary to pin down a very basic narrative of the evolution of the relationship between the two spheres, of course keeping in mind that it is by necessity very sketchy and omits many aspects that would have primary relevance in a more comprehensive account (such as for instance the role of popular and grassroots culture, regional differences in public policies, and so on), which would however largely exceed the space limitations and scope of the present paper.

Culture 1.0 was a patronizing culture

For a very long time (centuries, indeed), such relationship has been structured according to what we could call the Culture 1.0 model, which basically revolves around the concept of patronage. The Culture 1.0 model is typical of a pre-industrial economy. In this context, culture is neither a proper economic sector of the economy nor it is accessible to the majority of potential audiences. The actual provision of culture is secured by the individual initiative of patrons, namely, people with large financial possibilities and high social status, who derived their wealth and status from sources other than cultural commissioning in itself, but decided to employ some of their resources to ensure that cultural producers could make a living, thereby getting the possibility to enjoy the outcome of creative production and to share it with their acquaintances.

Patronizing culture, of course, may be an effective means for further building the patron’s social status and reputation. But it is clear that this is made possible by the availability of resources that are gathered outside the cultural sphere, and that cultural production here entirely lives on subsidies and could not survive otherwise. In the patronage relationship, the wage of cultural producers tends to be regarded not as part of a market transaction, but rather as a sort of symbolic, mutual exchange of gifts between the patron and the artist – a practice that still survives in some cultural realms (e.g. Velthuis, 2005), and finds intriguing applications in new, culturally-mediated social platforms (Bergquist and Ljungberg, 2001). Clearly, this model can support only a very limited number of cultural producers, who entirely live upon the discretional power of the patron, and very limited audiences. Both the production of, and the access to, culture are therefore severely limited by economic and social barriers.

to the references

Source : Labkultur

Teaser Photo Tangled mind © olly – Fotolia.com

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CEG partenaire du Forum d’Avignon 2012

C’est avec grand plaisir que nous vous annonçons notre partenariat avec le Forum d’Avignon pour son édition 2012 qui se déroulera du 15 au 17 novembre prochain.

Le Forum d’Avignon a pour objectif d’approfondir les liens entre les mondes de la culture et de l’économie en proposant des pistes de réflexion au niveau international, européen et local. Créé après la ratification de la Convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle et soutenu dès l’origine par le Ministère de la Culture et de la Communication, le Forum d’Avignon organise chaque année, avec ses partenaires, des rencontres internationales qui sont l’occasion de débats inédits entre les acteurs de la culture, des industries de la création, de l’économie et des médias.

Un laboratoire d’idées au service de la culture

Pour chaque édition, le Forum d’Avignon publie des études inédites mettant en avant les liens essentiels entre la culture et l’économie, autour des thèmes proposés par son conseil d’orientation. Tout au long de l’année, ces thèmes font l’objet d’un travail de réflexion et de proposition organisé par le Forum d’Avignon avec des experts, des cabinets de conseil internationaux et ses partenaires publics et privés. Le laboratoire d’idées du Forum d’Avignon approfondit les thèmes suivants : culture, financements et modèles économiques ; culture et attractivité des territoires ; culture et numérique ; culture et innovation. Le Forum d’Avignon publie chaque année des études exclusives élaborées par le laboratoire d’idées et des cabinets de conseil internationaux ainsi que les Actes aux éditions Gallimard.

Les rencontres internationales de la culture, de l’économie et des médias

Evénement résolument international et transectoriel, associant débats et performances d’artistes, le Forum d’Avignon est un espace de réflexion qui explore non seulement la dimension économique de la culture mais aussi le rôle de cohésion sociale et de création d’emplois des secteurs culturels. Le Forum d’Avignon est un lieu de propositions concrètes, de rencontres et de découvertes. Les pistes tracées lors de chaque édition sont relayées dans les instances nationales et internationales.

Plus de 400 acteurs sont réunis : artistes, dirigeants d’entreprise, écrivains, professeurs, réalisateurs, responsables politiques, philosophes, étudiants d’universités internationales, représentants de la création et des industries culturelles. La diversité des points de vue se traduit dans le cosmopolitisme des intervenants, venus de tous les continents.

Le site du Forum d’Avignon www.forum-avignon.org

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L’éthique : bien plus qu’une affaire de codes

Les règles sont utiles aux talents; nuisibles aux génies.

– Victor Hugo

Depuis quelques mois on peut noter le désir croissant, tant dans le monde politique que dans les sociétés commerciales d’invoquer la nécessité de codes d’éthique afin d’encadrer ou de baliser les preneurs de décisions et de punir les fautifs.  Cette invocation d’un code d’éthique, presque devenue une incantation, relève de la pensée magique et ne saurait à elle seule suffire à modifier les comportements déviants.

Il est impératif de réaliser, avant toute chose, que l’éthique relève de la culture d’une organisation ou d’une société et qu’une culture ne peut être « changée » en cliquant des doigts ou en faisant apparaître, comme par magie, un code d’éthique.  Une culture, organisationnelle, politique ou sociétale, est le résultat d’actions ou de non-actions posées au fil des ans par les décideurs et il est prévisible que la migration d’une culture « éthique moins » à une culture « éthique plus » prendra un certain temps et sera le résultat de meilleures décisions, prises pour de meilleures raisons.  Devant ces faits, le recours à un code d’éthique est-il la solution à tous les problèmes éthiques?

Avant tout, quelques éléments de définition s’imposent : rigoureusement parlant, selon notre définition de l’éthique, l’expression « code d’éthique » relève de l’oxymore : les deux mots (« code » et « éthique ») réfèrent en effet à des entités contradictoires. L’éthique, telle que nous la définissons, est une recherche et un questionnement sans cesse reconduits, qui se résument au fond à cette simple question : « Quoi faire pour bien faire ? » — quand le code, coupant court au questionnement, donne plutôt une réponse : « Vous devez (faire ceci) » ; « Vous ne devez pas (faire cela) ».

C’est pourquoi on préfère la dénomination « code de déontologie » à celle de « code d’éthique ». Si l’on se reporte à l’étymologie, le code de déontologie se définit comme l’énoncé des devoirs associés à l’exercice d’une profession ou d’une activité. Il s’accompagne généralement d’une structure permettant de sanctionner les éventuels contrevenants au code (de déontologie).

« Éthique » et « code d’éthique » (i.e. de déontologie) sont donc deux choses différentes ; ces choses sont-elles pour autant incompatibles ?

Non, bien sûr : l’effort éthique peut très bien s’articuler autour d’un code d’éthique, et le code d’éthique peut tout à fait être partie intégrante d’un effort éthique véritable.

Cependant, avant de se doter d’un code d’éthique, il convient de s’interroger sur sa finalité : Pourquoi veut-on un code ? Quel est l’objectif visé par ce code ?

Toute démarche d’éthicisation, quelle que soit l’organisation, procède d’un même constat : certaines des pratiques en cours dans l’organisation présentent le risque d’une possible incompatibilité avec les valeurs de celle-ci, qui représentent sa raison d’être et sa finalité dernière. L’effort éthique doit viser une rectification des façons de faire afin qu’elles puissent mieux s’arrimer avec la mission et les valeurs de l’organisation.

Une telle démarche suppose une réflexion approfondie sur les valeurs de l’organisation et sur les moyens appropriés à la poursuite de ces valeurs. Le code d’éthique n’est jamais qu’un moyen parmi d’autres moyens choisis pour s’assurer que les pratiques soient en belle harmonie avec les valeurs.

Quant survient un scandale, quand une frasque organisationnelle ou politique se trouve exposée au grand jour, on entend souvent les dirigeants dire : « On va se doter d’un code d’éthique, ces choses-là n’arriveront plus ». C’est là l’exemple parfait d’un mauvais recours au code d’éthique. Par ce geste, l’organisation veut dissuader et, espère-t-elle, bannir les comportements déviants en son sein. Il ne s’agit pas, ici, de changer les pratiques mais de punir les déviants. L’instauration d’un code ne procède pas d’une réflexion sur les valeurs et sur les façons de faire, mais plutôt d’un réflexe punitif excité par une exposition médiatique ou l’appréhension d’une telle exposition.

Dans ce cas précis, assez fréquent par ailleurs, l’instauration d’un code ne vise pas à instiguer des pratiques plus justes mais à baliser les pratiques existantes, supposant que ces dernières sont d’emblée éthiques – sous-entendant que ce sont les gens qui ne le sont pas.

Le code d’éthique peut être un bon moyen de véhiculer les valeurs, mais il faut prendre garde à ne pas remplacer l’éthique par un code. L’éthique ne peut faire l’économie d’une réflexion et, partant, d’une certaine remise en question. On peut faire l’économie du code, mais pas celle de la réflexion, qui est le fondement de l’éthique.

Quand à la question que nous posions en introduction, le code d’éthique est-il une solution à un problème éthique ?, la réponse ne saurait être parfaitement tranchée. Elle dépendra directement de la démarche réflexive entourant l’instauration du code d’éthique.  Il faut aussi savoir qu’une telle démarche ne saurait être accomplie dans la précipitation.

On mesure l’intelligence d’un individu à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter.

- Emmanuel Kant

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L’obsession éthique

En tout, l’excès est un vice

- Sénèque

Certains choix valent mieux que d’autres.  Lesquels ? Pourquoi ?

Cette interrogation, simple à énoncer, se situe pourtant au fondement de l’éthique appliquée.  Depuis toujours, le temps passe, demain devient hier, la technologie évolue mais l’Homme reste le même avec ses désirs, ses envies et ses espoirs.  Ainsi, considérant que nous ne sommes pas seuls, que convient-il de faire dès lors que l’on veut Bien Faire?

Au fil des années, on a pu voir le législateur se préoccuper d’éthique en promulguant des lois et des règlements, des sociétés privées ont décidé de rédiger des codes de déontologie souvent appelés « codes d’éthique » pour faire plus joli puis ensuite donner des formations en éthique sur la déontologie contenue dans le code; les médias ont dénoncé ou mis à jour des situations jugées (par eux) inacceptables.  Certains, nombreux, se sont même autoproclamés experts en éthique estimant qu’il y avait là une opportunité d’affaires…

Où se situe la juste appréciation entre « l’éthique » et le « non-éthique »?  Bien que plusieurs l’exigent tous les jours, convient-il de tracer une ligne entre « éthique » et « non-éthique »?

Quotidiennement, on ne compte plus le nombre de personnes qui me demandent dans la rue ou au magasin : « cette situation est-elle éthique »?  Pourtant, dit-on, l’éthique devrait aller de soi. Néanmoins, on continue à évoquer l’éthique en terme de manquements tout en continuant à mal comprendre ce qu’est réellement l’éthique.

Il est bien certain que si l’on n’évoque le sujet de l’éthique qu’en vue de souligner des manquements on ne peut que déprimer ou perdre ses illusions sans nécessairement apprendre grand-chose sur l’éthique puis conclure trop rapidement ou facilement que le monde est « mauvais » ou qu’il est vide d’éthique.  On ne peut apprendre beaucoup sur l’éthique parce que l’on n’en parle pas, on ne parle que du manque et des manquements… En affaire d’éthique, la réflexion est pourtant préférable à la conclusion.

Soyons clairs : d’une certaine manière, l’éthique fait peur.  Les gens sont tellement à craindre les manquements à l’éthique que l’éthique elle-même semble devenir une obsession et, comme toute obsession, la peur irraisonnée de la non-éthique n’est pas saine.  L’obsession éthique, parce qu’il convient dorénavant de la nommer ainsi, empêche d’agir, elle paralyse l’action puis, et c’est le plus terrifiant, elle paralyse la pensée.  L’obsession éthique empêche de penser, elle empêche d’appréhender le monde à partir de la culture et des connaissances de l’individu; l’obsession éthique est à l’opposé de la responsabilité que tous invoquent chaque jour.   À voir tourner le monde, on dirait qu’il n’y a plus personne pour prendre une décision sans qu’il n’y ait un règlement ou un code pour dédouaner ou déresponsabiliser le décideur ou, pire encore, pour lui permettre de justifier que la conséquence d’une mauvaise décision n’était « pas de sa faute » parce que c’était écrit…  La peur n’a jamais fait croître une société; la peur de la non-éthique relève de la même logique.

Afin de réduire cette peur, les gouvernements et les chefs d’entreprises devraient cesser de promouvoir le manque d’éthique ou d’enseigner « comment ne pas mal faire » et plutôt diriger leurs enseignement sur le « pourquoi Bien Faire ».  Cessez de faire peur, d’avoir peur, inspirez par le Bien plutôt que par la crainte de la sanction.  L’éthique sera toujours affaire de « Bien Faire », elle ne saurait être réduite à une obsession de « ne pas mal faire » ou à une dynamique de « surveiller et punir ».

Ainsi, à la demande de « tracer une ligne entre mal faire et Bien Faire » il faut plutôt répondre par la nécessité de construire un espace entre les pôles « Bien faire » et « mal faire ».  Devant la complexité de la société moderne, tracer une ligne est illusoire.  Décider « Quoi Faire pour Bien Faire » est affaire de réflexion, pas de traçage de ligne.

Dans cet esprit, cessez de penser « à tracer la ligne », cessez de vous demander « si c’est déjà écrit »; délimitez l’espace éthique et occupez-le.  Cet espace, à construire, se situera entre l’obsession et la négligence éthique, entre un « trop » et un « trop peu », qui sont tous deux des fautes.

En affaire d’éthique, c’est la justesse de la pensée et celle de l’action qui comptent.  Pas l’obsession, ni la négligence…même si elles sont éthique…

N’en déplaise à certains.

*  *

*

 

Le sublime n’est pas le fruit du hasard.

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De l’influence du droit communautaire sur les financements des services culturels / 2

Suite à la publication dans le dernier numéro de La lettre du spectacle des meilleurs moments de l’interview de Philippe Gimet, fondateur de CEG, nous publions l’intégralité de l’entretien afin de prolonger la réflexion et le débat.

Contrairement au rapport des sénateurs sur le sujet, vous semblez inquiet des conséquences des nouvelles règlementations "Almunia" sur le fonctionnement des structures culturelles françaises, pourquoi ?

Le rapport du groupe de travail sur l’influence du droit communautaire sur le financement des services culturels par les collectivités territoriales a raison sur un point, il y a bien une "insécurité juridique" effective depuis le 1er février 2012 sur les financements publics (Etat et Collectivités) en direction des acteurs et institutions culturelles.  Mais le rapport ne dit pas concrètement quelles sont les menaces pour l’écosystème culturel bénéficiaire jusqu’alors de ces financements sous formes de subventions directes.

S’adressant à l’ensemble des pouvoirs publics, nationaux et locaux, le pack Almunia émet un principe général d’interdiction des aides d’Etat et des collectivités, tout en autorisant certaines compensations notamment pour la fourniture de « services d’intérêt économique général » (SIEG).

Très concrètement, cela confirme à nouveau que les acteurs culturels relèvent de la directive "services", ils sont donc considérés comme des opérateurs économiques et relèvent du champ concurrentiel. Cela implique par définition que la subvention publique enfreint les règles d’équité et de transparence et que dans ces conditions il convient de mettre en concurrence.

SI on ne se place que du point de vue du droit, ce qui semble être son unique posture, la moindre des choses eut été de dire dans ce rapport :

  • que la porte est dores et déjà ouverte aux requalifications en marché et aux recours contestant toute absence de mise en concurrence ou la présence de concurrence faussée ;
  • que la culture est désormais considérée comme un secteur économique comme un autre, ce qui signifie à peu de choses près la fin de l’exception culturelle et de son régime dérogatoire ou d’exemption contrairement à ce que prétend encore croire Monsieur Eblé ;
  • que l’écosystème du secteur culturel subventionné est profondément menacé au-delà de la règle dite des minimis soit 500 KE sur trois ans (compensations autorisées pour la fourniture de « services d’intérêt économique général » auxquels sont assimilés les acteurs culturels ;
  • que de nombreux acteurs culturels ne sont pas en mesure de rapidement muter pour répondre au critères de mise en concurrence ou de conditionnalité de la compensation et disons-le tout net à leur "mise sur le marché".

C’est donc un pan important de la mission de service public culturel tel qu’il était jusqu’alors confié aux structures culturelles qui est remis en cause dans ses modalités pratiquées jusqu’alors.

Il eut été sage de ne pas trop s’endormir sur nos lauriers de 50 ans de politique culturelle, retranchés derrière notre exception culturelle, et d’être clairvoyants sur le mouvement en marche puisque dans l’énergie comme dans les transports, l’Europe a tracé la voie de longue date et il a fallu organiser la fin des monopoles sur plus d’une décennie.

La réglementation désormais applicable et le jeu des recours et procédures ne permettra que de temporiser ce qui remontera inévitablement au niveau européen et le droit communautaire prévaudra sans le moindre doute.

Pour caricaturer, la mutation qui s’est opérée et accélérée ces 10 dernières années c’est celle du 100% subvention au 0% subvention publique directe, c’est celle d’un équilibre relatif entre le non-marchand et le marchand à un environnement essentiellement concurrentiel et de marché, celle de la mission de service public culturel à la culture comme secteur de fourniture de service d’intérêt économique général.

On peut donc alerter sur l’insécurité juridique mais on ne peut se contenter des recommandations faites dans ce rapport. Si on s’en contente, c’est un aveux criant d’impuissance et il arrive bien trop tard car cela fait déjà un moment que tous, politiques, institutions, acteurs et consultants du domaine culturel savons quelles mutations se profilent.

Pensez-vous qu’il faudra, à terme, constituer des établissements publics pour toute structure culturelle subventionnée à plus de 500 000 euros sur trois ans, si une collectivité veut échapper à la suspicion de "concurrence faussée" ?

La question mérite d’être posée mais en tout état de cause, il va falloir tracer une frontière extrêmement claire entre ce qui relève du statut public et du statut privé et ne plus entretenir le flou comme c’est le cas en France depuis plusieurs décennies, de la convention pluriannuelle (qui est de moins en moins pluriannuelle compte tenu de la crise financière et économique) à la délégation de service public de type affermage. C’est le mode de gestion tout entier qui est menacé. Pendant très longtemps notamment, le modèle associatif a été privilégié pour sa supposée souplesse comme par opposition à la lourdeur et la lenteur des machines administratives publiques. Pendant ce temps-là l’Europe et les états membres, sous le leadership de gouvernements de droite comme de gauche, renforçait la technicité des instruments, organisaient les transferts de souveraineté et transposaient un droit communautaire fortement orienté sur l’acceptation de la mise en concurrence et l’économie de marché.

Combien d’acteurs culturels reçoivent plus de 166 KE de subventions par an sur trois ans ? Vous voyez le nombre d’établissement publics qu’il faudrait créer pour endiguer ne serait-ce qu’à court terme le problème ?

Il est assez évident que les territoires où la dimension de coopération est forte ou se renforce (comme c’est notamment le cas à travers le mouvement de l’intercommunalité et de la métropolisation) vont devoir être les premiers à trouver des solutions soutenables (au sens anglo saxon du terme).

Il y a évidemment le risque d’une partition beaucoup plus forte entre service public et service d’intérêt général de statut privé ou parapublic, ce qui équivaut à de la gestion déléguée sous la forme d’un statut privé.

La question de la suspicion de "concurrence faussée" prend une tournure bien particulière notamment au regard de la jurisprudence qui jusque là avait d’une certaine manière contenu le problème avec l’arrêt d’Aix-en Provence qui a tant fait coulé d’encre. Or, c’est là que vient s’ajouter un élément de jurisprudence française récent qui vient également renforcer la tendance : l’arrêt du conseil d’Etat du 9 mai dernier faisant primer le principe de libre accès à la commande publique et de mise en concurrence dès lors que l’impartialité de la procédure est apparente, révélant ainsi une marge de manoeuvre très étroite quant à la mise à l’écart d’office d’une candidature. En d’autre termes, il va falloir trouver d’autres arguments que ceux jusqu’à présents employés pour confier la mission en question à un opérateur local pressenti ou légitime au demeurant.

Là aussi il faut voir au-delà de notre vision ethnocentrée de l’europe et il ne fait aucun doute que le passage de la mission de service public à la fourniture de services d’intérêt général économique peut conduire à l’agenciarisation de la culture comme c’est déjà le cas ailleurs et à la marginalisation des missions culturelles et artistiques qui ne revêtiraient pas un caractère économique suffisant.

Dans tous les cas la fin de la concurrence faussée comme vous le dites annonce une mutation forte des acteurs culturels. Certains l’ont anticipé en se professionnalisant, en se préparant à une plus forte mise en concurrence et à la recherche de sources de financements complémentaires, mais il est clair que beaucoup d’entre eux ne s’y sont pas préparés, ce qui sera lourd de conséquences. L’écossytème culturel déjà très fragile l’est inévitablement encore plus désormais.

Y a-t-il une chance, à votre avis, de "renégocier" (le terme est à la mode) la place de la culture dans le paquet réglementaire européen sur les services ?

Je voudrais bien y croire, notamment au regard de l’alternance politique qu’une majorité de citoyens a choisie en France et des possibles autres alternatives qui se profilent peut-être.

Mais l’Europe ne se fait pas en solitaire, c’est un projet collectif. Il va falloir accepter ce jeu collectif et les compromis qui vont avec. Si ce collectif existe à court terme et s’inscrit dans la durée, alors oui, on pourrait légitimement croire qu’on va pouvoir "renégocier" mais j’aurais plutôt tendance à croire qu’on devrait d’abord essayer de remettre de la régulation et il faut espérer que la culture (que ce soit en tant que secteur économique et professionnel tout comme en tant que projet de société et comme élément constitutif de la dignité humaine) participe de ce mouvement d’amélioration de la régulation.

De ce point de vue d’ailleurs, le chantier des politiques culturelles au sein de l’Europe mérite d’être véritablement posé, car on voit bien la multiplication des instruments nationaux plus ou moins mis à mal selon les Etats membres.

Le premier problème se situe dans la régulation proprement dite car jusqu’à présent l’Europe a institué, plus particulièrement depuis le traité de Lisbonne, une dérégulation qui a conforté le projet européen au niveau d’une vaste zone de commerce et de libre échange sans pour autant en renforcer parallèlement le projet politique. Et puis l’Europe s’est élargie et les équilibres traditionnels se sont progressivement modifiés et on voit bien que la directive "services" est déjà transposée dans ce sens.

Le second problème se situe dans la manière dont la régulation va être renforcée et c’est peut-être là qu’il y a encore des marges de manoeuvre. Si on parvient à faire la démonstration qu’il ne s’agit pas d’une problématique ou d’une spécificité franco-française. La question de mener un lobbying à Bruxelles telle que préconisée dans le rapport du groupe de travail du Sénat n’aura de sens et d’efficacité que si c’est l’ensemble ou une majorité suffisante des Etat membres qui parviennent à identifier au-delà de l’insécurité juridique  les conséquences, les opportunités, les menaces, les solutions et les alternatives existantes. De ce concensus, et pas du plus petit dénominateur commun espérons-le en tout cas, pourra être construite la régulation que beaucoup attendent.

Fin de la deuxième partie.

Première partie : ici.

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De l’influence du droit communautaire sur les financements des services culturels / 1

Nous en avons déjà fait mention plusieurs fois ces derniers jours car le sujet ne fait aucune vague ou presque, en tout cas dans les médias, et il faut absolument en parler car ce quasi silence radio donne la fausse impression qu’on se résigne à laisser nos politiques, certains d’entre eux en tout cas à gauche comme à droite, louvoyer non sans opportunisme et porter sans conviction des visions qui trahissent un aveux d’impuissance criant.

Nous nous serions résignés à subir ce qui nous est présenté par ces mêmes politiques comme inévitable et qui est posé d’emblée comme une guerre de tranchées entre droit communautaire et droit souverain.

Dans tous les secteurs, un des rôles des acteurs des territoires est d’éclairer le politique, de lui confier leur expertise. Les acteurs sont en effet les premiers à pouvoir témoigner de l’impact des actions et des projets qu’ils mènent dans un éco-système où le politique cherche à traduire et porter une volonté, des valeurs, des visions. Cet éco-système est d’ailleurs très largement régi par la répartition des compétences entre Etat et Collectivités territoriales qui doivent s’exercer en étroite collaboration. Les acteurs territoriaux, dont certains reçoivent des financements publics pour mettre en œuvre une part de ces compétences selon des objectifs ciblés, sont au contact du terrain et exercent, appelons en chat un chat, un part de la mission de service public.

Ils contribuent ensemble à animer, valoriser, renforcer et enrichir la qualité du cadre de vie de nos territoires.

Cette gouvernance public-privé, disons-le tout net, ne peut tout réussir ni tout résoudre mais il est clair que l’architecture de notre contrat social repose en grande partie sur cette coopération étroite. Or cette coopération étroite évolue au gré des réformes, s’adapte au fil des grands changements sociétaux mais n’a jamais été bouleversée en profondeur depuis les premières lois de décentralisation.

Or la construction européenne, que certains accusent à tort, par crainte ou par ignorance, de tous les maux, modifie la donne acquise depuis des générations, elle amène à considérer non pas qu’il convient d’uniformiser nos espaces souverains et nos cultures mais de les harmoniser (ce qui est bien plus qu’une nuance), de placer le vivre ensemble souverain dans une dimension communautaire. En d’autres termes, l’Europe en marche est l’Europe qui fixe un minimum de règles communes et de principes partagés. Cela signifie qu’il convient d’instituer ces règles et ces principes, au travers du droit communautaire, capable de s’appliquer à tous pour que chacun puisse participer à construire l’identité européenne à partir de sa propre culture et de ce qu’il en tire pour sa propre culture.

De ce point de vue, transposer une directive européenne en droit souverain appelle nécessairement des adaptations d’une part et des dérogations de l’autre, ceci étant nécessairement l’objet de négociations plus ou moins âpres. C’est le lot quotidien du politique que d’assurer que l’intérêt général puisse prévaloir à chaque instant dans ces transpositions qui sont bien plus que du juridique ou du langage technocrate comme disent les eurosceptiques.

La responsabilité est donc grande, ce qui oblige à ce que le dialogue soit fort entre le niveau local, national et européen.

Dans le domaine culturel, il en va de même à priori, sauf que force est de constater que le système est en panne. Nos politiques et nos institutions ont profité des fonds structurels pendant près de 15 ans pour investir dans la réalisation d’infrastructures, d’équipements et de projets tous aussi essentiels et qu’ambitieux, que les Collectivités et encore moins l’Etat ne pouvaient envisager avec autant de moyens. Or, le tarissement annoncé de ces fonds en France (réorientés vers les Etats membres qui en ont plus besoin que nous, et oui, l’Europe est aussi solidaire de ce point de vue-là !) ne semble pas avoir alerté suffisamment quant à l’après fonds structurels ; nos politiques n’ont pas été suffisamment réorientées faute de coordination, faute de dimension interministérielle pour l’Etat et faute de décloisonnement suffisant pour les Collectivités mais aussi faute de vision et de repères clairs pour construire l’avenir.

Les engagements pris ou hérités ont fait la démonstration d’un flottement, d’une errance politique où ce que l’on caractérisait comme un fossé grandissant vis-à-vis du citoyen le devenait aussi vis-à-vis de l’administration et de la « techno structure ». Distraits par des grands débats politiques qui ne font pas apparaître clairement quels sont les enjeux profonds à l’œuvre, les négociations du Traité de Lisbonne ont été le moment décisif où le projet européen s’est fortement orienté en direction de la dérégulation, ce qui précipita plus encore la prédominance de l’économique sur le politique.

Cette tendance lourde à la dérégulation a bien évidemment orienté la façon de penser le droit communautaire mais également la manière dont il se transpose. Les mécanismes de régulation ayant été progressivement amenuisés, les territoires et plus particulièrement les Collectivités ont été contraintes de s’auto-réguler plus encore qu’auparavant, compte tenu de la défaillance plus ou moins forte des Etats, selon les cas.

C’est un boulevard qui s’est ouvert pour les industries culturelles et l’économie dite « créative », creusant ainsi un peu plus l’écart entre la culture « marchande » et la culture « non marchande », entre le privé et le public.

Les acteurs culturels des territoires ont vu leurs missions et leurs projets non pas renforcés mais regardés de plus près, évalués plus fortement par les Collectivités afin de mieux assurer la mission de service public culturel et de services aux publics, faute d’un Etat ou d’une Europe en ordre de marche. Dans le milieu culturel, l’évaluation a longtemps été une question très complexe, pour ne pas dire tabou. Mais petit à petit, chacun est amené à considérer l’adéquation entre les moyens alloués et les résultats produits, tant au plan quantitatif qu’au plan qualitatif, afin de pouvoir construire les actions futures sur la base de budgets dont on a progressivement vu la reconductibiité remise en question.

De plus en plus, les acteurs culturels doivent respecter des critères de conditionnalité des aides qui les poussent plus encore dans l’incertitude certes, mais surtout qui leur donnent le sentiment que la mission culturelle leur est déléguée sans que le temps et les moyens nécessaires leur soient transférés. Ils doivent trouver de nouvelles ressources et à partir de ce moment-là, ce que certains appellaient « la fin de l’ère du 100% subvention », les acteurs culturels ont dû s’adapter, faire évoluer leur propre méthode de gestion et leur ingénierie pour ne pas mettre à mal leur métier et les missions. Beaucoup n’y sont pas parvenus et beaucoup d’autres n’y parviendront pas non plus.

Si ce mouvement d’adaptation était pourtant prévisible, le mouvement qui a suivi l’était tout autant mais les acteurs culturels ont-ils pour autant pleinement passé le premier cap d’évolution ? Rien n’est moins sûr, car ce qui allait de soi dans l’action culturelle, c’est-à-dire sa vocation, ses finalités et ses fondamentaux, a été éclipsé par ce qui n’allait pas de soi, notamment les critères de conditionnalité des aides de l’échelon municipal à l’échelon européen.

La décennie qui vient de s’écouler est clairement pour le secteur culturel une décennie de transition entre deux modèles, deux modèles hélas extrêmes : du 100% subvention au 0% subvention. C’est là justement que se situe l’enjeu majeur de l’harmonisation européenne : remettre de la régulation pour tracer une voie médiane, plus apaisée et constructive plutôt que de laisser s’installer de la manière la plus violente qui soit le passage d’un extrême à l’autre.

Et c’est bel et bien là que le bas blesse car le droit communautaire a évolué entre temps. Le paquet Monti-Kroes, datant de juillet 2005, a été remplacé par le paquet Almunia, adopté par la Commission européenne le 20 décembre 2011 et applicable en France depuis le 1er février 2012. S’adressant à l’ensemble des pouvoirs publics, nationaux et locaux, il émet un principe général d’interdiction des aides d’État (mais dans le langage européen il faut aussi comprendre des aides des Collectivités), tout en autorisant certaines compensations notamment pour la fourniture de « services d’intérêt économique général » (SIEG). Au-delà d’un certain seuil de subvention, le seuil de minimis, qui devrait prochainement être fixé à 500 000 euros sur trois ans, toute compensation fait l’objet d’une notification et cette notification fait bien évidemment l’objet de conditionnalités.

Ceci est lourd de conséquences pour la culture et plus généralement pour l’écosystème culturel. Des mutations profondes s’annoncent et leur application légale depuis le 1er février 2012 menace l’éco-système culturel.

Si nous allons au bout de la logique désormais en place, le secteur culturel est un secteur économique comme les autres, les acteurs culturels sont des opérateurs économiques comme les autres. Cela signifie clairement que la culture relève du champ concurrentiel et que toute intervention ou subvention publique enfreint les principes fondamentaux d’égalité et de transparence. Exit les politiques publiques de financement de la culture, en tout cas telles que nous les avons connues jusqu’à présent.

Le groupe de travail sur l’influence du droit communautaire sur le financement des services culturels par les collectivités territoriales a rendu ses conclusions au Sénat au début du mois d’avril. Le communiqué de presse qui nous est parvenu avec la synthèse du rapport du président du groupe de travail Monsieur Vincent Eblé témoignent de la complexité et de l’importance du sujet mais est surtout la preuve la plus évidente du retard accumulé pour prendre ces questions à bras le corps vis-à-vis de l’Etat et de l’Europe. Ce qui en devient révoltant c’est que notre pays ayant une longue pratique du cumul des mandats, la plupart de nos élus ont parfaitement conscience des enjeux, des menaces auxquelles il faut s’attaquer et des opportunités qu’il convient de saisir dès maintenant pour trouver des solutions soutenables.

Que dire donc du rapport de Monsieur Vincent Eblé, de sa position pour le moins prudentielle et qui se contente de poser des « pistes à explorer » ? Et bien, il arrive trop tard, beaucoup trop tard tel qu’il est rédigé pour endiguer le processus en cours par quelque régime dérogatoire ou d’exemption que ce soit. Tant que l’on en restera à cette absence de mobilisation politique, on aura beau jeu de brocarder et instrumentaliser la culture tout en lui passant de la pommade sur le dos dans les discours, les cocktails d’inaugurations, les think tank de partis politiques, les réunions publiques ou les meetings électoraux.

Il est désormais vital que politiques, techniciens et acteurs culturels prennent collectivement leurs responsabilités car, comme dit le proverbe chinois, c’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur. Nous y sommes.

Fin de la première partie.

Deuxième partie : ici.

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