Cultural Engineering Group Weblog

Services & Ressources en ingénierie culturelle

Une expo participative au Château de Versailles

Seconde livraison et transmission sympathiques cette semaine en provenance d’Aude Mathey (Culture et Communication), un article sur la manière dont de nouvelles démarches de communication peuvent servir et renforcer les objectifs d’expositions dans les hauts lieux de patrimoine. 

Avec son exposition "Le XVIII au goût du jour", le Château de Versailles a déployé les grands moyens : partenariat avec le musée de la mode Galliera, le magazine Vogue, l’Express, le Bon Marché Rive Gauche, organisation d’un carnaval exceptionnel le 9 juillet, mise en ligne d’un jeu-concours pour tous les fondus de mode…

La communication et le marketing autour de cette exposition montre que les structures culturelles françaises peuvent elles-aussi, quoiqu’avec un peu de retard sur certains de nos voisins européens (je pense aux britanniques en particulier), rassembler et rendre festive une exposition, qui jusque là ne présentait que des costumes et des artefacts de la mode du XVIIème siècle.

Jean-Paul Gauthier © DR

Il est vrai qu’avec ses dentelles, la mode de cette année pouvait rappeler certains aspects de celle du XVIIIème siècle. Et c’est le pari qu’a fait le Château de Versailles : tabler sur la mode du XVIIIè revue et corrigée par nos stylistes actuels, bref mise au goût du jour…et ce avec le musée Galliera, et son fonds quasi inépuisable de costumes, le tout pour redynamiser le Grand Trianon, qui avec ses 511 000 visiteurs annuels est bien moins fréquenté que son petit homologue ou que la Château.

Dans cette exposition, les véritables costumes du XVIIIème rivalisent également avec ceux de Jean-Paul Gauthier, Pierre Balmain, Christian Dior ou encore Christian Lacroix et Vivienne Westwood. C’est ainsi que la Château de Versailles a noué des partenariats avec l’Express Styles et Vogue, une façon astucieuse de nouer des liens et rencontrer un public qui n’est pas forcément un habitué des cartels mais plutôt des catwalks : les fashionistas.

Vivienne Westwood. © DR

Qui dit mode, dit festif et entre soi. Le Château a par conséquent organisé un magnifique carnaval le 9 juillet. Oui oui ce n’est pas vraiment la période, mais qui s’en soucie ?

L’entrée, payante (entre 50 et 250€), ne rebute pas le public, nombreux et habitué aux soirées sélectives. Grandes eaux nocturnes, spectacles burlesques, événements décalés et concerts grandioses, tout est là pour créer une féérie et un teaser magnifique pour l’exposition. Une seule exigence pour venir à la soirée : être costumé bien sûr :

Soyez royal(e), courtisan(e), doge vénitien, mousquetaire, archiduc de Russie, dame de compagnie ou princesse persanne, votre seule exigence sera d’être à la hauteur des exigences de la Cour. Quelques sans-culottes pourront se mêler aux convives, à leurs risques et périls…
Vous devrez rivaliser d’inventivité pour assortir jupons, corsets, bas, souliers, perruques, mouches et y ajouter votre touche décalée.

Source : http://www.chateauversailles-spectacles.fr/le-carnaval-de-versailles-91.html

Et surtout masqué !

Source : www.thecherryblossomgirl.com/

 

Sources: leblogdelamechante.frwww.thecherryblossomgirl.com / www.misspandora.com 

Mais ne vous inquiétez pas, la fête continue ! Pour ceux que cela tente, il est toujours possible de continuer à se déguiser, se costumer, se pomponer pour participer au Concours de Styles… A la clef, un shooting de l’Express Styles, des bons d’achat, un appareil photo…

Inutile de vous rappeler que pour être incollable sur le XVIIIème siècle et ses accessoires, il faut aller faire un saut jusqu’au Grand Trianon… jusqu’au 9 octobre 2011 !

Page d’accueil du jeu-concours

Aude Mathey (Culture et Communication)

Classé dans:Analyses, Evénements, Expériences, , , , , ,

Préfigurations du Centre Pompidou Virtuel

Voulant en savoir plus sur le Centre Pompidou Virtuel, Culture et Communication a enquêté et a interrogé Gonzague Gauthier, le webmestre et Community manager du Centre Pompidou et nous a très sympathiquement transmis cet interview exclusive.

Bonjour Gonzague. Parlez-nous un peu de vous. D’où venez-vous ? Qu’est-ce qui vous a amené au Centre Pompidou ?

Je viens du monde des études culturelles et de l’art plastique. A ce titre, mes recherches ont tenté de comprendre au prisme de la théorie institutionnelle des arts les formes d’art Queer – ce qui regroupait des thématiques de communauté, de pouvoir, d’esthétique, de communication, etc. Travaillant alors sur l’histoire de l’art féministe dans les institutions françaises, j’ai obtenu un stage pour elles@centrepompidou ; il s’agissait d’alimenter le site en contenu surtout… eh oui, un stage, c’est court !

Sur la base de mes propositions pour développer une vraie communauté autour de l’exposition, et à l’occasion d’une vacation de poste au sein du service multimédia, j’ai intégré le Centre Pompidou. Depuis, les besoins en terme de présence sur les réseaux sociaux des institutions culturelles évoluant, je fais évoluer la réponse du Centre. Je suis aidé dans cette démarche par une extraordinaire dynamique au sein du Centre Pompidou, portée par ce projet phare qu’est le Centre Pompidou Virtuel mais aussi par chacun des agents gardant en tête l’ADN du Centre (le contact avec ses publics et la recherche d’innovation dans la médiation).

En quoi consiste le métier de webmaster au Centre Pompidou ?

Je dois dire que je suis plus à l’aise avec la dénomination de Community Manager, même si elle apparaît à l’heure actuelle en règle générale un peu fourre tout – je suis persuadé qu’elle évoluera au fil des années. Cependant, le site internet est un outil collaboratif ! Un outil de mise à disposition des contenus aux publics : et à ce titre, mon intervention est moindre puisqu’il existe une partie de l’équipe dédiée à cette organisation. Un outil d’ouverture des contenus : à ce titre, chaque agent participe dans la mesure de son travail à cette expérience. Un outil qui possède une complexité technique gérée à l’heure actuelle dans le cadre d’un mécénat de compétence et dont les services informatiques du Centre Pompidou se saisissent en partie. Mon intervention en tant que Community Manager consiste à venir en soutien de la chef de projet actuelle, et concrètement à mettre en ligne du contenu et à assurer la pérennité du site actuel, à la faire vivre encore pendant quelques mois. Sur le Centre Pompidou Virtuel, il s’agira là aussi d’agencer une partie des contenus, notamment institutionnels.

Mais surtout, ce sera l’évolution de l’espace personnel, la mise en place d’un écosystème, de nouveaux usages, déjà constitué par de nombreux projets satellites et qui intégreront le site petit à petit. Il s’agit de penser non plus le site en soi, mais comme un élément cohérent avec un écosystème d’ensemble.

La réponse est un peu complexe, mais un projet tel que le CPV (Centre Pompidou Virtuel [ndlr]) fait véritablement évoluer les lignes de chaque métier…

Venons-en maintenant au Centre Pompidou Virtuel. Pouvez-vous nous en dire un peu là-dessus ? Nous avons entendu M. Seban parler de numérisation des collections, des contenus… Mais sur votre fond, cela va prendre un temps incroyable, à quand la première version du Centre Pompidou Virtuel ? Allez-vous attendre d’avoir tout numérisé, d’avoir abouti le projet ou alors allez-vous le lancer à mi-parcours ?

Nous sommes sans cesse à mi parcours entre le début de l’aventure du Centre Pompidou et  la suite de ce que nous voulons mettre en place. Nos fonds sont incomplets de toutes les productions artistiques et culturelles qui n’ont pas encore été produites. C’est un peu pareil pour le Centre Pompidou Virtuel : il est sans cesse en évolution. Il ne s’agit pas de s’arrêter sur un objectif de mise en ligne qui de toute façon évolue aussi vite qu’évoluent nos fonds. Il s’agit d’avoir comme ligne d’horizon la meilleure offre possible. Cela passe par la mise en place d’outils performants qui accueilleront indifféremment des quantités de ressources  numériques croissantes. Oui, la numérisation va prendre beaucoup de temps ! D’autant qu’elle s’accompagne d’une négociation importante sur la libération des droits, afin que le Centre Pompidou puisse rendre accessible des conférences, des reproductions d’œuvres… un maximum de sa production des 35 dernières années au plus large public possible. Nous mettrons donc tout cela en ligne progressivement. L’ouverture à la fin de l’automne du Centre Pompidou Virtuel sera l’ouverture d’une interface, d’un centre de ressource, et non d’un fonds figé. D’autant qu’au-delà des contenus, l’outil lui-même évoluera.

Quelles seront les avancées proprement technologiques de ce projet (mis à part sa complexité) ?

Je pense que la complexité n’est pas une avancée en soi… il faut faire avec. On ne fait pas un projet pour se frotter à la complexité qu’il recèle – en tout cas, nous n’avions pas cette volonté sur le Centre Pompidou Virtuel. De même pour les technologies, elles ne sont pas un but. Il est vrai que lorsque le président Alain Seban a désiré mettre en place ce projet stratégique, il avait l’ambition que le Centre Pompidou ne se laisse pas dépasser au niveau technologique dans les prochaines années, et même qu’il innove. Cela a très vite engendré la nécessité de structurer notre centre de ressource de manière sémantique – d’autant qu’il était nécessaire de guider l’internaute dans la masse des informations qui sera mise en ligne.

Avec notre partenaire Logica, une réflexion sur la technologie utile, au service des ressources, a donc été mise en place. Elle se continue d’ailleurs avec une phase de test auprès des utilisateurs (La possibilité de candidater est offerte à chacun encore pour quelques jours ).

L’autre point fort de l’aspect technologique du Centre Pompidou Virtuel, c’est sa conception en technologies libres. Il faut que le CPV fédère une communauté, y compris technique : ce n’est pas que le média soit prépondérant dans le message, mais il est une partie essentielle de celui-ci. Nous voulons que le Centre Pompidou agisse comme le média des évolutions de notre société, et pour ce faire qu’il puisse évoluer avec elle.

Quelles réflexions avez-vous porté sur les nouveaux médias ? Le Centre Pompidou Virtuel ne sera-t-il qu’un site web de musée supplémentaire ? Allez-vous développer de nouvelles applications ?

Sans faire de démagogie, je pense que la meilleure réflexion qu’on puisse porter sur les nouveaux médias, justement, c’est de ne pas les considérer à part. Pour filer l’idée précédente, je pense qu’il est important de faire du cross média, de se dire que l’ensemble des dispositifs de transmission et de communication du Centre Pompidou constituent un média en soi. Il ne faut pas déconnecter les uns des autres, tout en gardant à l’esprit leur spécificité. Le CPV ne sera pas un site web de musée supplémentaire pour cette raison qu’il est une plateforme en lui-même, certes, mais qu’il crée sans cesse du lien avec les autres médias au sens très large du terme. Il crée aussi le lien avec la réalité de musée, des spectacles vivants, des conférences, des fonds des deux bibliothèques, des recherches de l’Ircam…

Quant à savoir si nous allons développer de nouvelles applications, je crois que cette rapide présentation du projet rend la réponse évidente ! Nous avons vocation à évoluer avec les besoins et les envies de nos publics, mais aussi de ceux qui n’en font pas encore partie. Je pense que la mutation profonde qu’ont opérée art et culture au XXème siècle rend cette évolutivité nécessaire d’autant que cela s’accélère avec le XXIème siècle. Il s’agit donc d’une double contrainte de créer de nouvelles applications qui répondent à la volonté de valorisation des fonds, d’accès aux contenus et aux savoirs, mais aussi de répondre à l’évolution des formes d’accès. L’apparition du web mobile par exemple est une question cruciale que nous prenons à bras le corps, dans une réflexion globale.

Sur ce projet, comment allez-vous travailler avec la Bpi ? Va-t-il y avoir un rapprochement des deux entités comme dans le bâtiment ?

Le Centre Pompidou et la Bpi travaillent ensemble sur de nombreux sujet. Nous avons par exemple mis en place au niveau de nos identités numériques des passerelles. Car il est vrai que l’identité du Centre Pompidou lui-même doit se baser sur un travail d’identités thématiques – un axe porté par la Bpi, mais aussi par les autres programmateurs tels que ceux du DDC (qui organise les conférences du Centre, les spectacles vivants, les cycles cinémas), l’Ircam, etc.

Ce rapport devrait se renforcer dans les prochains temps avec, nous l’espérons, la construction de certains outils communs. Que ce soit la Bpi ou le Centre Pompidou plus largement, nous avons le souci des intérêts de nos visiteurs ; des visiteurs qui sont parfois différents et parfois les mêmes. Lors de sa création en 1977, le Centre Pompidou avait pour but de constituer une offre complète de la culture contemporaine : c’est cet esprit que nous perpétuons conjointement avec la Bpi.

Plus concrètement, si le site de la Bpi reste évidemment en place, ses contenus seront accessibles au sein du CPV ; le but étant de créer du lien entre tous les contenus et de valoriser ceux-ci.

Est-ce que ce nouveau site va également permettre de mettre sur pied un nouveau modèle économique ? Si oui en quoi consiste-t-il ?

Justement, c’est une partie de mon travail. Notamment car ce site est pensé comme un écosystème complet (à terme d’ailleurs, une exposition des données, une API, etc… seront mis en place pour que l’écosystème soit encore plus large). Le modèle a été pensé dès le début et sur un principe de base simple : le Centre national d’art et de culture Georges Pompidou appartient à tous les français, son accès sera donc entièrement gratuit. Aucune raison de faire payer les internautes pour ses contenus ! Tout ce qui sera présent dans le centre de ressource sera accessible de manière gratuite et non éditoriale, mais rendu lisible par la structuration sémantique. C’est le reste de l’écosystème qui portera l’échange commercial : achat de billets en ligne, boutique en ligne, livres numériques… Une économie du service en rapport direct avec nos ressources numériques, une économie du lien aussi avec nos partenaires. Le but est de rendre l’expérience utilisateur la plus complète possible et d’articuler cela avec la culture inaliénable du gratuit sur le web.

Avez-vous des premières images à nous fournir pour nos lecteurs ?

Malheureusement pour le moment, nous ne dévoilons pas de premières images… désolé ! Nous savons qu’un ou deux écrans circulent sur le web, mais ils ne sont pas ceux qui ont été retenus finalement. La raison est simple : nous organisons encore des beta-test qui sont susceptibles de faire évoluer l’ergonomie du site ; une avant-première pourrait induire les futurs internautes en erreur – ce serait dommage.

Mais on peut déjà dire que le design devrait surprendre. Comme je le disais, il est en constante évolution, comme le reste du projet, pour être en accord avec les impératifs du site, des contenus, des visiteurs… mais son esprit reste intact : c’est cet esprit radical qui nous a plu lors de la consultation, cet esprit radical que vous devriez découvrir lors de la mise en ligne du site !

Entretien réalisé par Aude Mathey (Culture et Communication).

Retrouvez le Centre Pompidou sur :
Twitter – http://www.twitter.com/centrepompidou
Dailymotion – http://www.dailymotion.com/centrepompidou
Foursquare – http://www.foursquare.com/centrepompidou
Facebook – http://www.facebook.com/centrepompidou.fr

Pour mémoire, l’entretien d’Alain Seban invité du Buzz Média Orange – Le Figaro en mai dernier.

Classé dans:Analyses, Expériences, Ingénieries, Outils, Politiques culturelles, , , ,

Le futur des musées repose toujours plus sur leur capacité « en ligne »

Le British Museum de Londres. Photographie : Graeme Robertson

Au début du mois de juillet de l’année dernière s’était tenue une rencontre à Londres où Neil MacGregor, directeur du British Museum, et Sir Nicholas Serota, directeur de la Tate, avaient débattu parfois de manière tout à fait croustillante à la très prestigieuse London School of Economics and Political Science de la question du musée au XXIème siècle lors d’un événement co-organisé avec Thames & Hudson pour les 60 ans de la prestigieuse école londonienne.

Un podcast a été mis en ligne permettant ainsi d’écouter l’intégralité des échanges et, pour celles et ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’y participer, Conxa Rodà, (chef de projet au Musée Picasso de Barcelone) nous mentionnait les 5 principaux enseignements à retenir, extraits parmi les publications du Guardian et de Social media and Communication, et que nous résumons ainsi :

  • La relation entre les médias et les musées s’est transformée : on voit de plus en plus les musées figurer dans les rubriques « News » et plus seulement dans les rubriques « Arts », c’est un nouvel espace de conquête et de développement pour l’avenir.
  • Le futur des musées reposera toujours plus sur l’Internet : la relation entre les institutions et leurs publics sera transformée plus encore avec Internet et les musées dans leur organisation deviendront plus proches d’organisations multimédia.
  • Les musées auront une audience mondiale et seront les lieux où les personnes du monde entier pourront échanger. Les institutions qui prendront cette problématique à bras le corps, le plus tôt et le plus loin possible, seront celles qui dans l’avenir feront autorité.
  • L’avenir verra les musées devenir des éditeurs et des diffuseurs de programmes en soi et nous verrons leurs équipes travailler de plus en plus en ligne pour plus d’efficacité  en utilisant et déployant plus de ressources mises en ligne.
  • Le défi qui devient de plus en plus important repose donc sur la capacité des équipes de travailler autant en ligne que dans les salles car un des enjeux est bel et bien la possibilité d’une meilleure et plus importante communication entre les conservateurs et les visiteurs.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Nous vous proposons de rassembler vos contributions et de faire le point ces mutations importantes dans le monde des musées. Parfois souhaitées ou parfois subies ces mutations bousculent les habitudes et réinterrogent les métiers, mais jusqu’à quel point ? A vos claviers !

Classé dans:Analyses, Expériences, Ingénieries, Outils, Politiques culturelles, Ressources, , , , , , ,

Plus d’autonomie aux grands établissements publics museaux et patrimoniaux…mais malgré tout des subventions croissantes et des recettes propres insuffisantes

Deux rapports de la cour des comptes, un sur les musées nationaux sur la période 2000-2010, l’autre sur le Centre des Monuments Nationaux pour le Sénat sur une période plus courte 2004-2009, éclairent d’un jour nouveau la problématique d’autonomie des grands établissements publics muséaux et patrimoniaux au regard des objectifs d’augmentation de leurs ressources propres. En effet, ces deux rapports montrent  que nonobstant l’autonomie laissée à ces structures, l’Etat n’a pas diminué au contraire le soutien, sous formes de subventions, dotations et personnels mis à disposition, à celles-ci.

Qu’on en juge sur la période 2000-2010 les musées nationaux ont vu les dépenses budgétaires de l’Etat (subventions de fonctionnement et d’investissement, crédits de personnel) augmenter de 58% de 334M€ à 528M€, soit bien plus que le budget du ministère de la culture qui n’a progressé que de 32% sur cette période. Si une partie de cette augmentation s’explique par un nouvel établissement (le quai Branly) très budgétivore (52M€ de subventions annuelles) et quatre musées rénovés, cela ne saurait expliquer la totalité de cette progression.

Les deux rapports mettent le doigt sur la problématique des personnels payés par l’Etat (Ministère de la Culture) et qui ne figurent pas dans le budget des opérateurs à la notable exception du Louvre, de Beaubourg et du quai Branly, qui rémunèrent tous leurs personnels. Pour des établissements comme Orsay, Versailles ou le Centre des Monuments Nationaux, ces personnels représentent respectivement 2/3, 70% et 36% des personnels travaillant pour ces établissements.

Ainsi, en réintégrant les personnels au prorata des emplois concernés dans les contributions de l’Etat à ces opérateurs, les taux d’autofinancement (c’est-à-dire le ratio des ressources propres sur les dépenses) baissent considérablement à Versailles, Orsay et au Centre des Monuments Nationaux.

  • A Versailles, le taux de subventions de 12% triple, menant à un taux d’autofinancement de seulement 60% à 2/3 (bien loin de la quasi-autonomie revendiquée par le président de l’établissement)
  • Orsay se retrouve dans la norme des musées avec un taux d’autofinancement d’un peu plus de 35% (et non plus 66%)
  • Le Centre des Monuments Nationaux dont le taux d’autofinancement sans prise en compte des personnels payés par l’Etat, s’est effondré de 92% à 77% en 3 ans de 2007 à 2009, se rapproche de la barre des 50% en intégrant les personnels rémunérés par l’Etat.

Parmi ceux qui intègrent leurs personnels en totalité, seuls le Louvre et les arts décoratifs tirent leur épingle du jeu avec pour le 1er 45% d’autofinancement (en forte progression sur la période, de moins de 30 % à 45 %), 42% pour le second, « les mauvais élèves de la classe » étant Beaubourg et le quai Branly avec respectivement 22% et 25% d’autofinancement, malgré des fréquentations élevées (respectivement 3,5 et 1,5 millions d’entrées en 2009).

Le rapport sur les musées reconnaît d’ailleurs que le taux d’autofinancement « cible » des musées nationaux déterminé par la LOLF fixé en 2003 à 43%, réajusté à ce même taux en 2008, est désormais fixé en baisse de 4 points à 39% pour 2011.

Comment expliquer dès lors que dans une conjoncture porteuse (augmentation de fréquentation, inflation de tarif générateur de ressources) ces établissements aient eu recours à plus de subventions, alors que le contraire aurait dû se passer ?

La réponse tient dans plusieurs facteurs :

  • Tout d’abord, l’inflation des personnels des Etablissements Publics Muséaux  avec plus de 1300 Equivalents Temps Plein supplémentaires sur 10 ans dus à 4 établissements publics (Le Louvre, Beaubourg, Quai Branly, Versailles) dont la moitié sur Le Louvre (674 emplois). Si ces emplois sont en partie justifiés par le déploiement de ces établissements, l’exemple du Louvre montre qu’une augmentation de 15 points du taux d’ouverture des salles (de 75% à 90%), soit 20% de progression, a généré une hausse des emplois correspondants de 37%, soit presque le double. L’Etat a donc bien fait d’appliquer la règle de non renouvellement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite à ces opérateurs nonobstant leur protestation.
  • En second lieu, l’augmentation des dépenses de fonctionnement qui, si elle est peu détaillée par le rapport sur les musées nationaux, est clairement pointée du doigt dans le cas du Centre des Monuments Nationaux, avec une augmentation des personnels du siège, qui prennent 3 points d’augmentation à plus de 25% du total, ainsi qu’une croissance considérable des dépenses de communication par rapport à 2007 en 2008-2009 (+60 % des rémunérations d’intermédiaires et honoraires soit + 0,3 M euros et surtout + 24 % des charges externes diverses soit + 1,4 M euros)
  • Enfin, l’Etat « se tirant une balle dans le pied » avec les nouvelles mesures de gratuité sur les 18-25 ans, qui ont nécessité de nouvelles subventions, diminuant ainsi les ressources propres, sans compter que les calculs de compensation de cette gratuité ont dégagé des sur-subventions évidemment non rétrocédées (cas du Centre des Monuments Nationaux avec 1M€ d’écart, 4M€ de subventions alors que la perte de recettes n’a été de fait que de 3M€)

Ainsi, au Louvre, les subventions et dotations de fonctionnement, comme le révèle l’annexe 2 du rapport, ont quasiment triplé de 2000 à 2010 de 43M€ à 115M€ et à Beaubourg, elles ont progressé de 10M€ de 69M€ à 79M€, quand, sur une période plus courte  (2006-2009),  les subventions du Centre des Monuments Nationaux augmentaient elles de 10M€ (passant de 8 à 18M€).

Dans une telle conjoncture, que les subventions de fonctionnement (hors personnel) de ces établissements soient amputés de 5% cette année est donc tout à fait légitime, les établissements devant trouver dans l’augmentation des ressources propres et pas seulement dans les recettes billetterie (c’est-à-dire les entrées), de nouvelles marges de manœuvre.

Le rapport, en agrégeant les résultats de la Réunion des Musées Nationaux qui gère les boutiques des grands établissements aux recettes des musées nationaux, dans un graphique page 54 ne fait que survoler la question des ressources commerciales hors billetterie et notamment boutique, dont on apprend qu’elles représentent 11% à 81M€ des ressources de fonctionnement  du système agrégé musées nationaux + Réunion des Musées Nationaux, les recettes propres des musées en représentant 23% à 178M€.

Or plutôt que comme dans un récent rapport (rapport Benhamou – Thesmar « valoriser le patrimoine culturel français ») mettre l’accent sur les hausses de tarif en arguant que les musées nationaux ne sont pas assez chers par rapport à la concurrence internationale et que leur clientèle étrangère « captive » absorberait cette hausse (18 euros au Louvre est évoqué dans ce rapport, contre un tarif actuel de 10 euros, générant 25 M euros de recettes), thèse que récuse à juste titre la cour des comptes, il vaudrait mieux améliorer la rentabilité des boutiques et des autres espaces commerciaux, où d’importantes marges de manœuvre subsistent.

On apprend ainsi dans le rapport du Sénat / Cour des Comptes sur le Centre des Monuments Nationaux que, malgré une belle progression du chiffre d’affaires commercial des 64 points de vente du Centre des Monuments Nationaux de 8,3M€ à 11,1M€ de 2004 à 2009, soit de 1€ par visiteur à 1,5€ par visiteur, 80% des points de vente sont déficitaires à coût complet ! Ce qui montre les possibilités d’accroissement de ressources, puisqu’on considère qu’un musée ou un monument « bien managé » peut aujourd’hui, à condition d’avoir les leviers sur les recettes commerciales (ce qui n’est pas le cas des musées nationaux avec la Réunion des Musées Nationaux) générer 50% de recettes propres en billetterie et l’autre moitié en boutique / restaurant.

Enfin en conclusion, et même si les investissements et c’est heureux sont de plus en plus financés par l’autofinancement des musées et surtout le mécénat, en complément des subventions d’investissement, on peut comme la cour des comptes se montrer inquiet de l’impact de plus de 700M€ de grands projets programmés dans les années à venir (contre 500M€ sur 2000-2010) sur le fonctionnement de ces établissements et, par voie de conséquence, sur l’augmentation des subventions de l’Etat aux musées.

Or, aucune simulation n’est donnée sur ce point, si ce n’est la certitude que « le MUCEM pourrait impacter le budget du Ministère de la Culture à partir de 2013 dans des proportions comparables à celles du musée du quai Branly, dans le milieu des années 2000 » ! On aurait souhaité un pilotage de l’Etat plus fort sur le système muséal, pour anticiper les années à venir, grief principal que relève la cour des comptes à plusieurs reprises dans ces deux rapports.

Jean-Michel Puydebat*

Du même auteur :

_________

*Jean-Michel Puydebat est directeur de PV2D, consultant spécialisé dans l’exploitation et le marketing des équipements touristico-culturels

Classé dans:Analyses, Expériences, Financement de projet, Gouvernances, Ingénieries, Politiques culturelles, , , , ,

Les musées français ont besoin de mécènes

Selon un rapport de la Cour des comptes publié mercredi, les musées publics français ont reçu au cours des dix dernières années 60 pour cent de fonds en plus. L’institution déplore toutefois une utilisation inefficace de ces moyens. En considérant le flot des visiteurs, le journal économique les Échos rejette cette critique et demande que les mécènes soutiennent davantage les musées: "Entretenir cette muséomanie nationale, qui est une richesse économique autant que culturelle, implique de donner plus de moyens privés à nos musées publics. Attendre d’eux des gains de productivité, comme le fait la Cour des comptes, est sans doute nécessaire mais insuffisant face à l’explosion continue de la fréquentation. Quant au mécénat, dont l’essor est jugé incontrôlé, il permet, en échange de concessions vénielles, de restaurer notre patrimoine, de l’enrichir d’acquisitions et, au final, de servir l’intérêt du public. La Cour des comptes a une vision trop conservatrice du musée.

Source : BpB

 

Classé dans:Analyses, Financement de projet, Gouvernances, Ingénieries, Outils, Ressources, , , , , ,

La soirée au musée

Un rapport commandé par Bertrand Delanoë en 2010 sur le statut des musées révèle toute la lourdeur des musées municipaux. Leur lourdeur administrative est telle qu’elle étouffe les opérations de communication autour des grandes expositions, empêche toute flexibilité (notamment au niveau des horaires d’ouverture), génère du manque à gagner aussi bien en billetterie qu’en catalogues et rebute les mécènes qui ont peur de voir leur financement attribué à une autre ligne d’investissement que celle précédemment choisie…

Bref, les musées de la Ville de Paris semblent inadaptés à la visite du public. En effet, alors que ce dernier réclame des horaires plus en adéquation avec les heures de bureau, le principe du volontariat et le statut-même de ces musées empêchent toute réactivité de l’administration.

Ainsi, pour l’exposition Yves Saint Laurent au Petit Palais, les caisses fermaient à 17h15 et il n’y eut qu’une nocturne exceptionnelle le 28 août. Cependant, d’autres musées, également municipaux, comme le musée des Beaux-Arts de Lyon organisent des nocturnes une fois par mois et le statut est le même que les musées de la Ville de Paris. Alors d’où vient la différence ?

L’expérience du MBA de Lyon

Nous avons interviewé Nathalie Falgon-Defay, responsable du service culturel du Musée des beaux-arts de Lyon, à ce sujet.

L’idée des nocturnes date de la rentrée 2009. Le service culturel souhaitait à l’époque cibler les jeunes actifs et les familles d’une façon différente, de manière à ce qu’ils puissent pleinement vivre et découvrir les collections du musée tout en étant détendus. Le musée avait déjà tenté précédemment des nocturnes avec une ouverture simple des expositions, c’est-à-dire sans animation spécifique. Malheureusement, ce fut un échec. Le public se déplaçait pas ou peu.

Du fait de l’animation actuelle des expositions, le visiteur est complètement pris en main par l’équipe du musée. Les animations se succèdent. Deux horaires sont prévus le vendredi soir : 18 et 22h de façon à aider à la circulation du public, le dernier nocturne a en effet vu se déplacer 500 personnes !

Comment se déroulent ces soirées au musées ?


Chaque nocturne a pour but de faire découvrir une partie de la collection du musée. Le public est par conséquent concentré dans un espace (en gros 1/3 ou 1/4 du musée). Les galeries ouvertes au public pour chaque soirée obéissent à une cohérence chronologique, notamment, cohérence que l’on retrouve dans le fil conducteur des animations via la lecture de contes ou encore l’intervention d’artistes. Ces soirées amènent le public à découvrir la collection et la valoriser autrement.

Par exemple, le département des objets d’arts et du médailler, un département très peu visité et connu du grand public, a fait l’objet d’un nocturne dernièrement, le fameux où 500 personnes se sont déplacées !! La thématique menait le visiteur sur les chemins d’Orient. Comme quoi l’invitation au rêve et au voyage déplace les foules !

L’entrée est à tarif unique : 5€ (sauf pour les publics bénéficiant de la gratuité). Il n’y a aucune réservation préalable, suite aux lourdeurs de gestion en amont lors des précédentes expériences. Les interventions et les animations sont brèves : pas plus de 30 minutes de façon à ce que les visiteurs puissent visiter les collections sans s’appesantir.

Il y a toujours un intervenant extérieur au musée (musicien, comédien, conteur, spécialiste de l’histoire de la photographie…) ainsi que deux médiateurs-conférenciers du service des publics. Chacun d’eux choisit une oeuvre autour de la thématique préalablement définie, qu’il commente. Chaque intervention est bien entendu une interaction avec le public qui participe, pose des questions… Et enfin, de temps en temps, le conservateur en charge du département concerné présente son métier et sa collection au public.

Comment gérer ces nocturnes ?

Comme pour les musées de la Ville de Paris, le Musée des beaux-arts de Lyon est un établissement municipal à caractère culturel. La mobilisation du personnel se fait par conséquent sur le volontariat des agents du patrimoine titulaires. Par conséquent, pour chaque soirée, une dizaine de personnes entre la sécurité, la médiation et la billetterie est présente pour l’accueil du public.

Le public étant particulièrement détendu lors de ces soirées, l’ambiance est tout de suite plus conviviale, plus familiale. Selon Nathalie Falgon-Defay, cette ambiance valorise de fait les agents, le public s’intéresse autrement à la collection, s’interroge et échange avec le personnel. Par conséquent, en plus d’un objectif de développement des public atteint, les soirées participent à la communication interne et à une certaine fierté d’être agent du patrimoine au MBA.

Selon madame Falgon-Defay, "le musée devient un lieu de vie".

Aude Mathey*

*Après plusieurs expériences en communication culturelle, Aude Mathey est aujourd’hui chef de publicité grands-comptes au Groupe Progrès. Auteure d’un ouvrage sur les musées virtuels, elle est passionnée par les domaines de la communication, du marketing et du mécénat appliqués au secteur culturel.

Retrouvez les publications d’Aude Mathey sur Culture et Communication (C&C)

Classé dans:Analyses, Politiques culturelles, , , , ,

Google Art Project

Google a lancé mardi à Londres une plate-forme permettant aux amateurs d’art de se promener virtuellement dans 17 des plus grands musées du monde, dont le MoMA de New York et le Château de Versailles, grâce à sa technologie Street View. L’outil, familier des utilisateurs du site de cartes "Google Maps" est entré à l’intérieur de chacun des 17 musées pour prendre des vues à 360 degrés, permettant une navigation fluide dans quelque 385 pièces des galeries d’art.

Le site (googleartproject.com) permet de visiter depuis chez soi non seulement Versailles et le Museum of Modern Art (MoMA), mais aussi la National Gallery de Londres, le Rijksmuseum d’Amsterdam, l’Hermitage de Saint Pétersbourg etc. Plus d’un millier d’oeuvres ont été photographiées et sont accessibles en un clic, avec la possibilité de zoomer pour plus de détails.

Source : Le JDD

Classé dans:Evénements, Outils, , , , ,

Hôtel de la Marine : un dossier symptomatique

Le dossier de location de l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris, via un bail de longue durée, qui a tant défrayé la chronique ces derniers mois (dossier contre enquête culture du Monde du 19 janvier 2011 notamment sous le titre «privatisation du patrimoine : l’Etat a-t-il franchi la ligne jaune ? », précédé d’un appel d’un collectif d’écrivains au président de la République le 11 janvier 2011 toujours dans ce même journal) est tout à fait symptomatique du manichéisme du secteur culturel opposant la vertu du « public » à l’argent « malsain » du « privé ».

Resituons et élargissons le débat. D’abord, il ne s’agit pas de vendre ce bien au privé mais de le mettre à bail. L’idée qu’il faut désormais admettre est que l’Etat, mais aussi les collectivités locales propriétaires, n’ont plus les moyens de restaurer et encore moins de mettre en valeur des biens innombrables, classés et certes de qualité. Alors plutôt que de les voir se dégrader, il vaut mieux leur trouver un affectataire privé qui leur trouve une utilité économique en rapport avec la culture et les industries culturelles et qui permette l’ouverture au public. Il ne suffit pas de prendre des postures intellectuelles s’élevant contre « l’utilisation mercantile des biens de l’Etat » (Max Gallo dans le Figaro du 7 janvier 2011 ») comme si le privé était forcément peu scrupuleux, terme utilisé d’ailleurs par la DRAC dans un autre dossier similaire en Alsace, la dévolution des écuries du Palais du Rhin à Strasbourg, où sans donner aucune solution, la DRAC Alsace s’élevait contre des « spéculateurs peu scrupuleux » (le Journal des Arts  édition du 5 au 8 novembre 2010).

De deux choses l’une, soit l’Etat et les Collectivités Locales, dont on sent bien que la conjoncture budgétaire les oriente vers des arbitrages de plus en plus portés sur le social, l’économie et l’éducation, dégagent plus de ressources pour la culture et le patrimoine (budget déjà sanctuarisé depuis de nombreuses années), et on sent bien que ce n’est pas la tendance partagée par nos décideurs et l’électeur de base, soit ils consentent « comme un moindre mal » à affecter ces biens au privé, en encadrant les opérateurs par des cahiers des charges (oui cela existe !) pour respecter leur utilisation culturelle. Ainsi doit-on rappeler que sans le privé, en l’occurrence le groupe Nestlé qui y a installé son siège, l’usine de Noisiel anciennement Meunier, magnifique monument du 19ème siècle, n’aurait pas été sauvée (on peut d’ailleurs la visiter une fois par an aux journées du patrimoine) ; de même que les élus lyonnais pragmatiques viennent de confier l’Hôtel Dieu – via un Partenariat Public Privé -  au groupe Eiffage, qui a proposé un projet coûteux (150 M euros) tout à fait respectueux de l’esprit des lieux (outre un hôtel et un centre d’affaires on y trouve un musée) sans soulever trop de polémiques.

Dans la même série et suite aux nombreux rapports publiés en 2010 sur le sujet du transfert des monuments historiques (rapport d’information du Sénat du 30 juin 2010 de Mme Françoise Férat suite aux tentatives malheureuses de relancer le transfert des Monuments Historiques via un « cavalier budgétaire » – article 52 de la loi de finances 2010 – déclaré inconstitutionnel non sur le fonds mais sur la forme, rapport sur la valorisation culturelle du patrimoine culturel confié par le président de la République à M. Albéric de Montgolfier président du conseil général d’Eure et Loir ), on se rend compte que l’Etat est désormais conscient qu’un transfert à une Collectivité Locale au plus près du terrain (donc du visiteur) ou au privé (pour plus d’efficacité de gestion) est désormais nécessaire,  tout en encadrant cette procédure.

Rappelons en effet que le transfert rendu possible suite au rapport Rémond et codifié par l’article 97 de la loi n°2004 -809 du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales, a été un succès avec 65 monuments transférés, dont certains emblématiques, le château du Haut Koenigsbourg au Conseil Général du Bas Rhin ou le château de Chaumont à la région Centre, dont les résultats de fréquentation actuels sont sans commune mesure avec ceux obtenus sous la gestion de l’Etat – Centre des Monuments Nationaux (530 000 visiteurs en 2009 contre autour de 500 000 auparavant pour le monument alsacien et + 40 % à Chaumont entre 2009 et les années précédentes). Le rapport d’information du Sénat cité plus haut reconnait d’ailleurs page 51 que « l’Etat n’a pas nécessairement les moyens d’entretenir tous le patrimoine national et il parait légitime qu’il cherche de nouvelles ressources pour en assurer la protection et l’entretien, avant que celui-ci ne se dégrade de façon irréversible ». Le mouvement de transfert est donc inéluctable  – la proposition n° 1  du rapport est de « réactiver le principe de « transferabilité » des monuments historiques appartenant à l’Etat (de tous les ministères y compris ceux du ministère des affaires étrangères à l’Etranger) – mais « il n’est acceptable que s’il se fait dans des conditions respectueuses du patrimoine, de sa vocation culturelle, et de l’éventuelle mission de service public qui s’attache aux monuments » (en gras dans le rapport).

D’où la proposition de loi enregistrée à la présidence du Sénat le 19 janvier 2011 par les mêmes sénateurs à l’origine du rapport d’information, notamment Mme Férat et M. Legendre, visant à introduire un « Haut Conseil du Patrimoine » placé auprès du ministre de la culture qui établit la liste des monuments transférables et qui « se prononce sur le caractère transférable des monuments qu’il a décidé d’analyser ou dont l’examen lui est soumis par le ministre, et avant toute cession par l’Etat d’un de ses monuments historiques inscrits ou classés ». Et pour éviter une nouvelle affaire « hôtel de la Marine, « les membres du haut conseil du patrimoine sont informés de tout projet de bail emphytéotique administratif d’une durée supérieure ou égale à 30 ans qui concerne l’un de ces monuments inscrits ou classés ». Elle devrait être examinée en séance publique le 26 janvier 2011 avec de bonnes chances d’être adoptée puis d’être transmise à l’Assemblée Nationale qui pourrait faire de même.

Ces rapports – à part le rapport de Montgolfier dont la proposition 23 est de confier à titre expérimental la gestion de certains monuments du Centre des Monuments Nationaux au secteur privé dans le cadre d’une gestion déléguée ou d’un Partenariat Public Privé – sont néanmoins assez peu loquaces sur la délégation de service public des monuments au privé ou les partenariats publics privés. Pourtant ces formules alternatives développées par des sociétés comme Culture Espaces – groupe Lyonnaise des Eaux -, Kleber Rossillon ou Vinci sont utilisées depuis des années et se développent ; considérer leur travail comme non respectueux de la vocation culturelle des lieux est proprement indigne (ce que fait le rapport d’information du Sénat page 52 en citant l’intervention d’un autre intellectuel, l’historien de l’art Adrien Goetz, se livrant à une charge injuste contre l’exploitation culturelle de Culture Espaces à la Maison Carrée de Nîmes sans jamais citer les bons résultats de fréquentation du monument et le niveau accru de satisfaction du public depuis cette décision d’externalisation de son patrimoine par la ville de Nîmes). Or ces formules ne sont pas utilisées qu’à Nîmes ; ainsi la ville de Paris vient de décider de concéder le musée de Montmartre à un privé qui le rénoverait à ses frais en se rémunérant sur l’exploitation ; de même Culture Espaces – encore lui – vient à Aix en Provence de se voir confier l’hôtel de Caumont – cette fois-ci via une vente -  pour y organiser des expositions avec là aussi des polémiques et des procès d’intention systématiques vis-à-vis du privé (article de Beaux Arts décembre 2010).

Sans compter la polémique sur l’étude et le début de mise en œuvre d’hôtels de luxe dans des monuments du Centre des Monuments Nationaux sur le modèle des « paradores » espagnols (étude Atout France / Centre des Monuments Nationaux), que ce soit à Carcassonne, Versailles ou Chambord alors que les surfaces utilisées au sein de ces monuments gigantesques sont toujours des dépendances (donc des patrimoines secondaires) et qu’elles génèrent des ressources de loyer qui permettront de mieux entretenir et mettre en valeur les dits monuments.

Alors de grâce, ne faisons pas de procès d’intention au privé comme sur le dossier de l’hôtel de la Marine où sans savoir des intellectuels français (Régis Debray, Alain Decaux, Jean-Noël Jeanneney, Jacques le Goff, Pierre Nora, Mona Ozouf et Michel Winock) parlent du projet Allard soutenu par l’ancien ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres comme d’un « barnum commercial assorti de suites de luxe ». Devant un climat si délétère, alors que d’autres projets eux aussi intéressants circulent  – comme la Cité de la Gastronomie qui ne pourrait trouver plus bel endroit à Paris, avec une vocation éminemment culturelle depuis que la gastronomie française est classée au patrimoine mondial de l’Unesco -,  le président de la République a eu raison d’annoncer, lors de ses vœux au monde de la culture, la création d’une commission ad hoc pour examiner la vocation culturelle de ces projets et leur respect du lieu. Mais cet épisode en dit long sur notre culture de service public et sur le bien que l’on pense du privé dans le secteur culturel !

Jean-Michel Puydebat

_________

Jean-Michel Puydebat est directeur de PV2D, consultant spécialisé dans l’exploitation des musées et du patrimoine

 

Classé dans:Analyses, Gouvernances, Ingénieries, Politiques culturelles, , , , , , ,

Plan-musées, la révolte gronde…

Frédéric Mitterrand présente le plan-musées

Le Plan-musées, annoncé le 9 septembre 2010, a déçu les conservateurs de collections publiques, qui espéraient une vision stratégique de la part de l’Etat. Les professionnels s’apprêtent à publier un «Livre blanc des musées»

Comment, en période de crise, bouder une enveloppe de 70 millions d’euros ? Nul professionnel des musées ne se risquera à dénigrer l’initiative du ministre de la culture : avec son Plan-musées 2011-2013, annoncé le 9 septembre, Frédéric Mitterrand marque son intérêt pour les collections publiques et va permettre à 79 équipements de voir le jour ou de se moderniser.
De nombreux musées verront les conditions de conservation de leurs collections améliorées, avec, notamment, l’aménagement de leurs réserves, sujet auquel nous attachons beaucoup d’importance, se félicite Christophe Vital, président de l’Association générale des conservateurs de collections publiques (AGCCPF).

1 million d’euros par projet

Mais, là s’arrête le satisfecit.
Car les conservateurs ont pris leur calculette : en moyenne, l’enveloppe annoncée représente un million d’euros par projet. C’est peu, lorsqu’il s’agit d’investissements lourds pour les collectivités, calcule l’AGCCPF dans son communiqué du 15 septembre. Une estimation partagée par Jean-Michel Tobelem, directeur d’Option Culture et professeur à l’Ecole du Louvre.
Autre motif de déception : 1/3 des équipements sélectionnés par le Plan-musées font déjà l’objet d’un financement dans le cadre des contrats de projets Etat-régions 2007-2013, et plusieurs figurent aussi dans le Plan de relance. S’agit-il de crédits supplémentaires ?, s’interroge Christophe Vital. Le ministère de la culture n’a rien précisé.
De même, nul ne sait si les 1.130 équipements non sélectionnés par le Plan-musées pourront bénéficier d’autres crédits.
Enfin, le président de l’AGCCPF regrette l’impasse faite sur les muséums, qui relèvent pourtant des musées de France, même s’ils sont sous la tutelle du ministère de l’Education nationale, et qui ont un grand besoin de rénovation.

Faiblesse du plan de politique publique

Plus globalement, la profession déplore la faiblesse du plan en termes de politique publique : ce plan ne revêt pas véritablement de caractère stratégique, pointe l’AGCCPF.
Or, la situation et le devenir des musées de France soulèvent actuellement bien des interrogations. Le plan n’aborde pas certaines questions de fond, confirme Jean-Michel Tobelem. Et de détailler les motifs d’inquiétude : la démographie du corps des conservateurs, le risque de « décrochage » de certains musées et de fermeture à venir de petits établissements, le devenir de la Réunion des musées nationaux (RMN), la conciliation entre autonomie des grands établissements et nécessaire coopération à l’intérieur du système des « musées de France », les hausses tarifaires, l’adaptation de l’Institut national du patrimoine (INP) aux mutations du monde patrimonial….

Villes petites et moyennes : des difficultés budgétaires

Autant de problèmes structurels, qui pourraient obscurcir l’avenir des musées. La situation n’est pas aussi brillante qu’on le dit, observe Christophe Vital. D’un côté, il y a environ 200 musées-phares, dont on parle beaucoup. De l’autre, il y a les équipements des villes petites et moyennes. Leurs collections sont souvent importantes, mais les collectivités qui financent ces musées rencontrent de plus en plus de difficultés budgétaires. Nous redoutons qu’une fracture s’établisse entre ces deux univers. L’Etat doit continuer à soutenir ces musées. De même, il faut maintenir les financements croisés. Sans eux, nous n’aurions pas le réseau de musées que nous avons aujourd’hui. Par ailleurs, la profession se trouve face à un problème de gestion des emplois et des effectifs. Les équipes sont vieillissantes et nous nous attendons à une véritable hémorragie dans les années à venir sous l’effet des départs en retraite, tant dans la FPT que dans la fonction publique d’Etat. Or on ne pourra pas remplacer tout le monde.
Pour sa part, Jean-Michel Tobelem formule déjà quelques propositions, qu’il souhaite mettre en débat. Pourquoi ne pas constituer ce que l’on pourrait appeler des « musées municipaux ou intercommunaux à vocation régionale », qui auraient un rôle d’accompagnement auprès de structures plus modestes ? La mutualisation des moyens de plusieurs équipements au sein de « pôles territoriaux » permettrait aussi d’atteindre une véritable masse critique. Autre piste envisageable : la création d’un organisme public chargé de concevoir, créer et faire circuler des expositions temporaires dans le réseau des musées.

Livre blanc des musées

Autant de pistes qui seront bientôt mises en perspective avec celles que l’AGCCPF s’apprête à publier en février prochain. L’association met, en effet, la dernière main à un « Livre blanc des musées », sur lequel elle travaille depuis environ deux ans. Il s’agira d’un rapport d’une centaine de pages, qui dressera l’état des lieux et fera des préconisations pour faire bouger le monde des musées, précise Christophe Vital.
La présentation de ce document donnera lieu à un débat qui devrait réunir les professionnels, avec le ministre de la culture, des parlementaires et des élus locaux.

Source : NTC, La Gazette des Communes.

Classé dans:Evénements, Gouvernances, Ingénieries, Politiques culturelles, , , , , ,

Les conservateurs tchèques feignent d’apprécier l’art

La construction d’une nouvelle bibliothèque nationale à Prague d’après le projet de Jan Kaplický, Tchèque en exil décédé entre-temps, a longtemps été refusée avec véhémence par le Parti démocratique civique (ODS) au gouvernement. Les élections municipales approchant, le parti se déclare soudain de nouveau en faveur de ce projet apprécié de la population, comme les têtes de listes des autres partis. Le quotidien libéral Pražský deník critique l’opportunisme de l’ODS : "Cette affaire montre à quel point le pouvoir politique ou le manque de volonté politique sont changeants. Il suffit de mauvais résultats électoraux et les politiques reviennent sur leurs positions pour appâter les électeurs. C’est justement ce qui blessait Kaplický : que les politiques interviennent dans le débat artistique de manière autoritaire, comme si leur mandat politique leur avait donné du goût et le sens de l’art. … Si tout le monde veut maintenant d’un coup la bibliothèque, c’est une bonne chose. Mais c’est également étrange."

Source : BpB

Classé dans:Analyses, Evénements, Gouvernances, Politiques culturelles, , ,

Mythologie du musée

Pur produit de l’Occident, le musée est en réalité une institution coupée de la vie, qui s’est constituée en mythologie, voire en uchronie (monde privé d’histoire). S’il témoigne de notre besoin d’une référence identitaire stable, il n’en est pas moins en porte-à-faux avec les réalités sociales contemporaines. Doit-il fermer ses portes ou peut-il se rénover ? Dans le sillage des différences utopies proposées à la fin du XXe siècle, les musées de société tentent d’échapper à toute forme de dogmatisme en pratiquant l’ouverture et la mise en question délibérée.

Au sommaire

1. Genèse d’une uchronie

  • Brève histoire d’une institution déviante
  • La naturalisation d’un système de valeurs
  • L’emprise du sacré
  • Un dogme pour idéologie

2. L’uchronie décryptée

  • L’uchronie muséale en tant que signe
  • Le sens connoté : performativité et surdétermination
  • La mécanique identitaire
  • Conséquences sociales

3. Le musée sauvé par l’utopie ?

  • Le glissement vers l’utopie
  • L’émergence des musées de société
  • Les autres uchronies
  • Des phases de l’uchronie et du rôle de l’utopie
  • Idéologie, mythe, uchronie et utopie

Bernard Deloche

Collection Mytho!

Editions Cavalier Bleu

Avril 2010 – 90 pages

14.50 euros (format papier)

ISBN : 978-2-84670-312-3

Classé dans:Outils, Politiques culturelles, Ressources, , , ,

Les Pays-Bas doivent conserver leurs bibliothèques

Les bibliothèques sont également touchées par les mesures d’austérité aux Pays-Bas. Elles recevront moins de subventions et menacent donc de fermer dans les petites communes. Le quotidien Trouw trouve cela alarmant : "La bibliothèque ne perd pas sa raison d’être, mais sa fonction change. La réponse à cela est l’innovation. La bibliothèque doit s’adapter à son nouveau rôle dans la société de l’information. C’est déjà le cas dans de nombreux endroits. On recherche de nouveaux postes qui peuvent être occupés avec plus d’efficacité et de nouveaux services sont développés. Pour cela, les bibliothèques ont besoin d’espace. Et cet espace disparaît si l’on économise de manière trop draconienne. C’est un risque notamment dans les petites communes. … Un pays qui veut être une économie du savoir ne peut pas vouloir cela."

Source : BpB

Classé dans:Analyses, Politiques culturelles, , ,

La richesse culturelle de la Bulgarie reste cachée

La plupart des touristes viennent en Bulgarie pour lézarder sur la plage et boire à outrance de l’alcool bon marché, critique le quotidien Standart qui demande que l’on montre plus d’intérêt pour les trésors culturels du pays : “Nous montrons toujours notre mauvais côté, le bon reste dans l’ombre. Nous avons sept sites classés par l’UNESCO. Nous avons la culture thrace qui est plus ancienne que la Grèce antique. Nous avons le plus vieil or d’Europe à la nécropole de Varna, des cités romaines, des châteaux du Moyen-Age et des monastères. … Tout cela reste, à quelques exceptions près, caché du monde. Cela ne permettrait pas seulement de faire apparaître la Bulgarie sous un nouveau jour, cela lui permettrait également de retirer les bénéfices d’un tourisme culturel. … La mer et les bars sont bien beaux mais il est temps aussi d’attirer des touristes exigeants. Nous sommes déjà assurés de voir ceux de troisième zone.”

Source : BpB

Classé dans:Analyses, , , ,

Prague, un bijou historique multiculturel

La capitale tchèque a fait le week-end dernier la promotion des "Jours pragois", au cours desquels les visiteurs auront la possibilité de découvrir "l’héritage et le patrimoine tchèque". Le quotidien conservateur Lidové noviny considère qu’il y a tromperie sur l’étiquette : "Prague – et ce qui la rend si belle et si unique – n’est pas l’œuvre d’une nation mais l’œuvre collective de personnes de langues différentes, qui sont venues ici, y ont vécu, s’y sont installées, sont reparties, et dont certaines ont finalement été chassées dans des conditions dramatiques. Mathieu d’Arras était français, Peter Parler était un Souabe de Gmünd, Malá Strana (en français ‘le petit côté’) et le quartier Hradschin sont italiens, les Dientzenhofer sont originaires de Bavière, etc. C’est une particularité propre aux Tchèques de s’approprier des choses qui ne sont pas à eux. Cela s’appelle du vol."

Source : BpB

Classé dans:Analyses, , ,

Mesures Extraordinaires

Une nouvelle exposition d’art contemporain a débuté le 1er mai dernier et risque de faire fureur dans la région de Northumberland (Nord-Est de l’Angleterre) à Belsay Hall, tout près de Newcastle. « Extraordinary Measures », confiée à 7 artistes et architectes majeurs, parmi lesquels l’artiste internationalement reconnu  Ron Mueck, un des chefs de files du street art Slinkachu et un des anciens Young British Artists Mat Collishaw.

L’exposition place des pièces qui se jouent des échelles, notamment des miniatures, dans des situations où elles sont mises en rapport avec le site patrimonial, paysager et touristique exceptionnel de Belsay Hall, ses pièces, son château, ses jardins. Le décalage d’échelle permet d’opter pour un autre point de vue, de remettre au goût du jour la tension qui se crée dans notre rapport au monde, un rapport qui a tendance à croître dans la démesure de l’époque moderne, rapport qui à travers cette exposition nous replace à notre juste mesure.

Un remarquable mini film de promotion a été réalisé à cette occasion, vous pouvez le découvrir en cliquant ici.

Classé dans:Evénements, Expériences, , , ,

Nouvelle charte pour le mécénat culturel

Le 20 avril, Frédéric Mitterrand a signé avec Jean-François Bernardin, président de l’ACFCI (Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie), une nouvelle charte pour le développement du mécénat culturel. 
Prenant acte du développement important du mécénat culturel en France depuis la mise en œuvre de la loi du 1er août 2003 et soucieux de soutenir cette évolution, le ministère de la Culture et de la Communication et l’ACFCI ont décidé de signer, pour les cinq années à venir, une deuxième charte nationale pour le développement du mécénat culturel en poursuivant les actions déjà engagées et en développant de nouveaux objectifs.

Cette nouvelle charte prévoit notamment de relayer au plan régional et départemental le protocole national, de poursuivre la diffusion auprès des chefs d’entreprises des dispositifs incitatifs de la loi du 1er août 2003 et des avantages du mécénat culturel, de promouvoir le mécénat collectif, d’organiser des rencontres et des évènements de nature à favoriser la promotion du mécénat culturel et de sensibiliser au mécénat les réseaux d’écoles des CCI (Chambres de commerce et d’industrie).

Au regard 1) de la baisse du mécénat depuis 2008 et 2) du retour d’expérience sur l’introduction progressive du modèle de fonds de dotation, il serait utile que le ministère aille au-delà de cette nouvelle charte car elle ne répond qu’en partie à la réalité des besoins et des pratiques ; il convient de noter que si le marché de l’art repart de plus belle depuis 6 mois, l’approche du mécénat demeure toutefois très conventionnelle en France par rapport à d’autres pays. Les enjeux sont suffisamment fondamentaux pour ne pas se contenter de prolonger de manière plus étendue la charte initiale.

Vous pouvez télécharger La Charte mécénat et consulter le site de la Mission du mécénat.

Source : ministère de la Culture et de la Communication.

Classé dans:Evénements, Gouvernances, Ingénieries, Outils, Politiques culturelles, , , , ,

De l’appropriation d’un objet culturel

L’appropriation est décrite comme un effort d’interprétation qui résulte d’une tension entre être affecté par l’expérience d’un objet et lui attribuer une signification. Il faut alors répondre à plusieurs questions. Quelles sont les conditions de l’appropriation ? Quelle logique en permet le déploiement ? Comment se déroule cet effort ? Quelle est la forme du résultat obtenu ? Est-ce qu’une connaissance peut s’en dégager ? Ce concept est à la base d’une école de pensée émergente au Québec, que l’on nomme les nouvelles théories de la lecture et de la "spectature". Ces théories réactualisent le pragmatisme de Peirce et portent sur la logique au seuil de l’interprétation, ainsi que sur le résultat de l’interprétation (la figure) et sur le déroulement processuel de l’acte. Une dimension sociale leur est apportée en référant aux théories de Ian Hacking.

Voulant adopter un point de vue critique par rapport à d’autres théories de l’interprétation comme l’herméneutique et le structuralisme, l’auteur situe diverses conduites interprétatives sur deux axes de l’appropriation (excessive et insuffisante). La méthodologie inhérente à l’appropriation réside dans l’équilibre précaire entre ces deux axes. Une certaine sensibilité culturelle doit alors être acquise, ce qui implique qu’un sentiment de responsabilité accompagne les actions du spectateur soucieux de la pertinence de la figure élaborée au cours de son effort d’interprétation.

Au sommaire :

  1. Les conditions de possibilité de l’appropriation
  2. La connaissance de l’objet culturel
  3. Les nouvelles théories de la lecture et de la spectature
  4. La socialité de l’appropriation
  5. Les rapports appropriatifs et la tâche du spectateur
  6. Le contrôle des habitudes dans la sémiose culturelle

L’appropriation d’un objet culturel. Une réactualisation des théories de C.S. Peirce à propos de l’interprétation par Fabien Dumais.

Collection Communication / Editions PUQ (Presses de l’Université du Québec)

Janvier 2010 – 108 pages / 13.00 euros (format papier)

ISBN : 978-2-7605-2489-7

Source : Revue Espaces

Classé dans:Expériences, Ingénieries, Outils, Ressources, , , ,

Ne pas céder le patrimoine culturel à Google

La numérisation du patrimoine culturel est considérée comme l’un des défis les plus importants de la politique culturelle de ces prochaines années. Cette mission ne doit pas être cédée uniquement au groupe Internet Google, demande Pekka Heikkinen, juriste auprès de la Bibliothèque nationale finlandaise, dans une tribune au quotidien Helsingin Sanomat : "Le fait que l’offre de numérisation de Google ait contraint les employés du secteur du livre à repenser leur comportement et leur collaboration, revêt une importance cruciale. Il convient désormais de développer des modèles pour le futur, pour lesquels Google a déjà une vision, en garantissant en même temps que le patrimoine culturel reste en mains propres. Le financement de la numérisation du patrimoine culturel nécessite la collaboration des secteurs public et privé. Pour empêcher l’enlisement juridique, il faut une disposition au compromis des détenteurs des droits et de leurs opinions, dans les possibilités économiques que la collaboration avec Google apportera au fil du temps".

Source BpB

Classé dans:Analyses, Expériences, Ingénieries, Outils, Politiques culturelles, , , , , ,

La semaine du tourisme britannique met le Mur d’Hadrien à l’honneur

Le mur d’Hadrien, la fortification qui marquait, dans l’actuelle Grande-Bretagne, la frontière nord de l’empire romain, a été illuminé sur toute sa longueur samedi par des torches portées par 500 volontaires.

Tout au long du mur qui sur 135 km traverse l’Angleterre, de Wallsend au nord-est à Bowess-sur-Solway au nord-ouest, 500 torches ont été allumées pendant 30 minutes tous les 250 mètres alors que la nuit tombait pour former une ligne de lumière sur le sentier qui court le long du mur.

Cette célébration aura nécessité la collaboration des 120 propriétaires des terrains traversés par le mur (même si ces terres appartiennent en définitive à la Reine) et la participation de milliers de volontaires dont certains venaient du Canada et d’Australie.

L’événement entendait marquer la semaine du tourisme britannique et le 1.600ème anniversaire de la fin de l’empire romain en Grande-Bretagne, en 410 après JC.

Cette célébration fut sans aucun doute chargée d’émotion car outre le fait que les anglais (en particulier les habitants du nord du pays) sont très attachés au mur, elle fut immortalisée par les milliers de touristes présents. Nombreux sont celles et ceux qui ont dû regretter que cette illumination ne dure que 30 minutes mais l’événement a toutefois été filmé depuis un hélicoptère qui a survolé tout le parcours. Cette semaine du tourisme britannique ne pouvait pas mieux marquer les esprits avec une telle opération.

Le mur, aujourd’hui inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, avait été construit en 122 après JC sur ordre de l’empereur romain Hadrien, pour marquer la frontière nord de l’empire. C’est le monument de l’Antiquité le plus grand de l’Europe du nord.

Classé dans:Evénements, Expériences, , ,

The Participatory Museum

In our last post about Nina Simon, we mentionned The Participatory Museum, a practical guide to working with community members and visitors to make cultural institutions more dynamic, relevant, essential places. It is now published. Our member Evelyne Lehalle (owner of NTC, author of THE touchstone of the blogs about cultural tourism and one of the best museum experts in France) informed the group about this publication.

In order to give you a glimpse of this amazing and rather essential book, here is what Elaine Heumann Gurian, leading international museum consultant and author of Civilizing the Museum has said about The Participatory Museum : « Nina Simon’s new book is essential for museum directors interested in experimenting with audience participation on the one hand and cautious about upending the tradition museum model on the other. The book is well written, interesting, well researched, and useful.  It will encourage and support those who wish to begin.  Simon dissects the process of participatory change, showing how to make choices that will augment, without overturning, the museum’s current programs or mission.  In concentrating on the practical, this book makes implementation possible in most museums.  More importantly, in describing the philosophy and rationale behind participatory activity, it makes clear that action does not always require new technology or machinery.  Museums need to change, are changing, and will change further in the future.  This book is a helpful and thoughtful road map for speeding such transformation ».

For more reviews of The Participatory Museum, clic here.

Nina Simon is an exhibit designer, museum consultant, and the author of the Museum 2.0 blog. Her book is available for purchase, perusal, and discussion.

Classé dans:Analyses, Expériences, Ingénieries, Outils, Ressources, , , , , , ,

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 186 followers

%d bloggers like this: