Cultural Engineering Group Weblog

Services & Ressources en ingénierie culturelle

Culture augmentée

CultureClic, la culture augmentée sur mobile, était présentée officiellement le 18 février par Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État chargée de la Prospective et du Développement de l’économie numérique, avec Bernard Benhamou, délégué aux Usages de l’Internet, dans le cadre de la présentation de Proxima Mobile, premier portail de services aux citoyens sur téléphone mobile. Cette application gratuite, disponible actuellement sur iPhone et Web mobile (prochainement sur les autres smartphones), est un guide, un espace de découverte, une boussole culturelle et bientôt un réseau social entièrement conçu pour un usage mobile autour de la culture, la littérature et la culture scientifique.
La réalité augmentée sur mobile permet à l’utilisateur une expérience totalement nouvelle. Grâce au catalogue de la Réunion des musées nationaux et aux archives Gallica de la Bibliothèque nationale de France, il peut découvrir des morceaux d’histoire avec des tableaux, révélant le lieu où il se trouve à travers cinq siècles : le Louvre, les premières photos au monde de Notre-Dame et de Montmartre en 1841, la construction du pont Neuf, la Place Royale de Bordeaux au XVIIIe siècle, le port de Marseille en 1900, et bien d’autres trésors. L’application permet également de trouver les 1 300 musées français géolocalisés, avec leurs informations pratiques (horaires, tarifs, billets…) et propose l’offre culturelle de proximité, avec plus de 600 événements culturels sur tout l’hexagone, extraits de l’agenda du Portail de la Culture (www.culture.fr), ainsi que le programme d’Universcience (Cité des sciences-Palais de la découverte).

Contact : Proxima Mobile (mobile@proximamobile.frwww.proximamobile.fr/?q=node/ )

Source : NTC/ ministère de la Culture et de la Communication.

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Les fondations enrichissent l’Estonie

Il existe dans de nombreux pays du monde des fondations culturelles et de bienfaisance créées grâce aux legs de personnes riches. Le quotidien Eesti Päevaleht demande la même chose pour l’Estonie : “Un modèle tel que celui de [l'industriel allemand] Robert Bosch est bien entendu difficile à copier en Estonie car les conditions sont différentes. Il n’y a pas chez nous de fortune ancienne et nos millionnaires sont tous encore vivants. Mais il est tout de même possible de copier l’un ou d’autres. Il y a par exemple le nouveau musée des médias ‘Newseum’, dans le centre de Washington, qui a été construit uniquement grâce à des fonds privés, des dons faits par des entreprises des médias et leurs propriétaires. Pour soutenir le financement, de l’argent a été prélevé sur la construction d’immeubles d’habitation proches. On pourrait envisager un modèle de ce type pour Tallinn. La ville pourrait faire pression sur les développeurs de terrains particulièrement intéressants pour qu’ils y construisent autre chose, par exemple un musée ou une institution culturelle.”

Source : BpB

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Sommet DOCAM 2010

L’Alliance de recherche DOCAM (Documentation et conservation du patrimoine des arts médiatiques) vous invite au Sommet DOCAM 2010, qui couronne la fin de cinq années de travaux. DOCAM est une alliance internationale de recherche initiée par la fondation Daniel Langlois pour l’art, la science et la technologie. Son objectif principal est le développement de nouvelles méthodologies et d’outils adaptés aux enjeux de la conservation et de la documentation engendrés par les pratiques artistiques reposant sur l’emploi de technologies.

L’événement interdisciplinaire vise à réunir des artistes, des chercheurs, des étudiants et des praticiens de la muséologie (conservateurs, restaurateurs, commissaires, techniciens, etc.), afin de connaître les enjeux et les pistes de réflexion soulevés par des cas de recherche.

À cette occasion, DOCAM lancera son tout nouveau site Web présentant ses principaux résultats de recherche :

  • Un Guide de catalogage de collections nouveaux médias;
  • Un Guide de préservation des oeuvres à contenu technologique;
  • Le Glossaurus de DOCAM;
  • Le Modèle documentaire de DOCAM;
  • Une Ligne du temps des technologies.

Financé par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH), dans le cadre de son programme ARUC (Alliances de recherche universités-communautés), DOCAM compte parmi ses partenaires le Musée d’art contemporain de Montréal, le Musée des beaux-arts de Montréal, le Musée des beaux-arts du Canada, le Centre Canadien d’Architecture, le Réseau canadien d’information sur le patrimoine, de même que plusieurs départements universitaires dont ceux de l’UQÀM, de l’Université de Montréal et de McGill. DOCAM tient à remercier Hexagram UQÀM pour sa collaboration pour la tenue de cet événement :

  • 3 mars 2010 : Ateliers professionnels de conservation / restauration et de catalogage (places limitées / inscription requise)
  • 4 et 5 mars 2010 : Conférences ouvertes au public (Agora Hydro-Québec, Coeur des sciences, 175, avenue du Président-Kennedy)
  • 4 mars 2010 (événement de soirée) : Lancement public du nouveau site Web de DOCAM (Chaufferie, Coeur des sciences, 175, avenue du Président-Kennedy)

Programme détaillé du Sommet :
http://www.docam.ca/docam2010/

L’entrée au Sommet est libre. Par contre, nous vous invitons à vous inscrire en partageant votre adresse courriel afin de faire partie de notre liste de diffusion DOCAM : 
http://www.docam.ca/docam2010/fr/contact.php

Pour toute question, écrivez à : 
info@docam.ca

Source : Fondation Daniel Langlois.

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On Museum 2.0 : five evaluation reports on participatory projects

Museum 2.0 is a great blog by Nina Simon but it’s also a design consultancy focused on creating participatory, dynamic, audience-centered museum spaces with institutions like the Smithsonian, the Chicago History Museum, The International Spy Museum in Washington D.C., the new Mint museum in San Francisco as well as local favorites like the Monterey Bay Aquarium and the Tech Museum in San Jose.

She recently shared a few evaluation and research studies that have greatly informed her work (and specifically, the development of The Participatory Museum, which is going to the printer this weekend). These are all downloads, which means when you click on the link it will ask you if you want to save a document.

  1. The Catalyst for Change social impact study from the Glasgow Open Museum. This report, published in 2002, chronicles the history and impact of an extraordinary institution founded in 1990 to make museum collections available for use by community members for their own purposes. As founder Julian Spaulding said, “The intention was to deliver what people wanted rather than what the museum thought they wanted or what the museum thought they ought to want.”
  2. The evaluation of the first Turkish Living Library, held in 2007 at the Rock for Peace festival in Istanbul. The folks who ran this event required every single participant to fill out an evaluation form, and this report demonstrates their overwhelming enthusiasm for the program as well as the tremendous social learning outcomes. The comically positive graph at the top of this post comes from this report.
  3. Dialogue in the Dark visitor and guide impact studies. This amazing “all dark” exhibition, which visitors experience in groups led by blind guides, has reached millions of people around the world. These impact studies demonstrate its incredible power both as a memorable visitor experience and as a positive impact on blind guides’ social and professional lives.
  4. Nina Simons also wants to honor the Exploratorium, which publishes all of their research studies for public download here. One of Nina’s favourite that she has frequently returned to is Sue Allen and Josh Gutwill’s 2004 paper, “Designing for Interactivity: Five Common Pitfalls.” The content is relevant to all kinds of museums, not just science centers.
  5. A paper on “Evaluating participatory, deliberative, and co-operative ways of working,” put out by the InterAct group in England. This useful and easy-to-understand paper spells out several considerations of planning evaluation for participatory projects. Most of the examples are from British civic projects, but there’s lots of useful information and frameworks for projects in any field.

Sources : NTC, la blogosphère muséale and Museum 2.0.

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Vinci reprend le chantier du musée des Confluences

Paru dans le Moniteur du 15 janvier dernier, le chantier du musée des Confluences à Lyon a été finalement confié à Vinci. Le projet, qui a subi des retards importants et dont le chantier était à l’arrêt depuis 18 mois, est donc aujourd’hui bel et bien relancé. Sur la confluence du Rhône et de la Saône, était sensée se dresser fin 2009 une forme architecturale futuriste imaginée par les autrichiens de Coop Himmelb(l) au pour abriter un musée des sciences et des sociétés. Baptisé Cristal Cloud, ce bâtiment dual est campé sur un socle – le “le nuage’” drapé d’une peau métallique et le « cristal » – un savant complexe verrier à la morphologie arachnéenne -, conçu comme un forum urbain pour marquer le point d’entrée des visiteurs.

Vinci, qui était en concurrence avec Léon Grosse, a remporté le second appel d’offres pour l’achèvement du musée des Confluences à Lyon, dont le chantier est à l’arrêt depuis dix-huit mois. Le leader mondial du BTP prend la suite de Bec frères qui avait jeté l’éponge devant les difficultés à élaborer des plans validés par les assurances. La proposition de Vinci était plus chère de 4,5 millions d’euros que celle de Léon Grosse, mais le conseil général du Rhône a choisi de jouer la carte de la prudence, le dossier de Vinci étant considéré comme plus sûr en cas de nouveau contretemps. Un choix qui s’explique vu les difficultés qu’accumule ce chantier depuis son lancement.

Source : Patrimoine en blog.

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Le Languedoc-Roussillon aura son musée de la romanité

La région Languedoc-Roussillon, en accord avec la ville de Narbonne et la Drac, programme la création d’un «musée de la romanité» dans la principale ville du littoral audois. Première colonie romaine en Gaule, fondée en 118 avant J.-C. sous le nom de Narbo Martius, Narbonne fut la capitale de la Gaule Narbonnaise. La préfiguration du futur établissement public culturel et commercial (EPCC) démarre : la région fait réaliser jusqu’en juin 2010 par l’Amicale Laïque un inventaire des collections archéologiques de Narbonne (éléments lapidaires et collections du Clos de la Lombarde). Parallèlement, elle a signé le 8 janvier 2010 un partenariat avec la Drac et le CNRS pour réaliser de 2010 à 2013 des fouilles subaquatiques des ports antiques de Narbonne. Ces fouilles représentent un budget de 2,65 millions d’euros (1,65 million de l’État et 1 million de la région).

Pour définir les collections et le projet scientifique et culturel du futur musée, un conservateur général vient d’être recruté par la région au sein de son service patrimoine. Ambroise Lassalle, ancien conservateur de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image à Angoulême, ex-directeur du musée des Antiquités de Rouen, prendra ses fonctions en mars 2010. Au premier semestre 2010, la région Languedoc-Roussillon lancera les études de programmation architecturale du musée de la romanité. L’architecte sera choisi en 2012 et la première pierre posée en 2013. Le musée devrait ouvrir en 2014. Selon la région, les musées archéologiques d’Agde, de Nîmes et de Lattes réfléchissent de leur côté à des projets d’extension et de modernisation, en lien avec la création du nouveau musée de Narbonne.

Source : la Gazette des Communes.

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Régions créatives : patrimoine, création et tourisme

La chaire Arts, Culture et Management en Europe BEM-Bordeaux Management School organise le troisième International ACME Workshop. La chaire ACME poursuit ses workshops internationaux, réunissant chercheurs et professionnels, avec une série de trois rendez-vous thématiques sur les régions créatives en 2009, 2010 et 2011.
Les régions créatives sont caractérisées par une identité culturelle portée par des infrastructures sociales et économiques propres. Elles se développent sous différentes conditions structurelles, économiques, politiques, organisationnelles, sociales.
Dans chaque workshop, cette question de recherche sera abordée à chaque fois sous l’angle d’un thème particulier, pertinent pour l’Aquitaine. L’édition 2009 aborde le triptyque “Patrimoine, Création et Tourisme”, classique et toujours complexe.

THÈMES
Quels sont les rôles du patrimoine (matériel et immatériel), de la création et du tourisme, dans les stratégies de développement régional ? Comment ce triptyque construit-il l’identité des régions créatives ? Comment génère-t-il un processus de croissance ? Quels sont les différents modèles de régions créatives fondées sur ce triptyque ?
Quelles relations entre patrimoine et création, patrimoine et tourisme, création et tourisme dans les régions aujourd’hui ? Comment les interactions entre ces trois domaines d’activités, à la fois concurrents et complémentaires, contribuent-elles au développement des régions créatives ? Comment dépasser leurs antagonismes classiques et créer leur synergie ? Quel rôle les régions jouent-elles dans le processus de valorisation du patrimoine, de la création et du tourisme ? Quelles sont leurs politiques ? Quelles stratégies spécifiques, qui favorisent le développement de leur région, les organisations du patrimoine, de la création et du tourisme mettent-elles en oeuvre ? En quoi sont-elles nécessaires à une démarche de marketing territorial ?

Plus précisément :

  • Quel est le rôle du patrimoine matériel et immatériel dans le fonctionnement des clusters et districts créatifs ? Dans le développement de la création en général ?
  • Quel est le rôle de la création et plus largement des industries créatives dans la promotion du patrimoine des régions ?
  • Pourquoi le patrimoine peut-il être défini comme une industrie créative ? Comment est-il relié aux autres industries créatives ? La notion de “patrimoine du futur” a-t-elle un sens ?
  • Quelle place occupe le patrimoine dans les stratégies des acteurs publics et privés du tourisme ?
  • Quels sont les déterminants de l’offre et de la demande de tourisme patrimonial dans les régions créatives ?
  • Comment la création est-elle facteur de tourisme ?
  • Comment les créateurs et les acteurs du tourisme peuvent-ils davantage coopérer au sein d’un territoire ?
  • Comment les artistes et la population de ces régions créatives participent-ils à leur développement ?
  • Quelles sont les stratégies marketing permettant la synergie du patrimoine, de la création et du tourisme ?

Les workshops ACME sont des espaces de dialogue privilégié entre chercheurs et professionnels. Ils mêlent la communication d’expérience de différents acteurs du patrimoine, de la création et du tourisme avec des présentations de travaux scientifiques, issus de différentes disciplines en sciences sociales – sciences de gestion, économie, science politique, sociologie…
• En savoir plus : http://www.bem.edu/fr/Zones-contextuelles/Actualites/2009/Novembre-Dec…
• Document associé :Bulletin-inscription-workshop.pdf

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Le transfert des monuments vers les collectivités soumis au Parlement

Paru récemment dans le toujours aussi bien informé Journal des arts, un article sur l’adoption pour le moins discrète d’une modification dans le projet de loi de finances pour 2010 qui permet de se passer de l’avis du ministère de la Culture pour transférer les monuments historiques protégés appartenant à l’Etat aux collectivités locales qui en feront la demande. Cette modification de l’article 52 du projet de loi déclenche de vives réactions et les déclarations du ministre de la Culture n’ont pas convaincu, c’est le moins qu’on puisse dire.

C’est en effet un article ajouté en catimini au projet de loi de finances pour 2010, à la demande du Premier ministre, sur lequel Frédéric Mitterrand s’est bien gardé de communiquer. Lors de son audition à l’Assemblée nationale, le 3 novembre, le ministre de la Culture a pourtant pu constater que la méthode n’avait guère été appréciée. Plusieurs députés ont protesté contre ce désormais fameux article 52. Dans son rapport établi au nom de la commission des finances, le député Nicolas Perruchot (NC) a notamment déploré que « le gouvernement n’ait pas informé plus en amont le Parlement de son intention ». L’exposé des motifs de cet article est sans ambiguïté. Il vise à modifier « le régime relatif aux transferts du patrimoine de l’État et de ses établissements publics (et non plus du seul Centre des monuments nationaux) au profit d’une méthode ouverte : celle d’un appel généralisé et sans limite temporelle au volontariat des collectivités locales ». Le gouvernement, inspiré par une proposition de loi présentée en octobre 2008 par le sénateur Philippe Richert (UMP), entend donc passer à la vitesse supérieure pour décentraliser les monuments historiques, en supprimant les garde-fous posés par la loi du 13 août 2004. La possibilité de demande de transfert, limitée dans le temps, concernait alors 176 monuments figurant sur une liste établie par une commission réunie autour de l’historien René Rémond. Celle-ci excluait notamment le transfert de lieux de mémoire nationale ou d’anciens biens de la Couronne. 65 sites ont ainsi été dévolus, 56 conventions étant d’ores et déjà signées. Des chiffres insuffisants pour la Cour des comptes, qui juge « ce bilan décevant » dans un rapport consacré à la décentralisation. Cela alors qu’aucun bilan économique et qualitatif n’a encore été établi.

Pour accélérer la cadence, le nouveau texte prévoit que tous les monuments historiques protégés appartenant à l’État – entiers ou par partie, mais aussi des « objets » – seront désormais susceptibles d’être transférés à une collectivité locale. Le Musée du Louvre ou l’Arc de triomphe, mais aussi la cathédrale de Chartres pourraient faire l’objet d’une demande. Et dans la mouture actuelle du texte, seul le préfet est habilité à donner son accord, le texte initial ne prévoyant aucune consultation des services du ministère de la Culture. Interpellé sur ce sujet, Frédéric Mitterrand a joué les bons soldats : « Oui à la dévolution voulue par le gouvernement, oui à l’activation locale lorsqu’elle peut donner à ces monuments et à ces lieux une vie nouvelle pour le bien de tous. » Des arguments qui n’ont guère convaincu les députés présents. Plusieurs amendements au texte ont été déposés par la commission des affaires culturelles, dont l’un de suppression pure et simple de la part de Marcel Rogemont (SRC). Ils devaient être discutés lors du vote du budget en séance, le 12 novembre. « Au détour de la loi de finances, on change radicalement les données », déplore Marcel Rogemont qui réclame l’ouverture d’un vrai débat sur cet article, mais aussi une étude d’impact pour le Centre des monuments nationaux (CMN). Car il ne fait nul doute que les seuls monuments qui intéresseront les collectivités, déjà étranglées par les transferts et la réforme de la taxe professionnelle, sont les plus rentables. Isabelle Lemesle, présidente du CMN, s’inquiète, elle, pour l’avenir de son institution : « Le système de péréquation entre les monuments sur lequel repose le CMN, qui s’autofinance à 85 %, risque d’être mis en péril par cette nouvelle vague de décentralisation. Car, sur les 96 monuments que nous gérons, 6 sont bénéficiaires en fonctionnement et nous permettent d’ouvrir les autres au public. » Les conséquences économiques de l’opération sont peu évidentes. La première vague de décentralisation avait eu un coût significatif pour l’État, qui a dû compenser par une subvention la perte de recettes pour le CMN, mais aussi financer, souvent à hauteur de 50 %, les travaux menés sur ces monuments décentralisés. Marcel Rogemont y voit aussi un autre risque, pour les élus cette fois-ci : « Face à un monument appartenant à l’État qui serait en situation de péril, la population risque d’exiger des collectivités qu’elles en demandent le transfert pour en assurer la sauvegarde puisqu’elles en auront désormais le droit. » Autant de questions dont Matignon a tenté de faire l’économie.

Source : Le Journal des Arts, n°313, 13/11/09

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Une convention Culture et Tourisme très attendue

Albi-illustrationFrédéric MITTERRAND, ministre de la Culture et de la Communication, et Hervé NOVELLI, secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises, du Tourisme, des Services et de la Consommation, ont donné le 6 novembre le coup d’envoi d’une nouvelle politique visant à développer le potentiel économique et touristique du patrimoine culturel français.

La culture de la France, par son histoire, son art de vivre, son patrimoine est une source d’attractivité exceptionnelle. En effet, grâce à ses musées, ses monuments, ses festivals, ses évènements culturels, le tourisme culturel tient une place particulière en France, tant dans l’activité économique que dans le rayonnement de notre pays. Ils drainent chaque année des millions de visiteurs français et étrangers. Face à un intérêt croissant de visiteurs venant du monde entier, Frédéric Mitterrand et Hervé Novelli ont voulu engager une action commune et concrète pour répondre à cette attente. Ainsi, ils ont signé, le 6 novembre, une convention cadre « culture-tourisme » qui fixe un objectif prioritaire : favoriser l’innovation et les pratiques de valorisation touristique portant sur le patrimoine monumental, en encourageant des opérations pouvant conduire dans le respect de la conservation de ce patrimoine à la création d’activités touristiques d’affaires, d’hébergement ou de création d’évènements dans les sites.

Le ministère de la culture et de la communication proposera une liste de sites placés sous sa responsabilité ou celle de ses établissements publics, dans lesquels l’expérimentation de la valorisation des lieux par l’installation d’une activité économique (restauration, hôtellerie, séminaires, etc.) lui apparaîtra envisageable au regard de leur qualité et de leur conservation patrimoniales. Il appartiendra à Atout France, l’agence de développement touristique de la France, d’engager avec les responsables des sites concernés, les contacts nécessaires à la mise en place de cette expérimentation.

Les autres objectifs consistent à :

  • œuvrer conjointement au développement de grands projets événementiels, en conjuguant leurs efforts pour favoriser le développement d’événements susceptibles de donner de l’ampleur aux politiques touristiques et culturelles des territoires.
  • élaborer un outil partagé pour la connaissance de la fréquentation touristique des sites et évènements culturels, en mobilisant leurs moyens financiers pour continuer le travail d’amélioration de la connaissance et de la diffusion des fréquentations touristiques des lieux culturels,
  • promouvoir le tourisme culturel auprès des clientèles françaises et internationales qui, pour ces dernières affirment à plus de 50% établir leur choix de séjours en France sur la découverte du patrimoine culturel,
  • développer la marque « Qualité-Tourisme », en valorisant cette démarche qualité participant à l’amélioration de l’accueil et la satisfaction des visiteurs, en la faisant connaître à tous les organismes et établissements publics en charge de lieux de visite culturelle dont le Ministère de la Culture et de la Communication a la tutelle,
  • promouvoir la politique « culture et handicap », en amplifiant leur collaboration afin de généraliser et de mettre en valeur la mise en accessibilité du patrimoine et de l’expression culturelle qui contribuent à l’attrait de l’offre touristique française,
  • renforcer le lien entre tourisme et cinéma, en mobilisant les énergies en liaison avec les collectivités territoriales afin de favoriser le tournage de grandes productions internationales en France,
  • valoriser les itinéraires culturels européens comme vecteur de tourisme responsable, en soutenant le développement en France des « Itinéraires culturels européens » comme exemples d’un véritable tourisme culturel durable et réservant des moyens financiers spécifiques à leur développement,
  • œuvrer conjointement au niveau européen et international, en s’appuyant sur la charte pour le tourisme culturel de l’Unesco et la convention pour la promotion et la protection de la diversité des expressions culturelles pour promouvoir un modèle de tourisme appuyé sur des valeurs humanistes partagées , avec une attention particulière aux projets qui seront développés dans le cadre de « l’union pour la méditerranée ».

La convention cadre « culture-tourisme » concrétise la collaboration entre les services du ministère de la Culture et de la Communication, et du secrétariat d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises, du Tourisme, des Services et de la Consommation et donne le coup d’envoi d’une nouvelle et ambitieuse politique de tourisme culturel.

Le texte de la convention

Source : portail du ministère de l’Economie et de l’Emploi.

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L’interview que (ne) nous a (pas) accordée Frédéric Mitterrand

DidierRyknerDidier Rykner de La Tribune de l’Art nous fait l’amitié de nous autoriser à diffuser dans son intégralité une interview un peu particulière de Frédéric Mitterrand. Il s’agit d’une interview qui n’a pas encore eu lieu mais qui a le mérite de poser des questions qui témoignent des préoccupations et des menaces qui pèsent aujourd’hui et plus que jamais sur le patrimoine, au moment où le tout récent ministre de la culture tente de retrouver un peu de sérénité après une rentrée pour le moins agitée, rentrée qui n’aura servi ni la politique culturelle, ni le ministère.

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Nous avons salué en son temps la nomination de Frédéric Mitterrand (voir brève du 23/6/09). Momus aussi, dont on connaît la dent dure et l’absence de compromission. Nous sommes d’ailleurs en complet accord avec l’éditorial que l’association vient de consacrer à ce sujet.
 Le ministre travaille beaucoup, comme en témoigne l’emploi du temps que son service de presse nous envoie toutes les semaines. On l’a cependant fort peu entendu sur le patrimoine et les musées. Depuis sa nomination, nous avons à plusieurs reprises cherché à l’interviewer. Il fallait attendre. Attendre la rentrée puisqu’il devait prendre connaissance des dossiers. Attendre la présentation du budget puisqu’il devait savoir de quels moyens il disposerait.
 Le budget est venu, un budget plutôt sérieux et où le patrimoine est mieux pris en compte que d’habitude. Mais l’interview, elle, est repoussée à une date non précisée. Pas pour l’instant nous est-il répondu. Nous ne sommes d’ailleurs pas seuls dans ce cas, tout entretien demandé par les grands médias, dès lors qu’il ne s’agit pas de généralités ou de la loi Hadopi est également systématiquement refusé. Or, nous avons beaucoup de questions pour le ministre tant les problèmes sont nombreux et urgents. S’il ne veut pas, pour le moment, s’exprimer, nous pouvons toujours les lui poser. Nous sommes à sa disposition pour publier ses réponses, le jour où il acceptera de s’exprimer devant les 6000 visiteurs quotidiens de La Tribune de l’Art.

Vous avez créé une commission chargée de se prononcer sur la suppression de l’avis conforme des ABF dans les ZPPAUP (voir article). Quelle est votre opinion à ce sujet ? Partagez-vous l’opinion du sénateur Yves Dauge, et de beaucoup d’observateurs et de parlementaires, que des intérêts particuliers avaient prévalu (il citait le cas de la ZPPAUP de Provins) ?

Les éoliennes se multiplient de manière anarchique dans le pays, menaçant de nombreux paysages et monuments historiques, jusqu’au Mont-Saint-Michel. Quelle est votre position sur ce sujet et que comptez-vous faire ?

Grâce au plan de relance, on se rapprochera en 2010 du budget minimum nécessaire pour la restauration des monuments historiques (400 millions d’euros). Qu’allez-vous faire pour pérenniser ces ressources avec lesquelles on a joué au yoyo depuis quelques années ? Où en est-on de l’idée d’un loto consacré au patrimoine, ou d’une taxe sur les jeux existants ?

L’Etat, dans une course désespérée à l’argent, se sépare de nombreux bâtiments classés ou inscrits monuments historiques. L’un des cas les plus graves et les plus emblématiques est l’Hôtel de la Marine (voir article) pour lequel il est prévu un bail emphytéotique et dont on ne sait pas ce que deviendra le mobilier qu’il renferme. Quelle est votre position à ce sujet ?

Beaucoup d’églises de petites communes ne sont plus entretenues et certaines sont menacées de démolition (voir article). Que comptez-vous faire pour aider le patrimoine non protégé ?

L’argent n’est pas tout : si certains chantiers menés par les monuments historiques sont de belles réussites (citons récemment la cour vitrée de l’Ecole des Beaux-Arts à laquelle nous allons consacrer un article), d’autres sont très critiquées par les historiens de l’art : rénovation trop poussée (château des ducs de Bretagne à Nantes), restitutions hasardeuses (Versailles), voire pire (Quartier Henri IV à Fontainebleau - voir article) . Quelle est votre position à ce sujet ? Les contrôles sont-ils suffisants ? Le ministère de la Culture ne devrait-il pas engager un grand débat à ce sujet ?

Pour l’Hôtel Lambert, la justice a tranché une première fois. Pourquoi le ministère de la Culture s’acharne-t-il alors qu’on se trouve assez proche d’une solution de compromis (voir éditorial) ? Y-a-t-il une honte à discuter avec les historiens de l’art et à négocier avec les associations de protection du patrimoine ? Ne peut-on sortir de ce dossier par le haut ?

Le Palais de la Porte Dorée va être affublé l’année prochaine d’une construction de Tadashi Kawamata qui va dénaturer sa façade et cacher une partie des sculptures d’Alfred Janniot (voir brève du 4/10/09). Pourtant, ce monument est entièrement classé. A quoi sert une telle protection, et à quoi sert la Commission nationale des monuments historiques lorsqu’elle autorise ce type de vandalisme ? Quelle est votre opinion à ce sujet, sachant que les promoteurs de ce projet ont fait croire qu’il était temporaire, alors qu’il était en réalité pérenne ?

La Tribune de l’Art a dénoncé une action de vandalisme d’une mairie (à Wintzenheim) sur un monument inscrit (la chapelle Herzog) et a démontré que les règlements n’avaient pas été respectés (voir article). Pourquoi le ministère de la Culture (via la DRAC) ne prend-il aucune sanction et ne porte-t-il pas plainte dans un cas comme celui-ci (voir article) ? Y-a-t-il une impunité des élus lorsqu’il ne respectent pas le patrimoine ?

La législation de l’affichage publicitaire à proximité des monuments historiques n’est pas respecté dans de très nombreuses villes, dont Paris ? Les préfets ferment les yeux. Comptez-vous agir pour faire simplement respecter la loi dans ce domaine ?

Plus globalement, trouvez-vous normal que les défenseurs du patrimoine aient le sentiment que le plus grand adversaire du patrimoine est l’Etat et les collectivités locales ? Soit directement, soit par laisser-faire ?

La Direction des Musées de France et la Direction du Patrimoine vont être regroupées en une seule direction, suite à la réorganisation du ministère dont vous n’êtes pas à l’origine, mais que vous avez approuvée. Comment comptez-vous donner de véritables moyens d’action à cette nouvelle Direction ?

L’Agence France-Muséums, chargée du Louvre Abou-Dhabi et composée de conservateurs français sous la direction du président du Musée du Louvre, achète des œuvres pour un musée étranger, parfois contre l’intérêt des musées français (tentative d’achat d’un tableau de Géricault qui pouvait intéresser le musée de Lyon - voir brève du 3/4/09, achat d’une fibule wisigothique que le Louvre avait longtemps souhaité acheter – voir brève du 8/6/09- …). Trouvez-vous cela normal ?

Le ministère de la Culture revendique un fragment du Jubé de la Cathédrale de Chartres appartenant à un antiquaire parisien (voir article). Cet objet avait disparu depuis la Révolution. Soit l’Etat perd et l’objet est définitivement perdu pour la France, soit l’Etat gagne, et l’on imagine les conséquences sur les pour les musées dont les collections se sont en partie constituées sur les confiscations révolutionnaires. Vous n’êtes pas responsable de cette action qui a été entamée avant votre arrivée. Quelle est votre position à ce sujet ? Ne serait-il pas plus prudent – et surtout plus juste – de retirer cette demande ?

Les musées de province ont un budget d’acquisition très réduit et les œuvres d’art importantes continuent à sortir de France. L’Etat ne pourrait-il pas être plus généreux envers ces musées de province ? Tous les chefs-d’œuvre doivent-ils finir dans les musées parisiens ?

Les procédures d’acquisition sont très longues et il n’est pas possible pour les musées d’acquérir rapidement une œuvre réapparue et passant aux enchères. Ne faudrait-il pas prévoir un fonds de roulement qui permettrait d’acheter rapidement pour les musées ?

La Tribune de l’Art a démontré, dans une longue enquête (voir article), que les dépôts des musées nationaux hors des musées, dans des bâtiments officiels, étaient illégaux et nombreux. Comment le ministère de la Culture peut-il accepter une telle situation. La loi n’est-elle valable que pour les particuliers ?

Propos (non) recueillis par Didier Rykner

© La Tribune de l’Art

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Museum’s Blog

CollectionsSignalons la récente création d’un nouveau blog dans le domaine du patrimoine et des musées intitulé « Museum’s Blog ». Conçu comme une plate-forme d’échanges sur les nouveaux processus organisationnels des institutions muséales, le blog présente les grandes lignes d’une méthode d’audit conçue en 2007 qui a déjà fait ses preuves et qui permet de dynamiser le fonctionnement et les missions des musées. Pour celles et ceux qui connaissent déjà le contenu original de son approche, on prend immédiatement conscience de son utilité, surtout lorsqu’on songe aux difficultés rencontrées par les professionnels des musées dans leurs missions scientifique et culturelle. Cette méthode ne se contente pas d’une mise à plat, d’une stigmatisation des besoins et des manques pour ensuite recommander de manière passive (ou dynamique) des axes de progrès comme on peut classiquement le voir. Non, il s’agit là d’une expertise métiers qui n’hésite pas à aller au fond des choses pour accompagner le changement une fois ses véritables conditions créées. Le changement est en effet trop souvent et uniquement perçu comme sectoriel, descendant ou transversal et donc déshumanisé, désincarné voire préprogrammé. Rien de cela ici, bien au contraire.

Si on voit de plus en plus apparaître de nouvelles approches, c’est que quelque part le malaise est grand dans les institutions muséales, en particulier en France où cela ne date pas d’hier. En effet, la partie émergée de l’iceberg est celle d’un patrimoine à l’attractivité et à la valeur exceptionnelles que la planète nous envie, d’un fonctionnement rodé, solidement ancré dans sa dimension institutionnelle, une profusion savoir-faire et de dynamiques fantastiques. Mais tout cela étouffe peu à peu de ne pouvoir totalement accomplir les principes malruciens faute d’avoir pris en compte le moment venu les changements de paradigmes. Les enjeux ont en effet considérablement muté et il faut saluer les établissements qui ont eu le courage d’expérimenter cette méthode. Espérons qu’il y en aura pléthores car l’enjeu est de taille. Concilier l’offre et la demande sans abandonner la politique de l’offre à la faveur de la politique de la demande n’est pas une mince affaire et caractérise un dilemme qui n’est pas insurmontable. On peut en effet gérer, préserver et valoriser un patrimoine et des collections tout en prenant en compte le visiteur, ses attentes, ses pratiques, ce qu’il véhicule ce qu’il rend possible. C’est au fond tout l’enjeu des musées d’aujourd’hui et de demain.

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PSC : méthodes et études de cas

ocim-logoLe n°124 de La lettre de l’Ocim paru cet été est une publication utile pour mieux appréhender les problématiques liées au PSC (Projet Scientifique et Culturel) et mérite qu’on s’y attarde quelques instants.
L’éditorial rappelle le caractère obsédant, pour les conservateurs et leurs équipes, du PSC et évoque les journées d’étude sur La notion de projet dans les musées, organisées par l’Institut Denis Diderot, les 4 et 5 décembre dernier, à Dijon (Côte d’Or) dont ce dossier est en quelques sortes le prolongement. 
Établir un document d’orientation est devenu une étape essentielle pour la conduite d’une politique d’établissement où la question des publics est essentielle.

Depuis le début des années 90, et pour pallier ce qui était souvent une absence de projet, la Direction des musées de France a mis en place une méthodologie dans le monde des musées : écrire son projet culturel et scientifique (PCS) ou scientifique et culturel (PSC) est un passage obligé pour un site.

Un premier article rappelle l’histoire et la définition du PSC conçu par la Direction des musées de France dans le contexte de développement que les musées ont connu dans les années 1980-1990. Cet outil de réflexion permet l’élaboration d’un projet global ou sélectif fondée sur un état des lieux exhaustif et la détermination d’objectifs stratégiques. Un recul de près de vingt ans permet actuellement de mieux apprécier son utilité. Les articles suivants explorent, à partir d’exemples concrets, des considérations sur les avantages et inconvénients de ce document d’orientation maintenant indispensable et aussi le sens qui s’en dégage.
Au sommaire :

  • Le projet scientifique et culturel a-t-il de l’avenir ?
  • Le projet de musée : inutile pensum ou outil salvateur ?
  • De la domination et de la soumission : la sujétion du musée à l’autorité de l’État ;
  • Projet de développement d’un équipement : le Document d’Orientation ;
  • Un PSC à l’épreuve de la rénovation : accomplissement et dépassement ;
  • Pratiques et enjeux du PSC au sein d’une conservation départementale ;
  • Une histoire de la Préhistoire pour une nouvelle lecture des collections archéologiques ;
  • Musée municipal d’Hyères : quel PSC au regard des collections ?

Source : ministère de la Culture et de la Communication / Office de coopération et d’information muséographiques (www.ocim.fr/ )

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Musées futurs, futur des musées / 1

SIMESITEMFIMFVous vous souvenez peut-être que cette année s’est tenu en marge du SIMESITEM, le premier Forum International des Musées Futurs, au Carrousel du Louvre du 27 au 29 janvier 2009. Ce rendez-vous jusqu’alors incontournable des professionnels du secteur culturel, des équipements culturels et plus particulièrement des musées, a proposé pour cette édition 2009 une formule combinant le SITEM traditionnel à ce nouvel événement. Le programme du FIMF était alléchant puisqu’il s’agissait d’échanger et de débattre sur les besoins futurs de cinq grands projets de nouveaux musées : le Centre Pompidou à Metz, Confluences à Lyon, Le Louvre-Lens, le Mucem de Marseille et le musée Soulages à Rodez.

Ce fut une déception et ce pour plusieurs raisons. D’abord deux raisons purement factuelles : le prix faramineux pour accéder au FIMF et la très faible fréquentation qui a contraint les organisateurs à laisser l’entrée libre au second jour. Mais Il faut dire aussi que la grève générale du 29 janvier aura sûrement créé des difficultés par anticipation et cela n’a certes pas arrangé les choses.

Dans la mesure où le public cible est avant tout professionnel, le coût d’accès à un tel événement aurait dû être contrebalancé par une réelle utilité à découvrir en profondeur ces projets au regard des réalités et des évolutions du secteur. Ces derniers étant déjà connus et ayant déjà fait l’objet d’annonces, de reportages et de communications, le faible nombre de participants a créé une frustration qui fut bien difficile à occulter : peu de densité dans les débats, peu de rencontres.

Deux raisons de fond viennent également selon nous s’ajouter à ce bilan en demi-teinte.

La première est que les projets de musées présentés comme les musées futurs constituent un panel trop petit qui n’a pas été élargi pendant les conférences et les débats. Le Forum aurait pu traiter les positionnements, les politiques des publics et des collections, les modèles économiques, les stratégies de marketing et de fidélisation, la place des TIC et du multimédia, de la soutenabilité, des ressources locales, des formes de gouvenances, des partenariats, des recettes annexes, des relations au territoire et aux autres secteurs contributeurs…ne serait-ce qu’à titre comparatif, d’une bonne vingtaine de projets témoins emblématiques de l’avenir des musées dans le monde.

La seconde est que le thème « les musées futurs » constitue également une intéressante manière d’interroger le futur des musées, d’autant que, comme nous le rappellerons dans le deuxième volet à venir de ce post, les musées futurs ne sont pas que des gestes architecturaux futuristes, modernes ou contemporains, loin de là. Mais ce futur ne fut pas débattu. En tout cas nous pouvons espérer que la seconde édition du FIMF annoncée du 26 au 28 janvier 2010, avec le SimeSitem, également au Carrousel du Louvre à Paris, sera l’occasion d’aller plus en profondeur sur un sujet qui est hautement stratégique : « A la recherche des publics » et son sous-titre,  « culture en ville et attrait touristique ». Avec un tel sujet, on ne peut que vouloir en être.

Heureusement, Batiactu a proposé quelques compléments le 18 août dernier, interrogeant Jean-François Grunfeld, le commissaire du Forum. On y apprend que les rencontres ont permis de dégager plusieurs tendances : ces institutions ont un véritable impact sur le développement local que ce soit sur le plan économique que sur l’attraction et la valorisation d’une ville, d’une région… «Mais cela peut dépasser le simple plan territorial puisqu’aujourd’hui les musées visent l’échelle nationale voire internationale», explique Jean-François Grunfeld, commissaire du Forum.

Ce constat se confirme un peu partout dans le monde. Que ce soit le musée du Louvre d’Abou Dhabi, le Guggenheim de Vilnius en Lituanie… Tous veulent se distinguer et tirer leur épingle du jeu. Pour cela, ils n’hésitent pas à faire appel à ceux que l’on surnomme les «Starchitectes» pour imaginer leur enveloppe. «Chacun de ces musées cherchent à s’exprimer et à se démarquer autant, si ce n’est pas plus, par leur architecture que par leurs collections», précise le commissaire du Forum.

Batiactu rappelle que si ce phénomène n’est pas nouveau, il a tendance à s’accélérer ces derniers temps, notamment avec les projets fous du Moyen-Orient.

Toutefois, les clés de la réussite d’un musée restent les mêmes avec, en tête de liste, «une belle collection et la capacité de ses responsables à la faire vivre», tient à rappeler Jean-François Grunfeld. Mais qu’en est-il alors de l’avenir des musées ?

Si la gratuité pour les moins de 26 ans vient d’être annoncée par le gouvernement français, pour Jean-François Grunfeld, cette mesure doit faire partie d’un programme complet.

Concernant l’évolution physique des bâtiments, l’informatique qui a envahi les salles depuis plusieurs années déjà, a transformé le visage des musées. Images, écrans, interactivité font désormais partie intégrante des sites. Autre grand changement : les services au public. Boutiques, restaurants, librairies… se multiplient dans les enceintes culturelles. «Aujourd’hui, l’obsession des musées, c’est de savoir comment augmenter, séduire et garder le public. C’est pourquoi ils doivent être en permanence en capacité de production. On est entré dans ce que l’on appelle l’économie culturelle», conclut Jean-François Grunfeld.

L’entretien s’arrête là et nous laisse vraiment sur notre faim (pour ceux qui connaissent Jean-François Grunfeld, on aurait pu s’attendre à ce qu’il soit plus prolixe).

Batiactu termine son dossier en présentant avec une série de dix musées représentatifs de ces nouvelles tendances, comme suit  :

Louvre_abou-dhabiLouvre Abou Dhabi

L’agence NC Nathalie Crinière a remporté la conception du design du musée du Louvre, qui verra le jour sur une île d’Abou Dhabi en 2012. Dessiné par l’architecte Jean Nouvel, il abritera dans un premier temps des collections prêtées par le Louvre et d’autres musées publics français tels que le Château de Versailles ou le Musée Rodin

Guggenheim_vilniusGuggenheim Vilnius

La fondation Guggenheim a dévoilé le 8 avril 2008 les plans de son septième musée. Il sera édifié sur 13.000 m2 à Vilnius, en Lituanie, d’après les plans de Zaha Hadid.

Yellow_Lost_Dog

The yellow lost dog

The Yellow Lost Dog est une construction en forme de chien signée François Scali, qui abritera le futur musée de la ville Perdue et des cités Englouties de Shanghai.

fondationvuitton

Fondation Vuitton

La Fondation Louis Vuitton, projet présenté le 2 octobre 2006, prendra la forme d’un nuage de verre et s’étendra sur 4.300 mètres carrés. Plus de cinquante maquettes d’études réalisées par l’agence Gehry Partners, pour la première fois rassemblées, racontent la complexité de ce projet. La Fondation mise sur la transparence grâce à des ouvertures sur l’extérieur. Le bâtiment se cale sur l’environnement du bois de Boulogne.

centrepompidoumetz

Centre Pompidou Metz

Architectes : Shigeru Ban Architects associé à Jean de Gastines /Localisation : Metz, France / Désignation : Musée d’art moderne / Maître d’ouvrage : CA2M (Communauté d’agglomération de Metz métropole) / Conception : 2003-2005 / Réalisation : 2006-2008 / Budget : 35,5 millions d’euros

Description : La toiture est un tour de force sculptural. Sa structure est faite de six couches superposées de bois lamellé collé. Elle est ainsi constituée d’une série d’éléments modulaires hexagonaux dont le maillage permet de franchir des portées de 40 mètres et de faire de la toiture un élément autoportant qui repose sur quelques appuis seulement.

L’ensemble de la structure est en train d’être recouvert d’une membrane blanche en fibres de verre et téflon, qui assurera une étanchéité à l’eau.

Kunsthaus Graz

Kunsthaus Graz am Landesmuseum Joanneum

Architecte : Spacelab Cook – Fournier GmbH / Localisation : Graz, Autriche / Désignation : musée d’art contemporain / Maître d’ouvrage: Ville de Graz/Kunsthaus Graz AG / Conception : 2000 / Réalisation : 2002-2003 / Budget : 40 millions d’euros

Description : La Kunsthaus dispose d’une géométrie biomorphique frappante et d’une peau bleue acrylique, établit un contraste délibéré avec le tissu de la ville inscrite au Patrimoine Mondial de l’Unesco.

La nouvelle structure est reliée par deux ponts à la Eiseneshaus, un bâtiment en fonte du 19ème siècle, rénové et transformé pour accueillir la boutique du musée, une médiathèque, l’administration et une galerie photos.

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Musée des Confluences de Lyon

Architecte : Coop Himmelb(l)au / Localisation : Lyon, France / Désignation : Musée de sciences et de sociétés / Maître d’ouvrage : Département du Rhône

Conception : 2001-2002 / Réalisation : 2006-2009 / Budget : 152 millions d’euros

Description : L’idée de lier deux unités architecturales est engendrée par le site de construction, la confluence du Rhône et de la Saône, elle-même lieu de jonction. Zone d’accueil du public, le cristal qui s’élève du côté de la ville a été conçu comme un forum urbain. Sous ses 40 mètres de verrière, il offre à tous un nouveau lieu de rencontres et d’échanges. Le nuage, drapé d’une peau métallique, repose quant à lui sur trois supports de béton appuyés sur le socle. À l’intérieur s’imbriquent les espaces d’expositions, les auditoriums et les locaux administratifs.

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The Corcoran Gallery of Art

Architecte : Franck O. Gehry / Localisation : Washington, Etats-Unis / Désignation : Musée d’art et école d’art / Maître d’ouvrage : The Corcoran Gallery of Art / Conception : 1999-2003 / Réalisation : suspendue / Budget : 170 millions de dollars américains (environ 131,5 millions d’euros)

Description : The Corcoran Gallery of Art est aujourd’hui constitué de bâtiments conçus par Ernest Flagg et Charles Platt, ouverts respectivement en 1897 et 1928. Ces espaces ne pouvant répondre efficacement à l’enrichissement des collections et à l’augmentation du nombre d’étudiants, pour une ultime extension. Un concours international met en avant la création d’une nouvelle entrée qui mène à l’atrium central, point de jonction entre l’ancien et le nouveau bâtiment. Aux galeries de format traditionnel s’ajoutent des espaces plus monumentaux, déployés à l’intérieur des trois volumes spectaculaires qui animent la nouvelle façade. Un second atrium a par ailleurs été construit.

museeyebeam

Eyebeam

Architecte : Diller Scofidio + Renfro / Localisation : New York, Etats-Unis / Désignation : Musée d’art / Maître d’ouvrage : Eyebeam Museum of Art and Technology / Conception : 2001 / Réalisation : suspendue / Budget : 60 millions de dollars américains (environ 46,4 millions d’euros)

Description : La logique spatiale du bâtiment proposé se fonde sur un principe simple : un ruban flexible dessine les niveaux et répartit les différents espaces. Ce ruban ondule d’un côté à l’autre et suit un mouvement ascensionnel au départ de la rue. Le sol devient alors mur, redevient sol puis mur, etc. À chaque changement de direction, le ruban enveloppe alternativement un espace de production ou de présentation. L’union des programmes permet aussi la rencontre des publics, qu’ils soient résidents (étudiants, artistes et services) ou utilisateurs (visiteurs et spectateurs).

A venir, la deuxième partie de ce post.

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BnF : avantage à Google ?

bibliothèque nationale de FranceLe mardi 18 août 2009 pourrait bien marquer un tournant dans la politique patrimoniale française : le quotidien La Tribune affirme en effet que la BnF envisage de s’allier à Google pour la numérisation de son fonds. « Nos négociations avec Google pourraient aboutir d’ici à quelques mois » a déclaré Denis Bruckmann, directeur général adjoint et directeur des collections de la BnF.

Longtemps opposée aux ambitions de Google pour la numérisation de son fonds d’ouvrages, la BnF était montée au front via son président Jean-Noël Jeanneney en 2005. La BnF avait commencé son propre travail de numérisation (livres consultables sur Gallica) et lancement de la Bibliothèque Numérique Européenne (dont elle est la locomotive) semblait suffisant pour apporter une alternative crédible à Google, sur le plan du financement, sur le plan technique et sur le plan juridique, s’efforçant de préserver l’ensemble de la chaine du livre.

Mais la dure réalité économique de la construction de la BNE, projet porté à bout de bras par l’emblématique président de la BnF ayant quitté ses fonctions en avril 2007, vient nous rappeler la grande vulnérabilité du consensus entre les pays européens qui y ont adhéré, au regard des priorités de leurs finances publiques en matière de culture.

En France, la numérisation du patrimoine est pourtant depuis plus de trois ans une des priorités inscrites dans la feuille de route des locataires de la rue de Valois. La Commission européenne soutient de son côté fortement la numérisation depuis 2004, et de façon plurisectorielle, mais le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle n’a pas encore réussi à faire d’Europeana une alternative à Google Books, en tout cas au-delà du principe parfaitement fondé et légitime de sa création.

La BnF serait donc sur le point de suivre les traces de la Bibliothèque de Lyon, des 29 bibliothèques parmi les plus grandes du monde et des près de 25 000 éditeurs qui font appel à Google depuis 2004. Cette décision a été « motivée par le coût extrêmement élevé de la numérisation des livres ». La Tribune précise que selon les types de format et la qualité de la numérisation, il faut compter entre 12 et 74 centimes par page et le directeur général adjoint de la BnF complète en prenant l’exemple de la seule numérisation des ouvrages de la IIIe République française qui coûterait entre 50 et 80 millions d’euros alors que la BnF dispose d’un budget annuel de numérisation d’environ 5 millions d’euros.

Le coût de la numérisation est un des arguments économiques qui risque de faire voler en éclats tous les beaux discours de politique culturelle et les odes à la diversité culturelle qui ont été faits au lancement d’Europeana, car si nous avons toujours peiné à nous coordonner politiquement, techniquement, financièrement et légalement, Google avance lui avec un modèle économique à la mécanique parfaitement huilée et qui n’a pas son pareil, toujours plus novateur et globalisant, toujours plus en phase avec les besoins de la très grande masse des utilisateurs à l’échelle planétaire. Il est bien trop tard pour continuer à diaboliser Google ou d’autres.

Tant que les crédits à la numérisation sont aussi faibles par rapport aux besoins, nous ne pourront jamais assumer complètement la conception française de la diversité culturelle via le patrimoine numérique comme viable dans la politique culturelle européenne et c’est cette absence de lucidité qui nous différencie fortement des autres pays, du moins en apparence.

Nous ne semblons pas vouloir renoncer aux ambitions légitimes que ce secteur mérite mais nous buttons systématiquement sur les solutions, alors que celles-ci existent tant que le plan du droit français que tu droit communautaire.

Au regard des différentes formes contractuelles possibles pour numériser, il est évident que l’utilisation de ses technologies ne peut se faire sans une forme d’intéressement pour l’entreprise ou l’établissement (privé ou public d’ailleurs) qui numérise, puisque la contribution financière publique est moins importante que le besoin. Il y a un investissement et un risque à prendre en compte par celui qui numérise, risque qui finit toujours par être répercuté ne l’oublions pas. Ce deuil d’une certaine tradition de l’Etat culturel fait, il serait intéressant de se pencher sur les possibilités de qualifier le service rendu de service public (et d’intérêt général pour l’échelon européen). Ceci aurait l’avantage de ne plus avoir à se situer dans des débats sans fin et de nous mettre en capacité de contractualiser sans vider de sa substance le service rendu à la collectivité.

Ainsi, Google ou tout autre opérateur pourrait se voir confier la mission de numériser (et non accessoirement de valoriser), y apporter des investissements, y trouver une contrepartie, contribuer techniquement et financièrement à la mission de service public dans la durée et dans un cadre de contraintes et d’obligations réciproques qui apportent des garanties de part et d’autre.

Ayant parfaitement compris qu’elle n’aurait pas de soutien public financier supplémentaire, la BnF ne commet aucun anathème en changeant de la sorte sa stratégie, si elle trouve la bonne solution contractuelle lui permettant de numériser son fonds, solution où le service public n’est pas vidé de sa substance. Nous possédons tout l’attirail juridique et les compétences techniques pour renforcer la mission de service public, nous avons trop tendance à l’oublier.

Dans ces conditions, l’objet du problème devient très différent : quelles garanties et quelles capacités le service public culturel peut-il fournir ? Il est en effet vital qu’il ne s’agisse pas d’une pure et simple externalisation de prestation de service.

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Le patrimoine, victime du Grenelle ?

patrimoineC’est fait, depuis le 23 juillet, l’avis des Architectes des Bâtiments de France sur les permis de construire à l’intérieur des zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysagé (Zppaup) n’est plus que consultatif. Comme nous le rappelait récemment Evelyne Lehalle, on ne peut qu’être circonspect face à la dilution des réformes relevant de la compétence du ministère de la culture et de la communication dans d’autres grands projets de réformes dont il est absent, pour ne pas dire qu’il semble écarté.

Cette mesure a été adoptée jeudi dans le cadre de la loi Grenelle 1. L’Assemblée Nationale et le Sénat, opposées depuis un moment sur le sujet, s’étaient finalement mis d’accord la veille en commission mixte paritaire. Cette mesure supprime l’obligation d’un avis “conforme” et va continuer de soulever le tollé dans les milieux du patrimoine comme c’est déjà le cas depuis son annonce.

La censure du texte pour un vice de forme par le Conseil constitutionnel le 12 février après un premier vote n’avait pas rassuré pour autant et l’accélération du rythme imposé par l’Elysée sur le travail de la session parlementaire a eu raison de tout débat construit et crédible sur cette question dont l’enjeu est considérable sur de nombreux plans. On peut d’ailleurs s’interroger sur la nature des débats qui ont permis de décider qui est plus à même qu’un ABF de juger de l’intérêt de détruire, de préserver, de maintenir, de réhabiliter et de revaloriser le patrimoine ? Rappelons que l’avis conforme est l’outil essentiel à la mission de l’architecte des bâtiments de France et le fondement de son autorité. Sans l’avis conforme, l’architecte des bâtiments de France n’est plus rien : c’est le seul moyen dont il dispose pour faire respecter ses prescriptions.

En janvier dernier Christine Albanel a déclarré qu’elle “prend acte” de la décision au moment du premier vote et a insisté sur le fait que “cette mesure ne doit pas s’analyser comme l’abandon d’une prérogative de l’Etat dans le domaine du patrimoine mais qu’elle correspond à la volonté de moderniser les procédures”. Difficile de l’analyser autrement malgré tout. On peut se demander pourquoi ce n’est pas le ministère de la culture qui donne son avis, qui propose des solutions et qui tranche (ou aide à trancher) lorsque c’est le plan de relance qui décide ? A situation exceptionnelle mesures exceptionnelles dira-t-on. Il n’y a qu’un pas pour considérer l’état d’exception… Relisons Agamben attentivement et interrogeons-nous en même temps sur la place du ministère de la culture dans notre République lorsqu’on envisage depuis le mois dernier un secrétariat d’Etat à la culture et un secrétariat d’Etat à la communication.

Rappelons que depuis 1983 près de 500 Zppaup ont été créées et qu’elles elles visent à protéger les villes et villages particulièrement riches sur le plan patrimonial contre les dérives en matière de construction. Les maires, les préfets mais aussi le BTP, ont donc désormais les mains libres car la conformité d’un avis signifiait que le maire est obligé de le respecter, à moins de le contester au niveau du Préfet de région. Après l’archéologie préventive, c’est donc un autre pan de la politique du patrimoine qui est fortement diminué.

Il n’est pas certain que le patrimoine sorte perdant au final mais c’est un changement de paradigme qui est en train de s’opérer. N’est-ce pas au fond l’objet de toute vraie réforme ?

Le patrimoine est notre locomotive touristique et notre fer de lance culturel, notre avantage concurrentiel dont le coût de sauvegarde, de réhabilitation et de maintient atteint des niveaux astronomiques. Les quelques 100 millions supplémentaires du plan du relance sont une goutte d’eau qui témoigne à peine de l’urgence de la situation.

Quelles garanties pratiques cet avis consultatif va-t-il apporter ? Faut-il attendre le décret pour s’interroger sur ses modalités d’application pour revoir les choses en profondeur avec les architectes des bâtiments de France mais aussi avec l’ensemble de la filière du patrimoine ? N’oublions pas non plus que ce passage de témoin aux collectivités est une des plus importantes actions liées à la décentralisation. C’est désormais la sagesse des maires qui sera encore un peu plus mise à l’épreuve.

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Patrimoine culturel, désirs de territoires

patrimoineDu 25 au 27 février 2010, se tiendra à Nîmes un rencontre importante, la quatrième édition des Rendez-vous de Géographie culturel, Ethnologie et Etudes culturelles en Languedoc-Roussillon. Le thème de cette édition est on ne peut plus d’actualité : « Patrimoine culturel et désirs de territoires : vers quels développements ? » et la problématique est posée de la façon suivante :

Le patrimoine culturel rencontre aujourd’hui une diversité d’attentes concernant le développement des territoires : volontés de valoriser le patrimoine et désirs de territoires ouvrent sur des questions humaines, sociales, politiques, sur de nouvelles formes de contestation de l’économie de marché, sur des remises en question de notre rapport à l’environnement. La diversité des formes et des usages de la notion de patrimoine pose ainsi la question de son ambiguïté croissante, à l’heure où la notion de développement elle-même rencontre les problématiques de la durabilité et de la pluridisciplinarité. Ces évolutions font voir le patrimoine culturel de manière différente : elles invitent à interroger les dynamiques plurielles qui l’organisent, à comparer ses usages à l’échelle internationale, à étudier concrètement les revendications patrimoniales à l’échelle des différents territoires.

Les travaux sur le patrimoine culturel se sont multipliés depuis quelques années, alors même que l’usage de la notion s’étendait et qu’elle était appliquée à des réalités de plus en plus variées. Le champ de définition du patrimoine s’est en conséquence ouvert, conduisant les plus pragmatiques des analystes à défendre l’idée selon laquelle « est patrimoine ce qui est défini comme tel par un collectif d’acteurs sociaux donné ». Pourtant, en dépit même des nombreux efforts mis en œuvre pour penser le patrimoine culturel dans une perspective pluridisciplinaire, la division de l’espace académique français a conduit le plus souvent à penser le patrimoine au prisme des intérêts des différentes disciplines concernées par son analyse. En France, historiens (Nora, Choay, Poulot), sociologues (Micoud, Lamy), ethnologues (Fabre, Bromberger, Rautenberg), sociolinguistes (Blanchet), sémiologues (Davallon), géographes (Di Méo, Gravari-Barbas, Veschambre), économistes (Greffe) ont, chacun à leur manière, éclairé le patrimoine en fonction de leurs références et de leurs habitus disciplinaires respectifs. De cette manière, le patrimoine a été le plus souvent ramené à des grilles de compréhension conceptuelles qui ont permis de caractériser le fait patrimonial en fonction des différents concepts préalablement forgés au sein des disciplines académiques : le patrimoine se rapporte ainsi assez spontanément à des enjeux de mémoire et de manipulation du passé pour les historiens, à des jeux d’acteurs pour les sociologues, à des manières de construire des identités collectives ou aux problématiques de la transmission culturelle pour les ethnologues, à des processus de construction du sens pour les sémiologues, à des processus de valorisation sociaux ou discursifs pour les sociolinguistes, à des façons d’aménager  les territoires, à des modalités de l’action publique territoriale ou à des processus d’appropriation de l’espace pour les géographes, et à une source potentielle de profit et d’emplois pour les économistes.

Plus récemment et de façon plus transversale, les approches postmodernes de différentes disciplines ont développé à partir d’un positionnement proche des sémiologues des réflexions qui conduisent à mettre en relation les processus de patrimonialisation, la virtualisation du temps et le besoin de se situer par rapport à un éternel présent. Cette hypertrophie du champ des travaux liés au patrimoine rend plus que jamais nécessaire une réflexion qui associe la pensée théorique des disciplines académiques et la pensée opérationnelle des décideurs et des professionnels.

De plus, pour paraphraser le dicton populaire, chacun voit le patrimoine à sa porte, et le patrimoine devient ainsi de plus en plus souvent une sorte d’excuse intellectuelle pour faire fonctionner dans une perspective heuristique les concepts de base des différentes disciplines concernées par son analyse. Il est ainsi important de consolider la compréhension de la notion du patrimoine pour dire ce que fait vraiment le patrimoine sur le terrain et pourquoi la notion connaît tant de succès auprès de différentes catégories d’acteurs sociaux, en dépit même de ses détracteurs et des critiques formulées à son encontre. Comment, pourquoi, avec quels outils les acteurs se saisissent-ils du patrimoine ou agissent au nom du patrimoine pour en tirer un profit en termes de développement ? Comment ce qui est appelé, reconnu, revendiqué comme patrimoine est-il instrumentalisé à des fins de développement ?

Répondre à ces questions suppose d’interroger la notion de patrimoine culturel, devenue banale dans les politiques publiques. Il s’agira d’en souligner les ambiguïtés, d’évoquer et de comprendre ses succès et ses illusions, de questionner les conditions et le(s) moment(s) de son émergence dans différents champs (les politiques publiques, les sciences sociales), d’en répertorier les manifestations dans les pratiques sociales, afin de cerner le flou qui l’entoure.

Le thème de réflexion central du colloque concernera les évolutions et les développements possibles de la notion de patrimoine culturel : comment le patrimoine suscite-t-il de nouveaux débats sociaux et politiques sur différents territoires ? En quoi cristallise-t-il des désirs de changement en termes humains, ou concernant le rapport à l’économique, le rapport à l’environnement ? Pourquoi la référence au patrimoine reste-t-elle si efficace dans le discours public malgré les risques d’instrumentalisation et de standardisation, de réification du vivant, de passéisme ? Il s’agira ici de réexaminer les approches existantes du patrimoine culturel, dans une perspective à la fois critique et opérationnelle, dans la confrontation des points de vue des chercheurs et des professionnels du patrimoine.

Pour ce faire, le colloque entend se servir des outils de la géographie, de l’économie, de l’ethnologie, de l’analyse culturelle et de l’ensemble des disciplines intéressées à cette notion de patrimoine, en privilégiant l’idée pragmatique d’un patrimoine culturel constitué par l’ensemble des pratiques et des représentations d’un groupe humain donné. Dans cette perspective, il ne s’agit pas de faire correspondre le fait patrimonial aux exigences théoriques et conceptuelles préalables des disciplines universitaires, mais bien de montrer que les disciplines universitaires peuvent éclairer concrètement le réel afin de comprendre les mutations sociales et culturelles en cours. Le caractère interdisciplinaire du colloque permettra de tracer des perspectives qui dépassent les frontières et de proposer des balisages communs. Une partie importante du colloque pourra être consacrée à des études de cas concernant le patrimoine culturel dans différents pays. Les comparaisons s’intéresseront aux débats en cours concernant les manières de valoriser le patrimoine culturel, ainsi qu’aux terminologies et aux paradigmes utilisés pour désigner le patrimoine culturel à l’échelle de l’Europe ou au-delà (cultural heritage, beni culturale, Erbe, culturarv, politistikē klēronomia, dziedzictwo kulturowe, örökség, nasledstvo, etc.). Le colloque proposera aussi des regroupements thématiques, voire même autour d’objets communs, considérés comme patrimoniaux par les différents groupes culturels, sociaux ou autres (musiques, fêtes et festivals, rituels, pratiques physiques, expressions orales, arts et savoir-faire, architecture, techniques, cuisine, culture matérielle, etc.) et balisés par plusieurs communications d’horizons variés.

Des communications sont attendues de la part des chercheurs comme des acteurs du patrimoine, sous forme d’analyses qui problématiseront précisément la relation entre patrimoine culturel, désirs de territoires et modes de développement. Il s’agira de mieux comprendre comment le sens du patrimoine coïncide avec l’émergence de nouveaux espaces sociaux et répond aux impératifs collectifs contemporains de recherche de lien social, de bien-être et de tranquillité sociale. Il faudra caractériser les relations entre patrimoine culturel et gestion du vivant, de manière à saisir ce qui distingue les aspects matériels et immatériels du patrimoine culturel. De même, on pourra se demander comment la notion de développement durable se combine et/ou se surimpose progressivement à celle de patrimoine, comment s’opèrent les transitions de la « patrimonialisation » vers la « durabilité ».

A l’intérieur du thème général ainsi défini, seront privilégiées les propositions qui s’inscriront dans l’un ou l’autre des axes de questionnement suivants :

  1. La question économique : quels sont les indicateurs qui témoignent d’une évolution du patrimoine culturel et de son adaptation à de nouveaux paradigmes ?
  2. La question territoriale : en quoi les références au patrimoine servent-elles le « marketing des lieux », la gestion de l’espace et la construction de nouveaux espaces attractifs dans différentes régions du monde ? Comment se construisent les « patrimoines nomades » et les références imaginaires aux cultures d’origine chez les populations migrantes ?
  3. La question des identités : en quoi le patrimoine culturel favorise-t-il la construction d’identités collectives territorialisées ? Peut-on parler avec la patrimonialisation de risques de standardisation et de globalisation, ou au contraire d’aide au maintien de la diversité culturelle ? Le patrimoine est-il une garantie d’inviolabilité des biens culturels transmis ou une injonction au développement touristique ? En quoi l’assomption patrimoniale contemporaine participe-t-elle de la transformation de la vie quotidienne, de la redéfinition des cadres mentaux et de l’expérience des lieux ? Quels sont les liens entre patrimoine, construction des temporalités et vécu de l’expérience personnelle ?
  4. La question des pratiques : comment le patrimoine se construit-il au croisement des regards des experts et des acteurs sociaux engagés dans la réalisation de performances artistiques et culturelles de différentes natures ? Quelles sont les relations entre la construction d’images et de mondes virtuels, le réel et le patrimoine culturel ? Peut-on parler d’une abstraction croissante du patrimoine ? Tout est-il patrimonialisable ? Le patrimoine est-il devenu un double de la société ?

Comité scientifique :

Jean-Pierre Augustin, professeur de géographie, Bordeaux

Philippe Blanchet, professeur de sociolinguistique, Rennes

Jeremy Boissevain, professeur d’anthropologie sociale, Amsterdam

Jocelyne Bonnet-Carbonell, professeur d’ethnologie, Nîmes

Paul Claval, professeur de géographie, Paris

Jean Davallon, professeur de Sc. Info. Comm., Avignon

Isabelle Garat, maître de conférences en géographie, Nantes

Maria Gravari-Barbas, professeur de géographie, Angers

Xavier Greffe, professeur d’économie, Paris

Mickael Janoschka, chercheur au CSIC, Madrid

Deborah Kapchan, professeur, performance studies, New York University

Joël Lancelot, professeur de géochimie environnementale, Nîmes

Régis Keerle, maître de conférences en géographie, Rennes

Frédéric Leriche, maître de conférences en économie, Toulouse

André Micoud, directeur de recherche au CNRS, Saint-Etienne

Dorothy Noyes, assistant-professor, cultural studies, Ohio State University

Michel Rautenberg, professeur d’ethnologie, Saint-Etienne

Dominique Salini, professeur en arts, Corte

Elodie Valette, chercheur au CIRAD, Montpellier

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Du patrimoine mondial de l’humanité

WhcL’UNESCO a annoncé le 28 juin dernier que 13 nouveaux sites viennent d’être ajoutés à l’inventaire dit du « patrimoine mondial de l’humanité ». Le Comité du patrimoine mondial a aussi inscrit 3 sites sur la Liste du patrimoine en péril en vue d’obtenir un appui international pour leur préservation.

Voici les seize sites :

  • La mer des Wadden (Allemagne-Pays-Bas)
  • Les Dolomites (Italie)
  • Le parc naturel du récif de Tubbataha (extension du Parc marin du récif de Tubbataha, Philippines)
  • Le palais Stoclet (Belgique)
  • Les ruines de Loropéni (Burkina Faso)
  • La Cidade Velha, centre historique de Ribeira Grande (Cap-Vert)
  • Le mont Wutai (Chine), montagne sacrée du bouddhisme
  • La tour d’Hercule (phare datant de l’empire romain en Galice, Espagne)
  • Le système hydraulique historique de Shushtar (Iran)
  • La montagne sacrée de Sulamain-Too (Kirghizistan)
  • La ville sacrée de Caral-Supe (Pérou)
  • Les tombes royales de la dynastie Joseon (République de Corée)
  • Le pont-canal et le canal de Pontcysyllte (Royaume-Uni)
  • La Chaux-de-Fonds/Le Locle, urbanisme horloger (Suisse)
  • De la grande saline de Salins-les-Bains à la saline royale d’Arc-et-Senans, la production du sel ignigène (extension de la Saline royale d’Arc-et-Senans, France)
  • Levoca et les œuvres de Maître Paul à Spis (extension de Spisský Hrad et les monuments culturels associés, Slovaquie)

L’inscription d’un site ou d’un monument à l’inventaire du patrimoine mondial de l’humanité est le résultat d’un long processus d’instruction où les critères de sélections sont draconiens, beaucoup plus draconiens que par le passé dira-t-on.

Il faut ajouter à cela qu’être candidat à l’inscription au patrimoine mondial est un travail qui commence plusieurs années en amont car il faut rassembler tous les témoignages et les données qui légitiment la candidature.

Pour autant, cela ne suffit pas pour être retenu, une bonne candidature est un tout où contenus, stratégie, synergie d’acteurs et prise en compte d’une certaine dimension concurrentielle sont incontournables.

Les aspects de « planification et organisation » sont tout aussi essentiels car non seulement ils augmentent la possibilité de voir le dossier aboutir mais ils permettent aussi d’anticiper plus fortement les risques qui menacent le site en question.

Car il faut aussi savoir qu’un site promu peut être retiré de la liste si ce dernier ne suit pas à la lettre le cahier des charges que suppose l’inscription ou si un projet inscrit se trouve modifié par un élément extérieur non anticipé.

C’est le cas de la vallée de l’Elbe à Dresde en Allemagne. Le Comité du patrimoine mondial a décidé de retirer ce site de la liste du patrimoine mondial, suite à la construction d’un pont à quatre voies au cœur de ce paysage culturel, ce qui signifie que le site n’a pas su conserver la valeur universelle exceptionnelle qui lui avait valu son inscription.

Dresde a été inscrite en tant que paysage culturel en 2004. Le Comité a déclaré que l’Allemagne pourrait proposer à l’avenir une nouvelle demande d’inscription concernant Dresde. Le Comité reconnaît ainsi que des parties du site peuvent être considérées comme ayant une valeur universelle exceptionnelle mais qu’il faudrait le présenter selon d’autres critères et avec d’autres limites géographiques.

Dresde est ainsi le second site retiré de la Liste du patrimoine mondial. Le cas s’est déjà produit en 2007 avec le sanctuaire de l’Oryx arabe (Oman). Il convient toutefois de noter qu’il s’agit d’une procédure très rare, ce qui renforce la gravité de l’impact pour les sites concernés.

Le cas du site pourtant si pittoresque de la vallée de l’Elbe semblait faire l’objet d’un consensus général, du moins au départ. Puis, la Ville de Dresde a décidé la construction du pont malgré un fort mouvement d’opposition parmi la population et les intellectuels du pays, entre autres l’écrivain et prix Nobel Günter Grass. Deux tiers de la municipalité étaient toutefois convaincus de la nécessité de ce pont et aucun compromis n’a été trouvé.

S’il est vrai qu’un paysage et un écosystème modifiés à ce point ne peuvent rester sur la liste du patrimoine mondial, nous devrions nous interroger sur la nécessité de mettre en place des protocoles qui permettent d’éviter cette conséquence négative, en particulier pour les sites classés en péril.

La construction d’un pont n’est pas une décision qui se prend à la légère, cela se prépare de longue date. Le site pressenti pour l’édification était repéré (les premières sources remontent à 1998) et à la suite de l’annonce du projet, les 18km de rives de l’Elbe inscrits avaient été classés en péril en 2006. Ce classement n’a pas suffi à interrompre le processus.

Le cas de Dresde devrait inspirer les méthodes de conception, d’instruction et de suivi de ce type de dossier car le « redécoupage » suggéré par le Comité à l’Allemagne pour le site de Dresde risque de prendre un certain temps, temps qui face à la construction de l’ouvrage risque d’être insuffisant pour préserver le site des nuisances, des pollutions, des dégradations et des destructions. L’intérêt du site, même défiguré par un pont, n’a pas disparu pour autant. Il n’est peut-être pas trop tard.

Plus généralement, on peut aussi se poser la question de l’impact positif d’un ouvrage supplémentaire sur un site, si cet ouvrage apporte une contribution supplémentaire à la préservation et à la valorisation dudit site, surtout si cet ouvrage est un ouvrage d’art. Ce n’est peut-être pas le cas de Dresde mais l’intégration en amont des dossiers qui comportent une problématique d’aménagement ou de restauration pourrait aussi être l’opportunité de concevoir des démarches exemplaires qui soient complémentaires et renforcent plus encore la dimension patrimoniale et environnementale.

N’oublions pas en effet que l’inscription au patrimoine mondial de l’humanité constitue non seulement une importante source de revenus et de fréquentation pour les sites, une valeur ajoutée incontestable pour les territoires, mais aussi la préservation d’une mémoire dont la valeur est considérable et qu’il convient de perpétuer. C’est là toute la noblesse de la mission de l’Unesco et de son Comité du patrimoine mondial.

La France elle compte une trentaine de sites et biens inscrits au patrimoine mondial, ce qui est un atout considérable pour l’image culturelle française et bien entendu son tourisme, par rapport à la plupart des pays du monde qui sont beaucoup moins bien pourvus en sites inscrits.

D’autres sites français préparent leur candidature mais on sent monter l’insatisfaction de certains pays du sud depuis plusieurs années. Ces derniers comprennent en effet de moins en moins la disproportion du nombre de sites par rapport à leur territoire et leur patrimoine. Considérons par exemple que l’Inde n’en possède que 14…

Si dans l’héritage occidental très ethno centré il est admis que la culture et le patrimoine ont constitué un des vecteurs de rayonnement (et de domination), dont il est évident que l’impact fut massif sur le reste de la planète et sur nos échanges, il est en revanche moins aisé de conscientiser le mouvement qui est en marche depuis quelques décennies. Pour certains, il s’agit au minimum d’un rééquilibrage entre le nord et le sud. Néanmoins, de plus en plus nombreux sont les spécialistes qui démontrent et affirment plus frontalement un véritable décrochage de l’occident. Nécessairement l’Unesco doit aussi le prendre en compte mais ne pourrait-on pas convenir que l’enjeu se situe ailleurs ? Cette fameuse question de la diversité culturelle qui a tant fait débat à l’Unesco et qui à fait l’objet de tant de tractations politiques entre les délégués, ne serait-elle pas plus à la hauteur de l’enjeu si nous considérions que c’est la culture de la diversité qui doit nous animer ?

Il y a dans l’appellation « diversité culturelle » un mouvement passif, qu’on l’appelle lutte,  préservation ou défense. Promouvoir la diversité culturelle peut s’inspirer d’une vision universaliste mais ne peut réellement l’incarner pour tous. Historiquement cela s’est majoritairement accompli au détriment d’autres cultures. C’est la référence au modèle civilisationnel occidental que nous avons toujours connu, qui après des siècles de lutte parvient à se baser sur l’espoir et la volonté d’une coexistence pacifique entre des cultures aux expressions diverses.

Dans « culture de la diversité », nous nous situons dans une registre sémantique plus ouvert et proactif, où la responsabilisation s’opère dans une dynamique de construction d’un nouveau modèle civilisationnel qui fait de la diversité la ressource grâce à laquelle le modèle se construit et fonctionne dans un processus de socialisation.

En faisant cette distinction, nous serions peut-être plus à l’aise dans notre rapport si complexe aux institutions de gouvernance internationale et le patrimoine mondial de l’humanité ne s’en porterait pas plus mal.

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Rapport de la MEC

assembléeUn rapport d’information a été déposé en application de l’article 145 du Règlement de la Commission des finances, de l’économie générale et du plan en conclusion des travaux de la Mission d’évaluation et de contrôle (MEC) sur le musée du Louvre.

Dès le 1er janvier 1993, le musée du Louvre devenait un établissement public administratif (EPA), initiant un processus qui implique une responsabilité accrue et une souplesse de gestion des ressources humaines. De ce fait, le présent rapport constate que le musée du Louvre est devenu un laboratoire d’expérimentation à l’avant-garde des réformes à venir. Ce rapport analyse les enjeux de financement du Louvre, son financement à l’heure de la crise économique et financière (question de la pertinence de la gratuité, incertitudes sur le niveau de fréquentation, le mécénat, le rendement du fonds de dotation), les relations avec la Réunion des musées nationaux (RMN). Il aborde la question de la décentralisation culturelle, nationale (Projet Louvre-Lens) et internationale (Louvre-Abou Dabi) et le prêt d’oeuvres d’art.

Pour consulter le rapport, cliquez ici.

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Les retombées du patrimoine / 2

Agence regionaleNous évoquions il y a deux mois la parution d’une étude nationale de première importance sur les retombées économiques et sociales du patrimoine, la voici donc désormais accessible et démontre parfaitement que la valorisation du patrimoine s’inscrit désormais dans une perspective de politique intégrée, d’attractivité et de dynamisation des territoires. La prise de conscience du rôle économique significatif joué par le patrimoine et la nécessité d’en mesurer l’impact se renforcent.

La mesure et la prise en compte de l’impact économique et social du patrimoine représentent un enjeu déterminant pour les différents acteurs qui interviennent dans sa gestion, sa restauration, sa conservation et sa valorisation.
La Direction de l’architecture et du patrimoine (Dapa) du ministère de la Culture et de la Communication a souhaité promouvoir une démarche nationale d’étude de l’impact du patrimoine protégé s’appuyant sur le travail réalisé dans ce domaine par l’Agence régionale du patrimoine Provence-Alpes-Côte d’Azur. Vous pouvez télécharger la synthèse de ces résultats collectés de novembre 2004 à septembre 2005.
L’étude s’appuie sur les Directions régionales des affaires culturelles qui ont transmis à l’Agence les fichiers des gestionnaires du patrimoine correspondant aux critères suivants : monuments protégés, ouverts au public et faisant l’objet d’une billetterie. La production de données régionales, puis nationales, permet la réalisation d’états des lieux fiables, aide à la décision les institutions en charge du patrimoine par la production de repères et d’indicateurs, valorise les projets et actions conduits auprès des différents financeurs, et mobilise différents acteurs locaux dans une démarche partenariale de co-production de données. 
Le site dédié au suivi de cette étude propose plusieurs documents : Éditorial du document synthétique, par Isabelle Maréchal, Dapa, ministère de la Culture et de la Communication ; Avant-propos du document synthétique, Un chantier prometteur, par Philippe Joutard.
Le document synthétique de l’étude nationale est disponible sur demande à l’Agence régionale du patrimoine Paca par courriel (contact@impact-patrimoine.fr ), par téléphone (04 42 67 02 39) ou par courrier adressé à : Agence Régionale du Patrimoine, 17, rue Gaston de Saporta, 13100 Aix-en-Provence.

Source : Ministère de la Culture et de la Communication.

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Un secteur en transition

archeologie preventiveL’archéologie préventive relève de missions de service public et est partie intégrante de l’archéologie, c’est un fait et c’est ainsi qu’elle se définit.

Ce secteur d’activité qui consiste à réaliser des diagnostics et des fouilles archéologiques en amont des futurs chantiers, s’est fortement développé à partir de la fin des années 1970, ce qui est relativement récent, avec l’intensification des opérations d’aménagement du territoire, des grands travaux et constructions d’équipements et d’infrastructures.

Historiquement, c’est l’AFAN qui conduisit à partir de 1973 la majorité des fouilles préventives, à l’issue d’une initiative conjointe de l’Etat (ministères du budget et de la culture) mais son statut loi 1901 a finalement conduit à la création de l’INRAP en 2001, aujourd’hui principal acteur de l’archéologie préventive.

Son intervention est traditionnellement déclenchée de deux manières :

  • à la demande de l’Etat, il réalise les diagnostics sur l’emprise des travaux prévus par un aménageur public ou privé afin d’évaluer le potentiel archéologique du sous-sol,
  • il peut être choisi par l’aménageur pour mener des fouilles préventives si l’intérêt scientifique est jugé suffisant par l’Etat et que celui-ci prescrit une fouille.

Or depuis 2003, les collectivités locales ou les entreprises privées peuvent demander à l’Etat un agrément pour être habilités à réaliser la phase de fouille, les diagnostics étant entrepris exclusivement par l’INRAP ou les services archéologiques agréés par les collectivités locales.

De ce fait, la multiplication des demandes et des situations d’urgence a fini par poser la question du coût de la prise en charge des opérations, au point que l’archéologie préventive traverse aujourd’hui une crise de son financement.

Le financement des opérations d’archéologie préventive se fait de deux manières :

  • la redevance d’archéologie préventive : elle ne concerne pas spécifiquement une opération d’archéologie préventive donnée mais elle est due par toute personne projetant de travaux d’aménagement affectant le sous-sol ;
  • le prix des fouilles : il s’agit de la rémunération versée par l’aménageur et perçue directement par l’opérateur (INRAP, service archéologique territorial agrée ou toute personne morale agréée par l’Etat) en contrepartie des fouilles qu’il réalise.

On le sait, ces modes de financement ne permettent pas actuellement de couvrir le coût des opérations, notamment en raison des insuffisances de la redevance et des nombreuses possibilités d’exonérations.

Il convient de noter qu’il existe principalement quatre verrous économiques à prendre en considération, du plus technique au plus général :

  • la non-dissociation des opérations de diagnostic et des opérations de fouilles dans le calcul de la redevance,
  • l’indexation de la redevance sur la valeur de l’ensemble immobilier (ce qui n’est pas sans poser de problème compte-tenu de l’impact de la crise financière sur ce marché, malgré un relèvement progressif du taux de la redevance, fixé par la loi du 17 février 2009 : 0,4% de l’ensemble de la valeur de l’ensemble immobilier en 2009, déterminée en référence à la TLE, puis 0,5% en 2010),
  • l’absence de modalités supplémentaires de financement dans le dispositif de la redevance,
  • la difficulté de trouver des leviers supplémentaires et de nouvelles sources de financement.

En France, la richesse et la diversité des sous-sols sont telles que le nombre de sites archéologiques est estimé à plusieurs millions. Malgré l’absence de statistiques complètement fiables, l’INRAP a établi le ratio d’un site d’intérêt archéologique tous les 4 hectares.

Si nous prenons en compte le fait qu’on évalue à 60000 hectares par an la superficie cumulée des chantiers en France, nous comprenons immédiatement que la demande potentielle est considérable au niveau national. Répondre aux besoins et dans la durée devient donc un véritable casse-tête chinois.

On constate toutefois, à quelques exceptions près, un sous dimensionnement des moyens des structures existantes.

Les collectivités locales étant au premier rang de l’administration de la gestion et de l’aménagement du territoire, nous mesurons dans ce contexte la dimension stratégique (pour ne pas dire dramatiquement stratégique) que revêt l’activité d’un service d’archéologie préventive à la hauteur de l’enjeu pour son territoire (rappelons que la non-concurrence entre les territoire est la règle).

Rien donc d’étonnant à ce que sur les 64 opérateurs agréés pour la réalisation d’opérations archéologiques préventives qui existent aujourd’hui, 78% sont intégrés aux collectivités locales ou territoriales. Pourquoi faut-il encore et toujours que le service public finance ce qui coûte cher et que le privé investisse dans ce qui rapporte beaucoup ? N’y a-t-il pas de nouvelles dynamiques à faire surgir ou à inventer ? La question est faussement naïve, vous l’aurez compris.

Le secteur culturel est largement confronté aux problématiques de maîtrise des coûts, marqué par cette difficile équation qui concentre des travaux difficiles, complexes, la plupart du temps de grande ampleur, avec le souci de la gestion de la mission de service public ; cela vaut aussi pour l’archéologie préventive.

Récemment le département de l’Eure s’est lancé dans la réalisation d’un plan d’affaires permettant de développer son service existant, la MADE (Mission Archéologique du Département de l’Eure). Cette approche dite de « business plan » laisse entrevoir une volonté de plus en plus partagée au sein des collectivités d’aller au-delà des budgets qui appellent trop souvent des financements compensatoires en fin d’exercice. Les logiques anticipatrices et les logiques de développement viennent donc rejoindre les logiques de gestion des risques. Cela semble relever selon nous du principe de précaution.

Dans de nombreux domaines, l’Etat ayant parfois fait subir aux collectivités ce qu’ont peut appeler au fond un transfert d’une partie dette, les collectivités s’organisent de mieux en mieux pour tenter d’en atténuer les effets. Mais ce n’est pas une tâche aisée et des choix parfois difficiles sont à faire. Ce n’est pas le chantier initié par le comité Balladur qui viendra nous démentir : l’enjeu est considérable, y compris pour le devenir du secteur de l’archéologie préventive et de facto pour la préservation d’une partie de notre patrimoine.

Classé dans:Analyses, Ingénieries, Politiques culturelles, , , , ,

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