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De l’influence du droit communautaire sur les financements des services culturels / 1

Nous en avons déjà fait mention plusieurs fois ces derniers jours car le sujet ne fait aucune vague ou presque, en tout cas dans les médias, et il faut absolument en parler car ce quasi silence radio donne la fausse impression qu’on se résigne à laisser nos politiques, certains d’entre eux en tout cas à gauche comme à droite, louvoyer non sans opportunisme et porter sans conviction des visions qui trahissent un aveux d’impuissance criant.

Nous nous serions résignés à subir ce qui nous est présenté par ces mêmes politiques comme inévitable et qui est posé d’emblée comme une guerre de tranchées entre droit communautaire et droit souverain.

Dans tous les secteurs, un des rôles des acteurs des territoires est d’éclairer le politique, de lui confier leur expertise. Les acteurs sont en effet les premiers à pouvoir témoigner de l’impact des actions et des projets qu’ils mènent dans un éco-système où le politique cherche à traduire et porter une volonté, des valeurs, des visions. Cet éco-système est d’ailleurs très largement régi par la répartition des compétences entre Etat et Collectivités territoriales qui doivent s’exercer en étroite collaboration. Les acteurs territoriaux, dont certains reçoivent des financements publics pour mettre en œuvre une part de ces compétences selon des objectifs ciblés, sont au contact du terrain et exercent, appelons en chat un chat, un part de la mission de service public.

Ils contribuent ensemble à animer, valoriser, renforcer et enrichir la qualité du cadre de vie de nos territoires.

Cette gouvernance public-privé, disons-le tout net, ne peut tout réussir ni tout résoudre mais il est clair que l’architecture de notre contrat social repose en grande partie sur cette coopération étroite. Or cette coopération étroite évolue au gré des réformes, s’adapte au fil des grands changements sociétaux mais n’a jamais été bouleversée en profondeur depuis les premières lois de décentralisation.

Or la construction européenne, que certains accusent à tort, par crainte ou par ignorance, de tous les maux, modifie la donne acquise depuis des générations, elle amène à considérer non pas qu’il convient d’uniformiser nos espaces souverains et nos cultures mais de les harmoniser (ce qui est bien plus qu’une nuance), de placer le vivre ensemble souverain dans une dimension communautaire. En d’autres termes, l’Europe en marche est l’Europe qui fixe un minimum de règles communes et de principes partagés. Cela signifie qu’il convient d’instituer ces règles et ces principes, au travers du droit communautaire, capable de s’appliquer à tous pour que chacun puisse participer à construire l’identité européenne à partir de sa propre culture et de ce qu’il en tire pour sa propre culture.

De ce point de vue, transposer une directive européenne en droit souverain appelle nécessairement des adaptations d’une part et des dérogations de l’autre, ceci étant nécessairement l’objet de négociations plus ou moins âpres. C’est le lot quotidien du politique que d’assurer que l’intérêt général puisse prévaloir à chaque instant dans ces transpositions qui sont bien plus que du juridique ou du langage technocrate comme disent les eurosceptiques.

La responsabilité est donc grande, ce qui oblige à ce que le dialogue soit fort entre le niveau local, national et européen.

Dans le domaine culturel, il en va de même à priori, sauf que force est de constater que le système est en panne. Nos politiques et nos institutions ont profité des fonds structurels pendant près de 15 ans pour investir dans la réalisation d’infrastructures, d’équipements et de projets tous aussi essentiels et qu’ambitieux, que les Collectivités et encore moins l’Etat ne pouvaient envisager avec autant de moyens. Or, le tarissement annoncé de ces fonds en France (réorientés vers les Etats membres qui en ont plus besoin que nous, et oui, l’Europe est aussi solidaire de ce point de vue-là !) ne semble pas avoir alerté suffisamment quant à l’après fonds structurels ; nos politiques n’ont pas été suffisamment réorientées faute de coordination, faute de dimension interministérielle pour l’Etat et faute de décloisonnement suffisant pour les Collectivités mais aussi faute de vision et de repères clairs pour construire l’avenir.

Les engagements pris ou hérités ont fait la démonstration d’un flottement, d’une errance politique où ce que l’on caractérisait comme un fossé grandissant vis-à-vis du citoyen le devenait aussi vis-à-vis de l’administration et de la « techno structure ». Distraits par des grands débats politiques qui ne font pas apparaître clairement quels sont les enjeux profonds à l’œuvre, les négociations du Traité de Lisbonne ont été le moment décisif où le projet européen s’est fortement orienté en direction de la dérégulation, ce qui précipita plus encore la prédominance de l’économique sur le politique.

Cette tendance lourde à la dérégulation a bien évidemment orienté la façon de penser le droit communautaire mais également la manière dont il se transpose. Les mécanismes de régulation ayant été progressivement amenuisés, les territoires et plus particulièrement les Collectivités ont été contraintes de s’auto-réguler plus encore qu’auparavant, compte tenu de la défaillance plus ou moins forte des Etats, selon les cas.

C’est un boulevard qui s’est ouvert pour les industries culturelles et l’économie dite « créative », creusant ainsi un peu plus l’écart entre la culture « marchande » et la culture « non marchande », entre le privé et le public.

Les acteurs culturels des territoires ont vu leurs missions et leurs projets non pas renforcés mais regardés de plus près, évalués plus fortement par les Collectivités afin de mieux assurer la mission de service public culturel et de services aux publics, faute d’un Etat ou d’une Europe en ordre de marche. Dans le milieu culturel, l’évaluation a longtemps été une question très complexe, pour ne pas dire tabou. Mais petit à petit, chacun est amené à considérer l’adéquation entre les moyens alloués et les résultats produits, tant au plan quantitatif qu’au plan qualitatif, afin de pouvoir construire les actions futures sur la base de budgets dont on a progressivement vu la reconductibiité remise en question.

De plus en plus, les acteurs culturels doivent respecter des critères de conditionnalité des aides qui les poussent plus encore dans l’incertitude certes, mais surtout qui leur donnent le sentiment que la mission culturelle leur est déléguée sans que le temps et les moyens nécessaires leur soient transférés. Ils doivent trouver de nouvelles ressources et à partir de ce moment-là, ce que certains appellaient « la fin de l’ère du 100% subvention », les acteurs culturels ont dû s’adapter, faire évoluer leur propre méthode de gestion et leur ingénierie pour ne pas mettre à mal leur métier et les missions. Beaucoup n’y sont pas parvenus et beaucoup d’autres n’y parviendront pas non plus.

Si ce mouvement d’adaptation était pourtant prévisible, le mouvement qui a suivi l’était tout autant mais les acteurs culturels ont-ils pour autant pleinement passé le premier cap d’évolution ? Rien n’est moins sûr, car ce qui allait de soi dans l’action culturelle, c’est-à-dire sa vocation, ses finalités et ses fondamentaux, a été éclipsé par ce qui n’allait pas de soi, notamment les critères de conditionnalité des aides de l’échelon municipal à l’échelon européen.

La décennie qui vient de s’écouler est clairement pour le secteur culturel une décennie de transition entre deux modèles, deux modèles hélas extrêmes : du 100% subvention au 0% subvention. C’est là justement que se situe l’enjeu majeur de l’harmonisation européenne : remettre de la régulation pour tracer une voie médiane, plus apaisée et constructive plutôt que de laisser s’installer de la manière la plus violente qui soit le passage d’un extrême à l’autre.

Et c’est bel et bien là que le bas blesse car le droit communautaire a évolué entre temps. Le paquet Monti-Kroes, datant de juillet 2005, a été remplacé par le paquet Almunia, adopté par la Commission européenne le 20 décembre 2011 et applicable en France depuis le 1er février 2012. S’adressant à l’ensemble des pouvoirs publics, nationaux et locaux, il émet un principe général d’interdiction des aides d’État (mais dans le langage européen il faut aussi comprendre des aides des Collectivités), tout en autorisant certaines compensations notamment pour la fourniture de « services d’intérêt économique général » (SIEG). Au-delà d’un certain seuil de subvention, le seuil de minimis, qui devrait prochainement être fixé à 500 000 euros sur trois ans, toute compensation fait l’objet d’une notification et cette notification fait bien évidemment l’objet de conditionnalités.

Ceci est lourd de conséquences pour la culture et plus généralement pour l’écosystème culturel. Des mutations profondes s’annoncent et leur application légale depuis le 1er février 2012 menace l’éco-système culturel.

Si nous allons au bout de la logique désormais en place, le secteur culturel est un secteur économique comme les autres, les acteurs culturels sont des opérateurs économiques comme les autres. Cela signifie clairement que la culture relève du champ concurrentiel et que toute intervention ou subvention publique enfreint les principes fondamentaux d’égalité et de transparence. Exit les politiques publiques de financement de la culture, en tout cas telles que nous les avons connues jusqu’à présent.

Le groupe de travail sur l’influence du droit communautaire sur le financement des services culturels par les collectivités territoriales a rendu ses conclusions au Sénat au début du mois d’avril. Le communiqué de presse qui nous est parvenu avec la synthèse du rapport du président du groupe de travail Monsieur Vincent Eblé témoignent de la complexité et de l’importance du sujet mais est surtout la preuve la plus évidente du retard accumulé pour prendre ces questions à bras le corps vis-à-vis de l’Etat et de l’Europe. Ce qui en devient révoltant c’est que notre pays ayant une longue pratique du cumul des mandats, la plupart de nos élus ont parfaitement conscience des enjeux, des menaces auxquelles il faut s’attaquer et des opportunités qu’il convient de saisir dès maintenant pour trouver des solutions soutenables.

Que dire donc du rapport de Monsieur Vincent Eblé, de sa position pour le moins prudentielle et qui se contente de poser des « pistes à explorer » ? Et bien, il arrive trop tard, beaucoup trop tard tel qu’il est rédigé pour endiguer le processus en cours par quelque régime dérogatoire ou d’exemption que ce soit. Tant que l’on en restera à cette absence de mobilisation politique, on aura beau jeu de brocarder et instrumentaliser la culture tout en lui passant de la pommade sur le dos dans les discours, les cocktails d’inaugurations, les think tank de partis politiques, les réunions publiques ou les meetings électoraux.

Il est désormais vital que politiques, techniciens et acteurs culturels prennent collectivement leurs responsabilités car, comme dit le proverbe chinois, c’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur. Nous y sommes.

Fin de la première partie.

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Le sénateur Eblé et l’influence du droit communautaire sur le financement des services culturels

Le groupe de travail sur l’influence du droit communautaire sur le financement des services culturels par les collectivités territoriales a rendu ses conclusions au Sénat au début du mois d’avril. Le communiqué de presse qui nous est parvenu avec la synthèse du rapport du président du groupe de travail Monsieur Vincent Eblé témoigne de la complexité et de l’importance du sujet.

En effet, le droit communautaire évolue. Le paquet Monti-Kroes, datant de juillet 2005, a été remplacé par le paquet Almunia, adopté par la Commission européenne le 20 décembre 2011 et applicable en France depuis le 1er février 2012. S’adressant à l’ensemble des pouvoirs publics, nationaux et locaux, il émet un principe général d’interdiction des aides d’État, tout en autorisant certaines compensations notamment pour la fourniture de « services d’intérêt économique général » (SIEG). Au-delà d’un certain seuil de subvention, le seuil de minimis, qui devrait prochainement être fixé à 500 000 euros sur trois ans, toute compensation fait l’objet d’une notification.

Ceci est lourd de conséquences pour la culture et plus généralement pour l’écosystème culturel. Des mutations profondes s’annoncent. Plusieurs de nos membres sont très mobilisés sur cette question, au premier rang desquels Jean-Michel Lucas alias Doc Kasimir Bisou. Après avoir été consulté par le groupe de travail du Sénat, il a adressé à Monsieur Vincent Eblé le courrier ci-dessous, courrier resté sans réponse à ce jour. Dans ce courrier, la position prudentielle du rapport ne se situant quasi exclusivement au plan juridique est dénoncée sans détours et ce qui aurait dû être posé dès le début des travaux du Sénat est rétabli.

_____

A l’attention de Monsieur Eblé,

Sénateur,

Président du groupe de travail sur l’influence du droit communautaire sur le financement des services culturels par les collectivités territoriales

Monsieur Le Président,

J’ai lu avec attention le  rapport sur « l’influence du droit communautaire sur le financement des services culturels » que vous avez présenté au Sénat le 2 avril dernier devant la Commission de la culture, de l’éducation et de la communication.

Je dois avouer que j’ai été particulièrement surpris par l’analyse que vous avez faite de cette question si déterminante pour l’avenir des politiques culturelles dans notre société de liberté. Je voudrais, en conséquence, vous faire part de mes réactions  en espérant qu’elles puissent influer sur la rédaction finale du document que vous demandez au Sénat de diffuser largement auprès des

autorités publiques et de la société civile.

Mon étonnement tient surtout à l’angle d’approche que vous avez choisi et qui se réduit à une lecture juridique – réglementaire – des dispositifs de soutien aux acteurs culturels. Sur un tel sujet, j’estime qu’une réflexion plus proche des responsabilités d’intérêt général – disons éthiques et politiques – de votre assemblée d’élus du peuple aurait permis de mieux éclairer l’opinion.

* J’observerais d’abord que les textes réglementaires que vous commentez découlent tous d’une même doctrine politique, affirmée avec force par la Directive « services » [1] adoptée depuis 2006 par la Commission comme par le Parlement  européen et qui s’impose à tous les Etats et à toutes les autorités publiques les plus décentralisées. Comme plus personne ne l’ignore, l’enjeu de la Directive est de libéraliser les services c’est à dire de favoriser le marché concurrentiel au nom des valeurs de progrès. Cette libéralisation a pour objectif de «  renforcer l’intégration entre les peuples européens » et de « promouvoir le progrès économique et social équilibré et durable », ce qui n’est pas négligeable ! J’ajoute  toutes les qualités attendues de l’idéal de libéralisation des échanges économiques : « En éliminant ces obstacles, il importe de veiller à ce que le développement des activités de services contribue à l’accomplissement de la mission visée à l’article 2 du traité, à savoir promouvoir dans l’ensemble de la Communauté un développement harmonieux, équilibré et durable des activités économiques, un niveau d’emploi et de protection sociale élevé, l’égalité entre les hommes et les femmes, une croissance durable et non inflationniste, un haut degré de compétitivité et de convergence des performances économiques, un niveau élevé de protection et d’amélioration de la qualité de l’environnement, le relèvement du niveau et de la qualité de vie et la cohésion économique et sociale et la solidarité entre les États membres. ».

On ne peut évidemment pas passer sous silence ces valeurs de progrès qui résulteront du bon fonctionnement de la concurrence. Dès lors, quelle  place détient la culture dans ce système de valeurs ? J’observe que vous n’avez pas cru bon de le préciser à vos collègues. Je fais donc le faire à votre place. [2]

Le premier constat est que, dans cette Directive, les services culturels ou artistiques ne sont pas nommés [3]. Je pourrais en déduire, dans une tradition bien française, que les actions culturelles sous forme de spectacles, d’expositions ou d’ateliers de pratique des arts, ne sont pas considérées comme des services soumis à concurrence. Mais cet espoir est vite déçu car les  services culturels ne sont pas non plus identifiés dans  l’article 2 de la Directive qui dresse la liste détaillée des services échappant à l’obligation de concurrence !

On ne peut tirer qu’une seule conclusion de ce constat : les  « services culturels » (hormis l’audiovisuel) sont  inconnus de la Directive « services ». Ce texte lourdement réglementaire, qui dessine les bons moyens d’accéder au progrès collectif et durable dans l’harmonie sociale, n’accorde aucune importance spécifique à l’enjeu culturel ! Avouez que cette ignorance mérite d’être signalée aux responsables artistiques et culturels, si souvent enclins à revendiquer leur mission civilisatrice de la plus haute importance !  Il leur faut bien se rendre à l’évidence : avec la « Directive services », la culture  recouvre des biens et services de droit commun, ordinaires en somme, dont la valeur pour la société est donnée uniquement, comme pour les autres marchandises ordinaires, par  le jeu du marché libre.  L’idée d’un enjeu culturel public – l’idée d’un service public de la culture  et même l’idée, présente dans les conventions Unesco, que la  culture est une  « marchandise pas comme les autres » - est désavouée par la  Directive « services ».  Elle ne connaît que la catégorie des services de « loisir », c’est à dire des services « d’entertainment » en anglais !

* Il s’agit là d’un choix politique, non d’une exigence juridique et il ne suffit pas de noter, comme le fait votre rapport,  que la Commission ne veut pas envisager d’autres perspectives pour s’en satisfaire ! (Je dirai plus loin que d’autres choix en phase avec le Traité sont possibles).

J’insiste sur cette question de la  valeur publique de cette  culture « inconnue » de la Directive pour une bonne raison qui ne vous a certainement pas échappé lors de la lecture attentive du texte de la Directive « services » : en effet, toutes les activités qui relient les hommes entre eux ne conduisent pas au progrès par le jeu concurrentiel. La Directive considère ainsi que le sport amateur relève d’un autre idéal de progrès. Je m’arrête sur le paragraphe 35 consacré au sport, en espérant que vous vous êtes demandé pourquoi la culture ne reçoit pas les mêmes égards : «  (35) Les activités sportives non lucratives pratiquées à titre amateur poursuivent souvent des objectifs entièrement sociaux ou de loisir. Elles ne constituent donc pas des activités économiques au sens du droit communautaire et ne devraient pas relever du champ d’application de la présente directive. » Idéal non concurrentiel pour le sport en amateur, en tant que pratique « entièrement » sociale ! Par contre, la danse en amateur, le théâtre en amateur, la musique en amateur n’ont pas de légitimité à bénéficier du même régime ! Pire, la Directive ignore jusqu’à leur nom.

Pourquoi votre rapport ne tire -t-il aucun enseignement de cette incompréhensible différence de statut, comme si, pour atteindre le « progrès durable », le sport en amateur avait des vertus que n’ont pas les pratiques amateurs des danseurs ou des musiciens ?

* Je voudrais poursuivre ces réflexions sur les enjeux éthiques cachés derrière l’objectivité juridique de la réglementation. Ainsi, vous avez noté incidemment, comme si de rien n’était,  que « les opérateurs culturels sont assimilés  aux autres opérateurs économiques ». C’est malheureusement vrai. Mais d’où vient cette injonction ? Sur quelle valeur publique est-elle fondée ?

Il n’était pas très compliqué de détailler l’argumentaire qui assimile, de manière si étrange, les acteurs culturels non lucratifs à des industriels maximisant leur profit. Il résulte, vous le savez, d’une interprétation donnée par la Cour européenne de justice ( et non d’une décision d’une instance démocratiquement élue).  Les acteurs culturels comme beaucoup d’autres sont considérés  comme des offreurs  « d’activités économiques ». Ainsi dit la Cour de Justice : «Pour qu’un service donné soit qualifié « d’activité économique » soumise aux règles du marché intérieur (libre circulation des services et liberté d’établissement), il doit présenter la caractéristique essentielle d’être fourni contre rémunération. Il ne doit cependant pas nécessairement être payé par ceux qui en bénéficient. » [4] La vérité publique absolue est donc la suivante :  des lors que la rémunération est payée, par le bénéficiaire du service ou par une autre entité (une collectivité, par exemple), l’acteur culturel est un «offreur » donc un  « vendeur » !

Et  la conséquence pour la société  n’est pas négligeable :  le vendeur d’activités économiques se voit contraint de se soumettre à la règle concurrentielle chargée de sauver le progrès de l’humanité :« 3.2.1 : Toute activité consistant à l’offre des biens et/ou des services sur un marché donné est une activité économique au sens des règles de concurrence ».  Avec en pratique, un déni des valeurs humanistes portées par les  acteurs puisque même si l’acteur culturel se veut « solidaire », « non lucratif », « généreux » et soucieux de « réciprocité » avec les artistes et les publics, il n’est pour cette réglementation qu’une entreprise marchande concurrentielle : «Dans le domaine du droit de la concurrence, la Cour de justice estime que ce n’est pas le secteur ou le statut d’une entité assurant un service (par exemple le fait qu’il s’agisse d’une entreprise publique ou privée, d’une association d’entreprises ou d’un organisme d’administration publique), ni son mode de financement, qui déterminent si ses activités sont considérées comme économiques ou non économiques, mais la nature de l’activité elle-même. »[5]

Ce raisonnement est douloureux pour ceux qui ont le sentiment qu’ils travaillent pour les arts de qualité, en vue d’enrichir la société avec de beaux livres ou des disques de grands interprètes ! Il l’est aussi pour tous ceux qui croient tisser du lien social, favoriser l’émergence de jeunes talents, construire du « Vivre ensemble » en proposant des festivals, des ateliers, des résidences d’artistes sans aucun souci de rentabilité. Rien ne leur interdit de croire à leur idéal mais les valeurs qu’ils accordent à leur action relèvent de leur appréciation personnelle ou professionnelle. Pour le progrès collectif de l’Union, vu par la  Directive « services », ils sont seulement d’ordinaires contributeurs aux offres culturelles marchandes proposées à des consommateurs. Pour l’Union, ils sont des « épiciers », vendeurs de beaux et moins beaux produits culturels !

Personne n’a donc lu, ne serait ce que Malraux qui n’hésitait jamais à affirmer l’éthique publique de la culture  comme une nécessaire résistance aux effets du marché investi par les machines  à rêve, « qui n’ont pas été inventées pour le plaisir des hommes mais seulement pour apporter de l’argent à ceux qui les fabriquent et n’ont de puissance magistrale que dans la mesure où – je parle clairement – elles ne rapportent le maximum d’argent que si elles font appel, chez nous, à ce qui est le moins humain, le plus animal, le plus organique, et, disons le clairement,  le sexe et la mort » !

Mais c’était en 1963 devant l’Assemblée nationale ! Pour le Sénat de 2012, les temps ont bien changé et l’on accepte sans même s’y arrêter que l’idéal pour la culture  résulte de l’échange concurrentiel. Peut -on se taire devant cette curiosité éthique et politique ?

* J’imagine que vous allez m’objecter  que la norme concurrentielle laisse de grandes libertés d’agir autrement. C’est, affirmez vous dans votre rapport, moins « dramatique » que ce que certains veulent bien le dire  puisque l’Union soutient la création de services d’intérêt économique général –les SIEG. Franchissons une étape et voyons alors les alternatives proposées par ces SIEG en matière culturelle.

Avec les SIEG, l’Union paraît s’offrir  une conception du progrès durable qui ne doit plus rien à la valeur de la rentabilité concurrentielle ! De surcroît, les textes laissent à chaque autorité publique locale une grande marge de  manœuvre :  « Il est essentiellement de la responsabilité des autorités publiques, au niveau approprié, de décider de la nature et de l’étendue d’un service d’intérêt général. » Ainsi l’action de l’Union «respecte la diversité des situations dans les Etats membres et les rôles dévolus aux autorités nationales, régionales, locales pour assurer le bien-être de leurs citoyens et promouvoir la cohésion sociale, tout en garantissant des choix démocratiques en ce qui concerne, entre autres, le niveau de qualité des services ». Chaque territoire  ferait ainsi ce qu’il lui plaît   de faire en matière de SIEG :  « L’étendue et  l’organisation des SIEG varient considérablement d’un Etat membre à l’autre, en fonction de l’histoire et de la culture de l’intervention publique dans chacun des Etats membres. Il existe donc une grande diversité de SIEG et les disparités peuvent exister au niveau des besoins et des préférences des utilisateurs en raison de situations géographiques, sociales et culturelles différentes ».[6]

En faisant une lecture journalistique de ces informations de la Commission, je pourrais presque comprendre votre approche juridique puisque manifestement l’Union approuve largement le développement de ces « services publics ». Mais je ne crois pas qu’il suffise d’en rester à ces apparences, car, avec les SIEG, l’enjeu culturel public est réduit à peau de chagrin. Disons réduit à n’être qu’une exception (culturelle) dans la marche de l’Union vers le progrès durable humain. Et c’est cette marginalité de la culture, ainsi consentie, qui est politiquement grave. Je souhaite en faire la démonstration.

* D’abord il faudrait affirmer, haut et fort,  que les  services d’intérêt économique général ne peuvent exister qu’à la condition qu’il en aient l’autorisation ! La règle concurrentielle  comme éthique publique règne comme une épée de Damocles au dessus de la tête des éthiques alternatives. Le premier contrôle s’exprime ainsi par l’injonction que les autorités publiques locales ne doivent pas faire « d’erreurs d’appréciation ». Vous oubliez de nous le rappeler : le SIEG culturel perd toute légitimité s’il fausse la concurrence !  Impossible d’ouvrir un grand magasin public de livres et de disques dans un ville qui en aurait déjà un, privé et rentable ! Concurrence déloyale ! La règle concurrentielle demeure la référence universelle d’une bonne culture collective, et ce,  pour tous les Etats membres, toutes les autorités publiques décentralisées, en toute  situation ! Comme le dit calmement le guide des SIEG : «  Dans ce cadre, l’intervention de la commission vise uniquement à éviter des erreurs susceptibles d’aller à l’encontre des règles du TFUE  (traité sur le fonctionnement de l’union européenne) ». Autrement décodé, les SIEG  « culturels » ne comptent pour le progrès de l’Europe qu’à la condition de laisser passer, en priorité les produits culturels fournis  par le marché concurrentiel. La culture publique est bien sous contrôle de la marchandise ! Malraux est bien loin !

Est ce une éthique publique si évidente que vous ne mentionnez à aucun moment la nécessité d’en débattre ?

* D’autant que la conséquence est dramatique par rapport aux valeurs culturelles défendues par le Traité lui-même.  Regardons le deuxième contrôle imposé par la Commission sur les SIEG. Il est d’une rare bêtise appliquée à l’enjeu culturel collectif : je voudrais  d’autant plus le souligner que vous avez pris cet argument de la Commission pour une avancée alors qu’il ne peut s’agir que d’un recul dans la construction d’une culture commune faite d’interactions entre les cultures qui peuplent l’Europe et le Monde.

Rappelons la règle : les SIEG sont les bienvenus s’ils « n’affectent pas les échanges entre les Etats membres ». En première lecture, le dispositif autorise le versement de subventions aux porteurs de projets culturels, qui ne s’en plaindront sans doute pas.  J’applaudis comme vous l’avez fait, mais le cadeau est trop beau.

Regardons la suite et prenons l’exemple d’un  musée : à quelles conditions peut-on subventionner un musée de Sardaigne, en Sardaigne ? La réponse répétée en 2007 et en 2011 est : « Dans le cas des musées locaux en Sardaigne, il a été considéré que le financement des projets de ces musées d’une portée limitée et d’un budget modeste n’affectaient pas les échanges entre Etats membres, dans la mesure où,  à l’exception de quelques musées d’importance et  de réputation internationalement reconnues, les habitants des autres Etats membres ne franchissaient pas les frontières avec comme but principal celui de visiter ces musées. »[7]

Est-il si difficile de s’apercevoir que cette explication enterre le sens humaniste de toute politique publique culturelle  puisqu’elle nous dit que l’argent public est justifié si l’investissement n’a aucun intérêt pour d’autres cultures que celle des habitants du terroir. La politique culturelle publique n’est autorisée que si elle demeure sans impact auprès des autres européens !

Vous le voyez, le service public de la culture vu par l’Union et ses SIEG est vraiment bizarre : il n’existe que si les cultures restent enfermées sur elles-mêmes. Etonnant, n’est ce pas, surtout quand l’agenda culturel européen  vante les mérites de « l’interculturalité » !

Il ne faudrait pas croire que l’exemple de la Sardaigne soit isolé et anecdotique : c’est la même doctrine du repli de chacun sur son territoire qui est mise en avant pour justifier les subventions à des créateurs basques : « Dans le cas des productions de théâtre basques, il a été considéré que le financement de ces productions n’affectait pas les échanges entre Etats membres, dans la mesure où il s’agissait des productions à petite échelle de micro ou petites entreprises d’une nature locale, leur audience potentielle était limitée à une région géographique et linguistique spécifique, et elles ne pouvaient pas attirer un tourisme transfrontalier. »[8]

Vous avez bien lu : voici les artistes basques, transformés en « micro entreprises » de « loisir » local qui ont droit aux subventions uniquement parce que leur culture est quantité négligeable. Puisque leurs créations théâtrales vivent en circuit fermé, dans la bulle close de leur identité linguistique, séparée  de toutes les autres langues de l’Europe et du monde, ils ont droit à une aide publique. La politique culturelle publique réduite à l’éloge du ghetto culturel !  Etrange raisonnement pour une société de liberté ! Je ne parviens à comprendre que vous ayez pu  trouver cet argument de l’enfermement linguistique positif quand il faudrait, au contraire, justifier l’argent public par la capacité des acteurs à entrer en relations suivies avec d’autres  langues, à s’interconnecter,  à interagir pour engendrer de nouvelles relations culturelles, sans  attendre que le marché en voit la rentabilité ! L’Europe ne devrait pas se laisser aller, ainsi, à interdire l’argent public dès lors qu’il y a des échanges entre les cultures. J’estime, pour ma part et je ne doute pas que vous partagerez ce point de vue,  qu’il est d’une grande irresponsabilité politique de considérer que tous les échanges culturels doivent être rentabilisés  comme si l’interculturalité  entre les européens, et avec le reste du monde, devait reposer sur les seules épaules du marché de concurrence.

* Plus prosaïquement encore, vous l’avez bien noté dans votre rapport, mais pour vous en féliciter, il reste tout à fait possible pour une autorité publique locale de soutenir des  festivals, des créations théâtrales ou des bibliothèques. Le service public de la culture, devenu SIEG, peut presque faire ce qu’il veut, librement, mais toutefois à la condition que les apports publics soient inférieurs à 200000 euros sur trois ans par projet. Autrement comprises, les aides publiques à la culture doivent rester sous le seuil de la valeur « de minimis » ! Elles peuvent donc exister sans contrainte, … pourvu qu’elles soient sans envergure.

Le fait de passer à 500 000 euros ne changera pas le message politique : cette exception culturelle est si minimale qu’elle est négligeable par rapport aux effets de la règle normale d’accès au progrès durable grâce à la concurrence marchande. Politiquement, il n’y a pas de quoi s’en  vanter,  même si beaucoup d’acteurs culturels s’en contentent volontiers.

* Que se passe -t -il si l’autorité publique subventionne plus largement que 200 000 euros sur 3 ans un acteur du secteur culturel ? Vous l’avez bien dit :  l’Union déclare que cette autorité publique distribue une aide d’Etat. Rien ne l’interdit dans les faits mais, aussitôt prévenue, la Commission déclenche son contrôle pour vérifier si les règles concurrentielles ne sont pas perturbées. La valeur de la concurrence n’est pas seulement une « philosophie » du progrès ; elle sait se faire « surveillante générale » et seule « juge ». Je crois qu’il ne faut pas hésiter à rappeler qu’aucun autre juge des valeurs communes, plus attentif par exemple aux relations de dignité entre les personnes ou la valeur esthétique des créations, ne lui est opposé pour parvenir à des compromis. Avec cette idée de l’aide d’Etat, l’épée de Damocles n’est tenue que par le seul chevalier du « progrès par le marché libre » qui accorde, ou non, les autorisations de vivre hors concurrence !

Il y a, bien sur, des moyens d’échapper à ce contrôle de la commission. Il suffit que l’acteur culturel reçoive une mandat de la part de l’autorité publique pour un service répondant à des objectifs de service public. Dans ce tiroir du mandat public d’exception, on imagine des financements publics plus importants que les futurs 500 000 euros de la règle de minimis : on voit se dessiner la carte des musées, des centres culturels municipaux, des opéras, des bibliothèques, des festivals, c’est à dire tous ces équipements et  événements qui ponctuent la vie des villes européennes. L’Europe ne changera pas de sitôt cette réalité de l’investissement public dans cette « culture » qui vise à satisfaire les loisirs de qualité de ses consommateurs.

Toutefois, le sens de ces investissements doit être médité : en effet, il y a bien « mandat public » mais cet intérêt public n’est pas du tout universel. Il n’a qu’une valeur limitée au territoire local et aux circonstances politiques particulières qui ont conduit à la décision. Autrement formulé en terme de responsabilité politique, l’idéal du SIEG est toujours contingent au sens où il est d’exception et spécifique au local, chaque territoire le gérant à sa façon. Un élu peut donner à un service culturel une valeur alternative, par exemple pour nouer des liens sociaux ou favoriser le mieux vivre ensemble, mais le territoire d’à coté peut fort bien revendiquer de privilégier l’aide à la création artistique d’excellence tandis que le troisième n’y fera rien et préférera faire financer par le privé une grande salle de spectacles dits populaires de 20 000 places ! Le sens et la valeur que l’élu donne à la culture ne dépassent pas les frontières de sa compétence territoriale. La liberté de penser et d’agir localement est souvent applaudie mais, dans le cadre des SIEG, elle produit l’éclatement total de l’idée même de politique culturelle.

Le Sénat, justement par ses compétences, aurait quand même pu interroger cet intérêt général de seconde zone institué par le dispositif des SIEG. Car il faut bien admettre qu’il n’y a en Europe aucune règle commune supérieure à la concurrence pour penser une politique culturelle homogène au sein de l’Union. Seul l’idéal concurrentiel  reste et demeure « universel » pour tous les temps et tous les lieux de l’Europe.  Est ce bien cette Europe culturelle  segmentée par territoire et soumise partout au contrôle prioritaire de la concurrence que nous pouvons souhaiter ? Personnellement, je préfère en douter, surtout au moment où la mondialisation nous offre la chance de côtoyer la diversité fantastique de toutes les cultures de la planète.

* Le pire est sans doute que la réglementation européenne offre encore  d’autres possibilités juridiques de financer des SIEG avec des ressources publiques. Le maire pourra préférer la délégation de service public à l’appel d’offres. Il peut même accorder des droits exclusifs aux fournisseurs de services. Il peut aussi verser des subventions si le projet est d’origine associative. Il peut, tout aussi bien, gérer le service public en régie directe. Vous l’avez indiqué, ces  solutions sont nombreuses. La municipalité a beaucoup de choix. Cette liberté d’agir des autorités publiques signifie seulement que, localement,  ces diverses possibilités de gestion publique restent en concurrence entre elles !  L’éthique concurrentielle n’a donc pas abandonné la partie puisqu’elle parvient même à mettre en compétition les différentes procédures publiques, en fonction d’intérêts qui ne relèvent de l’intérêt général de l’Union  mais plutôt des intérêts propres aux différents pouvoirs locaux, eux-mêmes en compétition entre eux  pour plus d’attractivité de leur territoire !

Ainsi, en un mot, avec les SIEG, l’élu local remplace l’investisseur privé  pour fournir à sa place les services culturels non rentables sur son territoire particulier, sans portée pour l’ensemble de l’Union.

La réflexion politique européenne peut-elle en rester à cette conception de la responsabilité culturelle publique ?

Je ne le crois pas. Je suis même convaincu que l’actuel Traité de l’Union  impose une autre perspective pour l’enjeu culturel public. Toutefois, pour avancer dans cette voie, il faut accepter d’opérer un saut qualitatif, que votre rapport n’envisage à aucun moment.

* Je voudrais d’abord affirmer que le Sénat n’est pas tenu par une définition corporatiste de la responsabilité culturelle telle que les professionnels des arts et de la culture l’entendent. En effet, depuis les années 1990, avec le rapport  De Cuellar, l’Unesco a revendiqué une approche humaniste de la diversité des cultures et notre pays l’a approuvée, à l’unanimité de ses parlementaires, comme vous ne pouvez l’ignorer. [9] L’enjeu culturel public est alors associé à l’ambition de faire vivre ensemble des personnes, groupes, communautés aux identités culturelles si différentes. C’est un enjeu politique fort pour tenter de contrecarrer le risque majeur pour notre planète de voir les cultures s’opposer entre elles au point de nous conduire au « clash des civilisations ».  L’article 1 de la Déclaration Universelle sur la diversité culturelle de 2001 a clairement énoncé cette volonté politique de voir les différences de cultures devenir des ressources pour « faire humanité ensemble ». C’est le pari politique qui affirme qu’avec toutes les cultures respectueuses des droits humains, « la  diversité culturelle est  le patrimoine de l’humanité ». Je sais qu’il est inutile de vous rappeler cette exigence politique internationale qui met l’enjeu culturel au cœur de notre avenir commun.

L’Union européenne serait -elle, de son coté, imperméable à cet enjeu culturel au point que le Sénat français ne doive pas l’évoquer ? Je le pense d’autant moins que cette éthique  – « la culture, c’est faire humanité ensemble» -  est fondée sur les principes  mêmes du Traité européen. Je vous en propose la  démonstration suivante,  si  vous voulez bien m’accorder quelques instants supplémentaires.

* Il faut d’abord faire un détour par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 : « Les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». On doit  alors considérer que la responsabilité universelle de la politique publique est de garantir le respect de la dignité de la personne, elle même respectueuse de la dignité et de la liberté des autres personnes. Chaque personne se voit ainsi « reconnue » dans l’identité qui la constitue comme être de dignité, c’est à dire dans sa culture. Et cette relation puissante entre l’identité culturelle et la dignité de la personne a été consignée dans les conventions internationales signées à l’Unesco. On en trouve une formulation  précise dans la Déclaration de Fribourg sur les Droits Culturels : [10]  «l’expression «identité culturelle» est comprise comme l’ensemble des références culturelles par lequel une personne, seule ou en commun, se définit, se constitue, communique et entend être reconnue dans sa dignité ».

J’insiste sans doute trop sur cette dimension culturelle de la dignité mais  il me paraît difficile d’y échapper dans la mesure  où  elle nous est imposée par nos engagements internationaux. Je rappelle par exemple l’article  4 de la Déclaration universelle sur la diversité culturelle qui affirme que « la défense de la diversité culturelle est un impératif éthique, inséparable du respect de la dignité de la personne humaine ». C’est donc bien un idéal de « dignité » adopté par plus 184 Etats qui pose  une autre éthique universelle pour la culture que celle de la concurrence. Non pas pour dire que les marchandises culturelles doivent disparaître. Seulement pour assurer que la préoccupation marchande  ne peut s’autoriser à écraser l’exigence de respect due à la dignité des personnes dans leurs « identités culturelles plurielles, variées et dynamiques ».

* Cette perspective ne peut être ignorée quand on aborde concrètement la question des aides publiques à la culture en Europe. En effet, le Traité est particulièrement attentif à l’enjeu de dignité des personnes.

Ainsi, son préambule confirme  l’attachement des Etats « aux principes de la liberté, de la démocratie et du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’État de droit ». Puis, dès l’article 2 du Traité,  ces  principes se traduisent en engagement éthique : «  L’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes. »

Il suffit de lire ces valeurs éthiques fondatrices de l’Union pour admettre que la valeur de dignité devrait détenir la première place dans le fonctionnement quotidien de l’Union.

* Dans le même sens, il est inévitable de faire référence à l’Article 6 du Traité qui renvoie à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne du 7 décembre 2000. Aucun doute  sur l’universalité de l’exigence de dignité puisque l’article premier  énonce « la dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée ».

Ainsi, même s’il est dommage que vous ne l’ayez pas évoquée,  la responsabilité universelle de l’Union n’est pas seulement de fournir des biens culturels marchands pour le bien-être du plus grand nombre ; elle est aussi de garantir la dignité  de la personne, donc  la reconnaissance de son identité culturelle qui se doit d’être « respectée et protégée » .

* Il  me paraît maintenant possible de faire un pas de plus.

J’observe par exemple que cette  valeur de « respect de la dignité des personnes » n’est pas du tout inconnue de la  Directive « services ». C’est même une valeur qui s’impose comme une évidence dans la pratique concrète de l’institution…, du moins dans certaines circonstances !

J’ai suffisamment critiqué la Directive, avec sa volonté d’associer le progrès  à la seule concurrence entre les marchandises,  pour pouvoir dire maintenant qu’elle propose, aussi, un autre idéal pour construire l’Humanité ensemble. En effet, au point 27, la Directive considère que le marché n’est pas du tout un bon dispositif  lorsque la dignité des personnes est menacée.

Vous comprenez que cette reconnaissance réglementaire – juridique, diriez-vous – de la valeur de dignité est essentielle pour mon argumentation. Je m’empresse donc de citer le texte qui légitime l’intervention publique au nom de la dignité des personnes  : « ces services sont essentiels pour garantir le droit fondamental à la dignité et à l’intégrité humaines et sont une manifestation des principes de cohésion sociale et de solidarité et ne devraient pas être affectés par la présente directive. » Vous avez bien lu  :  ces services qui garantissent la dignité humaine sont « essentiels », donc non contingents. Pourquoi, alors, ne pas revendiquer cette puissante légitimité  en affirmant que la première dignité de la personne ne peut être que la reconnaissance de son identité culturelle, dans le respect de sa liberté et du « vouloir mieux vivre ensemble ».  Les services culturels qui voudraient donner priorité à la dignité des personnes devraient être reconnus comme universels pour l’Union, au titre de ce droit à la dignité affirmé dès l’article 2 du Traité.

* Malheureusement, ce pas n’a pas été franchie par la Commission et le Parlement. La Directive « services » a, en effet, une approche très restrictive de l’idéal de dignité qu’elle limite à des situations objectives définies par des normes professionnelles que seuls les spécialistes des secteurs de la santé, de la réparation sociale ou du logement peuvent apprécier.

Regardons bien le texte de la Directive « services » : il « connaît » les situations d’indignité mais ne laisse aucune place à la « parole » de la personne.  « La présente directive ne devrait pas couvrir les services sociaux dans les domaines du logement, de l’aide à l’enfance et de l’aide aux familles et aux personnes dans le besoin qui sont assurés par l’État au niveau national, régional ou local, par des prestataires mandatés par l’État ou par des associations caritatives reconnues comme telles par l’État avec pour objectif d’assister les personnes qui se trouvent de manière permanente ou temporaire dans une situation de besoin particulière en raison de l’insuffisance de leurs revenus familiaux, ou d’un manque total ou partiel d’indépendance et qui risquent d’être marginalisées. Ces services sont essentiels pour garantir le droit fondamental à la dignité et à l’intégrité humaines et sont une manifestation des principes de cohésion sociale et de solidarité et ne devraient pas être affectés par la présente directive. »

En lisant attentivement cet argumentaire, on comprend que la dignité  n’est mobilisée que pour les situations matérielles qui empêchent les personnes d’être opérationnelles sur les marchés concurrentiels ! Pour la Directive, la dignité n’est donc pas une valeur aussi « essentielle » que ne le voudrait le Traité.

C’est pourquoi il me semble de première importance d’interpeller la Commission sur son interprétation trop restrictive de la « dignité » qui ne permet pas d’inclure l’enjeu culturel reposant sur  la reconnaissance première des dignités culturelles des personnes. Je souhaiterais, pour ma part, que soit suggérée une autre écriture de ce paragraphe 27 de la Directive permettant d’inclure l’enjeu culturel de dignité : «  27) En application du  droit fondamental à la dignité et à l’intégrité humaines visé par l’article 2 du Traité,  la présente directive n’autorise la libéralisation des  services qu’à la condition qu’ils  permettent à la personne  d’affirmer son droit à la liberté et à l’expression de son identité culturelle, « comprise comme l’ensemble des références culturelles par lequel elle se définit, se constitue, communique et entend être reconnue dans sa dignité ».

En somme, en matière culturelle, accepter, certes,  la concurrence, mais  sous contrôle de la dignité !

 

* Une dernière marche reste à franchir si l’on s’autorise à poser l’enjeu culturel en termes éthiques plus que juridiques . L’Union a dû reconnaître que certaines réalités devaient être gérées autrement que par la logique d’échanges de marchandises et a admis, du bout des lèvres,  la nécessité des « services d’intérêt général non économique » (SIG) à coté des SIEG.  Je lis, par exemple, les informations données par la Commission, en 2007 pour rendre possible et légitimer ces services publics : ce sont les «services, qui comprennent par exemple les prérogatives étatiques traditionnelles, telles que la police, la justice et les régimes légaux de sécurité sociale, ne sont soumis ni à une législation communautaire spécifique, ni aux règles du traité relatives au marché intérieur et à la concurrence. »

Vous n’avez pas sérieusement évoqué cette possibilité réglementaire pour asseoir une politique culturelle alternative à celle des SIEG. Pourtant, au regard des enjeux culturels de dignité, ces services d’intérêt général  non économiques (SIG) sont parfaitement adaptés à la réalité de nombreux acteurs culturels soucieux de culture non lucrative, de relations solidaires ou, comme on dit encore en France, d’éducation populaire.

J’aimerais vous confier mes observations sur ce point.

* Je note d’abord que la légitimité de ces services publics n’est pas sérieusement étayée par la Commission. Aussi bizarre que cela puisse paraître, ces services reposent sur des valeurs très vagues  :  le texte les qualifie de « traditionnelles », comme si la tradition était une valeur pilier du Traité de l’Union,  ou, alors, la valeur de ces services est formulée de manière négative –  « non économiques ».  Ainsi, en 2011 en réponse à la question de savoir comment reconnaître de telles activités non économiques (d’intérêt général), la Commission a osé répondre  « les deux catégories d’activités qui ont été déterminées comme non économiques sont : les activités liées à l’exercice des prérogatives de puissance publique et certaines activités d’une nature purement sociale ! [11] »

J’aimerais que vous admettiez, avec moi, la faiblesse insigne de cette justification : je tiens même à dire que l’idée qu’il existe dans la société complexe qui est la notre, des réalités « d’une nature purement sociale » est cocasse. Imaginez ! Il y aurait ainsi, dans l’Union, des activités qui seraient de nature « sociale », sans être de nature « économique » ? Ou à l’envers des activités si purement « économiques » qu’elles ne seraient pas « sociales » ? D’ailleurs, avoir même l’idée de qualifier une réalité  de notre vie collective de « pure » dans sa nature, est suspecte et même injustifiable au regard des dégâts que l’idéologie de la « pureté » en société a pu mobiliser.

De surcroît, et c’est pour moi l’essentiel de l’argument, le fait qu’une activité soit « sociale » ( « purement » ou « entièrement » comme il est écrit pour le « sport amateur ») ou qu’elle soit qualifiée « d’économique » n’est pas pertinent par rapport au Traité. En effet, le qualificatif « purement sociale » ne peut être associée à aucun article du Traité, si bien que la Commission triche en donnant une justification en dehors des clous du formalisme qui devrait pourtant être sa règle incontournable.

Ne serait-il pas nécessaire de refuser cette explication injustifiée  et de réclamer que les SIG (non économiques) reposent plus solidement sur les valeurs fondamentales du Traité ? Et, bien entendu, sur des activités dont la finalité est de permettre aux personnes d’être plus en dignité, vis à vis d’elles-mêmes, vis à vis des autres. Il faut ainsi profiter du flou des justifications de la Commission pour refonder les services d’intérêt général (non économiques) sur la défense des droits humains.

Je  suis persuadé que beaucoup d’acteurs culturels pourraient se reconnaître dans cette exigence éthique. Pas tous, certes, car nombre d’entre eux sont plutôt des vendeurs de produits à des publics satisfaits de leurs consommations de spectacles, de films ou de livres… Pour eux, le marché concurrentiel restera la norme et, à titre d’exception, les SIEG suffiront bien à la peine. Les informations juridiques que vous avez données leur seront parfaitement adaptées.

Mais,  d’autres acteurs culturels privilégient la relation de « reconnaissance » entre les personnes. Les obligations de réciprocité ne se limitent pas au paiement d’un billet ou d’un salaire. L’enjeu est que les personnes progressent sur le chemin de l’émancipation. La culture est alors comprise comme construction d’une humanité ensemble faite de plus de libertés, plus de capabilités, plus de responsabilités vis à vis des autres, pour reprendre les exigences des approches du développement humain, si bien défendues par Amartya Sen, prix Nobel d’économie.

De tels projets acceptent, bien sur, les échanges marchands mais ne s’y réduisent pas car ils nécessitent  la  confrontation des personnes et de leurs libertés culturelles ( et artistiques)  pour mieux favoriser les  interactions entre les mondes sensibles ( ce que j’ai qualifié ailleurs de « palabre » [12] et qui ne peut s’épuiser dans l’offre de marchandises !)

Cet enjeu culturel mérite  bien un dispositif réglementaire identifié. Les services de dignité comme SIG non économiques devraient lui être ouverts, même si les critères pour y entrer seront sans doute plus contraignants que ceux qu’impose la logique marchande aux  SIEG. Ils seront, en tout cas, beaucoup plus valorisants pour ceux qui estiment comme Perez de Cuellar que « nous avons tout lieu d’espérer qu’à mesure que chacun ira défrichant un peu mieux sa propre singularité, il y découvrira au plus profond l’indéniable empreinte de notre humanité commune. »

Je m’autorise à reprendre pour cet enjeu culturel les mots de Mendes France :  « Alors que le progrès consiste à reconnaître à chacun plus de droits, d’indépendance, de dignité non seulement dans la gestion de sa vie personnelle mais aussi dans celle de la communauté à laquelle il appartient, je ne peux croire que ce peuple se désintéresse de son propre progrès. »[13]  En ce sens, je forme le vœu qu’avec votre soutien, l’Union saisisse la nécessité de faire évoluer ses directives pour donner force réglementaire à l’enjeu culturel premier  qui reste de mieux construire notre   humanité commune,  ensemble.

Je vous remercie de votre attention.

Bien respectueusement à vous

Jean Michel Lucas.

_____

[1] Voir le considérant n°1 de la Directive services http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do? uri=CELEX:32006L0123:FR:NOT

[2] Voir sur ce point Jean Michel Lucas et Doc Kasimir Bisou : «   Culture et développement durable :  il est temps d’organiser la palabre ». Editions Irma, Paris,  2012.

[3] Voir le point (33) de la Directive .

[4]Voir Communication de la commission au parlement européen, au conseil, au comité économique et social européen et au comité des régions accompagnant la communication intitulée “Un marché unique pour l’Europe du 21e siècle” Les services d’intérêt général, y compris les services sociaux d’intérêt général : un nouvel engagement européen. 20.11.2007 ; COM(2007) 725 final

[5] Ibidem

[6] Je reviendrai plus tard sur cette étonnante mais subtile différenciation entre services d’intérêt général non économiques (SIG) et SIEG ( services d’intérêt économique général.) Voir le « Guide relatif à l’application aux services d’intérêt économique général, et en particulier aux services sociaux d’intérêt général, des règles de l’Union européenne en matière d’aides d’État, de “marchés publics” et de “marché intérieur »,  point 2.5.

[7] Voir le guide point 3-1-12

[8] Voir le guide point 3.1;12

[9] Je me  réfère ici au votes du parlement adoptant les lois qui autorisent le président de la république à signer les conventions Uneco  sur la diversité culturelle : la Convention sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, et la convention sur la protection et la promotion de  la diversité des expressions culturelles.

[10] voir le site http://www.aidh.org/ONU_GE/Comite_Drtcult/decla-fribourg.htm

[11] voir au point 3.1.4 du guide des sieg.

[12] J’ai resitué cet enjeu dans « Culture et développement durable :  il est temps d’organiser la palabre » éditions Irma 2012.

[13] Pierre Mendes France : « La république Moderne » Edit Gallimard,1966

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Aides des collectivités territoriales et droit communautaire : la culture menacée ?

Le groupe de travail sur l’influence du droit communautaire sur le financement des services culturels par les collectivités territoriales a rendu ses conclusions au Sénat au début du mois d’avril. Le communiqué de presse qui nous est parvenu avec la synthèse du rapport du président du groupe de travail Monsieur Vincent Eblé témoigne de la complexité et de l’importance du sujet.

En effet, le droit communautaire évolue. Le paquet Monti-Kroes, datant de juillet 2005, a été remplacé par le paquet Almunia, adopté par la Commission européenne le 20 décembre 2011 et applicable en France depuis le 1er février 2012. S’adressant à l’ensemble des pouvoirs publics, nationaux et locaux, il émet un principe général d’interdiction des aides d’État, tout en autorisant certaines compensations notamment pour la fourniture de « services d’intérêt économique général » (SIEG). Au-delà d’un certain seuil de subvention, le seuil de minimis, qui devrait prochainement être fixé à 500 000 euros sur trois ans, toute compensation fait l’objet d’une notification.

Ceci est lourd de conséquences pour la culture et plus généralement pour l’écosystème culturel. Des mutations profondes s’annoncent. Plusieurs de nos membres sont très mobilisés sur cette question et nous aurons l’occasion d’y revenir très prochainement en détail.

La synthèse du rapport est téléchargeable dans notre box ressources.

Le communiqué :

Aides des collectivités territoriales et droit communautaire :

mieux prendre en compte les spécificités du secteur de la culture

Le mercredi 4 avril 2012, la commission de la culture, présidée par Mme MarieChristine Blandin (Groupe écologiste – Nord), a adopté les conclusions du groupe de travail sur l’influence du droit communautaire sur le financement des services culturels par les collectivités territoriales, présidé par M. Vincent Eblé (SOC – Seine‑et‑Marne).

Après avoir entendu une trentaine de personnes et rencontré les cabinets des commissaires européens concernés par ce sujet, le groupe de travail dresse le constat d’un risque d’insécurité juridique, lié à la complexité du droit des aides d’État et de la commande publique et à la difficulté de leur mise en œuvre. En outre, acteurs culturels et collectivités territoriales sont confrontés à un enchevêtrement de normes nationales et européennes parfois contradictoires. Enfin, le corpus juridique encadrant le financement des services culturels ne tient pas suffisamment compte du caractère spécifique de la culture pourtant réaffirmé par la convention de l’Unesco.

Certaines pistes sont à explorer :

  • l’analyse des marges de manœuvre existantes (procédure adaptée pour les projets culturels, subventionnement des associations);
  •  la mobilisation des acteurs culturels et des pouvoirs publics pour entamer des négociations avec la Commission européenne afin que soient mieux prises en compte les spécificités culturelles (notifications de régimes d’aides ou d’aides compatibles au sens de l’article 107-3-d du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, incorporation de secteurs culturels dans un règlement général d’exemption) ;
  • un meilleur accompagnement, par l’État, du secteur culturel et des administrations territoriales (formation des personnels des directions régionales des affaires culturelles au sein desquelles serait désigné un référent, présentation claire et fiable des règles de financement, qu’il s’agisse d’un guide ou de la mise à jour de la circulaire du 18 janvier 2010 relative aux relations entre les pouvoirs publics et les associations).

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Exploratory Mapping of Intermediary Organisations – Supporting Performing Arts Circulation in Europe

SPACE network’s study entitled Exploratory Mapping of Intermediary Organisations – Supporting Performing Arts Circulation in Europe summarizes the results of a research mapping conducted by Cristina Farinha. The SPACE network linking national/regional organisations that promote performing arts mobility, with the support of the EU, conducted a pilot project in 2008-2010 and invested on the improvement of the sector’s intermediaries capacity building in view of fruitful and sustainable mobility. This exploratory mapping is meant to initiate a reflection on the sector’s organisational models and dynamics. This report discusses the intermediary position and features a set of profiles of organisations active in this domain, having the SPACE members as a case study, with a focus on the initiatives and tools put in place for mobility promotion. It contributes to drawing the sector’s institutional panorama within the EU and shedding light on its logics: the number and diversity of intermediaries in operation in each country/region, reflects the autonomy and regulation of the sector that in its turn, mirrors political, economical and geographical contexts.

As Cristina Farinha points out, “creating and performing across borders is key to develop and enrich the artistic experience for both creators and audiences. However operating within the European stages is complex and risky, yet challenging! Europe features an unbalanced scenario in what comes to the performing arts sector policies, infra-structures, working and social status and thus configuring disparate conditions for mobility. The support of intermediaries in relation to mobility promotion is then essential. Actually, the role of intermediaries is integral to the whole artistic process. Alongside with creators, intermediaries allow for art processes and outputs to take shape and place, delivering and facilitating arts interaction with audiences.”

The study finalises with recommendations for organisations and policy makers to integrate mobility as a structural feature to their practices. From local to international, across different institutional levels, the sector’s organisations may play an important mediation role in view of building up a (performing) arts community across borders.

Download the study here.

Source : Culturelink

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Lettre ouverte à Monsieur Barroso

La situation est paradoxale : jamais on n’aura évoqué aussi souvent en Europe le potentiel des industries culturelles et créatives et aussi peu soutenu la mise en oeuvre de politiques permettant de défendre et de promouvoir la diversité culturelle !
Alors que les défis qu’apporte notamment le numérique exigent des réponses ambitieuses, l’action politique européenne sombre, au contraire, dans le renoncement, voire le reniement :

  • la signature de la Convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle n’a pas incité la Commission européenne à exclure automatiquement les services audiovisuels et culturels des négociations commerciales qu’elle menait ;
  • la volonté de soutenir le développement des offres légales de biens culturels n’a pas été jusqu’à la mise en oeuvre générale d’une fiscalité réduite pour les biens numériques ;
  • le souci de prévoir des obligations de financement et d’exposition de la création européenne sur les nouveaux supports se heurte à des détournements de législation et des délocalisations au sein même de l’Europe.

Le choc est d’autant plus rude qu’il permet notamment aux géants américains et asiatiques de l’Internet de s’exonérer de toute obligation à l’égard de la création culturelle.
Avec la crise des finances publiques qui a amené la plupart des Etats européens à rogner sur les budgets destinés à la culture et à la création, l’Europe a plus que jamais sa place pour accompagner la préservation et la promotion de la diversité culturelle. Elle est même déterminante.
A l’heure où certains considèrent – à tort – que les évolutions technologiques ont ringardisé le soutien à la création, nous, artistes, cinéastes, écrivains, compositeurs, éditeurs de livres, producteurs de films ou de disques… considérons que c’est une idée moderne que d’empêcher une ou quelques cultures dominantes d’uniformiser les façons d’écrire et de penser. C’est une idée moderne et profondément européenne. C’est aussi une idée fragile que la mondialisation et l’économie numérique ne doivent pas faire vaciller.
Ce constat ne doit générer ni aigreur ni rancoeur. Il doit en revanche conduire la Commission européenne et son Président à reprendre le chemin de la cohérence et du dynamisme dans leur action en faveur de la diversité culturelle.
De toute évidence, ce ne sont ni de petits compromis ni le respect aveugle et naïf des grands principes de la concurrence qui permettront de renforcer l’identité et la création européennes, dans toute leur diversité, et d’appuyer de façon adéquate et efficace l’industrie européenne de la culture.
Assumer une fiscalité culturelle adaptée et modernisée à l’ère numérique, tenir compte de la culture dans les politiques communautaires ; simplifier l’examen des aides culturelles d’Etat et valider leur extension aux supports et outils numériques, notamment aux nouveaux modes de distribution et de diffusion des oeuvres ; refuser de faire de la culture une monnaie d’échange dans les négociations commerciales ; mettre fin au dumping fiscal au sein de l’Europe qui mine les bases du soutien à la diversité culturelle et qui fragilise les entreprises européennes au grand profit des multinationales extra-communautaires : voilà autant d’engagements clairs, sincères et désormais urgents que l’Europe doit prendre pour mettre en accord ses discours avec ses politiques.
A défaut, ce serait faire preuve d’une coupable faiblesse et d’une impuissance critiquable que de partir nus et désarmés face à cette bataille en faveur de la diversité et de la richesse de la culture européenne. La bataille est certes difficile, mais elle devrait pourtant nous réunir, nous avec nos créations, la Commission Européenne, avec ses actes et ses politiques. Le Parlement européen semble pour sa part l’avoir mieux compris.
C’est ni plus ni moins l’avenir d’une culture et de sa diversité, de ses industries et de ses emplois qui se joue sur le théâtre européen. Un théâtre dont les meilleures répliques sont encore à écrire si la politique le veut bien.

Coalitions européennes pour la diversité culturelle.

Pour signer la pétition, cliquez ici.

English version

It’s a paradoxical situation: never has there been so much talk in Europe of the potential of the cultural and creative industries, and so little support for implementing policies that would defend and promote cultural diversity!

While the challenges generated in particular by the digital age demand ambitious responses, European political action instead sinks into renunciation, even denial. Signing the UNESCO Convention on cultural diversity has not prompted the European Commission to automatically exclude audiovisual and cultural services from its trade negotiations. The will to encourage the development of the legal availability of cultural goods has not extended to a widescale tax reduction on digital goods. The concern for creating obligations to finance and provide exposure for European cultural creations on new media formats has run into legislation avoidance and business relocations within Europe itself. The impact is all the more brutal since it allows internet giants from Asia and America to exempt themselves from any obligations in terms of cultural creation.
As the public debt crisis has led most European states to pare back their budgets for culture and the arts, Europe has a greater role than ever to play – a decisive role even – in protecting and promoting cultural diversity.
At a time when some believe, wrongly, that technological developments have rendered support for the arts passé, we – artists, performers, actors, musicians, filmmakers, writers, composers, publishers, film and music producers – believe that making sure one or a few dominant cultures don’t homogenise ways of writing and thinking is a modern idea. A modern and deeply European idea. It is also a fragile idea that mustn’t be overwhelmed by globalisation and the digital economy.
This observation mustn’t be cause for bitterness or resentment. It must however lead the European Commission and its President to return to a consistent and forceful path of action in promoting cultural diversity.
Quite clearly, neither small compromises nor a blind and naive faith in broad market principles will be enough to strengthen European identity and creativity in all its diversity, or offer adequate and effective support for the European cultural industry.
Developing a system of taxation for cultural products that is tailored and updated for the digital age; factoring culture into EU policies; simplifying assessments for state cultural support and extending this support to digital tools and formats, especially new forms of distributing and broadcasting artworks; refusing to use culture as a bargaining chip in trade negotiations; putting an end to the fiscal dumping within Europe that undermines the bases of support for cultural diversity and weakens European companies in favour of non-EU multinationals – these are clear, genuine and now urgent commitments that Europe must make in order to bring its policies in line with its rhetoric.
Failure to take these measures is to enter the battle for the cultural wealth and diversity of Europe naked and unarmed, demonstrating a culpable weakness and reprehensible impotence. There is no question that the battle is a difficult one, but it should nevertheless bring us together – we with our creations and the European Commission with its actions and policies. The European Parliament, for its part, seems to have shown greater understanding of this issue.
It is no more and no less than the future of a culture, its diversity, its industry and its jobs that is being played out on the European stage. With strong political support, the best scenes of this play remain to be written.

Coalition française pour la diversité culturelle

Sign petition here.

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Services publics locaux : la révision bat son plein

L’Etat français, le Parlement européen et les acteurs locaux regrettent que des contraintes supplémentaires complexifient souvent la réforme du financement des services publics qui se veut pourtant simplificatrice. Certes, le régime “de minimis” s’avère plus souple, mais les aides supérieures à 15 millions d’euros seront davantage contrôlées.

La Commission européenne a fait connaître ses intentions le 16 septembre. Depuis, les prises de position se multiplient sur la réforme des aides publiques aux services d’intérêt économique général, acception large qui recouvre aussi bien le transport aérien que la petite enfance.
Très imprégnée par le respect de la concurrence, la conception européenne des services publics locaux évolue à la faveur de la crise et de l’expiration, cette année, des règles adoptées en 2005.

Services culturels

Bruxelles a fait bouger les lignes, en acceptant d’élargir à de nombreux services sociaux les règles de financement simplifiées jusqu’ici réservées aux hôpitaux et au logement aidé. Mais de l’avis de nombreux observateurs, la révision européenne reste insuffisante. La France aimerait par exemple que les services culturels bénéficient des mêmes souplesses que les services sociaux, exemptés par la réforme des contraintes de seuils au-delà desquels l’aide publique doit être notifiée à Bruxelles.
Dans le rapport de l’Allemand Peter Simon (S&D), adopté la semaine dernière par la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, les élus s’inquiètent des contraintes supplémentaires que l’exécutif européen fait peser sur les collectivités locales. La Commission a ajouté dans ses propositions toute une série de critères “pouvant se révéler nécessaires pour garantir que le développement des échanges n’est pas affecté”.
Parmi eux, le fait par exemple d’éviter qu’un mandat (acte par lequel une collectivité définit les services rendus) ne “regroupe une série de missions” et fasse “l’objet de mandats distincts”. La Commission l’explique par la volonté de préserver “la possibilité pour les autres prestataires de services de faire jouer la concurrence sur ce marché”. Les parlementaires, de leur côté, estiment que ces nouvelles conditions sont sources “d’incertitude juridique”.

Habitants et chiffre d’affaires

D’autres points font débat. La Commission européenne propose par exemple de relever le seuil des aides de faible montant (dites “de minimis”), en-deçà duquel les prestataires de services et les collectivités sont libérées des contraintes européennes. Mais elle y intègre des conditions liées au chiffre d’affaires de l’entreprise (5 millions d’euros sur 2 ans) et à la taille de la commune (10.000 habitants maximum). “Si un tel critère devait s’appliquer, la réforme irait à l’encontre de la simplification recherchée et très peu de collectivités françaises bénéficieraient de l’assouplissement annoncé des règles”, déduit la Maison européenne des pouvoirs locaux français, dans un contexte où beaucoup de petites communes françaises se regroupent pour mutualiser les SIEG.
Raisonnement identique sur la notion de chiffre d’affaires, jugée restrictive au regard de l’activité des entreprises : “Certains opérateurs ayant une dimension nationale peuvent très bien intervenir sur des activités de niveau local”, poursuit l’organisation.
Un point de vue partagé par le gouvernement français, qui souhaite faire sauter les deux verrous introduits par la Commission, sans toutefois encourager le relèvement du plafond des aides de minimis. La Maison européenne des pouvoirs locaux, comme le Comité des Régions plaident pour une augmentation drastique à 800.000 euros par an. La Commission propose 150.000 euros. La France, de son côté, penche davantage pour une limite de 450.000 euros, mais répartie sur trois ans, afin d’apporter la souplesse nécessaire à une compensation éventuelle des dépenses d’une année à l’autre.

“Incompréhension profonde”

D’autres limites introduites par Bruxelles sont contestées. Les aides supérieures à 15 millions d’euros devraient par exemple être notifiées auprès de la Commission qui jugera de leur légalité. Auparavant, le seuil était deux fois plus élevé. “Les associations tiennent à exprimer leur incompréhension profonde”, écrit la Maison européenne des pouvoirs locaux. Cette mesure, “difficilement applicable”, générera de “nombreux problèmes administratifs”, anticipe l’organisation.
Pour la Commission, ce regain de prudence est dicté par le développement de certains secteurs importants pour le marché intérieur, à l’instar des services à l’environnement. Avant d’appliquer de nouveaux seuils, une étude d’impact s’impose, estime Paris.
Si l’état d’esprit de la Commission européenne a changé, la culture de la méfiance ne s’est pas complètement évaporée des propositions. Bruxelles propose certes un système plus souple, où les Etats surveilleraient les surplus éventuels d’aides (“surcompensation”) tous les trois ans, renonçant au rythme annuel inadapté aujourd’hui en vigueur. Mais elle ne fait pas le distinguo entre les différents services d’intérêt général : “Les entreprises commerciales ne fonctionnent pas comme les entreprises sociales, qui ne peuvent pas réutiliser les aides publiques pour faire du business”, résume Laurent Ghekiere, représentant de l’Union sociale pour l’habitat à Bruxelles. Les modalités de contrôle devraient donc être adaptées en fonction du service rendu. Dans le domaine du logement social, vérifier que le résultat d’exploitation a bien été réinvesti dans le service public pourrait suffire, selon l’USH.
Rompant avec la logique du tout public, les parlementaires européens rebondissent sur les propositions récentes de la Commission et introduisent une innovation dans leur texte. Selon eux, les emprunts obligataires (project bonds), constitués d’apports publics largement complétés par le secteur privé, pourraient être un “vecteur majeur de développement des services d’intérêt général”.

Source : Localtis

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MEUSAC launches Funding 360.EU eNewsletter

In its commitment to assist Local Councils and NGOs in securing EU funding, MEUSAC has launched a monthly online newsletter as an access point to information on EU funds. The interactive online publication features the various funding calls whilst also providing background information on different aspects related to the process of project proposal submission.

This month’s issue is online on www.funding360.eu

Featuring this month:

  • Local and NGOs meet National Contact Points and Managing Authorities

Annoucement
:

  • Extension of Europe for Citizens call
  • Roberto Cimetta Fund Success Story – WebWheel (ESF Ireland)
  • EMYAN online art festival
  • Funding FAQs – Co-financing
  • The last INTERREG IVC call
  • STEP Beyond Fund
  • Intelligent Energy Europe 2011 Call

Should you require any further information on Funding 360.EU or other services offered by MEUSAC, please do not
hesitate to contact us on 2200 3300 or funding.meusac@gov.mt Subscribe to the Funding 360 web alert service on alerts@funding360.eu

Source : Funding360°.eu + Malta Council for Culture and The Arts

 

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Art for social change – Poland’s cultural plans for EU Presidency

The European Culture Congress, one of the most important events concerning the cultural programme for Polish Presidency of the European Union Council, is scheduled to take place in Wrocław on September 8-11. Its motto is “Art for social change.”

The Congress will be organized by the Ministry of Culture and National Heritage, the National Audiovisual Institute and the Wrocław City Hall. 

The Congress is to be distinguished from other similar initiatives by combining theory with practice. Discussions of intellectuals on the phenomena of modern culture will be accompanied by interdisciplinary projects with the participation of artists, theoreticians, culture animators and journalists from EU and Eastern Partnership countries including Umberto Eco, Vaclav Havel, Krystian Lupa and Andrzej Wajda. The starting point for the discussion on the role of art in the modern world will be a book by Prof. Zygmunt Bauman on the evolution of European culture and scenarios of its future development. The book will be created during the Congress. The Congress will create an opportunity for one of the most outstanding Polish composer Krzysztof Penderecki to meet Radiohead guitarist Jonn Greenwood and electronic music artist Aphex Twin. Another highlight of the Congress is to be a performance by Krystian Lupa based on a text by Dorota Masłowska.

Source : Polish Market Online Edition

 

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Cities driving the development of the creative industries

Despite the digital shift, cities are still at the heart of the European cultural and creative industries. And we now know that they have an important role in generating innovation too, as acknowledged by Innovation Union, and so it’s important understand what policymakers can do to help this process.

Berlin’s creative industries success has been built on a young, diverse population. Big, cheap buildings and a lively scene have helped the cities 24,000 cultural and creative businesses. But there has also been a big role for government. Small businesses are aided by a project helping them win EU regional funds, for example. In other parts of Europe, we see different approaches. The City of Zaragoza has launched its own observatory, to facilitate and guide the design of cultural policies in the city – but also to promote its work internationally. More here. In Westminster in the UK, heart of the UK creative sector, the local government now funds training, international business trips and cabling infrastructure. More here.

Aside from these business support initiatives, there are also flagwaving ones. The UNESCO Creative City award can be as big or as small a badge as the city makes of it. Some make a lot – Dublin had its ‘UNESCO City of Literature’ website up within hours of being awarded it – whereas Edinburgh only got bad press and controversy. European title holders include Ghent, Seville, Glasgow and Bologna, all Creative Cities of Music, Berlin (Design), Lyon (Media Arts), and Bradford (Film). This approach often focuses on encouraging tourism, but cities often try to benefit local businesses by involving them in the process.

Our own year as Capital of Culture has received great reviews and been a popular success but like everyone we want to know what the real impact has been. This has always been an academic preoccupation, but there are signs that policymakers are also getting interested. This summer saw the launch of the European Capitals of Culture: an international framework in research, which aims to help cities evaluate their activities in the spotlight. Most importantly, it should be a comparable framework allowing different approaches to be compared. The framework emerged from the Liverpool Impact’s 08 programme, and has the involvement of Ruhr.2010 so we admit an interest, but believe that it’s a pragmatic and suitable measure. More here. The framework is a broad brush approach, but there is also a lot to learn from the in-depth analysis of specific or unique strands of these programmes. So congratulations to Claire Bullen, who has won the Cultural Policy Research Award, receiving funding for her research project on “European Capitals of Culture and everyday cultural diversity: Comparing social relations and cultural policies in Liverpool and Marseille”. Essentially, she’ll be seeing if it makes the difference that it claims to – and how it affects ordinary people living in the cities.

And while we have one eye on our legacy, there is still a lot to come from Ruhr.2010 and the european centre for creative economy as we help to develop the creative industries in our own cities. Stay tuned for new announcements !

Source : Ecce, European centre for creative economy.

 

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Listening to culture

The European Commission is not always known for its accessibility and openness to new ideas, but it should now be listening to the responses to two major consultations. First, a group of experts submitted their thoughts on the cultural and creative industries as part of the Open Method of Coordination Groups. Second, responses came in from (not quite) across the continent commenting on the Green Paper on the Culture and Creative Industries.

The Open Method of Coordination is an intergovernmental and informal means of governance that runs on the principle that having international peers congratulate you on what you’re doing well, and shame you about what you are doing badly, will create change. There’s a more comprehensible run down of its function here.

The final reports have just been released from the four working groups, each of which released a separate report. These cover the mobility of culture professionals, the synergies between culture and education, museum activities, and the cultural and creative industries. The latter is most interesting and provides a useful summary of the big issues affecting the creative industries today. Recommendations include the well-worn “use best practices and statistics to demonstrate the importance and economic value of the CCIs” and the need to come up with a clear working definition of the sector. The report addresses agendas around skills, rewarding ventures within the sector, and emphasises the need to map the existing industries, a project potentially led by a new observatory. Full reports here.

Some of the ideas are very original, but it is the fundamental understanding of the sector that these reports outline that should be most useful for any policymaker. The reports were published in June and we are waiting to see whether they have any impact, or get lost in the Brussels fog.

 

The second big consultation news is the publication of submissions to the Green Paper on the Culture and Creative Industries. Some responses are interesting, some predictable, and some respondents appeared to have read a different Green Paper to us. Here are some of the key themes and selected highlights:

  • Unsurprisingly, everyone welcomed the green paper – it seems a standard opening to the statements. Submissions expressed ‘satisfaction’ (Govt of Poland), ‘welcomed’ it (Swedish Arts Council), or said that they “agree with the main arguments” (Arts Council England).
  • Many submissions reminded the EU of the unique features of the sector, a key theme of the OMC report too. For instance, they appreciated the cross cutting nature of the creative and cultural industries – and so the importance of linking them with other sectors and policies (Swedish Arts Council; Govt of Estonia)
  • The Sport Institute of Finland, appropriately, raises an issue about the definition of the creative and cultural industries and who should be included. Their work is included in Finnish definitions, but is probably not included in European ones. Is there a need to harmonise the definition across member states?
  • Amidst the support, there were comparatively few practical suggestions for new initiatives. The Dutch Creative Residency Network came up with some, including a suggestion for a new digital creative matchmaking service. Their submission frankly admits that “most creative companies are not the most organized businesses”.
  • And our own response, where amongst other points, we emphasised that European institutions should ensure their work complements, rather than challenges, existing regional, national and local developments. It can do this by creating and supporting platforms and structures that are transnational. For an example of what we mean by this, see the next news item.

It’s also interesting to note which countries’ governments are most engaged with the agenda. Those whose public bodies made most submissions were Sweden (12) closely followed by Germany (11) and then the UK (7). There were no submissions from public bodies in Cyprus, Greece, Hungary, Lithuania, Luxembourg, Malta, Slovakia and Slovenia. We hope that the opinions of smaller countries and those from South East Europe are being heard in other ways. 

Also, we note the absence in the submissions of evidence and research to back up views – often responses relied on quoting the Commission’s own statistics back at them. We think ‘new research’ should be another recommendation, and they should give special consideration to promising projects on the cultural and creative industries across the whole of the EU, such as EDUCULT’s proposed research into the different resources given towards cultural education (more on that here).

Source : Ecce, European centre for creative economy.

 

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XV Plenary session of the Cultural Sector Conference in Santiago de Compostela

The Minister of Culture, Ángeles González-Sinde, presided at the Hostal de los Reyes Católicos in Santiago de Compostela, the XV Plenary Meeting of the Cultural Sector, which brings together officials from the Ministry of Culture and representatives for culture from all the Autonomous Communities in Spain and the autonomous cities of Ceuta and Melilla.

At the beginning of the meeting, the General Director of Policy and Cultural Industries and the Minister of Culture and Tourism of Extremadura reported on developments from the Board of Education, Youth and Culture held on 18 and 19 November, which addressed a digital strategy for Europe (cultural / audiovisual). Conclusions were also adopted on the Work Plan for Culture (2011-2014), the role of culture in the fight against poverty and social exclusion, European film heritage and the challenges of the digital age and European cinema in the digital age.

Also, the General Director of Policy and Cultural Industries reported on the results of the pre-selection of candidates for the European Capital of Culture for 2016. Cities that have passed into the final selection stage are Burgos, Córdoba, Donostia / San Sebastian, Las Palmas de Gran Canaria, Segovia and Zaragoza.

Plenary Agreements
The study on cultural infrastructure management, shows that both in new cultural facilities and in regard to the proper maintenance and use of existing infrastructure, there needs to be laid clear actions and management models to deal with those susceptible in the current context of the need for optimization of existing resources. Therefore, the House has approved the creation, within the framework of the Sector Conference on Culture and according to Article 12 of its Rules, a Working Group to study and make proposals concerning a new management model for cultural infrastructure.

In addition, a new uniform criteria for all calls has been adopted, as has an agreement to appoint three independent representatives to the assessment committee for grant calls from the Ministry of Culture for the year 2011.

Finally, the House has approved the renewal of the Second Vice President of the Cultural Sector Conference. In 2011 the post will be given to the Minister of Culture and Tourism of the Autonomous Community of Asturias.

 

Source : Ministerio de Cultura.

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Forum Sostenuto

Petit rappel à propos d’un événement exceptionnel : le forum expérimental sur la culture et l’innovation sociale en Europe et dans l’espace Med, proposé dans le cadre du projet Sostenuto (tout aussi exceptionnel) “Penser la culture comme facteur d’innovation économique et sociale”.

Le cadre

De nombreux acteurs artistiques et culturels dans l’espace Med, en Europe ou dans le monde, ont pris acte des transformations importantes de nos sociétés et des difficultés qui en découlent. Ils investissent leur fonction d’expérimentateurs, d’explorateurs proposant de nouvelles voies.

En ce moment de crises multiples et confuses, l’Union européenne se cherche de nouvelles perspectives au travers de sa stratégie UE 2020. Dans ce contexte, il apparaît important de rappeler comment les acteurs culturels font face aux transformations sociales, à celles des politiques publiques ou celles des pratiques culturelles et artistiques (nouvelles pratiques communautaires, intégration des technologies de la communication, etc.).

Le Forum

A Ljubljana, les organisateurs font un pari : est-il possible, pendant trois jours, de rassembler nos intelligences, nos expériences et nos désirs afin de prendre collectivement position ? De démontrer le rôle déterminant que nous assumons dans ce moment de notre histoire, éclairant les sens, reconstruisant les solidarités, proposant de nouveaux modes de pensées, d’organisations et de relations.

Nous le pensons !

Vous êtes conviés à cette expérience où les acteurs tenteront de faire le point, sur leurs capacités à :

  • initier et accompagner les transformations économiques et sociales,
  • interroger un nouveau mode de relations sociales plus confiantes et solidaires,
  • créer de nouveaux modes de partage des savoirs et des richesses de nos sociétés.

Le forum débouchera notamment sur une déclaration commune, affirmant le souhait des acteurs dans cette redéfinition de l’action artistique et culturelle dans le champ social. Les organisateurs espèrent que cette déclaration reflètera les engagements et les analyses, mais aussi les espérances des acteurs présents dans une société européenne faisant de la citoyenneté, du partage et de la solidarité un des fondements de sa construction. Cette déclaration, rédigée collectivement, sera appuyée sur les échanges de savoirs et d’expériences.

Au programme :

  • une université ouverte
  • des forums d’échange d’expériences
  • une clinique des droits culturels
  • des ateliers d’écriture de la déclaration

Pour consulter le détail des activités de ces 3 jours et s’inscrire au Forum, cliquez ici

Pour plus d’informations sur le projet Sostenuto, cliquez ici.

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Access to culture

La Plateforme sur l’Accès à la Culture est en ligne depuis le 9 juin 2010. Sur www.access-to-culture.eu vous pourrez suivre le calendrier des activités et les actualités, télécharger des documents et recherches et trouver des informations utiles sur le cadre dans lequel les plateformes ont été créées. Le site contient aussi des liens vers les pages de tous les réseaux participants pour des informations détaillées sur chacun d’eux. Un aperçu précieux sur la diversité et l’expertise représentées dans la Plateforme sur l’Accès à la Culture.
Vous aussi pouvez avoir une voix : vous avez un exemple de bonnes pratiques que vous voudriez partager ? Vous organisez une conférence/ réunion et voudriez des informations sur le travail de la Plateforme ? Trouvez les formulaires sur www.access-to-culture.eu et engagez-vous.

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Pour une politique culturelle plus forte en Europe

Le 9 juillet 2010, s’est tenu à Avignon le rassemblement « Quelles politiques culturelles pour les régions européennes d’aujourd’hui ? » auquel ont participé, entre autres, Jacques Delors ancien président de la Commission européenne, Mercedes Bresso, présidente du Comité des Régions ainsi que des élus régionaux et locaux.

Les participants ont signé la déclaration d’Avignon appelant l’Union européenne à mener une politique forte en matière culturelle.

Cette déclaration demande que soient réaffirmées dans le cadre de la prochaine stratégie de l’Union européenne pour 2020 :

  • une vision de l’Europe conciliant développement économique, développement social et développement humain, soulignant ainsi notre responsabilité universelle ;
  • une politique communautaire considérant les territoires comme des acteurs essentiels du projet européen, où se mettent en œuvre tous les aspects politiques (démocratiques, économiques et sociaux) et se conçoivent des gouvernances permettant d’associer tous les acteurs du changement ;
  • une vision de la culture, certes constitutive d’identités, mais principalement destinée à l’élaboration d’un « vivre ensemble » ouvert au monde et à ses transformations ;
  • la place de la création artistique dans une politique culturelle européenne, comme moyen privilégié de réconcilier goût du futur, attachement au patrimoine et ouverture aux autres.

Source : MEPLF

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La dimension culturelle de l’Union Européenne

Le projet Europmedinculture 2010 Citizenship, soutenu par la Commission Européenne, vise à promouvoir l’implication active des citoyens dans le débat sur la dimension culturelle de l’Union.

A cet effet, un questionnaire a été conçu pour recueillir les points de vue sur plusieurs sujets particulièrement stratégiques pour l’avenir de l’Europe :

  • la relation entre éducation et culture,
  • la mobilité des artistes et des professionnels de la culture,
  • les impacts économiques et sociaux de l’action culturelle,
  • les relations culturelles de l’Europe avec le reste du monde.

Même si ce questionnaire s’adresse d’abord aux professionnels de la culture et aux services publics de la culture, il est ouvert à tous. C’est donc l’occasion rêvée de se faire entendre. Il faut bien reconnaître que le sujet demeure très sensible, problématique, sous-traité dans les médias et pour lequel tout reste à faire, ou presque.

Pour y accéder en plusieurs langues, cliquez ici (rubrique dans la colonne de droite).

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Consultation publique sur la stratégie de l’UE 2020 : premiers résultats

Il y a quelques semaines, la Commission européenne lançait une vaste consultation sur la stratégie de l’UE à l’horizon 2020, laquelle doit prendre la suite de la Stratégie de Lisbonne définie en 2000. De nombreux acteurs issus notamment du monde des collectivités se sont exprimés à cette occasion. Ainsi, la Commission a récemment publié deux documents dans le contexte de la préparation de la stratégie de l’UE 2020.

La Commission a lancé une consultation publique sur la stratégie de l’UE 2020 en novembre 2009, qui s’est clôturée le 15 janvier 2010. Quelque 1500 contributions ont été envoyées par une grande variété de parties intéressées. Une analyse plus détaillée des contributions devrait être publiée vers la mi-février. En attendant, les premiers résultats sont disponibles et révèlent une très large participation à cette réflexion.

Source : territorial.fr

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Istanbul fait partie de l’Europe

Istanbul est avec Essen et Pécs Capitale européenne de la culture 2010. Nedim Gürsel, écrivain turc habitant à Paris, saisit l’occasion pour rendre hommage à sa ville de naissance: “Istanbul est la capitale culturelle de l’Europe en 2010, ce qui pourrait paraître paradoxal pour la capitale des sultans ottomans, mais aussi pour la ville de Pierre Loti, le chantre d’Istanbul … qu’il voulait orientale. Istanbul a fait tant rêver les Européens à la fin du XIXe siècle en tant que porte de l’Orient ou la Sublime Porte, comme on l’appelait à l’époque, qu’il nous est difficile aujourd’hui de la concevoir en dehors de son mythe. Pourtant, à cheval entre les deux continents et reliant les deux rives du Bosphore, cette mégalopole de près de quinze millions d’habitants, qui ne cesse de s’étendre et de se développer, revendique sa place parmi les villes européennes. … Pour avoir visité presque toutes les capitales européennes je ne peux m’empêcher de penser à l’avenir d’une Europe qui laisserait Istanbul hors de ses frontières.”

Source : BpB.

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La présidence espagnole de l’Union : nouvelle étape pour la culture ?

La ministre espagnole de la culture, Angeles Gonzales-Sinde, a récemment présenté un vaste programme pour les 6 mois de la Présidence espagnole de l’Union européenne qui vient de débuter. L’objectif n’est pas simplement de donner à voir la grande valeur ainsi que la diversité du patrimoine culturel espagnol, ni de démontrer son lien traditionnellement fort avec la modernité et l’innovation. Non, car cela confèrerait une nouvelle fois à l’Europe une image d’instrument de communication politique nationale. Au contraire, la démarche politique de la ministre et de son gouvernement est en réalité beaucoup plus volontariste, à l’image d’une Espagne qui doit retrouver la dynamique européenne dans laquelle elle se trouvait au début des années 2000.

Il est tout d’abord important de rappeler que la Présidence espagnole s’inscrit dans un nouveau cycle : un trio de présidences mené en coordination avec la Belgique et la Hongrie. Ses grandes priorités se distinguent nettement du trio précédent et tourneront autour de la lutte pour la reprise économique, la citoyenneté européenne du XXIe siècle, l’égalité entre les hommes et les femmes, l’impulsion de l’Europe en tant qu’acteur mondial et la mise en place du Traité de Lisbonne après sa récente entrée en vigueur.

Lors du semestre à venir, ce sont donc deux très importantes réunions des ministres de la Culture de Etats membres qui se dérouleront le 31 mars à Barcelone (autour de la question du développement des industries culturelles à un niveau européen) et le 11 mai à Bruxelles (pour discuter des enjeux de la contribution du secteur au développement régional, de la culture comme moteur du changement économique local et du développement des modèles de contenus numériques). La ministre coordonnera également personnellement plusieurs rencontres autour de la protection du patrimoine culturel européen, de la numérisation du cinéma et de la mobilité des artistes, et souhaite que la Présidence espagnole de l’Union laisse une contribution de long terme pour l’avenir du patrimoine culturel européen.

Elle a ainsi dévoilé les trois priorités de son programme :

  • renforcer l’identité de la culture européenne et promouvoir le tourisme culturel ;
  • promouvoir les cultures numériques et encourager les offres légales des contenus numériques ;
  • faire avancer la culture dans son rôle de moteur du développement économique et social.

Au-delà des priorités ou des axes programmatiques qui sont le lot quotidien de ces grands rendez-vous institutionnels européens et qui pour une bonne partie ne sont que l’application de principes du Traité de Lisbonne, cette Présidence pourrait bien marquer un tournant dans la politique européenne culturelle, notamment au regard des différentes phases de sa préparation et de l’état d’esprit dans lequel cette préparation a eu lieu.

Comme nous l’évoquions en décembre dernier, la préparation de cette Présidence fut tout sauf une mise en commun des moyens de communication gouvernementale à des fins politiciennes mais un travail en profondeur sur les stratégies et les contenus avec les experts de plusieurs pays de l’Union. Nous avions notamment évoqué les différentes rencontres avec les experts britanniques où les questions de l’innovation et de l’action culturelle comme leviers économiques ont été abordées comme aussi importantes pour les industries que pour les territoires.

En tout état de cause, la Présidence espagnole pourrait bien se distinguer fortement des trois Présidences précédentes (française, suédoise et tchèque), Présidences qui en matière de culture n’ont pas permis au secteur culturel de trouver le bon cap, malgré un agenda culturel pourtant ambitieux et structurant mais qui peine à « descendre » au niveau du terrain. Il faut notamment considérer les difficultés entre les échelons local, régional, national et européen qui ont même eu tendance à plonger plus encore les acteurs culturels dans la confusion. Le cas des critères « développement durable » récemment apparus dans les dossiers FEDER en témoigne : aujourd’hui, pour obtenir un financement culturel européen via le FEDER, il faut remplir plus de critères de développement durable que de critères proprement culturels.

Le risque pour tout projet culturel est « dévier » de ses objectifs initiaux en tentant d’intégrer le mieux possible ces critères pour espérer être dans les meilleures conditions d’éligibilité aux financements européens. Ce n’est pas cela le changement de société attendu, y compris par les tenants du développement durable eux-mêmes, et les acteurs culturels en sont pour le moins désorientés.

Le deuxième risque, plus idéologique, est que les acteurs culturels, tout comme le citoyen-consommateur lambda, se voient contraints par la « préoccupation » du développement durable de réorienter leurs projets au détriment de leur mission vocative. On constate déjà que la reconversation verte de nos économies à marche forcée dictée par une nouvelle soif de profit financier est parvenue, à partir d’une extrême sensibilisation des consciences, à pénétrer et bouleverser des secteurs entiers de nos industries et de nos services, déclenchant au-delà de l’effet de mode une frénésie qui n’a rien de spontanné.

Les acteurs de la culture ont fort à faire pour résister à ce phénomène mais le volet environnemental de la “révolution verte” s’étant déjà imposé comme la nouvelle religion capitaliste (galvaudant ainsi sa philosophie initiale), il leur faudra plus que de l’esprit de résistance (qui ne serait en définitive que l’énergie d’un autre désespoir). Lorsqu’on sait l’importance des financements européens dans les financements croisés des projets des acteurs de la culture (jusqu’à 40% du budget total des projets), il y a de quoi s’inquiéter. Il faut d’autant plus s’inquiéter de la prédominance des ces critères ou indicateurs de performance qui appartiennent à la sphère du développement durable, parce que le développement durable dans son acception française n’a pas grand chose à voir avec la réalité des enjeux de soutenabilité de la culture et de l’action des professionnels de la culture.

Si la mise en place de démarches tranversales issues de l’agenda européen de la culture qui intègrent des préoccupations de « développement durable » n’est pas le résultat d’un effort de définition, de co-élaboration et de pédagogie provenant de la réalité de l’action culturelle confrontée aux problématiques de leur durabilité et de leur soutenabilité, les critères seront forcément inadéquats et prêteront à interprétations.

La Présidence espagnole de l’Union européenne est consciente du problème puisqu’elle l’avait clairement posé pendant la préparation de sa Présidence. Il faut désormais intégrer plus fortement l’expersite des acteurs culturels eux-mêmes en leur demandant de participer à la réflexion sur la défintion des critères qui au regard des caractéristiques de l’action culturelle, créent des conditions de « développement durable » dont certains (pas n’importe lesquels, comme nous le verrons dans un prochain post) contribuent à une partie de la soutenabilité de l’action culturelle en Europe.

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La place de la culture dans l’Europe de demain

Le 17 décembre 2009, l’ADCEI et ses partenaires du réseau Euromedinculture(s) ont remis à la Commission européenne les recommandations finales sur la place de la culture en Europe. Celles-ci sont issues de la consultation citoyenne qui a eu lieu en 2009 au cours de neuf forum régionaux. Ce projet, avec le soutien de la Commission européenne dans le cadre du programme L’Europe pour les citoyens, a rassemblé citoyens, professionnels de la culture et décideurs de différents payas, venus s’exprimer sur les défis majeurs de l’Agenda européen pour la Culture. Parallèlement, une questionnaire a été diffusé en grand nombre, puis analysé par des experts dans chaque pays participant. Cette démarche européenne s’est ouverte à la Méditerranée grâce au partenaire tunisien d’Euromedinculture(s) qui a traduit et diffusé le questionnaire en arabe et organiser un forum local. Un grand forum européen a permis, deux jours durant, à 1200 personnes réunies à Montpellier, de discuter sur la base des conclusions préliminaires proposées par les partenaires du projet. Plusieurs autres membres européens et méditerranéens du réseau ont également pu prendre part à ce grand débat public, grâce au soutien du Conseil régional Languedoc-Roussillon.

La place de la culture dans l’Europe de demain. Document de synthèse est le résultat de l’ensemble de ce processus. Il bénéficie d’une très large diffusion dans le but d’être utile aux institutions européennes, en donnant de la matière à leurs délibérations.

Source : ministère de la Culture et de la CommunicationEuromedinculture(s)

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Les britanniques et les espagnols planchent sur l’innovation et la culture

La réunion inaugurale du XIIIème forum entre la Grande-Bretagne et l’Espagne qui s’est tenu récemment à Madrid fut présidée par les ministres de la culture espagnol et britannique et avait pour thème l’innovation et la créativité dans le monde culturel. Ce forum a servi à la prochaine présidence espagnole de l’Union Européenne de préparer une part importante de l’agenda européen, où le rôle joué par la culture dans l’économie, l’emploi, l’innovation, la compétitivité et la création est considérable.

Les experts britanniques et espagnols qui ont planché sur ces questions dans les quartiers de l’ambassade britannique à Madrid ont mis en œuvre un programme de travail des plus chargés, où l’innovation et l’action culturelle constituent même en temps de crise des leviers importants autant pour les industries dites « créatives » (télécommunications, mode, jeux, design, etc.), l’attractivité et le rayonnement des territoires, que pour le modèle de société à construire. Par ailleurs le poids stratégique de la langue anglaise et de la langue espagnole dans le monde étant considéré comme un atout majeur et une forte expérience accumulée, le vecteur économique et culturel que constituent les langues n’a pas non plus été occulté dans la travaux.

Le panel d’experts invités était impressionnant, mélangeant intellectuels, scientifiques, et entrepreneurs mais ce qui a surtout frappé les esprits c’est la détermination des deux pays à proposer des alternatives à la sempiternelle opposition entre les modèles idéologiques dominants qui se sont succédés les uns après les autres à la conduite de l’Europe. Le souci du citoyen européen et de la construction d’une société européenne hélas toujours hésitante ont prévalu et il faut s’en réjouir car cela augure peut-être d’une nouvelle étape importante pour la cohésion et la solidarité de l’Union, à l’heure où les questions d’identité et de nation prennent une part inquiétante dans les débats publics.

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