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Solidarité et performance ?

Dans le rapport intitulé “Solidarité et performance : les enjeux de la maîtrise des dépenses publiques locales”. Le rapporteur souligne que le nombre élevé des échelons d’administration locale est un facteur de surcoût qui doit être maîtrisé. A cet effet, il préconise notamment de rendre obligatoire la conclusion d’un contrat d’objectifs, le cas échéant pluriannuel, entre les collectivités territoriales et toute association bénéficiaire d’une subvention supérieure à un certain montant. 

M. Denis Jacquat (député UMP – Moselle) attire l’attention de M. le ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique sur les propositions exprimées dans ce rapport et le remercie de bien vouloir lui faire connaître son avis à ce sujet. 

Réponse du ministre publiée au JO le 14/10/2008 
Le ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique a pris connaissance avec intérêt de la proposition visant à rendre obligatoire la conclusion d’un contrat d’objectifs entre les collectivités territoriales et toute association bénéficiaire d’une subvention supérieure à un certain montant. 
Le rapport intitulé « Solidarité et performance : les enjeux de la maîtrise des dépenses locales » souligne en effet l’importance du financement public des associations. 
Les collectivités territoriales peuvent d’ores et déjà imposer les formalités préalables qu’elles jugent nécessaires au versement des subventions aux associations. 
Certaines collectivités font ainsi réaliser les contrôles nécessaires par leurs services d’audit interne, sur les associations auxquelles elles versent des subventions. 
Nombre d’entre elles ont formalisé des contrats d’objectifs avec ces associations. 
Des dispositifs communs avec l’État, notamment dans la politique de la ville, systématisent également de telles démarches contractuelles. 
Il est donc tout à fait souhaitable que les collectivités territoriales poursuivent dans la voie de la maîtrise des concours qu’elles apportent aux associations en mobilisant les moyens de contrôle qui relèvent de leur initiative.

A l’instar de nombreux commentaires survenus depuis, on peut s’étonner du rapprochement des termes solidarité et performance. Au-delà du débat idéologique où tout oppose les deux termes ne serait-ce que sur le principe, la transformation de la société française et de la manière dont nos institutions gèrent l’action publique mériterait que la mobilisation des professionnels des secteurs concernés soit plus présente dans le débat public pour réellement savoir quelles sont les conditions de la pérénisation de notre système de solidarité et pour en traiter les enjeux en connaissance de cause. Si la fin de l’ère des subventions est dores et déjà en marche, comment les secteurs concernés (qui réprésentent, faut-il encore le rappeler ?,  une part importante sur le plan de l’économie, de l’emploi et de la mission de l’action publique dans de nombreux domaines) peuvent-ils s’adapter ? Le train ne pourra pas être pris en marche et nombreux sont celles et ceux qui risquent de rester à quai. C’est un risque que personne ne peut se permettre de courrir sans aggraver le caractère déjà désastreux de la situation actuelle. Solidarité et performance opposent, solidarité et responsabilité obligent.

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RGPP, retour sur la méthode

Nous évoquions hier l’absence de pédagogie et d’explication en ce qui concerne la réforme du ministère de la Culture et de la Communication dans le cadre de la RGPP. Nous avons souhaité résumer dans un premier temps la méthode mise en place depuis le début de l’année 2008.

Retour donc sur le déroulé des Entretiens de Valois, vecteur support de la réflexion et dont la dernière assemblée plénière en date, la quatrième, s’est tenue le 9 septembre dernier au ministère de la Culture et de Communication. Son objectif était de mettre en place les travaux des trois prochains mois, trois mois qui sont suivis de près par tout le secteur.

Lors de la première réunion des Entretiens de Valois qui s’est tenue le 11 février 2008, l’objectif a été énoncé d’engager une réflexion sur l’avenir du spectacle vivant, notamment en relevant les défis que constituent les mutations de l’art aujourd’hui et la structuration de l’emploi culturel.


Lors de la deuxième assemblée plénière, le 13 mai 2008, les six présidents des groupes de travail qui ont été mis en place précédemment ont présenté les rapports d’étapes qu’ils ont pu élaborer à la suite d’auditions et de réunions avec des représentant des syndicats d’employeurs et de salariés, les associations de collectivités territoriales, les organismes professionnels, les sociétés de droit d’auteur ainsi que des personnalités qualifiées.
Les présidents des groupes de travail se sont ensuite engagés à proposer des mesures concrètes d’ici la fin du mois de juin sur :

1 – La place du service public de la culture, de l’artiste et de la création dans les politiques publiques d’aujourd’hui ; les responsabilités et compétences respectives de l’Etat et des collectivités territoriales ; les politiques partenariales Etat-Collectivités
.

2 – L’articulation création-production-diffusion, les liens « public-privé »
.

3 – Les missions des réseaux, dont la place de la création ; l’éducation artistique ; le développement et la diversification des publics ; les liens avec les équipes indépendantes
.

4 – Politique culturelle de l’emploi artistique : structuration, professionnalisation, formation, transmission des savoirs.


5 – Les politiques culturelles européennes et internationales
.

6 – L’observation et la connaissance du spectacle vivant.

 

Christine Albanel a annoncé le 24 juin 2008, à l’issue de la troisième assemblée plénière, l’élaboration d’une démarche opérationnelle et synthétique fondée sur trois axes donnant lieu à trois groupes de réflexion :

1
- La clarification des politiques publiques, et notamment nos systèmes de soutien aux structures et aux équipes artistiques.


2 – Les méthodes et outils pour une politique de l’emploi du spectacle vivant.


3 – L’inscription de ces politiques dans un cadre communautaire et international.

 

La Ministre de la culture et de la communication a élaboré le calendrier suivant :


- 10 juillet : relance du Conseil des Collectivités Territoriales pour le Développement Culturel
.

- Juillet : entretien avec les responsables des fédérations professionnelles d’employeurs et de salariés pour évoquer la poursuite des travaux.


- Eté 2008 : expertise de l’ensemble des préconisations du rapport d’étape.


- 9 septembre : assemblée plénière des Entretiens de Valois pour valider les modalités d’organisation du travail pendant le dernier trimestre 2008


- 15 décembre : remise d’un rapport contenant des mesures concrètes.

Le 9 septembre 2008 s’est tenue la quatrième assemblée plénière où Christine Albanel a notamment rappelé la vocation des Entretiens de Valois de nourrir les évolutions de la politique et du spectacle vivant dans le cadre de la RGPP. Ainsi, il est attendu que trois groupes de travail fassent des propositions opérationnelles pour le mois de décembre sur les thèmes suivants :

-  clarification des politiques publiques,

-   politique de l’emploi,

-   plateforme de préfiguration d’un observatoire national du spectacle vivant.

Les derniers travaux ont débuté au 30 septembre dernier. Reste à savoir si l’élagage manifeste de ce déroulé méthodologique permettra malgré tout de ne pas laisser des problématiques sur le bas côté. Nous attendons, non sans une certaine impatience, de pouvoir prendre connaissance du rapport final.

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RGPP, l’avenir en question

La révision générale des politiques publiques, dite RGPP, (la réforme de l’Etat dont l’objectif vise à rationaliser les dépenses et améliorer la qualité des politiques publiques), a posé une question simple et récurrente : comment améliorer l’action du ministère de la culture avec moins de moyens ? Désormais cette question ne parvient plus à éluder celle de l’avenir des politiques culturelles.

Question récurrente en effet puisque depuis la LOLF en 2001 (loi organique relative aux lois de finances) une nouvelle architecture budgétaire a été introduite, architecture que le ministère a dû intégrer en cherchant à la fois à mettre en place l’efficience et les programmes d’action et d’objectifs requis par la loi.

Sans rentrer dans les détails du bilan de la LOLF, le mérite de cette nouvelle architecture budgétaire aura été de rendre plus lisible la gestion publique, de responsabiliser le management et d’introduire des mesures d’efficacité. Mais cette meilleure lisibilité aura surtout permis de mettre en évidence les difficultés de financer la culture en France, les difficultés de mise en œuvre des missions du ministère, les difficultés dans la collaboration avec les collectivités territoriales ainsi que certains décalages préoccupants avec les professionnels de la culture et des arts.

Ces difficultés ne résument pas pour autant la réalité quotidienne du travail du ministère et de son administration déconcentrée, bien au contraire et fort heureusement. En revanche, ces difficultés doivent malgré tout être appréhendées en ce sens que le contexte actuel de « refondation des systèmes » pose à nouveau la question du rôle des Etats. Et la mise en œuvre de la nouvelle organisation du ministère de la culture annoncée fin avril 2008 mérite d’être observée car elle augure des conditions d’application du budget 2009.

À l’issue d’un audit piloté par l’inspecteur général des finances François Auvigne, le conseil de modernisation des politiques publiques a rendu publiques les premières orientations fin 2007, qui a débouché sur des projets de réforme au printemps 2008, un ensemble de mesures structurantes a ainsi été programmé pour entrer progressivement en vigueur d’ici 2011.

Comme les autres ministères, la Rue de Valois a dû se plier à l’exercice prospectif, exercice qui a alimenté l’inquiétude des agents. Dans un document que le journal Le Monde s’est procuré fin 2007, il était demandé aux responsables des directions de mesurer les “gains et économies attendus”, mais aussi le “risque politique” et “social” de trois scénarios à l’horizon 2009-2011 : une stagnation en volume des crédits et des moyens en personnel, une baisse de 10 % et une baisse de 20 %. Autre question : quel serait l’avenir de tel dispositif “en cas de désengagement de l’Etat” ?

Si la question de la fin de l’ère des subventions est devenue de plus en plus oppressante depuis 2001 et les marges de manœuvre n’ont jamais paru aussi restreintes (c’est ce qu’on nous dit chaque année), il apparaît malgré tout qu’elle n’est que la face émergée de l’iceberg. La question est particulièrement préoccupante car une grande partie de la démocratisation culturelle « à la française » en dépend. C’est toute l’architecture de la doctrine de la culture de la Vème république qui est atteinte en définitive et les reculs successifs devant des réformes pourtant essentielles auraient permis d’éviter les à-coups où les marches trop importantes qui sont aujourd’hui à gravir dans l’urgence. Cette spécificité française est en train de devenir le deuil de toute une certaine école « gestionnaire » de la République, toutes tendances politiques confondues.

Le mouvement désormais enclenché peut être perçu de deux manières. Soit on considère que les économies qui résulteront de la RGPP auront un impact infime sur la dépense et un impact très important sur la vie culturelle, soit on considère qu’il s’agit d’un recentrage et d’une consolidation des missions fondatrices du ministère (entretien du patrimoine, la création, la transmission des savoir) pour pérenniser ce qui peut encore l’être.

En tout état de cause, tout indique (au moins sur le papier) que la structuration sectorielle va disparaître au niveau de l’organisation générale et du management, organisation qui au niveau souverain favorise sans le dire l’instrumentalisation de la culture par le pouvoir tout en assumant une volonté simplificatrice dans le retrait de l’Etat et qui au niveau européen vise à une mise en adéquation avec l’agenda 2009 de la culture.

On s’interroge donc sur le bien fondé de tout cela, d’autant que l’approche politique actuelle analyse que depuis sa création en 1959, le développement du ministère chargé de la Culture s’est caractérisé par une expansion administrative et un primat de la politique de l’offre, pointant les insuffisances connues de longue date et sur lesquelles tous les gouvernements se sont brisés les ailes : déséquilibre persistant entre Paris et les régions, logique toujours plus affirmée de guichets et de projets ponctuels au détriment de la cohérence d’ensemble, la conviction que l’élargissement de l’offre suscitera presque naturellement celle des publics, etc.  En ce sens, les politiques culturelles seraient en partie en décalage avec les pratiques et les attentes exprimées par nos concitoyens.

Si le diagnostic peut se partager ou faire l’objet de débats d’arrière-garde, les réponses apportées soulèvent malheureusement encore des questions pour l’avenir. Est-ce un ajustement d’un des ministères les moins enclins au changement, est-ce la création des conditions d’une politique de la demande immédiate, empreinte de vue à court terme et de gestion de crise, est-ce une tentative de découpage de l’exception culturelle à la française, est-ce la découverte d’un cercle réformiste vertueux ?

Force est de constater qu’en l’état, il est impossible de répondre précisément tant il manque des points de repères fondamentaux, une réelle pédagogie de la réforme (mais le dialogue social est-il vraiment possible ne serait-ce qu’au au sein du ministère ?), tant la communication est d’une faiblesse rarement atteinte face à l’importance des enjeux appréhendés et que par ailleurs il manque de nombreuses prises d’initiatives. Sur ce dernier point notamment, on peut s’interroger sur les conséquences de l’absence d’une amplification de la loi sur le mécénat et plus particulièrement de son volet fiscal. Comment l’Etat peut-il maintenir et susciter le désir de culture dans le contexte actuel sans trouver des relais financiers et des partenaires prêts à s’engager ? À l’heure où de nombreuses voix se font entendre sur les dangers de la privatisation et d’une marchandisation de la culture dans le modèle français, il manque dans cette réorganisation du ministère un nombre important de garanties qui permettent de mieux comprendre ce qui se trame.

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