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Journée mondiale de la diversité culturelle 2013 : un silence assourdissant et alarmant

Le 21 mai est la Journée mondiale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement, mais saviez-vous qu’elle a vraiment eu lieu mardi dernier ? Si vous avez regardé la plupart des médias nationaux ce jour-là, il fallait être devin.

Pire encore, si vous faites partie de la majorité des français qui regardent le journal télévisé : rien absolument rien.

On ne s’étonne hélas plus de voir les grands médias (y compris l’audiovisuel public) vouloir/devoir faire de l’audience et dire en même temps (études à l’appui) que ce qui est diffusé correspond à ce que les téléspectateurs veulent voir ou à ce dont on se doit de les informer.

Mais là, trop c’est trop. Petit florilège des journaux de 20h mardi dernier :

  • la météo, pas d’amélioration en vue avant quinze jours, il pleut, de l’eau, de l’eau qui déborde, de la grisaille, des températures inférieures à la normale, on remet le chauffage, on n’a pas vu ça depuis des années, l’été est en retard, il n’y a plus de saisons, etc.
  • la tornade dans l’Oklahoma, l’horreur climatique, sommes-nous exposés à ce type de catastrophe en France et nos habitations sont-elles bien protégées ? les dernières tornades en France, la plus destructrice, etc.
  • le mauvais temps en France a des conséquences sur de nombreux domaines d’activité, les récoltes sont compromises, les agriculteurs dépriment et certains vont mettre la clé sous la porte, le temps ne donne pas envie d’acheter des crudités, les conséquences de toutes ces pluies sur les prix sur les marchés et sur nos factures d’énergie, les professionnels du tourisme se désespèrent, on se rabat sur les centres de bronzage et de luminothérapie pour tenir le coup car sans soleil on déprime, tout cela ne va pas aider à faire baisser le chômage, cela en ajoute à la crise, etc.

Pléthore de sujets de ce type pendant les 20-25 premières minutes selon les chaînes, dans un journal qui dure entre 30 et 35 minutes.

On enlève les 5 dernières minutes réservées au festival de Cannes, au sport ou aux célébrités populaires et il reste 5 à 10 minutes pour parler de ce qui se passe par ailleurs en France et dans le monde. Quel luxe !

Alors comment imaginer qu’il ne reste ne serait-ce qu’une minute pour parler de la Journée mondiale de la diversité culturelle, des missions et des programmes de l’Unesco qui soutiennent et encouragent partout dans le monde et toute l’année des initiatives toutes plus utiles et nécessaires les unes que les autres ?

Comment imaginer que… :

  • en pleine période où la question de l’exception culturelle fait l’objet de toutes les tentatives de récupérations possibles dans le cadre de l’accord de libre-échange entre l’Europe et les Etats-Unis ;
  • en plein débat parlementaire sur la tenue de cours en anglais dans les universités françaises qui ravive la querelle des anciens et des modernes ;
  • au moment où viennent d’être publiés les statistiques sur l’illettrisme et le rapport de la Cour des comptes sur l’état du système éducatif ;
  • au moment où les extrêmes (les partis ET les idées) n’ont jamais été aussi populaires depuis 25 ans,

…on puisse considérer en France qu’on peut désormais se dispenser de (re)dire aux téléspectateurs (même en 1 minute !), en s’arrêtant un instant sur cette Journée mondiale du 21 mai, que la diversité culturelle est l’héritage commun de l’humanité, que tous ceux qui œuvrent au quotidien et qui font de sa sauvegarde un impératif concret et éthique inséparable du respect de la dignité humaine méritent d’être mis à l’honneur, que nous devons approfondir nos réflexions et redoubler nos efforts pour que la diversité culturelle nous aide plus encore à mieux « vivre ensemble »…

… on puisse considérer qu’il n’est plus nécessaire que l’Unesco fasse appel aux Etats membres et à la société civile pour célébrer cette Journée en y associant le plus grand nombre pour mieux connaître et apprécier ce que nous devons aux autres cultures, et, à prendre la mesure de la diversité de leurs apports, de leur unicité, de leur complémentarité et de leur solidarité…

… on puisse se passer de rappeler que connaître et reconnaître nos différences, les respecter en ce qu’elles fondent notre propre identité, c’est donner la chance aux siècles qui s’annoncent de s’épanouir enfin hors des conflits identitaires de tous ordres…

…nous n’ayons plus besoin d’affirmer et de partager collectivement que la diversité culturelle est un droit humain fondamental et que lutter pour sa promotion c’est lutter contre les stéréotypes et les fondamentalismes …

 

Le comble du comble, c’est que ce jour est vraiment arrivé, c’était le 21 mai 2013. Mais rassurez-vous, ce n’est que de la télévision. La fiction dépasse largement la réalité ou bien est-ce l’inverse ?

Pour celles et ceux qui n’ont pas oublié, qui auraient bien voulu ne pas oublier ou qui auraient voulu qu’on leur en parle un peu, vous pouvez si vous le souhaitez cliquer au moins iciici, ici, ici et ici.

Espérons que ce 21 mai 2013 ne soit qu’un rendez-vous manqué. Mais la situation financière très grave que connaît l’Unesco à l’approche de l’élection pour le poste de directeur/directrice général(e) nous invite d’autant plus à nous mobiliser pour qu’il y ait une Journée mondiale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement plus largement relayée en France le 21 mai 2014 mais aussi et plus dramatiquement : qu’il y ait une nouvelle Journée mondiale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement le 21 mai 2014, tout court.

Nous y reviendrons très prochainement sur CEG.

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Le Parc des Virunga et le patrimoine mondial en péril

VirungaMap

Les concessions pétrolières acquises par le groupe Total dans le Parc des Virunga, le plus ancien parc africain classé au patrimoine mondial de l’Unesco, font l’objet depuis 2 ans d’une mobilisation de tous les instants.

Le Parc des Virunga est le premier parc national africain créé il y a plus de 85 ans en république démocratique du Congo. Il abrite une biodiversité exceptionnelle, dont plus d’un quart de la population mondiale du gorille de montagne, une espèce en danger critique d’extinction. C’est grâce à cette valeur incomparable que le Parc des Virunga a été déclaré patrimoine mondial par l’UNESCO en 1979.

Pour la deuxième année consécutive, et cette fois-ci appuyé par le comité du patrimoine mondial de l’Unesco, le WWF avait demandé au géant pétrolier français de prendre plusieurs engagements, dont celui de ne jamais pénétrer dans la zone actuelle du parc, même si elle venait à être réduite par les autorités congolaises, et plus généralement de ne jamais faire d’exploration ou de production sur des sites protégés par l’Unesco.

Total, qui participe à un projet d’exploration pétrolière à proximité du parc national des Virunga, ne pénétrera pas dans cette zone protégée, a assuré vendredi le PDG du groupe français.

"Le programme d’exploration de Total est strictement limité à une zone située en dehors du parc des Virunga" et, le groupe "confirme son engagement à respecter les limites actuelles au cas où celles-ci seraient réduites", a déclaré Christophe de Margerie, lors de l’assemblée générale des actionnaires de Total, répondant à une demande de l’association WWF France (Fonds mondial pour la nature). Par ailleurs, Total "n’exploite ni n’explore dans aucun site du patrimoine de l’Unesco", a-t-il assuré.

Victoire ou demi victoire ?

Si la réponse de Total indique que le groupe s’engage à respecter l’intérêt des populations locales et la valeur universelle exceptionnelle de ces écosystèmes, celle-ci n’a aucune valeur juridique, elle n’est qu’un engagement moral. De plus, qu’en est-il des autres entreprises participant aux projets d’explorations et de l’attitude des Etats qui ont des sites protégés sur leur territoire ?

La réponse de Total peut (et doit) servir d’exemple, et Total semble avoir la volonté de peser positivement de tout son poids et son savoir-faire, mais elle n’est en réalité qu’une demi victoire pour la préservation du Parc des Virunga et pour le patrimoine mondial. Quid des compagnies européennes SOCO et Orphir par exemple ? Quid des projets du gouvernement RDC de réduire plus encore la surface du parc ? Plus largement, quelle protection pour les sites du patrimoine mondial de l’Unesco et ceux qui figurent sur la liste du patrimoine mondial en péril ?

La mobilisation doit donc se poursuivre pour le Parc des Virunga et s’amplifier pour l’ensemble des sites du patrimoine mondial de l’Unesco concernés, ceux qui sont en péril à court terme comme ceux qui pourraient l’être à moyen terme.

  • Liste du patrimoine mondial en péril : cliquez ici
  • La pétition pour la sauvegarde du Parc des Virunga : cliquez ici
  • Pour en savoir plus sur la situation du Parc des Virunga : cliquez ici

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Lettre ouverte à Monsieur Barroso

La situation est paradoxale : jamais on n’aura évoqué aussi souvent en Europe le potentiel des industries culturelles et créatives et aussi peu soutenu la mise en oeuvre de politiques permettant de défendre et de promouvoir la diversité culturelle !
Alors que les défis qu’apporte notamment le numérique exigent des réponses ambitieuses, l’action politique européenne sombre, au contraire, dans le renoncement, voire le reniement :

  • la signature de la Convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle n’a pas incité la Commission européenne à exclure automatiquement les services audiovisuels et culturels des négociations commerciales qu’elle menait ;
  • la volonté de soutenir le développement des offres légales de biens culturels n’a pas été jusqu’à la mise en oeuvre générale d’une fiscalité réduite pour les biens numériques ;
  • le souci de prévoir des obligations de financement et d’exposition de la création européenne sur les nouveaux supports se heurte à des détournements de législation et des délocalisations au sein même de l’Europe.

Le choc est d’autant plus rude qu’il permet notamment aux géants américains et asiatiques de l’Internet de s’exonérer de toute obligation à l’égard de la création culturelle.
Avec la crise des finances publiques qui a amené la plupart des Etats européens à rogner sur les budgets destinés à la culture et à la création, l’Europe a plus que jamais sa place pour accompagner la préservation et la promotion de la diversité culturelle. Elle est même déterminante.
A l’heure où certains considèrent – à tort – que les évolutions technologiques ont ringardisé le soutien à la création, nous, artistes, cinéastes, écrivains, compositeurs, éditeurs de livres, producteurs de films ou de disques… considérons que c’est une idée moderne que d’empêcher une ou quelques cultures dominantes d’uniformiser les façons d’écrire et de penser. C’est une idée moderne et profondément européenne. C’est aussi une idée fragile que la mondialisation et l’économie numérique ne doivent pas faire vaciller.
Ce constat ne doit générer ni aigreur ni rancoeur. Il doit en revanche conduire la Commission européenne et son Président à reprendre le chemin de la cohérence et du dynamisme dans leur action en faveur de la diversité culturelle.
De toute évidence, ce ne sont ni de petits compromis ni le respect aveugle et naïf des grands principes de la concurrence qui permettront de renforcer l’identité et la création européennes, dans toute leur diversité, et d’appuyer de façon adéquate et efficace l’industrie européenne de la culture.
Assumer une fiscalité culturelle adaptée et modernisée à l’ère numérique, tenir compte de la culture dans les politiques communautaires ; simplifier l’examen des aides culturelles d’Etat et valider leur extension aux supports et outils numériques, notamment aux nouveaux modes de distribution et de diffusion des oeuvres ; refuser de faire de la culture une monnaie d’échange dans les négociations commerciales ; mettre fin au dumping fiscal au sein de l’Europe qui mine les bases du soutien à la diversité culturelle et qui fragilise les entreprises européennes au grand profit des multinationales extra-communautaires : voilà autant d’engagements clairs, sincères et désormais urgents que l’Europe doit prendre pour mettre en accord ses discours avec ses politiques.
A défaut, ce serait faire preuve d’une coupable faiblesse et d’une impuissance critiquable que de partir nus et désarmés face à cette bataille en faveur de la diversité et de la richesse de la culture européenne. La bataille est certes difficile, mais elle devrait pourtant nous réunir, nous avec nos créations, la Commission Européenne, avec ses actes et ses politiques. Le Parlement européen semble pour sa part l’avoir mieux compris.
C’est ni plus ni moins l’avenir d’une culture et de sa diversité, de ses industries et de ses emplois qui se joue sur le théâtre européen. Un théâtre dont les meilleures répliques sont encore à écrire si la politique le veut bien.

Coalitions européennes pour la diversité culturelle.

Pour signer la pétition, cliquez ici.

English version

It’s a paradoxical situation: never has there been so much talk in Europe of the potential of the cultural and creative industries, and so little support for implementing policies that would defend and promote cultural diversity!

While the challenges generated in particular by the digital age demand ambitious responses, European political action instead sinks into renunciation, even denial. Signing the UNESCO Convention on cultural diversity has not prompted the European Commission to automatically exclude audiovisual and cultural services from its trade negotiations. The will to encourage the development of the legal availability of cultural goods has not extended to a widescale tax reduction on digital goods. The concern for creating obligations to finance and provide exposure for European cultural creations on new media formats has run into legislation avoidance and business relocations within Europe itself. The impact is all the more brutal since it allows internet giants from Asia and America to exempt themselves from any obligations in terms of cultural creation.
As the public debt crisis has led most European states to pare back their budgets for culture and the arts, Europe has a greater role than ever to play – a decisive role even – in protecting and promoting cultural diversity.
At a time when some believe, wrongly, that technological developments have rendered support for the arts passé, we – artists, performers, actors, musicians, filmmakers, writers, composers, publishers, film and music producers – believe that making sure one or a few dominant cultures don’t homogenise ways of writing and thinking is a modern idea. A modern and deeply European idea. It is also a fragile idea that mustn’t be overwhelmed by globalisation and the digital economy.
This observation mustn’t be cause for bitterness or resentment. It must however lead the European Commission and its President to return to a consistent and forceful path of action in promoting cultural diversity.
Quite clearly, neither small compromises nor a blind and naive faith in broad market principles will be enough to strengthen European identity and creativity in all its diversity, or offer adequate and effective support for the European cultural industry.
Developing a system of taxation for cultural products that is tailored and updated for the digital age; factoring culture into EU policies; simplifying assessments for state cultural support and extending this support to digital tools and formats, especially new forms of distributing and broadcasting artworks; refusing to use culture as a bargaining chip in trade negotiations; putting an end to the fiscal dumping within Europe that undermines the bases of support for cultural diversity and weakens European companies in favour of non-EU multinationals – these are clear, genuine and now urgent commitments that Europe must make in order to bring its policies in line with its rhetoric.
Failure to take these measures is to enter the battle for the cultural wealth and diversity of Europe naked and unarmed, demonstrating a culpable weakness and reprehensible impotence. There is no question that the battle is a difficult one, but it should nevertheless bring us together – we with our creations and the European Commission with its actions and policies. The European Parliament, for its part, seems to have shown greater understanding of this issue.
It is no more and no less than the future of a culture, its diversity, its industry and its jobs that is being played out on the European stage. With strong political support, the best scenes of this play remain to be written.

Coalition française pour la diversité culturelle

Sign petition here.

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Diversity of Cultural Expressions: 4th Ordinary Session of the Intergovernmental Committee

Five years after its adoption, the Convention on the Protection and Promotion of the Diversity of Cultural Expressions is reaching a decisive turning point with its foundations clearly in place and new steps towards implementation. This 4th session of the Committee marks a significant step in the Convention’s operational phase; the agenda will cover topics from the International Fund for Cultural Diversity to activities around the world to promote ratification and to engage civil society in the communication of the Convention’s key principles and messages.

Source Unesco

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Lancement de l’Année internationale du rapprochement des cultures

L’Unesco a lancé officiellement jeudi l’Année internationale du rapprochement des cultures, une initiative visant à lutter contre la montée des extrémismes avec l’aide de personnalités du monde entier.

"La paix d’il y a 60 ans n’est plus la paix d’aujourd’hui, il faut repenser les moyens de la maintenir, repenser le dialogue entre les cultures", a déclaré la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, au cours d’une conférence de presse au siège de l’organisation à Paris.

Elle a présenté une quinzaine des personnalités internationales ayant rejoint le groupe qu’elle a souhaité mobiliser pour animer cette année.

Le prix Nobel de littérature nigérian Wole Soyinka, l’ancienne présidente française du Parlement européen et rescapée d’Auschwitz Simone Weil, le Grand mufti de Bosnie-Herzégovine Mustafa Ceric, le représentant du Vatican, Mgr Francesco Follo, l’ancienne ministre pakistanaise Attiya Inyatullah, le cinéaste malien Souleymane Cissé, l’ancien Premier ministre norvégien Kjell Magne Bondevik et le représentant du Patriarcat de Moscou Philip Riabykh font notamment partie de cette liste de personnalités.

Dans un entretien avec l’AFP fin janvier, Mme Bokova, une diplomate bulgare de 57 ans élue fin 2009 à la tête de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), avait souligné la nécessité de lutter contre la montée des extrémismes et des conflits "basés sur l’intolérance ethnique, religieuse, linguistique".

Elle avait indiqué avoir lancé des dizaines d’invitations à "des intellectuels respectés, hommes et femmes, des gens respectés des différentes régions du monde".

Elue dans un scrutin tendu face à Farouk Hosni, le candidat égyptien soutenu par le monde arabe et accusé d’antisémitisme, elle avait souligné refuser la notion d’un "clivage" nord-sud ou entre Occident et islam.

Réunis jeudi pour de premiers débats, les membres du "Haut panel sur la paix et le dialogue entre les cultures" doivent se retrouver régulièrement au cours d’une année dont l’agenda devra être complété d’autres initiatives, a indiqué Mme Bokova.

Source : AFP / Le Monde.

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Les collectivités territoriales face aux grands enjeux culturels / 2

Seconde partie du texte inédit de Jean-Michel Lucas, qui prend la forme d’un manifeste et ne manquera pas de susciter l’envie de débattre, à l’heure où la question de l’identité nationale impose non sans une certaine violence une pensée simplificatrice pour le moins risquée et donne l’impression désagréable qu’on est en train de jouer avec le feu.

II -  Enjeux culturels sur les territoires pour  reconstruire la politique culturelle

Face à l’affadissement gestionnaire du modèle culturel, il faut revenir aux enjeux  universels et ouvrir des chantiers pour progresser dans cette voie.

A – La  culture comme  enjeu politique universel.

Je  voudrais simplement souligner qu’au niveau international la question culturelle est  éminemment politique car elle se coltine avec les différences de "représentations du monde"  dont on sait qu’elles contribuent à aviver les tensions et les conflits entre  groupes humains. L’enjeu premier de la politique culturelle est alors de transformer ces "différences culturelles" qui séparent irrémédiablement les êtres humains en "diversité culturelle" qui postule que chacun  apporte, à sa façon,  sa part, modeste ou grandiose, à la construction de l’Humanité. "Repenser nos catégories culturelles et reconnaître les sources multiples de nos identités nous aide à oublier nos « différences » pour privilégier notre capacité commune à évoluer par interaction mutuelle." [1]

1 – Tel pourrait être l’enjeu d’avenir pour reconstruire la politique culturelle. Cette approche devrait être largement partagée puisque notre pays, toute force politique confondue, a applaudi à la signature depuis 2001 des accords internationaux sur  la diversité culturelle préparés par l’Unesco. La politique culturelle aurait dû ainsi remiser le vieux logiciel de la "démocratisation de la culture" pour le remplacer par le principe du "pluralisme culturel" fondé sur la reconnaissance des "droits culturels" des personnes [2].

Je tiens particulièrement à rappeler que les "droits culturels" s"appuient sur le principe universel de la  Déclaration  des droits de l’homme de 1948 dans son  article premier portant reconnaissance de l’égale dignité des êtres humains :  « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. » A ce titre, nous dit la « Déclaration de Fribourg » sur les « droits culturels »: « Toute personne, aussi bien seule qu’en commun, a le droit  de choisir et de voir respecter son identité culturelle dans la diversité de ses modes d’expression ».

On retrouve cette perspective politique, dans le texte de l’agenda 21 de la culture qui, au  fond, plaide pour que le développement durable soit mis au service du respect des dignités culturelles des personnes et du Vivre ensemble.

2 – Pourtant cette universalité-là a déclenché une multitude de résistances. Beaucoup de commentateurs en France ont exprimé leurs réticences : pour eux, il s’agit d’un glissement vers une  définition anthropologique de la culture qui conduit au  relativisme culturel, lequel nourrit son enfant terrible : le communautarisme ! Le terme « identité culturelle  » fait naître  spontanément,  et sans égard pour la riche réflexion des théories de la reconnaissance, la crainte de la ruine de la "République"  !  Mais il n’est pas bon d’en rester à ces caricatures de la diversité culturelle et pour éviter les faux débats, je souhaite  préciser les conséquences du principe de la reconnaissance des droits culturels de la personne :

*) Première conséquence évidente : avec les droits culturels, la première responsabilité de la politique de la culture est de garantir le respect  de la dignité culturelle de la personne. De garantir, par conséquent, à chaque identité culturelle le respect du sens et de la valeur qu’elle donne à sa vie.  La politique culturelle ne peut plus se contenter d’être une machine  publique à produire des "des biens et services"  culturels. Elle ne doit pas rester enfermée dans une approche réduite à un secteur d’activité, d’une offre de marchandises, même de qualité, sur le marché public des loisirs. Elle doit résister à toute forme de réification de ses enjeux.

*) La seconde responsabilité est encore plus redoutable : si la politique culturelle respecte la personne dans sa dignité culturelle, en contrepartie, il est impératif que la personne ne porte pas elle-même atteinte aux autres dignités culturelles c’est-à-dire aux autres identités culturelles. C’est la condition  première pour l’avenir de l’Humanité : la « liberté des cultures »  ne peut  pas servir à justifier l’hostilité, le « mépris », l’« invisibilité », dirait Axel Honneth [3] des cultures des autres.

Voilà donc une politique de la diversité  culturelle dont la responsabilité fondamentale sera d’organiser la confrontation du sens et des valeurs des cultures des différents groupes de la Cité pour s’assurer que les identités culturelles ne soient pas génératrices de manifestations de haine, de mépris, d’irrespect pour les autres identités des personnes.

Or, il  faut bien admettre que peu de décideurs politiques français font référence aux "droits culturels" en ces temps de débat sur "l’identité nationale" . Il  reste donc entièrement à "les convaincre qu’il faut investir dans la diversité culturelle comme dimension essentielle du dialogue interculturel, parce qu’elle peut renouveler nos approches du développement durable, qu’elle est une garantie de l’exercice effectif des libertés et des droits de l’homme universellement reconnus, et qu’elle peut contribuer à  renforcer la cohésion sociale et la gouvernance démocratique."[4] , comme vient de le répéter le "Second rapport mondial sur la diversité culturelle".

Toutefois, dans le contexte français si sensible sur les questions d’identité culturelle, il ne me paraît guère opportun de placer le débat au niveau des principes d’universalité des droits culturels.  Pour envisager la  reconstruction de la politique culturelle, je préfère suggérer la réalisation au niveau des collectivités de quatre chantiers de "bonnes pratiques " dont l’évaluation pourrait nourrir de plus saines discussions.

B – Quatre chantiers pour la  culture en débats

Les quatre chantiers concernent les étapes clés de la reconstruction de la politique culturelle : l’écoute des cultures, l’expérimentation artistique, les interactions et interconnexions des identités dans l’espace public, l’économie créative solidaire. Les "bonnes pratiques" que l’on observe déjà ici ou là sur le terrain permettent de mieux situer les grands enjeux culturels pour les territoires.

1 – Le chantier de l’écoute culturelle

Contrairement à la démocratisation de la culture, il s’agit ici d’être attentif à la culture de ceux qui ne croisent jamais la politique culturelle publique. A chaque niveau de l’espace public – dans la rue comme dans les institutions et les associations ouvertes sur la cité – il s’agit de "prendre soin" des dignités culturelles pour qu’elles trouvent leur place dans la vie collective. La politique culturelle au niveau territorial devrait alors encourager la mise en place progressive de dispositifs d’écoute des personnes, leur laissant le temps de formuler leurs "différences" culturelles  pour en faire des "diversités".

De tels propos paraîtront étranges à ceux qui connaissent bien les institutions culturelles de notre pays, identifiées par leur dimension disciplinaire. Pourtant, la perspective de "prendre soin" des personnes est très concrète pour des musées aussi importants que ceux de Newcastle qui sont fréquentés par 1,5 million de personnes. Comment le directeur du musée présente -t-il  son activité ? Il  ne dit pas comme un directeur de musée en France : « mon musée possède une collection composée d’ « oeuvres » de grande valeur universelle ; chers publics, populations, touristes, venez voir nos expositions et venez rencontrer nos médiateurs qui vont vous montrer le bon chemin de la culture.»  Les musées de Newcastle se présentent autrement en disant  : «notre mission est de  permettre aux personnes et aux groupes de pouvoir mieux déterminer leur place dans le monde. Venez travailler avec vous, pour dire aux autres ce que vous avez à leur dire car nos compétences sont au service de la construction de votre identité culturelle. Nous ferons ensemble un parcours qui vous permettra d’être dans l’espace public acteurs de votre identité, d’être ainsi mieux reconnus par les autres et de mieux les respecter. » En anglais, ces musées se présentent ainsi à la société civile : “Most importantly, it is an organisation, literally, with a mission : To help people determine their place in the World and define their identities, so enhancing their self-respect and their respect for others.”

Cette conception de l’intervention culturelle publique ne se pense plus ni en terme de « consommateurs » apportant une contrepartie monétaire pour accéder à l’offre artistique,  ni en terme de  « public », « d’usager »  ou d’habitants,  bénéficiant à coût réduit du service des expositions du musée. Avec la figure de la dignité culturelle, l’enjeu public instaure entre les deux parties (le musée et le groupe de personnes) un engagement solide de réciprocité, qui prend concrètement la forme d’un document d’évaluation préalable où chacun décrit ses espoirs, objectifs et ressources apportés au projet co-construit ensemble ; un document qui vaut protocole d’accord d’éthique culturelle entre l’institution et les personnes.

Cet exemple illustre une "bonne pratique" de politique interculturelle :  l’enjeu du travail avec les professionnels est de contribuer à forger une culture commune à partir d’identités culturelles différentes. En pratique, l’équipe du musée travaille durant plusieurs mois avec des groupes de personnes  désireuses de dire aux autres ce qu’elles sont et, entre expositions, vidéos, soirées, débats, ces bonnes pratiques construisent la confrontation culturelle, avec la qualité technique apportée par l’équipe du musée et la volonté de reconnaissance apportée par le  groupe.[5] La culture  commune s’élabore à partir de cette  confrontation maîtrisée avec les autres identités culturelles.

Cette politique culturelle fait le pari que la reconnaissance des personnes réduit les  risques d’enfermement dans un culture communautaire particulière. Son credo est que les différences culturelles ne doivent pas demeurer masquées, confinées dans la vie privée et éloignées de la vie publique, (surtout quand elles prennent une dimension religieuse).  « Il est plus sain d’afficher ses différences et d’apprivoiser celles de l’Autre que de les occulter ou de les marginaliser, ce qui peut entraîner une fragmentation propice à la formation de stéréotypes et des fondamentalismes » [6]

Je conclus en faisant observer que nombre d’acteurs en France sont attentifs aux "populations" (plus qu’aux personnes ) et à leurs caractéristiques culturelles mais, le plus souvent, ces acteurs sont consignés dans le registre du "socio culturel". Leur travail ne se lit pas à l’aune de l’universalité des droits culturels. C’est alors, à mon sens, de la responsabilité du politique que de leur redonner ce sens et cette visibilité collective dans la construction de la culture commune, à l’égal de l’exemple de Newcastle.

2 – Le chantier de  l’expérimentation artistique

Avec les droits culturels des personnes, l’action publique doit combattre toutes les formes de stéréotypes qui nourrissent les  « replis identitaires». La politique culturelle doit donc veiller à ce que l’espace public bruisse de nouveaux signes qui déplacent les significations, provoquent du débat, attisent des  aspirations inédites,  captent les identités culturelles et les amènent à se recomposer. Plutôt que de s’entêter à parler de soutien "à la création artistique" (qui se termine en production d’un produit culturel à destination de quelques réseaux de  clientèles particulières), la politique culturelle ferait mieux  d’encourager les "expérimentations artistiques" comme pratiques de liberté  qui nourrissent l’espace public de "nouveaux repères sensibles" dynamisant  les possibilités d’interactions entre les identités.

La politique culturelle de la diversité doit impérativement faire place aux "stratégies d’artistes qui se proposent de changer les repères de ce qui est visible et énonçable, de faire voir ce qui n’était pas vu, de faire voir autrement ce qui était trop aisément vu, de mettre en rapport  ce qui ne l’était pas dans le but de produire des ruptures dans le tissu sensible des perceptions et dans la dynamique des affects", pour reprendre la  belle définition du travail de dissensus de l’artiste,  formulée par Jacques Rancière.  [7]

Dans un langage plus diplomatique fait pour ménager les compromis, le  "Second rapport  mondial sur la diversité culturelle" de l’Unesco donne aussi à ce chantier une importance primordiale :  "la diversité culturelle ne peut être préservée que si ses racines sont nourries en permanence par des réponses créatives apportées à un environnement en évolution rapide. En ce sens, la création artistique et toutes les formes d’innovation touchant à l’ensemble des activités humaines peuvent apparaître comme des sources d’imagination essentielles pour l’essor de la diversité culturelle. La créativité revêt ainsi une importance capitale pour la diversité culturelle, qui elle-même la favorise en retour." [8]

C’est sans doute le chantier plus difficile à concrétiser actuellement car il prend  à revers les structures artistiques reconnues par la politique culturelle. Les élus le savent bien, l’acceptent souvent, le souhaitent plus rarement : ce qui fait culture de référence,  ce sont uniquement les oeuvres (toujours de qualité) choisies par les directeurs artistiques de ces structures.  Aucune discussion ne peut être légitime car elle mettrait en cause le principe de leur liberté de sélection des "oeuvres". Alors qu’avec l’approche de l’expérimentation artistique, les équipes font leurs choix artistiques librement mais s’engagent au débat , à la confrontation avec les autres cultures. C’est cet engagement de faire société qui donne son sens politique d’intérêt général à l’expérimentation artistique et qui rappelle les grands moments des pionniers de la décentralisation théâtrale.

De ce point de vue, sans doute, faudrait-il que les élus soient plus attentifs localement aux équipes issues de ce que l’on appelle souvent à tort,   les "friches artistiques" et qui développent de telles "bonnes pratiques" d’expérimentation artistique, à l’exemple du réseau "Autre(s) parts".

3 – Le chantier de la mise en oeuvre des interactions et interconnexions culturelles.

Les chantiers précédents de l’écoute culturelle et de l’expérimentation artistique n’ont de sens que s’ils débouchent sur des possibilités de se connecter à d’autres identités culturelles dans la cité,  élargie à tous les réseaux réels ou numériques auxquels elle est reliée. La "richesse" de cette politique culturelle naîtra des interactions qu’elle favorise.

Je reprendrais ici les propos éclairants de Patrice Meyer Bisch pour qui la "richesse culturelle" se comprend comme "une interaction entre les hommes, les communautés, les choses et leurs milieux, inscrivant et accumulant des  acquis, une multitude de connexions entre objets et  sujets. Ces connexions constituent au sens propre un capital culturel : un instrument de production et de création". Alors qu’à l’inverse, "la pauvreté culturelle se reconnaît à la rareté des connexions avec leurs conséquences, les exclusions, les cloisonnements et l’incapacité de tisser des liens et donc de créer".

Le travail des professionnels de l’art et de la culture consiste alors à favoriser les parcours des personnes dans ces réseaux de connexions culturelles.  Parcours qui ouvrent des opportunités pour construire sa personnalité,  être en interactions avec les autres, sans être réduit à l’état de spectateur anonyme d’une offre culturelle formatée. En quelque sorte, tracer un chemin vers l’émancipation, qui conduit au "brouillage de la frontière entre ceux qui agissent et ceux qui regardent, entre individus et membres du collectifs." [9] pour reprendre les mots de Jacques Rancière.

On peut avoir des doutes sur l’avenir  d’une tel chantier d’interconnexions dont la dimension politique vise la construction du Vivre ensemble. On connaît tous le poids des découpages traditionnellement en vigueur dans la politique culturelle, soit par discipline artistique (arts plastiques, musiques,  théâtre, patrimoine bâti, etc..) ou par fonction (création, diffusion, formation, sensibilisation,   et..). On sait aussi que l’appel à la "transversalité" est souvent un leurre où chaque institution conserve son "quant à soi" et impose ses considérations techniques et disciplinaires aux instances politiques. Pour reconstruire la politique culturelle,  il conviendra donc de s’extraire de cette longue tradition française, ce qui ne pourra guère  se décréter.

Mais, si  l’on en juge par le chantier lancé à Quimper des évolutions sont certainement envisageables rapidement sur le terrain.

Concrètement la ville a souhaité s’investir dans un projet  culturel innovant sur l’espace urbain  "Max Jacob",  composé d’un jardin des débuts du 20ème siècle entouré par un théâtre à l’italienne, un Gymnase et trois pavillons. Pour engager le projet, la ville a tenu à associer une dizaine de structures  culturelles très différentes en terme de champ artistique et culturel (théâtre, langue bretonne, musiques savantes, musiques bretonnes, musiques actuelles, art contemporain), en terme de fonction (formation,  animation, diffusion, création ), en terme de statuts juridiques ( associations, services municipaux, structures indépendantes, structures labelisées par le ministère de la culture…). Après la période de réflexion collective, la finalité du projet a été précisée en terme d’enjeux politiques partagés par tous les acteurs : ainsi, "le pôle Max jacob répond à la nécessité de concevoir les politiques publiques de la culture dans le cadre d’une démarche d’agenda 21 qui met au cœur des processus la participation des personnes et  les interactions entre les  cultures  comme sources d’émancipation et de développement du Vivre ensemble."

L’innovation est triple :

i) l’enjeu politique n’est plus "la vraie culture  pour tous", (et son catalogue  d’offres culturelles vendues dans l’année),  mais les interactions culturelles entre les personnes qui construisent le Vivre ensemble dans la ville.

ii) Les structures demeurent totalement libres de leurs choix artistiques et culturels et si elles participent au projet c’est qu’elles partagent toutes la même éthique au delà des différences de leurs disciplines et de leurs fonctions. Sur la base de cette finalité éthique commune,  elles coconstruisent la dynamique du projet de politique culturelle du Max Jacob. Un  protocole d’accord éthique a ainsi été élaboré ; il sert de référence pour apprécier si les actions répondent bien aux finalités collectives énoncées.[10]

iii) Le protocole affirme aussi que les acteurs signataires ont leur part de responsabilité à prendre dans la gouvernance du projet collectif . La  gouvernance est donc partagée au sens où les structures s’engagent à participer aux discussions sur la répartition des ressources et la sélection des projets répondant aux finalités du protocole d’accord éthique.[11]

Dans cette cohérence participative, la politique culturelle a vraiment une dimension "politique" pour la vie de la cité : plus que sur le potentiel de la vente du catalogue de spectacles et d’expositions qu’elle finance, son enjeu territorial est de construire une dynamique d’interconnexions culturelles entre les personnes.

Il y a dans ces modalités de travail entre une collectivité et des acteurs culturels des signes manifestes de changements qui méritent d’être observées pour nourrir le jour venu le débat politique sur le sens et la valeur de la politique de  la culture. En tout cas, on peut certainement fonder de solides espoirs sur la démarche engagée car elle se montre cohérente avec l’approche globale du développement durable du territoire dans le cadre de l’approche de l’agenda 21 et de son volet culturel. [12]

Chantier 4 : le  chantier de l’économie solidaire des projets culturels.

Je  voudrais aussi appeler l’attention sur la logique économique de ces projets qui relèvent  de l’écoute culturelle, de l’expérimentation artistique, de l’interaction entre les identités.  Dans ces projets, ce n’est plus l’offre de produits  culturels à consommer qui justifie la politique culturelle, c’est l’engagement des personnes dans une éthique commune du Vivre ensemble. Ici, les acteurs vendent moins des spectacles qu’ils ne cherchent à faire partager leur passion pour leur art ; les spectateurs sont moins des publics acheteurs de billets que des "amateurs" passionnés et fortement motivés, construisant par ces interconnexions leur identité  de personne. C’est pourquoi, dans une approche plus humaniste que libérale, il serait bon de considérer ces activités où les personnes investissent beaucoup de leur identité culturelle comme des "services à la personne".

Là encore, pour la politique publique, ce qui importe c’est la relation d’interaction culturelle entre les personnes et non les caractéristiques techniques des  activités ( concert,  atelier, représentation théâtrale, livres, etc..). L’enjeu politique d’intérêt général se lit dans les exigences éthiques que la politique culturelle se donne. On pourrait ainsi illustrer cette relation de personnes à personnes en terme de "compagnonnage", de "transmission de passions", même de "fan", pour faire comprendre que cet enthousiasme de la personne ne peut pas être réduit à un rapport marchand, l’un qui vend sa compétence artistique et l’autre qui l’achète,  alors que le  vécu des uns et des autres relève d’une relation de partage de mêmes  valeurs.

Ceux qui sont  attachés à une langue ou des formes culturelles puisant dans les "traditions" du territoire le comprennent parfaitement : la culture n’est pas seulement une offre et une demande de produits. Ainsi, il serait inacceptable de considérer que les fest noz, du moins beaucoup d’entre eux, sont de simples actes commerciaux où les organisateurs cherchent à capter le maximum de clientèle solvable. Ce type d’activités comme de multiples autres orchestrées par le milieu associatif [13] relève très souvent d’une volonté de partager des " pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire – ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés – que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel." Je ne fais que reprendre ici la définition que donne l’Unesco du "patrimoine culturel immatériel" (PCI). Ainsi, lorsque une activité  culturelle "procure un sentiment d’identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine", elle devrait ressortir d’une politique publique spécifique et non pas être considérée comme un produit régi par la loi de la concurrence sur les marchés. Question d’éthique de la vie collective et de relations entre les dignités culturelles.

Je me permets d’insister sur ce point particulier car tous les députés français, à l’unanimité, ont ratifié la loi autorisant le Président de la République a signer la convention de l’Unesco sur le Patrimoine culturel immatériel, Mais les pouvoirs publics ont depuis oublié totalement de renforcer le soutien à toutes ces associations qui contribuent à la valorisation du PCI,  donc à ces activités qui procurent "un sentiment d’identité et de continuité …"aux personnes du territoire !

Ainsi, dans notre démocratie, il devrait y avoir place pour une politique culturelle qui ne se résume ni à l’offre  des services culturels de l’Etat et des collectivités, ni à l’offre des industries culturelles, mais qui prendrait en compte une troisième voie : une autre économie de l’art et de la culture.

Cette perspective a été dessinée dans le manifeste de l’Ufisc qui regroupe des fédérations d’associations culturelles soucieuses de vivre dans une "économie plurielle". [14] Ces acteurs  ne cherchent  pas le profit maximum de la vente des artistes, ne réclament pas non plus d’être intégralement financés par des subventions, estiment que les apports "bénévoles"  des personnes aux projets constituent un atout essentiel pour le Vivre Ensemble".

L’enjeu culturel tend alors vers le développement d’une économie certes créative mais aussi solidaire qui met en avant une éthique partagée avec la collectivité. Comme l’indique le manifeste de l’UFISC : " il s’agit d’inventer des dispositions juridiques  et fiscales pour que les initiatives citoyennes sans but lucratif ne soient plus systématiquement tiraillées entre les logiques marchandes et les logiques d’administration publique".

Ainsi, à partir de "bonnes pratiques" conduites localement pour élaborer des  protocoles éthiques de l’intervention culturelle sur le territoire, organiser l’écoute culturelle des personnes, l’expérimentation artistique, le développement des interactions  et interconnexions entre les cultures, le soutien à l’économie créative solidaire, il sera sans doute possible d’engager la réflexion sur la reconstruction d’une politique culturelle soucieuse d’émancipation et de Vivre ensemble. Il y a là un enjeu essentiel qui concerne directement la définition du service culturel d’intérêt général au niveau européen. Pour l’instant, me semble -t-il, les réflexions sur le service économique d’intérêt général semblent ignorer la dimension éthique de cette politique culturelle construite sur la reconnaissance des droits culturels des personnes et du vivre ensemble.

C’est donc bien aux collectivités locales, dans le silence même du rapport Balladur de faire avancer de tels chantiers. C’est peut être,  espérons le, autour de ces bonnes pratiques que l’on pourrait préciser et concrétiser les récents propos du Parti socialiste  : " Une conviction nous anime : la Culture a un rôle fondamentalement émancipateur, tant au plan individuel que collectif. L’économie et la société de demain reposeront au premier chef sur les capacités d’innovation, de connaissance, de création, de recherche. L’art et la culture constituent l’un des atouts décisifs de notre pays, à condition que l’on veuille bien leur redonner la priorité qu’ils n’auraient jamais dû perdre. Il y a une multitude de femmes et d’hommes qui sont épris de Culture libre et vivante, des créateurs de toutes disciplines, venus d’horizons les plus divers, qui considèrent que l’art est d’abord un outil critique pour interroger le monde et interpeller nos certitudes." [15]

Mais je pourrais avoir autant d’espoir en lisant les ambitions d’Europe écologie " L’Ecologie Culturelle plutôt que le centralisme culturel. Par nature, la Culture est symbolique de ce changement fondamental. Au-delà des urgences, elle annonce et témoigne de l’indispensable changement de société."

Mais ce n’est peut être qu’un espoir dont l’avenir se préfigure mal tant la conviction est répandue chez les acteurs de la politique culturelle publique que la "culture" n’est qu’un "secteur" d’activités avec des "professionnels" faits pour produire (créer)  et vendre (diffuser)  des biens et des services au prix ou en dessous du prix de marché !

Pour revenir à la première partie du texte, cliquez ici.


[1] Second rapport mondial sur la diversité culturelle", sur le site de l’Unesco

[2] Consulter particulièrement la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels

[3] Axel Honneth « la société du mépris » editions La découverte, et « la réification » nrf essais2007.

[4] Voir le second rapport mondial sur la diversité culturelle octobre 2009 sur le site de l’Unesco

[5] Voir le site du Tyne and Wear Museums

[6] Voir le rapport Bouchard /Taylor sur le site http://www.accommodements.qc.ca/

[7] Voir Jacques Rancière : le paradoxe de l’art politique"  in "Le spectateur émancipé" page 72.

[8] Voir le " second rapport mondial sur la diversité culturelle" page 20, résumé en français sur le site de l’Unesco :  http://portal.unesco.org/culture/fr/ev.php-URL_ID=39891&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

[9] Voir Jacques Rancière :" le spectateur émancipé", la Fabrique,  page 22

[10] A titre d’illustration, le principe 3 du protocole éthique énonce  que les projets des acteurs quelles que soient  leurs activités disciplinaires doivent "Favoriser collectivement les formes d’interactions entre les cultures ainsi que la participation des personnes au projet Max Jacob, considérant que "participation" et "interactions" sont sources d’émancipation et conditions du renforcement de la citoyenneté culturelle."

[11] Le protocole d’accord éthique indique par exemple que les structures s’engagent dans la gouvernance du pôle Max Jacob à organiser " les débats et confrontations publics sur le sens et les valeurs culturels et artistiques. En cas d’absence de consensus au sein du dispositif de gouvernance un rapport sur les positions des protagonistes est remis à la municipalité de Quimper qui procède aux arbitrages relevant de sa responsabilité publique."On remarquera  aussi que le dispositif de  gouvernance collective est "considéré comme "instance d’évaluation" du projet  Max Jacob. A ce titre, il établit le protocole d’évaluation partagée, après accord sur la pertinence des enjeux et méthodes avec les structures concernées. Le dispositif veille à respecter les principes évaluatifs proposés par la Société française d’évaluation."

[12] Voir agenda 21 de la culture

[13] On n’oubliera pas qu’il ya plus de 204 800 associations culturelles en France avec 4,3 millions d’adhérents et une  moyenne de 14 bénévoles par association, sur tous les territoires ; plus de 20 millions de français sont concernés  (un tiers de la population). Voir rapport de la cofac : "Propositions des fédérations et associations  de culture et de communication face à une crise de sens de l’action culturelle publique"

[14] l’UFISC regroupe la fédération des arts de la rue, la fédération des lieux de musiques amplifiées, le syndicat national des arts vivants,  le syndicat du cirque de création, la fédération des scènes de jazz, le centre international pour le théâtre itinérant , le réseau Chaînon, Actes-if,  le syndicat des musiques actuelles, Zone franche …

[15] Appel du secrétariat national du Parti socialiste
à l’occasion de la célébration du 50ème anniversaire du Ministère de la Culture

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L’Unesco doit se réformer

L’Unesco a perdu de son influence et n’a pratiquement pas de perspectives d’avenir, estime l’ambassadeur portugais de l’Unesco Manuel Maria Carrilho. Dans le quotidien Le Monde, il demande des réformes profondes : "Qui, de nos jours, attend encore la parole de l’Unesco ? Face à la crise profonde du monde actuel, une crise inédite, systémique et mondiale, y a-t-il encore quelqu’un … pour s’inspirer de sa vision ? Non. Force est de constater que malgré ses programmes innombrables et assurément méritoires, c’est loin d’être le cas. Cela traduit la trajectoire déclinante de la plus importante institution mondiale pour la culture, l’éducation, la science, la communication et les droits de l’homme … . Aujourd’hui, l’Unesco se trouve à une incontournable croisée de chemins : ou bien elle continue sur le trajet qui l’a de plus en plus enfermée bureaucratiquement sur elle-même et l’a affaiblie dans sa capacité de parler au monde, ou bien, s’inspirant des meilleurs moments de son histoire, elle se revivifie en s’ouvrant aux besoins d’une époque et d’un monde qui ont considérablement changé."

Source : BpB

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Irina Bokova, le bon compromis

Irina BokovaLa Bulgare Irina Bokova a été élue mardi dernier nouvelle directrice générale de l’Unesco. Le quotidien Sega recherche les raisons du succès de la Bulgare : "L’Unesco doit mettre fin aux mauvaises habitudes de [Koichiro] Masuura [l'ex-directeur général] dont le nom est synonyme de non-transparence et de corruption. Il est vrai que notre candidate est issue d’un pays qui souffre justement de ces points faibles. Toutefois les Bulgares ont plutôt acquis au sein des organisations internationales la réputation de collaborateurs précis, honnêtes et travailleurs. … Il est certain que Bokova ne menace personne. C’est pourquoi elle est une bonne candidate consensuelle quand il s’agit de trouver des solutions aux grandes contradictions."

Source : BpB

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Elections UNESCO : la victoire !

Irina BokovaC’est fait ! Non sans une grande fébrilité nous attendions le résultat du cinquième tour des élections pour le poste du directeur général de l’Unesco. La victoire de la diplomate Bulgare Irina Bokova par 31 voix contre 27 est une victoire pour l’Unesco elle-même, après tant de semaines d’inquiétudes et de doutes semés par la victoire annoncée de Farouk Hosni. Le soulagement est donc de mise et il est temps de construire le changement car cette victoire est plus large qu’il n’y paraît. Nos prochains post s’attacherons à décrire la nouvelle donne désormais enfin possible.

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Elections UNESCO / 5

UNESCOHier, le quatrième tour de l’élection pour le poste de directeur général de l’Unesco n’a pas permis de dégager une majorité pour déterminer un vainqueur. Au terme de ce nouveau scrutin, Il ne reste plus que Farouk Hosni, le ministre Egyptien dont la candidature fait toujours polémique et inquiète, qui obtient 29 votes ; la diplomate Bulgare Irana Bokova arrive à égalité avec 29 votes et le diplomate Algérien Mohammed Bedjaou est mis hors course puisqu’il n’obtient aucun vote.

Longtemps grand favori, le ministre Egyptien de la Culture a vu ses chances s’amenuiser au fil du processus de désignation entamé jeudi dernier, alors que ce dernier affirmait être en mesure d’obtenir un minimum de 30 votes. La perspective de voir Farouk Hosni à la tête de l’Unesco est dénoncée depuis des semaines mais ne fait toujours pas (ou presque) débat sur le fond ni sur ce que représenterait sa victoire pour l’avenir de la vénérable institution.

Un des enseignements de ce scrutin sous haute tension est qu’il ne se dégagera pas de consensus clair et net, ce qui témoigne de la sclérose ambiante alors que tout le monde s’accorde à dire que la question du changement est essentielle pour l’avenir de l’Unesco. En cas de nouvelle égalité entre les deux candidats à l’issue du 5e tour aujourd’hui, il sera procédé à un tirage au sort pour les départager, précise-t-on à l’Unesco. Cela signifie que les négociations et les tractations vont monter d’un cran et que la transparence de ces élections ne sera plus garantie.

Dans ces conditions, certains pays lèvent le ton pour appeler leurs gouvernements à changer leur vote. Officiellement en France jusqu’à hier, aucune mobilisation ni aucun engagement du moins façade, malgré une préférence chuchotée en coulisses pour le candidat Egyptien, ce qui constitue en soi une nouvelle contradiction entre les valeurs sans cesse martelées dans les leçons données au reste du monde (devenues une fierté nationale quasi irrationnelle) et une forme à peine déguisée de real politic qui laisse à penser que les changements tant attendus dans la gouvernance et la cohésion entre les nations sont toujours au mieux pour le moyen terme. Les subtilités françaises nous échappent, c’est un aveux dur à faire en France mais c’est une perception qui s’est profondément ancrée à l’étranger et pas uniquement dans les milieux intellectuels.

Un espoir semble toutefois naître aujourd’hui puisque, si nous en croyons les propos du New-York Times rapportés par l’excellent blog Save Unesco, 3 pays qui jusqu’ici devaient voter pour Farouk Hosni changent d’avis et font barrage (Italie, Israël et… la France !). Le suspense est insoutenable.

Il est en tout état de cause crucial qu’une majorité forte se dégage au cinquième tour (qui débute à 18h30 ce soir) sinon nous entrerions dans une période où tous les coups et les recours sont permis entre le temps de la conférence générale et celui du bureau exécutif.

L’Unesco et les Nations Unies incarnent toujours l’idéal et l’espoir d’un avenir meilleur pour l’humanité mais que de couleuvres avalées depuis leur création !

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Le Togo se lance

TogoLe Togo se lance enfin dans la structuration de sa politique culturelle. Le pays entend se doter d’un plan national de promotion culturelle destiné à revaloriser et à enrichir le patrimoine national. « Le gouvernement togolais lutte pour que la culture devienne un vecteur essentiel de développement humain durable », assure Oulegoh Kéyéwa, le ministre de la Communication et de la Culture en ouvrant lundi le séminaire de Lomé. Depuis lundi, les acteurs culturels togolais sont en effet réunis à Lomé dans le cadre d’un séminaire financé par l’Unesco. Une réunion destinée à, d’une part, adopter le plan national et, d’autre part, à faire le point sur les différentes initiatives déjà mises en œuvre par les autorités.

L’enjeu de ce séminaire est très important dans la mesure où une politique culturelle définit les règles et les normes sur lesquelles se base de l’action culturelle d’un pays. Elle organise, oriente et coordonne les actions visant directement ou indirectement la préservation du patrimoine culturel, la promotion, la gestion, la diffusion et le financement des secteurs de la culture et des arts ainsi que l’organisation de la coopération culturelle. Elle permet de penser aux infrastructures culturelles et à toutes les actions allant dans le cadre du développement culturel. En son absence, on assiste au pilotage à vue de la culture et au règlement au cas par cas, ce qui est préjudiciable à un secteur aussi important et dont l’apport à l’économie et au développement n’est plus à démontrer. Après l’adoption du texte de politique culturelle par ce séminaire, il restera à l’adopter à l’Assemblée nationale avant la promulgation par le Chef de l’Etat. Autant dire que le chemin est encore loin avant sa traduction en loi de l’Etat togolais.

Les professionnels de la culture qui se félicitent de cette avancée, expriment déjà néanmoins leur doute quant à la traduction des « intentions » contenues dans le texte en actes

Source : portail officiel de la République Togolaise

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Elections UNESCO / 4

UNESCOParmi nos membres les plus actifs sur les questions relatives à l’Unesco et au scrutin à venir, John Daly a récemment relayé une sélection des déclarations de Farouk Hosni, ministre de la culture Egyptien et candidat au poste de directeur général de l’Unesco. La mobilisation des médias en général mais surtout des médias français est toujours aussi faible à propos de cette élection alors que les tractations vont bon train en coulisses. Toujours rien en France depuis la tribune de Bernard-Henri Lévy, Claude Lanzmann et Elie Wiesel. Pourtant, les déclarations de Monsieur Hosni font planer une menace que l’on n’aurait jamais pu imaginer au sein d’une organisation aussi importante que l’Unesco et elles hypothèquent sérieusement le rôle majeur de l’institution dans la gouvernance culturelle mondiale.

En tant que ministre de la Culture, Monsieur Hosni n’a cessé d’aller à l’encontre des principes fondateurs de l’Unesco en s’opposant à tout échange culturel avec Israël et en témoignant constamment et brutalement de son hostilité envers un pays qui est pourtant en paix avec l’Egypte depuis 1979. Dans ces conditions, quelles garanties peut-il apporter à la communauté internationale et à l’ensemble des délégations ? Parmi ces déclarations publiques, en anglais dans le texte pour ne pas les dénaturer, en voici donc une sélection :

  • "Normalization? I know quite a bit about you, you have abilities that I hold in high esteem. I follow and am kept abreast. Believe me, I don’t hate Israel and under no circumstances am I an anti-Semite. But cultural normalization? Not now." 
Q: Why not?  "We have political ties and economic cooperation. In my view, cultural ties are our weapon to pressure Israel into doing more on the Palestinian issue." (Interview with Smadar Peri, Yediot Ahronot, June 13, 2008)
  • "We cannot dance with them, sing together or watch a piece of theatre when there are bloody attacks every day against the Palestinian people in the West Bank and Gaza Strip."(Interview with AFP, May 23, 2008)
  • "I would burn Israeli books myself if I found them in Egyptian libraries." (May 10, 2008)
  • "They steal everything: musical heritage, cinema and even clothes and this is why they have to be treated with the same level of hate…" (Interview to Al-Wasat, London, June 13, 2001)
  • "My attitude towards normalization is known and so is my ministry’s attitude: we oppose all kinds of normalization… The Ministry of Culture is practically the only official body that has a declared attitude against normalization…" (Interview to Al-Mashahid as-Siyasi, London, June 10, 2001)
  • "How would a normalization of this kind be possible, with such a culture that hates the other and robs its culture?" (Interview with Al-Mashahid as-Siyasi, June 10, 2001)
  • "The Israeli culture is inhuman. It is an aggressive, racist and arrogant culture, based on robbing other people’s rights and the denial of such rights…" (Interview with Al-Mashahid as-Siyasi, London, June 10, 2001)
  • "Israel never left any eternal heritage for the civilization, in any period of time…" (From his statement in the opening of the Arab specialists gathering for the protection of antiquities in Arab countries (Qatar News Agency, April 25, 2001).
  • "Israel is known in the international arena as a state that steals everything and attributes it to itself…" (Interview with Ruz al-Yousuf, April 21, 2001)
  • "…They (the Zionists) do not want to commit a cultural invasion, they want to rob our culture and heritage…" (Interview with the Lebanese As-Safir, December 7, 2000)
  • "The Israelis do not stop claiming that they built the pyramids, and this is why we need to stand firmly and respond courageously… even if it leads to a crisis because those pirates are committing a robbery… The Israelis want everything…" 
"…This is the way the Israelis took Palestine… Now they use (this method) regarding the big pyramid. These are continuous projects – people come, steal your history and civilization. This proves that Israel has no history or civilization, since those who have history of their own do not need to rob the history of others …" "…Israel has many political goals… First of all, they steal your civilization and history. Second, they do not have any civilization, i.e. they do not have a country, and do not deserve a country. This is why they create a country by force…" (Interview with Ros al-Yusuf, May 5, 1997, "Israel is Robbing the Pyramids as it Robbed Palestine")

Comment faire en sorte que la victoire qui lui semble acquise ne soit pas la chronique d’un désastre annoncé ? Quelles sont les enjeux, les alternatives, les mobilisations et les perspectives ? Nous aurons l’occasion de traiter de ces questions mais vous pouvez d’ores et déjà consulter les posts précédents en cliquant ici, ici et ici.

N’hésitez pas à nous faire part de vos réactions et de vos analyses, mais signalez-nous également toute information susceptible d’éclairer le sujet.

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La chaîne humaine balte de 1989

Chaîne humaine balteLa chaîne humaine balte de 1989 rejoint le registre Mémoire du monde de l’Unesco : le 23 août 1989, près de deux millions d’Estoniens, de Lettons, de Lituaniens se tenant par la main ont formé une impressionnante chaîne humaine de 600 km de long, traversant les trois pays baltes , pour "commémorer" à leur manière le 50ème anniversaire du pacte Molotov-Ribbentrop. Cette chaîne humaine était leur façon d’exprimer la condamnation de ce pacte, et leur immense espoir en l’avenir, l’ espoir de retrouver leur indépendance et leur liberté . Le quotidien Latvijas Avize note avec satisfaction que la chaîne humaine balte est désormais inscrite au registre Mémoire du monde de l’Unesco : "L’Unesco reconnaît ainsi que cet évènement constitue un excellent exemple de résistance pacifique incarnant les idéaux de liberté et d’unité. Mais autrefois, il y a vingt ans, les cercles du pouvoir occidental craignaient que cela ne nuise à Mikhaïl Gorbatchev et à sa pérestroïka. Le mur de Berlin n’était pas encore tombé et il y avait encore beaucoup de préjugés. Pour nous, la reconnaissance de cette chaîne humaine signifie toutefois l’obligation de partager cet héritage d’autrefois avec d’autres. C’est important, notamment cette année où tant d’autres jubilés et anniversaires sont fêtés en Europe."

Source : BpB

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Elections UNESCO / 3

UNESCO

La bataille pour le poste de directeur général de l’Unesco fait rage. Puisqu’on en parle toujours si peu en France, nous tentons de rendre de compte des évolutions de cette campagne grâce à la vigilance de certains de nos membres. Parmi les dernières informations parues, Jeune Afrique fait un point suite au dernier sommet de l’Union africaine en Libye qui s’est tenu du 1er au 3 juillet. Ce sommet  a été le cadre d’intenses tractations pour l’élection, en octobre, du prochain directeur général de l’Unesco. Présent à Syrte, le sortant, le Japonais Koïchiro Matsuura, a fait discrètement campagne pour l’actuel directeur-adjoint, le Béninois Nouréini Tidjani-Serpos. Pour bon nombre d’observateurs, il s’agissait surtout de faire barrage au ministre égyptien de la Culture, Farouk Hosni, en promouvant une autre candidature africaine. Le président égyptien, Hosni Moubarak, a rappelé l’appui de principe que l’Union africaine, la Ligue arabe et l’Organisation de la conférence islamique ont accordé à Hosni. De son côté, le commissaire européen au Développement, le Belge Louis Michel, n’a pas caché sa préférence pour sa collègue aux Affaires extérieures, Benita Ferrero-Waldner. La candidate autrichienne, elle aussi présente à Syrte, a rencontré les délégations des treize pays africains membres du Conseil exécutif de l’Unesco, qui auront un rôle essentiel dans le choix du prochain directeur général.

Par ailleurs, dans une lettre adressée à Koïchiro Matsuura, le 4 juillet, le président du conseil exécutif de l’organisation, le Béninois Olabiyi Babalola Joseph Yai, a vivement protesté contre la participation de la commissaire européenne à la Conférence mondiale de l’Unesco sur l’enseignement supérieur, le 5 juillet à Paris. « La décision que vous avez prise d’inviter la candidate Mme Ferrero-Waldner est regrettable, injuste envers les autres candidats, contraire à l’éthique et aux traditions de notre organisation », peut-on lire dans ce courrier.

Source : Jeune Afrique.

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Réunions d’experts à l’UNESCO

UNESCOFace aux enjeux du développement durable et de la paix, le nouveau cadre de politiques culturelles que l’UNESCO s’apprête à élaborer se caractérise par une double approche consistant d’une part à développer le secteur culturel proprement dit (c’est-à-dire le patrimoine, la créativité, les industries culturelles, les activités artisanales et le tourisme culturel), notamment en répondant aux besoins en matière de législation, de formation à l’administration culturelle, de médiation et de gestion des ressources culturelles, et d’autre part à faire en sorte que la culture ait la place qui lui revient dans toutes les politiques de développement, en particulier celles qui concernent l’éducation, les sciences, la communication, l’environnement et la cohésion sociale.

Ce cadre a pour but de proposer des concepts novateurs, des méthodes de planification et une infrastructure stratégique flexible afin de donner de nouvelles orientations dans le domaine de l’élaboration et de la programmation des politiques publiques au service du développement durable et de la compréhension mutuelle, fondées sur une prise en compte appropriée des principes de la diversité culturelle et du dialogue interculturel, d’autant plus que ceux-ci sont maintenant inscrits dans un ensemble d’instruments normatifs internationalement reconnus dans le domaine de la culture.

Du 6 au 8 juillet dernier, plusieurs réunions se sont déroulées afin de croiser et valider les études commissionnées par l’UNESCO auprès d’une équipe d’experts internationaux sur les réponses des politiques publiques aux défis de la diversité culturelle et du dialogue interculturel dans le monde.

Les décideurs politiques et les collaborateurs du Secrétariat de l’UNESCO qui se sont activement impliqués sur ces thématiques ont confronté à cette occasion leurs points de vue à cette équipe. Nous aurons l’occasion d’y revenir très prochainement.

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Du patrimoine mondial de l’humanité

WhcL’UNESCO a annoncé le 28 juin dernier que 13 nouveaux sites viennent d’être ajoutés à l’inventaire dit du « patrimoine mondial de l’humanité ». Le Comité du patrimoine mondial a aussi inscrit 3 sites sur la Liste du patrimoine en péril en vue d’obtenir un appui international pour leur préservation.

Voici les seize sites :

  • La mer des Wadden (Allemagne-Pays-Bas)
  • Les Dolomites (Italie)
  • Le parc naturel du récif de Tubbataha (extension du Parc marin du récif de Tubbataha, Philippines)
  • Le palais Stoclet (Belgique)
  • Les ruines de Loropéni (Burkina Faso)
  • La Cidade Velha, centre historique de Ribeira Grande (Cap-Vert)
  • Le mont Wutai (Chine), montagne sacrée du bouddhisme
  • La tour d’Hercule (phare datant de l’empire romain en Galice, Espagne)
  • Le système hydraulique historique de Shushtar (Iran)
  • La montagne sacrée de Sulamain-Too (Kirghizistan)
  • La ville sacrée de Caral-Supe (Pérou)
  • Les tombes royales de la dynastie Joseon (République de Corée)
  • Le pont-canal et le canal de Pontcysyllte (Royaume-Uni)
  • La Chaux-de-Fonds/Le Locle, urbanisme horloger (Suisse)
  • De la grande saline de Salins-les-Bains à la saline royale d’Arc-et-Senans, la production du sel ignigène (extension de la Saline royale d’Arc-et-Senans, France)
  • Levoca et les œuvres de Maître Paul à Spis (extension de Spisský Hrad et les monuments culturels associés, Slovaquie)

L’inscription d’un site ou d’un monument à l’inventaire du patrimoine mondial de l’humanité est le résultat d’un long processus d’instruction où les critères de sélections sont draconiens, beaucoup plus draconiens que par le passé dira-t-on.

Il faut ajouter à cela qu’être candidat à l’inscription au patrimoine mondial est un travail qui commence plusieurs années en amont car il faut rassembler tous les témoignages et les données qui légitiment la candidature.

Pour autant, cela ne suffit pas pour être retenu, une bonne candidature est un tout où contenus, stratégie, synergie d’acteurs et prise en compte d’une certaine dimension concurrentielle sont incontournables.

Les aspects de « planification et organisation » sont tout aussi essentiels car non seulement ils augmentent la possibilité de voir le dossier aboutir mais ils permettent aussi d’anticiper plus fortement les risques qui menacent le site en question.

Car il faut aussi savoir qu’un site promu peut être retiré de la liste si ce dernier ne suit pas à la lettre le cahier des charges que suppose l’inscription ou si un projet inscrit se trouve modifié par un élément extérieur non anticipé.

C’est le cas de la vallée de l’Elbe à Dresde en Allemagne. Le Comité du patrimoine mondial a décidé de retirer ce site de la liste du patrimoine mondial, suite à la construction d’un pont à quatre voies au cœur de ce paysage culturel, ce qui signifie que le site n’a pas su conserver la valeur universelle exceptionnelle qui lui avait valu son inscription.

Dresde a été inscrite en tant que paysage culturel en 2004. Le Comité a déclaré que l’Allemagne pourrait proposer à l’avenir une nouvelle demande d’inscription concernant Dresde. Le Comité reconnaît ainsi que des parties du site peuvent être considérées comme ayant une valeur universelle exceptionnelle mais qu’il faudrait le présenter selon d’autres critères et avec d’autres limites géographiques.

Dresde est ainsi le second site retiré de la Liste du patrimoine mondial. Le cas s’est déjà produit en 2007 avec le sanctuaire de l’Oryx arabe (Oman). Il convient toutefois de noter qu’il s’agit d’une procédure très rare, ce qui renforce la gravité de l’impact pour les sites concernés.

Le cas du site pourtant si pittoresque de la vallée de l’Elbe semblait faire l’objet d’un consensus général, du moins au départ. Puis, la Ville de Dresde a décidé la construction du pont malgré un fort mouvement d’opposition parmi la population et les intellectuels du pays, entre autres l’écrivain et prix Nobel Günter Grass. Deux tiers de la municipalité étaient toutefois convaincus de la nécessité de ce pont et aucun compromis n’a été trouvé.

S’il est vrai qu’un paysage et un écosystème modifiés à ce point ne peuvent rester sur la liste du patrimoine mondial, nous devrions nous interroger sur la nécessité de mettre en place des protocoles qui permettent d’éviter cette conséquence négative, en particulier pour les sites classés en péril.

La construction d’un pont n’est pas une décision qui se prend à la légère, cela se prépare de longue date. Le site pressenti pour l’édification était repéré (les premières sources remontent à 1998) et à la suite de l’annonce du projet, les 18km de rives de l’Elbe inscrits avaient été classés en péril en 2006. Ce classement n’a pas suffi à interrompre le processus.

Le cas de Dresde devrait inspirer les méthodes de conception, d’instruction et de suivi de ce type de dossier car le « redécoupage » suggéré par le Comité à l’Allemagne pour le site de Dresde risque de prendre un certain temps, temps qui face à la construction de l’ouvrage risque d’être insuffisant pour préserver le site des nuisances, des pollutions, des dégradations et des destructions. L’intérêt du site, même défiguré par un pont, n’a pas disparu pour autant. Il n’est peut-être pas trop tard.

Plus généralement, on peut aussi se poser la question de l’impact positif d’un ouvrage supplémentaire sur un site, si cet ouvrage apporte une contribution supplémentaire à la préservation et à la valorisation dudit site, surtout si cet ouvrage est un ouvrage d’art. Ce n’est peut-être pas le cas de Dresde mais l’intégration en amont des dossiers qui comportent une problématique d’aménagement ou de restauration pourrait aussi être l’opportunité de concevoir des démarches exemplaires qui soient complémentaires et renforcent plus encore la dimension patrimoniale et environnementale.

N’oublions pas en effet que l’inscription au patrimoine mondial de l’humanité constitue non seulement une importante source de revenus et de fréquentation pour les sites, une valeur ajoutée incontestable pour les territoires, mais aussi la préservation d’une mémoire dont la valeur est considérable et qu’il convient de perpétuer. C’est là toute la noblesse de la mission de l’Unesco et de son Comité du patrimoine mondial.

La France elle compte une trentaine de sites et biens inscrits au patrimoine mondial, ce qui est un atout considérable pour l’image culturelle française et bien entendu son tourisme, par rapport à la plupart des pays du monde qui sont beaucoup moins bien pourvus en sites inscrits.

D’autres sites français préparent leur candidature mais on sent monter l’insatisfaction de certains pays du sud depuis plusieurs années. Ces derniers comprennent en effet de moins en moins la disproportion du nombre de sites par rapport à leur territoire et leur patrimoine. Considérons par exemple que l’Inde n’en possède que 14…

Si dans l’héritage occidental très ethno centré il est admis que la culture et le patrimoine ont constitué un des vecteurs de rayonnement (et de domination), dont il est évident que l’impact fut massif sur le reste de la planète et sur nos échanges, il est en revanche moins aisé de conscientiser le mouvement qui est en marche depuis quelques décennies. Pour certains, il s’agit au minimum d’un rééquilibrage entre le nord et le sud. Néanmoins, de plus en plus nombreux sont les spécialistes qui démontrent et affirment plus frontalement un véritable décrochage de l’occident. Nécessairement l’Unesco doit aussi le prendre en compte mais ne pourrait-on pas convenir que l’enjeu se situe ailleurs ? Cette fameuse question de la diversité culturelle qui a tant fait débat à l’Unesco et qui à fait l’objet de tant de tractations politiques entre les délégués, ne serait-elle pas plus à la hauteur de l’enjeu si nous considérions que c’est la culture de la diversité qui doit nous animer ?

Il y a dans l’appellation « diversité culturelle » un mouvement passif, qu’on l’appelle lutte,  préservation ou défense. Promouvoir la diversité culturelle peut s’inspirer d’une vision universaliste mais ne peut réellement l’incarner pour tous. Historiquement cela s’est majoritairement accompli au détriment d’autres cultures. C’est la référence au modèle civilisationnel occidental que nous avons toujours connu, qui après des siècles de lutte parvient à se baser sur l’espoir et la volonté d’une coexistence pacifique entre des cultures aux expressions diverses.

Dans « culture de la diversité », nous nous situons dans une registre sémantique plus ouvert et proactif, où la responsabilisation s’opère dans une dynamique de construction d’un nouveau modèle civilisationnel qui fait de la diversité la ressource grâce à laquelle le modèle se construit et fonctionne dans un processus de socialisation.

En faisant cette distinction, nous serions peut-être plus à l’aise dans notre rapport si complexe aux institutions de gouvernance internationale et le patrimoine mondial de l’humanité ne s’en porterait pas plus mal.

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Elections UNESCO / 2 : more than just culture, but less than just politics

DEUTSCHER KulturRAT

Parue dans le numéro de Juillet/Août 2009 de la revue « politik und kultur », le journal du Deutscher Kulturrat (Fédération des associations culturelles en Allemagne), Andreas Westerwinter nous livre avec précision et clarté une synthèse de la situation relative aux prochaines élections de l’UNESCO.

Cette première diffusion de ce texte en France dans sa version anglaise, fait le point sur une situation qui, comme nous l’indiquions récemment, n’a hélas toujours pas réussi à massivement mobiliser ni les médias, ni l’opinion de notre pays.

L’importance de ce qui se joue ici n’autorise pourtant aucun détour du regard car, comme le titre de l’article l’indique : s’il ne s’agit de rien de plus que de culture, ce n’est rien de moins que de la politique.

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UNESCO – more than just culture, but less than just politics.

The UN Specialized Agency for Education, Science and Culture elects its new Director-General in autumn 2009. The official deadline for nominations ended on 31 May 2009 with nine official candidates proposed by Member States. Four of whom are women. It is thus possible that UNESCO will for the first time in history have a woman as Director-General. “Just about time”, some repeat quietly. Just as it is time to give someone from Eastern Europe or the Arab world a chance add others, mainly interested parties from these regions of the world.

Discussions flared up recently, when several French intellectuals protested that the next chief of the World Cultural Organisation should not be an anti-Semite. Rarely has the slightly stuffy World Cultural (and Education, and Science, etc, etc, etc) agency excited such attention in the German and international press. Whereas in Germany the debate took place on the cultural parts of the press, it reached immediately the political and opinion pages in other countries.

Diplomats in Paris (and other main and secondary UN capitals) have been talking up a storm for months about what might happen if the incredible were to happen, namely to elect a politically controversial candidate.

The Member States’ interests in UNESCO are as varied as there are members (193). And it is not just about culture, science, and education, since UNESCO is part of the larger UN family where Realpolitik and deceptive diplomacy are often at loggerheads. A fool who were to think of the world culture organization as a place of cultural actors. In reality it is just like anywhere else a place to exert power, even though it is often more difficult to count the legions or to provide evidence for the power plays.

UNESCO’s work is subtle and often quite invisible due to it’s bureaucratic nature, and thus of little use to journalists. Nothing is newsworthy about heritage experts spending years banging their heads collectively and universally, trying to figure out how to protect historic cultural landscapes. Unless of course these experts decide to put Dresden on the “in danger” list. UNESCO battled unsuccessfully for decades to install tsunami warning systems in the world’s oceans, yet it only reaches the press when it turned out these system were still not deployed due to lack of funding in 2006 in the Indian Ocean. Quiet work in educational policies is only recognized in donor countries outside the expert circles, when a Western country asks UNESCO for a condemnation of perceived regression in the Afghan educational policies for girls and young women – an initiative that was recently attempted, but quickly undercut through politico-diplomatic counter-pressure.

In these areas of World Heritage, educational policy or scientific cooperation, UNESCO does not only bring together experts around the table, but also diplomats. It happens easily that a country might propose a “deal” in order to save one site or another (from entering the danger list). Or one deals with purely political discussion before a backdrop of “World Heritage”, as happens frequently in the Middle East. Here lies one of the problems with Farouk Hosni’s candidature. But also some of the others.

What happened ? By now all international newspapers have reported on the longtime Egyptian Minister, who “misspoke”. Counter interviews have since been published and it seems as if the discussion about the UNESCO DG elections have now developed into a kind of clash of civilizations between East and West (for or against Israel). For several months now one can hear from Arab and especially Egyptian sources that a refusal of Hosni bid to become DG would not only be an affront against the Arab world, but it would also be seen a signal from the West not to be refusing Dialog with the Middle East.

The candidature by the current Austrian EU External Relation Commissioner, Benita Ferrero-Waldner , rendered public only a few days before the deadline, has added additional oil to the fire. Mean voices from acute observers in Paris have commented that the only idea the West seems to have come up with to counter the supposed Arab book burner was to present an Austrian (soon to be ex-) Commissioner who enjoyed a cozy coalition government with the rightwing and xenophobic Jörg Haider in Vienna. Images of Turks in siege of Vienna are mobilized that could only damage UNESCO in every sense. The Austrian press is not making things easier for the candidate. It is reported almost every day that the ÖVP (Austrian Conservative Party) just likes to “promote” Ms Ferrero-Waldner away from Brussels to clear the way for a new Austrian Commissioner since Mr Barroso did not give her the next post she had eyed for some time. Local Vienna human resource tactics are now mixed in with world politics, which will not make electoral decision making any easier.

What happens next? In September 2009 the 58 members of the UNESCO Executive Board will interview all candidates behind closed doors. Before that date, all candidates are invited to submit a 2000 word vision document presenting some ideas for a UNESCO of the future. Then all candidates will be discussed in private session and secret ballot elections are then called. It is common practice in the UN that electoral promises negotiated between countries and vote swaps for different posts in the UN determine the vote casting in the first round. Given arrangements such as “If you vote for me at UNESCO, I will vote for you at the World Trade Organisation”, the qualifications of the different candidates are frequently of secondary consideration.

"Geopolitical considerations" often enter front stage when it comes to elections in the UN, as the Brazilian foreign minister Amorim explained when he had to defend his country’s support for the Egyptian candidate instead of a Brazilian one. Similar points were made in the French press when former French Culture Minister Jack Lang, characterized Farouk Hosni as the best candidate. Just as frequently as it is underlined now by the Egyptian side that the candidate from Cairo has the support from President Sarkozy, the spokesperson for the Quai d’Orsay denies any such support. It is also stressed that the French-Egyptian agreements might go back to the nomination of Dominique Strauss-Kahn at the Head of the International Monetary Fund, where briefly afterwards Boutros Boutros Ghali’s nephew and current Egyptian minister of finance was elected to a leadership position. Other voices advance that French concerns about the future of the Union for the Mediterranean (vice-chair in Hosni Mubarak), had already signaled two years ago vague support by France for Farouk Hosni. This is now being read as a formal wedding announcement by Egypt. Wherever the truth may lie, there are endless possibilities to swap votes. A situation to let US campaign managers for Presidential elections go pale with envy. And in case the French should not stand up to their promises, the Egyptians will most likely ask the restitution of the obelisk on the Place de la Concorde in Paris, as the Italians have just so brilliantly demonstrated in the case of Aksum (with a lot of quiet UNESCO diplomacy)….

If in the first round a candidate obtains 30 votes, he or she is elected. Yet since this is most unlikely, another three rounds of elections are foreseen where each candidate can withdraw or stay quite confidently in the race no matter how many countries they have mobilized. And this is where things become exciting: It is now time to negotiate the transfer of votes and possibly another post for the candidate who withdraws. It is only in the fifths round that the two best placed candidates are pitched directly against each other in order to allow for an unambiguous nomination to the UNESCO General Conference in October 2009. Here all 193 countries can either confirm the nomination or ask Executive Board to present a new candidate within 48 hours in case the candidate does not obtain the necessary majority. A few countries have already made their intention known that they would never support a nomination for Hosni by the General Conference.

Who stays put? Who should act? Who will probably not move? All this turns into a good game of poker where strong nerves, the right feeling, a dose of charm and strong pressure from capitals will be needed in order to impose oneself in the end. Cynics say all this is salon diplomacy, but in reality it is an important opportunity to get the UN out of yet another cul-de-sac.

So what is all this fuss about and what’s at stake? The election of a politically controversial candidate would block UNESCO for years to come. Many of the reforms implemented with much insistence by the current DG Matsuura would be lost at once. But not only could a politically controversial candidate be dangerous for UNESCO. It would take any inexperienced manager several months to clear through UNESCO’s bureaucratic jungle and it highly unlikely that a candidate without international experience will understand the internal power games for new posts or old programmes when too many insiders will offer their advice to show the new Director-General the way.

Who are the candidates and what do they have to offer?

Farouk Hosni has been minister of culture in Egypt for over two decades. He presents himself a long list of achievements he claims to have reached. Critics recall though that some of the important cultural projects he was supposed to realize with UNESCO support – such as the Great Museum of Egyptian Civilisation – have been delayed for many years and will not see the light of the day any time soon. Affairs of corruption in his ministry have kept the press busy without surprising anyone. Apart from political concerns, questions are raised whether Hosni as UNESCO chief would be able to administer an annual budget of almost 500 million.

Hosni himself identifies Benita Ferrero Walder as his strongest competitor. Observers say, this does not happen without the hope to turn a possible habsburgo-arabic clash of cultures in his favour. In addition, voices in Vienna describe the candidature as local folklore and personnel politics. But finally the Austrian needs to face a deadly counterargument in any UN election: her Electoral Group 1, i.e. Western Europe and North America has already fielded too many Director-Generals in the past and should be more modest. A number of Arab colleagues in Paris underline not without a knowing smile that a former UN Chief of Protocol in New York should know better about these unwritten rules in the UN.

Further voices pipe in questioning the candidate’s motivation and qualification. Concerns among informed diplomatic circles in Brussels point out that the lofty title of EU External Affairs Commissioner is really a bit self-promoting when it is really some kind of Super-Chief of Protocol of the European Commission: The Spaniard Xavier Solanas makes the actual foreign policy decisions, the development money lies with the Belgian Louis Michel, trade policies were made by the Brit Peter Mandelsohn, and all other important issues were dealt with by the boss Manuel Barroso himself. In all this there was not much left that could qualify the Austrian junior commissioner for UNESCO. And she also made herself not too much liked when she obstinately tried to sanction the EU sanction against her country during the ÖVP-Haider Koalition as then Foreign Minister.

Besides the Arab Group, Electoral Group 2 also reminds everyone that they have never had a Director-General. Here are two female candidates who want to present themselves as inside experts on UNESCO matters. The Bulgarian Irina Bovova is Ambassador to France and to UNESCO. As a career diplomat and briefly foreign minister she brings experience as well as political support to her bid. The latter fact is also being criticized by some: Voices in Bulgaria and in the West characterize her frequently as a member of the communist nomenclatura (Studies in Moscow in the 1970s, father as member of Communist Party Central Committee). Close ties to the current government in Sofia are also raise concerns as Bulgaria is frequently criticized by Brussels for lack of transparency when dealing with EU funds. (Her brother Filipp served as Chief of Staff to the Prime Minister after having been advisor to the President). Ms Bokova is however widely acknowledged as an experienced diplomat who can talk to all interested parties in situations of conflict.

Also from a new EU Member State is Ina Marciulionyte. A political generation younger than her Bulgarian competitor, current Lithuanian Ambassador to UNESCO was very active in the independence and democracy movement of her country in the late 1980s and early 1990s. As a journalist and Director of the Open Society Institute in Vilnius she represents the new Eastern European politics since 1989, which put her in charge of UNESCO issues when serving as vice-minister for culture. Since being appointed to Paris, she was Chair of the UNESCO World Heritage Committee – just like the current Director-General – and is currently one of the Vice-Chairs of the UNESCO Executive Board. Some of her critics say she is too young to be DG, to which the candidate answers not without a touch of humor that she’s only a year younger than President Obama and does not even ask for nuclear weapons. Sources inside UNESCO describe her as the most qualified candidate from a technical perspective and also as a very hard working ambassador, who has intervened in many difficult situations.

The Russian deputy foreign minister Alexander Yakovenko came as a last minute surprise candidate. A career diplomat who knows the UN business for many years, he has attended UNESCO meetings regularly over the years. There is no detailed election programme presented by Moscow’s probably most senior multilateral diplomat, but Western countries have been concerned in recent years about Russian proposals to include UNESCO work in the area of energy policies. The West is not particularly keen on opening yet another UN forum where Russia could possibly put pressure on such delicate issues. It is also rumored openly that Russia was simply upset because Bulgaria and Egypt both claimed to have Russian support for their candidates. Those who would not want to hear a diplomatic no, would have to recognize quite practically that Russia does not support any of the other candidates.

Latin America also puts forward a woman: The Ecuadorian Ivonne Baki. Former Minister and Ambassador in Washington, of Lebanese origin, she is seen by some as the West’s answer to Farouk Hosni. Little is known about Ms Baki. She will be President of the Andean Parliament until fall 2009. Voices in Latin America but also in Washington are getting louder questioning her involvement in possible business deals. Others simply ask what management qualities the candidate would bring in the areas of science, culture and education, other than being a passionate painter herself.

Two African candidates have entered the race, apparently in order to stop Hosni from claiming unanimous African support for his bid. Sospeter Mohongo (Tanzania) is a geologist and currently regional director of the science umbrella organization ICSU. NouréiniTidjani-Serpos (Benin) is UNESCO Assistant Director-General for Africa. Both are expected to withdraw after the first round once it has been avoided for Hosni to pass. It is equally not Africa’s “turn” to present a Director-General.

A courageous candidate, Mohamed Bejaoui (nominated by Cambodia) stays in the race despite reportedly having received threats against his life. “It’s a matter of personal honor to participate in these elections”, says the man who learnt in the 1930s Hölderlin thanks to an Alsatian school master in a colonial lycée. Former Algerian foreign minister and President of the International Court of Justice in the Hague, Bejaoui, is also seen as one of those candidates, who is mainly in the race to set up obstacles to Farouk Hosni. But nobody would say this publicly.

Things will remain interesting in Paris.

Andreas Westerwinter

Former UK Deputy Permanent Delegate to UNESCO 2006-2009

L’article dans sa version allemande est téléchargeable ici.

Nous proposerons prochainement une version française de ce texte.

Classé dans:Analyses, Politiques culturelles, ,

Elections UNESCO / 1

logoLa nouvelle vient de tomber, la France ne « combattra pas » la candidature controversée du ministre égyptien de la Culture Farouk Hosni à la tête de l’Unesco, comme nous l’apprend Le Figaro du 15 juin en publiant les propos du conseiller spécial de l’Elysée Henri Guaino, tenus hier sur Europe 1 : « tout ce qui pourrait nuire à la relation franco-égyptienne sera écarté par la France ».

« C’est vrai qu’il a dit une énorme bêtise », mais « il s’en est expliqué », a insisté Henri Guaino en mettant en garde contre les « jugements à l’emporte-pièce » sur un homme qui est « la tête de Turc des plus extrémistes » dans son pays. "Tout ce qui pourrait nuire à la relation franco-égyptienne sera écarté par la France", a tranché le conseillé spécial lors du Grand rendez-vous. Paris "ne combattra pas cette candidature", présentée par l’Egypte, a-t-il fait valoir, relevant que la même position a été adoptée par le Premier ministre israélien.

"Il a dit: c’était des propos imbéciles, je les retire", a martelé le conseiller de Nicolas Sarkozy.

Il faut reconnaître que celles et ceux qui ont la chance et la possibilité de suivre cette question internationale souffrent depuis l’article « Unesco, la honte d’un naufrage annoncé » de Claude Lanzmann, Bernard-Henri Levy et Elie Wiesel paru dans Le Monde et la pétition qui suivit, de la quasi absence de débats, de réactions, d’initiatives ou de mobilisation en France. Même si la parole des conseillers du président de la République n’est pas celle du président, cette déclaration scandalise et interroge. Tout cela relève-t-il d’un calcul dont on ne connaîtra véritablement pas les détails (ce qui n’empêche pas de faire néanmoins des hypothèses, notamment si on regarde qui a soutenu qui lors des différents jeux de chaises musicales qui ont eu lieu ces dernières années dans les grandes institutions internationales) ou bien faut-il espérer que la France ait opté pour une position de prudence avant de prendre sa décision en ne dévoilant pas trop tôt ? La diplomatie est un art (ou presque), ne l’oublions pas.

Votre avis, vos commentaires et votre mobilisation sont essentiels.

A suivre sur C.E.G. …

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