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Retour sur Transit City / 2

global  cityDans son film Metropolis, Fritz Lang a donné corps en 1927 à une vision futuriste de la ville du XXIème siècle, la méga-cité ; en 1939, le pavillon « futurama » de General Motors offrait lors de l’exposition de New-York une grille de lecture appliquée de la vie et de la ville modernes. Deux « événements » à dimension culturelle majeure qui influencent encore aujourd’hui la réflexion ethnocentrée de la plupart des architectes, des urbanistes, des aménageurs et des politiques.

Or l’heure de « The end of Suburbia », l’heure d’une société humaine où toute la chaine de production est structurée par les énergies fossiles a sonné son glas depuis longtemps. Il est grand temps que se préparent les alternatives aux modèles de prospective issus de nos héritages persistants.

C’est ce que François Bellanger est venu présenter à Paris le 29 juin dernier lors de l’atelier de synthèse du tour du monde de Transit City, le think-tank dédié aux réflexions prospectives sur la ville et les modes de vie.

Dans un Pavillon de l’Arsenal bouillant, au sens propre comme au sens figuré, François Bellanger s’est attaché pendant près de 2 heures à dresser le bilan des voyages, des rencontres et des réflexions conduits depuis deux ans.

Même pour ceux qui ont participé à l’ensemble ou à quelques-uns des ateliers passés, ce ne fut pas une synthèse linéaire mais une démarche salutaire de remise en perspective, une analyse comparée hérissée par l’urgence d’agir et de s’engager dans la voie du renouvellement de nos modèles, de nos imaginaires, de notre volonté d’être au monde.

Nous vous renverrons vers le compte-rendu de cette rencontre exceptionnelle sur le blog du think tank, qui lorsqu’il sera publié vous donnera le détail des exemples, des expériences et des nouveautés en gestation.

En revanche, ce qui nous intéresse ici, c’est le regard critique porté en direction de nos penseurs, de nos décideurs et de nos réalisateurs de l’aménagement du territoire. Car la démonstration, dont le caractère percutant a fait en partie la réputation d’empêcheur de tourner en rond de François Bellanger, était cette fois-ci d’une puissance démultipliée du fait du retour d’expérience de ces deux années à parcourir le monde. Et ce « là-bas si j’y suis » crée un malaise difficilement dissimulable, même avec la meilleure des volontés.

En effet, toutes ces démarches repérées là-bas à l’étranger nous amènent à nous interroger sur la situation ici en France.

L’instauration du processus Grand Paris et des projets qui ont été proposés par les architectes admis à concourir a créé un faux prisme, un « sentiment » de modernité (après le sentiment d’insécurité…), l’idée qui en quelque sorte nous déculpabilise de notre complexe de supériorité bien français, comme si on en avait encore besoin.

Le sempiternel refrain du « on n’a peut-être pas de pétrole mais on a des idées ». Le problème c’est que du pétrole nous en avons surconsommé jusqu’à la lie, comme des américains moyens (pour mémoire, jusqu’à l’arrivée de la crise financière, nous étions sur une courbe qui rattrape proportionnellement celle des Etats-Unis) et que les idées, si nous en avons, se perdent, s’épuisent et se diluent dans les méandres de notre politique d’aménagement du territoire.

Alors oui, on dira :« Grenelle de l’environnement ». Une étape incontournable qui aurait dû être mise en œuvre dès les années 1970 car à ce moment-là, la plupart des innovations et des solutions qui sont proposées aujourd’hui étaient bien présentes et prêtes (avec le Grenelle de l’environnement, on redécouvre le solaire, l’éolien, la biomasse, la géothermie, etc).

Il faudrait bien réaliser et soutenir plus fortement les démarches d’innovation sociale, car c’est là qu’aurait pu se tisser le lien qui aurait permis au Grenelle d’aller beaucoup plus loin. Les processus d’innovation sociale sont intégrés dans des expérimentations magistrales mais qui souffrent en effet du manque de leviers supplémentaires pour passer à la vitesse supérieure.

Lorsque François Bellanger parle de la consultation des habitants de San Francisco sur l’avenir de leur ville qui débouche sur l’expression d’un imaginaire et une volonté tellement à l’opposée des référentiels des architectes et des urbanistes, pourquoi ne pas parler des expériences similaires conduites à différentes échelles en France et pourquoi ne pas dénoncer le phénomène contraire en jeu dans l’ « opération » du Grand Paris ? La réponse se situe bien entendu au niveau politique, mais lequel ?

Le 12 juin dernier nous étions à Barcelone pour le séminaire « Culture, développement durable et pouvoir locaux : quels enjeux pour la prochaine décennie ? ». Nous reviendrons dans un autre post sur l’intégralité de cette journée mais ce qu’il apparaît intéressant de mettre en évidence ici, c’est que tout le monde a l’impression de faire de l’agenda 21, du développement durable, (les effets de communication sont passés par là) mais pour ce qui concerne la démarche structurée (impliquant tous les secteurs) et l’outil en tant que tel, le chemin à parcourir est encore long. La culture est une réponse possible, s’il on observe notamment le tout dernier plan d’action pour le développement durable 2009-2013 du Québec… nous y reviendrons aussi.

Sur la question des politiques du développement durable, on observe que les initiatives vis-à-vis du politique ne jouent pas dans les mêmes catégories.

Les villes risquent en effet d’être les grandes oubliées des négociations à venir de Copehnague. Le mot « ville » est absent de tous les textes préparatoires. Cités et Gouvernements Locaux Unis aura à lutter fermement pour que l’après Kyoto ne se négocie pas de gouvernement à gouvernement, d’autant que sans l’échelon local il est impossible de maîtriser une politique de développement durable. N’oublions pas que la grande majorité de la population mondiale est aujourd’hui dans les villes et le sera encore pour un moment.

Petite éclaircie qui pourrait amener à penser que la cause des villes n’est pas totalement perdue, la Banque Mondiale vient de modifier substantiellement sa stratégie urbaine. La rencontre qui s’y tient depuis le 28 juin et qui se termine ce soir au palais du Pharo à Marseille a pour thème « Villes face au changement climatique : répondre à un agenda urgent ».

Ce symposium est en effet un moment important puisque la Banque révise sa politique urbaine pour y intégrer la dimension du climat. Prévue en septembre, la nouvelle stratégie devrait donner un coup d’accélérateur à la recherche urbaine, recherche aujourd’hui très faible.

Cette faiblesse a été parfaitement pointée par François Bellanger, celui-ci mettant en évidence le « décrochage » de l’Occident, la fin de la modernité urbaine du modèle occidental. Le basculement de référentiel qui s’est opéré et a déjà été largement commenté (voir « Nylonkong » notamment) appelle de nouveaux arbitrages de l’esprit car les mentalités et les usages ont changé. L’accélération du changement de ces deux dernières années a été brillamment synthétisée hier et nous ne manquerons pas d’y revenir car l’ensemble des données collectées est capital pour comprendre ce qu’il nous reste encore à accomplir.

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