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Ontario : la soutenabilité des musées

TorontoToronto connaît une nouvelle phase de développement remarquable dans sa dimension culturelle, cela a été assez documenté ces derniers mois. Tous ceux qui y sont allés dernièrement peuvent en témoigner : des projets de construction pour des institutions culturelles désormais achevés et des programmes d’action renouvelés et revitalisés constituent désormais un formidable maillage urbain qui permet à cette métropole stratégique de l’Amérique du Nord de se projeter dans l’avenir sans crainte des eaux troubles et mouvementées que l’économie mondiale traverse actuellement.

Le secteur culturel ultra présent à Toronto a été en effet totalement restructuré et les institutions culturelles sont parvenues à atteindre le cœur de la cité tout en soutennant fortement la voix et les aspirations des artistes, des scientifiques et des éducateurs. A cela s’ajoute le fait que les questions de l’accessibilité et de l’inclusion sociale sont devenues prioritaires ces dernières années et sont aujourd’hui de vrais standards qui renforcent l’image du changement de Toronto et du Canada.

L’ensemble des acteurs leaders du secteur sont devenus les apôtres de ce renouveau et ils sont l’objet de toutes les attentions dans un climat économique qui est devenu plus que menaçant pour la dynamique de communautés et activités qui sont en ce moment sous pression.

Unis, ils ont concentré leur temps, leur énergie et leurs ressources pour faire aboutir les projets, renforçant plus que jamais l’idée que les arts et la culture comptent et sont impactants.

Le gouvernement provincial de l’Ontario a fortement contribué à ce succès en mobilisant notamment un budget supplémentaire de 43 millions de dollars pour 6 institutions culturelles, comme cela a été annoncé il y a quelques semaines. Il convient de noter qu’il n’y a aucune juridiction nord américaine qui ait établi avec autant de clarté que la culture est en moteur de la prospérité et un symbole de son accomplissement.

Ce soutien de la province est un message clair en direction des métropoles du monde, témoignant que la culture peut faire plus qu’apporter sa contribution à la croissance et au développement économique et social. En effet, la plupart des instutions culturelles d’Amérique du Nord s’est engagée dans d’importantes manœuvres et sont en mesure de construire une plus forte durabilité et soutenabilité pour leurs infrastructures et pour leurs projets.

C’est notemment le cas de la Art Gallery of Ontario où la mise en œuvre de ces objectifs à conduit à une transformation dont le succès est sans précédent. La gestion rigoureuse et responsable de l’institution a permis de répondre de manière innovante aux défis d’aujourd’hui. Il s’agit bien d’une situation désormais acquise dans un environnement qui ne ressemble en rien à celui que la plupart des institutions culturelles ont pu expérimenter par le passé et ce, quel que soit le type de politique culturelle qui ait été mis en œuvre dans la grande majorité des pays.

Le bilan de l’Art Gallery of Ontario repose principalement sur un facteur externe et un facteur interne :

  • sur le plan externe, il s’agit de la relation de confiance établie avec le gouvernement provincial et avec les différents partenaires, basée sur le suivi précis d’indicateurs de performance. Le résultat se traduit dans la nature et l’évolution des financements perçus, c’est mathématique mais ce n’est pas le type de tendance que nous connaissons en France, même si les choses sont en train de changer.
  • sur le plan interne, les actions visant à accroître l’accès aux musées (en Amérique du Nord, le savoir-faire a encore de belles années d’avance sur nous) ont non seulement développé de meilleures pratiques (fréquentation, fidélisation, appropriation, diversification) mais ont surtout parachevé une transformation majeure où l’amélioration en profondeur de la programmation, l’investissement ciblé sur les vecteurs de revenus, le développement des recettes dites « annexes », l’implication du personnel dans la recherche d’innovation via la formation, les économies d’énergie et l’optimisation des dépenses des nouvelles opérations jusqu’à la génération des premiers revenus post-inaugurations, permettent à l’institution d’envisager le futur de manière structurée et renforcée.

Cette logique de développement soutenable permet de mettre en œuvre de manière beaucoup plus sécurisée les missions traditionnelles liées à la démocratisation culturelle comme celles qui consistent à approfondir la recherche de l’ouverture des musées aux publics de toute provenance et de toute condition mais aussi des missions plus spécifiques comme mieux soutenir les artistes par l’accompagnement à l’international.

Cette soutenabilité prise aux deux sens du terme crée un capital confiance considérable et a fait émerger une nouvelle capacité de programmer et de construire les audiences d’un musée.

Un autre aspect mérite de s’y attarder un instant. Ce que l’on appelle les « cost killers » à savoir le contrôle et la recherche de la réduction de dépenses en vue d’optimiser le fonctionnement général et son développement, n’ont pas été perçus comme une fatalité mais comme un moyen de financer des nouveaux projets. Cela peut paraître paradoxal mais comme dans le cas de l’Art Gallery of Ontario, l’efficience de l’organisation ayant atteind un certain niveau de maturité, toute économie permet d’abonder le financement de nouveaux projets. C’est une des surprenantes leçons de la crise : subir ou anticiper le rebond pour être au plus haut niveau.

Rien n’est gagné pour autant et tout ceci ne se fait pas sans difficultés mais il faut rappeler que ceci n’est pas le fruit du hasard. Les démarches de soutenabilité que nous venons d’évoquer sont celles qui ont été entreprises depuis plus de vingt ans dans la plupart des grandes institutions culturelles nord américaines et ce sont celles qui permettent à ces musées d’être en adéquation avec les évolutions de la demande, sans avoir nécessairement à singer les politiques qui sont uniquement orientées en fonction de la demande.

Tout ce travail que nous appelons parfois en France « remise en ordre de marche » a démarré plus tardivement pour nos musées, environ dix ans plus tard qu’en Amérique du Nord. Cela s’explique par le fait que l’organisation de notre politique culturelle engendre des cycles plus longs, comme les bibliothèques avec leur cycle de passage aux médiathèques sur une période de près de 30 ans. Celles-ci sont aujourd’hui en capacité d’envisager l’avenir, comme en témoigne le congrès de l’ABF qui s’est tenu le 13 juin dernier.

Les musées eux ont véritablement entrepris leur cycle de mutation au moment de la toute fin de la bulle Internet et ils commencent aujourd’hui à être en situation de créer les conditions nécessaires permettant d’être en phase avec une partie de la demande, en tout cas avec la partie la plus stable de la demande, celle qui est bien identifiée et étudiée depuis de longues années. Mais pour ce qui concerne les segments de la demande les plus évolutifs, le constat global est relativement mitigé et plutôt préocuppant dans la mesure où le musée n’est pas le lieu de l’anticipation des nouvelles pratiques culturelles par essence.

Pour les nouvelles générations par exemple, la culture n’a plus grand chose à voir avec les représentations traditionnelles de la consommation culturelle. Ceci devrait en théorie interpeller directement les politiques et les institutions nationales et locales de la culture. Mais à y regarder de plus près, les inégalités d’accès à l’offre culturelle demeurent très fortes et si, comme l’indiquent fort judicieusement Xavier Greffe et Sylvie Pflieger, nous comparons les premiers travaux de Pierre Bourdieu sur les inégalités face aux bien culturels entrepris au début de l’existence du ministère de la culture avec les travaux évoqués dans leur ouvrage en cherchant à vérifier les mêmes processus mais en se situant du côté de l’offre et non plus seulement de la demande, « on retrouve les mêmes résultats, alors que des décennies de politique culturelle sont passés par là ».

C’est pourquoi, vous recommander de suivre le débat d’Avignon d’aujourd’hui qui a été annoncé comme LE débat à ne pas manquer («Les impasses culturelles de la culture du résultat», une réflexion et un échange autour de l’Appel des Appels avec notamment Roland Gori, initiateur de l’Appel et Valérie de Saint-Do de Cassandre/Horschamp) prend un tout autre sens. Certaines luttes sont-elles encore d’actualité alors que d’autres doivent impérativement avoir lieu pour la soutenabilité des politiques culturelles ? Espérons qu’il en soit autrement et essayons surtout de voir comment les institutions culturelles d’ici et d’ailleurs (notamment les musées) se sont mis ou se mettent en ordre de marche.

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Classé dans:Analyses, Expériences, Gouvernances, Ingénieries, Politiques culturelles, , , , , ,

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