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BnF : avantage à Google ?

bibliothèque nationale de FranceLe mardi 18 août 2009 pourrait bien marquer un tournant dans la politique patrimoniale française : le quotidien La Tribune affirme en effet que la BnF envisage de s’allier à Google pour la numérisation de son fonds. « Nos négociations avec Google pourraient aboutir d’ici à quelques mois » a déclaré Denis Bruckmann, directeur général adjoint et directeur des collections de la BnF.

Longtemps opposée aux ambitions de Google pour la numérisation de son fonds d’ouvrages, la BnF était montée au front via son président Jean-Noël Jeanneney en 2005. La BnF avait commencé son propre travail de numérisation (livres consultables sur Gallica) et lancement de la Bibliothèque Numérique Européenne (dont elle est la locomotive) semblait suffisant pour apporter une alternative crédible à Google, sur le plan du financement, sur le plan technique et sur le plan juridique, s’efforçant de préserver l’ensemble de la chaine du livre.

Mais la dure réalité économique de la construction de la BNE, projet porté à bout de bras par l’emblématique président de la BnF ayant quitté ses fonctions en avril 2007, vient nous rappeler la grande vulnérabilité du consensus entre les pays européens qui y ont adhéré, au regard des priorités de leurs finances publiques en matière de culture.

En France, la numérisation du patrimoine est pourtant depuis plus de trois ans une des priorités inscrites dans la feuille de route des locataires de la rue de Valois. La Commission européenne soutient de son côté fortement la numérisation depuis 2004, et de façon plurisectorielle, mais le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle n’a pas encore réussi à faire d’Europeana une alternative à Google Books, en tout cas au-delà du principe parfaitement fondé et légitime de sa création.

La BnF serait donc sur le point de suivre les traces de la Bibliothèque de Lyon, des 29 bibliothèques parmi les plus grandes du monde et des près de 25 000 éditeurs qui font appel à Google depuis 2004. Cette décision a été « motivée par le coût extrêmement élevé de la numérisation des livres ». La Tribune précise que selon les types de format et la qualité de la numérisation, il faut compter entre 12 et 74 centimes par page et le directeur général adjoint de la BnF complète en prenant l’exemple de la seule numérisation des ouvrages de la IIIe République française qui coûterait entre 50 et 80 millions d’euros alors que la BnF dispose d’un budget annuel de numérisation d’environ 5 millions d’euros.

Le coût de la numérisation est un des arguments économiques qui risque de faire voler en éclats tous les beaux discours de politique culturelle et les odes à la diversité culturelle qui ont été faits au lancement d’Europeana, car si nous avons toujours peiné à nous coordonner politiquement, techniquement, financièrement et légalement, Google avance lui avec un modèle économique à la mécanique parfaitement huilée et qui n’a pas son pareil, toujours plus novateur et globalisant, toujours plus en phase avec les besoins de la très grande masse des utilisateurs à l’échelle planétaire. Il est bien trop tard pour continuer à diaboliser Google ou d’autres.

Tant que les crédits à la numérisation sont aussi faibles par rapport aux besoins, nous ne pourront jamais assumer complètement la conception française de la diversité culturelle via le patrimoine numérique comme viable dans la politique culturelle européenne et c’est cette absence de lucidité qui nous différencie fortement des autres pays, du moins en apparence.

Nous ne semblons pas vouloir renoncer aux ambitions légitimes que ce secteur mérite mais nous buttons systématiquement sur les solutions, alors que celles-ci existent tant que le plan du droit français que tu droit communautaire.

Au regard des différentes formes contractuelles possibles pour numériser, il est évident que l’utilisation de ses technologies ne peut se faire sans une forme d’intéressement pour l’entreprise ou l’établissement (privé ou public d’ailleurs) qui numérise, puisque la contribution financière publique est moins importante que le besoin. Il y a un investissement et un risque à prendre en compte par celui qui numérise, risque qui finit toujours par être répercuté ne l’oublions pas. Ce deuil d’une certaine tradition de l’Etat culturel fait, il serait intéressant de se pencher sur les possibilités de qualifier le service rendu de service public (et d’intérêt général pour l’échelon européen). Ceci aurait l’avantage de ne plus avoir à se situer dans des débats sans fin et de nous mettre en capacité de contractualiser sans vider de sa substance le service rendu à la collectivité.

Ainsi, Google ou tout autre opérateur pourrait se voir confier la mission de numériser (et non accessoirement de valoriser), y apporter des investissements, y trouver une contrepartie, contribuer techniquement et financièrement à la mission de service public dans la durée et dans un cadre de contraintes et d’obligations réciproques qui apportent des garanties de part et d’autre.

Ayant parfaitement compris qu’elle n’aurait pas de soutien public financier supplémentaire, la BnF ne commet aucun anathème en changeant de la sorte sa stratégie, si elle trouve la bonne solution contractuelle lui permettant de numériser son fonds, solution où le service public n’est pas vidé de sa substance. Nous possédons tout l’attirail juridique et les compétences techniques pour renforcer la mission de service public, nous avons trop tendance à l’oublier.

Dans ces conditions, l’objet du problème devient très différent : quelles garanties et quelles capacités le service public culturel peut-il fournir ? Il est en effet vital qu’il ne s’agisse pas d’une pure et simple externalisation de prestation de service.

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