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Marseille 2013: les infrastructures culturelles seront prêtes, assure la mairie…

Cela ne vous aura sûrement pas échappé vu les efforts qui ont été déployés pour l’annoncer au plus grand nombre : les infrastructures culturelles de Marseille 2013 seront prêtes, assure la mairie de Marseille. Après de longs mois d’incertitudes, de flottements, de complications et de rebondissements, voilà un message plus que bienvenu et opportun. Si on en croit les élus de la ville de Marseille, le territoire et les acteurs en présence seraient désormais au diapason, en ordre de marche pour relever le défi de la capitale européenne de la culture 2013.

Voici la teneur de la conférence de presse qui s’est déroulée le 3 décembre dernier et diffusée par l’AFP :

Les infrastructures destinées à accueillir les manifestations organisées dans le cadre de « Marseille-Provence, capitale européenne de la culture 2013 » seront prêtes à temps, ont assuré le 3 décembre les élus de la ville, lors d’une conférence de presse.

« Sauf accident ou drame exceptionnel, à mi-parcours, nous pouvons dire que nous serons prêts », a déclaré Renaud Muselier, délégué spécial pour Marseille 2013 au sein de la mairie.
« Nous ne bafouillons pas », a pour sa part souligné le maire UMP de la ville, Jean-Claude Gaudin, ajoutant : « nous dépensons 150 euros par habitant à la politique culturelle dans cette ville, nous n’avons pas à craindre de comparaison ».

Les deux hommes ont détaillé certains des projets qui doivent être réalisés pour 2013 sur le territoire de la commune, comme le Musée des Civilisations d’Europe et de Méditerranée (Mucem, 184 millions d’euros, livraison prévisionnelle en 2013), le Centre des cultures méditerranéennes (70 millions, mars 2012), ou le Hangar J1 au sein du port commercial (5 millions, mars 2012)
Ils ont également évoqué différents chantiers de rénovation d’envergure des structures marseillaises existantes.

« Nous avons trouvé un mode de fonctionnement avec l’association (en charge du contenu de Marseille-Provence 2013) sur le principe de le gouvernance apaisée », a par ailleurs souligné M. Muselier.
 Ce dernier avait proposé il y a quelques mois de créer un guichet unique de labellisation des projets retenus pour 2013, une initiative qui avait irrité l’association dont la mission est justement le choix de la programmation et qui avait en outre rappelé que Marseille n’était pas la seule ville concernée par les festivités de 2013. Vendredi, M. Muselier a estimé que ses propos avaient été « déformés ».

Voilà, c’est dit, ou plutôt tout n’est pas dit.

Tout le monde a compris désormais l’impérieuse urgence de se mettre au travail collectivement et de bien coordonner les efforts et les énergies des parties en présence pour être prêts en 2013, « sauf accident ou drame exceptionnel ». Si les formules ne sont pas très heureuses (elles emploient un vocabulaire pour le moins léger et en définitive peu rassurant, ce qui crée en terme de communication l’inverse de l’effet souhaité), il est difficile d’en conclure que la maîtrise est totale alors qu’on nous assure que nous « ne bafouillons pas » et qu’on a trouvé une « gouvernance apaisée ». Comment ne pas être dubitatif lorsqu’on connaît la teneur et la réalité des difficultés (notamment entre la Ville et l’association de préfiguration), difficultés qui depuis des mois et des mois ont déjà fortement compromis une partie du succès plein et entier de l’opération capitale européenne de la culture ?

Par ailleurs, l’insistance avec laquelle on cherche à nous rassurer sur le fait qu’à Marseille on ne craint pas la comparaison avec 150 euros de dépense par habitant au titre de la politique culturelle de la Ville, ne suffira pas à taire ni les esprits chagrins, ni les détracteurs de tout poil vis-à-vis du projet de capitale européenne de la culture, ni les inquiétudes légitimement exprimées depuis plus d’un an.  En effet, tant que ce chiffre n’est pas qualifié (consolidé, pas consolidé, fonctionnement, investissement, intervention ?) il ne témoigne en rien d’un effort qui placerait Marseille au-dessus de métropoles, d’agglomérations ou de communautés urbaines équivalentes qui oeuvrent en matière de culture et place en réalité Marseille dans la moyenne, moyenne certes supérieure.

On pourrait également y voir la caractérisation d’un modèle d’efficience (ou tout du moins d’une recherche de modèle) mais sans critères et méthodes d’évaluation affichés clairement et sans indicateurs permettant la quantification, le suivi et la maîtrise de la performance attendue (notamment en matière de d’impact économique et social mais aussi de rayonnement et d’attractivité, de développement des publics touristiques, etc.), difficile de s’en faire un idée qui soit aussi rassurante que cela, car il y a des retroplannings dont il ne vaut mieux pas parler. Pour l’anecdote, ne prenons qu’un exemple, celui du MUCEM, LE fer de lance du projet de candidature de Marseille Provence 2013 ; au sein d’un comité de direction il y a encore quelques semaines, une petite phrase interpelle : « même si on doit couper un ruban devant des murs en travaux, on inaugurera en 2013 ». Certes, cela dit tout de la détermination à oeuvrer au plus vite mais cela dit également qu’on est loin, très loin, d’être en mesure de tenir les engagements si longtemps affirmés comme tenables.

Ceci étant dit, les efforts d’amélioration de la gestion, de l’organisation et de la mise en place sont palpables, mais que de temps perdu ! Communication, mise en tourisme, mobilisation citoyenne, recherche de partenaires, gestion des différents financeurs publics, collaboration entre les différents secteurs d’activité du territoire, promotion nationale et internationale, etc. autant de domaines d’action qu’il est essentiel d’engager massivement et de manière coordonnée s’il on veut ne serait-ce que se frotter un peu à la concurrence que se livrent les villes dans le monde, concurrence où (faut-il encore le rappeler ?) la culture tient une place toute particulière.

Au plan du marketing territorial notamment, les enjeux sont considérables et ne pas mettre tous les atouts de son côté pendant aussi longtemps pour utiliser le statut de capitale européenne de la culture comme un avantage concurrentiel et une opportunité pleine et entière de renouvellement et de développement du territoire (opportunité comme il ne s’en présente pas si souvent dans l’histoire d’une ville) paraît bien frustrant et risque de le devenir plus encore une fois l’année 2013 passée.

Philippe Gimet

 

 

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Classé dans:Analyses, Evénements, Gouvernances, , , , , ,

One Response

  1. evelynelehalle dit :

    Très bien! Une bonne analyse de ce qui produit de la frustration. Je ne comprends pas pourquoi M2013 n’a pas encore songé à ouvrir un site collaboratif sur le projet, avec les chantiers, de la communication au jour le jour, des appels à créer des contenus, la possibilité de donner des avis, créer des supporters, fédérer les habitants, les marseillais de la planète et accepter les critiques, les dialogues entre internautes,etc…Et la ville au centre, avec ses partenaires. Quelle opacité, actuellement!

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