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Who Should Pay for the Arts?

Should the federal government subsidize the arts? Dancer Nora Younkin thinks so. In the Huffington Post recently, she argued that the societal benefits of arts such as dance are not only cultural and educational, but economic as well. “It is well documented that dance and the arts generate revenue for local economies,” she wrote. “The performing arts also create jobs. And I don’t mean just the jobs of dancemakers and performers. The technical crew, the artistic collaborators, the venues, the technical equipment rentals or purchases, the restaurant down the street from the venue, even the taxi driver that got you to a performance. Those are all real jobs from which people take home a paycheck and go on to spend buying groceries or clothes.” But assuming that all federal funding reaches struggling artists—and that art subsidies indeed “trickle down” to a local economy—is a mistake.

Government cannot create economic value out of thin air. Federal funding for the arts is not an economic gain, but rather a forced reallocation of economic productivity—from private spending to public spending. Subsidies add nothing to economic output on the whole—on the contrary, they detract from it, through transaction costs and inefficiencies. So when Younkin claims that the arts benefit local economies by generating tax revenue and creating jobs, she’s only looking at the immediate, obvious effects of subsidies: money in the artists’ pockets that can be spent buying, say, groceries and clothes. She fails to account for where the money comes from in the first place: namely, taxes. She cites a recent Arts & Economic Prosperity report that claims the arts created $135 billion in economic activity, $22.3 billion in tax revenue, and 4 million jobs in the United States in 2010. She attributes this “damn good return on investment” to the $168 million appropriated to the National Endowment for the Arts that year. But in addition to federal government funding, private sources donated more than $4.5 billion to the arts in 2010. It’s absurd to credit all those economic gains to the less than 5 percent of financial arts support from federal subsidies.

Furthermore, research by Americans for the Arts has shown that increased public funding does not mean greater public participation in the arts. Even the Arts & Economic Prosperity report states, “As people lost their jobs and houses, arts attendance—like tourism, attendance to sporting events, and leisure travel—declined as well.” To increase consumer participation in the arts, the government must first address the tepid economic recovery. Otherwise, there will be no audience even for well-funded artists.

Federal funding for the arts rose an inflation-adjusted 24 percent from 2005 to 2010. Yet, the immediate economic effects associated with the arts fell by an inflation-adjusted 10 percent over that period, due to the financial crisis and ensuing recession. A growing, prosperous private sector is the lifeblood of artistic expression. The arts cannot hope to be stimulated in long-lasting, meaningful ways without donations from private individuals. Many successful businesspeople are passionate supporters of the arts. With donations totaling $50 million, private equity financer David Rubenstein is the main supporter of the Kennedy Center’s expansion project. Last year, billionaire David Koch gave $65 million to the Metropolitan Museum of Art. He also donated $100 million to the American Ballet Theater in 2008.

While these are undoubtedly large gifts, in 2011, donors like Rubinstein and Koch—among the top 5 percent of income earners—paid an average effective federal income tax rate of over 20 percent. If that rate were lower, imagine how much more these generous individuals could afford to donate to the arts. Instead of penalizing the productivity of those most likely to support the arts by taxing their income and redistributing it, the federal government should spur economic growth so that more people can afford to donate to arts organizations.

Younkin’s other concern is that poor people, especially the young, won’t be able to afford admission to dance productions, plays, exhibits, and concerts. But the private foundations and individuals that sponsor museums, galleries, and theaters make many efforts to engage the whole community. The clothing outlet Uniqlo sponsors free admission Friday nights at New York’s Museum of Modern Art. Broadway theaters have discounted ticket prices for students and those under age 35. The Washington Opera gives free performances at Nationals Park. And so on.

Younkin somehow fails to see that opposing federal funding for an industry isn’t the same thing as opposing that industry. Many critics of federal arts funding have high regard for art and artists, but they understand the economics of subsidies and believe artistic patronage should be voluntary. Just because art isn’t subsidized doesn’t mean that it lacks support.

JARED MEYER, City journal

Jared Meyer is a policy analyst at Economics21, a center of the Manhattan Institute for Policy Research.

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Les casinos pour financer la culture en Lettonie ?

En Lettonie, la ministre de la Culture a proposé de financer la culture grâce aux taxes sur les jeux de hasard, le tabac et l’alcool. Le quotidien Diena fait part de son scepticisme : « Le souhait de la ministre de la Culture se comprend tout à fait. Elle veut assurer la sécurité financière de la culture, et éviter que son subventionnement ne soit tributaire des aléas de la politique. Pour l’opinion publique, sa proposition est très plausible : mettre les fumeurs, les joueurs et les buveurs à contribution pour financer la culture. Subventionner la culture par une consommation qui dégrade l’intellect, quoi de plus logique ? … Mais dans le même temps, la ministre de la culture se confond en contradictions : veut-elle vraiment que le peuple letton boive et fume davantage, et passe plus de temps dans les salles de jeux à l’avenir ? »

Source : BpB

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Résister au corporatisme pour moderniser l’action publique culturelle

A propos de l’article 2 de la loi de modernisation de l’action publique et de l’affirmation des métropoles et de l’amendement « d’exception culturelle »

La loi sur la modernisation de l’action publique et l’affirmation des métropoles comporte un article 2 qui rend possible la délégation de certains services de l’Etat aux collectivités  territoriales. Dans une République décentralisée, (article 1 de la Constitution) cette possibilité de délégation n’a rien pour scandaliser, d’autant que la délégation n’adviendra qu’après négociations entre l’Etat et la collectivité. Sauf à être nostalgique de la centralisation,  étatique et parisienne, il n’y a pas de quoi perdre les pédales.

Pourtant, on a vu, le 11 décembre dernier à l’Assemblée Nationale, certains députés de la majorité monter sur leurs grands chevaux contre cette possibilité de délégation dès lors qu’elle s’appliquerait à la « culture » et, plus précisément, aux services de l’Etat chargés du spectacle vivant !

D’où la question : pourquoi ces députés ont-ils tenu à refuser cette possibilité d’innover dans la gestion des affaires culturelles de l’Etat, alors qu’ils ont fort bien accepté le principe de la délégation pour tous les autres domaines prévus par la loi ?

La réponse est sans ambiguïté. Les amendements 35 et 65 déposés par ces députés de la majorité n’avaient qu’un objectif : faire passer l’intérêt sectoriel de certaines organisations professionnelles du secteur culturel pour l’intérêt général de la Nation. Les députés Bloche et Grandguillaume –  comme le député Travert un peu plus tôt –  se sont déplacés en séance pour faire droit à ces organisations culturelles unies (par courriers) contre l’article 2. En somme pour faire la courte échelle aux intérêts particuliers de ces offreurs de produits culturels subventionnés. ( particulièrement agités par le PROFEDIM 1 )

Je voudrais d’abord m’intéresser aux 5 arguments de fond développés par le député Grandguillaume.

J’aurais aimé les prendre au sérieux, surtout quand son plaidoyer dramatise les risques pour la démocratie locale. Selon le député Grandguillaume  :  » Si l’État délègue l’une de ses compétences à une collectivité, comment ne pas craindre que là où les services déconcentrés exerçaient une fonction de régulation, la collectivité délégataire ne tente d’imposer ses orientations à d’autres collectivités ? »

Mais j’ai rapidement observé que l’argument avait été formulé exactement dans les mêmes termes par les organisations culturelles professionnelles ! Dans leur lettre aux députés, il est écrit : « si l’Etat  délègue l’une de ses compétences à une collectivité, comment ne pas craindre que, là  où les  services déconcentrés avaient une fonction de régulation, la collectivité délégataire ne tente d’imposer ses orientations à d’autres collectivités. « 

Fascinant : le député Grandguillaume n’a fait que du copier coller !  Pour lui, défendre l’intérêt général de la Nation revient à faire le perroquet en reprenant, mot pour mot, le texte que lui a dicté le secteur culturel professionnel organisé en groupe de pression. Je dis bien le « secteur culturel » car aucun député ne s’est autorisé à douter que  les organisations signataires – dont je rappelle la longue liste en annexe – représentent l’ensemble des activités artistiques et culturelles de notre pays ! Aucune hésitation puisque dans cette liste se rassemblent des organisations de salariés mais aussi de  patrons, des défenseurs du lyrique ou du théâtre comme des musiques actuelles et de l’art contemporain, tous unis contre l’article 2 dans un mouvement œcuménique qui en a oublié toutes ses divergences ! Comme les députés n’ont pas eu le moindre doute sur la représentativité de ces organisations, je dois évidemment en faire autant et considérer qu’il s’agit bien du discours du  « lobby des arts ».   En dehors duquel, il ne saurait y avoir la moindre légitimité  publique !

Dans cet esprit, j’ai regardé les 4 autres arguments et j’ai retrouvé exactement les mêmes formulations que celles du lobby : pour la question des moyens humains inadaptés,  pour celle du réseau des drac, celle des décrets d’application, celle de la place de l’article 2 dans le code général des collectivités. Copie conforme ! Mots identiques !  Même raisonnement ! L’amendement a donc été pensé dans les bureaux des organisations prétendant représenter démocratiquement tous les  professionnels. En langage ordinaire de la négociation publique on dira sans nuance que l’amendement a été rédigé par les « professionnels » !

Je  mets en note de bas de page la démonstration de ce psittacisme systématique qui pourrait laisser pantois sur l’inféodation du député aux intérêts de ce que je dois bien appeler maintenant le « lobby des arts » 2. A ce stade, les organisations professionnelles ont trouvé un déguisement de député  pour exprimer leur opposition au  principe politique de la délégation.

Cette situation parait pourtant étrange.  Il apparaît,  en effet, que le député Grandguillaume  fait  juste semblant de reprendre l’argumentaire du lobby. Il n’échappe à personne que ces 5 arguments re-copiés à l’identique ne sont pas du tout spécifiques au secteur culturel. S’ils avaient été pris en compte par l’Assemblée, ils auraient dû l’être pour tous les domaines de l’Etat concernés par les délégations prévues à l’article 2. En conséquence, si le député Grandguillaume avait cru sérieusement à ces arguments, il se serait retrouvé en situation d’opposition manifeste vis à vis du principe même de la délégation ! Il aurait dû logiquement manifester son opposition globale aux orientations fondamentales du gouvernement en faveur d’un peu plus de décentralisation. Il est clair que le député Grandguillaume n’a jamais eu l’intention de prendre ce risque politique anti gouvernemental pour les seuls beaux yeux des membres du lobby des arts.

Alors,  pourquoi évoque -t-il  ces arguments de principes anti-délégations puisqu’il y croit si peu ?

Je ne peux imaginer qu’une réponse : se dédouaner sans risque auprès de ces professionnels de la culture dont on redoute le pouvoir médiatique. En recopiant leurs arguments, on laisse penser que leur position était juste !  Autrement dit, le copier coller n’était qu’un marché de dupes, habile vis à vis du lobby des arts mais peu reluisant puisque le député n’a pas osé défendre la position  d’intérêt général du gouvernement face à ces intérêts particuliers du secteur culturel.

Devant une situation aussi absurde, pour ne pas dire ridicule, il faut appeler à plus de raison : les organisations, en tout cas leurs technocrates, ne peuvent décemment pas, comme elles viennent de le faire pour l’amendement, dicter la loi à la place de la représentation nationale  –  ce qui définit  au sens strict le corporatisme.

Pas plus que les députés ne doivent abandonner leurs prérogatives en se contentant de faire chauffer la machine à photocopier ; il leur revient de fixer,  à travers la loi, les finalités d’intérêt général,  notamment  pour  l’action culturelle publique.

Il revient maintenant à Madame la  ministre de la réforme de l’Etat de rattraper ce mauvais coup en indiquant que les négociations sur les « délégations » devront respecter les règles générales du Débat Public. Après tout, la loi l’exige depuis 1995 sur les questions d’environnement  ; étendons là au dispositif de négociation des délégations culturelles  et autres !

Nul doute que le projet de délégation prévu pour la Bretagne sera un excellent banc d’essai pour ces débats démocratiques, sur les finalités, les enjeux, les dispositifs, les moyens, les actions et l’évaluation des initiatives culturelles publiques. Dans ce cadre transparent, les interrogations des professionnels s’exprimeront comme celles de bien d’autres acteurs, sans la dramatisation excessive que le lobby des arts a orchestré autour de l’article 2.

Ce qui aura, au moins, pour avantage d’amener les organisations professionnelles à débattre en interne avant de signer des courriers intempestifs aux députés (et au Président de la République de surcroît) et à débattre avec leur base avant de définir leur position dans la négociation ! On mesurera mieux à cette occasion la part de fantasme et les doses de vérité des objections évoquées par le lobby des arts.

Reste maintenant  à entendre les arguments strictement liés aux particularités du secteur culturel.

C’est surtout le député Patrick  Bloche ( avec l’appui du député  Marc Dolez) qui s’est collé à la démonstration. Il a ouvertement plaidé pour que la République continue de prôner le corporatisme en matière de politique publique du spectacle vivant.

Je passe sur l’argument nostalgique de l’histoire glorieuse  de la politique culturelle française qui doit tant à l’Etat, ( de Malraux à Lang, en remontant à Louis XIV rappelle ironiquement M. Patrick Devedjan qui a certainement lu le bréviaire de madame de Saint Pulgent). On peut certes rendre hommage à l’histoire mais, en ces temps de crise mondialisée où les changements sont plus rapides que les erreurs de prévision, il ne s’impose pas que la République soit trop nostalgique d’un Etat culturel central et systématiquement parisien.

Doivent, alors, être appréciés trois arguments contenus dans un seul paragraphe du discours de Monsieur Bloche, (dont il est inutile que je redise qu’il reprend, lui aussi, le texte que lui ont envoyé les organisations professionnelles)   :  » La décentralisation culturelle, dans un pays comme la France, ne vaut que si l’État culturel existe, non seulement au nom de l’égalité des territoires, non seulement parce que la République est une et indivisible, mais aussi parce qu’il y a une nécessité pour l’État d’exercer son contrôle scientifique. »

Il y a donc :

EN 1 : la garantie de l’égalité des territoires qui disparaîtrait si les services culturels de l’Etat étaient délégués à des collectivités.

Pour ceux qui ont eu à gérer une DRAC  comme je l’ai fait, l’argument est presque risible. Depuis le temps que les crédits consacrés au spectacle vivant restent proportionnellement focalisés sur Paris, sans que rien ne change d’année en année, il ne faut pas trop essayer de faire croire que le ministère de la culture est, depuis cinquante ans, un modèle de lutte contre les inégalités territoriales.

Au mieux, dans les DRAC, de valeureux volontaires ont essayé de songer au milieu rural ou aux quartiers en difficulté, mais avec un militantisme dont la réussite tient moins à la volonté des services centraux qu’à la détermination de certaines collectivités (celles en tout cas qui ne voulaient pas devenir avant tout « capitales culturelles » dans leur territoire). Et d’ailleurs, cela n’a pas échappé au député socialiste Marcel Rogemont qui a dénoncé en 2009 devant la commission des finances de l’Assemblée la régression de la situation :  « S’agissant plus spécifiquement du programme « Création », le même constat s’impose : finançant aujourd’hui principalement les grandes institutions souvent parisiennes, les crédits centraux restent majoritaires puisqu’ils représentent 56 % du programme, contre 44 % des crédits gérés par les directions régionales des affaires culturelles (DRAC). Une fois encore, la situation ne s’est pas améliorée entre 2007 et 2010. » 

Ou, un peu plus loin :  » On ne peut donc pas dire, contrairement à ce qu’affirme le ministère dans son dossier de presse, qu’il y a « poursuite du rééquilibrage entamé en 2009 en faveur des territoires », du moins s’agissant du spectacle vivant. De même, indiquer que l’objectif du ministère est « de cibler l’effort sur les institutions en région » est un peu léger, lorsque l’on précise ensuite que « les crédits de fonctionnement courant gérés en centrale sont maintenus à 53 millions d’euros, hors subvention allouée à l’association de préfiguration de la Philharmonie de Paris », c’est-à-dire qu’en réalité les crédits gérés en central et à destination de Paris ne sont pas maintenus, mais augmentés, puisque la Philharmonie se situe sur le territoire de la capitale. « 

Je sais bien qu’en 2009 le député Rogemont était dans l’opposition et que depuis le changement a eu lieu. Mais je crains que le député Bloche ait du mal à faire valoir que le ministère parisien de la culture a été chamboulé au point d’apporter la garantie d’être devenu l’arme absolue  de  l’égalité  territoriale… surtout avec les investissements colossaux dans la Philharmonique.

Pour ne pas être plus ironique, j’aurais apprécié que monsieur Bloche dise à ses collègues : « Puisque le ministère (l’Etat culturel) n’a jamais réussi son rééquilibrage territorial, les délégations devront faire mieux et donc comporter une clause de soutien plus élevé aux collectivités qui sont en situation d’inégalités. » C’est l’esprit même de ces délégations prévues à l’article 2 de permettre des négociations adaptées à chaque territoire, dans le cadre de débats publics ouverts et documentés sur la répartition des moyens à affecter aux collectivités délégataires. Par expérience pratique, je dirai que ces débats publics préalables aux délégations seront de toute façon plus transparents que le dispositif actuel de répartition des crédits déconcentrés entre les Dracs, où là aussi, il vaut mieux être riche et bien doté en équipements culturels que l’inverse.

EN 2 , Monsieur le député Bloche s’alarme sur le risque que feront porter les  délégations culturelles à la République Une et Indivisible. L’argument est évidemment repris du catalogue « clés en main » du lobby des professionnels du spectacle vivant et des arts plastiques.  D’où mon étonnement : qu’est ce qui a bien pu germer dans la cervelle des technocrates de ce lobby pour imaginer sérieusement que les produits artistiques des scènes nationales et autres opéras  avaient un rapport avec l’Unité de la République ?

On peut toujours croire à la magie de la relation entre l’artiste et son public, mais elle n’est que l’illusion du « faire  ensemble » et engage rarement au delà de l’émotion personnelle. C’est bien le drame de la politique culturelle qui espère l’émancipation par l’art mais qui, dans son rapport docile à l’économie du quotidien, ne sait plus organiser que la pratique de la consommation individuelle. Je dirais plus durement que, dans notre  vie commune, ces offres de spectacles ou d’expositions ( en tout cas, les offres de ce lobby actif auprès des députés) sont devenues au fil de notre temps des produits destinés à  des consommateurs qui les apprécient comme ils apprécient leur voiture ou leur repas au restaurant. En plus,  ces clients sont en grande majorité  des consommateurs urbains et bardés de diplômes !  Par quelle prouesse intellectuelle, ces produits culturels sur les étals, mêmes subventionnés,  poseraient -ils plus de problèmes à l’unité de la république que la consommation de chemises ou de meubles ?

Pour être plus direct encore, l’argument de  l’unité et de l’indivisibilité de la république me semble malhonnête car les signataires, du Syndeac jusqu’aux directeurs d’opéra, savent très bien que leurs activités ne concernent qu’une petite minorité de la population de notre vaste république ! Où se niche l’enjeu de l’unité de la république  dans les spectacles d’opéra auxquelles ne sont jamais allés  96 % des français ( 81 %  pour le théâtre!). De surcroît, il faut aussi rappeler que plus le temps passe, plus les écarts se creusent entre les catégories sociales consommant ces produits  de spectacles vivants !  3

Le moins que l’on puisse  dire est qu’il faudrait faire autrement. L’idée de délégation doit répondre à la nécessité de rénover les missions publiques confiées aux professionnels des arts. Avec une « bonne » délégation, les professionnels des arts devraient pouvoir s’intéresser un peu mieux aux  parcours culturels d’émancipation des personnes, pour contribuer au développement de leurs capabilités, en interaction avec les autres. Autrement dit, dans une « bonne » délégation, le consommateur individuel de produits culturels ne peut pas être l’alpha et l’oméga de l’action culturelle publique, pas plus pour les collectivités que pour l’Etat. La République, une et indivisible, a surtout « besoin » que les personnes qui vivent sur son sol fassent culture ensemble, dans le respect réciproque des libertés (dont celle des artistes – pour le redire encore une fois) et des dignités des personnes ( artiste compris évidemment) 4.

EN 3, selon le député Bloche  – et le lobby dont il s’est fait le mandataire – il est nécessaire pour l’intérêt général de la Nation que l’Etat exerce son contrôle scientifique sur le spectacle vivant. L’argument est fréquent mais néanmoins étrange s’agissant d’activités artistiques.

Car pour imaginer un contrôle scientifique pertinent de la part des services de l’Etat, il faudrait d’abord qu’il y ait « science » ! On peut éventuellement l’admettre pour quelques pratiques patrimoniales qui empruntent à des disciplines scientifiques connexes, mais pour le spectacle vivant et l’art contemporain, ce discours scientiste déclenche l’ironie. Voilà donc des professionnels des arts vivants qui réclament d’être contrôlés non seulement par l’Etat (détenteur du monopole de la violence légitime, rappelons-le !) mais, en plus, par la raison scientifique et sa capacité à énoncer l’objectivité du réel ! Qui a oublié de dire aux organisations du lobby des arts que la raison d’être des artistes étaient au contraire de nous apporter les ressources infinies, incertaines,  inconnues, ineffables de l’imaginaire humain, dans toutes ses diversités ? L’humanité a certes besoin de la raison scientifique mais elle se perdrait elle-même si elle en faisait un instrument de « contrôle » de notre liberté d’expression symbolique, « inextricable et imprévisible » dirait Glissant.

Comme le milieu artistique n’ignore rien de cette évidence, il y a donc quelque chose de suspect dans le rôle que les organisations professionnelles de la culture veulent faire jouer au « contrôle scientifique », surtout que, dans les écritures excessives du lobby, ce contrôle est justifié par un « pouvoir régalien » du ministère de la culture qui, pour le spectacle vivant,  n’a aucun fondement, et surtout, aucun sens en pays de liberté.

Que cache d’inavouable cette revendication de l’objectivité scientifique des choix artistiques des services de l’Etat ?

Le milieu artistique sait que le terme « contrôle scientifique » est un abus de langage. Ce qui importe pour lui,  c’est uniquement que la sélection des projets financés par l’argent public soit contrôlée par des « connaisseurs » de la discipline. Ce que l’on appelle humblement « privilégier la qualité artistique ».

Nul ne conteste que les choix de ces connaisseurs sont subjectifs et ne peuvent prétendre avoir l’objectivité procurée par des protocoles d’évaluation scientifique. Mais, au moins, le classement opéré par ces connaisseurs doit répondre aux conventions du moment qui hiérarchisent la valeur artistique dans chaque discipline. Ces conventions font « convictions » mais jamais « certitudes », comme le montre l’oubli dans lequel on tient des oeuvres « magnifiques » de la période précédente dans les réserves des Frac ou ailleurs,  et ce, jusqu’à ce que les convictions changent.  Pour se prémunir de la critique que la sélection des créations artistiques est subjective et arbitraire, donc ne respecte en rien l’exigence de neutralité imposée à l’Etat, on comprend qu’il soit plus habile d’habiller  en « jugements scientifiques » les avis des connaisseurs.

Mais le mot ne suffit pas à cacher que la désignation de ce que l’Etat considère comme de la création artistique relève exclusivement d’un pouvoir accordé sans réserve à des acteurs du secteur professionnel. Le corporatisme est ici totalement institué dans la pratique, même s’il n’a jamais été fondé en droit. Pour être honnête intellectuellement, il faudrait donc dire que l’Etat sert de parapluie au système de sélection des projets artistiques contrôlés par des réseaux de connaisseurs. Autrement dit, quand le lobby des arts évoque la figure de l’Etat, il faut surtout comprendre qu’il attend que des amis de chaque discipline fassent le bon choix au sein de l’administration publique.

La meilleure preuve de ces connivences disciplinaires se lit dans le principe continuellement affirmé par les services de la culture : personne ne doit savoir sur quels critères les connaisseurs ont  fait le choix entre les projets des créations artistiques ! Absence totale de transparence.  La République a accepté que les choix artistiques de l’Etat soient régis par « le strict secret des délibérations » 5 au sein des commissions. Alors qu’il s’agit de décisions prises au nom de l’intérêt public,  non pas pour satisfaire les goûts privés des spécialistes.

Je ne rajoute pas qu’à ce secret des débats vient s’ajouter l’opacité totale des critères de désignation des connaisseurs !

Autant dire que la revendication du contrôle scientifique est une paravent pour naïfs qui permet de maintenir la main mise du corporatisme disciplinaire sur les choix publics des créations artistiques.

Les députés retrouveront ce même problème du secret, de l’arbitraire, de l’absence de transparence quand ils examineront le projet de loi sur la création artistique. Recopieront-ils les souhaits du lobby, comme celui ci s’y attend déjà ?

A ce jeu du corporatisme institué, certaines disciplines ont organisé de bien belles féodalités comme l’Opéra, le théâtre « intelligent » ou la musique « contemporaine » ( je n’évoque ici que les rois de l’institutionnalisation disciplinaire, les autres acteurs acceptant finalement leur position d’invisibilité publique) ! Elles savent pouvoir compter sur leurs nombreux amis placés au sein des services du ministère. On comprend que ces organisations professionnelles souhaitent conserver ce privilège de l’Etat central, puisque c’est le leur, et enragent contre le principe de la délégation. Par contre, on comprend moins que d’autres champs disciplinaires à peine considérés comme artistiques et qui ont eu tant de mal à placer des représentants de leurs disciplines  dans les bureaux du ministère,  aient associé, à la légère, leur signature aux barons du corporatisme culturel ! Car ces organisations – du théâtre de rue, des musiques actuelles  ou des compagnies de théâtre non labellisées – sont, pour tout dire, les cocus de la politique culturelle étatique depuis quarante ans- je peux en témoigner à qui voudra.  Sans doute, a- t-on là une autre figure du « Portrait du colonisé »,  pour rappeler Albert Memmi.

Pour autant, il faut bien avouer que la loi sur la modernisation de l’action publique et l’affirmation des métropoles n’a pas posé de contre feux suffisants à ces tendances corporatistes de la politique culturelle.

En acceptant le retour de la compétence générale dans toutes les collectivités, le gouvernement et le parlement ont donné des gages aux intérêts sectoriels de tout poil, puisque la loi ne fixe aucune responsabilité culturelle commune à toutes les  collectivités. Ce sera donc le « chacun pour soi » et faute de responsabilités publiques incrustées dans l’Etat de droit, donc imposées par  la loi  à toutes les collectivités, les rapports de force locaux continueront de nourrir le contenu des actions culturelles publiques. Les députés n’ignorent pourtant pas les critiques sur les potentats locaux qu’ils soient élus ou barons de la culture. De surcroît, comme le rappelle le président de la Fncc,  » en temps de crise, on peut craindre une indexation progressive de l’attention à la culture sur ses indéniables apports économiques et sur la voie d’une concurrence accrue entre territoires. C’est déjà le chemin de l’Europe avec son budget 2014/2020 dit “Europe créative” 6.

Il est donc urgent que la puissance publique affirme les principes communs à respecter par toutes les  politiques culturelles, tant de l’Etat que des collectivités. J’avais indiqué au député Travert 7 la voie à suivre pour éloigner le spectre du corporatisme culturel. Il suffisait d’affirmer les finalités culturelles d’intérêt général que la France s’est engagée à défendre en adoptant les textes normatifs de l’Unesco. Le député Travert n’a pas tenu compte de ces valeurs culturelles universelles que nous avons pourtant pris la responsabilité de défendre aux yeux du monde. Il a préféré s’en tenir à l’approche sectorielle, donc corporatiste de la culture.

Malgré cela, dans le climat d’opposition introduit par le lobby des arts, il s’impose aujourd’hui que le dispositif de délégation soit rendu transparent et public et qu’il repose pour tous les acteurs de la négociation sur les valeurs culturelles universelles négociées à l’Unesco. Ce sera un cadre incontestable pour le débat public autour de la délégation culturelle,  au sens où refuser de se référer tant à la Déclaration universelle sur la diversité culturelle qu’à la Convention sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel serait nous déjuger collectivement sur la scène mondiale.

Conclusion : si, en matière culturelle, le gouvernement veut vraiment faire des délégations le fer de lance de la modernisation de l’action publique, il lui faudra vite profiter de la délégation prévue pour la Bretagne pour affirmer de tels principes de discussion.

Il lui faudra aussi éviter de présenter au Parlement une loi sur la création artistique qui continue de privilégier les pratiques archaïques du corporatisme culturel.

A l’inverse, il serait temps que les organisations culturelles professionnelles apprennent à rester à leur juste place : elles sont les indispensables ressources du développement de l’imaginaire humain mais elles ne sauraient, dans notre République, espérer penser l’intérêt général en lieu et place du législateur.

Jean-Michel LUCAS / Doc Kasimir Bisou*

Notes :

1 : Le contact donné par la trentaine d’organisations sectorielles signataires est Claire Guillemin PROFEDIM ( syndicat professionnel des producteurs, festivals, ensembles, diffuseurs indépendant de musique/) claire.guillemein@profedim.org

: Question A – texte des organisations « Au-‐delà de ces raisons tenant aux principes fondateurs de l’organisation des pouvoirs publics, cette disposition soulève des difficultés pratiques évidentes et notamment concernant la mobilisation des moyens humains nécessaires à l’exercice des compétences déléguées. »

présentation Grandguillaume : « ‘Au-delà de ces raisons tenant aux principes fondateurs de l’organisation des pouvoirs publics, cette disposition pourrait soulever des difficultés pratiques évidentes, notamment au regard de la mobilisation des moyens humains nécessaires à l’exercice des compétences déléguées. »

Question B- texte des organisations professionnelles : Cette disposition pourrait conduire, entre autres, à la destruction du réseau cohérent des directions régionales des affaires culturelles, celui–‐là même qui permet de mener une politique nationale de soutien à la culture tout en participant à la mise en oeuvre des projets et financements croisés avec les collectivités. »

textes Grandguillaume : « cette disposition pourrait mettre gravement en difficulté le réseau cohérent des directions régionales des affaires culturelles, qui permet de mener une politique nationale de soutien à la culture et de contribuer à la mise en œuvre des projets et financements croisés avec les collectivités. »

Question C- texte des organisations : « l’actuelle rédaction de ces alinéas va inéluctablement soulever des difficultés d’interprétation, notamment lorsqu’il s’agira d’examiner les lois d’application venant définir les compétences pouvant être déléguées. »
texte Grandguillaume :  » l’actuelle rédaction de ces alinéas va inéluctablement soulever des difficultés d’interprétation, notamment lorsqu’il s’agira d’examiner les décrets d’application venant définir les compétences pouvant être déléguées ».

Question D- texte des organisations : « d’un point de vue méthodologique, on ne peut que s’étonner de voir cette proposition s’insérer dans le chapitre du code général des collectivités territoriales relatif à la libre administration de ces dernières. On perçoit mal en quoi ce texte participe de la mise en oeuvre de ce principe  »

texte Grandguilaume : « Aussi, d’un point de vue méthodologique, l’on ne peut que s’étonner de voir cette disposition s’insérer dans le chapitre du code général des collectivités territoriales relatif à la libre administration de ces dernières ; l’on perçoit mal, en effet, en quoi ce texte participe, par cet alinéa, à la mise en œuvre de ce principe. »

3 : Etudes 2001 -7 du DEPS. Olivier Donnat : Pratiques culturelles, 1973-2008 Dynamiques générationnelles et pesanteurs sociales .page 25

4 : Remerciements aux sept écrivains qui ont publié « le manifeste pour les « produits » de haute nécessité » qui donne le ton pour l’avenir : « Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n’ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.  »

5 : Exemple : Arrêté du 13 octobre 2005 relatif à la procédure d’aide aux ensembles de musique professionnels porteurs de création et d’innovation , article 12 :Les membres des commissions et les personnes qui participent aux séances ou qui sont invitées à y assister sont tenus au strict secret des délibérations !!!

6 : Editorial de la lettre d’échanges N° 117 de la FNCC

7 : Audition du 18 juin 2013/:Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale / Note de Jean Michel Lucas sur le projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles ; 

Annexe :

Liste des organisations qui ont tenu à exprimer leur courroux contre l’article 2, même auprès du Président de République par lettre du 25 octobre 2013 :

  • CFE–‐CGC Spectacle– Pôle fédéral CGC spectacle et action culturelle et ses syndicats (SNACOPVA
  • CFE–‐CGC, SNAPS CFE–‐CGC, SNCAMTC CFE–‐CGC)
  • CGT Culture –   Union syndicale des personnels  des affaires culturelles 
  • CGT Spectacle– Fédération nationale des syndicats du spectacle, du cinéma, de l’audiovisuel et
  • de l’action culturelle CGT et ses syndicats (SFA, SNAM, SNAP, SYNPTAC)
  • CIPAC – Fédération des professionnels de l’art contemporain
  • CPDO  –  Chambre professionnelle des directions d’opéras
  • F3C CFDT – Fédération communication conseil culture CFDT
  • FASAP-‐FO – Fédération des arts, du spectacle, de l’audiovisuel et de la presse Force Ouvrière
  • et ses syndicats (SNLA–‐FO, SNM–‐FO, SNSV–‐FO)
  •  FRAAP – Fédération des réseaux et associations d’artistes plasticiens,
  • PROFEDIM  –  syndicat professionnel des producteurs, festivals , ensembles, diffuseurs indépendants de musique
  • SCC – Syndicat du cirque de création
  • SMA – Syndicat des musiques actuelles
  • SNSP – Syndicat national des scènes publiques
  • SPI – Syndicat des producteurs indépendants
  • SYNAVI – Syndicat national des arts vivants
  • SYNDEAC – Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles
  • SYNOLYR – Syndicat national des orchestres et théâtres lyriques.

*Président de Trempolino, docteur d’Etat ès sciences économiques et maître de conférences à l’université Rennes 2 Haute-Bretagne dont il fut le vice-président de 1982 à 1986, Jean-Michel Lucas fut également conseiller technique au cabinet du ministre de la Culture Jack Lang de 1990 à 1992, où il y impulsa notamment le programme « Cafés Musiques ». Nommé Directeur régional des affaires culturelles d’Aquitaine en 1992, il mit en place une politique culturelle d’État en étroit partenariat avec les collectivités locales, et avec comme préoccupation de valoriser la place de la culture dans les politiques de la ville et des territoires ruraux. Ce « militant de l’action culturelle », connu sous le pseudonyme de Doc Kasimir Bisou, a participé à plusieurs projets sur le devenir des politiques culturelles et sur les légitimités dans lesquelles elles s’inscrivent. En Bretagne comme en Aquitaine, il fut par ailleurs à l’origine de nombreuses réalisations concernant les musiques amplifiées (RAMA, festival d’Uzeste, Rencontres Trans Musicales de Rennes…).

Du même auteur sur cultural-engineering.com :

Vous pouvez retrouver toutes ses contributions en cliquant ici et n’hésitez pas à réagir et à contribuer au débat !

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Partenariat public-privé : vers un nouveau modèle de développement culturel

Promouvoir la culture auprès du plus grand nombre ; trouver les clés de la démocratisation de la culture : telles sont les ambitions des politiques culturelles françaises depuis plus de 50 ans.

De plus en plus, nous voyons naître sous de nouvelles formes des initiatives visant à inviter le citoyen à s’engager dans la vie culturelle locale : manifestations grand public, journées de gratuité dans les musées et centres d’art, villes – capitales de la culture, projets participatifs, etc. D’une certaine manière, c’est à une « événementialisation » des arts plastiques que nous assistons pour maintenir et faire valoir l’engagement de la France en matière de culture.

Mais développer l’économie culturelle et, par la même, l’accès à la culture en période d’austérité, n’est pas chose aisée.

A l’heure où les coupes budgétaires sont de rigueur avec une baisse des subventions de 2,8% en 2013, les institutions culturelles ont besoin de repenser leur modèle économique et diversifier leurs sources de financement pour non seulement garantir un niveau de fréquentation stable leur permettant d’envisager une situation économique pérenne mais également car l’État n’est plus le seul à pouvoir porter la notion d’intérêt général et de démocratisation de l’art chère à André Malraux.

L’essor du mécénat en France, au début des années 60, ainsi que la fiscalité avantageuse de 2003 ajoutent des acteurs supplémentaires dans la promotion des Arts et du Patrimoine.

Si les politiques culturelles œuvrent toujours dans le sens d’une diffusion des arts plastiques au plus grand nombre, ces dernières années ont été marquées par une « privatisation » du secteur culturel. Avec près de 25 000 entreprises et 5 millions de foyers mécènes, ce sont près de 3,2 milliards d’euros de dons que l’on recense en 2012.

Si financements privés et financements publics cohabitent désormais, il est de la responsabilité des deux parties, acteurs privés et publics, de trouver un équilibre entre développement de nouvelles infrastructures culturelles, entretien et sauvegarde de notre Patrimoine, et concentration de nos moyens sur les structures existantes pour une meilleure adaptation de l’offre aux publics.

La contraction des budgets privés et publics amène alors chacun à repenser ses marges de manœuvre et fait apparaître de nouvelles pistes à explorer en matière de financements : mécénat de compétence, social ou de particuliers, fonds de dotation, leasing, participation au capital d’un financeur culturel, etc. Ces méthodes, déjà ancrées dans le système économique d’autres pays (comme par exemple les Etats-Unis), font leur apparition en France depuis quelques années.

Mais le mécénat n’étant pas là pour se substituer à l’engagement de l’État, la question de la démocratisation est donc, avant tout, intimement liée à l’orientation de nos politiques culturelles publiques ; car c’est d’abord aux lieux et aux acteurs culturels de savoir capitaliser sur ce qu’ils peuvent vraiment apporter en la matière. De fait, afin de répondre aux nouveaux enjeux économiques des établissements culturels et attirer toujours plus de visiteurs, des partenariats public-privé voient le jour. Des entreprises privées sont désormais mandatées pour gérer musées et monuments confiés par les institutions publiques.

Ces entreprises expertes disposant de compétences spécifiques accompagnent les établissements dans leur gestion propre et proposent des services allant de la mise en place d’équipes spécialisées jusqu’à la dynamisation de projets culturels, éducatifs et touristiques.

Car, comme beaucoup d’établissements l’ont compris, la « popularisation » de manifestations culturelles connait ses limites si elle n’est pas accompagnée d’une politique d’accueil et d’accompagnement des publics dans la durée ou de programmes éducatifs adaptés. Repenser le mode de fonctionnement des établissements culturels pour être davantage en phase avec le marché de l’art et les attentes du public : voici la réflexion à engager entre acteurs culturels et contributeurs privés.

 

Marlène Dejean*

*Titulaire d’une licence en histoire de l’art et d’un Master 2 en communication, Marlène Dejean a travaillé en tant que Responsable de projet dans le secteur de l’événementiel BtoB et BtoC pour le Groupe LVMH et le Groupe Starwood.

Sa quête permanente de sens l’amène au poste de Responsable de projet Brand Content chez BETC où elle prend en charge la définition de stratégies éditoriales et la création de contenus print et vidéo pour les marques suivantes : Accor, Club Med, Crédit Agricole, Total…

« Aimantée » de tout temps par la culture, elle rédige en 2012 un mémoire sur les relations entre démocratisation de l’art et politiques culturelles.

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Mobilisation « En 2014, votons + de musique dans nos villes ! »

Plusdemusique

Les acteurs fédérés au sein du RIF*(210 lieux de répétition, de concerts, festivals, structures d’accompagnement et d’enseignement…) se mobilisent afin que les enjeux liés aux musiques actuelles/amplifiées soient présents dans le cadre des élections municipales de 2014 en Île-de-France !

Le phénomène se confirme année après année : les musiques dites «actuelles» (rock, musiques du monde, jazz, rap, electro, chanson…) prennent une place toujours plus importante dans la vie des français. Cela génère de fortes attentes au niveau local de la part des citoyens, musiciens ou mélomanes : apprendre, répéter, créer et s’exposer au public, mais aussi voir et découvrir des artistes… Certaines municipalités ou intercommunalités ont pris conscience de ces enjeux mais il y a encore beaucoup à faire… et il y a urgence !

Le RIF lance donc une campagne d’information et de sensibilisation et se rend disponible pour travailler avec tous ceux qui se sentent concernés afin de donner corps, localement, à ce désir de musique.

Un dépliant est d’ores et déjà diffusé à 50 000 exemplaires sur l’ensemble du territoire à destination des usagers, des musiciens, des spectateurs et plus largement de l’ensemble de la population. Il sera évidemment envoyé à tous les candidats connus ou déclarés. Une campagne d’affichage est réalisée dans l’ensemble des lieux et structures du réseau.

Un site internet a été réalisé pour permettre aux porteurs de projets et aux citoyens de se mobiliser, et pour apporter aux élus et candidats un certain nombre d’informations sur tous ces projets musicaux indispensables au développement de la vie locale. La campagne est également largement relayée sur les réseaux sociaux.

Du 03 au 09 févier, un temps fort mettra en lumière la diversité des initiatives et des actions sur l’ensemble du territoire francilien.

* Le RIF est la confédération des réseaux départementaux de musiques actuelles/amplifiées en Île-de-France, qui représentent près de 210 structures : salles de concerts, studios de répétition, festivals, écoles de musique, collectifs d’artistes, producteurs de spectacles… Il réunit : le MAP (75), le Pince Oreilles (77), le CRY (78), Rezonne (91), le Réseau 92, Maad 93, Réseau Musiques 94 et le Combo 95.

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Agir politiquement en faveur d’une culture humaniste à partir d’un principe de réalité

Pour une réelle prise en compte de la pluralité et de l’interaction culturelles

Lors de son 6ème séminaire, l’Institut de Coopération pour la Culture a souhaité approfondir les notions d’interculturalité et de multiculturalité largement utilisées aujourd’hui dans le secteur culturel. S’il existe une importante bibliographie dans plusieurs champs théoriques, les textes de présentation et d’analyse d’expériences concrètes sont plutôt rares. En effet, il nous a été particulièrement difficile de trouver des présentations d’expériences qui soient suffisamment précises pour envisager un travail d’exploration. Finalement, l’expérience de la médiathèque André-Malraux de Strasbourg a servi de point de départ à nos réflexions. Nous nous sommes appuyés sur deux textes : le premier paru dans la revue Culture et Recherche intitulé « À Strasbourg, des médiathèques tournées vers les interculturalités », et le second paru dans le Bulletin des Bibliothèques de France portant sur « Le développement de la lecture publique dans la communauté urbaine de Strasbourg ». Nous sommes certains que de très nombreux projets se développent sur les territoires. Cependant peu d’entres eux se sont engagés dans une phase approfondie d’analyse et de publication.

Nous sommes partis de l’hypothèse que ce type de lieu ancre nécessairement son action, tout au moins en partie, dans l’interculturalité. Les données concernant plus particulièrement la médiathèque André-Malraux de Strasbourg nous ont offert cette opportunité. La présentation de cet équipement, annonçant justement une polarité sur les interculturalités, a permis de repérer plusieurs lignes directrices du projet et d’alimenter nos propres réflexions : que faut-il entendre par la notion au singulier d’interculturalité, ou plutôt à celle au pluriel d’interculturalités ? En quoi cette approche permet-elle de positionner autrement les établissements culturels et artistiques ? Comment comprendre ce qui relève de l’interculturalité et de la multiculturalité ? Quels liens peut-on établir avec les problématiques relatives à la diversité culturelle ? Quels enseignements pouvons-nous tirer de cette expérience et quels principes génériques pourrions-nous dégager pour que l’interculturalité devienne, comme l’indique Madame la Ministre de la Culture dans un article paru récemment, le fondement d’un nouveau pas de citoyenneté, un nouveau pacte culturel (Filippetti, 2013?

Pour télécharger la contribution de l’Institut, cliquez ici.

Pour consulter toutes les contributions de l’Institut, cliquez ici ou ici.

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CultiZer

cultizer

CultiZer est un projet dédié à la culture et se propose d’accompagner les opérateurs culturels dans la définition et la mise en oeuvre de leur communication, notamment sur Internet (publicité en ligne, conseil en communication, vente en ligne etc.).
CultiZer est un projet d’économie sociale et solidaire porté par les têtes de réseaux culturels en Languedoc-Roussillon.
Il s’accompagne d’une plateforme d’informations culturelles mise gratuitement à disposition du grand public : www.cultizer.fr.

CultiZer est le nouvel outil numérique d’information et de médiation culturelle. Sous forme de quatre sites Internet, cet espace web propose et dispose de toute l’activité culturelle de la région Languedoc-Roussillon.

CultiZer se veut être un accélérateur pour la culture et la connaissance du secteur artistique et culturel sur la région. Ce nouvel outil s’inscrivant dans les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) s’adresse au grand public, aux professionnels culturels et aux créateurs sur un territoire régional aussi varié que contrasté.

CultiZer a pour ambition d’améliorer l’accès à la culture pour les habitants du Languedoc-Roussillon.

Il est donc un outil de médiation visant à :

  • Diversifier les publics du champ culturel
  • Réduire les inégalités d’accès à la Culture
  • Développer l’intérêt des publics vers d’autres secteurs culturels
  • Inscrire de manière pérenne l’outil numérique dans une logique d’aménagement et de valorisation culturels sur la région

Quatre outils, quatre usages contemporains du web

CultiZer s’articule autour de quatre outils technologiques au service du patrimoine humain, complémentaires et interconnectés :

  • CultiZone, un moteur de recherche simple permettant à tout moment de connaître, à une période donnée, les évènements ou les activités culturelles de la région Languedoc-Roussillon. Un moteur de recherche avancé ainsi qu’un moteur de recherche par géolocalisation permettent aux « CultiNautes » de trouver, en quelques clics, les activités accessibles dans un rayon géographique donné.
  • CultiVore, une médiathèque virtuelle basée sur un agrégateur de contenus. Cette base d’informations est construite de la manière la plus riche possible rassemble tous les supports multimédias en un seul endroit sur le web.Cette médiathèque se base sur la qualité des informations apportées par les partenaires du projet. Elle réunit vidéos, images et sons pour offrir à l’utilisateur un large panel d’information : interviews d’artistes, reportages, extraits de spectacles permettant la simple lecture ou la découverte approfondie de contenus culturels.
  • CultiZ’Me, un espace personnel placé au coeur des réseaux sociaux actuels. Cet outil propose aux internautes de gérer leur activité culturelle et de la partager auprès de leurs amis, de leurs proches avec la qualité des informations « cultizées ».
  • CultiQuizz, un univers de jeux pour découvrir de manière conviviale et amusante les richesses culturelles de la région Languedoc-Roussillon. Les Internautes auront loisir à remporter des « CultiZ » dans le but de profiter d’avantages et de cadeaux proposés par les acteurs et lieux culturels de la région Languedoc-Roussillon. Il est un outil de médiation ludique pour la découverte épanouissante des richesses de la région.

Lors du dernier DigiWorld Summit de l’Idate à Montpellier en novembre 2012, CultiZer fut lauréat du Challenge TIC-Culture organisé par Sud de France Développement. Le projet a été primé pour la qualité de l’exercice et la valeur ajoutée apportée aux travers des technologies numériques à la culture.

Afin de mieux cerner les besoins des opérateurs culturels et de proposer une offre qui leur soit toujours plus utile, une enquête a été mise en ligne. Pour y participer, cliquez ici.

Le projet bénéficie des financements suivants :

  • du Conseil Régional Languedoc-Roussillon
  • du Ministère de la Culture et de la Communication dans le cadre de l’appel à projets 2012 « services numériques culturels innovants »,,
  • du Feder (Fonds Européen de Développement Régional) en Languedoc- Roussillon dans le cadre de l’appel à projets 2011 « Culture numérique ».

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Premier bilan et projets d’avenir pour Marseille Provence 2013

Même si la manifestation ne s’achèvera que le 31 décembre par un grand feu d’artifice – comme elle avait débuté – le bilan de Marseille Provence 2013 capitale européenne de la culture commence à se dessiner alors que se terminent plusieurs événements.

7,35 millions de visiteurs et le Mucem en vedette

Du côté de la fréquentation, les chiffres apparaissent plutôt à la hauteur des attentes, avec 7,35 millions de visiteurs enregistrés à la mi-octobre. La vedette incontestée est, bien sûr, le Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) qui, avec 1,25 million de visiteurs depuis son ouverture au mois de juin seulement, bat tous les records en la matière (voir notre article ci-contre du 17 septembre 2013). Il reste qu’il est difficile de faire la part, dans ce démarrage foudroyant, entre l’attrait du bâtiment et de sa situation exceptionnelle au cœur de la ville (contrairement à Pompidou-Metz et au Louvre-Lens) et l’intérêt pour les contenus et les expositions.
Le second événement en termes de fréquentation est l’exposition « Le grand atelier du Midi », une exposition à cheval sur Aix et Marseille qui vient de clore ses portes le 13 octobre. Si le succès est réel avec 462.000 visiteurs, il se situe néanmoins en deçà des 600.000 entrées attendues, ce qui devrait se traduire par un déficit d’exploitation. Viennent ensuite 400.000 personnes pour l’opération « Entre flammes et flots » (avec un éclairage du Vieux Port à la bougie) durant un week-end en mai, 300.000 pour « Transhumance » (des centaines de moutons, vaches et chevaux traversant Marseille en juin) et 200.000 personnes pour une association insolite entre la Patrouille de France, des voltigeurs de l’armée de l’air et la chorégraphe Kitsou Dubois.
En dépit de cette légère déception sur « Le grand atelier du Midi », la dizaine de musées marseillais – dont celui des Beaux-Arts, le musée Cantini, le musée d’Histoire de Marseille et le musée des Arts décoratifs et de la Mode de Borely qui ont rouvert pour l’occasion – ont bénéficié à plein de cette affluence. Le nombre de leurs visiteurs atteignait en effet 530.000 à la mi-octobre, contre 220.000 pour toute l’année 2012. Si environ un tiers des visiteurs venaient de Marseille et des Bouches-du-Rhône, plus de 50% étaient originaires du reste de la France et 15% de l’étranger.

Vers une « mini capitale culturelle » en 2015 ?

Même sur le plan financier, le budget initial semble avoir été à peu près respecté. A ce jour, la manifestation affiche un déficit prévisionnel de 2,9 millions d’euros pour un budget de 91 millions, mais, selon les organisateurs, « la situation est en cours de règlement » grâce à diverses économies. 
Sur le moyen terme, il est encore trop tôt pour mesurer l’impact économique de Marseille Provence 2013 (voir notre article ci-contre du 9 janvier 2013) et, plus encore, son impact sur l’image de la cité phocéenne, même si de nombreux Marseillais se réjouissent de constater que les médias ont enfin parlé d’autre chose que des règlements de compte ou de la grève des éboueurs. Comme à Lille en 2004, il semble toutefois dès à présent que Marseille Provence 2013 devrait laisser des traces et instaurer une dynamique nouvelle. Sans attendre la réunion prévue ce mois-ci, sous la présidence du préfet des Bouches-du-Rhône, une note interne du président de l’association MP 2013, intitulée « Bâtir l’après 2013 ou comment amplifier le succès de l’année capitale » et révélée par le magazine Télérama, propose déjà des pistes.
Adressée aux services de l’Etat, aux collectivités territoriales et aux parties prenantes de l’opération, elle cherche à identifier les forces et les faiblesses de la manifestation. Côté positif : le « redressement d’image », la fréquentation, le succès populaire, la réappropriation de la ville par ses habitants… Côté négatif : les couacs dans la préparation de l’opération qui ont nui à la crédibilité du projet, un démarrage tardif dû en partie à une communication insuffisante et pas assez tournée vers l’international, des faiblesses dans la programmation… 
Pour l’avenir, la note envisage de donner une suite à la manifestation, sous la forme de l’organisation, en 2015, d’une mini capitale culturelle de quelques mois, précédée d’une grande manifestation populaire en 2014 pour maintenir l’intérêt. Une nouvelle structure, sous la forme d’un GIP, serait chargée de porter ce nouveau projet. Un projet qui s’inspire très fortement de l’exemple de Lille qui a réédité l’événement en 2006, 2009 et 2012, à travers le programme culturel « Lille 3000 ». Il est toutefois peu probable que des décisions soient prises avant les municipales de mars prochain.

Source : Jean-Noël Escudié, Localtis.

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Are audiences killing art and culture ?

If the most important thing about art is its newsworthiness, saysSarah Kent, how do we engage with it on any other level ?

Should audiences be wooed with accessible art?  Photo: Luke Macgregor/Reuters

Should audiences be wooed with accessible art? Photo: Luke Macgregor/Reuters

A transvestite potter is currently delivering the Reith lectures, a pissing automaton is competing for the Turner Prizea blue cockerel struts its stuff on Trafalgar Square’s fourth plinth, and the Whitechapel Gallery is filled with wankers and giant penises. It’s business as usual in the art world, or so the media would have us believe.

If the most important thing about art is its wacky newsworthiness, how do we engage with it on any other level? This is one of the questions to be addressed in BBC Radio 3‘s Free Thinking festival at the Sage Gateshead on Sunday in a panel debate: Are audiences killing culture?

Art is often promoted as a leisure pursuit, something fun to see on a wet Sunday afternoon. And it is achingly fashionable. On the first Thursday of each month, galleries in east London stay open late – hundreds descend on Vyner Street in Bethnal Green, sparking a street party complete with food, beer and sound systems; the event is so cool that even school kids hang out there.

Private views in West End galleries attract a slightly older and wealthier crowd who are still primarily there to drink free beer, meet each other and take selfies. The art is an excuse for a social occasion – so much so that when I was a full-time critic, I had a reputation for being rude because instead of networking I would look at the art!

The serious stuff of marketing the work happens at other times and through other channels, including the internet. I find it hard to believe that millions are spent each year by collectors who buy art they haven’t seen, but then I still fantasise about people collecting work they admire, rather than looking to park their money in a safe investment.

It’s why I’m so depressed to learn that the person topping Art Review’s Power 100 is an oil Sheikha from Qatar. Sister of the emir, Her Excellency Sheikha Al-Mayassa bint Hamad bin Khalifa Al-Thani apparently spends £600m a year hoovering up contemporary western art to sequester in desert museums.

Of course, art has been at the service of the rich and powerful for centuries, but at least the Medici and their like provided opportunities for artists by commissioning the brightest and best to produce great work.

Nowadays, artists are caught between a rock and a hard place. Market domination stifles creativity by seducing artists into producing glitzy commodities that shriek: « Buy me! Buy me! »

Among the most blatant are Damien Hirst‘s diamond-encrusted skull,For the Love of God, which I renamed ‘For the Love of Gold’. The Finest Art on Water is a luxury yacht that Christian Jankowski exhibited atFrieze Art Fair in 2011 with a price tag of £70m. At this year’s fair, Gagosian showed Jeff Koon’s kitten in a sock, which is so far off the radar it creates a category all its own that one might call (M)art.

Since an important part of their remit is to attract large audiences, museums and galleries unwittingly create a trap of a different kind – encouraging artists to woo the public with accessible art. Often the result is bland mediocrity; mirrored maizes are my bête noire. Occasionally, though, an artist responds with something both playful and profound.

When Olafur Eliasson projected a yellow disc onto the far wall of Tate Modern’s Turbine Hall in 2003, hundreds came to bask in the light of the artificial sun. The Weather Project tapped into the collective psyche by encouraging people to dream, which is what good art can do – visitors wore swimsuits, brought picnics and lay on towels as if they were on a beach in midsummer. The work demonstrated the power of illusion and people’s willingness to play.

If you visit Derry-Londonderry over the next few months you can earn a couple of quid discussing the market economy with some locals. Not down the pub, but at the Turner Prize exhibition where Tino Sehgal is staging This is Exchange, a piece I remember taking part in at the ICA in London in 2003.

The idea that a gallery could be a good place to raise economic and cultural issues is not new, but Seghal’s approach is refreshingly direct. He employs non-professionals to engage with visitors, sometimes discussing monetary value, sometimes telling stories, as they did earlier this year in These Associations at Tate Modern.

If Seghal wins the Turner Prize it won’t be because his performers argued well or told moving tales, but because he provokes questions about the nature and value of art and the institutions that house it. Audience participation may be crucial, but pleasing the crowd is not; you may enjoy it, but his work is not about having a good time.

Antony Gormley‘s invitation in 2010 for people to take their place on the fourth plinth in Trafalgar Square was similarly memorable not because someone struck a fine pose or told a good joke; it was not Britian’s Got Talent. Fundamentally it was a conceptual piece that held up a mirror to our lust for celebrity, our desire to be in the frame. And it highlighted the fact that no-one has the faintest idea any more what public monuments and public art are for. What or who is worth commemorating?

Sarah Kent is an art critic and formerly visual arts editor of Time Out London – she is also director of exhibitions atthe ICA

The BBC Radio 3 Free Thinking festival is at the Sage, Gateshead from 25-27 October. Are Audiences Killing Culture? will be recorded for broadcast on BBC Radio 3 on Tuesday 12 November at 10pm

Source : The Guardian Culture Profesionals Network

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La culture rapproche Wallons et Flamands

Le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a approuvé, mardi à Namur, un accord de coopération culturelle avec la Flandre. Un accord historique entre les deux régions belges divisées, commente le quotidien libéral Le Soir : « Dans ce pays compliqué, et dans le contexte qu’on sait, c’est un pas fondamental et peu banal qui a été franchi. … Le côté historique tient à sa caractéristique peu banale dans un pays où il est souvent question de séparer plus que de réunir, mais il est dû aussi au fait qu’il a été négocié par d’autres, sans jamais aboutir. Les deux ministres ont … écouté un secteur où, quel que soit l’art concerné, les artistes n’ont pas attendu que le politique coopère pour travailler ensemble, échanger acteurs, salles, pièces, œuvres et pour démontrer avec panache que, de ces coopérations et échanges, naissaient des productions internationalement remarquées et qui tissent désormais une véritable légende des artistes belges, flamands ou francophones, à l’étranger. »

Source : BpB 

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What do artists get out of arts festivals ?

If festivals are the new platform and sites the new venues, what do they offer artists and audiences ? 

On arrival the signs were not good: « Road closed », « Keep out », « Restricted area », « The crown accepts no liability at law for loss or damage ».

It was not the kind of welcome you’d expect from a creative and free-thinking artist-led organisation like the B-side multimedia arts festival. But then its Resonant Terrains symposium was being hosted by HM Prison The Verne, which occupies a Napoleonic fort, perched high above Chesil beach and Weymouth harbour on the Isle of Portland, Dorset.

And it wasn’t only the location that was unusual. The event, convened to pose the question, « If festivals are the new platform, and sites the new venues, what can and can’t they offer artists, curators and audiences? », was curated more like a mini-festival than your average symposium.

The opening addresses were delivered in the prison chapel. All delegates had to supply photo ID, submit to a full body search and were (temporarily) relieved of mobile phones, cameras, laptops and memory sticks in order to gain access. Being processed this way, and stepping through the heavily-barred double doorway into the prison’s outer yard gave me a certain frisson of excitement.

It also raised questions about the ethics of the voyeuristic thrill gained by a bunch of creatives in the presence of other people’s misery. James Lucas, the fresh-faced governor, welcomed the delegates with enthusiasm and humour (quoting both TS Elliot and the Guardian). Arts Council England’s director of visual arts, Peter Heslip, delivered a personal and poetic appeal for the use and value of art by way of Robert Frost and a childhood spent hiking in the mountains of Montana.

Performer, writer, teacher and researcher Phil Smith’s performance lecture that followed ranged from childhood memories to the physics of matter, via anecdotes and musings about walking projects and his misguided tours. Smith’s concepts of counter-tourism and mythogeography introduced a theme that ran through various talks and discussions over the next two days.

True to B-side’s work, much of the event was focused around performative and participatory site-specific art. Delegates could opt for walks and tours led by a number of artists and producers including Sue Palmer and Joff Winterhart, Jez Riley French, Alex Murdin of Ruralrecreation, and Neal White from the Office of Experiments.

This idea of the artist as guide to the unseen and overlooked topographic and social landscape of a place – exploring the gap between « myth and fact, conspiracy and official histories » – continued on Neal White’s Portland Experiments bus tour. This took in some of Portland’s lesser known sites including the MOD-owned and privately run QinetiQ Compass Testing facility, which is capable of « turning off » the world’s magnetic field.

White talked about « productive secrecy », where a lack of information allows space for the development of the imagination: a place where art as well as conspiracy theories can thrive.

The Portland Experiments and other artist tours and performances all made the argument for the support and development of place-based art practice. How the arts festival format and place-based commissions might facilitate creative output and extend audience engagement seems ripe for more exploration.

Several speakers looked at how this kind of work furthers the various – possibly competing – agendas of aesthetics, local regeneration, tourism, health and wellbeing. Curator and artist Alex Murdin talked about musicians working with dementia sufferers in care homes, while writer Dany Louise noted the proliferation of the festival that had its hyper-banal apotheosis in the Brighton and Hove Festival of Shopping.

These and other examples left a question hanging in the air: are art and artists too often co-opted into a neoliberal agenda, their value being the ability to paper cheaply over the cracks in a failing system?

Dominic Thomas is a freelance artist and educator – follow B-side festival on Twitter @bsidefest

Source :  Dominic Thomas, The Guardian Culture Profesionals Network

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Rencontre nationale Coopérations politiques, culturelles et territoriales : bilan et perspectives

La loi sur les Etablissement Publics de Coopération Culturelle a 10 ans ! Le temps d’un bilan et surtout de perspectives sur les coopérations politiques, culturelles et territoriales.

Le  Comité national de liaison organise cette rencontre nationale sur les problématiques de coopérations. Au cœur des débats sur la réforme de l’action publique, quelles perspectives les coopérations existantes ouvrent-elles en matière de gouvernance et de responsabilités? Quels principes pourrions-nous alors retenir pour mieux qualifier l’intérêt général et le service public de la culture portés par ces coopérations ?

Cette rencontre est structurée autour de 4 tables rondes:

  • LES MOTS/MAUX DES COOPERATIONS
  • AVEC LES EPCC, EST-ON SORTI DU MODELE DU « QUI PAYE, DECIDE » ?
  • QUELS ENJEUX ET REGLES DU JEU POUR LES COOPERATIONS ?
  • ET POUR DEMAIN ? QUELLES COOPERATIONS POUR QUELLES POLITIQUES PUBLIQUES ? QUELLES POLITIQUES PUBLIQUES POUR QUELLES

Yvon GOUTAL, avocat spécialiste en droit public et Michel GUERIN, directeur de l’Observatoire des politiques culturelles de la Communauté française de Belgique nous accompagneront dans nos réflexions.

Une délégation de la Commission Culture du Sénat et des représentants du Ministère de la Culture seront présents.  Nous travaillons dans la perspective d’une amélioration de la loi sur les EPCC et d’une contribution aux débats sur la réforme de l’action publique.

Pour la première fois, nous avons invité les directeurs et administrateurs (salariés) des 150 EPCC existants et en projet, les membres des conseils d’administration des EPCC membres du Comité, et nous l’espérons plusieurs associations d’élus (notamment ARF, ADF, AdCF, FNCC, AMGVF). Merci de nous aider à diffuser cette information.

Une participation aux frais de 30€ par personne est demandée

Programme et bulletin d’inscription

 

Rencontre nationale Coopérations politiques, culturelles et territoriales: bilan et perspectives 

Mardi 10 décembre 2013 Rennes

Lieu : Les Champs Libres

Accueil à partir de 9H00

Coréalisation  avec Spectacle vivant en Bretagne, Livre et lecture en Bretagne et les Chemins du Patrimoine en Finistère.

 

 

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Kensington Palace : a happy marriage of arts and heritage ambition

When Historic Royal Palaces invited theatre company Coney to play at Kensington Palace, neither party predicted the outcome.

Kensington Palace: ‘Is there another way?’

Storytelling is key for Historic Royal Palaces (HRP). But to draw in the widest possible visitor base to our five historic sites, we need to tell those stories in imaginative ways. Monarchs over many generations have employed artists, architects and craftsmen to decorate and furnish the state apartments at Kensington Palace, and in this spirit, we continue to encourage the use of the palace as inspiration for talented artists of our generation.

But too often in the past, these projects, if exciting, were transient. The moment to be bolder came in 2010 when the palace embarked on a two-year building project. We had a dilemma: did we shut the palace to visitors, or was there another way? The team devised a plan to keep the state apartments accessible using the skills of theatre-makers WildWorks, who created a magical, multi-stranded experience, Enchanted Palace, which ran through 2010 and 2011.

Our experience with WildWorks showed us that with the right theatre-maker partner we could transform the visitor from passive observer to active participant. So when the palace opened again in 2012, we chose Coney, a young theatre company with a reputation for making clever games, to help us in our next interpretive adventure.

Coney employed a team of artists and designers to make a series of installations in the 17th-century queen’s apartments to tell the melancholy tale of the end of the Stuart dynasty that played out in those very rooms. And in the grand king’s apartments they made a game that allowed visitors to explore what it took to become an 18th-century courtier. Coney’s work has made things that might appear ordinary become mythic, and the extraordinary, human.

What’s more, their surprising and dispassionate questioning of our traditional ways of working have made us thoughtful and critical of some of our conventions. They have been a powerful agent for change in our organisational culture – having drawn everyone into the making of their work, each of us has become its passionate advocate. Our front-of-house teams have blossomed under the tutelage of theatre practitioners. Their talents, hidden in the ‘silent palace’ world dominated by the audio-tour, have blossomed and they now confidently hold participatory ‘salons’, debating the hot topics of the 18th-century court with as many of our visitors as are game.

But while many may be delighted by this new experience, for others it is unwelcome. For those visitors our ‘palaceness’ – a quiet, contemplative environment in which to view great works of art – is sacrosanct, and they see any change as disrespectful. Can you please all people all of the time? We have tried to find ways of smoothing the way for visitors who found new ways of experiencing the palace unfamiliar.

Coney’s work, too, has changed and developed massively over 18 months to react to new circumstances. How do you deal with more visitors than you planned for, or when those visitors take your props home with them? The company has addressed each twist and turn with interest. We would never call our great adventure plain-sailing and we have dealt creatively with a good number of unexpected outcomes along the way. And so the adventure continues.

Dr Joanna Marschner is senior curator at Kensington Palace – follow Historic Royal Palaces on Twitter @HRP_palaces

Coney: ‘As artists, we respond to the why’

Coney’s House of Cards installation. Photograph: Paul Blakemore

Entering Kensington Palace to present our ideas was an intimidating prospect at first. It felt like a terra nova for our company. Coney makes immersive theatre and story-worlds to engage audiences in play; we weave together theatre and game design to create dynamic shows and experiences. We had worked with museums before, but we had never worked with a palace.

Of course we were taken in by its architecture, but the real excitement lay in uncovering its social tapestry. In early exploratory visits, we were dazzled and baffled by the knowledge and stories of the palace teams. The broader HRP community, including audiences and community groups, are also rich in expertise and we wanted to include as much of it as possible.

So when the time came, we proposed a process rather than a grand artistic vision. And from that process we created House of Cards, a playful theatrical installation and interactive performance contrasting the splendour of the court’s public face with the secret intrigues and hidden intimacies of its private lives.

Working in a complex environment like the palace – a building that has to balance lots of agendas, stakeholders, audiences and expectations – brings a complex set of problems. In theatre you make work for an audience that chooses to come and be taken on a journey. In the palace, work is found, almost stumbled upon. This unexpected nature thrills many but you have to make clear to the audience how they can interact very early on. We’ve learned that framing is everything when creating unexpected work. Even now, I occasionally wish I could start again with that knowledge informing our creative choices from the beginning.

We encouraged a mutual openness about any problems that arose and kept an honest dialogue with the palace about audience response and any bottlenecks. All of Coney’s projects are responsive and developed through dialogue, including playtests, sharings and conversations with audiences and experts. In working with the palace this process became more important than ever.

If we have not always agreed, everyone at least took the time to explain why they had reached a certain position. As artists, we could then respond to the why: the reason behind a need for change. That allowed us to come up with alternative, interesting solutions that were theatrical and in keeping with the artistic vision.

That process we initially proposed has never really ended; the project has continued to evolve. We have worked with visiting artists to incorporate new commissions and created special scenes and content around Lucy Worsley’s BBC TV series, Fit to Rule. Our production team is on site every week to respond to the daily ebbs and flows of a palace – everything from the installation of priceless historical objects to security issues around real-life royals.

And in the week that another young family move into the palace, Coney bid it farewell in the knowledge that change and flexibility at the core of this collaboration have proved its true strength too.

Annette Mees is co-director of Coney – follow the company on Twitter @agencyofconey and Annette @AnnetteMees

Source : The Guardian Culture Profesionals Network

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Ne manquez pas la troisième édition de MUSEOMIX !

museomix

Les 9, 10 et 11 novembre prochain aura lieu, à Paris, Lyon, Nantes, Grenoble, Québec et Shropshire, la troisième édition de Muséomix.

Muséomix c’est un « marathon créatif » pour dépoussiérer les musées. Depuis 3 ans, Muséomix réunit la communauté des professionnels des musées, des acteurs de l’innovation et du numérique, ainsi que des amateurs et passionnés d’art et de culture pour penser, ré-inventer et vivre «son» expérience du musée.

Pendant 3 jours, les participants, accompagnés de plusieurs pôles d’expertises créent et expérimentent des dispositifs de médiation culturelle numérique pour transformer le musée en un lieu ouvert et accessible à tous. Lors d’une 4ème journée, les dispositifs sont installés in situ, dans les musées, pour un temps de dialogue et d’échange entre les concepteurs et le public.

 Dans une démarche de co-création, il propose de créer une nouvelle manière de vivre le musée. Pendant quatre jours, les participants, accompagnés de plusieurs pôles d’expertises, créent et expérimentent de nouveaux dispositifs de médiation culturelle, avec un ensemble de technologies à disposition et un atelier de fabrication numérique. Les prototypes créés et installés par les participants sont ensuite testés par les visiteurs à partir de dimanche 10 novembre à 16h00.

A cette occasion l’entrée du musée et de l’exposition « en guerres » sera gratuite le dimanche 10 novembre à partir de 16h et lundi 11 novembre toute la journée.

En savoir plus

Découvrez la troisième édition à travers ces vidéos :

Cette année, vous pourrez également suivre l’événement en live depuis notre site www.museomix.org et sur les réseaux sociaux :

Un événement co-organisé par le Château des ducs de Bretagne, la Société d’Aménagement Ouest Atlantique (SAMOA) et le Cluster du Quartier de la création.

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Spectacle vivant : l’ancrage dans les territoires, atout ou boulet ?

Le ministère de la Culture publie, dans le dernier numéro de sa lettre « Culture études » (octobre 2013), une étude originale intitulée « Quel(s) territoire(s) pour les équipes artistiques de spectacle vivant ? ». L’étude, à dominante sociologique, s’appuie sur une hypothèse centrale : « Le rapport au territoire des équipes artistiques est déterminé conjointement par la structuration et le fonctionnement de l’espace culturel régional et par la position, la trajectoire et les stratégies professionnelles des équipes elles-mêmes (et/ou des artistes qui les composent) ». 
En d’autres termes, il s’agit d’explorer et d’expliciter les liens qui unissent – ou non – une équipe artistique de spectacle vivant et son territoire. Plus prosaïquement, « l’enjeu est ici de comprendre dans quelle mesure et de quelles manières des artistes peuvent trouver, là où ils sont, les ressources nécessaires pour vivre de leur art, de leurs spectacles ».

Un monde très hiérarchisé

Pour cela, l’auteur – docteur en sociologie et chercheur associé au laboratoire Sociétés, acteurs et gouvernements en Europe (Sage) de l’université de Strasbourg – a mené ses investigations dans deux régions : l’Alsace et la Lorraine. 
Dans un premier temps, l’étude dresse un portrait de l’espace culturel de diffusion du spectacle vivant, qui apparaît comme un lieu à la fois structuré et hiérarchisé. Elle distingue trois réseaux concentriques : un réseau primaire – correspondant à l’industrie du spectacle (grandes salles privées) et aux scènes labellisées -, un réseau secondaire regroupant lui aussi des salles privées et des établissements soutenus par l’Etat et/ou les collectivités territoriales et, enfin, un réseau parallèle de diffusion, à la marge du champ artistique (employeurs privés occasionnels, cafés, Education nationale…). Au final, un système pyramidal très hiérarchisé, avec un accès difficile, voire très difficile, au sommet et, à l’inverse, un accès aisé et des opportunités nombreuses dans le réseau parallèle, avec pour contrepartie une faible visibilité.

« La mécanique complexe du rapport au territoire »

L’étude s’attaque ensuite à « la mécanique complexe du rapport au territoire ». Le terme « complexe » n’est pas usurpé, tant les interactions et les contradictions sont nombreuses. Ainsi, il apparaît une contradiction – au demeurant pas forcément insurmontable – entre l’attachement au territoire, qu’il soit volontaire ou subi, et la mobilité nécessaire à la création artistique. Comme l’explique l’auteur, « l’enjeu est d’articuler un ancrage territorial, comme base de production, avec un élargissement du réseau de diffusion au-delà de la région d’implantation afin de gagner en visibilité auprès des professionnels et des médias ». 
Sur le premier volet de l’ancrage, l’étude pointe notamment la concentration des équipements, notamment sur les métropoles régionales. Elle relève aussi l’obligation du travail avec les publics, écoles ou établissements locaux, qui est souvent la contrepartie du financement des collectivités : « le travail qui suit l’obtention de l’aide publique contribue à renforcer encore l’attachement au territoire ». Mais l’étude montre aussi la dimension positive de cet attachement au territoire, qui a souvent « un fondement affectif ».

La mobilité, moyen de survie économique et facteur d’épanouissement

Il reste que cet attachement, volontaire ou non, au territoire, entre en contradiction avec la mobilité, qui est aussi « un moyen de survie économique ». La pérennité de nombreuses équipes ne tient en effet qu’à leur capacité à vendre leurs représentations, alors que le marché local ou régional se révèle souvent insuffisant, surtout pour des productions « pointues ». La mobilité est aussi un facteur d’épanouissement professionnel – et de lutte contre la routine -, à travers les horizons qu’elle ouvre et les contacts qu’elle procure. 
L’étude s’achève par une tentative de segmentation et de représentation graphique du rapport au territoire des équipes artistiques selon leur niveau d’intégration professionnelle. Au final, un travail original et stimulant, dans lequel les acteurs du spectacle vivant et les collectivités territoriales ne manqueront pas de se reconnaître, bien au-delà des deux régions étudiées. 
 

Jean-Noël Escudié / Localtis

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Why great culture needs a greater vision

Margie Gillis, celebrating the 40th anniversary of her performance career this year, will be dancing on Nov. 12 and 13 at Harbourfront’s Fleck Dance Theatre. She will be at the Grand Theatre in London, Ont., on Nov. 9. And last week she danced at the Cultch, the well-known East Vancouver theatre and cultural hub.

It is not coincidental that the Cultch is also celebrating its 40th anniversary. Toronto’s Harbourfront Centre and the revitalization of London’s venerable Grand Theatre also have their origins in the 1970s. In towns and cities across Canada, dance fans (as well as theatregoers, Can-lit readers, music-lovers, and gallery visitors) are benefitting from a cultural infrastructure that, in many instances, was put in place years ago.

The audience that gathered at the Cultch on a beautiful autumn evening last week in Vancouver to see Gillis, like the crowds that recently lined up on lively Granville Island to hear Margaret Atwood, and Tomson Highway, and Elizabeth Ruth, and Michael Crummey, and Michel Tremblay (among many other Canadian and international authors) at Vancouver’s popular Writers Fest, are not part of a cultural scene that was born yesterday.

Many, if not most, of the venues and the institutions that we now take for granted were established by visionaries who, in marked contrast to the prevailing political and social preoccupations of today, were thinking beyond the fleeting moment of their present.

Whether dance companies such as Gillis’s, or venues like the Cultch, or institutions such as Harbourfront or the Grand have been directly supported by federal, provincial and municipal funding agencies is not the most important factor of either their origins or ongoing existence — contrary to the criticisms of those who believe the marketplace, and not tax dollars, should decide what does and does not constitute Canadian culture.

These critics, like the politicians who pay attention to them, tend to be unable or unwilling to look forward. Not for them, the business of planting a tree they will not live long enough to see mature. What sense does the marketplace make of dreamy nonsense like that? Equally, they seem to be unable to look back — to remember a time, not so long ago, when Canadians simply did not imagine that they could have their own Margie Gillis or Margaret Atwood. Somehow the critics of public funding for the arts imagine we have always been the way we are.

The creation of an artistic culture, as well as a culture of dance-lovers, readers, theatregoers and gallery visitors, has required investment that might not have made sense at year-end, or even for many years after money was spent. The establishment of a culture — a culture of creation, a culture of appreciation, and a culture of expectation — is not principally a matter of accounting, however much journalists who purport to know something about accounting like to argue that it is.

The payoff is never immediate — which is something our parents’ generation understood to be true when they invested in tricky, long-term expensive undertakings such as defeating fascism, or building new schools and highways, or putting sewage or hydro lines in place for suburbs that did no yet exist. They believed in planting trees.

In Vancouver, Margie Gillis and the actor Elizabeth Parrish performed Bulletins from Immortality … Freeing Emily Dickinson. In London and in Toronto, Gillis will be performing a different show — the Ontario premiere of The Light Between. And if you want my suggestion, you should get a ticket because, if the Vancouver show was any indication, it will be exquisite. Or go to the Grand Theatre or Harbourfront simply to see the legacy of a less-selfish past bequeathed to our present.

Source : David Macfarlane, The Star.

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L’Egypte sauve de précieux ouvrages de la destruction

A Amsterdam, le prestigieux Institut Royal des Tropiques doit fermer les portes de son ancienne bibliothèque, les subventions qui la financent ayant été supprimées. Mercredi, l’administration de la bibliothèque d’Alexandrie s’est dite disposée à héberger la collection. Le quotidien de centre-gauche De Volkskrant salue ce geste généreux des Egyptiens, qui devrait faire honte aux Pays-Bas : « L’Egypte a quelques petits problèmes : instabilité politique, revers économiques, querelles religieuses. Mais quand les Egyptiens ont eu vent de ce pauvre pays lointain, où la culture est si mal en point qu’on veut se débarrasser de sept kilomètres de livres – une collection unique constituée au fil de 230 années – ils ont vite oublié leurs propres soucis. Ils savaient que ce pauvre pays était en proie à la crise, mais tant que ça ? Les Néerlandais sont-ils affamés au point de manger du papier ? … L’Institut a eu l’immense malchance de cumuler deux choses qui inspirent une profonde aversion au gouvernement de droite : la culture et l’étranger. »

Source : BpB

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L’UMP se repenche sur la culture

Le cinquième numéro de la revue « Le Mouvement des idées » n’y va pas par 4 chemins. La droite se repenche sur la culture après les années du pouvoir dont elle s’encombre peu et souligne d’emblée que la France déprime.

« Publiée sous l’égide de l’UMP » (comme le précise son sous-titre), la revue présente des contributions qui visent à réformer et à dynamiser la culture, tout en respectant le passé. Exercice étonnant, voire insupportable pour certains.

Objet politique, la culture ne saurait être monopolisée par le camp adverse (la gauche). C’est une nouvelle guerre des idées qui se prépare et celle-ci sera certainement plus dure et plus longue que celle qui n’avait au fond pas eu lieu lors de la campagne de 2007. Les différents auteurs, universitaires ou élus, proposent, entre autres, une révision profonde du régime des intermittents du spectacle. Au-delà des questions proprement culturelles, Jérôme Chartier réaffirme l’importance du travail, tandis que Franck Margain appelle à renforcer le système distributif.

L’ensemble s’inscrit dans la tradition des revues de partis. Une arme, donc, dans le combat des idées.

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La TVA à l’importation d’art devrait revenir à 5,5%

C’est le soulagement dans le secteur : la TVA à l’importation d’oeuvres d’art devrait être ramenée du taux intermédiaire de 7% (qui va passer à 10% en 2014) au taux réduit de 5,5% selon un amendement en discussion dans l’hémicycle.

« Contrairement au marché des biens traditionnels, l’exportation d’une oeuvre d’art appauvrit la nation et son importation l’enrichit« , a argumenté le député socialiste Pierre-Alain Muet.

Sur un marché mondial marqué par une clientèle mobile et volatile, les galeries, maisons de ventre et foires ne peuvent se permettre d’afficher un taux à 10% en France quand le Royaume Uni est à 5%. Si tel était le cas, un vendeur aurait tout intérêt à mettre son tableau en vente à Londres plutôt qu’à Paris, engendrant une perte importante de chiffre d’affaires, comme l’ont rappelé avant-hier les acteurs de la filière, réunis en colloque par le Conseil des ventes volontaires. Or la France pèse 5% du marché de l’art mondial contre…23% pour le Royaume Uni.

C’est donc une victoire pour les professionnels du secteur dans la bataille que se mènent les grandes places de l’art dans le monde et dont Paris s’était peu à peu éloignée, trop sûre de son avance considérable qu’elle comptait dans les années 50-60. Le train de la mondialisation est passé et c’est aujourd’hui l’Amérique et la Chine qui mènent la danse, comme le confirme le dernier rapport d’Artprice (juillet 2012-juin 2013).

A noter aussi que la mobilisation et l’opiniâtreté des grandes maisons (en particulier Guillaume Cerruti, président de Sotheby’s France) n’y est pas pour rien. Les performances de ces maisons (Sotheby’s, Christie’s et Artcurial notamment) ont même permis à Paris de regagner du terrain face à Shangai, avec une belle progression de 35,6% en oeuvres contemporaines adjugées, soit 29,2 millions d’euros.

Mais l’hexagone compte peut de gros collectionneurs, d’où les efforts des acteurs pour y attirer les acheteurs étrangers.

Il faut toutefois modérer cette victoire du taux à 5,5% car en contrepartie, le régime des plus-values lors de la cession d’oeuvres devrait être durci. La Commission des finances de l’Assemblée a accepté un amendement allongeant de 12 à 22 ans la durée de détention donnant droit à une exonération. Le gouvernement souhaiterait aussi augmenter le taux appliqué lors d’une cession de 4,5% à 6,5% lors d’une cession avant 22 ans, ce qui fait dire à Thierry Ehrmann (patron d’Artprice) que « calquer l’art sur l’immobilier est grave aussi, car cela détruit la vitalité du marché« .

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Pour repenser les enjeux culturels publics

Jjean-michel_lucas_opinionean-Michel Lucas s’est livré à un exercice de synthèse de l’ossature de l’argumentaire qu’il défend pour repenser les enjeux des politiques culturelles publiques, loin des approches actuelles repliées sur les enjeux particuliers du secteur comme des territoires.

Il en rappelle ici les balises universelles de la responsabilité culturelle publique dans une société soucieuse du développement des droits  humains.

 

A – Une éthique culturelle à quatre balises

Pour repenser les enjeux culturels publics, l’argumentaire développé ici repose sur le lien indissociable entre « culture » et « humanité ».

1 – Son point de départ est la Déclaration Universelle des droits de l’homme de 1948 pour laquelle l’idée même d’humanité impose que les êtres humains soient libres et égaux, en dignité et en droits, dotés de raison et faisant preuve de solidarité. Cette éthique publique universelle est la première balise indépassable : elle considère que pour faire humanité ensemble les personnes doivent être reconnues dans leurs droits fondamentaux à la liberté, à la dignité.

2 – La deuxième balise éthique s’en déduit : chaque être humain porte ses convictions, ses valeurs, ses croyances, sa manière de saisir le monde à travers son identité culturelle singulière. Nul ne peut lui dénier sa « culture » sans porter atteinte à sa liberté et à sa dignité, sans l’exclure de l’horizon commun de l’humanité. Chaque personne étant libre, elle échafaude son identité culturelle à sa façon, laquelle évolue au gré des relations avec les autres. Cela signifie que la personne n’est pas astreinte à une identité figée une fois pour toutes [1].

3 – La troisième balise impose que s’organise le maximum d’interactions entre toutes ces identités culturelles.

La légitimité accordée aux identités culturelles ne vaut que si les relations entre les personnes conduisent à la reconnaissance réciproque des unes par les autres. C’est la condition du vivre ensemble qui nécessite que la personne ajuste sa liberté et sa dignité culturelles à la liberté et la dignité culturelles des autres personnes. C’est en ce sens que la politique culturelle publique doit inévitablement considérer que « faire culture », c’est faire humanité ensemble, selon la définition de la culture de la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels [2] : la première responsabilité culturelle publique est de favoriser ces interactions réciproques entre les identités culturelles des personnes pour progresser vers une meilleure humanité [3]. Les politiques culturelles de l’Etat comme des collectivités devraient donc résister à leur enfermement dans une approche sectorielle des offres et des besoins de produits fabriqués par les professionnels des disciplines artistiques !

4 – La quatrième balise est celle de l’accès à plus d’autonomie. Certes, chaque identité culturelle singulière puise dans les références des groupes qui ont vu naître et grandir la personne ; mais l’espace public, par les interactions de reconnaissance qu’il suscite entre les identités culturelles, doit permettre à chacun de devenir un peu plus autonome dans ses choix culturels. L’enjeu public universel est de préserver « l’attachement » des personnes à leurs cultures d’origine pour mieux favoriser leurs « arrachements » nécessaires pour qu’elle s’affirment comme des personnes singulières [4]. La finalité est l’émancipation de la personne en humanité, au delà de son épanouissement individuel. Cet argumentaire conduit à affirmer que la politique publique doit renoncer à penser en terme d’identités culturelles collectives (identité du territoire, du groupe ethnique, de la religion..) comme si la personne était condamnée à subir le référentiel culturel des collectifs qui l’ont vu naître. Au mieux, on parlera « d’identifications » multiples de la personne aux collectifs qui nourrissent son identité, en veillant que soit respectée la balise de la liberté.

B – Ces balises de l’éthique publique de la culture étant posées, quelle est leur portée dans la pratique politique ?

1- Aucune réalité pratique ne pouvant être conforme aux principes, il y a TOUJOURS à discuter. Toujours à débattre sur ce qui est « bien » pour une identité culturelle et « mauvais » pour l’autre ! Les quatre balises doivent être considérées comme des points d’appui partagés (universels) pour guider les discussions publiques vers une décision qui permettra de faire un peu mieux humanité ensemble. Il s’agit d’organiser la « palabre » en confrontant les identités culturelles des personnes. La palabre est impérative pour accéder aux nécessaires interactions réciproques, bien au delà des formules simplistes de la participation citoyenne au bien commun. Les 4 balises sont les points de repère qui permettent d’apprécier si les compromis partiels issus de la discussion collective permettent le développement des droits humains. En ce sens un bon compromis devra être porteur de plus de droits humains conduisant les personnes à accéder à plus de liberté, plus de dignité, plus de relations de reconnaissance réciproque avec les autres, plus de capacités à agir et réagir pour plus d’humanité ensemble. Cette vision de l’humanité (approche ABDH [5]) a des conséquences immédiates sur la conception du développement de la planète. Elle met la personne et ses libertés au premier rang pour bâtir l’avenir et ne se contente pas de penser le développement en terme de réponses à de simples besoins. Comme le dit SEN : « si l’importance des vies humaines tient aussi à la liberté dont nous jouissons, l’idée de développement durable est à reformuler en conséquence » [6]. En ce sens, le respect des 4 balises impose de concevoir le développement durable comme un développement humain durable. [7]

C’est une quête éthique à ré-affirmer chaque jour et partout, puisque l’idéal des Droits Humains restera toujours un horizon à conquérir. D’où l’importance stratégique de la politique culturelle en démocratie.

2 – La palabre doit être correctement organisée. Elle doit être acceptée comme forme de négociation fondée sur la discussion « libre, ouverte et documentée » [8] sur la base d’arguments aussi rationalisés que possible. Chacun doit pouvoir disposer des outils permettant l’expression de ses « bonnes raisons » d’affirmer sa liberté, sa dignité et ses intérêts ! La polémique entre les identités et les différentes formes d’expression des conflits doit laisser place à la discussion démocratique et raisonnée entre les personnes (seules ou en groupes). Loin d’être une perte de temps pour l’action, cette démocratie, comme gouvernement par la discussion, est la condition d’une meilleure reconnaissance réciproque des identités culturelles, donc, du Mieux Vivre ensemble dans une société aspirant à devenir plus juste. Même s’il restera toujours de situations de conflits qui devront se résoudre autrement.

3 – Dans cette approche, les personnes sont alors « parties prenantes » des multiples délibérations de compromis qui forgent les règles de vie, formelles et informelles, de nos quotidiens. La société civile – notamment la vie associative – devient essentielle pour élaborer ensemble les standards du Vivre ensemble entre les identités culturelles des personnes – du pas de sa porte à son quartier, de sa ville à l’Europe ou au monde. Le plus d’humanité n’est pas seulement une affaire d’Etat car aucune personne n’est dispensée d’être un acteur du Vivre ensemble comme enjeu du développement des droits humains de chacun.

4 – Dans cette dynamique collective de relations entre les personnes, seules ou en groupes, la politique culturelle devra se préoccuper au premier chef des processus qui conduisent les uns et les autres à accéder à plus de reconnaissance de leur identité culturelle. Sa responsabilité sera de favoriser les trois formes concrètes de la reconnaissance : les gains de confiance en soi, liés aux relations d’empathie entre les personnes; les gains de respect de soi, liés au renforcement de droits à égalité de tous les autres ; les gains d’estime de soi, liés à la valeur particulière que les autres accordent aux activités de la personne.

5 – Une politique publique qui ignorerait les trois volets de la reconnaissance de la personne ouvrirait la voie à la société du mépris avec son cortège de « luttes pour la reconnaissance » par lesquelles les personnes s’affirment dans leurs identités culturelles à travers leur puissance d’agir ensemble. Cette dynamique des luttes pour la reconnaissance impose souvent des terrains de négociations inédits que la politique publique soucieuse du développement des droits humains doit savoir prendre en compte pour accéder à des compromis partiels, …. jusqu’aux prochaines tensions de reconnaissance.

 6 – Cette approche des enjeux culturels pour l’humanité accorde un rôle fondamental aux professionnels des arts.

a ) D’abord en application de la balise universelle de la liberté.

Les balises de la bonne humanité évoquée plus haut fixent les règles de réciprocité auxquelles chacun doit se conformer pour vivre ensemble. Mais par définition, ce compromis est inhumain car il fige l’expression de la liberté : s’il fallait que ces règles d’humanité demeurent inchangées, l’humanité ne le serait plus car elle poserait des interdits définitifs à l’expression des imaginaires. Or, la balise de la liberté d’appréhender le monde est universelle alors que les règles de la vie collective sont relatives aux circonstances.

Ainsi, la liberté d’expression artistique est là pour déplacer les bornes des compromis que la société humaine se donne à chaque moment, sur chaque territoire. C’est une responsabilité politique fondatrice des droits humains que de la garantir sous peine de sclérose de l’humanité.

b) En second lieu, l’enjeu de l’action collective est le développement des capabilités pour progresser vers une société plus juste où chaque personne peut, librement, mieux choisir « ce qu’elle a de bonnes raisons de valoriser ». (SEN) Si la personne se réfère toujours aux mêmes ressources culturelles, ses choix seront figés et réduits à la reproduction de l’identité culturelle stéréotypé des groupes auxquels elle se rattache. Pour faire toujours un peu mieux humanité ensemble, il est d’enjeu universel que les personnes puissent accéder à d’autres références, multiplier les interactions pour ouvrir de nouveaux parcours aux imaginaires et favoriser une plus grande puissance d’agir pour une meilleure reconnaissance. Pour pouvoir emprunter ces parcours d’émancipation, l’espace public (marchand ou non marchand) doit offrir aux personnes des opportunités de reconnaître le meilleur des disciplines artistiques. Il ne faut pourtant pas se tromper : si les professionnels du secteur artistique sont indispensables, seule la personne est légitime à débattre de ce qui accroît sa liberté et sa dignité de personne humaine SINGULIERE, sous peine de voir la politique culturelle « réifier » la personne en objet de marketing, en « public fidèle », en « habitant » ou « population éloignée de la culture.

c) Enfin, les responsables culturels publics devraient nécessairement s’assurer que les échanges marchands de produits culturels sont bien conformes aux enjeux de développement des droits humains des personnes. Ils ne devraient pas se contenter d’agir pour le développement des fréquentations des publics et des chiffres d’affaires des industries du secteur. En conséquence, ils devraient privilégier les organisations culturelles de l’économie solidaire qui garantissent le respect des quatre balises dans leurs relations aux personnes, en interne et en externe. Le développement des droits humains ne peut se contenter de la rentabilité marchande, même lorsqu’elle est répartie de manière plus juste.

Ainsi, l’enjeu culturel public ne relève pas d’une « exception » à la vie normale des êtres humains : il consiste à se mettre au service d’une humanité qui trouve plus juste que les personnes disposent de plus de libertés, de plus de dignité, de plus de capabilités, de plus de responsabilités pour faire un peu mieux « humanité ensemble ».

Jean-Michel LUCAS / Doc Kasimir Bisou* le 15/10/2013

Président de Trempolino, docteur d’Etat ès sciences économiques et maître de conférences à l’université Rennes 2 Haute-Bretagne dont il fut le vice-président de 1982 à 1986, Jean-Michel Lucas fut également conseiller technique au cabinet du ministre de la Culture Jack Lang de 1990 à 1992, où il y impulsa notamment le programme « Cafés Musiques ». Nommé Directeur régional des affaires culturelles d’Aquitaine en 1992, il mit en place une politique culturelle d’État en étroit partenariat avec les collectivités locales, et avec comme préoccupation de valoriser la place de la culture dans les politiques de la ville et des territoires ruraux. Ce « militant de l’action culturelle », connu sous le pseudonyme de Doc Kasimir Bisou, a participé à plusieurs projets sur le devenir des politiques culturelles et sur les légitimités dans lesquelles elles s’inscrivent. En Bretagne comme en Aquitaine, il fut par ailleurs à l’origine de nombreuses réalisations concernant les musiques amplifiées (RAMA, festival d’Uzeste, Rencontres Trans Musicales de Rennes…).

 

___________

Notes

[1] On doit considérer que les identités des personnes sont « variées, plurielles et dynamiques », comme le dit la Déclaration universelle sur la diversité culturelle de 2001.

Voir site Unesco :

http://portal.unesco.org/fr/ev.php- URL_ID=13179&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

[2] Voir la déclaration sur le site http://www.unifr.ch/iiedh/fr/publications/declaration

[3] Ce qui est étonnant c’est que le législateur français continue en 2013 à réduire la culture à des offres de produits sur les territoires (voir par exemple la commission des affaires culturelles sur la loi de décentralisation :

http://www.assemblee-nationale.fr/14/rapports/r1207.asp)

[4] Voir le précieux enseignement d’Alain Renaut dans « l’Humanisme de la diversité » éditions Flammarion.

[5] Voir l’Approche Basée sur les Droits de l’Homme en développement, http://unifribourg.ch/iiedh/assets/files/DS/DS19- ABDH-3.pdf

[6] Amartya SEN « L’idée de justice » Flammarion, page 306.

[7] Pour une démonstration détaillé voir JM Lucas et Doc Kasimir Bisou « Culture et développement durable » éditions IRma 2012

[8] Selon l’expression d’Amartya Sen dans « L’idée de justice » , (disponible en collection poche Champs).

Du même auteur sur cultural-engineering.com :

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