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Une mission parlementaire va expertiser le projet d’une Exposition universelle en 2025

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A défaut des Jeux olympiques, une Exposition universelle ? En mars 2012, Jean-Christophe Fromantin, député-maire (UDI) de Neuilly-sur-Seine, bientôt rejoint par Luc Carvounas, sénateur-maire (PS) d’Alfortville, lançait l’idée d’une candidature française à l’Exposition universelle de 2025. En décembre de la même année, une association – Expofrance 2025 – voyait le jour, avec pour mission de porter la candidature (sur le modèle des candidatures au patrimoine mondial de l’Unesco). Un certain nombre de personnalités et d’entreprises, mais aussi d’organisations comme l’Association des maires de France (AMF), rejoignaient alors le projet, doté entre-temps de trois porte-parole célèbres, en les personnes de la navigatrice Maud Fontenoy, de la chef trois étoiles Anne-Sophie Pic et du mathématicien et médaille Fields 2010 Cédric Villani.

Au printemps dernier, Jean-Christophe Fromantin annonçait le lancement d’une mission parlementaire sur le sujet (voir notre article ci-contre du 11 avril 2013). Si l’annonce était un peu prématurée, elle a néanmoins fini par se concrétiser. A la demande du groupe UDI, la conférence des présidents de l’Assemblée vient en effet de décider de former « une mission d’information sur l’opportunité et l’intérêt pour la France d’être candidate à l’accueil de l’exposition de 2025 ».

La mission devrait commencer ses travaux au début de 2014. Selon l’association ExpoFrance 2025, elle permettra de « mesurer l’intérêt culturel, économique, social et diplomatique » d’organiser une telle exposition, « de le partager et d’analyser son impact en termes de croissance et de développement ». 
La France a déjà accueilli une dizaine d’expositions de ce type – les définitions varient -, mais la dernière véritable Exposition universelle sur le territoire national remonte à 1900 (celle de 1937 étant une « exposition spécialisée » internationale intitulée « Arts et techniques dans la vie moderne »).

Pour justifier une éventuelle candidature française, l’association ExpoFrance 2025 met en avant l’afflux de visiteurs – qui pourrait encore être accru par le fait que Paris est déjà la première destination touristique mondiale -, l’impact d’une telle manifestation sur l’aménagement et l’embellissement urbains, la mise en avant du savoir-faire français et l’effet de levier économique d’une Exposition universelle (avec, bien sûr, en tête l’exemple de Shanghai en 2010).
Si la mission parlementaire débouche sur un avis positif et que l’Etat reprend la démarche à son compte, la candidature officielle de la France pourrait être déposée en 2016. Après deux ans de campagne, le Bureau international des expositions (BIE) prendra alors sa décision sur la sélection du pays organisateur en 2018. Celui-ci aura dès lors six ans pour préparer l’événement. Les prochaines expositions universelles auront lieu à Milan en 2015 (sur le thème de l’alimentation) et à Astana (Kazakhstan) en 2017, sur le thème de l’énergie. Le BIE doit prochainement choisir le lieu de l’exposition 2020 entre Dubaï, Ekaterinbourg, Izmir et Sao Paulo.

Source : Jean-Noël Escudié / PCA

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Louvre-Lens, l’étude qui manquait !

La Chambre de Commerce et d’Industrie Artois a récemment lancé un appel d’offre important. Son objet, Mission d’étude dans le cadre d’un Contrat d’Etudes Prospectives (C.E.P.) « Tourisme » consécutif à l’implantation du Musée Louvre-Lens, est au cœur des préoccupations de bien des territoires qui parmi les leviers de leur développement, de leur rayonnement et de leur attractivité, ont misé ou souhaitent miser sur un équipement culturel majeur.

Mais en prenant connaissance du cahier des charges, c’est une étrange impression qui saisit le lecteur, un mélange troublant de soulagement et de stupeur.

En effet, on a d’abord des raisons de s’enthousiasmer car la description du contexte de cet appel d’offres commence par poser de façon évidente et attendue :

  • la volonté forte de décentralisation et de démocratisation culturelles de l’Etat comme un levier de développement du territoire de l’ex-bassin minier,
  • le franc succès qu’a été l’ouverture du Louvre-Lens dans ses retombées médiatiques, le niveau de sa fréquentation, le sentiment de fierté des Lensois,
  • le choix d’implantation de cette institution culturelle de renommée mondiale dans une zone où une réelle dynamique économique est enclenchée depuis une vingtaine d’années,
  • cette vitalité qui produit un effet particulièrement positif sur l’économie du bassin Lens-Hénin…

Très vite (dès le 4ème paragraphe), la présentation prend le soin de ne pas occulter d’autres aspects de la réalité locale : c’est le constat qu’une part importante de la population « est encore à l’écart du développement humain avec un chômage élevé et un manque de formation et de ressources », la grande précarité économique, la faiblesse du revenu net imposable moyen annuel par foyer fiscal.

C’est ensuite le pari qu’en renforçant la place de la culture dans l’économie locale en voulant faire du territoire autour du Louvre-Lens une destination touristique à part entière, les activités présentielles (non délocalisables) « ne pourront que croître ».

L’échelon local ne peut pas se priver d’une clientèle supplémentaire estimée à 700 000 personnes minimum par an. Tout en reconnaissant que l’offre de touristique d’agrément reste à développer, la CCI Artois considère à juste titre que le musée ne pourra radicalement changer la donne que « si et seulement si » les acteurs locaux parviennent à transformer les visiteurs du Louvre en découvreurs du territoire et à leur fournir les services correspondant à leurs attentes.

La présentation du contexte poursuit en expliquant que les institutions et équipements culturels et touristiques en mesure de fixer les publics du Louvre et de les retenir sur le territoire sont aujourd’hui plus adaptés à l’accueil de populations locales qu’à l’accueil de clientèles extérieures et que les commerçants, comme les prestataires de services publics et privés devront s’adapter aux demandes particulières des touristes s’ils veulent obtenir des retombées économiques de leur venue.

L’ampleur et le niveau des évolutions à envisager sont donc considérables mais ces évolutions sont à la hauteur du défi lancé il y a plus de dix ans maintenant.

Avec le récent classement de l’ex-bassin minier au patrimoine mondial de l’Unesco, tous les ingrédients sont réunis pour construire une nouvelle destination internationale d’agrément, en tout cas, cette volonté est clairement exprimée.

C’est là que les choses deviennent intéressantes car le cahier des charges évoque ensuite les tentatives de mise en ordre de marche des acteurs pour la construction d’un écosystème territorial qui soit en capacité de répondre à tous ces enjeux :

  • mobilisation des villes pour repenser et améliorer les espaces publics et commerciaux
  • plans de circulation, parkings, aires de déambulation
  • valorisation du patrimoine architectural
  • outils d’information, de sensibilisation et d’accueil des clientèles étrangères
  • regroupement des offices de tourisme et mise en place de toute l’ingénierie touristique nécessaire, sous la houlette de la Mission Louvre-Lens Tourisme
  • sollicitation de chercheurs de tendance et de designers de renommée internationale, de talentueux concepteurs d’événementiels, de spécialistes de l’@tourisme, de cabinets imaginatifs pour élaborer le concept de destination touristique…

On se dit, parfait, ils ont tout prévu.

Le texte se poursuit en expliquant que tout comme Le Louvre à Lens a choisi d’être le « Louvre autrement » pour innover et expérimenter de nouvelles pratiques en matière de diffusion culturelle, le territoire a souhaité initier un « tourisme autrement » en faisant des habitants ses principaux acteurs et en les mettant au cœur du développement, reconnaissant ainsi que l’appropriation par la population du Louvre et de la fréquentation touristique qu’il engendrera est la condition sine qua non pour réussir l’ancrage de ce grand équipement sur le territoire et pour que les habitants et les visiteurs s’enrichissent mutuellement.

Vers une vraie ingénierie touristique et de tourisme culturel ? il y a de quoi s’enthousiasmer.

Arrive ensuite l’énumération par le menu des études conduites ces dernières années et qui ont notamment traité des implications touristiques du projet du Louvre-Lens :

  • Le Louvre à Lens : Impacts et stratégies territoriales par ECODEV – 2006
  • Etude INSEE sur « Le Louvre à Lens : un défi culturel, sociétal, économique et urbain », collection Profils n°110 – septembre 2012
  • L’hébergement touristique dans l’Aire Métropolitaine de Lille Agence de développement et d’urbanisme de Lille Métropole –  Etat des lieux 2006
  • Etude de l’appropriation du projet Louvre-Lens par les habitants et visiteurs, Etude des publics potentiels du futur Louvre-Lens  par Public & Culture – 2006, mise à jour en 2012
  • Etude sur les pratiques culturelles et sur les comportements touristiques  des clientèles européennes et enquête sur leur perception du Bassin Minier par Ipsos – 2011
  • Etude sur les valeurs identitaires du Lensois  par Nicaya – 2011
  • Etude sur le positionnement touristique de la destination à créer par Trend Union-Studio Edelkoort – 2012
  • Etude INSEE sur « Le tourisme en Nord – Pas-de-Calais : un secteur porteur d’emplois », collection Profils n° 126

On se dit, tout est prêt.

Et c’est là qu’on ne comprend plus. Tout l’objet de cet appel d’offre de la CCI Artois vise à se soucier de ce qui semble avoir été jusqu’à présent laissé en friche. L’étude a pour objectif la recherche de l’adéquation entre qualifications de la population et l’adaptation aux nouveaux enjeux professionnels en place désormais.

Comment dans ces conditions imaginer donner corps à cette volonté de faire « autrement » si on ne s’en est pas vraiment soucié avant ?

La CCI Artois est courageuse. Enfin un acteur qui se pose dans son cahier des charges les questions qui auraient dû être déjà réglées depuis longtemps :

  • « Quel sera l’impact réel du Louvre sur le développement économique du territoire ?
  • Dans quelle mesure les habitants peuvent-ils y contribuer ?
  • Quelles pourraient être les évolutions du marché du travail imputables à l’implantation du Louvre-Lens, celles-ci pourraient-elles mettre en évidence l’émergence d’activités induites ?
  • Les formations dispensées actuellement sont-elles adaptées ?
  • Quels seraient les impacts sur les besoins en compétences ? »

Comment a-t-on pu en arriver là pour se poser si tardivement ces questions pourtant si essentielles ? Il n’est peut-être pas trop tard mais le constat est affligeant et donne hélas du grain à moudre à tous les populismes dénonçant le gaspillage de l’argent public, le mille-feuille admininistratif, la technostructure, les élus trop soucieux de leur propre mandat et l’Etat déconnecté et désengagé des territoires…

Alors que depuis des années on nous dit partout que la culture est un levier pour le développement territorial, qu’elle contribue à l’attractivité et au rayonnement des territoires, qu’elle n’est pas qu’un supplément d’âme, qu’elle fait du lien social, etc. on pourrait légitiment penser que des projets comme le Louvre-Lens permettent d’établir des principes d’action et d’organisation entre les acteurs, voire des modèles et/ou des modélisations pertinentes et surtout suffisamment efficaces pour se soucier de ces questions plus tôt.

Apparemment non.

Les CCI sont des acteurs qu’il ne faut pas que solliciter en bout de chaîne, au contraire. Elles participent d’un principe de réalité qui manque parfois à bien des projets, même les meilleurs.

Bon nombre de projets gagneraient à être pensés en amont avec les consulaires si on veut vraiment faire en sorte qu’investissements et équipements culturels soient aussi une réussite sur ces aspects. C’est d’ailleurs sur une partie de ces aspects que repose la soutenabilité de ces mêmes projets.

La culture n’est pas un secteur replié sur lui-même, elle est (et l’a toujours été) connectée à bien des domaines des activités humaines. Les cloisonnements sont aujourd’hui particulièrement préjudiciables, surtout lorsque le tourisme, le développement économique et l’emploi sont concernés. Il faut faire le pari que cette étude de la CCI Artois sera entendue avec attention et surtout suivie d’effets car, maintenant que le Louvre-Lens est ouvert, c’est une nouvelle ère qui commence. Reste à savoir si les conditions seront réunies pour un effet positif durable. Cette étude est clairement là pour dire qu’il est temps de s’en soucier, vraiment, car c’est un ingrédient essentiel pour la réussite du Louvre-Lens pour le territoire.

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Creative Broward 2020 : a plan for cultural and economic development in Broward County

The Cultural+Planning Group has been selected by Broward County to craft a 10-year Community Cultural Plan that examines diversity connected to Creative Economy, Cultural Tourism and Public Art and Design, and provides a comprehensive needs assessment, vision, draft legislation, policy framework, recommendations, strategies, funding requirements, funding sources, evaluation instrument, and benchmarks.

The vision of the Creative Broward 2020 plan is integrating cultural and economic development throughout Broward County, and based on the understanding that culture is a local resource and an economic asset, the plan draws on the unique diversity of its residents in the upcoming decade.

Here is the final report: 


More information here.

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Orléans objectif 2025

Orleans2025On peut toujours s’interroger sur le bien-fondé d’une prospective territoriale qui fait son exposition dans la dernière partie d’un mandat politique (surtout après l’exposition Orléans 2015 réalisée en 2006, l’effet miroir est saisissant) mais cela a un intérêt certain : articuler ce qui a déjà été réalisé, ce qui a été reporté, ce qui est en cours de réalisation, ce qui est programmé et ce qui s’esquisse pour le futur.

Peuvent alors se dégager en principe une vision, une stratégie, une perspective d’avenir pour tous.

Au-delà de la communication que ce genre d’exposition permet, cela fait aussi parfois office de concertation des usagers, de lieu d’échange privilégié avec les habitants et les acteurs du développement urbain (sans toutefois surestimer cette question du dialogue au-travers d’une exposition), mais c’est aussi l’occasion de faire un bilan et de comprendre (ou pas) la cohérence d’un projet politique à l’oeuvre pour le territoire.

Orléans a choisi de rendre compte des profondes mutations engagées et à venir pour lui dessiner son visage de demain, c’est en tout état de cause un exercice utile et nécessaire.

L’enjeu, ne nous y trompons pas, est d’abord de poursuivre les efforts d’investissement pour accroître l’attractivité de la ville et de son territoire car Orléans, comme de très nombreuses agglomérations, doit faire face dans le contexte difficile que nous connaissons à de nombreux défis territoriaux, démographiques, économiques et culturels, où les territoires qui auront structuré et mis en cohérence leur aménagement et leurs infrastructures avec les usagers et les besoins de ceux qui y vivent (et qui pourraient y vivre à l’avenir), seront en mesure de préserver la qualité de leur cadre de vie, leur attractivité et leur rayonnement mais aussi la soutenabilité de leur développement pour les générations futures.

En l’occurrence, la principale qualité de cette exposition est de tenter de faire la synthèse des dix dernières années et de la décennie à venir en démontrant que les grandes mutations régionales à venir permettront à Orléans de devenir un pôle d’attractivité important où la qualité de l’offre et du cadre de vie sera considérablement renforcée.

Il est en effet important qu’Orléans puisse tirer parti de sa position stratégique qui la place au premier rang des villes qui composent le grand système métropolitain du Bassin parisien, tout en étant capitale de Région.

Cette double identité est un atout, c’est indéniable. Mais en même temps, il est complexe de trouver un juste équilibre entre les deux et de parvenir à les concilier, même avec un patrimoine aussi riche et une place dans l’histoire nationale aussi exceptionnelle. On peut avoir toutes les visions d’architectes, d’urbanistes, d’infrastructures et d’équipements projetées, il convient de ne pas oublier que c’est la place donnée aux femmes et aux hommes qui vivront le territoire et aux acteurs qui feront vivre le territoire qui doit être la donnée centrale : c’est l’art de vivre le territoire et d’y vivre qui seront le liant de tout. Les équipements et les infrastructures oui, mais sans l’humain et sans être à l’échelle de l’humain, de ses besoins et de ses potentiels, c’est Brazil, c’est Playtime !

C’est peut-être là aussi un des points faibles de l’exposition, à moins que cette fois-ci il s’agisse d’un processus plus pro-actif pour impliquer plus fortement les citoyens et les acteurs à la construction et à l’animation d’Orléans dans les années à venir, une base pour un mode plus collaboratif et coopératif en somme ?

Ce qui est certain c’est qu’à Orléans peut-être plus qu’ailleurs la logique d’aménagement et de rénovation du territoire urbain ne peut pas se contenter de s’inspirer de ce qui se fait ailleurs et de lui donner une couleur locale.

En l’occurrence, le tissu culturel au sens large (particulièrement dynamique à Orléans) est un atout considérable sur lequel il conviendrait de miser plus dans cette exposition mais surtout à l’avenir. On peut notamment regretter deux choses :

  • que l’accent ne soit pas suffisamment mis sur ce qui constitue au fond une véritable « rambla » sur le mail qui relie la gare au site de la future Arena ;
  • que la ZAC Carmes Madeleine ne mise pas encore suffisamment sur son potentiel de pôle culturel, éducatif et créatif. Sa situation et sa taille sont en effet idéales pour imaginer en plein cœur de ville une opération où l’économie de la culture, de la créativité, de l’innovation et de la connaissance peut exprimer tout son potentiel pour la ville et bien au-delà.

Heureusement, tout n’est pas encore programmé et figé pour l’avenir, des projets peuvent surgir et certains d’entre eux pourront très probablement y trouver leur place. C’est en tout cas ce que cette exposition permet d’espérer : la prospective territoriale se construit au présent, il faut en être les acteurs et quels que soient les mandats politiques et leur durée, elle n’est ni une route tout droite, ni un long fleuve tranquille.

L’exposition d’urbanisme Orléans en 2025 est conçue par la Mairie d’Orléans et est présentée au Musée des Beaux-Arts jusqu’au 10 février 2013.

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La culture n’a pas de prix, mais elle a un coût !

Saviez-vous que les visites du patrimoine en France rapportaient 15 milliards d’euros à l’économie française chaque année? Peut-être pas et cela n’est guère étonnant : après trois ans d’expertise des retombées économiques des châteaux, monuments et évènements culturels, l’étude très officielle qui faisait état de ce chiffre a juste disparu, l’été dernier, du site officiel du ministère de la culture.

 

Que s’est-il passé?

Comme souvent, pour tout chiffrage conjuguant l’économie et la culture, les résultats de cette étude  ont dû « faire polémique », et la publication en ligne a été suspendue. Lors de nos conférences auprès des professionnels de la culture,  depuis deux ans,  les critiques fusaient lorsque j’en citais les résultats. « Sommes-nous devenus anglais pour que nous soyons ainsi obsédés par les résultats financiers de nos actions ? », me reprochait-on  avec gentillesse.

Et cette phobie des chiffres et d’un lien direct ou indirect avec l’économie ne concerne pas les seules retombées économiques. Les chiffres de la  fréquentation des sites culturels sont aussi très fantaisistes et pratiquement jamais à jour. La dépense publique culturelle n’est pas affichée, sauf par le biais de grandes « masses de crédits », sur le site officiel de son ministère ou pour les régions.

Bref, les français, à commencer par les acteurs de la culture, préfèrent la valeur immatérielle que nous pouvons retirer de la culture, soit l’éducation, le lien social, plutôt qu’un chiffrage précis: Combien avons-nous dépensé pour créer ce lien social ? , ou encore : Comment évaluer la différence entre les objectifs et les résultats obtenus pour chaque programme culturel? .Ces questions semblent encore hors de propos, et il n’est pas question de les intégrer dans la LOLF, Loi organique relative aux lois de finances du 2 août 2001.

Dernier exemple : la fréquentation d’un site culturel est-elle  jugée insuffisante, en regard des publics potentiels de proximité ou des touristes? Ce n’est pas grave, répond-on, C’est la qualité de la fréquentation qui compte, pas le quantitatif.

L’Intérêt Général comme critère de toute action culturelle

Comme l’Education nationale, la Culture s’est toujours appuyée sur des fondamentaux qui, s’ils paraissent étranges pour nombre de collègues étrangers, remontent historiquement à sa Révolution, et évoluent peu. L’Intérêt Général fait partie de ces basiques, né sous la Révolution (Intérêt commun) , puis rebaptisé sous Napoléon III.  Les termes furent alors utilisés pour justifier, a priori, l’expropriation  les terres nécessaires à la création de la forêt des Landes ; et l’Intérêt Général opposa en quelque sorte une priorité publique aux intérêts privés particuliers des propriétaires récalcitrants à vendre leurs terrains pour la bonne cause , celle du bien public. Peu à peu, l’Intérêt général , relativement « pratique », prit une  valeur juridique dans l’ensemble de l’action publique.

Aujourd’hui cet idéal est toujours vaillant, ayant force d’outil valable pour renforcer la « cohésion nationale », le lien social,  comme l’a rappelé la nouvelle ministre de la culture dès sa nomination. Même si par ailleurs, et, il faut le déplorer, les chiffres de la « démocratisation culturelle » sont en baisse régulière, en France, quelque soit la dépense ou la gratuité des sites.

…Et les publics français comme horizon de la transmission

La médiation culturelle, les actions de sensibilisation, la transmission des savoirs…Le « Public de proximité » est à peu près le seul concerné pour  l’accompagnement de son parcours de visite, et 99% des professionnels, mais aussi des subventions, des formations culturelles sont dédiées à cette cible des publics de  proximité. Qu’il soit prioritaire est une évidence, puisque les collectivités territoriales financent la plupart des aides et de l’accompagnement grâce aux impôts des habitants. Mais qu’une sorte d’exclusivité des publics de proximité existe en France est aussi l’une de nos « exceptions» qui handicape lourdement l’étude et l’amélioration de nos site culturels.

L’exemple du tourisme culturel

Pour mesurer ce handicap, le traitement réservé au tourisme culturel est intéressant. :

  • Pas un seul emploi n’est dédié à cette thématique au ministère de la culture (Plus de 30 000 emplois), pas un centre de ressource, pas d’ingénierie, bref, un total désert de compétences pour une industrie qui représente a minima  6% du PIB du Pays. On sait pour tant que 80% des motivations des touristes étrangers, pour la visite de la France, proviennent de l’image culturelle de notre pays ;
  • L’Enquête sur les Pratiques Culturelles, créée depuis les années 80 et renouvelée chaque année, n’a concerné que les seuls publics français, alors que la plupart des musées et des monuments, mais aussi les grands festivals ou Biennales d’art ont une forte majorité de publics touristiques,  dont 40% de touristes étrangers.

Se priver de la majorité des visiteurs dans les études de fréquentation est tout de même  étrange. Comment faire des progrès lorsque l’on ignore les profils, les comportements, les attentes et les provenances des visiteurs ?

Une embellie ?

Ces dernières années –  et le Forum d’Avignon, avec ses objectifs, ses débats, ses ambassadeurs, la qualité des études mises en ligne y est pour beaucoup, – les rapports conflictuels entre Economie et Culture se sont améliorés.

Les causes en sont multiples (Impact de la crise financière ; renouvellement générationnel ; nouveaux impératifs de politiques plus redistributives…)  mais les signes d’une renaissance sont là, avec  :

  • Un retour en force de l’évaluation ;
  • De nouveaux champs d’études passionnent les acteurs de l’administration culturelle, à commencer par l’influence et les usages du numérique dans le champ culturel ;
  • Des régions, des Villes ont adhéré au schéma de conception et d’organisation des Creative Cities et des régions créatives,  comme la région Rhône-Alpes, le Grand Lyon ou les départements de la région Midi-Pyrénées. La Ville de Nantes a aussi fusionné, début 2011, ses deux Services « Culture et Tourisme », en créant le Voyage à Nantes, à la fois dédié aux nantais et aux habitants du monde entier.
  • Les pratiques collaboratives et participatives – retours d’expériences ; avis sur les réseaux sociaux, intelligence collective pour la Recherche…- mettent à mal les hiérarchies pyramidales de la décision, au profit de regards pluridisciplinaires ;  la Culture, dans cet échange de compétences, accorde moins d’importance au clivage historique » secteur public/secteur privé  et celui des entreprises ».

Notre pays est donc sur la bonne route, celle qui rejoindra le concert des pays du monde entier, pour répondre à cette passionnante question que se pose tout visiteur, français mais aussi étranger,  au seuil de sa visite d’un site culturel « Que dois-je comprendre ? ».

Evelyne Lehalle*

Article publié pour le Forum d’Avignon 2012, cliquez ici.

*Evelyne Lehalle est membre historique de Cultural Engineering Group. Consultante senior spécialisée dans les instituions muséales, les stratégies culturelles et touristiques, dont le parcours est particulièrement riche, Evelyne Lehalle a notamment été responsable culture d’Odit France (aujourd’hui Atout France), responsable à la direction des musées de France et au ministère de la culture, responsable à la direction des musées de la Ville de Marseille. Elle dirige depuis 2009 Nouveau Tourisme Culturel, dont le blog est également partenaire de Cultural Engineering Group.

Du même auteur :

Retrouvez également toutes les contributions d’Evelyne Lehalle sur son blog Nouveau Tourisme Culturel.

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