Cultural Engineering Group

Services & Ressources en ingénierie culturelle

Comment valoriser et donner toute sa place à un groupe d’individus dans leur ville ?

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A FLEUR DE NOTES est une association citoyenne qui mène des actions culturelles et pédagogiques depuis 2009, avec l’aide d’artistes de renommée internationale vivant en Europe. Ses actions sont les fruits de rencontres de femmes et d’hommes, de leurs compétences et de leur passion pour la culture et ses formes d’expression. Elle s’engage notamment auprès des jeunes des publics dans le cadre de projets à forte dimension inclusive, avec la musique classique pour principal medium.

Parmi les différentes expériences récemment conduites par l’association, notre projet MUSIBUS EUROPE a permis l’organisation d’un atelier mené à Tours. Ce fut une aventure remarquable, démontrant que l’exigence artistique est un formidable vecteur de développement personnel et collectif.

Nous parlons d’enfants de CM2 et de Seconde qui font partie de l’Institution Marmoutier. Leur Directeur, Bruno Dolhem, a souhaité travailler sur la créativité des élèves et sur son expression dans la Ville.

Nous parlons également de trois jeunes du CRR de Tours, tout juste diplômés en instruments de cuivre, que nous avons sélectionnés pour accomplir une démarche de professionnalisation : accompagnés par deux musiciens aguerris, ils allaient constituer le QUINTETTE MUSIBUS.

L’actualité de la Ville de Tours en 2015 prévoyait l’ouverture d’une année de festivités, à l’occasion du 1 700-ème anniversaire de la naissance de Saint Martin de Tours, qui est aussi une figure citoyenne de l’Europe. L’association a donc conçu un atelier musical et pédagogique sur le thème de Saint Martin, dont les enfants ont choisi un épisode de la vie.

Ils choisirent celui où Martin, après avoir refusé de devenir Evêque de Tours, et alors qu’il vivait à Poitiers, rentra vite à Tours croyant un membre de sa famille mourant. C’était un heureux traquenard organisé par la population, qui permît de « couronner » Martin, malgré lui.

La conception des grandes lignes de l’atelier a été assurée par le comité artistique et pédagogique de l’association, dans une démarche citoyenne. Son contenu a été précisé dans une note d’intention pédagogique écrite par le brillant compositeur Sylvain Griotto.

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En deux mois, les élèves de Marmoutier devaient eux-mêmes construire successivement les étapes qui suivent, accompagnés par Sylvain Griotto : trois semaines pour choisir l’épisode qui les inspirait et les outils d’expression musicale adaptés à l’épisode choisi, parmi ceux proposés par Sylvain ; deux semaines pour que celui-ci compose une œuvre d’environ 8 mn pour quintette de cuivres et chœur d’enfants ; puis quatre semaines de répétitions, et deux concerts en plein centre ville devant des centaines de personnes connues et inconnues, en plein air et en salle de concert.

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Tout au long de cette aventure enjouée, les parents confiaient entendre très régulièrement leur enfant évoquer leur participation ludique à cet atelier . Le succès des deux concerts successifs et la couverture médiatique ont participé d’un sentiment d’unité très puissant et qui semble durable, plusieurs mois après l’événement, d’après les dires de leurs Professeures Mmes Monique Armandin et Claire Barret.

Vous aurez dans ce court-métrage un rapide aperçu de cette aventure. Il est à présent demandé à l’association de créer une saison musicale accompagnée d’ateliers pédagogiques plus courts et à échéances mensuelles. Sans oublier de renouveler l’expérience initiale ! A terme, l’ambition se dessine de constituer un festival itinérant, pédagogique et professionnalisant, en conservant la même exigence artistique.

Cédric Thiollet*

Coordinateur du Projet FESTIVAL MUSIBUS EUROPE

 

Plus d’informations à propos du projet ici et ici.

Pour plus d’informations à propos de l’association A FLEUR DE NOTES, cliquez ici
Contact : Cédric Thiollet

 

* Cédric Thiollet est membre fondateur de l’association A FLEUR DE NOTES, actuellement son Trésorier.

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La soirée au musée

Un rapport commandé par Bertrand Delanoë en 2010 sur le statut des musées révèle toute la lourdeur des musées municipaux. Leur lourdeur administrative est telle qu’elle étouffe les opérations de communication autour des grandes expositions, empêche toute flexibilité (notamment au niveau des horaires d’ouverture), génère du manque à gagner aussi bien en billetterie qu’en catalogues et rebute les mécènes qui ont peur de voir leur financement attribué à une autre ligne d’investissement que celle précédemment choisie…

Bref, les musées de la Ville de Paris semblent inadaptés à la visite du public. En effet, alors que ce dernier réclame des horaires plus en adéquation avec les heures de bureau, le principe du volontariat et le statut-même de ces musées empêchent toute réactivité de l’administration.

Ainsi, pour l’exposition Yves Saint Laurent au Petit Palais, les caisses fermaient à 17h15 et il n’y eut qu’une nocturne exceptionnelle le 28 août. Cependant, d’autres musées, également municipaux, comme le musée des Beaux-Arts de Lyon organisent des nocturnes une fois par mois et le statut est le même que les musées de la Ville de Paris. Alors d’où vient la différence ?

L’expérience du MBA de Lyon

Nous avons interviewé Nathalie Falgon-Defay, responsable du service culturel du Musée des beaux-arts de Lyon, à ce sujet.

L’idée des nocturnes date de la rentrée 2009. Le service culturel souhaitait à l’époque cibler les jeunes actifs et les familles d’une façon différente, de manière à ce qu’ils puissent pleinement vivre et découvrir les collections du musée tout en étant détendus. Le musée avait déjà tenté précédemment des nocturnes avec une ouverture simple des expositions, c’est-à-dire sans animation spécifique. Malheureusement, ce fut un échec. Le public se déplaçait pas ou peu.

Du fait de l’animation actuelle des expositions, le visiteur est complètement pris en main par l’équipe du musée. Les animations se succèdent. Deux horaires sont prévus le vendredi soir : 18 et 22h de façon à aider à la circulation du public, le dernier nocturne a en effet vu se déplacer 500 personnes !

Comment se déroulent ces soirées au musées ?


Chaque nocturne a pour but de faire découvrir une partie de la collection du musée. Le public est par conséquent concentré dans un espace (en gros 1/3 ou 1/4 du musée). Les galeries ouvertes au public pour chaque soirée obéissent à une cohérence chronologique, notamment, cohérence que l’on retrouve dans le fil conducteur des animations via la lecture de contes ou encore l’intervention d’artistes. Ces soirées amènent le public à découvrir la collection et la valoriser autrement.

Par exemple, le département des objets d’arts et du médailler, un département très peu visité et connu du grand public, a fait l’objet d’un nocturne dernièrement, le fameux où 500 personnes se sont déplacées !! La thématique menait le visiteur sur les chemins d’Orient. Comme quoi l’invitation au rêve et au voyage déplace les foules !

L’entrée est à tarif unique : 5€ (sauf pour les publics bénéficiant de la gratuité). Il n’y a aucune réservation préalable, suite aux lourdeurs de gestion en amont lors des précédentes expériences. Les interventions et les animations sont brèves : pas plus de 30 minutes de façon à ce que les visiteurs puissent visiter les collections sans s’appesantir.

Il y a toujours un intervenant extérieur au musée (musicien, comédien, conteur, spécialiste de l’histoire de la photographie…) ainsi que deux médiateurs-conférenciers du service des publics. Chacun d’eux choisit une oeuvre autour de la thématique préalablement définie, qu’il commente. Chaque intervention est bien entendu une interaction avec le public qui participe, pose des questions… Et enfin, de temps en temps, le conservateur en charge du département concerné présente son métier et sa collection au public.

Comment gérer ces nocturnes ?

Comme pour les musées de la Ville de Paris, le Musée des beaux-arts de Lyon est un établissement municipal à caractère culturel. La mobilisation du personnel se fait par conséquent sur le volontariat des agents du patrimoine titulaires. Par conséquent, pour chaque soirée, une dizaine de personnes entre la sécurité, la médiation et la billetterie est présente pour l’accueil du public.

Le public étant particulièrement détendu lors de ces soirées, l’ambiance est tout de suite plus conviviale, plus familiale. Selon Nathalie Falgon-Defay, cette ambiance valorise de fait les agents, le public s’intéresse autrement à la collection, s’interroge et échange avec le personnel. Par conséquent, en plus d’un objectif de développement des public atteint, les soirées participent à la communication interne et à une certaine fierté d’être agent du patrimoine au MBA.

Selon madame Falgon-Defay, « le musée devient un lieu de vie ».

Aude Mathey*

*Après plusieurs expériences en communication culturelle, Aude Mathey est aujourd’hui chef de publicité grands-comptes au Groupe Progrès. Auteure d’un ouvrage sur les musées virtuels, elle est passionnée par les domaines de la communication, du marketing et du mécénat appliqués au secteur culturel.

Retrouvez les publications d’Aude Mathey sur Culture et Communication (C&C)

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Médiation culturelle : l’enjeu de la gestion des ressources humaines

Au cours des 30 dernières années, les activités de médiation culturelle ont connu un essor continu dans l’ensemble des domaines artistiques et culturels, au sein des institutions et sur les territoires, notamment sous l’impulsion des politiques publiques de la culture, de la ville et de l’emploi. Pour autant, les activités de médiation ne constituent pas aujourd’hui un ensemble homogène ; le métier et les compétences, divers selon les établissements et les secteurs, restent peu reconnus.

Au moyen d’une méthode inédite qui se décline sous la forme de 6 configurations professionnelles, l’étude dresse un état des lieux actualisé des situations professionnelles rencontrées (contenus d’activité, statuts d’emploi, conditions d’accès et identités professionnelles) et identifie l’enjeu majeur que constitue la gestion des ressources humaines pour la professionnalisation des activités de médiation.

Over the last 30 years, work within cultural events promotion has been growing steadily in all cultural and artistic fields, within institutions and across regions, driven by public policies on cultural, civic and business life.

As such, cultural promotion now no longer covers a consistent range of activities; the profession and its related skills vary widely across institutions and sectors and with little recognition.

Using a completely new method which designates 6 separate professional categories, this study gives an up-to-date review of professional situations covered (activity, employment status, entry conditions and professional identity) and identifies the major issue of human resource management in the professionalisation of cultural promotion activities.

Source : DEPS, ministère de la Culture et de la Communication.

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Repenser la médiation, l’exemple de la Smithsonian Institution / 3

Dernier volet de la série inédite sur la médiation dans les musées par Aurélie Henry*, le présent article s’intéresse à la médiation via les technologies, la mobilité et le multimédia. Après avoir traité de l’offre de médiation et de la médiation humaine, l’auteur nous expose ici différentes formes de médiation issues de l’appropriation du multimédia et des TICE, notamment celles mises en place à la Smithsonian Institution.

Les technologies de l’information et de la communication pour l’éducation (ou TICE) sont aujourd’hui omniprésentes et les musées, et autres lieux d’éducation informelle, s’en emparent pour répondre aux attentes de publics avides de nouvelles expériences. Une offre multimédia concertée et cohérente permet de compléter l’offre de médiation humaine.  Les parcours de visites généraux sont bien souvent basés sur la lecture de cartels et l’observation d’objets. Le multimédia ouvre la porte à des contenus alternatifs et doit être envisagée différemment. La médiation par le multimédia, quelque soit la plateforme, doit être ludique. Les anglo-saxons parlent de Edutainement, contraction de Education et Entertainment. Il me semble important de proposer aux publics autre chose que de la lecture et de l’observation d’images statiques. La notion de divertissement est centrale, le multimédia doit intervenir comme une pause ludique, ce qui n’exclut pas la pédagogie et le caractère scientifique des contenus, bien au contraire.

Il existe bien évidemment plusieurs formats multimédia et il conviendra de choisir le plus approprié à l’exposition ou l’œuvre, ses publics et les objectifs pédagogiques que l’institution aura déterminés. J’aimerais commenter quelques-uns de ces formats avant de partager quelques-unes des leçons que j’ai pu apprendre au cours de ma carrière de chef de projet.

Parmi ces différents formats, j’ai eu l’occasion de travailler sur un projet de borne multimédia. La borne interactive reste le format le plus ancien et le plus familier. Proche de l’ordinateur personnel, elle est d’utilisation simple et intuitive et permet de diffuser des contenus complémentaires et d’offrir une pause interactive au cours de la visite. Grâce à un accès internet elle permet de créer des ponts avec le site Internet de l’institution.

La table multipoints, nouvelle venue dans le paysage de l’éducation informelle, ressemble à la borne interactive mais elle introduit une nouvelle dimension : le multi-usagers et la sociabilité. Avec une telle technologie le médiateur peut parier sur l’interaction entre visiteurs, qu’ils se connaissent ou non. La Smithsonian Institution, comme beaucoup, a plusieurs projets en cours mais le meilleur exemple, à mon sens, reste la table interactive du Churchill Museum à Londres.

La technologie mobile favorise quant à elle l’expérience entre le visiteur et l’œuvre en pariant moins sur la sociabilité. Par le biais d’audioguide ou de smartphone, ces technologies “de poche” permettent de distribuer du contenu multimédia à proximité immédiate des œuvres. Reste à trouver un modèle économique adapté.

Une dernière tendance plus prononcée aux Etats-Unis et notamment à la Smithsonian Institution est la diffusion de multimédia en ligne. Les sites Internet de l’institution sont peuplés avec des activités et jeux en ligne. Cela permet un accès aux contenus du musée à ceux qui ne pourront pas venir sur place pour des raisons géographiques, physiques ou sociales. Les visites des sites Internet sont ainsi dix à cent fois supérieures à celles du site physique et les missions et objectifs de l’institution peuvent atteindre un plus grand nombre de visiteurs anglophone à travers le monde.

Au cours de mon expérience comme chef de projet, j’ai pu tirer quelques leçons sur l’utilisation du multimédia dans une institution culturelle :

  • L’évaluation du projet à tous les stades de son développement est décisive ; comme l’est l’articulation entre la direction de projet et son évaluation : enquête sur les publics et analyse des résultats nourrissent le travail de chef de projet et assurent un développement harmonieux et proches des attentes des publics.
  • Le multimédia interactif favorise le processus d’apprentissage des plus jeunes visiteurs et contribue à la création d’une expérience mémorable. J’ai pu constater, par exemple, qu’un jeu de Memory, dont l’objectif premier est de stimuler la mémoire visuelle, permet aussi l’acquisition de connaissance en exposant l’usager à la fois à des images familières et nouvelles, provoquant ainsi sa curiosité et la recherche d’informations.
  • Grâce à leur concentration sur les objectifs pédagogiques et sur l’ergonomie du produit final, les médiateurs font de bons chefs de projets multimédia. Pour palier à un manque de connaissances techniques et scientifiques il est impératif de s’entourer d’une équipe d’experts. La transversalité de cette équipe garantira la multiplicité des points de vue et la qualité du produit final.

Il me semble absolument nécessaire de partager ces leçons afin de voir notre pratique mûrir et la qualité de dispositifs que l’on rend accessible à nos visiteurs s’améliorer. Vous pouvez trouver en ligne toutes les présentations que j’ai pu donner sur mon slideshare (http://www.slideshare.net/aurelihenry).

Pour revenir au chapitre 1, cliquez ici et pour le chapitre 2, cliquez ici.

Aurélie Henry est consultante en médiation culturelle. Elle a été chef de projet à la Smithsonian Institution pendant quatre ans. Après des études en histoire, histoire des arts et un DESS en Gestion des équipements touristiques et culturels, elle a travaillé pour une agence d’ingénierie culturelle à Paris, avant d’aller s’installer aux Etats-Unis. Au sein du service des publics du Smithsonian National Postal Museum, elle piloté des projets web et multimédia garantissant la qualité de l’accueil des visiteurs.

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De l’appropriation d’un objet culturel

L’appropriation est décrite comme un effort d’interprétation qui résulte d’une tension entre être affecté par l’expérience d’un objet et lui attribuer une signification. Il faut alors répondre à plusieurs questions. Quelles sont les conditions de l’appropriation ? Quelle logique en permet le déploiement ? Comment se déroule cet effort ? Quelle est la forme du résultat obtenu ? Est-ce qu’une connaissance peut s’en dégager ? Ce concept est à la base d’une école de pensée émergente au Québec, que l’on nomme les nouvelles théories de la lecture et de la « spectature ». Ces théories réactualisent le pragmatisme de Peirce et portent sur la logique au seuil de l’interprétation, ainsi que sur le résultat de l’interprétation (la figure) et sur le déroulement processuel de l’acte. Une dimension sociale leur est apportée en référant aux théories de Ian Hacking.

Voulant adopter un point de vue critique par rapport à d’autres théories de l’interprétation comme l’herméneutique et le structuralisme, l’auteur situe diverses conduites interprétatives sur deux axes de l’appropriation (excessive et insuffisante). La méthodologie inhérente à l’appropriation réside dans l’équilibre précaire entre ces deux axes. Une certaine sensibilité culturelle doit alors être acquise, ce qui implique qu’un sentiment de responsabilité accompagne les actions du spectateur soucieux de la pertinence de la figure élaborée au cours de son effort d’interprétation.

Au sommaire :

  1. Les conditions de possibilité de l’appropriation
  2. La connaissance de l’objet culturel
  3. Les nouvelles théories de la lecture et de la spectature
  4. La socialité de l’appropriation
  5. Les rapports appropriatifs et la tâche du spectateur
  6. Le contrôle des habitudes dans la sémiose culturelle

L’appropriation d’un objet culturel. Une réactualisation des théories de C.S. Peirce à propos de l’interprétation par Fabien Dumais.

Collection Communication / Editions PUQ (Presses de l’Université du Québec)

Janvier 2010 – 108 pages / 13.00 euros (format papier)

ISBN : 978-2-7605-2489-7

Source : Revue Espaces

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Repenser la médiation, l’exemple de la Smithsonian Institution / 2

Le deuxième volet d’une trilogie inédite sur la médiation dans les musées par Aurélie Henry* s’intéresse à la médiation humaine. Après avoir traité de l’offre de médiation et avant de terminer par la médiation mobile et technologique, l’auteur nous expose ici différentes formes de médiation mises en place à la Smithsonian Institution qui se distinguent d’une offre de médiation qui a bien souvent du mal à se renouveler.

Dans le cadre d’une politique de médiation complète et afin d’offrir aux publics une expérience mémorable et éducative, la médiation humaine reste essentielle. Elle prend cependant trop souvent la forme d’une visite conférence au cours de laquelle la relation entre conférencier et visiteurs reste verticale. Certains musées proposent des alternatives sous forme de visites ludiques ou théâtralisée, de visites contées ou musicales, mais le format reste le même, et la relation entre médiateur et visiteurs, verticale.

Répondre à ces attentes représente un défi pour les musées. Si l’on crée de nouveaux formats, il faut aussi créer les outils qui les accompagnent : recrutement, formation et accompagnement des conférenciers dans la conduite du changement. Quels nouveaux formats proposer et comment les mettre en place ? Voici certains formats proposés par la Smithsonian Institution.

Une option facile à mettre en place (car proche de ceux existant déjà) est la « visite conversation ». La visite est très courte – une vingtaine de minutes – et le médiateur ne suit pas un script. Le médiateur (ou docent à la Smithsonian Institution) accueille un groupe d’une quinzaine de visiteurs au maximum et commence par faire connaissance avec son groupe avant d’introduire brièvement les objets puis de mener la conversation entre visiteurs.
Ce format présente plusieurs avantages : il est plus léger et plus reposant pour le conférencier ; le dialogue est enrichissant et lui permet de nourrir ses prochaines visites. Chaque visite étant plus courte, on peut on programmer plus sans avoir besoin de plus de personnel. Enfin, les techniques de conduite de conversation sont, si elles ne sont pas déjà maitrisées par les conférencier, très facile à apprendre et à déployer.

Une variante du format précédent est la visite centrée sur un objet (Gallery Cart). Le médiateur est posté dans une galerie avec un objet intriguant – au Air and Space Museum, il peut s’agir d’une roche en provenance de l’espace. De cet objet naît la question : « qu’est ce que c’est ? » Et le dialogue s’engage entre médiateur et visiteurs : « Touchez cette roche qui vient de l’espace et imaginez le chemin qu’elle a pu faire pour venir sur la terre… » Cette courte interaction permet aux visiteurs de poser des questions et de découvrir une porte d’entrée originale au phénomène des météorites dans notre exemple. L’objet sert de brise glace pour le médiateur et incite le visiteur à engager le dialogue. L’interaction très courte est concentrée autour de l’objet mais elle peut être le point de départ d’un dialogue plus poussé, au gré des rencontres.

Une autre manière d’inventer de nouveaux formats est le mélange des genres : nous avons, par exemple, essayé d’apporter des éléments de type « atelier » à la visite. Au cours d’une visite thématique de quarante cinq minutes, le médiateur propose aux visiteurs de dessiner un objet– non pas pour le reproduire, mais pour apprendre à regarder. Le simple fait de faire quelque chose ensemble introduit une toute autre dimension à la visite et une dynamique différente en favorisant les conversations. Les visiteurs peuvent ainsi garder leurs croquis comme souvenir de leurs visites. Ce format ne nécessite aucun savoir faire artistique particulier pour le médiateur, si ce n’est un intérêt et une envie de déployer ces techniques et de savoir instaurer une atmosphère où chacun des participants se sent libre de partager sa créativité.

Chacun de ces formats est adaptable en fonction des différents types de publics : enfants, scolaires ou individuels, adultes, familles et handicapés. En français, en anglais mais aussi en chinois, russe, espagnol, italien…

Dans le cadre de la mission, l’offre de « médiation 2.0 » devra être mise en place en collaboration avec les conférenciers : travailler ensemble pour garantir au visiteur une expérience mémorable.

Aurélie Henry est consultante en médiation culturelle. Elle a été chef de projet à la Smithsonian Institution pendant quatre ans. Après des études en histoire, histoire des arts et un DESS en Gestion des équipements touristiques et culturels, elle a travaillé pour une agence d’ingénierie culturelle à Paris, avant d’aller s’installer aux Etats-Unis. Au sein du service des publics du Smithsonian National Postal Museum, elle piloté des projets web et multimédia garantissant la qualité de l’accueil des visiteurs.

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Repenser la médiation, l’exemple de la Smithsonian Institution / 1

Aurélie Henry*, nous propose une série inédite en trois parties sur la médiation dans les musées. La première sur l’importance de la mission pour soutenir l’offre de médiation et les deux suivantes sur les détails de l’offre de médiation en examinant d’abord la médiation humaine puis la médiation mobile et technologique (application iPhone, Smartphone, guides multimédia, tables multitouch, etc.)

La visite d’un musée est une expérience esthétique intime entre le visiteur et les œuvres,  un enrichissement personnel au contact des objets.  Mais elle peut parfois être frustrante. Le musée sans médiation ressemble à un buffet sans couverts : certains audacieux vont manger à pleines mains mais la plupart ne vont pas oser y goûter et vont être frustrés devant tant de plats appétissants hors de leur portée.
Les outils de médiation doivent fournir les couverts : les informations nécessaires à une expérience agréable et enrichissante.

La médiation doit évoluer, les visites guidées, les ateliers et audioguides instaurent une relation verticale entre l’institution et ses visiteurs. Ces formats doivent maintenant répondre aux attentes de publics avides de relations horizontales et décentralisées, en devenant plus souples et plus participatifs. Internet, les réseaux sociaux et l’offre multimédia permettent de créer et d’entretenir une relation différente avec les publics. L’utilisation de ces outils doit être au service d’une politique articulée autour d’objectifs clairement définis par l’institution. Cette méthode a déjà porté ses fruits et la plupart des musées américains ont une mission précise et accessible à tous.

Répondre à ces attentes représente un défi pour les musées. Le manque de temps, de moyens ou de personnels qualifiés sont des obstacles et c’est souvent l’offre de médiation dans son ensemble qu’il faut repenser. Il ne s’agit pas de tout changer : certaines initiatives, comme les visites contées ou les ateliers en famille sont excellentes, mais leur agrégation ne constitue pas une offre de médiation cohérente.

Il est donc nécessaire de réfléchir plus largement à l’expérience du visiteur en commençant en amont : préparation de la visite grâce au site Internet du musée, réservation en ligne, déplacement jusqu’au musée ; mais aussi en aval, en trouvant des moyens de prolonger le contact après que la visiteur a quitté le musée.

Une connaissance intime de ses publics permet au médiateur de développer une offre cohérente et adaptée à son institution. Du site Internet au guide multimédia, en passant par les bornes d’information et la signalétique, la billetterie et la boutique : et si nous regardions nos musées à travers les yeux de nos visiteurs ?

Pour cela, les institutions américaines et notamment les musées de la Smithsonian Institution répondent d’abord aux questions suivantes :

  • Qui sommes nous ?
  • Quelle est notre mission ?
  • Quel est le message que l’on veut que chaque visiteur retienne après sa visite du musée et/ou de notre site Internet ?

Les réponses à ces questions simples ne sont pas toujours évidentes. Elles constituent cependant la base du travail et doivent ensuite être traduite en objectifs. A chaque nouveau projet l’équipe de développement se réfère à la mission et avant de finaliser toute décision financière, les administrateurs de la Smithsonian Institution demandent comment le projet s’inscrit dans la mission de l’institution. Le médiateur peut alors s’y appuyer pour créer une offre de médiation complète et offrir aux publics un choix de visites, ateliers et guides multimédia adaptés. Chacun de ces éléments sera, pour reprendre la métaphore du buffet, le couteau ou l’assiette nécessaire à une expérience satisfaisante dans nos institutions.

Aurélie Henry est consultante en médiation culturelle. Elle a été chef de projet à la Smithsonian Institution pendant quatre ans. Après des études en histoire, histoire des arts et un DESS en Gestion des équipements touristiques et culturels, elle a travaillé pour une agence d’ingénierie culturelle à Paris, avant d’aller s’installer aux Etats-Unis. Au sein du service des publics du Smithsonian National Postal Museum, elle piloté des projets web et multimédia garantissant la qualité de l’accueil des visiteurs.

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