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« Rien ne va plus » pour la Villa Méditerranée

La controverse autour du casino et de la Villa Méditerranée est finalement apparue pour ce qu’elle est : bidon. Pour autant, elle a soulevé, en creux la question de l’avenir des politiques internationales de la Région et de la crise des politiques méditerranéennes à Marseille.

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Ce mercredi, au micro de France Inter, Jean-Claude Gaudin a mis fin à dix jours de polémique sur le supposé projet de transformation de la Villa Méditerranée en casino. Reprenant un argument connu, et répété sur les bancs socialistes, le casino ne s’y fera pas « parce qu’il n’y a pas la place ».

Cette controverse autour du casino et de la Villa Méditerranée apparaît donc pour ce qu’elle est : bidon. Pour autant, elle a soulevé, en creux, une question qui m’est familière* : quel avenir pour la politique internationale de la Région ? Ou pourquoi les luttes autour de ce bâtiment sont révélatrices de la crise des politiques méditerranéennes à Marseille.

Retour sur une polémique. Le 17 septembre dernier, Jean-Claude Gaudin déclare à La Provence : 

« J’ai le sentiment que la Région, qui est propriétaire, serait favorable à ce que l’on transforme la Villa Méditerranée en casino ».

La position de la mairie n’est pas neuve. En mai 2015, elle évoquait la possibilité d’installer un casino sur le front de mer rénové par l’expérience de la Capitale européenne de la culture. Le site envisagé n’était alors pas la Villa Méditerranée, mais le J1. Slate expliquait alors que « le futur casino était le symbole de la transformation de la ville » Le résultat de l’appel à projet du Port concernant le J1 a donné les clés à la municipalité mais les réflexions sur le sujet sont toujours en cours.

La Villa Méditerranée sous le feu des critiques

Depuis, l’alternance à la présidence de la Région a redistribué les cartes. La Villa Méditerranée serait disponible. Le successeur de Michel Vauzelle (PS), Christian Estrosi (LR) qui avait lancé un audit (au passage, jamais rendu public) dès son entrée en fonction pour décider des futures orientations du bâtiment, se précipite sur l’occasion pour affirmer son souhait de « vendre ce bâtiment » et se délester des presque 4 millions d’euros annuel de frais de fonctionnement. Dépourvue de politique internationale, son ambition pour la Villa Méditerranée a au moins le mérite de la clarté : la rentabilité.

Et si elle ne passe pas par la location, il souhaite la vendre sans état d’âme. Le Président Estrosi désigne même un futur « acquéreur prioritaire » : la municipalité. Renaud Muselier, le premier vice-président « délégué à la coordination des politiques publiques » affirme dans un zeugma qui n’a apparemment rien d’ironique qu’…

« un casino amènerait de la vie et de l’argent ».

Les réactions se sont dès lors multipliées pour dénoncer ce projet de casino.  Benoit Payan, le président du groupe socialiste au conseil municipal demande ironiquement :

“Et pourquoi pas un bar-PMU dans une école maternelle ?”,

Un texte publié dans La Croix et signé par des élus et des intellectuels s’y oppose vigoureusement et dénonce :

«  Deux visions [qui] s’opposent là clairement. D’un côté le monde de l’argent facile, du jeu, du divertissement, de « l’entertainment » abrutissant, celui des casinos. De l’autre, une conception de l’action publique appuyée sur la réflexion, l’analyse, l’écoute des positions contradictoires, qui sont au fondement, depuis la Grèce antique, de toute démocratie. »

Sans surprise à droite, on défend le projet de casino, et on en profite pour attaquer la Villa Méditerranée. Selon Dominique Tian (LR), le premier adjoint du maire :

« Quant au choix de la Villa Méditerranée, j’écoute les opposants expliquer qu’ils refusent qu’on abandonne cet espace dit ‘culturel’. Mais dans les faits, ce site est tout sauf culturel ! C’est une véritable escroquerie intellectuelle de le qualifier ainsi ! On parle là d’un bâtiment extraordinairement coûteux, qui a été payé 60 millions d’euros par le contribuable et continue à coûter 7 millions d’€ par an pour rien ! Une somme qui pourrait être économisée s’il est loué au privé. Et oui, je trouve que cet endroit à La Joliette est idéalement placé pour un tel établissement »

Plus étonnant, à gauche, on trouve même parmi les opposants au projet de casino, une critique implicite de cet équipement. Si l’on suit Jean-Marc Coppola, chef de file du Front de gauche au conseil municipal et ancien président du comité régional du tourisme :

« Oui, bien sûr, on aurait dû et il faudrait démocratiser davantage ce bâtiment qui a coûté 70 millions d’euros, l’ouvrir au public et, pourquoi pas, le rendre culturellement complémentaire du MuCEM. »

Cette polémique puise ses racines dans une histoire déja longue de controverses autour de la Villa Méditerranée. Les critiques portent systématiquement sur son coût, sa construction (environ 70 millions d’euros) et son fonctionnement (3,7 millions d’euros par an environ, soit deux fois moins que ne le prétend Dominique Tian) ; et sa fonction, incertaine. Pour ceux qui travaillent dans les politiques internationales des collectivités territoriales ou réfléchissent à leurs enjeux, ce n’est pas évident, alors pour les autres…

Sur la question du coût, les 70 millions d’euros de construction imputés exclusivement au budget régional peuvent en effet paraître conséquents. Ramené aux dépenses d’investissement du conseil régional, (environ 500 millions d’euros en 2010), le coût de la Villa Méditerranée a représenté  14 %, et trois ans ont été nécessaires à sa construction. Si l’on se tourne vers les fameux frais de fonctionnement, les 3,7 millions d’euros représentent 0,4% environ des dépenses de fonctionnement (environ 970 millions d’euros en 2015). Certes, entre 2010 et 2012, le montant était plus proche des 7 millions d’euros que des 4, mais, dans le même temps, le budget consacré au fonctionnement était plus élevé (environ 1,3 milliards).

Reste la question du rôle et de la fonction de la Villa Méditerranée. Michel Vauzelle a sans doute fait preuve d’une pédagogie incertaine et n’a jamais réussi à articuler les deux dimensions de son ambition : offrir l’édifice à une introuvable « société civile » euro-méditerranéenne, au service d’un tout autant improbable « soft power » régional.

En avril 2013, j’avais consacré un billet de mon défunt blog (Marseille Internationale) à cette question : « la Villa, caprice dispendieux ou instrument de soft power ? ». À l’époque, déjà, la Villa faisait l’objet de moqueries. Elle était présentée dans la presse régionale et par les adversaires politiques du Président Vauzelle comme une dépense inutile et une institution fantôme, reflet de la mégalomanie de son fondateur. La « Villa Vauzellia » n’aura jamais su dépasser les critiques initiales.

Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. Tout d’abord, dès son origine, un discours d’institution de la Région à la fois vague et grandiloquent qui présentait cet équipement comme « un lieu de pouvoir de la société civile » et un instrument d’exercice de soft power régional dont l’enjeu était d’aider à « la paix et à la prospérité » en Méditerranée. Rien que ça. Avec un résultat, donc, pour le moins mitigé.

L’une des ambiguïtés originelles de l’équipement tient paradoxalement aux opportunités que lui avait offertes les festivités de la Capitale européenne de la Culture. Vauzelle le reconnait dans l’interview qu’il a accordé à La Provence pour défendre « son » bâtiment face à la menace du projet de casino :

« Et pendant cette année-là [2013, ndla], naturellement, la Villa, a été happée – et c’était notre devoir – par ce côté culturel. C’est pour cela qu’on a cru qu’à côté du Mucem, il y avait une annexe avec une forme un peu étrange qui était une sorte de petit Mucem. »

En effet, en menant nos enquêtes sur les publics et les pratiques culturelles dans MP2013 avec les collègues de l’Université Aix-Marseille, on s’était rendu compte qu’un certain nombre de touristes étaient surpris de constater qu’ils ne pouvaient pas rentrer dans la Villa Méditerranée avec leur billet estampillé MuCEM. De même, la programmation de cette première année à la Villa Méditerranée était sans doute trop marquée par des expositions et des conférences « culturelles ». Les parcours d’exposition, par ailleurs très coûteux, ont progressivement laissé la place à l’organisation de séminaires présentant les résultats de projets internationaux et pour lesquels la Villa Méditerranée devait servir de vitrine dans le but de faire de Marseille un lieu stratégique pour la coopération dans la région. Mais l’ambiguïté de départ n’a jamais été levée.

L’internationalisation des politiques régionales et la Villa Méditerranée

La « vocation » de la Villa Méditerranée était pourtant d’incarner l’internationalisation de la Région. Pour le dire autrement, le bâtiment, à l’architecture audacieuse, était supposé être adossé à la politique internationale de la Région et représenter physiquement l’existence et le dynamisme de cette action diplomatique menée par le Conseil régional. Depuis le début des années 2000, la Région avait  réorienté sa coopération décentralisée traditionnelle fondée sur l’aide au développement de partenaires du Sud au profit d’une intégration plus poussée de sa politique internationale dans les circuits européens et dans les enjeux diplomatiques.

A-t-on oublié qu’avant de prendre son nom à la tonalité « Médicis », l’équipement devait s’appeler , le « Centre régional pour la Méditerranée (CeReM) » ? Si l’on devait croire les présentations de l’époque, il serait devenu  :

« Le lieu de toutes les expressions du monde méditerranéen contemporain [et] le symbole du dialogue entre les cultures, du partage des connaissances et des techniques ».

En 2008 et en 2009, en amont du projet de construction de la Villa Méditerranée, la Région, sous l’impulsion du Président Vauzelle qui a fait des questions internationales, son « domaine réservé », vote deux délibérations : une « Stratégie internationale » et un « Plan d’action pour la Méditerranée ». Ces deux textes adaptaient les partenariats existants de la Région en Méditerranée au contexte géopolitique européen marqué par le lancement de l’Union pour la Méditerranée (UpM), la mise en place de l’Instrument européen de voisinage et de partenariat et plus généralement les négociations autour du cadre financier 2014-2020.

En avril 2014, enfin, un an après l’inauguration de la Villa Méditerranée, la Région adoptait un troisième texte, la « Nouvelle stratégie internationale » qui visait cette fois à prendre acte de l’échec de l’UpM et des crises, tant au Nord qu’au Sud. Sans rentrer dans les détails de ces documents, ils témoignent de la capacité d’adaptation de ce que j’appelle la « diplomatie décentralisée » face aux soubresauts des contextes et des déséquilibres internationaux.

Que vient faire la Villa Méditerranée dans cette affaire ? Premièrement, elle était sensée dépendre étroitement de cette politique internationale et offrir une vitrine à celle-ci, en rendant visible l’ambition de la Région. Parce que des politiques publiques s’ancrent matériellement dans des bâtiments qui les font exister, en partie. L’action publique prend toujours une dimension physique et sensible. C’est là, la première fonction de la Villa.

L’ex-Président Vauzellle justifie l’existence de sa Villa Méditerranée pour défendre la position du territoire marseillais dans la compétition internationale, mais aussi et surtout pour affirmer sa contribution possible dans la résolution des crises internationales. Une contribution qui pourrait être alternative aux mesures sécuritaires mises en oeuvre par les États :

« Dans une région de 5 millions d’habitants, cette cause noble le valait bien pour cesser ce complexe face à Barcelone. Face au terrorisme, aux réfugiés, au racisme, il faut peut-être arrêter de se dire qu’il faut se protéger avec des escadrons de gendarmerie et aller au contact du problème social et culturel. Notamment sur la description d’un islam qui choque les musulmans qui vivent ici et dans les pays du Maghreb. C’est le moment où la Villa doit servir à la paix en Méditerranée »

C’est ainsi, au sein de la Villa Méditerranée, que le Président Vauzelle accueillait depuis 2013, ses homologues euro-méditerranéens afin d’entretenir et de mettre en scène le dialogue politique entre les élus locaux et régionaux. Et celui-ci s’appuie comme tout acte diplomatique sur une parole. Dès lors, l’équipement est devenu progressivement un lieu dédié à des conférences. Un coup d’oeil à l’agenda actuel et on observe des réunions publiques sur les religions, la Turquie ou la Syrie.

Par ailleurs, ce dialogue ne se limitait pas à une coopération horizontale mais visait aussi, à partir d’une coordination transnationale, à exercer un lobby en direction des États et de la Commission européenne pour qu’ils infléchissent leur politique méditerranéenne, et au passage qu’ils augmentent leur financement. C’est dans ce cadre par exemple que se tiendra, au sein de la Villa Méditerranée, le 28 octobre prochain, le Dialogue 5+5 du nom de la réunion des Ministres des affaires étrangères des États d’Europe du Sud et d’Afrique du Nord.

On trouve ici le deuxième sens (davantage qu’une fonction ou qu’une utilité), de la Villa Méditerranée. Elle abrite en effet une agence qui travaille au cadrage, à la mise en œuvre et au suivi de ces politiques : l’Agence des villes et territoires méditerranéens durables (AViTeM). Or, cette agence ne vise pas seulement à monter des projets techniques de coopération internationale, mais aussi à contribuer à l’entretien d’un dialogue politique. En résumé, Vauzelle parlait de « diplomatie participative » voire de « diplomatie de proximité et de projets » dont la Villa Méditerranée devait fournir la vitrine.

Anticipant l’alternance politique, la Villa Méditerranée est en apparence sortie du strict giron de la Région pour rejoindre le 1er janvier 2015 le Groupement d’intérêt public (GIP) AViTeM. Cet accord se traduit par la mise à disposition de la Villa Méditerranée au sein de l’AViTeM, qui selon ses statuts :

« … vise à contribuer à la cohérence de la politique méditerranéenne de la France et à affirmer le rôle du territoire de Provence-Alpes-Côte d’Azur comme relais et acteur de cette politique. »

« En apparence », dans la mesure où la Région demeure l’unique contributeur financier du GIP. La Charte ne prévoit aucune participation de l’État qui se contente de mettre à disposition un fonctionnaire détaché du Ministère des Affaires étrangères (MAE). Si la Région devait cesser de financer l’AViTeM, l’Agence disparaitrait aussitôt.

La Villa Méditerranée, par le truchement de l’AViTeM, porte et manifeste l’ambition de bâtir une politique méditerranéenne nouvelle pour la France et l’Europe et qui serait portée à l’échelle des territoires régionaux, d’une part, et depuis Marseille, d’autre part. C’est ainsi que s’inscri(vai)t la volonté répétée de Michel Vauzelle de voir s’installer à Marseille, au sein de la Villa Méditerranée, la Délégation interministérielle à la Méditerranée (DiMed) afin de faire de cette ville « un pôle de projection de la politique de la France en Méditerranée ».

C’était le sens de l’une des propositions de son rapport sur la « Méditerranée des projets » remis au Président de la République en octobre 2013. En négociation fin 2013 et début 2014, le projet de délocalisation de la DIMed échouera lorsque le MAE parviendra à rapatrier dans le périmètre de son administration cette structure qui perd, de fait, son statut interministériel. Or, il ne sera jamais question pour Laurent Fabius de délocaliser une partie de son Ministère bien arrimé au Quai d’Orsay. De ce point de vue, l’impasse dans laquelle est plongée la Villa Méditerranée n’est pas sans lien avec l’effondrement de la politique méditerranéenne de la France et plus largement de la coopération euro-méditerranéenne qui n’est pas parvenue à accompagner les Révolutions arabes du printemps 2011.

Mais si la Villa Méditerranée n’était pas indexée à la politique méditerranéenne du MAE, elle n’avait de sens qu’en étant solidement ancrée à la politique méditerranéenne du Conseil régional.

Et c’est ce qui devrait interpeller encore davantage que la chimère du casino. Où est la politique internationale de la Région PACA depuis l’alternance ? Qu’en est-il des ambitions méditerranéennes portées par Christian Estrosi et son exécutif ? Sait-on que le vice-président délégué à l’international est le député Bernard Deflesselles (LR) qui n’a jamais pris une quelconque position sur les questions méditerranéennes ? N’y a-t-il pas, face à la seule opposition frontiste, une voix à porter en direction de cet espace ?

En mai 2014, lors du débat portant sur l’adoption de la Nouvelle stratégie internationale, la prise de position de la droite laissait entrevoir son opposition à l’ambition méditerranéenne de la Région version Vauzelle. L’un des orateurs la réduisait à une « priorité de communication » pour critiquer le choix des territoires de coopération ; pour mémoire, la Région avait noué des partenariats sur la rive Sud de la Méditerranée avec la Région de Tanger-Tétouan (Maroc) laWilaya d’Alger (Algérie), les Gouvernorats de Tunis et de Kasserine (Tunisie), celui d’Alexandrie (Egypte), les Unions des municipalités de Tyr (Liban) et de Jezzine (Liban), le Gouvernorat d’Hébron (Palestine) et la Ville d’Haïfa (Israël).

Daniel Sperling concluait son intervention en proposant de substituer les partenariats avec des « pays qui n’en finissent plus d’émerger » par des liens avec des pays riches, en particulier les « pays d’Amérique du Nord ».

On n’imaginait pas alors qu’il songeait à Las Vegas.

* Entre 2007 et 2012, j’ai mené une enquête doctorale sur l’internationalisation du territoire marseillais : Maisetti N., Marseille en Méditerranée : récit politique territorial et sociologie politique de l’action publique locale internationale, Université Paris 1, 2012. Un ouvrage issu de la thèse est en cours de publication aux éditions Karthala.

Crédit Photo : @EricBesatti

Un grand merci à Nicolas Maisetti pour nous autoriser la diffusion de son excellent article paru sur le nom moins excellent  site Marsactu.

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Casino à la Villa Méditerranée : reculer pour mieux sauter ?

C’était mercredi sur France Inter, à la 7ème minute de l’interview de Jean-Claude Gaudin : un rétropédalage qui en dit long sur la portée possible de l’affaire de la Villa Méditerranée, Villa que la Région veut vendre et que la ville de Marseille aurait  (au conditionnel…) bien aimé transformer en casino.

 

Un rétropédalage qui se garde bien de résoudre la question du devenir et de la mission de la Villa et qui en définitive met bien plus en évidence la prise en otage de la Villa dans la confrontation entre la droite et la gauche à la Ville comme à la Région.

Ce premier round laisse perplexe compte-tenu de la quantité de coups reçus par la Villa mais qui malgré tout n’est pas K.O. Le second round est incertain.

Même si cela ne pouvait assurément pas se faire à l’unanimité, le GIP portant le projet de la Villa aurait dû immédiatement opter pour une position commune plutôt que de lancer il y a quelques mois un énième audit du projet.

Quand on dit GIP, Groupement d’Intérêt Public, on pense nécessairement à une structure d’une certaine stature, d’un certain poids, une gouvernance en ordre de marche, avec la hauteur de vue nécessaire et le souci de servir la vocation et les missions de la Villa. Le GIP n’est pas un statut qu’on choisi à la légère et qui engage, quelles que soient les alternances et équilibres politiques issus des mandats désignant les personnes publiques qui y siègent. C’est notamment là que le bas blesse.

Des solutions issues de la vocation même de la Villa Méditerranée existent et elles ont soit à peine été regardées, soit été écartées, soit volontairement occultées pour maintenir la Villa dans la pire des positions, entre le marteau et l’enclume. C’est la stratégie du pourrissement des dossiers ou pour le dire autrement, du fruit qu’on laisse volontairement murir sur la branche pour qu’il tombe de lui-même. Difficile de faire plus irresponsable et au fond, tout cela n’a rien de typiquement marseillais, car partout on a vu des équipements publics nécessiter des investissements importants mais dont on ne s’est pas suffisamment soucié de leur fonctionnement, y compris au plan bâtimentaire.

Curiosité de la chose : un pouvoir adjudicateur demande toujours aux opérateurs privés de monter des business plans avec le plus haut niveau de robustesse financière possible sous peine de l’application de clauses contractuelles qui sanctionnent lourdement les titulaires de ces contrats, y compris lorsque l’équilibre économique du contrat est menacé par les actes, les décisions (ou leur absence) côté personne publique. Pourquoi ne pas s’appliquer à soi-même ce que l’on exige des autres ?

Un GIP ça se maintient, ça se réoriente, ça se réforme, ça se transforme, ça se dissout.

La question du casino est un foulard qu’on agite. La Provence parle de « rétropédalage » de Monsieur Gaudin sur la question de la Villa Méditerranée. C’est du rétropédalage en apparence. En fait c’est reculer pour mieux sauter.

Il est grand temps de siffler la fin de la récréation et il ne faut pas attendre les prochaines élections pour cela, ne serait-ce que par respect pour les personnels de la Villa qui sont aujourd’hui à bout, malgré toute l’énergie, le talent et l’abnégation dont ils ont fait preuve jusqu’à présent.

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Un casino à la Villa Méditerranée ? Non merci !

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Jean-Claude Gaudin annonce qu’il veut faire de la Villa Méditerranée à Marseille un casino. Cette décision est plus qu’un symbole. Ce lieu, a deux pas du MuCEM, le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, a été conçu comme un espace de rencontre, de dialogue, de recherche et de compréhension mutuelle autour des enjeux éminemment complexes qu’incarne aujourd’hui la Méditerranée, et qui déchirent cet espace où vivent près d’un demi-milliard d’êtres humains.

Quels sont ces enjeux ? Précisément ceux-là même qui sont au cœur des discours de nos dirigeants politiques, dans le contexte des attentats qui ont traumatisé la Nation et qui visent à abattre la République : la question de la sécurité, celle des réfugiés, celle du rapport à l’Autre, mais aussi les questions soulevées par l’explosion démographique et urbaine de l’Afrique à l’horizon 2050 – et les opportunités économiques qu’elle représente, ou encore celle des conséquences du changement climatique, dont la Méditerranée, et singulièrement la façade française, est un « point chaud ». Car la Méditerranée concentre l’ensemble des crises que traverse le monde : crise politique, crise migratoire, crise humanitaire, crise environnementale.

Cette Villa a été imaginée par Michel Vauzelle, alors président du conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, porté par une large majorité de gauche. Elle a été inaugurée en avril 2013 par Martin Schulz, accueillant les présidents des parlements de 43 pays de la Méditerranée, venus à la rencontre de centaines de jeunes. Cette région est aujourd’hui dirigée par la droite extrême et le Front national. Cette même alliance, faut-il le rappeler, a porté Jean-Claude Gaudin à la présidence de cette même région entre 1986 et 1992, avec Jean-Marie Le Pen.

Deux visions s’opposent là clairement. D’un côté le monde de l’argent facile, du jeu, du divertissement, de « l’entertainment » abrutissant, celui des casinos. De l’autre, une conception de l’action publique appuyée sur la réflexion, l’analyse, l’écoute des positions contradictoires, qui sont au fondement, depuis la Grèce antique, de toute démocratie. Cela, évidemment, se voit moins. Ce n’est pas « bling bling », et cela ne rapporte pas d’argent directement.

C’est la noblesse et l’honneur de l’action publique, et l’argent n’est pas l’unique forme de la richesse. C’est aussi la raison pour laquelle l’État a souhaité faire de ce lieu, en nommant à sa tête un ambassadeur, la tête de pont de la de la politique française méditerranéenne, dans une logique de décentralisation – car la Villa est en effet gérée par un « groupement d’intérêt public », auquel participent non seulement la Région et la Ville de Marseille, mais aussi l’État et les deux métropoles d’Aix-Marseille et Nice.

On répondra « mais la Villa coûte cher, 4 millions d’euros par an ». Certes, le MuCEM, quant à lui, en coûte 25, et personne ne songe à dire que cela coûte cher, parce que les retombées son estimées à 125 millions et 800 emplois. Des dizaines de milliers de personnes qui ont assisté aux centaines d’événements organisés à la Villa depuis son ouverture, des personnalités de très haut niveau, universitaires, chercheurs, décideurs publics, chefs d’entreprises, chefs d’États, y sont venues du monde entier réfléchir et travailler ici, consommant, comme chaque visiteur, nuits d’hôtel, taxis, repas, visitant le MUCEM. Ainsi par exemple le succès de la MEDCop 21, où près de 2000 personnes se sont rencontrées pendant une semaine autour d’un « village des solutions », présentant les entreprises françaises en pointe sur les réponses au changement climatique. Ce concept a d’ailleurs été repris cette année par le Maroc, qui a organisé à Tanger la MEDCop 22. C’est ainsi que se mesure pour une nation la capacité d’influence, qui est désormais le véritable pouvoir.

Et quand une grande compagnie aérienne internationale utilise l’image de la Villa Méditerranée pour une publicité diffusée sur CNN, comme ça a été le cas en 2014, c’est bien l’image de toute une ville, Marseille, et de toute une région, qui s’exporte. Elle renforce ainsi son attractivité économique, et donc sa capacité à créer des emplois. Dans le contexte économique que l’on sait, Marseille a démontré une très forte résilience depuis 2008, grâce au label Capitale de la culture en 2013, grâce à sa position de pointe dans la recherche publique et privée dans le domaine de la santé et des biotechnologies, appuyée sur des centaines de millions d’investissements publics, grâce à ses sportifs de très haut niveau, grâce à la mise en place de la métropole Aix-Marseille-Provence, décidée par la gauche et, bien sûr, grâce à sa capacité d’influence diplomatique, incarnée par la Villa. Cette dynamique collective a permis la création de milliers d’emplois. La Villa en est l’une des composantes, et une vitrine internationale majeure.

C’est aussi dans ce lieu sans équivalent, que se joue la compréhension des phénomènes djihadistes en Syrie aussi bien qu’en France, parce qu’aujourd’hui, ainsi que ne cesse de le rappeler Michel Vauzelle, on ne pourra plus jamais considérer que ce qui se passe en Syrie ou en Libye relève de la seule diplomatie, et la radicalisation d’une partie de la jeunesse française relève de la seule place Beauvau. Parce que les ressorts et les conséquences de la folie destructrice à laquelle sont confrontés, à l’extérieur, le Machrek et le Maghreb, sont les mêmes que ceux qui ont frappé, et qui frapperont encore, à l’intérieur, les États-Unis le 11 septembre 2001, la France en 2015 et 2016, la Grande-Bretagne, l’Espagne, et de nombreux autres pays occidentaux. Parce que nous devons agir en connaissance de cause, en prenant des décisions dictées par la Raison, et non par des coups de communication hystériques et vains.

La décision de Jean-Claude Gaudin et de Christian Estrosi est une faute politique et une faute morale. Les forces de la Raison et de la Paix doivent refuser la loi aveugle de l’argent. Cette décision doit être vigoureusement dénoncée.

André Azoulay, conseiller du Roi du Maroc, Abdellatif Laabi, écrivain, Benjamin Stora, historien, Jean-Claude Tourret, ancien directeur de la Villa Méditerranée, Raouf Boucekkine, membre senior de l’Institut Universitaire de France, Christophe Carraud, traducteur, directeur de la revue Conférence, Claude Fressinier, responsable associatif, Pascale Gérard, directrice des partenariats et de la diversité, AFPA, Bariza Khiarl, sénatrice, Raphaël Imber, musicien ,François-Michel Lambert, député, Aurélien Lécina, cadre administratif, William Leday, élu local, Claudine Lepage, sénatrice

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Marseille en porte-à-faux

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La « Villa Méditerranée », c’est avant tout un geste architectural, formant un immense bâtiment en porte-à-faux, qui n’aura pas masqué très longtemps l’absence de programme sérieux. Si on voulait vraiment la rendre plus utile, on devrait la transformer en « Villa des enfants », sur le modèles d’équipements de ce genre qui existent ailleurs dans le monde. Les élus de Marseille et de sa région, seraient bien inspirés de penser davantage à la jeunesse, et nous montreraient qu’ils ne sont pas en porte-à-faux avec notre avenir !

La « Villa Méditerranée », c’est avant tout un geste architectural, formant un immense bâtiment en porte-à-faux, qui n’aura pas masqué très longtemps l’absence de programme sérieux. En effet, si trois ans seulement après son inauguration, la question se pose de savoir ce qu’il faut faire de cet équipement, cela démontre bien la faiblesse du projet initial. L’affaire serait donc entendue : la « Villa Vauzella » selon ses détracteurs, n’aurait été que le rêve éphémère d’un président de Région en fin de règne, Michel Vauzelle, qui voulait à tout prix graver son nom dans le marbre de la Capitale Européenne de la Culture. Mais que faire, aujourd’hui d’un bâtiment public aussi considérable et couteux à entretenir ? Devons-nous nous contenter d’hausser les épaules, quand, à leur tour, le maire de Marseille Jean Claude Gaudin et le nouveau Président de la région, Christian Estrosi, visiblement en manque d’inspiration, veulent en faire un casino ?

Du point de vue de l’urbaniste, l’implantation de la villa méditerranée interpelle. Pourquoi avoir implanté un deuxième bâtiment devant le fort Saint Jean, juste à côté de l’emblématique MUCEM, alors qu’il n’a pas du tout la même importance ? Le MUCEM, architecture exceptionnelle, véritable espace de promenade en trois dimensions intelligemment relié au fort Saint-Jean et à la ville par ses passerelles en béton, et riche des contenus culturels qu’il propose, aurait bien suffit comme unique signal urbain dans ce site d’exception. Mais puisque l’encombrant porte-à-faux est là, il faut bien faire avec. On ne va quand même pas démolir un bâtiment public qui a couté 70 millions d’euros ! Mais alors, pouvons-nous vraiment accepter que ce bâtiment sur un site historique et patrimonial majeur devienne un casino privé ? Quelle en serait l’image pour Marseille ? La culture du fric et des paillettes en porte-à-faux, faisant de l’ombre au MUCEM ? « Faites vos jeux, rien ne va plus ! » sera-t-il le nouvel adage de la Capitale Européenne de la Culture ?

Du point de vue de l’architecte, une fois passé sous l’impressionnant porte-à-faux, la déception est vite arrivée. Le hall d’entrée, malgré son immense volume, est peu accueillant. Il est encombré par deux immenses escalators qui doivent compenser la hauteur considérable pour accéder au niveau supérieur. Pour peu qu’il y ait un peu de monde, on se bouscule à l’entrée. Une fois en haut, on s’attend à un espace exceptionnel en suspension au-dessus de la mer. Mais, il n’en est rien. Les vues depuis le belvédère sont encombrées par la structure porteuse omniprésente sur laquelle il faut éviter de se cogner la tête. A l’extrémité du porte-à-faux, la baie vitrée est très réduite en hauteur, ce qui limite considérablement la vue. Sous les pieds, malgré les fentes vitrées, l’épaisseur du sol laisse moyennement passer le regard jusqu’au bassin en dessous. Vu de l’intérieur, l’effet aérien de la Villa n’impressionne plus. Au sous-sol, un grand hall artificiellement éclairé (forcément, on est sous la mer), dénommé « agora » est occupé par la grande rampe circulaire qui y descend, par des escaliers d’accès à l’Auditorium, par un espace circulaire séparé du reste par un simple rideau et par diverses espaces de services. Les espaces en cercle dans un grand plan carré, cela crée beaucoup de délaissés mais cela ne fonctionne pas très bien.

Du point de vue de l’usager, ce qui est impressionnant dans le bâtiment, c’est surtout le nombre de pas qu’il faut faire. Pour descendre au sous-sol, après avoir traversé le hall, il faut faire demi-tour vers un long escalier qui descend sous les escalators, pour arriver sur une minuscule « mezzanine ». Puis on descend une longue rampe circulaire suspendue qui fait deux tours complets, pour arriver enfin dans le vaste hall dénommé abusivement « agora ». Ensuite, pour accéder à l’auditorium, il faut descendre encore des escaliers, puis après les doubles portes, suivre encore une rampe courbe en pente douce, pour enfin entrer dans la grande salle, à 13 mètres sous le niveau de la mer. La villa méditerranée est une débauche de moyens techniques et de circulations pour peu de surfaces utiles. Le comble, c’est de devoir mettre une veste pour ne pas avoir froid alors que dehors c’est la canicule ! En sortant de l’amphithéâtre de 400 places, il faut faire la queue dans des toilettes en nombre insuffisant. Lors des ateliers d’un congrès, en l’absence de véritables salles isolées, les bruits résonnent d’un espace à l’autre à travers « l’agora », dans un parfait brouhaha. L’architecture de la Villa Méditerranée est peut-être une prouesse technique mais elle n’est pas très fonctionnelle. On peut donc facilement émettre quelques doutes sur la possibilité de la transformer en casino. En effet, quel investisseur va mettre une telle somme pour de si petites surfaces commercialisables, malgré le prestige du lieu ?

Si on voulait vraiment rendre la Villa Méditerranée plus utile, on devrait la transformer en « Villa des enfants », sur le modèles d’équipements de ce genre qui existent ailleurs dans le monde, comme le « Tokyo Metropolitan Children’s Hall ». Les dizaines de milliers d’écoliers de la Ville de Marseille et des alentours, ainsi que les nombreux petits vacanciers y trouveraient facilement leur bonheur : en arpentant les espaces d’expositions, en remplissant l’auditorium pour des projections ou des spectacles. Les enfants occuperaient aisément les nombreux espaces de circulation et espaces résiduels transformés en aires de jeux ou en petits ateliers créatifs, ramperaient avec bonheur sur les vitrages au sol en regardant la mer. Entre animations permanentes et évènements, entre arts et sciences, la Villa Méditerranée pourrait devenir le lieu de rendez-vous pédagogique et culturel qui manque cruellement à Marseille pour les jeunes, de la maternelle au lycée. Quelques adaptations du bâtiment suffiraient pour accueillir des jeux éducatifs plutôt que des jeux d’argent, des tapis de détente plutôt que des tapis de poker, des piles de Legos plutôt que des piles de jetons, des consoles interactives plutôt que des bandits manchots…

Dans une métropole qui offre peu d’équipements pour sa jeunesse, une « Villa des enfants » serait un beau signal. Les désormais incontournables activités « périscolaires » pourraient également profiter de ce lieu pour élargir leur pédagogie. Cela ferait vite oublier à la population l’image désastreuse de cette Villa Méditerranée comme étant le symbole du gaspillage de l’argent public par des élus en manque d’inspiration. Au contraire, ce serait un beau geste de transmission pour les générations futures, dans un site culturel majeur, patrimonial et historique. Un équipement parfaitement complémentaire et non concurrentiel du MUCEM, jouant un rôle éducatif et social. Les élus de Marseille et de sa région, seraient bien inspirés de penser davantage à la jeunesse, et nous montreraient qu’ils ne sont pas en porte-à-faux avec notre avenir !

Benoît Campion.

Architecte-urbaniste, parent d’élève MPE 13

Article publié par Benoit Campion, le 23 septembre 2016 dans marsactu.fr, avec son aimable autorisation de diffusion sur CEG.

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De l’avenir de la Villa Méditerranée

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C’est un des feuilletons marseillais de l’été qui fera moins d’audience que « Plus Belle La Vie », hélas…

Depuis des années, la Villa Méditerranée pose question. Principal sujet : son coût de fonctionnement au regard de son « utilité ». Posé en ces termes, on situe le débat au niveau du café du commerce mais il faut bien admettre que cela n’a jamais volé beaucoup plus haut depuis la campagne des élections régionales de 2015.

Jusqu’à relativement récemment pourtant, le café du commerce faisait partie de la culture populaire, un débat politique citoyen qu’on regarde depuis l’étranger avec une ironie et curiosité, teintées d’une certaine envie. Cela ne pouvait pas faire de mal et au fond c’est la démocratie qui tourne à plein tube dans notre tradition révolutionnaire d’un peuple supposé « éclairé » par un recul historique suffisant pour savoir bien de se garder de verser dans le populisme.

Jusque-là, Marseille était Marseille, avec sa propre histoire, sa propre identité, tellement incroyable, si passionnée et si passionnante. Cela ne pouvait pas faire de mal de s’entendre dire au quotidien « ah mais tu comprends à Marseille, c’est particulier, on fait pas comme ailleurs, ici c’est Marseille ». Cette fierté fait au fond partie de l’identité de Marseille dans laquelle chacun peut se reconnaître avant même tout parti-pris.

Mais depuis la reconfiguration issue des dernières élections régionales où les planètes s’alignent à droite sur fond de cache-cache plus que malsain avec le Front National, la situation de la Villa Méditerranée s’est progressivement et de plus en plus fortement tendue, écrivant à l’encre la plus acide qui soit, une histoire bien différente de l’idée originale.

Le dernier épisode de cette histoire bat son plein depuis cet été, période pendant laquelle les rumeurs d’entente entre la région et la ville sur le devenir de la Villa se sont faites persistantes, faisant monter la tension et la pression d’un cran. Septembre aura été le mois révélant publiquement le souhait de vendre la Villa Méditerranée et d’en faire… un casino, oui vous ne rêvez pas, un casino.

Si vous n’êtes pas Marseillais ou de la région, vous en avez à peine entendu parlé. A cette heure, c’est-à-dire pratiquement trois semaines après la parution de l’article dans La Provence qui annonçait le sort qui serait réservé à la Villa, l’absence de débat est sidérante. Tout semble aller dans un seul et même sens, avec le Front National qui se pose en arbitre (!) et même un Jean Viard qui y voit une « idée stimulante ».  Bref, on nage en plein cauchemar.

Aucune réaction audible ou presque, Elisabeth Guigou et Michel Vauzelle sont parmi les rares personnalités à faire entendre leur voix haut et fort mais à ce jour, même pas une pétition pour se mobiliser contre l’idée du Casino et contre la façon dont se déroule cette chronique d’une mort annoncée.

Personne ou presque pour se soucier du devenir de la mission de diplomatie économique sensée faire de Marseille une capitale majeure de l’Union pour la Méditerranée, dont la mission touche pourtant à tous les domaines d’activités sur un espace et un territoire de rayonnement où la France est pourtant sensée être parmi les leaders, si ce n’est le leader.

Peut-on se satisfaire de voir un tel niveau de résignation, pour ne pas dire d’entente droitière pour exploiter plus encore le populisme ambiant ? Certainement pas mais c’est avant tout à la gouvernance du GIP qui porte la Villa Méditerranée de tout faire pour ne pas finir en Casino, même si l’on sait que de nombreux obstacles techniques et juridiques entravent assurément une telle entreprise (mais pendant combien de temps ?).

En attendant, les plus optimistes diront que c’est dans les moments de crise que nous sommes les plus créatifs et imaginatifs mais peu osent prendre la parole publiquement, peu osent dire qu’à tout le moins deux pistes peuvent être envisagées : une nouvelle dynamique ou une nouvelle vocation.

  • Une nouvelle dynamique signifierait que l’on sache vraiment comment relancer la machine, et des solutions existent !
  • Une nouvelle vocation signifierait des usages en lien avec des pratiques et des besoins avérés tout en trouvant les conditions de poursuite de la mission originelle sous une autre forme.

Dans tous les cas, il faut sauver le soldat Villa Méditerranée de cette prise en otage absolument insupportable. Elle a un avenir.

 

 

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Face au Front National, le silence des intellectuels français

Si le triomphe du Front National de Marine Le Pen aux élections municipales a ébranlé toute l’Europe, les intellectuels français ne bronchent pas, s’étonne le quotidien libéral La Stampa : « Et les ‘intellos’, où sont-ils ? Marine Le Pen s’empare de la France et les habituels tenants du ‘prêt-à-penser’ restent muets. Pas un seul éditorial dans les journaux. Pas d’appel, pas de pétition, rien. … Silence radio de la part des indignés de services, même BHL, qui a pourtant toujours quelque chose à dire sur tout. Jamais auparavant silence n’avait été aussi assourdissant, et surtout aussi surprenant. Quand Le Pen père risquait de devenir président de la république, la perspective d’avoir un ‘facho’ à l’Elysée avait suscité une immense vague d’indignation. C’était en 2002, mais cela semble remonter à l’ère jurassique. »

Source : BpB.

 

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Les casinos pour financer la culture en Lettonie ?

En Lettonie, la ministre de la Culture a proposé de financer la culture grâce aux taxes sur les jeux de hasard, le tabac et l’alcool. Le quotidien Diena fait part de son scepticisme : « Le souhait de la ministre de la Culture se comprend tout à fait. Elle veut assurer la sécurité financière de la culture, et éviter que son subventionnement ne soit tributaire des aléas de la politique. Pour l’opinion publique, sa proposition est très plausible : mettre les fumeurs, les joueurs et les buveurs à contribution pour financer la culture. Subventionner la culture par une consommation qui dégrade l’intellect, quoi de plus logique ? … Mais dans le même temps, la ministre de la culture se confond en contradictions : veut-elle vraiment que le peuple letton boive et fume davantage, et passe plus de temps dans les salles de jeux à l’avenir ? »

Source : BpB

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Résister au corporatisme pour moderniser l’action publique culturelle

A propos de l’article 2 de la loi de modernisation de l’action publique et de l’affirmation des métropoles et de l’amendement « d’exception culturelle »

La loi sur la modernisation de l’action publique et l’affirmation des métropoles comporte un article 2 qui rend possible la délégation de certains services de l’Etat aux collectivités  territoriales. Dans une République décentralisée, (article 1 de la Constitution) cette possibilité de délégation n’a rien pour scandaliser, d’autant que la délégation n’adviendra qu’après négociations entre l’Etat et la collectivité. Sauf à être nostalgique de la centralisation,  étatique et parisienne, il n’y a pas de quoi perdre les pédales.

Pourtant, on a vu, le 11 décembre dernier à l’Assemblée Nationale, certains députés de la majorité monter sur leurs grands chevaux contre cette possibilité de délégation dès lors qu’elle s’appliquerait à la « culture » et, plus précisément, aux services de l’Etat chargés du spectacle vivant !

D’où la question : pourquoi ces députés ont-ils tenu à refuser cette possibilité d’innover dans la gestion des affaires culturelles de l’Etat, alors qu’ils ont fort bien accepté le principe de la délégation pour tous les autres domaines prévus par la loi ?

La réponse est sans ambiguïté. Les amendements 35 et 65 déposés par ces députés de la majorité n’avaient qu’un objectif : faire passer l’intérêt sectoriel de certaines organisations professionnelles du secteur culturel pour l’intérêt général de la Nation. Les députés Bloche et Grandguillaume –  comme le député Travert un peu plus tôt –  se sont déplacés en séance pour faire droit à ces organisations culturelles unies (par courriers) contre l’article 2. En somme pour faire la courte échelle aux intérêts particuliers de ces offreurs de produits culturels subventionnés. ( particulièrement agités par le PROFEDIM 1 )

Je voudrais d’abord m’intéresser aux 5 arguments de fond développés par le député Grandguillaume.

J’aurais aimé les prendre au sérieux, surtout quand son plaidoyer dramatise les risques pour la démocratie locale. Selon le député Grandguillaume  :  » Si l’État délègue l’une de ses compétences à une collectivité, comment ne pas craindre que là où les services déconcentrés exerçaient une fonction de régulation, la collectivité délégataire ne tente d’imposer ses orientations à d’autres collectivités ? »

Mais j’ai rapidement observé que l’argument avait été formulé exactement dans les mêmes termes par les organisations culturelles professionnelles ! Dans leur lettre aux députés, il est écrit : « si l’Etat  délègue l’une de ses compétences à une collectivité, comment ne pas craindre que, là  où les  services déconcentrés avaient une fonction de régulation, la collectivité délégataire ne tente d’imposer ses orientations à d’autres collectivités. « 

Fascinant : le député Grandguillaume n’a fait que du copier coller !  Pour lui, défendre l’intérêt général de la Nation revient à faire le perroquet en reprenant, mot pour mot, le texte que lui a dicté le secteur culturel professionnel organisé en groupe de pression. Je dis bien le « secteur culturel » car aucun député ne s’est autorisé à douter que  les organisations signataires – dont je rappelle la longue liste en annexe – représentent l’ensemble des activités artistiques et culturelles de notre pays ! Aucune hésitation puisque dans cette liste se rassemblent des organisations de salariés mais aussi de  patrons, des défenseurs du lyrique ou du théâtre comme des musiques actuelles et de l’art contemporain, tous unis contre l’article 2 dans un mouvement œcuménique qui en a oublié toutes ses divergences ! Comme les députés n’ont pas eu le moindre doute sur la représentativité de ces organisations, je dois évidemment en faire autant et considérer qu’il s’agit bien du discours du  « lobby des arts ».   En dehors duquel, il ne saurait y avoir la moindre légitimité  publique !

Dans cet esprit, j’ai regardé les 4 autres arguments et j’ai retrouvé exactement les mêmes formulations que celles du lobby : pour la question des moyens humains inadaptés,  pour celle du réseau des drac, celle des décrets d’application, celle de la place de l’article 2 dans le code général des collectivités. Copie conforme ! Mots identiques !  Même raisonnement ! L’amendement a donc été pensé dans les bureaux des organisations prétendant représenter démocratiquement tous les  professionnels. En langage ordinaire de la négociation publique on dira sans nuance que l’amendement a été rédigé par les « professionnels » !

Je  mets en note de bas de page la démonstration de ce psittacisme systématique qui pourrait laisser pantois sur l’inféodation du député aux intérêts de ce que je dois bien appeler maintenant le « lobby des arts » 2. A ce stade, les organisations professionnelles ont trouvé un déguisement de député  pour exprimer leur opposition au  principe politique de la délégation.

Cette situation parait pourtant étrange.  Il apparaît,  en effet, que le député Grandguillaume  fait  juste semblant de reprendre l’argumentaire du lobby. Il n’échappe à personne que ces 5 arguments re-copiés à l’identique ne sont pas du tout spécifiques au secteur culturel. S’ils avaient été pris en compte par l’Assemblée, ils auraient dû l’être pour tous les domaines de l’Etat concernés par les délégations prévues à l’article 2. En conséquence, si le député Grandguillaume avait cru sérieusement à ces arguments, il se serait retrouvé en situation d’opposition manifeste vis à vis du principe même de la délégation ! Il aurait dû logiquement manifester son opposition globale aux orientations fondamentales du gouvernement en faveur d’un peu plus de décentralisation. Il est clair que le député Grandguillaume n’a jamais eu l’intention de prendre ce risque politique anti gouvernemental pour les seuls beaux yeux des membres du lobby des arts.

Alors,  pourquoi évoque -t-il  ces arguments de principes anti-délégations puisqu’il y croit si peu ?

Je ne peux imaginer qu’une réponse : se dédouaner sans risque auprès de ces professionnels de la culture dont on redoute le pouvoir médiatique. En recopiant leurs arguments, on laisse penser que leur position était juste !  Autrement dit, le copier coller n’était qu’un marché de dupes, habile vis à vis du lobby des arts mais peu reluisant puisque le député n’a pas osé défendre la position  d’intérêt général du gouvernement face à ces intérêts particuliers du secteur culturel.

Devant une situation aussi absurde, pour ne pas dire ridicule, il faut appeler à plus de raison : les organisations, en tout cas leurs technocrates, ne peuvent décemment pas, comme elles viennent de le faire pour l’amendement, dicter la loi à la place de la représentation nationale  –  ce qui définit  au sens strict le corporatisme.

Pas plus que les députés ne doivent abandonner leurs prérogatives en se contentant de faire chauffer la machine à photocopier ; il leur revient de fixer,  à travers la loi, les finalités d’intérêt général,  notamment  pour  l’action culturelle publique.

Il revient maintenant à Madame la  ministre de la réforme de l’Etat de rattraper ce mauvais coup en indiquant que les négociations sur les « délégations » devront respecter les règles générales du Débat Public. Après tout, la loi l’exige depuis 1995 sur les questions d’environnement  ; étendons là au dispositif de négociation des délégations culturelles  et autres !

Nul doute que le projet de délégation prévu pour la Bretagne sera un excellent banc d’essai pour ces débats démocratiques, sur les finalités, les enjeux, les dispositifs, les moyens, les actions et l’évaluation des initiatives culturelles publiques. Dans ce cadre transparent, les interrogations des professionnels s’exprimeront comme celles de bien d’autres acteurs, sans la dramatisation excessive que le lobby des arts a orchestré autour de l’article 2.

Ce qui aura, au moins, pour avantage d’amener les organisations professionnelles à débattre en interne avant de signer des courriers intempestifs aux députés (et au Président de la République de surcroît) et à débattre avec leur base avant de définir leur position dans la négociation ! On mesurera mieux à cette occasion la part de fantasme et les doses de vérité des objections évoquées par le lobby des arts.

Reste maintenant  à entendre les arguments strictement liés aux particularités du secteur culturel.

C’est surtout le député Patrick  Bloche ( avec l’appui du député  Marc Dolez) qui s’est collé à la démonstration. Il a ouvertement plaidé pour que la République continue de prôner le corporatisme en matière de politique publique du spectacle vivant.

Je passe sur l’argument nostalgique de l’histoire glorieuse  de la politique culturelle française qui doit tant à l’Etat, ( de Malraux à Lang, en remontant à Louis XIV rappelle ironiquement M. Patrick Devedjan qui a certainement lu le bréviaire de madame de Saint Pulgent). On peut certes rendre hommage à l’histoire mais, en ces temps de crise mondialisée où les changements sont plus rapides que les erreurs de prévision, il ne s’impose pas que la République soit trop nostalgique d’un Etat culturel central et systématiquement parisien.

Doivent, alors, être appréciés trois arguments contenus dans un seul paragraphe du discours de Monsieur Bloche, (dont il est inutile que je redise qu’il reprend, lui aussi, le texte que lui ont envoyé les organisations professionnelles)   :  » La décentralisation culturelle, dans un pays comme la France, ne vaut que si l’État culturel existe, non seulement au nom de l’égalité des territoires, non seulement parce que la République est une et indivisible, mais aussi parce qu’il y a une nécessité pour l’État d’exercer son contrôle scientifique. »

Il y a donc :

EN 1 : la garantie de l’égalité des territoires qui disparaîtrait si les services culturels de l’Etat étaient délégués à des collectivités.

Pour ceux qui ont eu à gérer une DRAC  comme je l’ai fait, l’argument est presque risible. Depuis le temps que les crédits consacrés au spectacle vivant restent proportionnellement focalisés sur Paris, sans que rien ne change d’année en année, il ne faut pas trop essayer de faire croire que le ministère de la culture est, depuis cinquante ans, un modèle de lutte contre les inégalités territoriales.

Au mieux, dans les DRAC, de valeureux volontaires ont essayé de songer au milieu rural ou aux quartiers en difficulté, mais avec un militantisme dont la réussite tient moins à la volonté des services centraux qu’à la détermination de certaines collectivités (celles en tout cas qui ne voulaient pas devenir avant tout « capitales culturelles » dans leur territoire). Et d’ailleurs, cela n’a pas échappé au député socialiste Marcel Rogemont qui a dénoncé en 2009 devant la commission des finances de l’Assemblée la régression de la situation :  « S’agissant plus spécifiquement du programme « Création », le même constat s’impose : finançant aujourd’hui principalement les grandes institutions souvent parisiennes, les crédits centraux restent majoritaires puisqu’ils représentent 56 % du programme, contre 44 % des crédits gérés par les directions régionales des affaires culturelles (DRAC). Une fois encore, la situation ne s’est pas améliorée entre 2007 et 2010. » 

Ou, un peu plus loin :  » On ne peut donc pas dire, contrairement à ce qu’affirme le ministère dans son dossier de presse, qu’il y a « poursuite du rééquilibrage entamé en 2009 en faveur des territoires », du moins s’agissant du spectacle vivant. De même, indiquer que l’objectif du ministère est « de cibler l’effort sur les institutions en région » est un peu léger, lorsque l’on précise ensuite que « les crédits de fonctionnement courant gérés en centrale sont maintenus à 53 millions d’euros, hors subvention allouée à l’association de préfiguration de la Philharmonie de Paris », c’est-à-dire qu’en réalité les crédits gérés en central et à destination de Paris ne sont pas maintenus, mais augmentés, puisque la Philharmonie se situe sur le territoire de la capitale. « 

Je sais bien qu’en 2009 le député Rogemont était dans l’opposition et que depuis le changement a eu lieu. Mais je crains que le député Bloche ait du mal à faire valoir que le ministère parisien de la culture a été chamboulé au point d’apporter la garantie d’être devenu l’arme absolue  de  l’égalité  territoriale… surtout avec les investissements colossaux dans la Philharmonique.

Pour ne pas être plus ironique, j’aurais apprécié que monsieur Bloche dise à ses collègues : « Puisque le ministère (l’Etat culturel) n’a jamais réussi son rééquilibrage territorial, les délégations devront faire mieux et donc comporter une clause de soutien plus élevé aux collectivités qui sont en situation d’inégalités. » C’est l’esprit même de ces délégations prévues à l’article 2 de permettre des négociations adaptées à chaque territoire, dans le cadre de débats publics ouverts et documentés sur la répartition des moyens à affecter aux collectivités délégataires. Par expérience pratique, je dirai que ces débats publics préalables aux délégations seront de toute façon plus transparents que le dispositif actuel de répartition des crédits déconcentrés entre les Dracs, où là aussi, il vaut mieux être riche et bien doté en équipements culturels que l’inverse.

EN 2 , Monsieur le député Bloche s’alarme sur le risque que feront porter les  délégations culturelles à la République Une et Indivisible. L’argument est évidemment repris du catalogue « clés en main » du lobby des professionnels du spectacle vivant et des arts plastiques.  D’où mon étonnement : qu’est ce qui a bien pu germer dans la cervelle des technocrates de ce lobby pour imaginer sérieusement que les produits artistiques des scènes nationales et autres opéras  avaient un rapport avec l’Unité de la République ?

On peut toujours croire à la magie de la relation entre l’artiste et son public, mais elle n’est que l’illusion du « faire  ensemble » et engage rarement au delà de l’émotion personnelle. C’est bien le drame de la politique culturelle qui espère l’émancipation par l’art mais qui, dans son rapport docile à l’économie du quotidien, ne sait plus organiser que la pratique de la consommation individuelle. Je dirais plus durement que, dans notre  vie commune, ces offres de spectacles ou d’expositions ( en tout cas, les offres de ce lobby actif auprès des députés) sont devenues au fil de notre temps des produits destinés à  des consommateurs qui les apprécient comme ils apprécient leur voiture ou leur repas au restaurant. En plus,  ces clients sont en grande majorité  des consommateurs urbains et bardés de diplômes !  Par quelle prouesse intellectuelle, ces produits culturels sur les étals, mêmes subventionnés,  poseraient -ils plus de problèmes à l’unité de la république que la consommation de chemises ou de meubles ?

Pour être plus direct encore, l’argument de  l’unité et de l’indivisibilité de la république me semble malhonnête car les signataires, du Syndeac jusqu’aux directeurs d’opéra, savent très bien que leurs activités ne concernent qu’une petite minorité de la population de notre vaste république ! Où se niche l’enjeu de l’unité de la république  dans les spectacles d’opéra auxquelles ne sont jamais allés  96 % des français ( 81 %  pour le théâtre!). De surcroît, il faut aussi rappeler que plus le temps passe, plus les écarts se creusent entre les catégories sociales consommant ces produits  de spectacles vivants !  3

Le moins que l’on puisse  dire est qu’il faudrait faire autrement. L’idée de délégation doit répondre à la nécessité de rénover les missions publiques confiées aux professionnels des arts. Avec une « bonne » délégation, les professionnels des arts devraient pouvoir s’intéresser un peu mieux aux  parcours culturels d’émancipation des personnes, pour contribuer au développement de leurs capabilités, en interaction avec les autres. Autrement dit, dans une « bonne » délégation, le consommateur individuel de produits culturels ne peut pas être l’alpha et l’oméga de l’action culturelle publique, pas plus pour les collectivités que pour l’Etat. La République, une et indivisible, a surtout « besoin » que les personnes qui vivent sur son sol fassent culture ensemble, dans le respect réciproque des libertés (dont celle des artistes – pour le redire encore une fois) et des dignités des personnes ( artiste compris évidemment) 4.

EN 3, selon le député Bloche  – et le lobby dont il s’est fait le mandataire – il est nécessaire pour l’intérêt général de la Nation que l’Etat exerce son contrôle scientifique sur le spectacle vivant. L’argument est fréquent mais néanmoins étrange s’agissant d’activités artistiques.

Car pour imaginer un contrôle scientifique pertinent de la part des services de l’Etat, il faudrait d’abord qu’il y ait « science » ! On peut éventuellement l’admettre pour quelques pratiques patrimoniales qui empruntent à des disciplines scientifiques connexes, mais pour le spectacle vivant et l’art contemporain, ce discours scientiste déclenche l’ironie. Voilà donc des professionnels des arts vivants qui réclament d’être contrôlés non seulement par l’Etat (détenteur du monopole de la violence légitime, rappelons-le !) mais, en plus, par la raison scientifique et sa capacité à énoncer l’objectivité du réel ! Qui a oublié de dire aux organisations du lobby des arts que la raison d’être des artistes étaient au contraire de nous apporter les ressources infinies, incertaines,  inconnues, ineffables de l’imaginaire humain, dans toutes ses diversités ? L’humanité a certes besoin de la raison scientifique mais elle se perdrait elle-même si elle en faisait un instrument de « contrôle » de notre liberté d’expression symbolique, « inextricable et imprévisible » dirait Glissant.

Comme le milieu artistique n’ignore rien de cette évidence, il y a donc quelque chose de suspect dans le rôle que les organisations professionnelles de la culture veulent faire jouer au « contrôle scientifique », surtout que, dans les écritures excessives du lobby, ce contrôle est justifié par un « pouvoir régalien » du ministère de la culture qui, pour le spectacle vivant,  n’a aucun fondement, et surtout, aucun sens en pays de liberté.

Que cache d’inavouable cette revendication de l’objectivité scientifique des choix artistiques des services de l’Etat ?

Le milieu artistique sait que le terme « contrôle scientifique » est un abus de langage. Ce qui importe pour lui,  c’est uniquement que la sélection des projets financés par l’argent public soit contrôlée par des « connaisseurs » de la discipline. Ce que l’on appelle humblement « privilégier la qualité artistique ».

Nul ne conteste que les choix de ces connaisseurs sont subjectifs et ne peuvent prétendre avoir l’objectivité procurée par des protocoles d’évaluation scientifique. Mais, au moins, le classement opéré par ces connaisseurs doit répondre aux conventions du moment qui hiérarchisent la valeur artistique dans chaque discipline. Ces conventions font « convictions » mais jamais « certitudes », comme le montre l’oubli dans lequel on tient des oeuvres « magnifiques » de la période précédente dans les réserves des Frac ou ailleurs,  et ce, jusqu’à ce que les convictions changent.  Pour se prémunir de la critique que la sélection des créations artistiques est subjective et arbitraire, donc ne respecte en rien l’exigence de neutralité imposée à l’Etat, on comprend qu’il soit plus habile d’habiller  en « jugements scientifiques » les avis des connaisseurs.

Mais le mot ne suffit pas à cacher que la désignation de ce que l’Etat considère comme de la création artistique relève exclusivement d’un pouvoir accordé sans réserve à des acteurs du secteur professionnel. Le corporatisme est ici totalement institué dans la pratique, même s’il n’a jamais été fondé en droit. Pour être honnête intellectuellement, il faudrait donc dire que l’Etat sert de parapluie au système de sélection des projets artistiques contrôlés par des réseaux de connaisseurs. Autrement dit, quand le lobby des arts évoque la figure de l’Etat, il faut surtout comprendre qu’il attend que des amis de chaque discipline fassent le bon choix au sein de l’administration publique.

La meilleure preuve de ces connivences disciplinaires se lit dans le principe continuellement affirmé par les services de la culture : personne ne doit savoir sur quels critères les connaisseurs ont  fait le choix entre les projets des créations artistiques ! Absence totale de transparence.  La République a accepté que les choix artistiques de l’Etat soient régis par « le strict secret des délibérations » 5 au sein des commissions. Alors qu’il s’agit de décisions prises au nom de l’intérêt public,  non pas pour satisfaire les goûts privés des spécialistes.

Je ne rajoute pas qu’à ce secret des débats vient s’ajouter l’opacité totale des critères de désignation des connaisseurs !

Autant dire que la revendication du contrôle scientifique est une paravent pour naïfs qui permet de maintenir la main mise du corporatisme disciplinaire sur les choix publics des créations artistiques.

Les députés retrouveront ce même problème du secret, de l’arbitraire, de l’absence de transparence quand ils examineront le projet de loi sur la création artistique. Recopieront-ils les souhaits du lobby, comme celui ci s’y attend déjà ?

A ce jeu du corporatisme institué, certaines disciplines ont organisé de bien belles féodalités comme l’Opéra, le théâtre « intelligent » ou la musique « contemporaine » ( je n’évoque ici que les rois de l’institutionnalisation disciplinaire, les autres acteurs acceptant finalement leur position d’invisibilité publique) ! Elles savent pouvoir compter sur leurs nombreux amis placés au sein des services du ministère. On comprend que ces organisations professionnelles souhaitent conserver ce privilège de l’Etat central, puisque c’est le leur, et enragent contre le principe de la délégation. Par contre, on comprend moins que d’autres champs disciplinaires à peine considérés comme artistiques et qui ont eu tant de mal à placer des représentants de leurs disciplines  dans les bureaux du ministère,  aient associé, à la légère, leur signature aux barons du corporatisme culturel ! Car ces organisations – du théâtre de rue, des musiques actuelles  ou des compagnies de théâtre non labellisées – sont, pour tout dire, les cocus de la politique culturelle étatique depuis quarante ans- je peux en témoigner à qui voudra.  Sans doute, a- t-on là une autre figure du « Portrait du colonisé »,  pour rappeler Albert Memmi.

Pour autant, il faut bien avouer que la loi sur la modernisation de l’action publique et l’affirmation des métropoles n’a pas posé de contre feux suffisants à ces tendances corporatistes de la politique culturelle.

En acceptant le retour de la compétence générale dans toutes les collectivités, le gouvernement et le parlement ont donné des gages aux intérêts sectoriels de tout poil, puisque la loi ne fixe aucune responsabilité culturelle commune à toutes les  collectivités. Ce sera donc le « chacun pour soi » et faute de responsabilités publiques incrustées dans l’Etat de droit, donc imposées par  la loi  à toutes les collectivités, les rapports de force locaux continueront de nourrir le contenu des actions culturelles publiques. Les députés n’ignorent pourtant pas les critiques sur les potentats locaux qu’ils soient élus ou barons de la culture. De surcroît, comme le rappelle le président de la Fncc,  » en temps de crise, on peut craindre une indexation progressive de l’attention à la culture sur ses indéniables apports économiques et sur la voie d’une concurrence accrue entre territoires. C’est déjà le chemin de l’Europe avec son budget 2014/2020 dit “Europe créative” 6.

Il est donc urgent que la puissance publique affirme les principes communs à respecter par toutes les  politiques culturelles, tant de l’Etat que des collectivités. J’avais indiqué au député Travert 7 la voie à suivre pour éloigner le spectre du corporatisme culturel. Il suffisait d’affirmer les finalités culturelles d’intérêt général que la France s’est engagée à défendre en adoptant les textes normatifs de l’Unesco. Le député Travert n’a pas tenu compte de ces valeurs culturelles universelles que nous avons pourtant pris la responsabilité de défendre aux yeux du monde. Il a préféré s’en tenir à l’approche sectorielle, donc corporatiste de la culture.

Malgré cela, dans le climat d’opposition introduit par le lobby des arts, il s’impose aujourd’hui que le dispositif de délégation soit rendu transparent et public et qu’il repose pour tous les acteurs de la négociation sur les valeurs culturelles universelles négociées à l’Unesco. Ce sera un cadre incontestable pour le débat public autour de la délégation culturelle,  au sens où refuser de se référer tant à la Déclaration universelle sur la diversité culturelle qu’à la Convention sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel serait nous déjuger collectivement sur la scène mondiale.

Conclusion : si, en matière culturelle, le gouvernement veut vraiment faire des délégations le fer de lance de la modernisation de l’action publique, il lui faudra vite profiter de la délégation prévue pour la Bretagne pour affirmer de tels principes de discussion.

Il lui faudra aussi éviter de présenter au Parlement une loi sur la création artistique qui continue de privilégier les pratiques archaïques du corporatisme culturel.

A l’inverse, il serait temps que les organisations culturelles professionnelles apprennent à rester à leur juste place : elles sont les indispensables ressources du développement de l’imaginaire humain mais elles ne sauraient, dans notre République, espérer penser l’intérêt général en lieu et place du législateur.

Jean-Michel LUCAS / Doc Kasimir Bisou*

Notes :

1 : Le contact donné par la trentaine d’organisations sectorielles signataires est Claire Guillemin PROFEDIM ( syndicat professionnel des producteurs, festivals, ensembles, diffuseurs indépendant de musique/) claire.guillemein@profedim.org

: Question A – texte des organisations « Au-‐delà de ces raisons tenant aux principes fondateurs de l’organisation des pouvoirs publics, cette disposition soulève des difficultés pratiques évidentes et notamment concernant la mobilisation des moyens humains nécessaires à l’exercice des compétences déléguées. »

présentation Grandguillaume : « ‘Au-delà de ces raisons tenant aux principes fondateurs de l’organisation des pouvoirs publics, cette disposition pourrait soulever des difficultés pratiques évidentes, notamment au regard de la mobilisation des moyens humains nécessaires à l’exercice des compétences déléguées. »

Question B- texte des organisations professionnelles : Cette disposition pourrait conduire, entre autres, à la destruction du réseau cohérent des directions régionales des affaires culturelles, celui–‐là même qui permet de mener une politique nationale de soutien à la culture tout en participant à la mise en oeuvre des projets et financements croisés avec les collectivités. »

textes Grandguillaume : « cette disposition pourrait mettre gravement en difficulté le réseau cohérent des directions régionales des affaires culturelles, qui permet de mener une politique nationale de soutien à la culture et de contribuer à la mise en œuvre des projets et financements croisés avec les collectivités. »

Question C- texte des organisations : « l’actuelle rédaction de ces alinéas va inéluctablement soulever des difficultés d’interprétation, notamment lorsqu’il s’agira d’examiner les lois d’application venant définir les compétences pouvant être déléguées. »
texte Grandguillaume :  » l’actuelle rédaction de ces alinéas va inéluctablement soulever des difficultés d’interprétation, notamment lorsqu’il s’agira d’examiner les décrets d’application venant définir les compétences pouvant être déléguées ».

Question D- texte des organisations : « d’un point de vue méthodologique, on ne peut que s’étonner de voir cette proposition s’insérer dans le chapitre du code général des collectivités territoriales relatif à la libre administration de ces dernières. On perçoit mal en quoi ce texte participe de la mise en oeuvre de ce principe  »

texte Grandguilaume : « Aussi, d’un point de vue méthodologique, l’on ne peut que s’étonner de voir cette disposition s’insérer dans le chapitre du code général des collectivités territoriales relatif à la libre administration de ces dernières ; l’on perçoit mal, en effet, en quoi ce texte participe, par cet alinéa, à la mise en œuvre de ce principe. »

3 : Etudes 2001 -7 du DEPS. Olivier Donnat : Pratiques culturelles, 1973-2008 Dynamiques générationnelles et pesanteurs sociales .page 25

4 : Remerciements aux sept écrivains qui ont publié « le manifeste pour les « produits » de haute nécessité » qui donne le ton pour l’avenir : « Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n’ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.  »

5 : Exemple : Arrêté du 13 octobre 2005 relatif à la procédure d’aide aux ensembles de musique professionnels porteurs de création et d’innovation , article 12 :Les membres des commissions et les personnes qui participent aux séances ou qui sont invitées à y assister sont tenus au strict secret des délibérations !!!

6 : Editorial de la lettre d’échanges N° 117 de la FNCC

7 : Audition du 18 juin 2013/:Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale / Note de Jean Michel Lucas sur le projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles ; 

Annexe :

Liste des organisations qui ont tenu à exprimer leur courroux contre l’article 2, même auprès du Président de République par lettre du 25 octobre 2013 :

  • CFE–‐CGC Spectacle– Pôle fédéral CGC spectacle et action culturelle et ses syndicats (SNACOPVA
  • CFE–‐CGC, SNAPS CFE–‐CGC, SNCAMTC CFE–‐CGC)
  • CGT Culture –   Union syndicale des personnels  des affaires culturelles 
  • CGT Spectacle– Fédération nationale des syndicats du spectacle, du cinéma, de l’audiovisuel et
  • de l’action culturelle CGT et ses syndicats (SFA, SNAM, SNAP, SYNPTAC)
  • CIPAC – Fédération des professionnels de l’art contemporain
  • CPDO  –  Chambre professionnelle des directions d’opéras
  • F3C CFDT – Fédération communication conseil culture CFDT
  • FASAP-‐FO – Fédération des arts, du spectacle, de l’audiovisuel et de la presse Force Ouvrière
  • et ses syndicats (SNLA–‐FO, SNM–‐FO, SNSV–‐FO)
  •  FRAAP – Fédération des réseaux et associations d’artistes plasticiens,
  • PROFEDIM  –  syndicat professionnel des producteurs, festivals , ensembles, diffuseurs indépendants de musique
  • SCC – Syndicat du cirque de création
  • SMA – Syndicat des musiques actuelles
  • SNSP – Syndicat national des scènes publiques
  • SPI – Syndicat des producteurs indépendants
  • SYNAVI – Syndicat national des arts vivants
  • SYNDEAC – Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles
  • SYNOLYR – Syndicat national des orchestres et théâtres lyriques.

*Président de Trempolino, docteur d’Etat ès sciences économiques et maître de conférences à l’université Rennes 2 Haute-Bretagne dont il fut le vice-président de 1982 à 1986, Jean-Michel Lucas fut également conseiller technique au cabinet du ministre de la Culture Jack Lang de 1990 à 1992, où il y impulsa notamment le programme « Cafés Musiques ». Nommé Directeur régional des affaires culturelles d’Aquitaine en 1992, il mit en place une politique culturelle d’État en étroit partenariat avec les collectivités locales, et avec comme préoccupation de valoriser la place de la culture dans les politiques de la ville et des territoires ruraux. Ce « militant de l’action culturelle », connu sous le pseudonyme de Doc Kasimir Bisou, a participé à plusieurs projets sur le devenir des politiques culturelles et sur les légitimités dans lesquelles elles s’inscrivent. En Bretagne comme en Aquitaine, il fut par ailleurs à l’origine de nombreuses réalisations concernant les musiques amplifiées (RAMA, festival d’Uzeste, Rencontres Trans Musicales de Rennes…).

Du même auteur sur cultural-engineering.com :

Vous pouvez retrouver toutes ses contributions en cliquant ici et n’hésitez pas à réagir et à contribuer au débat !

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Des voleurs de tableaux portent plainte contre un musée

Le procès des individus accusés d’avoir dérobé des tableaux au Kunsthal de Rotterdam est en cours à Bucarest. Trois des six voleurs supposés, originaires de Roumanie, sont passés aux aveux. Mardi, l’avocat des voleurs a annoncé son intention de porter plainte contre le musée pour ne pas avoir suffisamment sécurisé les tableaux. Sur le portail de blogs Voxpublica, la journaliste Adriana Matei juge ce recours ridicule : « Coup de théâtre : les voleurs contre-attaquent. Les Néerlandais ont dû rester bouche bée quand les Roumains ont annoncé leur intention d’attaquer la municipalité et le Kunsthal de Rotterdam pour négligence. … Les accusés ont reconnu être les auteurs du vol, mais se considèrent comme boucs émissaires. … Leur avocat affirme qu’ils pensaient qu’il s’agissait de copies, en raison du dispositif de sécurité insuffisant. … Le cas classique voleurs versus imbéciles. Avec Picasso, Matisse, Gauguin, Monet, Meyer de Haan et Lucian Freud comme victimes collatérales. L’histoire idéale à se raconter au coin du feu [où les voleurs ont probablement brûlé les tableaux].

 Source : BpB.

 

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La justice persiste : Chemetov ne peut s’opposer à la démolition de son « oeuvre » de Courcouronnes

Selon un arrêt de la cour d’appel de Paris, rendu public le 16 octobre, Paul Chemetov ne pourra pas s’opposer à la démolition de son immeuble construit en 1983 à Courcouronnes (Essonne). Entre l’intérêt général d’un projet de rénovation urbaine et l’œuvre caractéristique du « patrimoine du XXe siècle » de l’architecte de Bercy proclamé Grand Prix national de l’architecture en 1980, la justice a tranché. L’arrêt de la 1ere chambre civile stipule que le projet de démolition « répond à un motif légitime d’intérêt général proportionné au droit moral de l’architecte et ne procède pas d’un abus de droit du propriétaire ou d’un comportement fautif ». Une décision qui confirme le jugement du tribunal de grande instance de Paris du 13 juin, qui avait débouté Chemetov de sa demande « au nom du droit d’auteur » (voir notre article ci-contre du 17 juin). 
Les travaux de démolition commenceront en février, a annoncé Stéphane Beaudet, maire de Courcouronnes et premier vice-président de la Communauté d’agglomération Evry Centre Essonne pilote du projet Anru.

Source : AFP.

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Le réseau des cités de la gastronomie : un dénouement qui en dit long sur l’indépendance sur la formule d’appel à projets « à la française »

Résumons l’épisode précédent. 3 ministres, ceux de la Culture, de l’agriculture et de l’agroalimentaire, embarrassés de choisir entre 5 dossiers de villes concurrentes : Beaune, Dijon, Lyon, Paris-Rungis, Tours, décident en première phase début 2013…de ne rien décider et désignent plusieurs lauréats pour la Cité de la Gastronomie…en inventant le concept curieux, abscons et dispendieux de réseau des Cités de la Gastronomie.

Néanmoins, ils semblent éliminer deux des 5 impétrants, Beaune d’une part qui, parmi les 5, est la seule ville de droite (qui plus est pouvant faire de l’ombre au dossier de la capitale bourguignonne, sa voisine) et Lyon, d’autre part, dirigée par un « baron » du PS, qui a rendu un dossier indigent (avec 2 à 4 fois moins de budget d’investissement que les autres), croyant que sa ville était « hors compétition ».

J’avais salué sur ce même blog par un article en début d’année, ce début de « lucidité ». Mais on apprend, deuxième épisode et dénouement, le 19 juin 2013, par un communiqué commun des 3 ministres, que Lyon est « repêchée » contre toute attente, résultats d’un lobbying éhonté du maire de Lyon, qui non content de traiter publiquement le responsable de la mission pour le repas gastronomique des français, M Pitte, de tous les « noms d’oiseau », se répand urbi et orbi dans la presse pour dire tout le mal qu’il pense de cette décision et pour affirmer que quoiqu’il arrive la Cité de la gastronomie à Lyon se fera.

Pourtant, le dossier présenté est le même, avec son petit investissement de 18 Millions d’euros (pour comparaison, Bordeaux met le triple dans sa cité des civilisations du vin), dont 3 du partenaire privé Eiffage, dans le prestigieux Hôtel dieu (signant au passage la mort du premier projet de musée de la santé et de la médecine auquel Gérard Collomb n’a jamais cru). Craignant la colère de l’élu de la capitale des gaules, qui pourrait se répandre en haut lieu, les courageux ministres susvisés décident de choisir Lyon sur « la thématique « nutrition et santé »…qui…prendra une place prépondérante dans les politiques de développement engagées par la Cité de la Gastronomie de Lyon, au sein de l’Hôtel dieu » (in communiqué de presse du 19 juin 2013).

Devant une telle incompétence et désinvolture de la part de l’Etat, on en oublierait même que « gouverner, c’est choisir » et non pas céder aux caprices des grands élus locaux. Par ailleurs, les autres maires retenus semblent tous cautionner le dispositif et M Pitte désavoué (avant peut être d’être « dégradé/démissionné » sait-on jamais, pour avoir osé défier Gérard Collomb), ne dit mot.

En forme de pirouette à cette fable, je suggère désormais au député-maire de Beaune, M. Suguenot, le seul « recalé » de ce réseau, de réclamer sa réintégration dans cette « brochette de Cités de la Gastronomie », projet quadruplement coûteux en ces temps de crise (dont je vous laisse imaginer ce que doivent en penser nos amis étrangers, quant aux méthodes de gouvernance « transparentes » à la française) !!!

Jean-Michel Puydebat*

Du même auteur :

*Jean-Michel Puydebat est consultant spécialisé en management de la culture et du tourisme, directeur de PV2D, président du réseau de consultants CPIP et membre de CEG.

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En Hongrie, la politique s’invite au théâtre

Samedi dernier, le Théâtre national hongrois donnait sa dernière représentation avant le départ de son directeur Róbert Alföldi. A partir du 1er juillet, il cédera la place au metteur en scène proche du gouvernement Attila Vidnyánszky. Le quotidien de centre-gauche Népszabadság dénonce l’omniprésence de la politique en Hongrie : « Le camp gouvernemental a tout à fait raison : il n’est pas gravé dans la pierre que Róbert Alföldi dirige le Théâtre national, ni que le Nouveau théâtre soit dirigé par István Márta [remplacé par l’ultranationaliste György Dörner depuis 2012], ni que Barnabás Bencsik conserve le Palais des Arts [remplacé en mai 2013 par Júlia Fabényi, proche du gouvernement]. Mais il n’est écrit nulle part que toutes les personnes non nommées par le gouvernement Orbán soient automatiquement destituées. C’est pourtant ce qui se passe. Seules les personnes loyales se voient accorder des missions. » 

Source : BpB

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L’instrumentalisation de la culture en Roumanie

Lundi dernier, le directeur de l’Institut culturel roumain (ICR), Andrei Marga, a démissionné après le constat par le Parlement d’irrégularités dans son rapport d’activité. La culture doit cesser d’être le jouet de la politique, réclame l’hebdomadaire Observator Cultural : « Après la démission de [son prédécesseur] Horia-Roman Patapievici, tout ce que l’équipe avait construit a été oblitéré. De nombreux directeurs d’instituts affiliés à l’ICR avaient été destitués arbitrairement et remplacés par des collaborateurs incompétents. Aujourd’hui, on veut visiblement placer à ce poste Georgică Severin [président de la commission culturelle du Sénat et donc encore un homme politique]. Le cas échéant, l’ICR se trouverait dans l’impasse et deviendrait le théâtre de tractations politiques. L’ICR doit être réorganisé. Il faut une nouvelle loi, un budget transparent et des détachés culturels compétents. Malheureusement, en Roumanie, la culture est trop souvent utilisée à des fins politiques. »

Source : BpB.

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Is culture an obstacle to US and EU historic trade deal ?

Barack Obama and European leaders launched talks on « the biggest bilateral trade deal in history », an initiative that the US président has put at the heart of his second-term economic agenda.

The US president announced that talks on a transatlantic trade and investment deal would begin in Washington next month. While EU leaders admint that they can be wrapped up within two years.

Mr Obama urged politicians to « look beyond narrow concerns and focus on the big picture » of a trade deal covering half the global economy…

But Washington remains worried that the scope of the agreement will narrow dramatically over the course of the talks as specific industries are carved out on the European side, limiting its economic impact.

The launch talks at G8 summit in Northern Irland was overshadowed by a row over French protectionism.

The head of EU’s executive laid bare his frustration – shared by the US, Britain and Germany – in an interview with the International Herald Tribune. « Somes ay they belong to the left, but in fact they are culturally extremely reactionary », José Manuel Barroso said in an apparent swipe at French president François Hollande.

Althought the European Commission président did not specifically name France, Mr Barroso said critics of liberalised trade in films and music had « no understanding of the benefits that globalisation brings also from a cultural point of view ».

Jean-Christophe Cambadélis, a senior official in Mr Hollande’s Socialist party, described Mr Barroso’s remarks as « bewildering and intolerable ». A commission spokesman said they were aimed at critics of its liberal stance, note the Hollande government.

In the US, political reaction was mostly positive, but key lawmakers said any deal needed to be « comprehensive » with no exclusions such as France’s carve-out for cultural issues.

« If the negociations ultimately do exclude audio visual… it is hard to see how the whole thing will keep from unraveling », a Republican aide in the Senate said.

Extract from the Financial Time’s article « US and EU push talks on historic trade deal », by George Parker, Vanessa Houlder and James Politi.

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Des lacrymos à Art Basel

La police helvétique a dispersé vendredi à l’aide de tirs de lacrymos et de flashball une fête protestataire non autorisée place de la Foire, à Bâle, en marge du salon Art Basel. Plusieurs artistes, pour protester contre le projet culturel « Favela Café », jugé trop onéreux, avaient organisé une fête alternative et monté leurs propres stands. Le quotidien Tages-Anzeiger critique l’intervention disproportionnée des forces de l’ordre : « Compte tenu de la nature réelle de l’évènement, en l’occurrence un happening artistique avec une bonne visibilité, la politique de tolérance du salon est déconcertante. … Sur les réseaux sociaux, les fâcheux appellent déjà à des sanctions drastiques, bien que les dégradations des activistes se soient limitées à des dessins à la craie à la place de la Foire. … Les contestataires de Bâle voulaient transcender le contexte artistique et traduire l’affirmation d’une ‘favela’ en réalité sociale. Si une telle attitude n’est dorénavant tolérée que dans un cadre commercial assimilable, et dans le cas contraire comparée à du hooliganisme, cela témoigne d’une inquiétante sclérose intellectuelle de notre société et de son élite. »

Source : BpB.

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Printemps de Bourges : une cession qui pose questions

En complément du post publié récemment qui s’interrogeait sur l’avenir du Printemps de Bourges suite à l’annonce faite par son directeur Daniel Colling à propos de son souhait de céder le Printemps de Bourges, le dernier numéro de La Lettre du Spectacle apporte quelques compléments utiles et des réponses à certaines de nos interrogations :

  • Daniel Colling dément le prix de vente annoncé par le journal Le Monde de 3 millions d’euros et précise qu’il s’agit de céder l’ensemble des actifs
  • Il reconnaît que la valorisation de 3 millions d’euros a été constituée pour partie par les subventions publiques à hauteur de 33% du budget du festival
  • Pour cette raison, il indique avoir renoncé à négocier avec des société privées

Plus détails dans le n°318 de La Lettre du Spectacle, ici.

Ces précisions sont importantes pour la conduite des négociations mais, puisque il est envisagé l’éventualité d’un « consortium » public rassemblant la Ville de Bourges, la Communauté d’agglomération, le Département du Cher et la Région Centre pour reprendre le Festival, pourquoi ne pas en profiter pour régler également le problème faisant également l’objet d’une belle polémique, de la Maison de la culture de Bourges ?

Nous y reviendrons prochainement, à suivre donc.

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Le théâtre de Budapest, repaire des radicaux du Fidesz

Voilà un an, l’acteur d’extrême-droite György Dörner était nommé administrateur du Nouveau Théâtre de Budapest. Mais cette scène est moins devenue un théâtre pour l’extrême-droite, comme on le craignait, qu’un établissement plébiscité par les radicaux du parti ultraconservateur Fidesz, écrit l’hebdomadaire de centre-gauche Magyar Narancs : « Le Nouveau Théâtre n’est actuellement ni le théâtre du Jobbik [parti d’extrême-droite], ni celui des fascistes et des nazis, mais celui du Fidesz. Pas de son aile modérée, mais de tous ceux qui apprécient Miklós Horthy [régent du royaume de Hongrie de l’entre-deux-guerres et allié de l’Allemagne nazie] et qui souhaitent également le retour de la grande Hongrie d’autrefois. … Ce cercle d’individus, aux opinions plutôt radicales, est hostile à l’Occident et à l’économie de marché. »

Source : BpB

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La France sera demain « un grand domaine de vacances avec 10 000 musées et des emplois précaires »

Lors du dernier conseil européen consacré à la compétitivité, M. Montebourg a fait un certain nombre de déclarations visant à brocarder la naïveté européenne en matière de régulation. Après avoir dénoncé le dumping de certains « pays émergents sans vergogne », il a invité chacun à s’impliquer dans la défense d’un « mode de vie », quitte à payer un peu plus cher ses achats. A défaut, dit-il, un pays comme la France sera demain « un grand domaine de vacances avec 10 000 musées et des emplois précaires ».

Curieuse vision du monde des musées, du tourisme, de la culture et du rôle essentiel qu’ils jouent sur les territoires et plus largement dans notre société. Heureusement que ses déclarations viennent en contradiction avec les positions de ses collègues du gouvernement. L’insulte mérite tout de même d’être relevée et dénoncée, d’autant qu’elle participe d’une méthode « attribuée » au précédent quinquennat. Profitons-en pour (re)dire que ces secteurs n’ont pas attendu le redressement productif érigé en ministère pour contribuer au rayonnement et à l’attractivité de la France, que leurs retombées directes et indirectes sont importantes, que leurs emplois ne sont pas délocalisables. Ils font partie des atouts fondamentaux d’un pays comme la France et il serait opportun de s’appuyer un peu plus sur eux pour redynamiser l’économie et le lien social qui font toute la qualité de notre cadre de vie. C’est aussi pour cela que les « pays émergents sans vergogne » nous envient, nous visitent et nous respectent.

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Les contrats de partenariat à l’épreuve des faits

Quel avenir pour les contrats de partenariat ? Le débat est d’importance. Dans la conjoncture actuelle, l’Etat français veut faire son possible pour renforcer la croissance et la compétitivité. La modernisation des infrastructures et équipements publics constitue un puissant levier de relance. Mais des zones d’ombres planent sur les PPP. Les gros titres de la presse (affaire du Centre Hospitalier sud francilien par exemple), les médias (reportage sur France trois mercredi 17 octobre dernier) interrogent de plus en plus. Le dernier rapport sur les partenariats public-privé du plan Campus ne fait qu’alimenter les critiques et incite à l’avenir à ne plus recourir aux contrats de partenariat pour les opérations de réhabilitation et la construction d’installations universitaires. Il faut à notre avis revenir à l’essentiel, loin des débats idéologiques, celui de l’évaluation réelle des PPP. Prenons les résultats de l’étude (octobre 2012) réalisée par la chaire Economie des Partenariats Public Privé de l’IAE de Paris-Sorbonne, avec le soutien de la Mission d’appui aux Partenariats Public Privé. Celle ci apporte un éclairage instructif : 30 contrats de partenariats sur les 46 en exploitation ont été appréciés par les personnes publiques (questionnaire et entretien face à face). Les critères « maîtrise des coûts », « qualité de la construction » et « respect des coûts de maintenance et d’exploitation »apportent clarification et entière satisfacit. Résultat : une performance globale très satisfaisante, largement supérieure à la moyenne. Une initiative à généraliser pour la prochaine génération de PPP …

Vincent Sallé*

Lire aussi par Vincent Sallé :

*Consultant en finance, Vincent Sallé a occupé différents postes en entreprises, en tant qu’ingénieur d’études chez Suez, puis au sein du cabinet Ernst&Young comme directeur de mission senior secteur public. Ses quinze ans d’expérience professionnelle l’ont conduit à réaliser des missions de conseil auprès de plusieurs grands groupes, en France et en Europe. Il a ensuite accompagné près d’une centaine d’organisations publiques et privées en conseil opérationnel. Il travaille sur des thématiques liées à la mise en œuvre de projets (études d’opportunité, analyses de faisabilité économique, analyse financière), à la définition de stratégies d’établissement (plan directeur, études de projet), à la réalisation de projets d’investissement immobiliers ou mobilier en montage complexe de type PPP (BEH, CP,…) ou de systèmes d’information (schémas directeur des SI, études de faisabilité, implémentation de solutions).

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Ponta en guerre contre la culture

En Roumanie, la chaîne publique TVR Cultural a été supprimée, l’Institut culturel roumain (ICR) s’est vu privé d’un tiers de son budget, et le fonds culturel national devra à partir du mois de janvier s’en sortir grâce aux revenus de la loterie nationale tout en se passant des financements actuels. Le Premier ministre Victor Ponta a déclaré la guerre à la culture, commente le site de blogs Voxpublica : « Bien sûr, le montant des coupes réalisées est ridicule sur le plan national. On ne résoudra aucun véritable problème de la Roumanie avec ces quelques millions d’euros. La seule chose que l’on arrive à faire, c’est supprimer le maigre soutien aux instances culturelles. Les mesures d’austérité en question constituent à la fois une gestion fortement irresponsable de la culture et un acte de vengeance contre toutes les ‘grandes gueules’ qui refusent d’être contrôlées. Mais peut-on s’attendre à autre chose d’un Premier ministre doté d’une thèse de doctorat photocopiée, ou du moins, si pas photocopiée, sûrement clonée ? ».

Source : BpB

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