Cultural Engineering Group

Services & Ressources en ingénierie culturelle

Investir en urgence dans des modèles économiques de la création artistique plus coopératifs et solidaires

ICC

Les séminaires de l’Institut de Coopération pour la Culture sont l’occasion d’explorer, de décrypter et d’analyser des projets. Avec les études de cas, nous pouvons nous appuyer sur des expériences concrètes pour alimenter nos réflexions sur une question centrale : quelle action publique en faveur d’une culture humaniste ? Nous explorons un projet offrant la possibilité d’aborder un ensemble de facettes : artistique, culturelle, territoriale (y compris européenne), sociale, éducative, économique… Les thèmes centraux de l’Institut de Coopération pour la Culture s’articulent en 2014 et 2015 autour de la diversité culturelle, des singularités et du bien commun, des nouvelles modalités d’organisation et de gouvernance.

Deux séminaires auront été consacrés au thème de l’économie, ou plutôt des économies des biens symboliques. Nous sommes cependant loin du compte ! Ce thème demande une maîtrise de nombreux concepts et oblige d’aller au-delà d’une vision simpliste (scolaire) de la « science économique ». Cette exploration de la socioéconomie des biens symboliques nous aura permis une première appropriation de ces problématiques trop souvent réservées à des experts1.

Par ce travail, nous aurons au moins compris l’importance de reconnecter le sens, les valeurs et l’économie en considérant que les problèmes financiers que connaît aujourd’hui le secteur culturel ne sont pas seulement liés à une restriction budgétaire. Prendre le temps d’explorer le thème des économies encastrées conduit à intégrer la notion de chaine globale de valeur qui ne peut en aucun cas se résumer à la seule gestion financière et comptable.

Pour lire l’intégralité de la septième contribution de l’Institut, cliquez ici.

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Résister au corporatisme pour moderniser l’action publique culturelle

A propos de l’article 2 de la loi de modernisation de l’action publique et de l’affirmation des métropoles et de l’amendement « d’exception culturelle »

La loi sur la modernisation de l’action publique et l’affirmation des métropoles comporte un article 2 qui rend possible la délégation de certains services de l’Etat aux collectivités  territoriales. Dans une République décentralisée, (article 1 de la Constitution) cette possibilité de délégation n’a rien pour scandaliser, d’autant que la délégation n’adviendra qu’après négociations entre l’Etat et la collectivité. Sauf à être nostalgique de la centralisation,  étatique et parisienne, il n’y a pas de quoi perdre les pédales.

Pourtant, on a vu, le 11 décembre dernier à l’Assemblée Nationale, certains députés de la majorité monter sur leurs grands chevaux contre cette possibilité de délégation dès lors qu’elle s’appliquerait à la « culture » et, plus précisément, aux services de l’Etat chargés du spectacle vivant !

D’où la question : pourquoi ces députés ont-ils tenu à refuser cette possibilité d’innover dans la gestion des affaires culturelles de l’Etat, alors qu’ils ont fort bien accepté le principe de la délégation pour tous les autres domaines prévus par la loi ?

La réponse est sans ambiguïté. Les amendements 35 et 65 déposés par ces députés de la majorité n’avaient qu’un objectif : faire passer l’intérêt sectoriel de certaines organisations professionnelles du secteur culturel pour l’intérêt général de la Nation. Les députés Bloche et Grandguillaume –  comme le député Travert un peu plus tôt –  se sont déplacés en séance pour faire droit à ces organisations culturelles unies (par courriers) contre l’article 2. En somme pour faire la courte échelle aux intérêts particuliers de ces offreurs de produits culturels subventionnés. ( particulièrement agités par le PROFEDIM 1 )

Je voudrais d’abord m’intéresser aux 5 arguments de fond développés par le député Grandguillaume.

J’aurais aimé les prendre au sérieux, surtout quand son plaidoyer dramatise les risques pour la démocratie locale. Selon le député Grandguillaume  :  » Si l’État délègue l’une de ses compétences à une collectivité, comment ne pas craindre que là où les services déconcentrés exerçaient une fonction de régulation, la collectivité délégataire ne tente d’imposer ses orientations à d’autres collectivités ? »

Mais j’ai rapidement observé que l’argument avait été formulé exactement dans les mêmes termes par les organisations culturelles professionnelles ! Dans leur lettre aux députés, il est écrit : « si l’Etat  délègue l’une de ses compétences à une collectivité, comment ne pas craindre que, là  où les  services déconcentrés avaient une fonction de régulation, la collectivité délégataire ne tente d’imposer ses orientations à d’autres collectivités. « 

Fascinant : le député Grandguillaume n’a fait que du copier coller !  Pour lui, défendre l’intérêt général de la Nation revient à faire le perroquet en reprenant, mot pour mot, le texte que lui a dicté le secteur culturel professionnel organisé en groupe de pression. Je dis bien le « secteur culturel » car aucun député ne s’est autorisé à douter que  les organisations signataires – dont je rappelle la longue liste en annexe – représentent l’ensemble des activités artistiques et culturelles de notre pays ! Aucune hésitation puisque dans cette liste se rassemblent des organisations de salariés mais aussi de  patrons, des défenseurs du lyrique ou du théâtre comme des musiques actuelles et de l’art contemporain, tous unis contre l’article 2 dans un mouvement œcuménique qui en a oublié toutes ses divergences ! Comme les députés n’ont pas eu le moindre doute sur la représentativité de ces organisations, je dois évidemment en faire autant et considérer qu’il s’agit bien du discours du  « lobby des arts ».   En dehors duquel, il ne saurait y avoir la moindre légitimité  publique !

Dans cet esprit, j’ai regardé les 4 autres arguments et j’ai retrouvé exactement les mêmes formulations que celles du lobby : pour la question des moyens humains inadaptés,  pour celle du réseau des drac, celle des décrets d’application, celle de la place de l’article 2 dans le code général des collectivités. Copie conforme ! Mots identiques !  Même raisonnement ! L’amendement a donc été pensé dans les bureaux des organisations prétendant représenter démocratiquement tous les  professionnels. En langage ordinaire de la négociation publique on dira sans nuance que l’amendement a été rédigé par les « professionnels » !

Je  mets en note de bas de page la démonstration de ce psittacisme systématique qui pourrait laisser pantois sur l’inféodation du député aux intérêts de ce que je dois bien appeler maintenant le « lobby des arts » 2. A ce stade, les organisations professionnelles ont trouvé un déguisement de député  pour exprimer leur opposition au  principe politique de la délégation.

Cette situation parait pourtant étrange.  Il apparaît,  en effet, que le député Grandguillaume  fait  juste semblant de reprendre l’argumentaire du lobby. Il n’échappe à personne que ces 5 arguments re-copiés à l’identique ne sont pas du tout spécifiques au secteur culturel. S’ils avaient été pris en compte par l’Assemblée, ils auraient dû l’être pour tous les domaines de l’Etat concernés par les délégations prévues à l’article 2. En conséquence, si le député Grandguillaume avait cru sérieusement à ces arguments, il se serait retrouvé en situation d’opposition manifeste vis à vis du principe même de la délégation ! Il aurait dû logiquement manifester son opposition globale aux orientations fondamentales du gouvernement en faveur d’un peu plus de décentralisation. Il est clair que le député Grandguillaume n’a jamais eu l’intention de prendre ce risque politique anti gouvernemental pour les seuls beaux yeux des membres du lobby des arts.

Alors,  pourquoi évoque -t-il  ces arguments de principes anti-délégations puisqu’il y croit si peu ?

Je ne peux imaginer qu’une réponse : se dédouaner sans risque auprès de ces professionnels de la culture dont on redoute le pouvoir médiatique. En recopiant leurs arguments, on laisse penser que leur position était juste !  Autrement dit, le copier coller n’était qu’un marché de dupes, habile vis à vis du lobby des arts mais peu reluisant puisque le député n’a pas osé défendre la position  d’intérêt général du gouvernement face à ces intérêts particuliers du secteur culturel.

Devant une situation aussi absurde, pour ne pas dire ridicule, il faut appeler à plus de raison : les organisations, en tout cas leurs technocrates, ne peuvent décemment pas, comme elles viennent de le faire pour l’amendement, dicter la loi à la place de la représentation nationale  –  ce qui définit  au sens strict le corporatisme.

Pas plus que les députés ne doivent abandonner leurs prérogatives en se contentant de faire chauffer la machine à photocopier ; il leur revient de fixer,  à travers la loi, les finalités d’intérêt général,  notamment  pour  l’action culturelle publique.

Il revient maintenant à Madame la  ministre de la réforme de l’Etat de rattraper ce mauvais coup en indiquant que les négociations sur les « délégations » devront respecter les règles générales du Débat Public. Après tout, la loi l’exige depuis 1995 sur les questions d’environnement  ; étendons là au dispositif de négociation des délégations culturelles  et autres !

Nul doute que le projet de délégation prévu pour la Bretagne sera un excellent banc d’essai pour ces débats démocratiques, sur les finalités, les enjeux, les dispositifs, les moyens, les actions et l’évaluation des initiatives culturelles publiques. Dans ce cadre transparent, les interrogations des professionnels s’exprimeront comme celles de bien d’autres acteurs, sans la dramatisation excessive que le lobby des arts a orchestré autour de l’article 2.

Ce qui aura, au moins, pour avantage d’amener les organisations professionnelles à débattre en interne avant de signer des courriers intempestifs aux députés (et au Président de la République de surcroît) et à débattre avec leur base avant de définir leur position dans la négociation ! On mesurera mieux à cette occasion la part de fantasme et les doses de vérité des objections évoquées par le lobby des arts.

Reste maintenant  à entendre les arguments strictement liés aux particularités du secteur culturel.

C’est surtout le député Patrick  Bloche ( avec l’appui du député  Marc Dolez) qui s’est collé à la démonstration. Il a ouvertement plaidé pour que la République continue de prôner le corporatisme en matière de politique publique du spectacle vivant.

Je passe sur l’argument nostalgique de l’histoire glorieuse  de la politique culturelle française qui doit tant à l’Etat, ( de Malraux à Lang, en remontant à Louis XIV rappelle ironiquement M. Patrick Devedjan qui a certainement lu le bréviaire de madame de Saint Pulgent). On peut certes rendre hommage à l’histoire mais, en ces temps de crise mondialisée où les changements sont plus rapides que les erreurs de prévision, il ne s’impose pas que la République soit trop nostalgique d’un Etat culturel central et systématiquement parisien.

Doivent, alors, être appréciés trois arguments contenus dans un seul paragraphe du discours de Monsieur Bloche, (dont il est inutile que je redise qu’il reprend, lui aussi, le texte que lui ont envoyé les organisations professionnelles)   :  » La décentralisation culturelle, dans un pays comme la France, ne vaut que si l’État culturel existe, non seulement au nom de l’égalité des territoires, non seulement parce que la République est une et indivisible, mais aussi parce qu’il y a une nécessité pour l’État d’exercer son contrôle scientifique. »

Il y a donc :

EN 1 : la garantie de l’égalité des territoires qui disparaîtrait si les services culturels de l’Etat étaient délégués à des collectivités.

Pour ceux qui ont eu à gérer une DRAC  comme je l’ai fait, l’argument est presque risible. Depuis le temps que les crédits consacrés au spectacle vivant restent proportionnellement focalisés sur Paris, sans que rien ne change d’année en année, il ne faut pas trop essayer de faire croire que le ministère de la culture est, depuis cinquante ans, un modèle de lutte contre les inégalités territoriales.

Au mieux, dans les DRAC, de valeureux volontaires ont essayé de songer au milieu rural ou aux quartiers en difficulté, mais avec un militantisme dont la réussite tient moins à la volonté des services centraux qu’à la détermination de certaines collectivités (celles en tout cas qui ne voulaient pas devenir avant tout « capitales culturelles » dans leur territoire). Et d’ailleurs, cela n’a pas échappé au député socialiste Marcel Rogemont qui a dénoncé en 2009 devant la commission des finances de l’Assemblée la régression de la situation :  « S’agissant plus spécifiquement du programme « Création », le même constat s’impose : finançant aujourd’hui principalement les grandes institutions souvent parisiennes, les crédits centraux restent majoritaires puisqu’ils représentent 56 % du programme, contre 44 % des crédits gérés par les directions régionales des affaires culturelles (DRAC). Une fois encore, la situation ne s’est pas améliorée entre 2007 et 2010. » 

Ou, un peu plus loin :  » On ne peut donc pas dire, contrairement à ce qu’affirme le ministère dans son dossier de presse, qu’il y a « poursuite du rééquilibrage entamé en 2009 en faveur des territoires », du moins s’agissant du spectacle vivant. De même, indiquer que l’objectif du ministère est « de cibler l’effort sur les institutions en région » est un peu léger, lorsque l’on précise ensuite que « les crédits de fonctionnement courant gérés en centrale sont maintenus à 53 millions d’euros, hors subvention allouée à l’association de préfiguration de la Philharmonie de Paris », c’est-à-dire qu’en réalité les crédits gérés en central et à destination de Paris ne sont pas maintenus, mais augmentés, puisque la Philharmonie se situe sur le territoire de la capitale. « 

Je sais bien qu’en 2009 le député Rogemont était dans l’opposition et que depuis le changement a eu lieu. Mais je crains que le député Bloche ait du mal à faire valoir que le ministère parisien de la culture a été chamboulé au point d’apporter la garantie d’être devenu l’arme absolue  de  l’égalité  territoriale… surtout avec les investissements colossaux dans la Philharmonique.

Pour ne pas être plus ironique, j’aurais apprécié que monsieur Bloche dise à ses collègues : « Puisque le ministère (l’Etat culturel) n’a jamais réussi son rééquilibrage territorial, les délégations devront faire mieux et donc comporter une clause de soutien plus élevé aux collectivités qui sont en situation d’inégalités. » C’est l’esprit même de ces délégations prévues à l’article 2 de permettre des négociations adaptées à chaque territoire, dans le cadre de débats publics ouverts et documentés sur la répartition des moyens à affecter aux collectivités délégataires. Par expérience pratique, je dirai que ces débats publics préalables aux délégations seront de toute façon plus transparents que le dispositif actuel de répartition des crédits déconcentrés entre les Dracs, où là aussi, il vaut mieux être riche et bien doté en équipements culturels que l’inverse.

EN 2 , Monsieur le député Bloche s’alarme sur le risque que feront porter les  délégations culturelles à la République Une et Indivisible. L’argument est évidemment repris du catalogue « clés en main » du lobby des professionnels du spectacle vivant et des arts plastiques.  D’où mon étonnement : qu’est ce qui a bien pu germer dans la cervelle des technocrates de ce lobby pour imaginer sérieusement que les produits artistiques des scènes nationales et autres opéras  avaient un rapport avec l’Unité de la République ?

On peut toujours croire à la magie de la relation entre l’artiste et son public, mais elle n’est que l’illusion du « faire  ensemble » et engage rarement au delà de l’émotion personnelle. C’est bien le drame de la politique culturelle qui espère l’émancipation par l’art mais qui, dans son rapport docile à l’économie du quotidien, ne sait plus organiser que la pratique de la consommation individuelle. Je dirais plus durement que, dans notre  vie commune, ces offres de spectacles ou d’expositions ( en tout cas, les offres de ce lobby actif auprès des députés) sont devenues au fil de notre temps des produits destinés à  des consommateurs qui les apprécient comme ils apprécient leur voiture ou leur repas au restaurant. En plus,  ces clients sont en grande majorité  des consommateurs urbains et bardés de diplômes !  Par quelle prouesse intellectuelle, ces produits culturels sur les étals, mêmes subventionnés,  poseraient -ils plus de problèmes à l’unité de la république que la consommation de chemises ou de meubles ?

Pour être plus direct encore, l’argument de  l’unité et de l’indivisibilité de la république me semble malhonnête car les signataires, du Syndeac jusqu’aux directeurs d’opéra, savent très bien que leurs activités ne concernent qu’une petite minorité de la population de notre vaste république ! Où se niche l’enjeu de l’unité de la république  dans les spectacles d’opéra auxquelles ne sont jamais allés  96 % des français ( 81 %  pour le théâtre!). De surcroît, il faut aussi rappeler que plus le temps passe, plus les écarts se creusent entre les catégories sociales consommant ces produits  de spectacles vivants !  3

Le moins que l’on puisse  dire est qu’il faudrait faire autrement. L’idée de délégation doit répondre à la nécessité de rénover les missions publiques confiées aux professionnels des arts. Avec une « bonne » délégation, les professionnels des arts devraient pouvoir s’intéresser un peu mieux aux  parcours culturels d’émancipation des personnes, pour contribuer au développement de leurs capabilités, en interaction avec les autres. Autrement dit, dans une « bonne » délégation, le consommateur individuel de produits culturels ne peut pas être l’alpha et l’oméga de l’action culturelle publique, pas plus pour les collectivités que pour l’Etat. La République, une et indivisible, a surtout « besoin » que les personnes qui vivent sur son sol fassent culture ensemble, dans le respect réciproque des libertés (dont celle des artistes – pour le redire encore une fois) et des dignités des personnes ( artiste compris évidemment) 4.

EN 3, selon le député Bloche  – et le lobby dont il s’est fait le mandataire – il est nécessaire pour l’intérêt général de la Nation que l’Etat exerce son contrôle scientifique sur le spectacle vivant. L’argument est fréquent mais néanmoins étrange s’agissant d’activités artistiques.

Car pour imaginer un contrôle scientifique pertinent de la part des services de l’Etat, il faudrait d’abord qu’il y ait « science » ! On peut éventuellement l’admettre pour quelques pratiques patrimoniales qui empruntent à des disciplines scientifiques connexes, mais pour le spectacle vivant et l’art contemporain, ce discours scientiste déclenche l’ironie. Voilà donc des professionnels des arts vivants qui réclament d’être contrôlés non seulement par l’Etat (détenteur du monopole de la violence légitime, rappelons-le !) mais, en plus, par la raison scientifique et sa capacité à énoncer l’objectivité du réel ! Qui a oublié de dire aux organisations du lobby des arts que la raison d’être des artistes étaient au contraire de nous apporter les ressources infinies, incertaines,  inconnues, ineffables de l’imaginaire humain, dans toutes ses diversités ? L’humanité a certes besoin de la raison scientifique mais elle se perdrait elle-même si elle en faisait un instrument de « contrôle » de notre liberté d’expression symbolique, « inextricable et imprévisible » dirait Glissant.

Comme le milieu artistique n’ignore rien de cette évidence, il y a donc quelque chose de suspect dans le rôle que les organisations professionnelles de la culture veulent faire jouer au « contrôle scientifique », surtout que, dans les écritures excessives du lobby, ce contrôle est justifié par un « pouvoir régalien » du ministère de la culture qui, pour le spectacle vivant,  n’a aucun fondement, et surtout, aucun sens en pays de liberté.

Que cache d’inavouable cette revendication de l’objectivité scientifique des choix artistiques des services de l’Etat ?

Le milieu artistique sait que le terme « contrôle scientifique » est un abus de langage. Ce qui importe pour lui,  c’est uniquement que la sélection des projets financés par l’argent public soit contrôlée par des « connaisseurs » de la discipline. Ce que l’on appelle humblement « privilégier la qualité artistique ».

Nul ne conteste que les choix de ces connaisseurs sont subjectifs et ne peuvent prétendre avoir l’objectivité procurée par des protocoles d’évaluation scientifique. Mais, au moins, le classement opéré par ces connaisseurs doit répondre aux conventions du moment qui hiérarchisent la valeur artistique dans chaque discipline. Ces conventions font « convictions » mais jamais « certitudes », comme le montre l’oubli dans lequel on tient des oeuvres « magnifiques » de la période précédente dans les réserves des Frac ou ailleurs,  et ce, jusqu’à ce que les convictions changent.  Pour se prémunir de la critique que la sélection des créations artistiques est subjective et arbitraire, donc ne respecte en rien l’exigence de neutralité imposée à l’Etat, on comprend qu’il soit plus habile d’habiller  en « jugements scientifiques » les avis des connaisseurs.

Mais le mot ne suffit pas à cacher que la désignation de ce que l’Etat considère comme de la création artistique relève exclusivement d’un pouvoir accordé sans réserve à des acteurs du secteur professionnel. Le corporatisme est ici totalement institué dans la pratique, même s’il n’a jamais été fondé en droit. Pour être honnête intellectuellement, il faudrait donc dire que l’Etat sert de parapluie au système de sélection des projets artistiques contrôlés par des réseaux de connaisseurs. Autrement dit, quand le lobby des arts évoque la figure de l’Etat, il faut surtout comprendre qu’il attend que des amis de chaque discipline fassent le bon choix au sein de l’administration publique.

La meilleure preuve de ces connivences disciplinaires se lit dans le principe continuellement affirmé par les services de la culture : personne ne doit savoir sur quels critères les connaisseurs ont  fait le choix entre les projets des créations artistiques ! Absence totale de transparence.  La République a accepté que les choix artistiques de l’Etat soient régis par « le strict secret des délibérations » 5 au sein des commissions. Alors qu’il s’agit de décisions prises au nom de l’intérêt public,  non pas pour satisfaire les goûts privés des spécialistes.

Je ne rajoute pas qu’à ce secret des débats vient s’ajouter l’opacité totale des critères de désignation des connaisseurs !

Autant dire que la revendication du contrôle scientifique est une paravent pour naïfs qui permet de maintenir la main mise du corporatisme disciplinaire sur les choix publics des créations artistiques.

Les députés retrouveront ce même problème du secret, de l’arbitraire, de l’absence de transparence quand ils examineront le projet de loi sur la création artistique. Recopieront-ils les souhaits du lobby, comme celui ci s’y attend déjà ?

A ce jeu du corporatisme institué, certaines disciplines ont organisé de bien belles féodalités comme l’Opéra, le théâtre « intelligent » ou la musique « contemporaine » ( je n’évoque ici que les rois de l’institutionnalisation disciplinaire, les autres acteurs acceptant finalement leur position d’invisibilité publique) ! Elles savent pouvoir compter sur leurs nombreux amis placés au sein des services du ministère. On comprend que ces organisations professionnelles souhaitent conserver ce privilège de l’Etat central, puisque c’est le leur, et enragent contre le principe de la délégation. Par contre, on comprend moins que d’autres champs disciplinaires à peine considérés comme artistiques et qui ont eu tant de mal à placer des représentants de leurs disciplines  dans les bureaux du ministère,  aient associé, à la légère, leur signature aux barons du corporatisme culturel ! Car ces organisations – du théâtre de rue, des musiques actuelles  ou des compagnies de théâtre non labellisées – sont, pour tout dire, les cocus de la politique culturelle étatique depuis quarante ans- je peux en témoigner à qui voudra.  Sans doute, a- t-on là une autre figure du « Portrait du colonisé »,  pour rappeler Albert Memmi.

Pour autant, il faut bien avouer que la loi sur la modernisation de l’action publique et l’affirmation des métropoles n’a pas posé de contre feux suffisants à ces tendances corporatistes de la politique culturelle.

En acceptant le retour de la compétence générale dans toutes les collectivités, le gouvernement et le parlement ont donné des gages aux intérêts sectoriels de tout poil, puisque la loi ne fixe aucune responsabilité culturelle commune à toutes les  collectivités. Ce sera donc le « chacun pour soi » et faute de responsabilités publiques incrustées dans l’Etat de droit, donc imposées par  la loi  à toutes les collectivités, les rapports de force locaux continueront de nourrir le contenu des actions culturelles publiques. Les députés n’ignorent pourtant pas les critiques sur les potentats locaux qu’ils soient élus ou barons de la culture. De surcroît, comme le rappelle le président de la Fncc,  » en temps de crise, on peut craindre une indexation progressive de l’attention à la culture sur ses indéniables apports économiques et sur la voie d’une concurrence accrue entre territoires. C’est déjà le chemin de l’Europe avec son budget 2014/2020 dit “Europe créative” 6.

Il est donc urgent que la puissance publique affirme les principes communs à respecter par toutes les  politiques culturelles, tant de l’Etat que des collectivités. J’avais indiqué au député Travert 7 la voie à suivre pour éloigner le spectre du corporatisme culturel. Il suffisait d’affirmer les finalités culturelles d’intérêt général que la France s’est engagée à défendre en adoptant les textes normatifs de l’Unesco. Le député Travert n’a pas tenu compte de ces valeurs culturelles universelles que nous avons pourtant pris la responsabilité de défendre aux yeux du monde. Il a préféré s’en tenir à l’approche sectorielle, donc corporatiste de la culture.

Malgré cela, dans le climat d’opposition introduit par le lobby des arts, il s’impose aujourd’hui que le dispositif de délégation soit rendu transparent et public et qu’il repose pour tous les acteurs de la négociation sur les valeurs culturelles universelles négociées à l’Unesco. Ce sera un cadre incontestable pour le débat public autour de la délégation culturelle,  au sens où refuser de se référer tant à la Déclaration universelle sur la diversité culturelle qu’à la Convention sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel serait nous déjuger collectivement sur la scène mondiale.

Conclusion : si, en matière culturelle, le gouvernement veut vraiment faire des délégations le fer de lance de la modernisation de l’action publique, il lui faudra vite profiter de la délégation prévue pour la Bretagne pour affirmer de tels principes de discussion.

Il lui faudra aussi éviter de présenter au Parlement une loi sur la création artistique qui continue de privilégier les pratiques archaïques du corporatisme culturel.

A l’inverse, il serait temps que les organisations culturelles professionnelles apprennent à rester à leur juste place : elles sont les indispensables ressources du développement de l’imaginaire humain mais elles ne sauraient, dans notre République, espérer penser l’intérêt général en lieu et place du législateur.

Jean-Michel LUCAS / Doc Kasimir Bisou*

Notes :

1 : Le contact donné par la trentaine d’organisations sectorielles signataires est Claire Guillemin PROFEDIM ( syndicat professionnel des producteurs, festivals, ensembles, diffuseurs indépendant de musique/) claire.guillemein@profedim.org

: Question A – texte des organisations « Au-‐delà de ces raisons tenant aux principes fondateurs de l’organisation des pouvoirs publics, cette disposition soulève des difficultés pratiques évidentes et notamment concernant la mobilisation des moyens humains nécessaires à l’exercice des compétences déléguées. »

présentation Grandguillaume : « ‘Au-delà de ces raisons tenant aux principes fondateurs de l’organisation des pouvoirs publics, cette disposition pourrait soulever des difficultés pratiques évidentes, notamment au regard de la mobilisation des moyens humains nécessaires à l’exercice des compétences déléguées. »

Question B- texte des organisations professionnelles : Cette disposition pourrait conduire, entre autres, à la destruction du réseau cohérent des directions régionales des affaires culturelles, celui–‐là même qui permet de mener une politique nationale de soutien à la culture tout en participant à la mise en oeuvre des projets et financements croisés avec les collectivités. »

textes Grandguillaume : « cette disposition pourrait mettre gravement en difficulté le réseau cohérent des directions régionales des affaires culturelles, qui permet de mener une politique nationale de soutien à la culture et de contribuer à la mise en œuvre des projets et financements croisés avec les collectivités. »

Question C- texte des organisations : « l’actuelle rédaction de ces alinéas va inéluctablement soulever des difficultés d’interprétation, notamment lorsqu’il s’agira d’examiner les lois d’application venant définir les compétences pouvant être déléguées. »
texte Grandguillaume :  » l’actuelle rédaction de ces alinéas va inéluctablement soulever des difficultés d’interprétation, notamment lorsqu’il s’agira d’examiner les décrets d’application venant définir les compétences pouvant être déléguées ».

Question D- texte des organisations : « d’un point de vue méthodologique, on ne peut que s’étonner de voir cette proposition s’insérer dans le chapitre du code général des collectivités territoriales relatif à la libre administration de ces dernières. On perçoit mal en quoi ce texte participe de la mise en oeuvre de ce principe  »

texte Grandguilaume : « Aussi, d’un point de vue méthodologique, l’on ne peut que s’étonner de voir cette disposition s’insérer dans le chapitre du code général des collectivités territoriales relatif à la libre administration de ces dernières ; l’on perçoit mal, en effet, en quoi ce texte participe, par cet alinéa, à la mise en œuvre de ce principe. »

3 : Etudes 2001 -7 du DEPS. Olivier Donnat : Pratiques culturelles, 1973-2008 Dynamiques générationnelles et pesanteurs sociales .page 25

4 : Remerciements aux sept écrivains qui ont publié « le manifeste pour les « produits » de haute nécessité » qui donne le ton pour l’avenir : « Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n’ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.  »

5 : Exemple : Arrêté du 13 octobre 2005 relatif à la procédure d’aide aux ensembles de musique professionnels porteurs de création et d’innovation , article 12 :Les membres des commissions et les personnes qui participent aux séances ou qui sont invitées à y assister sont tenus au strict secret des délibérations !!!

6 : Editorial de la lettre d’échanges N° 117 de la FNCC

7 : Audition du 18 juin 2013/:Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale / Note de Jean Michel Lucas sur le projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles ; 

Annexe :

Liste des organisations qui ont tenu à exprimer leur courroux contre l’article 2, même auprès du Président de République par lettre du 25 octobre 2013 :

  • CFE–‐CGC Spectacle– Pôle fédéral CGC spectacle et action culturelle et ses syndicats (SNACOPVA
  • CFE–‐CGC, SNAPS CFE–‐CGC, SNCAMTC CFE–‐CGC)
  • CGT Culture –   Union syndicale des personnels  des affaires culturelles 
  • CGT Spectacle– Fédération nationale des syndicats du spectacle, du cinéma, de l’audiovisuel et
  • de l’action culturelle CGT et ses syndicats (SFA, SNAM, SNAP, SYNPTAC)
  • CIPAC – Fédération des professionnels de l’art contemporain
  • CPDO  –  Chambre professionnelle des directions d’opéras
  • F3C CFDT – Fédération communication conseil culture CFDT
  • FASAP-‐FO – Fédération des arts, du spectacle, de l’audiovisuel et de la presse Force Ouvrière
  • et ses syndicats (SNLA–‐FO, SNM–‐FO, SNSV–‐FO)
  •  FRAAP – Fédération des réseaux et associations d’artistes plasticiens,
  • PROFEDIM  –  syndicat professionnel des producteurs, festivals , ensembles, diffuseurs indépendants de musique
  • SCC – Syndicat du cirque de création
  • SMA – Syndicat des musiques actuelles
  • SNSP – Syndicat national des scènes publiques
  • SPI – Syndicat des producteurs indépendants
  • SYNAVI – Syndicat national des arts vivants
  • SYNDEAC – Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles
  • SYNOLYR – Syndicat national des orchestres et théâtres lyriques.

*Président de Trempolino, docteur d’Etat ès sciences économiques et maître de conférences à l’université Rennes 2 Haute-Bretagne dont il fut le vice-président de 1982 à 1986, Jean-Michel Lucas fut également conseiller technique au cabinet du ministre de la Culture Jack Lang de 1990 à 1992, où il y impulsa notamment le programme « Cafés Musiques ». Nommé Directeur régional des affaires culturelles d’Aquitaine en 1992, il mit en place une politique culturelle d’État en étroit partenariat avec les collectivités locales, et avec comme préoccupation de valoriser la place de la culture dans les politiques de la ville et des territoires ruraux. Ce « militant de l’action culturelle », connu sous le pseudonyme de Doc Kasimir Bisou, a participé à plusieurs projets sur le devenir des politiques culturelles et sur les légitimités dans lesquelles elles s’inscrivent. En Bretagne comme en Aquitaine, il fut par ailleurs à l’origine de nombreuses réalisations concernant les musiques amplifiées (RAMA, festival d’Uzeste, Rencontres Trans Musicales de Rennes…).

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Pour repenser les enjeux culturels publics

Jjean-michel_lucas_opinionean-Michel Lucas s’est livré à un exercice de synthèse de l’ossature de l’argumentaire qu’il défend pour repenser les enjeux des politiques culturelles publiques, loin des approches actuelles repliées sur les enjeux particuliers du secteur comme des territoires.

Il en rappelle ici les balises universelles de la responsabilité culturelle publique dans une société soucieuse du développement des droits  humains.

 

A – Une éthique culturelle à quatre balises

Pour repenser les enjeux culturels publics, l’argumentaire développé ici repose sur le lien indissociable entre « culture » et « humanité ».

1 – Son point de départ est la Déclaration Universelle des droits de l’homme de 1948 pour laquelle l’idée même d’humanité impose que les êtres humains soient libres et égaux, en dignité et en droits, dotés de raison et faisant preuve de solidarité. Cette éthique publique universelle est la première balise indépassable : elle considère que pour faire humanité ensemble les personnes doivent être reconnues dans leurs droits fondamentaux à la liberté, à la dignité.

2 – La deuxième balise éthique s’en déduit : chaque être humain porte ses convictions, ses valeurs, ses croyances, sa manière de saisir le monde à travers son identité culturelle singulière. Nul ne peut lui dénier sa « culture » sans porter atteinte à sa liberté et à sa dignité, sans l’exclure de l’horizon commun de l’humanité. Chaque personne étant libre, elle échafaude son identité culturelle à sa façon, laquelle évolue au gré des relations avec les autres. Cela signifie que la personne n’est pas astreinte à une identité figée une fois pour toutes [1].

3 – La troisième balise impose que s’organise le maximum d’interactions entre toutes ces identités culturelles.

La légitimité accordée aux identités culturelles ne vaut que si les relations entre les personnes conduisent à la reconnaissance réciproque des unes par les autres. C’est la condition du vivre ensemble qui nécessite que la personne ajuste sa liberté et sa dignité culturelles à la liberté et la dignité culturelles des autres personnes. C’est en ce sens que la politique culturelle publique doit inévitablement considérer que « faire culture », c’est faire humanité ensemble, selon la définition de la culture de la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels [2] : la première responsabilité culturelle publique est de favoriser ces interactions réciproques entre les identités culturelles des personnes pour progresser vers une meilleure humanité [3]. Les politiques culturelles de l’Etat comme des collectivités devraient donc résister à leur enfermement dans une approche sectorielle des offres et des besoins de produits fabriqués par les professionnels des disciplines artistiques !

4 – La quatrième balise est celle de l’accès à plus d’autonomie. Certes, chaque identité culturelle singulière puise dans les références des groupes qui ont vu naître et grandir la personne ; mais l’espace public, par les interactions de reconnaissance qu’il suscite entre les identités culturelles, doit permettre à chacun de devenir un peu plus autonome dans ses choix culturels. L’enjeu public universel est de préserver « l’attachement » des personnes à leurs cultures d’origine pour mieux favoriser leurs « arrachements » nécessaires pour qu’elle s’affirment comme des personnes singulières [4]. La finalité est l’émancipation de la personne en humanité, au delà de son épanouissement individuel. Cet argumentaire conduit à affirmer que la politique publique doit renoncer à penser en terme d’identités culturelles collectives (identité du territoire, du groupe ethnique, de la religion..) comme si la personne était condamnée à subir le référentiel culturel des collectifs qui l’ont vu naître. Au mieux, on parlera « d’identifications » multiples de la personne aux collectifs qui nourrissent son identité, en veillant que soit respectée la balise de la liberté.

B – Ces balises de l’éthique publique de la culture étant posées, quelle est leur portée dans la pratique politique ?

1- Aucune réalité pratique ne pouvant être conforme aux principes, il y a TOUJOURS à discuter. Toujours à débattre sur ce qui est « bien » pour une identité culturelle et « mauvais » pour l’autre ! Les quatre balises doivent être considérées comme des points d’appui partagés (universels) pour guider les discussions publiques vers une décision qui permettra de faire un peu mieux humanité ensemble. Il s’agit d’organiser la « palabre » en confrontant les identités culturelles des personnes. La palabre est impérative pour accéder aux nécessaires interactions réciproques, bien au delà des formules simplistes de la participation citoyenne au bien commun. Les 4 balises sont les points de repère qui permettent d’apprécier si les compromis partiels issus de la discussion collective permettent le développement des droits humains. En ce sens un bon compromis devra être porteur de plus de droits humains conduisant les personnes à accéder à plus de liberté, plus de dignité, plus de relations de reconnaissance réciproque avec les autres, plus de capacités à agir et réagir pour plus d’humanité ensemble. Cette vision de l’humanité (approche ABDH [5]) a des conséquences immédiates sur la conception du développement de la planète. Elle met la personne et ses libertés au premier rang pour bâtir l’avenir et ne se contente pas de penser le développement en terme de réponses à de simples besoins. Comme le dit SEN : « si l’importance des vies humaines tient aussi à la liberté dont nous jouissons, l’idée de développement durable est à reformuler en conséquence » [6]. En ce sens, le respect des 4 balises impose de concevoir le développement durable comme un développement humain durable. [7]

C’est une quête éthique à ré-affirmer chaque jour et partout, puisque l’idéal des Droits Humains restera toujours un horizon à conquérir. D’où l’importance stratégique de la politique culturelle en démocratie.

2 – La palabre doit être correctement organisée. Elle doit être acceptée comme forme de négociation fondée sur la discussion « libre, ouverte et documentée » [8] sur la base d’arguments aussi rationalisés que possible. Chacun doit pouvoir disposer des outils permettant l’expression de ses « bonnes raisons » d’affirmer sa liberté, sa dignité et ses intérêts ! La polémique entre les identités et les différentes formes d’expression des conflits doit laisser place à la discussion démocratique et raisonnée entre les personnes (seules ou en groupes). Loin d’être une perte de temps pour l’action, cette démocratie, comme gouvernement par la discussion, est la condition d’une meilleure reconnaissance réciproque des identités culturelles, donc, du Mieux Vivre ensemble dans une société aspirant à devenir plus juste. Même s’il restera toujours de situations de conflits qui devront se résoudre autrement.

3 – Dans cette approche, les personnes sont alors « parties prenantes » des multiples délibérations de compromis qui forgent les règles de vie, formelles et informelles, de nos quotidiens. La société civile – notamment la vie associative – devient essentielle pour élaborer ensemble les standards du Vivre ensemble entre les identités culturelles des personnes – du pas de sa porte à son quartier, de sa ville à l’Europe ou au monde. Le plus d’humanité n’est pas seulement une affaire d’Etat car aucune personne n’est dispensée d’être un acteur du Vivre ensemble comme enjeu du développement des droits humains de chacun.

4 – Dans cette dynamique collective de relations entre les personnes, seules ou en groupes, la politique culturelle devra se préoccuper au premier chef des processus qui conduisent les uns et les autres à accéder à plus de reconnaissance de leur identité culturelle. Sa responsabilité sera de favoriser les trois formes concrètes de la reconnaissance : les gains de confiance en soi, liés aux relations d’empathie entre les personnes; les gains de respect de soi, liés au renforcement de droits à égalité de tous les autres ; les gains d’estime de soi, liés à la valeur particulière que les autres accordent aux activités de la personne.

5 – Une politique publique qui ignorerait les trois volets de la reconnaissance de la personne ouvrirait la voie à la société du mépris avec son cortège de « luttes pour la reconnaissance » par lesquelles les personnes s’affirment dans leurs identités culturelles à travers leur puissance d’agir ensemble. Cette dynamique des luttes pour la reconnaissance impose souvent des terrains de négociations inédits que la politique publique soucieuse du développement des droits humains doit savoir prendre en compte pour accéder à des compromis partiels, …. jusqu’aux prochaines tensions de reconnaissance.

 6 – Cette approche des enjeux culturels pour l’humanité accorde un rôle fondamental aux professionnels des arts.

a ) D’abord en application de la balise universelle de la liberté.

Les balises de la bonne humanité évoquée plus haut fixent les règles de réciprocité auxquelles chacun doit se conformer pour vivre ensemble. Mais par définition, ce compromis est inhumain car il fige l’expression de la liberté : s’il fallait que ces règles d’humanité demeurent inchangées, l’humanité ne le serait plus car elle poserait des interdits définitifs à l’expression des imaginaires. Or, la balise de la liberté d’appréhender le monde est universelle alors que les règles de la vie collective sont relatives aux circonstances.

Ainsi, la liberté d’expression artistique est là pour déplacer les bornes des compromis que la société humaine se donne à chaque moment, sur chaque territoire. C’est une responsabilité politique fondatrice des droits humains que de la garantir sous peine de sclérose de l’humanité.

b) En second lieu, l’enjeu de l’action collective est le développement des capabilités pour progresser vers une société plus juste où chaque personne peut, librement, mieux choisir « ce qu’elle a de bonnes raisons de valoriser ». (SEN) Si la personne se réfère toujours aux mêmes ressources culturelles, ses choix seront figés et réduits à la reproduction de l’identité culturelle stéréotypé des groupes auxquels elle se rattache. Pour faire toujours un peu mieux humanité ensemble, il est d’enjeu universel que les personnes puissent accéder à d’autres références, multiplier les interactions pour ouvrir de nouveaux parcours aux imaginaires et favoriser une plus grande puissance d’agir pour une meilleure reconnaissance. Pour pouvoir emprunter ces parcours d’émancipation, l’espace public (marchand ou non marchand) doit offrir aux personnes des opportunités de reconnaître le meilleur des disciplines artistiques. Il ne faut pourtant pas se tromper : si les professionnels du secteur artistique sont indispensables, seule la personne est légitime à débattre de ce qui accroît sa liberté et sa dignité de personne humaine SINGULIERE, sous peine de voir la politique culturelle « réifier » la personne en objet de marketing, en « public fidèle », en « habitant » ou « population éloignée de la culture.

c) Enfin, les responsables culturels publics devraient nécessairement s’assurer que les échanges marchands de produits culturels sont bien conformes aux enjeux de développement des droits humains des personnes. Ils ne devraient pas se contenter d’agir pour le développement des fréquentations des publics et des chiffres d’affaires des industries du secteur. En conséquence, ils devraient privilégier les organisations culturelles de l’économie solidaire qui garantissent le respect des quatre balises dans leurs relations aux personnes, en interne et en externe. Le développement des droits humains ne peut se contenter de la rentabilité marchande, même lorsqu’elle est répartie de manière plus juste.

Ainsi, l’enjeu culturel public ne relève pas d’une « exception » à la vie normale des êtres humains : il consiste à se mettre au service d’une humanité qui trouve plus juste que les personnes disposent de plus de libertés, de plus de dignité, de plus de capabilités, de plus de responsabilités pour faire un peu mieux « humanité ensemble ».

Jean-Michel LUCAS / Doc Kasimir Bisou* le 15/10/2013

Président de Trempolino, docteur d’Etat ès sciences économiques et maître de conférences à l’université Rennes 2 Haute-Bretagne dont il fut le vice-président de 1982 à 1986, Jean-Michel Lucas fut également conseiller technique au cabinet du ministre de la Culture Jack Lang de 1990 à 1992, où il y impulsa notamment le programme « Cafés Musiques ». Nommé Directeur régional des affaires culturelles d’Aquitaine en 1992, il mit en place une politique culturelle d’État en étroit partenariat avec les collectivités locales, et avec comme préoccupation de valoriser la place de la culture dans les politiques de la ville et des territoires ruraux. Ce « militant de l’action culturelle », connu sous le pseudonyme de Doc Kasimir Bisou, a participé à plusieurs projets sur le devenir des politiques culturelles et sur les légitimités dans lesquelles elles s’inscrivent. En Bretagne comme en Aquitaine, il fut par ailleurs à l’origine de nombreuses réalisations concernant les musiques amplifiées (RAMA, festival d’Uzeste, Rencontres Trans Musicales de Rennes…).

 

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Notes

[1] On doit considérer que les identités des personnes sont « variées, plurielles et dynamiques », comme le dit la Déclaration universelle sur la diversité culturelle de 2001.

Voir site Unesco :

http://portal.unesco.org/fr/ev.php- URL_ID=13179&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

[2] Voir la déclaration sur le site http://www.unifr.ch/iiedh/fr/publications/declaration

[3] Ce qui est étonnant c’est que le législateur français continue en 2013 à réduire la culture à des offres de produits sur les territoires (voir par exemple la commission des affaires culturelles sur la loi de décentralisation :

http://www.assemblee-nationale.fr/14/rapports/r1207.asp)

[4] Voir le précieux enseignement d’Alain Renaut dans « l’Humanisme de la diversité » éditions Flammarion.

[5] Voir l’Approche Basée sur les Droits de l’Homme en développement, http://unifribourg.ch/iiedh/assets/files/DS/DS19- ABDH-3.pdf

[6] Amartya SEN « L’idée de justice » Flammarion, page 306.

[7] Pour une démonstration détaillé voir JM Lucas et Doc Kasimir Bisou « Culture et développement durable » éditions IRma 2012

[8] Selon l’expression d’Amartya Sen dans « L’idée de justice » , (disponible en collection poche Champs).

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Sur le projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles / 2

Pour prolonger et enrichir le débat, nous avons le plaisir de publier la deuxième partie de la note de Jean-Michel Lucas sur le projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles, dans le cadre de l’audition du 18 juin à la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale.

jean-michel_lucas_opinionC- Pour dépasser ces difficultés, on doit envisager une autre perpective pour définir l’enjeu culturel public dans les territoires.

1 – Pour cela, il faut certainement éviter de revenir en arrière en renforçant le pouvoir de contrôle et d’expertise des services du ministère de la culture,  pour la raison simple que les collectivités ont progressivement recruté des professionnels aux compétences similaires à celles des agents des Drac.  [3]

2-  La seule perspective de changement est ailleurs  mais elle nécessite une autre approche de l’enjeu culturel public.

Je la formulerai ainsi : la loi devra permettre à chaque collectivité de réaliser, librement, ce qui lui semble conforme à l’intérêt local,  à la condition de respecter des principes communs à toutes les collectivités, au niveau national. Les collectivités, seules ou en partenariat  entre elles, seraient ainsi « autonomes » dans la détermination de leur programme d’actions culturelles mais toutes devront  partager les mêmes valeurs communes définies par la loi.

3 –  Il n’est pas difficile de déterminer ces valeurs partagées garantissant la cohérence de sens de la politique culturelle nationale, sans pour autant brider l’action locale des collectivités et de la société civile. Il suffit que la loi rappelle que la France a approuvé, unanimement, les termes de la « Déclaration universelle sur la diversité culturelle » à l’Unesco en 2001.

4- A cet égard, il ne s’agit que d’actualiser le logiciel de pensée des rédacteurs du projet de loi, en leur rappelant que, depuis les formulations de 1999 que j’ai évoqués plus haut, l’approche des enjeux culturels publics a été fortement modifiée. L’Etat français a approuvé des textes normatifs l’engageant, devant la communauté internationale, à mettre en oeuvre les  valeurs de la diversité culturelle. Une loi sur la modernisation de l’action publique ne peut pas totalement l’ignorer !

J’ajoute que cette évolution est déjà revendiquée par les élus à la Culture fédérés au sein de la FNCC qui a explicitement demandé au gouvernement « d ‘inscrire de nouvelles missions pour les élus : la mise en oeuvre de la Charte de l’Unesco pour la diversité culturelle. » (L’expression la plus juste aurait dû être « la Déclaration Universelle sur la Diversité culturelle »).

5 –  Si cette perspective était retenue, le texte de loi n’aurait qu’à viser, dans ses attendus, la Déclaration de 2001 en précisant que les interventions culturelles des collectivités auront obligatoirement à respecter les principes énoncés par ce texte. Ainsi, chaque collectivité devra assurer que son programme d’actions en matière d’art et de culture contribuera, comme l’indique l’article 2 de la Déclaration  à améliorer le vivre ensemble et à  développer les capacités créatrices de chacun,  dans le respect des droits de l’homme.[4]

6 – Ce changement d’approche met en avant les enjeux humanistes de la politique culturelle sans empiéter sur la capacité d’initiatives locales, en matière de gestion des projets.

On peut ainsi suggérer que, sauf à renoncer aux positions prises par l’Etat français à l’Unesco, le  texte de loi énonce que :

 » Chaque collectivité est  appelée, au titre de sa compétence de développement culturel, à organiser librement ses interventions culturelles dans le cadre d’un schéma de développement qui vise à « assurer  une interaction harmonieuse et un vouloir vivre ensemble de personnes et de groupes aux identités culturelles, à la fois plurielles, variées et dynamiques » et à favoriser ainsi « les échanges culturels et l’épanouissement des capacités créatrices qui nourrissent la vie publique ». [5]

7 – Une telle approche humaniste de la responsabilité culturelle publique nécessite évidement de dépasser l’approche sectorielle habituelle, limitée à l’offre de biens culturels et à leur réception par des publics. [6]

Ainsi, lorsque l’élu procède aux choix d’un projet, il est en mesure d’énoncer la valeur culturelle d’intéret général à la fois pour le territoire mais aussi pour la nation toute entière. L’unité de la politique culturelle est assurée par ces valeurs communes d’interactions entre les cultures et d’épanouissement des capacités créatrices, et non par les seuls critères techniques des spécialistes des disciplines artistiques.

Pour saisir la dimension concrète de cette perspective je citerai la mission d’intérêt général confiée  par la collectivité de Newcastle à ses musées ( Tyne and Wear archive and museum) :  » Our mission is to help people determine their place in the world and define their identities, so enhancing their self-respect and their respect for others. »  La valeur culturelle d’intérêt général pour ce territoire est bien la valeur politique des relations entre les identités culturelles, des interactions harmonieuses (dans le respect réciproque des personnes) et les professionnels jouent un role important au sens où ils apportent leurs compétences aux personnes pour qu’elles se situent mieux au monde grâce à leur relation avec l’univers des arts.[7] Résultat : les musées de Newcastle sont fréquentés par 1,8 millions de personnes dans une agglomération de 1 million d’habitants, ce qui devrait impressionner le législateur français pour peu qu’il soit attentif aux taux de fréquentation de nos musées.

 8- Ces exigences de sens pour la culture, au delà des légitimes préoccupations de gestion d’équipements culturels coûteux, nécessitent de renforcer les concertations avec toutes les parties prenantes de la vie culturelle sur les territoires.

Comme l’exprime clairement la FNCC, il s’agit d’imaginer « des politiques culturelles pour les personnes, par les territoires » et, de ce point de vue, cette perspective appelle à élargir  « la participation des citoyens dans les prises de décisions », ce qui est très nouveau pour les politiques culturelles françaises qui ont longtemps résisté à cet impératif.

9 – Dans une société ouverte et soucieuse de proximité avec les citoyens, les politiques culturelles devraient ainsi mieux répondre à la nécessité de permettre aux cultures, dans leur diversité, de faire « humanité ensemble », selon la définition de la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels. [8]

10 –  Il me semble que cette approche  globale de  la politique culturelle est totalement en phase avec l’esprit de la loi de modernisation de l’action publique. En reprenant à son compte les valeurs de la Déclaration de 2001 comme autant de balises partagées par tous les responsables publics, la loi faciliterait les discussions entre les intérêts particuliers, pour mieux aboutir à l’élaboration de schémas régionaux, départementaux, locaux et de pactes de gouvernance adaptés à la réalité du terrain  mais répondant aux mêmes exigences humanistes.

11-  Cette approche conduit à affirmer que l’enjeu culturel public est partout, et pas seulement dans des équipements spécialisés.

Il faut donc en conclure qu’il serait contradictoire  de vouloir simplifier la répartition des compétences culturelles alors qu’aucune responsabilité publique ne peut échapper à l’exigence culturelle du vivre ensemble et de l’épanouissement des capacités créatrices. Il faut surtout accepter que la politique culturelle ne soit plus uniquement composée d’offres culturelles produites et vendues, mais construites à partir des relations entre des personnes qui ont des conceptions du monde différenciées et qu’il faut pourtant faire vivre ensemble  avec un minimum d’harmonie.

En conséquence, chaque collectivité devrait être appelée à élaborer son schéma de développement culturel répondant aux valeurs communes énoncées en terme « d’interactions », de « vivre ensemble » et « d’épanouissement des capacités créatrices ».

12 – On pourrait toutefois considérer que le territoire communal (ou les regroupements) devrait avoir obligation de mettre en place un schéma de développement culturel tandis que les autres collectivités pourraient n’avoir qu’une faculté de concevoir un tel schéma.

Par contre, pour répondre à l’objectif de moderniser en simplifiant, il est concevable que le controle financier soir mobilisé pour refuser tout apport de ressources publiques à des projets culturels  qui ne seraient pas intégrés à un schéma de développement culturel territorial répondant aux valeurs énoncées.

Dans cette logique de mise en cohérence, les financements croisés ne seraient plus définis à partir de projets sectoriels/disciplinaires. Ils ne deviendraient autorisés que si le projet trouve sa place dans les schémas de chacune des collectivités concernées, de telle sorte que l’action réponde à des valeurs culturelles partagées par tous les  parties prenantes.

Exemple : il serait tout a fait concevable qu’une région souhaite organiser, par exemple, un festival de danse. Le financement de ce festival ne serait autorisé  que s’il est intégré au schéma de la région  mais aussi aux schémas de chacune des collectivités où se déroulerai ce festival, ce qui singifierait qu’il apporte sa contribution aux interactions culturelles, au vivre ensemble  et à l’épanouissement des capacités créatrices.

Ce mécanisme réduira le poids des lobbies spécialisés et obligera au moins, au débat public, sur le sens des projets culturels,  au delà de leur qualité disciplinaire.

13  – Dans cette cohérence,  le Haut Conseil des territoires devrait se doter d’une section spécifique permettant collectivement d’évaluer les réponses apportées par les territoires aux enjeux culturels fixés par la loi.

Compte tenu des  finalités de la loi de modernisation et particulièrement de ses préoccupations de voir l’action publique mieux concourir aux objectifs de croissance, la section culturelle du Haut Conseil devra veiller particulièrement à ce que se traduisent dans la réalité des territoires les engagements de faire de la « diversité culturelle un facteur de développement ».

Etant rappelé, ici, l’argument de l’article 3 de la Déclaration Universelle sur la Diversité Culturelle :  « La diversité culturelle élargit les possibilités de choix offertes à chacun ; elle est l’une des sources du développement, entendu non seulement en termes de croissance économique, mais aussi comme moyen d’accéder à une existence intellectuelle, affective, morale et spirituelle satisfaisante. »

13 – Il est certain que nos engagements à l’Unesco sur la diversité culturelle peuvent être mal compris et faire débat s’ils étaient repris in extenso dans un texte législatif concernant la modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles.

Toutefois, indiquer dans la loi, l’enjeu culturel de la diversité serait ouvrir une voie que nombre d’élus à la culture, dont ceux de la FNCC, accueilleraient avec intérêt, pour que la politique culturelle puisse enfin relier les personnes pour un meilleur vivre ensemble dans la république décentralisée, à l’heure d’une mondialisation croissante.

Jean-Michel Lucas *

Président de Trempolino, docteur d’Etat ès sciences économiques et maître de conférences à l’université Rennes 2 Haute-Bretagne dont il fut le vice-président de 1982 à 1986, Jean-Michel Lucas fut également conseiller technique au cabinet du ministre de la Culture Jack Lang de 1990 à 1992, où il y impulsa notamment le programme « Cafés Musiques ». Nommé Directeur régional des affaires culturelles d’Aquitaine en 1992, il mit en place une politique culturelle d’État en étroit partenariat avec les collectivités locales, et avec comme préoccupation de valoriser la place de la culture dans les politiques de la ville et des territoires ruraux. Ce « militant de l’action culturelle », connu sous le pseudonyme de Doc Kasimir Bisou, a participé à plusieurs projets sur le devenir des politiques culturelles et sur les légitimités dans lesquelles elles s’inscrivent. En Bretagne comme en Aquitaine, il fut par ailleurs à l’origine de nombreuses réalisations concernant les musiques amplifiées (RAMA, festival d’Uzeste, Rencontres Trans Musicales de Rennes…).

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Notes

[3] On peut faire l’hypothèse d’un consensus suffisant sur la répartition actuelle des responsabilités concernant les monuments historiques, l’archéologie,  les archives ou les bibliothèques.

[4]  Article 2 de la déclaration Universelle sur la diversité culturelle : « Dans nos sociétés de plus en plus diversifiées, il est indispensable d’assurer une interaction harmonieuse et un vouloir vivre ensemble de personnes et de groupes aux identités culturelles à la fois plurielles, variées et dynamiques. Des politiques favorisant l’inclusion et la participation de tous les citoyens sont garantes de la cohésion sociale, de la vitalité de la société civile et de la paix. Ainsi défini, le pluralisme culturel constitue la réponse politique au fait de la diversité culturelle. Indissociable d’un cadre démocratique, le pluralisme culturel est propice aux échanges culturels et à l’épanouissement des capacités créatrices qui nourrissent la vie publique.

[5]  Concernant les métropoles, la formulation de leurs responsabilités culturelles, à l’article L521-2,  pourrait être : La métropole exerce de plein droit, en lieu et place des communes membres, les compétences suivantes : …… 1° en matière de développement ………… culturel : …………… définition d’un schéma culturel métropolitain visant à assurer une interaction harmonieuse et un vouloir vivre ensemble de personnes et de groupes aux identités culturelles, à la fois plurielles, variées et dynamiques » et à favoriser ainsi « les échanges culturels et l’épanouissement des capacités créatrices qui nourrissent la vie publique».

[6]  Il suffit de citer l’article 4 de la Déclaration universelle sur la diversité culturelle pour s’en assurer  : « La défense de la diversité culturelle est un impératif éthique, inséparable du respect de la dignité de la personne humaine. Elle implique l’engagement de respecter les droits de l’homme et les libertés fondamentales,.. ».

[7] Je n’insiste pas pour comparer cette définition  avec les missions que la loi française confie aux musées qui se contente de qualifier l’offre et d’espérer le « plaisir » des clients.. (« Est considérée comme musée, au sens du présent livre, toute collection permanente composée de biens dont la conservation et la présentation revêtent un intérêt public et organisée en vue de la connaissance, de l’éducation et du plaisir du public. « 

[8] Déclaration de Fribourg : a. le terme «culture» recouvre les valeurs, les croyances, les convictions, les langues, les savoirs et les arts, les traditions, institutions et modes de vie par lesquels une personne ou un groupe exprime son humanité et les significations qu’il donne à son existence et à son développement ; b. l’expression «identité culturelle» est comprise comme l’ensemble des références culturelles par lequel une personne, seule ou en commun, se définit, se constitue, communique et entend être reconnue dans sa dignité. 

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Sur le projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles /1

Pour prolonger et enrichir le débat, nous avons le plaisir de publier la note de Jean-Michel Lucas sur le projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles, dans le cadre de l’audition du 18 juin à la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale.

jean-michel_lucas_opinionJ’ai examiné le  projet  de loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles sous l’angle des enjeux culturels et je voudrais d’abord vous faire part de ma perplexité, avant de suggérer une perspective qui me parait plus conforme aux ambitions de modernisation  de l’action publique souhaitée par la loi.

A- je note, en premier lieu, que la conception des responsabilités culturelles des collectivités territoriales ne s’appuie sur aucune réflexion innovante.

1- La référence aux langues régionales dans les responsabilités des régions ne fait que prendre en compte une revendication ancienne, très ancienne  qui ne comporte même pas de référence aux « cultures régionales » !

2- Les responsabilités culturelles des métropoles sont formalisées quasiment dans les mêmes termes [1] que dans la loi Chevénement de 1999 :   » Construction ou aménagement, entretien, gestion et animation d’équipements, de réseaux d’équipements ou d’établissements culturels, socioculturels, socio-éducatifs, sportifs, lorsqu’ils sont d’intérêt communautaire ».

Cette formulation réduit la « culture publique » à des batiments et des institutions,  alors que la plupart des élus, notamment des grandes villes, observent que la vitalité culturelle de leur territoire émane d’une multitude d’initiatives qui, de surcroit, déplacent le périmètre traditionnel du domaine culturel. Dans une métropole  ouverte sur le monde,  les initiatives puisant dans les ressources du numérique, les pratiques musicales en particulier nocturnes, les manifestations festives et attractives, les interventions d’artistes dans l’espace public, la  variété des cultures venues d’ailleurs sont à ce point actives et créatives qu’on se demande pourquoi les rédacteurs du projet de loi sont restés figés sur les catégories culturelles de la fin du  siècle précédent.

3 – Le projet aurait pu, par exemple emprunter à l’article L4433-27  du Code général des collectivités territoriales qui préfère énoncer que la collectivité a la responsabilité de « définir un programme des actions qu’elle entend  mener en matière culturelle ». Pour qu’elle s’exerce pleinement, une telle responsabilité suppose une large concertation et une forte mobilisation des parties prenantes  du territoire,  ce qui me parait être plus conforme aux aspirations du présent  projet de loi.

Je trouve dommage que cette approche culturelle n’ait pas été retenue et qu’elle demeure limitée à certaines  régions  – Guadeloupe, Guyane,  Martinique, Mayotte et Réunion  – comme si la république décentralisée considérait que la responsabilité culturelle là-bas ne pouvait pas s’appliquer dans les grandes cités métropolitaines ou dans les  régions de l’hexagone. [2]

B – Je voudrais aussi exprimer ma perplexité devant le retour à l’identique de la clause de compétence générale pour les régions et les départements.

1 – Il faut reconnaitre que cette disposition répond à une revendication qui avait été l’un des axes forts de l’opposition des élus et des professionnels culturels à la loi de décembre 2010.

Je ne reviendrai pas sur les atouts positifs de ce retour  à la compétence générale, dont on sait qu’elle a permis à nombre de collectivités d’innover par rapport aux  politiques culturelles de l’Etat, notamment en renforçant la cohérence territoriale des actions culturelles.

Malgré l’unanimité du milieu dit culturel en faveur de la compétence générale, je crois nécessaire d’observer que l’approche proposée par le texte de loi est insatisfaisante. En effet, le statu quo de la compétence générale comporte plusieurs risques majeurs.

2 – Le premier  est évidemment la segmentation de  l’action culturelle publique nationale.  Chaque collectivité a sa propre temporalité et élabore à son gré sa propre politique culturelle. Si chaque territoire reste indépendant dans la détermination de ses finalités et de ses actions culturelles, l’idée même d’une politique culturelle ayant une dimension nationale disparaît.

L’idée de « Pacte de gouvernance » (article 5 du projet  de loi) confirme cette acceptation de la segmentation de la responsabilité publique culturelle par la république décentralisée. En effet, le  projet ne prévoit pour la culture aucun chef de file et les schémas territoriaux pourront, ou non, inclure une dimension culturelle, laquelle sera donc  à géométrie très variable.

Il est manifeste que pour les concepteurs du projet de loi, l’enjeu culturel a si peu d’importance qu’il n’y a aucune nécessité de définir des règles nationales communes aux collectivités. Si l’on en reste là, chacune des collectivités mettra dans sa politique culturelle les valeurs et pratiques qui lui semblent bonnes, dans l’indifférence de la loi commune.

3- L’absence de cadrage de la compétence générale appliquée à la culture porte en elle un autre risque :  au vu de l’histoire de la politique culturelle dans notre pays,  il sera bien difficile pour les élus d’éviter les effets des clientélismes locaux qui resteront toujours aussi dominants dans le choix des équipements culturels prioritaires sur le territoire.  De ce point de vue,  si des garde-fous ne sont pas introduits dans le  projet de loi, la répartition socio économique actuelle des  bénéficiaires des équipements et établissements culturels publics demeurera ce qu’elle est depuis longtemps.

4 – J’ajouterai  que le projet  de loi ne précisant pas qu’elles pourraient être les valeurs culturelles à partager sur l’ensemble du territoire national, les collectivités s’appuieront sur leurs réseaux de professionnels culturels  pour énoncer les critères de sélection des projets.

Je précise ce risque du point de vue de l’Etat de droit : certes, aujourd’hui les élus définissent les valeurs d’intérêt général qu’ils confient à chacun de leur  équipement culturel et, sur cette base, ils choisissent les professionnels les mieux placés pour mettre en oeuvre ces valeurs. On dira par exemple que l’établissement devra proposer une offre de qualité artistique et travailler en partenariat  avec le milieu scolaire et les quartiers,  assurer un rayonnement régional ou contribuer à l’attractivité touristique. La valeur culturelle d’intérêt général sera alors associée à des valeurs économiques et sociales, jugées bonnes pour le territoire par les élus. Toutefois, dans cette configuration, le politique n’a pas de responsabilité dans le choix des valeurs culturelles d’intérêt général car elles sont déterminées exclusivement par les professionnels de chaque  discipline artistique. Elles sont fondées sur des critères qui appartiennent seulement aux spécialistes de la discipline et auxquels les citoyens et les élus n’ont pas accés, et ont, encore moins, la légitimité d’en discuter. L’intérêt général culturel est sous controle de la compétence d’expertise des professionnels ( ce que l’on appelle en pratique la « qualité » du projet culturel).

Tant que les services spécialisés du Ministère de la culture controlaient les recrutements des professionnels, la République pouvait encore croire que tous ces choix relatifs et techniques des spécialistes des disciplines des arts concuurraient à enrichir la Nation d’une même valeur culturelle de référence, puisque la mission confiée par l’Etat au ministère etait de sélectionner parmi toutes les activités artistiques uniquement celles qui avaient une valeur de référence pour toute l’humanité (les oeuvres capitales de l’humanité dans le décret instituant le ministère).

Mais avec la compétence générale, cette fiction du référentiel commun des valeurs culturelles n’est plus recevable. Les choix culturels des élus n’ont plus qu’une valeur locale puisque  l’Etat n’a jamais envisagé de confier aussi aux collectivités la mission de ne choisir que des projets culturels de référence ayant « valeur capitale pour l’humanité », tout juste les collectivtés territoriales peuvent -elles faire des choix qui répondent aux « besoins des habitants ».

En conséquence, si la loi ne fixe pas des valeurs culturelles communes pour tous les  territoires, l’élu fera des choix de valeurs culturelles qui n’auront qu’une valeur locale, avec tous les dangers du repli culturel que l’on connait (la culture entre soi). Ou alors l’élu s’en remettra empiriquement aux valeurs des  réseaux de professionnels qu’il connait et apprécie. Il continuera à se retrouver en situation de dépendance vis à vis des critères de « qualité » énoncés par ces réseaux, avec la relativité de leurs choix artistiques qui affaiblit la crédibilbité des politiques culturelles publiques.

L’observation est banale et les élus à la culture en témoignent de plus en plus souvent: la responsabilité de l’expert  culturel s’impose trop souvent à la responsabilité du politique. De ce point de vue, le projet de loi n’apporte aucune perspetive de modernisation de l’action  publique.

5 – Enfin, sans vigilance particulière du législateur, il est fort probable que la tendance des politiques culturelles locales sera de privilégier les projets  ayant un impact déterminant sur la vie économique du territoire. La compétence générale acentuera cette tendance d’autant plus nettement qu’elle n’est assortie d’aucune ressource publique particulière. Beaucoup de territoires se positionnent déjà en concurrence culturelle avec les autres et il est difficile de penser que la loi de décentralisation, même légitimement préoccupée par l’enjeu de croissance,  puisse accorder des vertus à cette rude compétition culturelle entre les collectivités.

A l’heure où la France revendique l’exception culturelle, il est particulièrement curieux de constater que le projet de loi oublie d’en rappeler les règles aux  « territoires créatifs » et autres « clusters culturels » qui évaluent leurs objectifs publics à  la seule rentabilité marchande des acteurs culturels !

Jean-Michel Lucas*.

Président de Trempolino, docteur d’Etat ès sciences économiques et maître de conférences à l’université Rennes 2 Haute-Bretagne dont il fut le vice-président de 1982 à 1986, Jean-Michel Lucas fut également conseiller technique au cabinet du ministre de la Culture Jack Lang de 1990 à 1992, où il y impulsa notamment le programme « Cafés Musiques ». Nommé Directeur régional des affaires culturelles d’Aquitaine en 1992, il mit en place une politique culturelle d’État en étroit partenariat avec les collectivités locales, et avec comme préoccupation de valoriser la place de la culture dans les politiques de la ville et des territoires ruraux. Ce « militant de l’action culturelle », connu sous le pseudonyme de Doc Kasimir Bisou, a participé à plusieurs projets sur le devenir des politiques culturelles et sur les légitimités dans lesquelles elles s’inscrivent. En Bretagne comme en Aquitaine, il fut par ailleurs à l’origine de nombreuses réalisations concernant les musiques amplifiées (RAMA, festival d’Uzeste, Rencontres Trans Musicales de Rennes…).

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Notes

[1] Dans le projet  de loi,  il est question de « fonctionnement » et non « d’animation » : c) Construction, aménagement, entretien et fonctionnement d’équipements culturels, socio-culturels, socio-éducatifs et sportifs d’intérêt métropolitain ; »

[2] Je voudrais aussi faire observer que  dans le texte des compétences des métropoles, le projet de loi prétend pouvoir dissocier les « équipements culturels » des « équipements socio culturels  » ou « socio éducatifs. Je n’ose dire que le législateur est bien présomptueux de vouloir ainsi discriminer entre des théâtres et des centre sociaux quand les uns travaillent régulièrement avec des associations de quartier et quand les autres sont engagés avec des artistes pronant « l’art participatif » ! Il est dommage que la loi opère de tels découpages, aussi mal justifiés, entre équipements culturels, socio culturels, socio éducatifs dont la raison d’être répond moins à l’intérêt collectif du territoire qu’aux intérêts particuliers de différents groupes professionnels concernés.

Du même auteur sur cultural-engineering.com

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Décentralisation : acteurs culturels, réveillez-vous ! / 4

La décentralisation est un cauchemar ? Vous n’y comprenez rien ? La Culture est en danger ? Et pourquoi ? Voici un petit article pour tenter de vous résumer sur quoi repose actuellement notre système culturel, ce qu’il produit comme « effets » – dont trois gros rapports récents [1] (Syndicats, Cour des Comptes et Premier Ministre) qui dressent un état des lieux – et pour vous faire part de nos propositions pour renouveler de toute urgence, même à la marge, ce « système que le monde entier nous envie ! ». Oui mais voilà, personne ne l’a copié – nous sommes bien le pays de l’exception culturelle ! – et d’autres chemins existent, nous les avons repérés, pour revivifier ce système. Ce que nous souhaitons ? Une Culture plus jeune, moins inégalitaire, plus en phase avec la société, plus agile et mieux adaptée aux territoires et qui rejoindrait, aussi, le grand cercle de la culture créative internationale.

Quatrième partie : propositions

1)    A défaut de décentralisation, pourtant bien pratique comme méthode et outils, cessons au moins de maintenir, de gré ou de force, sincèrement ou en faisant semblant, des postures conservatrices ! La défense de l’exception culturelle est certes indispensable (si tant est qu’on sache de quelle exception culturelle on parle) mais elle ne peut servir de politique, d’abri à une réelle impuissance à « repenser l’appareil culturel aujourd’hui » dans son ensemble. Il faut redonner du sens à l’action culturelle actuelle et future et ralentir, peut-être, la frénésie de commémorations, célébrations, faits de mémoire, rétromanies, « C’était mieux avant »…, pour davantage s’occuper du présent et de l’avenir.

  • Les inégalités culturelles se creusent toujours en temps de crise, alors il faut en priorité repérer, aider et encourager les plus démunis, les talents aujourd’hui invisibles (pour prendre au pied de la lettre les ultra-libéraux, on n’est jamais plus créatif qu’en temps de crise). Et les encourager au risque de réduire la voilure de l’offre vers les toujours plus écoutés, toujours plus gâtés, d’années en année, que sont les classes moyennes et supérieures en France, principal appui des politiques traditionnelles et de leur reconduction. Ces classes avides de reproduction, comme le disait avec justesse Pierre Bourdieu en 1964, mais qui, aujourd’hui, sont sur la défensive, comme si elles étaient avides, aussi, de conserver leurs privilèges acquis, dont l’offre culturelle fait grandement partie. Le peuple fait peur, laissons-lui la tentation du populisme mais sans que cela devienne incontrôlable, bien sûr…
  • L’urgence, pour cette absolue priorité, serait plutôt de lutter contre les inégalités constatées, de s’entourer de points de vue extérieurs, de redonner la parole à ceux qui ne l’ont pas, ceux qui sont hors du cercle, invisibles talents et compétences ignorés par la plupart des médias qui sont souvent (et parfois malgré eux) la task force de notre immobilisme.
  • Et que l’on ne vienne pas nous montrer quelques chiffres-alibis : les crédits alloués sur la carte de notre territoire national parlent d’eux-mêmes, avec 1% tout au plus des crédits pour la politique culturelle des villes « pauvres » et des lieux qui en sont au ban. Rappelons enfin que l’accessibilité des lieux culturels, pour les personnes souffrant de handicap physique, est une idée généreuse et bien mise en œuvre en France. Mais que cela ne nous dédouane pas, non plus, de bien comprendre que les personnes pauvres ou souffrant d’un handicap profitent rarement de notre culture publique, tout comme les personnes n’ayant jamais fait d’études et qui souffrent aussi de l’inadéquation, en terme de médiation, de la plupart de nos établissement, très « codés » et toujours trop indéchiffrables pour eux.

2)    La défense systématique de nos procédures, si peu évaluées, n’ouvre aucun avenir. Pensons « territoire  et usagers » avant de refaire nos Viollet-Le Duc en rédigeant une nouvelle « Loi de 1913 ». La réécriture d’une loi sur le patrimoine est-elle une réelle, indispensable, incontournable urgence ? Ne peut-on pas seulement réajuster le Code du patrimoine et la loi actuelle, ce qui fonctionne bien depuis plus d’un siècle ?

3)    Enfin le réflexe du défensif à tout prix nous isole des grands courants de création et d’ingénierie culturelle du monde : taxer tout ce qui bouge et vient de l’étranger créée-t-il du neuf ? Assurément, non !

Pensons local lorsqu’il s’agit d’éviter les face-à-face et l’entre-soi institutionnels. Par exemple, l’habituel duel entre l’Education nationale et la Culture, toujours là et toujours mortifère, vient encore de laisser l’éducation artistique des jeunes en rade…

Tous les Rapports et Haut Conseils « en interne » ne changent rien, même s’ils flattent leurs auteurs ! Il faut prendre l’attache des pratiques et réflexions européennes et du monde, en permanence, car le monde collabore, de plus en plus, en ligne, et la Culture ne peut louper un dialogue instantané et de plus en plus fréquent entre les pays du monde ! Pour l’éducation artistique et culturelle, , en lieu et place du 20ème rapport sur le sujet – qui a permis, de plus, à l’Education Nationale de se passer de la présence forte de la Culture à ses côtés, pendant la durée du rapport puis en attendant les résultats, les décisions, etc…  il aurait été plus incitatif, plus intelligent (choisir) de s’atteler à une réelle écoute des acteurs des bonnes pratiques actuelles  – du local au global – , de mieux les diffuser en aidant les territoires défavorisés par l’absence d’ingénierie, la plupart du temps ou des raisons financières, parfois, et seulement parfois.

4)    Arrêtons de considérer l’évaluation comme une insulte à la chose culturelle et sachons tirer le meilleur parti du foisonnement d’idées et de projets dont on ne perçoit que la face émergée de l’iceberg tant qu’on ne généralise pas la démarche d’évaluation.

5)   Culture, éducation populaire, éducation artistique et économie créative doivent être des préoccupations intégrées à l’aménagement des territoires et de l’espace public sans quoi le triomphe de la « culture de la chambre » et la culture des écrans auront fini de consommer l’oxygène restant encore dans la sphère de l’action publique.

6)    Sachons transmettre les dynamiques, les expériences, les bonnes pratiques ET le meilleur de notre héritage de politique culturelle et de politique éducative car sans références claires et appréhendable, aucune solution permettant de construire de façon soutenable et durable n’est viable.

7)    Soyons offensifs pour construire une nouvelle politique culturelle, et puisque nous n’avons su créer ni Google, ni Facebook, ni Twitter, utilisons ces moyens plutôt que de critiquer sans cesse les USA, à tort, ou de critiquer les villes et pays créatifs, qui évaluent tout ce qu’ils font !

Le camp retranché de l’exception culturelle peut résister, certes, mais pas sans de nouvelles propositions. Il nous faut gagner en agilité, en co-création réelle, avec des propositions qui réduiront les inégalités que produit notre système culturel : la loi et les règlements, l’absence de forte incitation à produire différemment dans chaque territoire (politique de la Ville, en milieu rural…) empêchent les jeunes talents d’émerger et conforte les créateurs ou concepteurs de projets médiocres, moyens, mais dans la ligne et qui connaissent sur le bout des doigts les mécanismes et méandres de notre très compliquée administration culturelle.

Il nous faut gagner aussi, avant de lancer tout débat, en transparence : pour repenser les politiques culturelles, mettons à disposition et en ligne de toutes les données disponibles. Certaines régions ou villes ont une politique de data ouvertes, mais elles sont trop peu nombreuses.

8)    Utilisons aussi l’expérimentation, possible dans le cadre de notre République décentralisée, car toute incartade ou sortie des chemins déjà tracés est particulièrement difficile voire  impossible aujourd’hui.

9)    Renouvelons les générations, osons donner la parole autrement aux acteurs culturels et faisons en sorte que ce ne soit pas les mêmes sujets qui sont posés aux mêmes personnes qui viennent parler devant les mêmes personnes à longueur d’années.

10)  Laissons aux plus jeunes, surtout,  le rôle de faire des propositions et le soin d’animer le grand débat culturel, qui a quitté les instances officielles depuis trop longtemps et qui est la proie depuis quelques temps des forum dits « ouverts ». Si un débat doit être collectif et très libre, il doit être dialogue intergénérationnel et interculturel sûr de ses fondements pour être véritablement constructif et productif.


Evelyne Lehalle et Philippe Gimet*.

*Evelyne Lehalle est membre historique de Cultural Engineering Group. Consultante senior spécialisée dans les instituions muséales, les stratégies culturelles et touristiques, dont le parcours est particulièrement riche, Evelyne Lehalle a notamment été responsable culture d’Odit France (aujourd’hui Atout France), responsable à la direction des musées de France et au ministère de la culture, responsable à la direction des musées de la Ville de Marseille. Elle dirige depuis 2009 Nouveau Tourisme Culturel, dont le blog est également partenaire de Cultural Engineering Group.

*Philippe Gimet est fondateur de Cultural Engineering Group, membre de l’Institut de Coopération pour la Culture, consultant et assistant à maîtrise d’ouvrage.


[1] Les trois textes sont :

1)      DISCOURS A L’OCCASION DES FESTIVALS D’ETE, 8 juillet 2013 (Fédération CGT du Spectacle-SYNDEAC-PROFEDIM-CIPAC). Ce texte est une déclaration de ce qui ne va pas, selon les syndicats,et sera à la base des revendications de la manifestation prévue le 13 juillet. D’autres actions sont prévues et annoncées si les signataires n’obtenaient pas de réponses satisfaisantes pour leurs revendications.

http://syndeac.org/index.php/politiques-publiques/lutte-pour-les-budgets/actions-mobilisations/1669-discours-a-loccasion-des-festivals-dete-8-juillet-2013

2)      L’ORGANISATION TERRITORIALE DE L’ETAT. Rapport public thématique-Cour des Comptes, juillet 2013

http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0202889728237-la-cour-des-comptes-epingle-l-organisation-de-l-etat-sur-le-territoire-585194.php?xtor=EPR-101-%5bNL_13h%5d-20130711-%5bs=461370_n=2_c=201_%5d-1622909@2

La Cour des comptes invite les pouvoirs publics à faire évoluer en profondeur l’organisation de l’État sur le territoire afin de répondre aux évolutions économiques et sociales.(Voir des extraits pour la Culture  ci-dessous).

3)      LA STRATEGIE D’ORGANISATION A 5 ANS DE L’ADMINISTRATION TERRITORIALE DE L’ÉTAT, Rapport à Monsieur le Premier ministre,Juin 2013 –  Jean-Marc Rebière et Jean-Pierre Weiss

4)      POUR EN SAVOIR PLUS : suivre le très bon dossier « Actes III de la décentralisation, la réforme pas à pas », et le projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles. Ce  dossier  élaboré et tenu à jour par La Gazette des Communes :  http://www.lagazettedescommunes.com/dossiers/acte-iii-de-la-decentralisation-la-reforme-pas-a-pas/

 

 

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Décentralisation : acteurs culturels, réveillez-vous ! / 3

La décentralisation est un cauchemar ? Vous n’y comprenez rien ? La Culture est en danger ? Et pourquoi ? Voici un petit article pour tenter de vous résumer sur quoi repose actuellement notre système culturel, ce qu’il produit comme « effets » – dont trois gros rapports récents [1] (Syndicats, Cour des Comptes et Premier Ministre) qui dressent un état des lieux – et pour vous faire part de nos propositions pour renouveler de toute urgence, même à la marge, ce « système que le monde entier nous envie ! ». Oui mais voilà, personne ne l’a copié – nous sommes bien le pays de l’exception culturelle ! – et d’autres chemins existent, nous les avons repérés, pour revivifier ce système. Ce que nous souhaitons ? Une Culture plus jeune, moins inégalitaire, plus en phase avec la société, plus agile et mieux adaptée aux territoires et qui rejoindrait, aussi, le grand cercle de la culture créative internationale.

Troisième partie : ce modèle Français que le monde entier nous envie !

Il est une évidence, aujourd’hui, qui change profondément la donne : non seulement les « modèles » de nombreux pays et ceux, à venir, des pays émergents interrogent le nôtre, mais, qui plus est, une bonne  douzaine de villes, de départements et de région ont décidé, en France, de faire comme bon leur semblait, de ne pas perdre trop de temps en circonvolutions administratives et financières. Des petites impertinentes, qui simplifient l’inextricable écheveau administrativo-financier, toutes seules comme des grandes ! Le modèle que le monde entier soi-disant nous envie serait-il en train de muter sous nos yeux ? Sans aucun doute, oui. Dans notre système qui a tant de mal à se réformer et à décentraliser, les territoires n’ont pas attendu l’Etat. Résultat : une complexité que personne ne nous envie, mais une richesse, une diversité, des compétences, des dynamiques foisonnantes qui gagneraient en simplicité et lisibilité pour être plus encore enviées, appréciées et prescriptrices.

D’autres pays ont pris ce qu’il faut nommer une avance considérable sur notre confortation des circuits existants, et cela depuis plus de 10 ans, à titre d’exemples non exhaustifs :

  • Alors qu’en 1999 le musée national des Arts décoratifs de Londres  (V§A) demandait l’aide des internautes du monde entier pour poursuivre l’enrichissement de ses collections ;
  • Alors que, en 2004, le Musée canadien national des droits de l’Homme faisait de même, en s’appuyant, pour sa future programmation, sur les témoignages des internautes volontaires du monde entier ;
  • Alors que les Pays émergents (BRICS, Asie,  Corée du Sud, Pays du Golfe…) se tournent en priorité vers la culture anglo-saxonne ou espagnole pour leurs futurs modèles culturels, via, en particulier, un encouragement sans précédent des relais du consulting et de l’ingénierie privée (USA ; R.U ; Pays du Nord de l’Europe ; Espagne..) ;

…En France, rien de tel n’avait commencé et il n’est toujours pas urgent, semble-t-il, de revisiter et d’évaluer une à une quelques vieilles missions centralisatrices ou encore les dépenses chronophages de la réunionnite.

L’idée forte d’animer le débat culturel plutôt que de le produire entre institutionnels et de le diriger n’est même pas une priorité. L’idéal républicain, qui confie, il est vrai, à l’élite de la nation l’avenir du pays est certes un bon « mot d’excuse ». Mais ceux qui nous gouvernent doivent-ils continuer à se méfier toujours et encore du peuple ? Peuvent-ils continuer à produire ce qui leur semble bon pour nous, à faire notre bonheur pour nous sans nous y associer ? Et nous, de quoi avons-nous peur ? « Tous au  Château !» pour nous protéger, comme au Moyen-Age ? Les énarques veillent au grain, en bonne élite, et davantage de démocratie n’est pas la toute priorité de leurs décisions. Mais ils ne peuvent souffrir d’ignorance ? Non, et c’est la bonne nouvelle : les pratiques collaboratives, chers énarques, c’est déjà hier dans d’autres pays, alors il va être difficile de ne pas pour demander l’avis des citoyens et de ne pas les laisser causer entre eux. Vite ! Ouvrez ce chantier ! Autrement vous prendrez non seulement un retard considérable mais aussi la lourde responsabilité de voir la France disparaître des écrans-radars des pays avancés !

D’autres villes, départements et régions, en France, ont défini des politiques culturelles très différentes, très fortes, avec des stratégies, des objectifs, des critères très éloignés de la Culture définie par thèmes (patrimoine, création, diffusion…) depuis le ministère Malraux.

La culture, dans ces nouvelles expériences de gouvernance locale, prend plutôt sa place dans l’économie créative, dans les croisements de la culture avec les autres secteurs d’activité, dans l’urbanisation à venir, dans les politiques internationales de ces territoires. En bref, les équipes culturelles y sont moins isolées et plus liées aux autres politiques territoriales. Ces territoires avancent donc à grands pas depuis 5 ou 6 ans (certains depuis plus longtemps encore), et ont en quelque sorte laissé loin derrière eux le peloton de ceux qui perdent leur temps en constantes réunionites, Haut-Conseils, Commissions permanentes, Comités de pilotages et autres rencontres chronophages et où l’on ne prend pas toujours une décision. Ces villes ont en commun de faire davantage appel aux compétences locales, d’une part,  et symétriquement à commander et à interroger directement de bons experts et consultants, d’autre part.

Nous citerons, tant ils sont évidents, les exemples de Nantes et de la Loire Atlantique, de Lyon et de son intercommunalité (Grand Lyon), ou encore celui de Lille, de la conurbation Lille/Roubaix/Tourcoing et des départements du Nord-Pas-de-Calais. Ou encore celui la ville de Strasbourg ainsi que ceux d’autres villes et régions transfrontalières de l’ouest, du nord et du sud (Bretagne, Catalogne et Pays Basque) qui empruntent également de nouveaux chemins de traverse.

Vus de près, en tous cas, ces changements de pied et de braquet frappent l’observateur par une très haute qualité de ce qui est produit, par une certaine radicalité et un grand vent de nouveaux partenariats, bien rodés, via les crédits européens, en particulier, ou des formes de mécénat atypiques (Expo des vidéos de PPR à Lille 3000). Ces villes ont avancé pour la réduction des inégalités culturelles en forgeant leurs propres analyses et outils, comme le fit d’ailleurs la Ville de Bilbao en son temps (1985). Et le dialogue avec les habitants, en particulier les plus jeunes, y est « organisé » (Réseaux sociaux ; sites institutionnels ET collaboratifs; prise de pouls régulière de la demande, via par une expertise ad hoc ; études sur des points précis, etc…).

Ces territoires défrichent mais en même temps, ils commencent tout juste à exister autrement sur la carte. Nos chers touristes étrangers qui viennent depuis toujours en France plus qu’ailleurs dans le monde et notamment pour notre Culture, y trouveront sûrement encore plus de raisons de venir mais en attendant, nous nous reposons sur nos lauriers et nos images d’Epinal. On aura beau (enfin !) s’attaquer à l’amélioration de l’accueil des touristes, c’est aussi dans les nouvelles formes de présence de la culture et de la vie culturelle dans le cadre de vie que le territoires trouveront des leviers supplémentaires de rayonnement et d’attractivité. Alors pourquoi faire en sorte que cela tourne à l’exacerbation de la concurrence entre territoires ? Nous allons tout droit vers des gouvernances polycentriques, avec des organisations différentes d’un territoire à l’autre et la fracturation des territoires tels que nous les avons toujours connus qui en résulte ne se résoudra pas par de simples incantations sur rôle d’un Etat garant de l’égalité républicaine et l’accès à la culture pour tous. Faut-il vraiment attendre le troisième texte de loi pour prendre acte ?

Evelyne Lehalle et Philippe Gimet*.

*Evelyne Lehalle est membre historique de Cultural Engineering Group. Consultante senior spécialisée dans les instituions muséales, les stratégies culturelles et touristiques, dont le parcours est particulièrement riche, Evelyne Lehalle a notamment été responsable culture d’Odit France (aujourd’hui Atout France), responsable à la direction des musées de France et au ministère de la culture, responsable à la direction des musées de la Ville de Marseille. Elle dirige depuis 2009 Nouveau Tourisme Culturel, dont le blog est également partenaire de Cultural Engineering Group.

*Philippe Gimet est fondateur de Cultural Engineering Group, membre de l’Institut de Coopération pour la Culture, consultant et assistant à maîtrise d’ouvrage.

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[1] Les trois textes sont :

1)      DISCOURS A L’OCCASION DES FESTIVALS D’ETE, 8 juillet 2013 (Fédération CGT du Spectacle-SYNDEAC-PROFEDIM-CIPAC). Ce texte est une déclaration de ce qui ne va pas, selon les syndicats,et sera à la base des revendications de la manifestation prévue le 13 juillet. D’autres actions sont prévues et annoncées si les signataires n’obtenaient pas de réponses satisfaisantes pour leurs revendications.

 http://syndeac.org/index.php/politiques-publiques/lutte-pour-les-budgets/actions-mobilisations/1669-discours-a-loccasion-des-festivals-dete-8-juillet-2013

2)      L’ORGANISATION TERRITORIALE DE L’ETAT. Rapport public thématique-Cour des Comptes, juillet 2013

http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0202889728237-la-cour-des-comptes-epingle-l-organisation-de-l-etat-sur-le-territoire-585194.php?xtor=EPR-101-%5bNL_13h%5d-20130711-%5bs=461370_n=2_c=201_%5d-1622909@2

La Cour des comptes invite les pouvoirs publics à faire évoluer en profondeur l’organisation de l’État sur le territoire afin de répondre aux évolutions économiques et sociales.(Voir des extraits pour la Culture  ci-dessous).

3)      LA STRATEGIE D’ORGANISATION A 5 ANS DE L’ADMINISTRATION TERRITORIALE DE L’ÉTAT, Rapport à Monsieur le Premier ministre,Juin 2013 –  Jean-Marc Rebière et Jean-Pierre Weiss

POUR EN SAVOIR PLUS : suivre le très bon dossier « Actes III de la décentralisation, la réforme pas à pas », et le projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles. Ce  dossier  élaboré et tenu à jour par La Gazette des Communes :  http://www.lagazettedescommunes.com/dossiers/acte-iii-de-la-decentralisation-la-reforme-pas-a-pas/

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Décentralisation : acteurs culturels, réveillez-vous ! / 2

La décentralisation est un cauchemar ? Vous n’y comprenez rien ? La Culture est en danger ? Et pourquoi ? Voici un petit article pour tenter de vous résumer sur quoi repose actuellement notre système culturel, ce qu’il produit comme « effets » – dont trois gros rapports récents [1] (Syndicats, Cour des Comptes et Premier Ministre) qui dressent un état des lieux – et pour vous faire part de nos propositions pour renouveler de toute urgence, même à la marge, ce « système que le monde entier nous envie ! ». Oui mais voilà, personne ne l’a copié – nous sommes bien le pays de l’exception culturelle ! – et d’autres chemins existent, nous les avons repérés, pour revivifier ce système. Ce que nous souhaitons ? Une Culture plus jeune, moins inégalitaire, plus en phase avec la société, plus agile et mieux adaptée aux territoires et qui rejoindrait, aussi, le grand cercle de la culture créative internationale.

Deuxième partie : tout va très bien, Madame la Marquise !

Ce silence s’explique sans doute par le consensus exprimé très régulièrement par les instances officielles de la culture : Il faut renforcer les partenariats informels entre l’Etat et les collectivités ! Mais ce cri du cœur est une sorte de paravent, car ces partenariats existent depuis fort longtemps. En fait il s’agit surtout de « continuer comme avant », de ne rien changer ou presque, ou pire, de faire beaucoup de bruit, de mobiliser beaucoup d’énergie, de susciter beaucoup d’espoirs et de craintes pour rien. Dernière trouvaille de communication : Il faut à co-créer tous  ensemble – très mode, le co- quelque chose ! – les politiques culturelles ! Et donc conserver  la clause générale des compétences « Culture » des quatre niveaux des collectivités territoriales (régions ; départements ; communes et métropoles), sans vrai chef de filat, sans recenser les doublons (sans attendre le rapport de la Cour des comptes à paraître ce jeudi), sans faire des économies que permettent leur suppression ou une simplification des procédures ! Bien entendu les arguments pour que rien ne change sont chaque année plus subtils, toujours pensés, officiellement, dans l’« Intérêt Général et pour le meilleurs service des citoyens ».

Qui peut répondre à ce consensus de réunionnite aigüe par un « Pas d’accord ! » ? Personne, bien entendu. Et pourtant…

Si on ajoute à cela le fait qu’on continue d’affirmer, de réaffirmer, d’assurer, de scander que l’Etat sera le garant de l’égalité républicaine alors que l’Etat est absent du texte de loi… Concrètement, aurait-on oublié ce que signifie et ce qu’exige cette garantie, y compris en matière de Culture ? Même dans une loi en trois actes, il faudrait peut-être nous le dire depuis le début, cela permettrait à chaque échelon de mieux s’y articuler. Pour le savoir, il faudra connaître la future stratégie SGMAP et la confronter au cap fixé par le Premier Ministre : « la modernisation de l’action publique est essentielle à la construction d’un nouveau modèle français, alliant solidarité et compétitivité. Elle va de pair avec un objectif exigeant : celui du respect de nos engagements de finances publiques. Cette ambition nous oblige : c’est bien d’une nouvelle action publique, plus juste, plus efficace, et plus simple, dont la France a besoin ».

Or cette stratégie n’existe pas à ce jour (les services du premier ministre viennent tout juste de lancer l’appel d’offres pour être assisté dans sa mise au point). De là à penser que l’Etat se cherche toujours ou tente de se retrouver, cela risque d’arriver un peu tard et il est difficile de comprendre comment dans un système comme le système français, on pose un projet de loi de décentralisation sans avoir poser la stratégie et le rôle de l’Etat une fois réformé de façon claire et pratique pour tous pour que cela produise un changement véritablement opérationnel.

Pourtant les inconvénients de la clause générale de compétence, qui permet donc que toutes les collectivités s’occupent de culture sont bien connues : le doublon et le saupoudrage, avec des financements croisés, ajoutés à  des réunions de trois heures à cinq ou six partenaires, aux aller-venue des dossiers, pendant des mois, ajoutés aux incontournables interventions nécessaires pour accélérer leur validation : tout cela plaît bien et forme un très large consensus, mais, à y regarder de près, les inconvénients sont nombreux. A la chronophagie de cette suite de réunions-fleuve, à la dépense des doublons et du temps de travail ou des sureffectifs, il faut ajouter des critères de validation « à géométrie politiquement variable »  ainsi que des raisons réelles de ce consensus peu reluisantes, que l’on cache sous le tapis mais qui sont bien réelles, comme le constate aussi le texte de la Cour des Comptes :

  • a) Les artistes, mais aussi les concepteurs de projets et les techniciens garantissent à priori, dans ce très souhaité schéma collaboratif d’entente cordiale partagé avec les tutelles et institutions officielles, leur souhait d’une liberté totale d’expression, grâce au foisonnement des critères et des sources de financement des partenaires. La multiplication de partenaires évite, en effet, de n’avoir qu’« un seul patron » qui pourrait influer sur les productions ou demander des comptes. Ce format multi-tutelles rend l’évaluation des actions plus difficile, les objectifs des différentes parties-prenantes étant à la fois nombreux et souvent d’ordre différent.
  • b)  L’Etat y gagne énormément aussi, toujours en difficulté et à l’affût pour savoir ce qui se passe au plus près du terrain, rester informé en permanence, orienter ses directives, mieux  contrôler ce qui relève de ses compétences. Et pour stabiliser son nombre d’emplois nécessaires pour toute l’organisation (Ministère, services déconcentrés… ) ! Bref, pour « garder la main ».
  • c) Enfin ce consensus, en faisant l’économie d’une interrogation des « Pourquoi et comment ? » de l’action culturelle, reconduit tacitement les accords passés depuis l’ère Malraux et son cortège d’affirmations implicites : la liberté totale de la création ; l’offre est première et étudier la demande des citoyens du périmètre de l’action, rapprocher demande et offre, tout cela est horriblement démagogique ! (Variante politique « C’est très FN » !) ; la culture sert à éduquer le citoyen et non pas à le divertir de son quotidien ; l’éducation artistique viendra à bout, un jour, des non-visiteurs et des non-spectateurs ; établir des partenariats avec les entreprises c’est vendre son âme au diable, etc…

En conclusion, dormez tranquilles, bonnes gens, la décentralisation culturelle, qui commence par un questionnement général des procédures, qui continue par le transfert de compétences de l’Etat vers les collectivités territoriales, n’est plus à l’ordre du jour. Aucune proposition n’a été faite en ce sens depuis un an, alors qu’il faut au moins quatre ans pour décider d’une expérimentation, pour répartir les compétences, évaluer les sommes à allouer ou à « compenser », réorganiser les services… On continuera donc à travailler « tous ensemble », Etat et collectivités et collectivités entre elles !

  • Même, et c’est là que le bât blesse, si les crédits de fonctionnement ou ceux des interventions fondent comme neige au soleil de tous les côtés. S’associer en permanence rend moins visible, pour l’Etat, ce déficit de ses moyens, noyés dans un « tout » collectif.
  • Même si tous les Rapports convergent, depuis un mois, pour constater que la dépense inefficiente est grande, que les agents des ministères sont déboussolés et que, faute de « vision » les politiques sont déconsidérées.
  • Même s’il serait urgent, comme nous allons le voir, de remplacer de vielles habitudes par de nouveaux programmes, plus en phase avec le présent et surtout l’avenir ! On verra,  comme exemple de nouveau programme, la culture numérique, qui devrait insuffler le fonctionnement entier des instances de pilotage et de gouvernance et non pas être traitée « à part ». Ce qui serait urgent, par exemple, c’est une culture plus participative, où les acteurs auraient systématiquement droit d’ingérence, via le web participatif.

Poursuivre les partenariats traditionnels dans les formes traditionnelles est, selon nous, pour conclure, une volonté de noyer deux gros poissons : les faibles crédits, d’une part, dont l’Etat dispose aujourd’hui, qui ne lui permettent plus de décider et d’évaluer aussi facilement ses actions et critères d’intervention qu’il y a seulement 10 ou 15 ans. Et une participation plus démocratique de tous les acteurs culturels, d’autre part, impossible il y a encore dix ans. Elle seule permettrait de tout revisiter rapidement, car nous avons pris du retard.

Evelyne Lehalle et Philippe Gimet*.

*Evelyne Lehalle est membre historique de Cultural Engineering Group. Consultante senior spécialisée dans les instituions muséales, les stratégies culturelles et touristiques, dont le parcours est particulièrement riche, Evelyne Lehalle a notamment été responsable culture d’Odit France (aujourd’hui Atout France), responsable à la direction des musées de France et au ministère de la culture, responsable à la direction des musées de la Ville de Marseille. Elle dirige depuis 2009 Nouveau Tourisme Culturel, dont le blog est également partenaire de Cultural Engineering Group.

*Philippe Gimet est fondateur de Cultural Engineering Group, membre de l’Institut de Coopération pour la Culture, consultant et assistant à maîtrise d’ouvrage.

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[1] Les trois textes sont :

1)      DISCOURS A L’OCCASION DES FESTIVALS D’ETE, 8 juillet 2013 (Fédération CGT du Spectacle-SYNDEAC-PROFEDIM-CIPAC). Ce texte est une déclaration de ce qui ne va pas, selon les syndicats,et sera à la base des revendications de la manifestation prévue le 13 juillet. D’autres actions sont prévues et annoncées si les signataires n’obtenaient pas de réponses satisfaisantes pour leurs revendications.

http://syndeac.org/index.php/politiques-publiques/lutte-pour-les-budgets/actions-mobilisations/1669-discours-a-loccasion-des-festivals-dete-8-juillet-2013

2)      L’ORGANISATION TERRITORIALE DE L’ETAT. Rapport public thématique-Cour des Comptes, juillet 2013

http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0202889728237-la-cour-des-comptes-epingle-l-organisation-de-l-etat-sur-le-territoire-585194.php?xtor=EPR-101-%5bNL_13h%5d-20130711-%5bs=461370_n=2_c=201_%5d-1622909@2

La Cour des comptes invite les pouvoirs publics à faire évoluer en profondeur l’organisation de l’État sur le territoire afin de répondre aux évolutions économiques et sociales.(Voir des extraits pour la Culture  ci-dessous).

3)      LA STRATEGIE D’ORGANISATION A 5 ANS DE L’ADMINISTRATION TERRITORIALE DE L’ÉTAT, Rapport à Monsieur le Premier ministre,Juin 2013 –  Jean-Marc Rebière et Jean-Pierre Weiss

POUR EN SAVOIR PLUS : suivre le très bon dossier « Actes III de la décentralisation, la réforme pas à pas », et le projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles. Ce  dossier  élaboré et tenu à jour par La Gazette des Communes :  http://www.lagazettedescommunes.com/dossiers/acte-iii-de-la-decentralisation-la-reforme-pas-a-pas/

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Décentralisation : acteurs culturels, réveillez-vous ! / 1

La décentralisation est un cauchemar ? Vous n’y comprenez rien ? La Culture est en danger ? Et pourquoi ? Voici un petit article pour tenter de vous résumer sur quoi repose actuellement notre système culturel, ce qu’il produit comme « effets » – dont trois gros rapports récents[i] (Syndicats, Cour des Comptes et Premier Ministre) qui dressent un état des lieux – et pour vous faire part de nos propositions pour renouveler de toute urgence, même à la marge, ce « système que le monde entier nous envie ! ». Oui mais voilà, personne ne l’a copié – nous sommes bien le pays de l’exception culturelle ! – et d’autres chemins existent, nous les avons repérés, pour revivifier ce système. Ce que nous souhaitons ? Une Culture plus jeune, moins inégalitaire, plus en phase avec la société, plus agile et mieux adaptée aux territoires et qui rejoindrait, aussi, le grand cercle de la culture créative internationale.

Première partie : pourquoi cette référence à la décentralisation ?

  • Parce que la décentralisation est le seul exercice qui permette de réinterroger toutes nos procédures : est-ce que l’Etat est le bon périmètre pour cette action, le plus pertinent ? Ce dispositif doublonne-t-il avec celui d’une autre collectivité ? Cette mission relève-t-elle de l’Etat ou peut-il la transférer à une autre collectivité ? En a-t-on évalué les effets ? Faut-il la conserver ? La modifier ? La supprimer ?

Et, ce faisant, l’exercice de la décentralisation permet aussi et surtout de faire son deuil de vieilles procédures, qui ne correspondent plus à la réalité du terrain, et d’en inventer de nouvelles. Soit une source précieuse de réflexions et d’économies, qui peuvent redonner du souffle aux politiques culturelles ! Difficile de tricher, de relativiser, avec la décentralisation : elle place l’évaluation en seul mode d’appréciation et, comme la psychanalyse ou les Exercices de Saint Ignace de Loyola, les méthodes de la décentralisation mettent la vérité à nu, afin de reconstruire des projets sur de meilleures bases.

  • Parce qu’une avalanche de gros mensonges sont régulièrement publiés par l’ensemble de la presse. Citons dans le désordre « Le MUCEM, un musée parisien décentralisé », ou Le Louvre, dont des chefs d’œuvres de la collection sont décentralisés à Lens, tout comme celles de Pompidou, « Premier musée d’art moderne et contemporain décentralisé à Metz ! ». Alors que ces trois musées sont simplement « délocalisés ». Une décentralisation impliquerait en effet, du point de vue juridique, un transfert de propriété (Collections et/ou bâtiments) et les compétences qui vont avec (Personnels) accompagnées des transferts financiers adéquats. Ce qui n’est pas le cas pour les trois nouvelles antennes. L’Etat (MUCEM) et les établissements publics (Le Louvre et le Centre Georges Pompidou) n’ont pas transféré la propriété des collections, les personnels et les moyens aux trois villes concernées. Ce sont donc des antennes, délocalisées en régions.
  • Parce que, surtout, trois textes importants sont sortis en « salve » entre juin et juillet, juste avant l’examen du projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles qui débutait hier à l’Assemblée nationale, qui présentent tous un état des lieux de la décentralisation de nos politiques et que, il faut le constater avec les syndicats (SYNDEAC, CIPAC, Fédération CGT Spectacle et PROFEDIM), la Culture n’est pas du tout « dans le coup », absente de ces rapports, ou presque… Par cette absence dans les projets à 5 ou 10 ans, la Culture risque fort, le SYNDEAC a raison, de céder la place à d’autres compétences, jugées prioritaires par les collectivités territoriales, à l’avenir.
  • Parce que, enfin, les acteurs de la culture, d’habitude si prompts à grimper aux rideaux, ne disent mot, publiquement, sur les avis et propositions de ces trois textes. A l’exception de la manif’ d’Avignon du 13 juillet qui vient en réaction aux propositions de modernisation de l’actuel Gouvernement, aucune réaction des « tutelles », celles de l’Etat ou des collectivités territoriales, n’est venu infirmer les quelques très douloureux constats de ces textes. Pourtant, pendant les vacances, les débats et les votes des lois continuent !
Evelyne Lehalle et Philippe Gimet*.

*Evelyne Lehalle est membre historique de Cultural Engineering Group. Consultante senior spécialisée dans les instituions muséales, les stratégies culturelles et touristiques, dont le parcours est particulièrement riche, Evelyne Lehalle a notamment été responsable culture d’Odit France (aujourd’hui Atout France), responsable à la direction des musées de France et au ministère de la culture, responsable à la direction des musées de la Ville de Marseille. Elle dirige depuis 2009 Nouveau Tourisme Culturel, dont le blog est également partenaire de Cultural Engineering Group.

*Philippe Gimet est fondateur de Cultural Engineering Group, membre de l’Institut de Coopération pour la Culture, consultant et assistant à maîtrise d’ouvrage.


[i] Les trois textes sont :

1)      DISCOURS A L’OCCASION DES FESTIVALS D’ETE, 8 juillet 2013 (Fédération CGT du Spectacle-SYNDEAC-PROFEDIM-CIPAC). Ce texte est une déclaration de ce qui ne va pas, selon les syndicats,et sera à la base des revendications de la manifestation prévue le 13 juillet. D’autres actions sont prévues et annoncées si les signataires n’obtenaient pas de réponses satisfaisantes pour leurs revendications.

 http://syndeac.org/index.php/politiques-publiques/lutte-pour-les-budgets/actions-mobilisations/1669-discours-a-loccasion-des-festivals-dete-8-juillet-2013

2)      L’ORGANISATION TERRITORIALE DE L’ETAT. Rapport public thématique-Cour des Comptes, juillet 2013

http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0202889728237-la-cour-des-comptes-epingle-l-organisation-de-l-etat-sur-le-territoire-585194.php?xtor=EPR-101-%5bNL_13h%5d-20130711-%5bs=461370_n=2_c=201_%5d-1622909@2

La Cour des comptes invite les pouvoirs publics à faire évoluer en profondeur l’organisation de l’État sur le territoire afin de répondre aux évolutions économiques et sociales.(Voir des extraits pour la Culture  ci-dessous).

3)      LA STRATEGIE D’ORGANISATION A 5 ANS DE L’ADMINISTRATION TERRITORIALE DE L’ÉTAT, Rapport à Monsieur le Premier ministre,Juin 2013 –  Jean-Marc Rebière et Jean-Pierre Weiss

POUR EN SAVOIR PLUS : suivre le très bon dossier « Actes III de la décentralisation, la réforme pas à pas », et le projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles. Ce  dossier  élaboré et tenu à jour par La Gazette des Communes :  http://www.lagazettedescommunes.com/dossiers/acte-iii-de-la-decentralisation-la-reforme-pas-a-pas/

 

 

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Adoptons une position plus large sur la culture pour définir les futures politiques publiques

Lors du 5ème séminaire de l’Institut de Coopération pour la Culture, nous nous sommes attachés à travailler sur le texte d’orientation politique de la Fédération Nationale des Collectivités territoriales pour la Culture (FNCC) de janvier 2013 intitulé Des politiques culturelles pour les personnes, par les territoires. Même avec un temps de préparation, cet exercice fut périlleux au regard de la richesse et de la complexité des notions abordées et des cadres de référence proposés.

En mobilisant plus ou moins explicitement différents textes internationaux, ce texte rappelle au lecteur que les politiques culturelles ne se résument pas à une politique autour des arts et de la création artistique. En prenant un référentiel très large de la culture, la FNCC met en débat de nouvelles orientations politiques. Sur quels fondements reposent ces nouvelles propositions ? Celles-ci permettent-elles d’envisager de nouvelles pistes de définition des politiques culturelles publiques ?

La FNCC avance un changement de paradigme, à partir duquel un nouveau modèle de développement et de gouvernance serait envisageable. Ce texte ouvre indéniablement de nouvelles perspectives. Face à la vieille routine qui s’est mise en place autour des institutions culturelles, avec une prépondérance du modèle professionnel et d’excellence soutenu par le ministère de la culture, le changement de référentiel proposé par la FNCC autour des droits culturels et des droits à la personne oblige en effet à reconsidérer le modèle dans son ensemble. Nous pourrions voir dans ce texte le signe d’une urgence à proposer rapidement une alternative politique en faveur de la culture, au risque d’une marginalisation, d’un dévoiement ou d’une dilution de la question culturelle dans les prochaines échéances électorales.

Pour lire la contribution dans son intégralité, cliquez ici.

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Oser d’autres possibles dans les politiques culturelles publiques !

L’Institut de Coopération pour la Culture poursuit ce travail d’exploration sur le nécessaire pivotement stratégique des politiques publiques en faveur de la culture. À l’occasion de ce 4ème séminaire, nous nous sommes intéressés à la question de la participation des citoyens. De très nombreux projets intègrent cette dimension et il nous semblait important de prendre le temps de nous interroger sur ce que recouvre exactement ce terme que Pierre ROSENVALLON qualifie lui-même de mot en caoutchouc.

Avec la référence au développement durable, la participation est devenue une constante des politiques publiques et les secteurs de la culture se sont appropriés et ont expérimenté de nombreuses formes de participation. À quelles conditions la participation apporte-t-elle une valeur ajoutée aux projets existants ? En quoi la participation des citoyens dans les projets peut-elle incarner pour la puissance publique une réponse, tout au moins en partie, sur la gouvernance territoriale et sur la crise de la représentation que nous connaissons aujourd’hui ? En d’autres termes, les projets culturels incluant une dimension participative peuvent-ils être considérés comme des laboratoires d’une démocratie en devenir ?

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Pour un pivotement stratégique des politiques culturelles publiques

Comment penser aujourd’hui la question d’un repositionnement des politiques culturelles publiques. Et plus précisément d’une politique culturelle humaniste, car c’est la question centrale portée par l’Institut de Coopération pour la Culture. Comment envisager un pivotement stratégique de ces politiques qui depuis des décennies se sont construites par sédimentation et ne se pensent presqu’exclusivement que dans une approche métiers, dans une approche professionnelle ? Cette contribution issue du 3ème séminaire de l’Institut de Coopération pour la Culture, se propose de pointer quelques conditions d’émergence d’un enrichissement des cadres de référence, construits et mobilisables par les acteurs, dans cette période décisive de réforme de l’action publique et prochainement d’échéances électorales.

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Quelle action publique en faveur de la culture ?

À force de ne pas mettre de mots sur ce qui est appelé la culture, les phénomènes de déséquilibre, d’inégalité, de discrimination et d’exclusion s’accentuent. On ne peut se résoudre à cette seule approche technique pour alimenter un débat sur le positionnement de la question culturelle dans les débats politiques et dans les futures interventions publiques en sa faveur. Il nous faut sûrement explorer la manière de démontrer la nécessité d’un investissement dans  la culture, en dépassant les discours justificatifs s’appuyant sur quelques maîtres mots comme la compétitivité, l’attractivité et la cohésion sociale.

Dans un moment de raréfaction de l’argent public et de baisse effective des financements en faveur de la culture, peut-on prendre le temps de s’interroger sur les fondements et les modalités sur lesquelles peut reposer l’intervention publique ? S’interroger sur les finalités,  les orientations et les objectifs portés de manière spécifique par la puissance publique dans le domaine de la culture ? Ne pas le faire conduirait inéluctablement à un accroissement de la segmentation du secteur et à l’accentuation de sa stratification. Si cela est le cas, nous risquons fort de nous retrouver au maintien et au développement d’un système pyramidal avec une très forte concentration en son sommet des moyens de production, de conservation, de diffusion, de transmission… Bref, comme le dirait Jean-Michel Menger pour le spectacle vivant, le constat d’une désintégration économique de la filière.

L’approche strictement juridique n’est pas à même d’apporter tous les éléments de réponse. De plus, en se référant à la Commission européenne, le questionnement se résume exclusivement aux craintes de distorsion de concurrence et de l’apport des industries/économies culturelles à la croissance. Les évolutions du cadre réglementaire au plan européen vont dans ce sens. Il en est de même pour le nouveau programme Europe créative qui devrait voir le jour pour la période 2014-2020.

La question est alors posée : comment à partir d’expériences concrètes peut-on dégager des propositions de principes fondateurs d’une action publique en faveur de la culture ? Au-delà d’une approche tactique de recherche de financements, de quelles manières ces principes pourraient être utiles pour les professionnels et pour les collectivités publiques pour entrevoir de nouvelles modalités de coopérations et de nouvelles solidarités, y compris européennes ?

Tout ceci n’est qu’une tentative. Au regard de la crise que nous connaissons (qui va durer et qui n’est pas seulement économique), il paraît  inenvisageable de ne pas tenter de construire des propositions nouvelles. Les discours incantatoires sur l’éducation, la culture et la recherche n’y ont pas suffi (et n’y suffiront pas) à répondre aux violences réelles et symboliques actuellement à l’œuvre au plan national, européen et international ; au plan social et intergénérationnel. Une mise en pensée collective des expériences est aujourd’hui absolument nécessaire.

Retrouvez ici et ici toutes les contributions de l’Institut de Coopération pour la Culture

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About the value of public investment in arts and culture

The Arts Council has launched a new film, A Credit To Britain (Demonstrating the value of public investment in arts and culture). Featuring celebrated artists, organisations and locations, the film showcases the world-class creativity our country is home to, and the important role public investment plays in nurturing this talent.

Watch the video below.

The film features well-known voices from the arts, including sculptor Anish Kapoor, and dancer Tamara Rojo – both of whom highlight the important role public investment in arts and culture has played in their lives.

Godfrey Worsdale, Chief Executive of BALTIC Centre for Contemporary Art says: ‘What’s happened in Gateshead is quite incredible. Creative capital is absolutely essential to the success of almost everything we do. Any particular aspect of life – if it hasn’t got really strong creative drive behind it, it will end up buying it in from somewhere else. That’s why it’s so important to the economy.’

Steve Miller, Chief Executive of Ironbridge Gorge Museum says: ‘Ironbridge is known internationally as the birthplace of the industrial revolution. We have more than 60,000 school visits every year, and each one of those children comes into contact with the creativity of those people in the past who’ve left this legacy. Being able to give those young people particularly that inspiration at just that key point in their development is the best return on investment that can be made.’

Share advocacy toolkit

Arts Council of England has created an advocacy toolkit which features lots of useful information and advice to help organisations demonstrate the value of public investment in arts and culture including: how to engage with local MPs, media and audiences; to inforgraphics demonstrating what public investment in arts and culture adds to the economy.

You can also join in the conversation online using the hashtag #culturematters, following @ace_national and liking us on Facebook

Source : Arts Council of England.

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Is culture an obstacle to US and EU historic trade deal ?

Barack Obama and European leaders launched talks on « the biggest bilateral trade deal in history », an initiative that the US président has put at the heart of his second-term economic agenda.

The US president announced that talks on a transatlantic trade and investment deal would begin in Washington next month. While EU leaders admint that they can be wrapped up within two years.

Mr Obama urged politicians to « look beyond narrow concerns and focus on the big picture » of a trade deal covering half the global economy…

But Washington remains worried that the scope of the agreement will narrow dramatically over the course of the talks as specific industries are carved out on the European side, limiting its economic impact.

The launch talks at G8 summit in Northern Irland was overshadowed by a row over French protectionism.

The head of EU’s executive laid bare his frustration – shared by the US, Britain and Germany – in an interview with the International Herald Tribune. « Somes ay they belong to the left, but in fact they are culturally extremely reactionary », José Manuel Barroso said in an apparent swipe at French president François Hollande.

Althought the European Commission président did not specifically name France, Mr Barroso said critics of liberalised trade in films and music had « no understanding of the benefits that globalisation brings also from a cultural point of view ».

Jean-Christophe Cambadélis, a senior official in Mr Hollande’s Socialist party, described Mr Barroso’s remarks as « bewildering and intolerable ». A commission spokesman said they were aimed at critics of its liberal stance, note the Hollande government.

In the US, political reaction was mostly positive, but key lawmakers said any deal needed to be « comprehensive » with no exclusions such as France’s carve-out for cultural issues.

« If the negociations ultimately do exclude audio visual… it is hard to see how the whole thing will keep from unraveling », a Republican aide in the Senate said.

Extract from the Financial Time’s article « US and EU push talks on historic trade deal », by George Parker, Vanessa Houlder and James Politi.

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En Espagne, la crise frappe durement la culture

Démonstration dans les rues de Bilbao, près du Musée Guggenheim, du collectif basque Berri-Otxoak contre les politiques d’austérité, lundi 27 mai. La baisse des subventions publiques se révèle la première cause des difficultés du secteur culturel en Espagne

Démonstration dans les rues de Bilbao, près du Musée Guggenheim, du collectif basque Berri-Otxoak contre les politiques d’austérité, lundi 27 mai. La baisse des subventions publiques se révèle la première cause des difficultés du secteur culturel en Espagne

Dans la capitale madrilène, le milieu culturel tente de faire face aux baisses des subventions publiques.

Tous les secteurs artistiques sont touchés, et de multiples institutions régionales sont en grande difficulté.

À Madrid, dans son café littéraire du quartier de Chueca, réputé pour sa vie nocturne, Julian Herrais Martinez a du vague à l’âme. Avant la crise, ce lieu qui propose une riche programmation de concerts, de soirées poétiques et de contes, était très prisé. Mais ce vendredi soir, devant le comptoir décoré d’azulejos, les tables peinent à se remplir. « Autrefois, la ville était pleine de monde, tous les soirs. Aujourd’hui la plupart des rues sont vides, déplore-t-il. Nous avons perdu un tiers de nos clients, surtout des jeunes. »

Pour tenir, Julian Herrais Martinez a réduit le cachet des artistes d’environ 25 %. Il a licencié un de ses cinq salariés et sacrifié ses marges. « Je vis avec moins, c’est tout. Que puis-je faire d’autre ? Il faut bien essayer de continuer », confie-t-il stoïquement.

Essayer de continuer : face à la crise économique qui frappe le pays depuis 2008, c’est le leitmotiv de la scène culturelle madrilène. Première cause des difficultés, la baisse des subventions publiques imposées par les politiques d’austérité. « En six ans de crise, nous avons perdu 30 % de nos aides publiques », décrit Gabriele Finaldi, directeur adjoint du célèbreMusée du Prado, pour qui l’année passée « est la pire que nous ayons connue ».

DIMINUTION D’UN TIERS DES SUBVENTIONS DE L’ÉTAT

Chez son voisin, le Musée national Reine Sofia, dédié à l’art du XXe siècle, la situation est comparable. « Ces trois dernières années, notre budget a diminué de 45 % du fait du retrait de l’État, indique Manuel Borja-Villel, directeur du musée. Nous n’avons plus aucun budget d’acquisition. »

Au-delà de ces deux fleurons de la capitale, tout le secteur est touché.« Les subventions de l’État aux musées ont baissé de 35 % ces deux dernières années », confirme Jesus Prieto, directeur du département musées et bibliothèques au secrétariat d’État à la culture. Le théâtre, la danse, la musique ont été confrontés à des restrictions comparables,« mais nous n’avons procédé à aucun licenciement, ni à des baisses de salaire », précise Miguel Angel Recio, autre directeur chargé de ce secteur.

Si la situation est rude à Madrid, où l’offre culturelle est l’une des plus riches du pays, la ville est cependant moins durement touchée que le reste de l’Espagne. Ailleurs, de nombreuses institutions culturelles régionales et municipales sont en grande difficulté, dans un pays où la culture est essentiellement soutenue par les collectivités locales. « Nous avons vécu vingt ans dans une bulle culturelle. Toutes les villes, toutes les régions voulaient leur grand centre d’exposition, leur auditorium, leur musée, leur théâtre…, rappelle Enrique Subiela, agent d’artistes et organisateur de tournées dans le domaine de la musique classique. L’Espagne a inauguré une multitude d’institutions sans penser à la pérennité de cette offre, reposant uniquement sur l’argent public. »

L’illusion de cette situation apparaît. « Partout des festivals disparaissent, des musées régionaux sont quasi vides. C’est le cas à Saint-Jacques-de-Compostelle, à Leon… », déplore Enrique Subiela. De nombreux auditoriums locaux n’ont plus l’argent pour faire venir des orchestres d’un niveau international.

RECOURS AU PRIVÉ POUR RENFLOUER LES CAISSES

Pour aider les théâtres municipaux, qui représentent 90 % de l’offre théâtrale en Espagne, le gouvernement prévoit de lancer un programme de soutien. Mais cette aide ne se fera pas sans contrepartie. « En échange, nous leur demandons de changer leurs mentalités, explique Miguel Angel Recio. Nous souhaitons désormais que le prix des places intègre davantage le coût réel des représentations. Il faut passer à une gestion plus moderne, plus proche du vrai marché. »

Le recours au privé fait partie des réponses privilégiées pour renflouer les caisses. Dernièrement, le Prado a élargi son cercle de financeurs privés. Le Musée Reine Sofia envisage de créer une fondation de mécènes.« Qu’importe d’où vient l’argent aujourd’hui, si nous pouvons maintenir un service public de la culture », reconnaît Manuel Borja-Villel, directeur du Musée Reine Sofia. Ces pratiques sont neuves en Espagne et les outils fiscaux manquent encore pour inciter les entreprises à la générosité.

 « Depuis des années, on parle de voter une loi sur le mécénat qui n’existe toujours pas chez nous », soupire Enrique Subiela. Le secteur culturel sait aussi que ce nouveau modèle de financement ne pourra remplacer le soutien public et qu’il accroîtra les inégalités. « Pour les grands musées, il est facile de trouver des sponsors, mais ce n’est pas le cas des petites structures, avertit Manuel Borja-Villel. Il faudra imaginer un réseau de solidarité. »

TAXER LA CULTURE À 21 %, « UNE DÉCISION LAMENTABLE »

L’heure est partout aux économies. Au Teatro Real, l’opéra national de Madrid, qui a perdu plus de la moitié de ses subventions publiques cette année, le directeur Gérard Mortier a coupé dans les frais fixes en se séparant de 25 techniciens. Il a aussi diminué de 30 % son budget de production, en réduisant sévèrement l’enveloppe pour les décors et les costumes.

Face à cette situation inédite, le directeur de la prestigieuse institution a développé une « philosophie de vie ». « Dans un univers de consommation permanente, cette obligation de réduire nos dépenses n’est pas un exercice complètement négatif », souligne-t-il. Comme de plus en plus de musées et de théâtres, il se tourne davantage vers la coproduction. « Il est décadent de multiplier les productions des mêmes opéras, chaque théâtre voulant, par exemple, “sa” Traviata pour l’année Verdi, juge-t-il. Il vaut mieux coopérer à trois ou quatre maisons pour monter une magnifique Traviata. »

Si le secteur culturel préfère se mobiliser plutôt que de se lamenter face à la crise, il juge sévèrement la politique du gouvernement espagnol, notamment la décision, prise en 2012, de taxer la culture comme les autres biens de consommation, qui a fait bondir la TVA de 8 % à 21 %.« C’était une décision lamentable, il n’y a pas d’autre mot, s’indigne Gérard Mortier. On ne doit pas frapper l’art et la culture, car c’est grâce à eux que l’on sortira de cette crise qui n’est pas d’abord une crise d’argent mais une crise des valeurs. »

Pour Enrique Subiela, cette décision est caractéristique d’un état d’esprit qui réduit la culture à « un divertissement », selon les mots du ministre des finances espagnol. « En Espagne, l’idée que la culture doit être protégée disparaît, au même titre que la santé et l’éducation. C’est inquiétant. »

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 Le public face à la crise

Depuis le début de la crise, la fréquentation des musées, soutenue par une politique de gratuité, est en hausse. À Madrid, le Musée Reine Sofia a doublé le nombre de ses visiteurs en cinq ans, passant de 1,5 à 3 millions de visiteurs. À Matadero, centre dédié à la création contemporaine à la périphérie de Madrid, la fréquentation a doublé depuis 2010. La situation est plus inquiétante dans le secteur des arts vivants.  « Le nombre de spectateurs a diminué de 10 à 20 % dans le théâtre et la musique »,  indique Miguel Angel Recio, directeur de ce département au secrétariat d’État à la culture.

D’autres observateurs évoquent des baisses plus fortes pouvant atteindre 25 %. Pour Enrique Subiela, agent d’artistes, il existe une  « vraie crise de la demande culturelle en Espagne. Elle a été artificiellement soutenue par des prix très bas, liées aux subventions publiques. Mais l’on n’a pas mené de politiques éducatives suffisantes pour la consolider. » 

 Source : La Croix – ÉLODIE MAUROT (à Madrid)

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The Official Norwegian Report on cultural policy

DEP_symbolThe Official Norwegian Report on cultural policy (NOU 2013:4) was compiled by a committee appointed by the Government in spring 2011 to review Norwegian cultural policy since 2005. The committee presented its report, Cultural Policy 2014, on 4 March 2013. In the report the committee assessed the relevance of the national cultural policy objectives and reviewed and evaluated the policy measures and instruments implemented at the central and local government levels during the period since 2005. It also identified today’s most important cultural challenges and on this basis made proposals for a new cultural policy.

You can download this repot here.

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Pour un avenir soutenable

Il n’aura échappé à personne que les finances publiques sont gravement dégradées. On le savait pour ce qui concerne l’Etat depuis plus de 30 ans de par le caractère structurel des déficits mais on le savait moins pour les collectivités locales et territoriales il y a encore 15 ans.

Parmi les cinq principes qui guident l’élaboration des budgets des collectivités figure le principe de régie de l’équilibre réel. Ce principe de régie de l’équilibre réel constituait depuis toujours une véritable règle d’or impliquant l’existence d’un équilibre entre les dépenses et les recettes des collectivités ainsi que les différentes parties du budget (sections de fonctionnement et d’investissement).

Or si on analyse la situation actuelle de très nombreuses collectivités, on ne peut que constater qu’on a tout simplement occulté, ou fait mine d’occulter, souvent publiquement, à quel prix cet équilibre s’obtient, surtout lorsque les recettes enregistrent une baisse structurelle et récurrente. Il a fallu que quelques élus courageux, dont l’actuel président de l’assemblée nationale alors président du conseil général de Seine-Saint-Denis, fassent sensation à leur manière il y a deux ans pour que l’opinion publique découvre plus largement l’ampleur et le caractère critique de la situation.

De nombreux outils sont à la disposition des collectivités pour palier ce type de situation, pour qu’elles maîtrisent leurs dépenses courantes et pour qu’elles poursuivent le mieux possible leurs investissements d’avenir. Les manipuler, même de manière éclairée ou visionnaire, même avec le plus grand souci de justice ou de sécurisation possible, génère un important faisceau de contraintes qui pèse sur la prise de décision, l’engage plus encore lorsque la situation est dégradée et oblige à des arbitrages complexes où la mécanique budgétaire pluriannuelle (les fameux PPI) est sérieusement mise à mal à l’échelle d’un mandat politique, à l’échelle de la responsabilité individuelle et collective.

La crise de 2008 aura agit comme le détonateur d’une bombe à retardement qui s’était lentement mais sûrement assemblée au fil des ans, mais en définitive ce sont ses conséquences descendantes de la sphère purement financière à la sphère économique et sociale qui ont peu à peu révélé la fragilité de nos politiques budgétaires.

L’onde de choc est telle que bon nombre des certitudes du système à la française ont été tout simplement balayées. Ce qu’on appelait notre « bocage normand » ou notre « mille-feuilles administratif », objet de critiques récurrentes, aura eu la vertu de ralentir la progression de la catastrophe, c’est un fait, et les collectivités territoriales ont eu la part belle en s’érigeant en modèle de gestion face à un Etat déresponsabilisé réputé irréformable, ne parvenant pas à assumer la décentralisation et la déconcentration qu’il s’est lui-même infligées sans revoir en profondeur ni ses prérogatives ni son modèle.

Avec cette pression considérable qui s’exerce sur nos décideurs et nos élus, avec cette responsabilisation qui n’a jamais atteint un tel niveau d’exigence et de complexité, le devoir de construire des politiques soutenables pour les générations futures doit participer de toutes les décisions. C’est à cet endroit que le danger bien réel depuis 2002 d’un agrandissement toujours plus grand du fossé entre les citoyens et leurs représentants prend une toute autre tournure. Faute de projet de société clair, faute de consensus suffisamment large autour de ce projet (ou tout simplement d’adéquation de ce projet avec les évolutions et les attentes de la société), c’est dans ce fossé que s’engouffrent tous les extrêmes et les populismes. Les clés d’un vote ne s’obtiennent donc plus simplement par la confrontation d’un projet à un autre mais par un curieux mélange d’écoute de ce qui est considéré comme les attentes et les aspirations des citoyens, d’exaltation d’un supposé élan populaire, d’un discours qui se fonde sur un dire de vérité et de responsabilité. Or c’est sur ce dernier aspect que les principales conditions de la soutenabilité d’une politique se jouent et tant qu’on continue à employer le story telling, on ne remplit aucune exigence de vérité et de responsabilité, on fonde une certaine idée de la responsabilité à partir d’une certaine idée de la vérité.

Au moment de prendre des décisions budgétaires capitales pour l’avenir de l’Etat et des Collectivités, il faut avoir l’estomac sérieusement accroché pour s’engager dans telle ou telle direction mais ce n’est rien comparé aux efforts consentis ensuite si la soutenabilité n’est pas avérée. D’autant plus que nous n’avons plus vraiment le luxe du droit à l’erreur… Les débats sur les arbitrages budgétaires tels que nous les avons connus n’ont plus rien avoir avec ceux d’aujourd’hui et ceux d’aujourd’hui laissent entrevoir l’imminence d’un nécessaire changement profond de la culture politique.

Aujourd’hui la situation est devenue dangereuse au point que quelles que soient les alternatives politiques démocratiques et républicaines, elles semblent de moins en moins audibles et de ce fait, elles nourrissent malgré elles la désorientation, le désarroi et un pessimisme ambiant, elles amplifient la crise de confiance, elles cèdent du terrain dans le débat public et assistent irrémédiablement à la montée des extrêmes qui ne manquent pas d’exploiter l’exaspération, le désespoir et la colère en poussant à une radicalisation et un simplisme qui colonisent chaque jour un peu plus les esprits.

Car maintenant que la réalité et ne peut plus être occultée ou « storytellée », c’est bien sur cette question de la responsabilité dans la gestion du bien public (qui au fond concerne autant le décideur public que le décideur privé, leurs modes de gouvernance, leurs organisations et leurs réseaux) que se focalisent une part importante des formes de rejet de nos élus et de nos dirigeants. Ne nous y trompons pas : cela ne date pas d’hier. Il faut évidemment aller chercher entre autres dans l’alliance gaulliste – communiste au sortir de la seconde guerre mondiale cette « culture » de la gestion publique et privée tout au long de la cinquième République.

Mais avec cette radicalisation de la pensée à droite comme à gauche, le centre gauche et le centre droit paraissent bien pâles, peu lisibles et subissent des tiraillements forts. Ils ont la plus grande des peines à porter haut et fort une parole de raison qui doit pourtant fédérer et occuper le plus possible le débat public.

On a longtemps cru que c’était un déficit de pédagogie de l’action qui ne permettait pas de fédérer suffisamment pour réformer. On a ensuite cru que c’était le contraste saisissant entre être en responsabilité et être dans l’opposition. Puis ce fut le défaitisme paralysant de l’impossibilité de réformer. On a cru par la suite que c’était le manque de vision, de dynamisme ou de volonté pour finalement revenir à l’idée du nécessaire réancrage du politique dans la normalité de choses. Curieuse itinérance. En tout état de cause, nous voici à la fin d’un cycle et la dureté de la réalité à laquelle nous nous confrontons en est très probablement le catalyseur.

Le mur du réel n’est ni droite ni de gauche et chacun a longtemps fait mine de le découvrir à chaque alternance, c’est aussi cela qui affaiblit toute société démocratique.

Beaucoup de crédulité à la fois assumée et subie qui en effet décrédibilise la République et la livre pour partie au premier ou la première qui parvient à se dédiaboliser en s’appropriant de la façon plus superficielle et manipulatrice les valeurs, la morale et l’éthique politique. Ceux-là parviennent à proliférer sur l’illusion qu’ils nourrissent et attisent d’une insurrection à venir. Qui n’a pas entendu le fameux « la révolte gronde » ou le « ça fait péter » ou le « tous pourris » ou encore le « qu’ils s’en aillent »? Tous les sujets passent dans leur machine à broyer le vivre ensemble et ne sert à fabriquer que plus d’exclusion et d’antagonismes, y compris quand ils proposent de la façon la plus décomplexée dans leur propre programme « leur projet » de société.

Quels messages et quelles démarches peut-on mettre aujourd’hui en face pour non pas redonner des raisons d’espérer ou de réenchanter (cela serait assurément fatal) mais pour agir et avancer sur la base de ce qui fait sens, de ce qui fédère et rassemble, de ce qui est possible et de ce qui est souhaitable pour que cela soit soutenable ?

La puissance publique a besoin de nouvelles perspectives d’investissement et de gouvernance associées à une véritable soutenabilité budgétaire, sans quoi elle continuera à s’affaiblir et une puissance publique qui s’affaiblit va de pair avec une détérioration plus grande du lien social, une exacerbation des tensions sociales, terreau fertile des extrêmes qui savent désormais parfaitement racoler en plein jour.

Il faut donc absolument déployer toutes nos énergies et nos intelligences pour se sortir de l’ornière. Le pays n’a plus le temps et n’a plus les moyens d’expérimenter ni d’explorer telle ou telle alternative. Les prochaines échéances électorales seront déterminantes car bon nombre de mandats vont se renouveler. Il faut oser penser que c’est un nouveau cycle qui commence, une nouvelle génération qui surgit et non pas un cycle qui n’en finit pas de se reproduire.

L’enjeu sera très clair : continuer selon les bonnes veilles méthodes ou trouver les leviers, les outils, les méthodes, les démarches, les idées et les projets qui parviendront à concilier utile et éthique tout en étant en capacité de dialoguer avec une société qui a profondément changé et où l’incertitude domine.

Les décisions sont à prendre maintenant avec les solutions dont nous disposons. Ironie du sort, c’est le « ici et maintenant » que nous reprochions comme « non-durable » à d’autres pays, non sans un certaine condescendance d’ailleurs, persuadés que nous étions capables de tenir notre modèle jusqu’au retour d’une croissance salvatrice qui, même molle, nous aurait épargné le serrage de ceinture le plus raide que nous ayons connu depuis longtemps.

Or, il est pour le moins inquiétant (même si c’est humain) de voir s’attiser les antagonismes et les oppositions,  se raviver tous les dogmatismes qui de par leur goût prononcé pour l’hystérie et l’irrationnel en dépit de tout bon sens, entretiennent un état de panique permanent pour peu que cela les légitime toujours un peu plus.

Cela est d’autant plus préoccupant qu’une ligne rouge semble désormais franchie, au point d’entamer ce qui doit pourtant toujours l’emporter en politique : la raison.

De nombreux motifs d’espoir existent, de nombreux outils existent, mais beaucoup d’entre eux sont occultés ou compromis par cette étrange climat qui gagne les esprits un à un. Aucun sujet n’y échappe, montrant ainsi que ce sont les fondements de notre société et tous nos domaines d’activité qui sont ébranlés.

Dans ce moment charnière de notre histoire, et c’est peut-être pour cela qu’il faut le juger comme tel (et non pas pour attirer l’attention des médias), il faut être en mesure de faire face et la raison doit prévaloir. Cette lutte qui prend possession de l’espace public doit se résoudre avant que ce soit l’espace public qui en prenne possession.

C’est aussi pour toutes ces raisons que culural-engineering.com s’engage désormais en tant qu’acteur « ressource » aux côtés d’institutions publiques et privées qui portent cette même volonté d’agir, cette volonté qui se soucie tout autant du « comment mieux faire pour bien faire ? » que du « comment bien faire pour faire mieux ? ».

Parmi nos différentes actions, nous publierons régulièrement avec nos partenaires des exemples très concrets dans de nombreux domaines d’activité pour  tenter d’éclairer ce qui peut rendre le « ici et maintenant » soutenable, c’est-à-dire ce qui se doit désormais d’être porteur d’avenir.

Philippe Gimet

Fondateur de C.E.G.

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Vers une « mise à jour » de la politique culturelle néerlandaise 2013-2016 ?

Un total de 119 institutions culturelles ont demandé des subventions du gouvernement pour un montant de près de 395 millions d’euros, soit près de 65 millions d’euros de plus que ce qui avait été provisionné par le gouvernement néerlandais pour les 90 «meilleurs établissements». Cela signifie que 29 de ces institutions ne seront pas admissibles à un financement supplémentaire, puisque le nombre de 90 institutions culturelles a été fixé par le gouvernement pour exécuter des tâches spécifiques qui ne concernaient pas les 29 supplémentaires. Cela signifie également qu’en l’absence de crédits de réserve (ce qu’on nous envie en France, encore faut-il les dégeler pour qu’ils soient appréciés et utiles), l’Etat n’aura qu’une seule alternative : refuser les 29 demandes supplémentaires ou réallouer et réévaluer les montants des aides pour l’ensemble. A moins que les institutions décident de jouer collectif…

Les établissements avaient jusqu’au 1er février pour déposer leur dossier auprès du ministère de l’Éducation, la Culture et de la Science et face à cette augmentation des demandes pour la période 2013-2016, le ministère a demandé au Conseil de la Culture de passer en revue tous les dossiers déposés et de faire des recommandations avant le 22 mai prochain, en espérant pouvoir au moins endiguer le problème d’ici-là.

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Australian cultural policy: a model for the UK

The proposed Australian cultural policy takes things in the right order, says John Holden. Photograph: Hemis / Alamy/Alamy

The proposed Australian cultural policy takes things in the right order, says John Holden. Photograph: Hemis / Alamy/Alamy

The country deserves a coherent, government-wide policy for culture, says John Holden, it’s time once again to learn from the Australians

Last November I visited Australia and the arts community was buzzing with talk about the country’s proposed new cultural policy. So I took a look at the discussion document and I turned green with envy – why can’t we have one of these in the UK?

In Britain we’ve never been good at framing a coherent approach to culture. Back in 1996 a senior civil servant at the Department for National Heritage told the Sunday Times: « It is not part of our culture to think in terms of a cultural policy, » and not much has changed.

The Australian example shows what can be done. It’s a remarkable and mercifully brief document that has many virtues.

First, it sets out the beliefs on which any serious cultural policy must be founded: « The arts and creative industries are fundamental to Australia’s identity as a society and nation, and increasingly to our success as a national economy. » It adds that « the policy will be based on an understanding that a creative nation produces a more inclusive society and a more expressive and confident citizenry. »

Everything that follows in the document is built on this bedrock of ideology. Without such clear and transparent beliefs, and the commitment that flows from them, policies are doomed to endless wrangling about measurement and evidence.

But the document does acknowledge evidence where it exists, and uses it wisely. For example: « Research shows that arts education encourages academic achievement and improves students’ self-esteem, leading to more positive engagement with school and the broader community and higher school retention rates » – therefore « the new national curriculum will ensure that young Australians have access to learning in the creative arts. »

But in the UK we have to suffer the non-evidence based approach of abolishing what went before just because the other lot invented it.

The next virtue is that the proposed policy not only encompasses the arts, heritage and creative industries, but extends into other areas like education and infrastructure. Culture is deemed relevant to every department of government, from the role that it plays in international relations (British Foreign and Commonwealth Office) to its economic importance (HM Treasury), from its impact on the need to build airports for cultural tourists (Department for Communities and Local Goverment) to cultural scholarship in Higher Education (Department for Education).

That relevance is a two-way street: for example, the cultural uses of high speed broadband affect hard infrastructural requirements, while the existence of the hardware creates cultural opportunities.

But with our inheritance of initative-itis and dysfunctional 19th century silos in Whitehall, our treatment of culture within government is confused and contradictory. It needs pulling together into a consistent and logical whole, which is just what the Australian cultural policy is designed to do.

One interesting thing about this Australian initiative is its timing. Down under they are not afflicted by the global financial malaise to the same extent that we are, but they are clearly looking to the future, and asking where societies and economies are going.

Whatever the rights and wrongs of the UK’s Plan A and Plan B, it should be obvious that we need more than hope and excuses to reinvigorate ourselves. We need a long-term economic strategy that recognizes the important part that culture and creativity play. With the cultural and creative economy now accounting for such a large proportion of Britain’s GDP, you would think that some serious consideration would be given to cultural policy right across the piece, rather than following the traditional fractured approach.

The proposed Australian cultural policy takes things in the right order: start with ideology and belief in making the case for culture; gather the evidence where you have it; work out a 10 year integrated strategy across government; decide on the consequent structures and funding needs; adjust according to circumstances.

In the UK we seem to have things topsy-turvy: first the treasury decides how much money there is; then government departments fight among themselves for how much they each get; they decide their own individual priorities; they hand out money; evidence is gathered by the recipients of that money to prove the cash wasn’t wasted. There is no clear political articulation or acceptance of the case for culture at any level.

Those with long memories will recall that the impetus for much of the increased funding, energy and new thinking about culture and the creative industries that we saw in the UK at the end of the 1990s was prompted by an Australian policy paper. Prime Minister Paul Keating’s 1994 document, Creative Nation had a profound influence here. It is time once again to learn from the Australians. This country also needs and deserves a coherent, government-wide policy for culture.

John Holden is associate at independent think tank Demos – he is also a visiting professor at City University in London.

Source : theguardian

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