Cultural Engineering Group

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Visiter grâce aux TIC

Journée technique d’ODIT France : les technologies de l’information et de la communication au service de la visite culturelle et touristique

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) qui ont envahi la vie quotidienne suscitant de nouvelles pratiques et des nouveaux modes de consommation transforment en profondeur les secteurs du tourisme et de la visite culturelle. Le contexte résultant des progrès techniques mais aussi des évolutions socioculturelles, géopolitiques, économiques est riche en opportunités mais aussi en risques nouveaux. Apparaissent des possibilités particulièrement prometteuses de valorisation du patrimoine culturel et naturel.

Les enjeux concernent directement les établissements culturels, les territoires, leur attractivité et plus généralement les différentes facettes de l’image de la France, le développement économique et humain du pays. La crise d’origine financière qui frappe le monde donne une actualité particulière à ces enjeux.

La journée technique du 5 mai permettra d’approfondir tous ces points en s’appuyant sur un travail approfondi qu’ODIT France a réalisé avec ses partenaires, la Direction des Musées de France (DMF), le Centre des Monuments Nationaux (CMN), et l’Agence Régionale de la Société de l’Information de Midi-Pyrénées (ARDESI), support de cette journée technique. Cette étude a en particulier permis de dégager dix indicateurs de la pertinence de l’exploitation des technologies numériques pour le déploiement d’une stratégie en trois temps. Cette stratégie aurait pour objet de renforcer et pérenniser l’attractivité tant des territoires que des établissements culturels et des autres acteurs désireux de participer à une action en partenariat.

Le premier temps correspond à la captation en ligne de l’intérêt du futur visiteur. Dès lors le public potentiel ne se limite pas à quelques centaines de millions de touristes privés ou professionnels mais à l’entourage des internautes du monde entier, déjà plus d’un milliard et demi de personnes. Dès cette étape, les établissements comme les territoires ont des possibilités inédites de communiquer, échanger, instruire, commercer à distance avec des visiteurs dits virtuels mais bien réels. Ces possibilités d’actions et transactions à distance peuvent prendre une importance critique si le contexte économique, politique ou les contraintes écologiques et/ou énergétiques limitent les déplacements physiques à grande distance.

Le deuxième temps est naturellement celui de la visite physique. La journée illustrera les pratiques et perspectives d’enrichissement de cette étape majeure grâce aux techniques numériques en faisant le point sur les meilleures pratiques mondiales.

Le troisième temps est celui de l’après visite : il s’agit de mieux profiter des techniques numériques  pour garder le contact avec les visiteurs tant virtuels que physiques, maintenir leur intérêt, approfondir contacts et échanges, amener ces visiteurs à se transformer en prescripteurs, ambassadeurs, et à revenir. Du point de vue touristique et économique, l’enjeu est de créer un « tourisme après le tourisme », un flux régulier de transactions. Du point de vue culturel, les établissements pérenniseront leur rôle et étendront dans l’espace et le temps leur influence.

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A propos du tourisme culturel

tourisme culturelA signaler parmi les nouveautés prometteuses de l’ingénierie du tourisme culturel, une initiative rare dans ce domaine encore récent en France, initiative qui fait plus que bousculer nos habitudes sectorielles : le blog de l’agence Nouveau Tourisme Culturel.

Evelyne Lehalle, directrice de NTC, a fait partie des personnes de chez ODIT France qui ont « osé » l’été dernier l’excellent mais encore trop méconnu tourismeculturel.net.

Forte d’une trajectoire professionnelle pour le moins remarquée et remarquable dans l’administration de la culture et du tourisme, Evelyne Lehalle fait partie de ces personnes ressources qui savent construire des passerelles entre ces deux secteurs aux réflexes corporatistes encore bien présents.

Depuis son nouveau camp de base niçois, elle poursuit ses incursions dans ce nouveau territoire encore très peu structuré en France, tout en jetant comme à son habitude quelques bons et gros pavés dans la mare. Ce qui ne plaît évidemment pas à tout le monde (et c’est tant mieux), c’est qu’elle a choisi en totale articulation avec sa stratégie d’entreprise de décloisonner les domaines d’expertise du tourisme et de la culture. Il fallait de toute façon avoir été légitime des deux côtés du miroir pour le faire, ce qui est plus que son cas.

Ajoutons à cela le détournement du Ken de Barbie en archétype du touriste en situations aussi diverses que variées, il n’y a qu’un pas pour réactiver les névroses de l’homme civilisé chez certain(e)s.

Ce totem de Ken, pour poursuivre l’analogie freudienne, est là pour tout le contraire, vous l’aurez bien compris. Il n’y a aucun danger à se tourner vers lui, lui faire face et l’interroger sur les étendues méconnues et tant redoutées.

Quoi qu’on en dise, à bien y regarder de près, ce sont les fondations d’une ingénierie très prometteuse qu’elle contribue à établir.

Car si le tourisme culturel est encore marginal et a longtemps été méconsidéré en France, il constitue une préoccupation grandissante. Son impact sur les stratégies des territoires est considérable à l’étranger et le deviendra aussi en France, qu’on ne s’y trompe pas. Il faut bien agir car la concurrence se fait de plus en plus féroce, qu’elle soit globale ou locale. Il y a fort à parier que structurer le tourisme culturel à court terme comme une industrie avec son ensemble de métiers, allant de la sociologie au markéting opérationnel en passant par la gouvernance publique, pourrait constituer un vecteur de développement considérable, capable de renouveler de nombreuses filières et secteurs en quête de synergies.

Depuis plusieurs années on pouvait malgré tout sentir un frémissement mais il faut bien admettre que sans des initiatives comme celles qu’ODIT France a prises, dont certaines sous la houlette d’Evelyne Lehalle à l’époque, en tissant des liens avec le Ministère de la culture et de la communication, nous en serions toujours au stade protohistorique.

Les forces en présence ont souvent été considérées par nature peu conciliables, du moins en France où nous souffrons parfois encore d’autisme caractérisé lorsqu’il s’agit de travailler au niveau interministériel. La Culture considérant qu’elle à moins à gagner que le Tourisme dans ce mariage contre nature, le Tourisme considérant très longtemps que culture était inhérente à la valorisation touristique, ce sont au fond deux secteurs qui se sont simultanément ignorés et instrumentalisés. En effet, cela ne va pas de soi de collaborer quand tant de différences structurelles et stratégiques peinent à s’articuler et, malgré le guide « Tourisme et Culture, travailler ensemble » (auquel Evelyne Lehalle n’est pas étrangère évidemment puisqu’elle en est le co-auteur) qui établit les grands principes pour construire une démarche commune, nous sommes encore loin d’avoir franchi le Rubicon.

Quelques explorateurs comme NTC sont en train de cartographier et de poser les fondements du domaine.

Le fait est que l’offre culturelle constitue LA force majeure d’attractivité touristique (les chiffres sont massivement éloquents) et que les transferts de connaissance et les échanges de savoir-faire sur les meilleures pratiques constituent une évidence. Encore faut-il que cela s’intègre dans la vision de nos élus, ce qui n’est pas toujours le cas à un niveau individuel mais devient quasi inextricable dans la logique des financements croisés.

Ce sont en effet les collectivités territoriales qui détiennent les clés du développement. L’Etat, ses établissements et son administration déconcentrée sont là pour les y aider mais le « time to market » est n’est pas toujours au rendez-vous. Il faut donc évangéliser et évangéliser encore, créer des démarches et des plates-formes de réflexions et d’échange, étayer nos benchmarks et nos veilles, etc. Cela ne produit pas d’effets sans frictions car pour s’y piquer il faut s’y frotter.

Or on voit bien à quel point il est difficile, notamment dans les grandes métropoles (quel paradoxe !) de convaincre chacune des parties prenantes qu’un objectif supérieur et commun est préférable au maintien des cloisonnements des politiques sectorielles qui ne cherchent qu’à se conforter elles-mêmes.

Défaut de vision stratégique ? Défense d’intérêts particuliers ? Récurrence des tendances autocrates ? Maintien d’un modèle de gestion interne pour préserver une paix sociale ? Absence de vision dans la gouvernance face aux enjeux externes ? Autant de questions que le tourisme culturel peut amener à faire avancer, car, ne serait-ce que du point de vue de l’expérimentation, l’ingénierie naissante du tourisme culturel contient tous les ingrédients du changement que l’on retrouve dans les politiques intégrées. Il en va de même pour l’innovation (qu’elle soit sociale ou technologique d’ailleurs). Il ne s’agit plus de prospective mais de démarches opérationnelles redoutablement efficaces si chacun accepte et assume la part de responsabilité qu’il doit y prendre.

Prenons l’exemple de la mise en tourisme. Ce n’est pourtant pas un mot sale et imprononçable pour la culture mais qu’il est difficile de mettre en œuvre la mise en tourisme sur certains territoires ! Malgré des offres à la qualité et à l’exigence toujours plus élevées, les territoires maintiennent souvent les opérateurs concernés livrés à eux-mêmes.

Dans les théories de la gouvernance, maintenir un tel état de fait pour les OBNL conduit à augmenter la concurrence liée au niveau de la clientèle et des sources de financement. Très peu sont gagnants dans cette configuration, au contraire.

On voit bien par ailleurs que si les démarches de labellisation ont conduit à créer des cadres structurants, les labels peinent à conserver leur cohérence face à leur multiplication.

Les collectivités qui s’en tirent le mieux sont celles qui réussissent à créer leur propre « branding », déclinable opérationnellement auprès des acteurs et opérateurs du territoire, valorisable et exportable dans des logiques où marketing territorial et gouvernance parviennent conjointement à rejoindre les préoccupations de plusieurs politiques sectorielles.

Sur ce point, il est clair que les politiques événementielles vont subir (et/ou y participer, selon les cas) ce mouvement permettant un meilleur pilotage et une meilleure coordination des atouts d’un territoire.

La conséquence, et cela nous semble être plus que bénéfique et encourageant, c’est l’instrumentalisation de la communication par le politique et non pas le contraire.

Ce retour en force du politique, au bon sens du terme, survient en des temps contraints et inquiets mais il contient une dynamique dont il faut savoir se saisir, que l’on soit un « policy maker » ou « policy worker ».

Ce qui ne fait aucun doute, c’est que les activités, les attraits et les manifestations culturelles seront prisés par un segment de touristes de plus en plus large. La concurrence risque par contre d’être vive, les destinations se positionnant de plus en plus sur ce segment de marché et c’est en se penchant sur l’histoire du tourisme culturel que l’on peut y percevoir des pistes pour l’avenir mais aussi les actions présentes à conduire en France.

Depuis la fin des années 1990, les colloques, les séminaires et les écrits visant à mieux comprendre et à optimiser les liens qui unissent la culture et le tourisme se sont multipliés à l’échelle mondiale.

Cette multiplication s’accompagne de cas de spécialisation du tourisme culturel autour d’une dimension particulière : les musées, le patrimoine, l’art contemporain, les politiques culturelles, la créativité, les régions, etc.

Ce mouvement demeure conditionné par de nombreux facteurs conjoncturels tels que la mondialisation, la concurrence et l’obligation de différenciation pour les destinations, la segmentation accrue des clientèles touristiques et la sophistication des attentes, la recherche de nouvelles sources de revenus, la tendance au développement durable et à la protection de l’environnement.

Dans cette optique, le marché du tourisme culturel intéresse de plus en plus les intervenants des secteurs concernés.

L’intérêt touristique pour la culture n’est pas nouveau : il remonte en fait au début des années 1960.

Comme cela a été rappelé lors du colloque « Culture et Tourisme, au cœur de l’identité urbaine » qui s’est tenu en novembre 2008 à Montréal, c’est dès 1963 que s’affirme une première reconnaissance du tourisme culturel. En effet, cette année-là, le conseil économique et social des Nations Unies soutient que le tourisme culturel contribue de façon certaine « à la cause de l’amitié et de la compréhension entre les peuples ».

Dans la foulée, en novembre 1966, l’UNESCO atteste par résolution que le tourisme culturel favorise le renforcement de la paix.

En novembre 1976, lors du Séminaire international « tourisme et humanisme contemporain » de Bruxelles, est adoptée la première charte internationale du tourisme culturel.

La charte internationale du tourisme culturel maintient alors que c’est le respect du patrimoine mondial, culturel et naturel qui doit prévaloir sur toute autre considération, aussi justifiée soit-elle sur les plans social, politique ou économique. Cette charte a évolué depuis. Sa dernière version a été adoptée par l’ICOMOS en octobre 1999.

Le tourisme culturel, misant sur l’identité et l’authenticité des destinations, apparaît comme un élément de réponse aux tendances de la demande touristique et aux enjeux de l’industrie. Un nombre croissant de destinations compte sur les différentes formes d’expression de leur culture pour se différencier et attirer les clientèles mais leur potentiel est encoure sous-exploité.

Certes, le tourisme n’est pas une panacée et peut ne pas convenir à tous les attraits culturels. il n’en demeure pas moins que plusieurs organismes, institutions, manifestations et sites culturels ayant une potentialité touristique restent en marge de cette activité.

Il faut dire que les efforts de promotion touristique de la dimension culturelle se concentrent souvent sur les valeurs sûres — les musées, les festivals, les sites historiques. Mais on constate de fortes difficultés dès lors qu’il s’agit de très grandes opérations (multiplicité des interlocuteurs, diversité des sources de financement et des niveaux de décision) et d’opérations de taille beaucoup plus modeste.

Un nombre important d’organismes culturels pourraient aisément s’insérer davantage dans l’offre touristique, mais, faute de connaissances adéquates, de ressources, de moyens de promotion et de stratégies de communication, ils demeurent réticents ou éprouvent des difficultés à percer ce milieu.

Le tourisme et la culture évoluent pourtant sur un terrain commun, les préoccupations et les enjeux convergent.

Cette convergence des intérêts est de surcroît encouragée par la croissance soutenue du tourisme culturel à l’échelle mondiale. mais, en dépit d’un contexte des plus favorables à l’élargissement des liens de collaboration entre les deux milieux, de nombreux intervenants, souvent par simple méconnaissance, demeurent réticents à s’engager sur la voie du tourisme culturel principalement du fait que c’est un apport qualitatif – quantitatif diamétralement opposé qui les accorde.

Pour en arriver à une collaboration plus étroite entre le tourisme et la culture, des obstacles restent à surmonter. À cet effet, nombreux de part et d’autre sont ceux qui identifient, comme lors du  colloque « Culture et Tourisme, au cœur de l’identité urbaine »:

  • le manque de connaissances des besoins des secteurs respectifs de la culture et du tourisme ;
  • le peu de liens officiels et permanents entre les deux milieux ;
  • l’ambivalence des acteurs du secteur de la culture à l’égard du tourisme ;
  • l’insuffisance des ressources humaines et financières des organismes culturels ;
  • le manque de savoir-faire en marketing touristique des organismes culturels ;
  • l’absence, pour certaines destinations, d’une image de marque claire et précise facilitant, voire incitant, l’intégration de la culture à l’offre touristique.

Surmonter les obstacles et les appréhensions, se défaire des fausses perceptions et développer un langage commun, tels sont les éléments essentiels qui assurent le développement d’une vision partagée et l’élaboration de partenariats concrets.

Parmi les démarches les plus récentes, tel est le cas du travail remarquable fait par Wonderful Copenhagen pour structurer et animer les différentes filières dans l’accroissement de l’attractivité du territoire à partir d’une stratégie dite 360° de son offre événementielle. Cela décoiffe et renouvelle totalement le rapport au territoire, que l’on en fasse partie où que l’on y soit en touriste d’ailleurs. Nous avons eu l’occasion d’assister à une présentation très détaillée de cette offre lors du séminaire Paris-Mix le 31 mars dernier, (où nous avions fait venir la Ville de Londres par ailleurs), nous aurons l’occasion d’y revenir ce mois-ci sur C.E.G.

L’offre d’expériences culturelles authentiques, uniques et enrichissantes permettra assurément à certaines destinations de se distinguer des autres. une collaboration plus étendue, mais en même temps plus étroite entre les intervenants du tourisme et de la culture, de même que la structuration de réseaux permettant des actions concertées et innovatrices, constituent des atouts de taille.

C’est aussi cela l’effet incontournable et positif de la mondialisation que de rendre plus locale encore la compétition. Il y a tant à reconstruire, tant à repenser. Faites donc comme Ken le touriste !

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L’Acropole méprisée

L’Acropole a été fermée pour la cinquième fois en l’espace de deux semaines. La raison : les grèves des employés qui réclament un emploi à durée indéterminé et le paiement des salaires qui n’a toujours pas été effectué. Le quotidien Ta Nea critique l’attitude de la Grèce envers ses biens culturels. « Il est difficile de trouver dans le monde un pays qui … insulte son patrimoine culturel de manière aussi poussée et fréquente que ne le fait la Grèce. … Ce qui s’est passé ces dernières semaines dans l’un des monuments archéologiques les plus symboliques de la planète représente non seulement un mépris pour notre culture, mais aussi un coup dur pour notre industrie touristique. Et ce à un moment où l’économie repose ses plus grands espoirs sur le tourisme pour sortir de la crise. »

Source : BpB

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Villes et événements

Lille2004Le 6 décembre dernier s’est tenu à l’Institut de Géographie de Paris un séminaire scientifique intitulé « l’événementiel et les villes touristiques », sous la coordination et la direction d’Edith Fagnoni (Maître de conférence – Université Paris 4, IUFM) et de Jérôme Lageiste (Maître de conférence – Université d’Artois).

Cette journée était fondée sur la question de l’événement comme valorisation de la ville, partant du constat que l’événementiel dans les politiques urbaines est un enjeu majeur de l’attractivité des territoires et devient un outil à part entière de leur développement.

En attendant la publication des actes de cette journée particulièrement dense, nous revenons sur quelques points et enseignements qui visent en cette période de crise à donner des perspectives, perspectives qui ont généralement tendance à s’effacer devant l’urgence et la gestion du court terme. En effet, si par définition l’événement relève de l’éphémère (même récurrent), son inscription dans les territoires dépend désormais d’une gestion qui ne peut être à court terme si l’on veut développer une offre culturelle et touristique qui soit non seulement structurante et durable mais également efficiente.

Si l’événementiel renvoie aujourd’hui de plus en plus à une compétition entre les villes, voire une concurrence, la recherche de l’inscription de ces événements dans la durée conduit à structurer autrement les stratégies urbaines et les politiques d’image des villes. La journée a témoigné très largement de ces aspects en s’appuyant sur des exemples de manifestations éphémères et pérennes pour tenter, à travers différentes approches catégorielles, de construire une réflexion sur les effets sociaux, spatiaux et temporels de la dynamique urbaine.

Nous avons souhaité revenir sur l’exemple de Montréal car cette métropole démontre depuis les années 60 qu’on peut conjuguer des préoccupations très différentes à partir d’une stratégie globale d’image à l’international qui fixe des objectifs et favorise une synergie d’acteurs essentiels à l’amélioration du cadre de vie de la ville.

Jusque dans les années 1960, Montréal était la plus importante ville canadienne. Mais avec la réorientation progressive de l’économie nationale vers les États-Unis et le déplacement du centre démographique canadien vers l’ouest, Toronto était mieux placée pour un développement rapide. Pour retrouver une dynamique de développement, il fallait concevoir un axe fort de valorisation et de promotion de manière à attirer l’investissement, imaginer des projets ambitieux et consensuels et aménager la ville pour qu’elle crée de meilleures conditions d’accueil, de croissance et de qualité de vie.

À ce titre, Montréal est un exemple frappant de volonté politique. Le maire de l’époque, Jean Drapeau, a effet eu un impact très fort sur la ville, en mettant en œuvre dès son élection un programme visant à développer l’image de Montréal comme ville internationale. Le pari était audacieux : faire de Montréal en 10 ans une ville qui compte parmi les grandes métropoles d’envergure internationale. En l’espace de 10 ans, le pari fut réussi, ce qui constitue un véritable tour de force. Et les événements y ont joué un rôle déterminant.

À partir du milieu des années 60, comme le rappelle dans son introduction Florence Smits (maître de conférence à l’Université Paul Verlaine de Metz), Montréal a fortement axé sa promotion touristique et son image sur les événements, qu’il s’agisse de manifestations de grande ampleur (Exposition Universelle 1967, Jeux Olympiques 1976) ou de festivals et événements ponctuels plus ou moins renommés (Grand Prix du Canada, FrancoFolies, Montréal en lumières, pour n’en citer que quelques-uns).

Cette double stratégie basée sur la conjugaison du tourisme et de l’événementiel s’est traduite par une évolution certaine du paysage urbain et de l’image de la ville, des retombées économiques fortes et une pratique urbaine qui utilise largement les espaces publics.

Les retombées sont inégales mais les enseignements de cette stratégie sont triples :

  • une image et une économie dynamisées, à travers une inscription forte sur la carte du monde en tant que ville ouverte, festive et accueillante, relayée par des initiatives fortes pour attirer les investisseurs étrangers,
  • un paysage urbain modifié (voir l’histoire des réaménagements de l’île Saint Hélène et l’île Notre Dame par exemple),
  • des espaces publics propices aux manifestations, intégrés dans une certaine pensée de la gestion de la ville, avec des pratiques urbaines uniques, donnant l’image d’une ville en fête soucieuse de permettre la cohabitation entre événements et vie quotidienne.

Hélas, cette période structurante de développement qui a débuté dans les années 60 donne des signes de fragilité. En effet, si le calendrier des événements de la ville est désormais très complet tout au long de l’année, son financement, son renouvellement et sa pérennisation ont un coût important qui ne peut être négligé et qui doit être pris en compte. Le grand prix du Canada n’aura pas lieu cette saison par exemple car la contribution de la ville est insuffisante de 30 millions de dollars environ (sur un coût total de 135 millions). La perte d’un événement de cette taille a des répercussions importantes en termes d’image et de présence de partenaires internationaux. Lorsque la politique d’image d’une ville s’appuie fortement sur des événements de cette dimension, elle en est fragilisée si elle ne parvient pas très vite à trouver de nouveaux moyens de capter les flux qui compenseront le manque à gagner. En termes d’image, une ville ne peut se permettre de régresser.

Paris par exemple a connu un accroissement considérable de sa notoriété et de son patrimoine urbanistique au fil des quelque 8 expositions universelles qu’elle a organisé en près d’un siècle (ville record en la matière). On peut également prendre deux exemples contradictoires pour Paris : l’effet de la coupe du monde 1998 et la non-obtention des jeux olympiques de 2012. On voit parfaitement que ces grands événements sont de formidables atouts et opportunités dont le revers de la médaille est constitué de périodes plus ou moins longues de perte d’attractivité qui nécessitent de nouvelles dynamiques d’investissement pour être atténuées et surmontées.

La perte d’attractivité de Montréal se mesure bien entendu au regard de la concurrence des autres grandes destinations de la planète. Cette concurrence est en effet plus sévère et s’élargit dans un espace qui est toujours plus mondialisé, avec un public de plus en plus exigeant et une certaine unicité proposée des produits et des offres.

Si aujourd’hui cette politique semble montrer les limites dont témoigne la perte d’attractivité de Montréal, ceci oblige les acteurs montréalais à repenser leur stratégie, notamment en termes de choix de programmation, de politiques d’accompagnement du développement et de politique d’aménagement, car le contexte évolue.

Faut-il créer et/ou accueillir de nouvelles formes d’événements d’envergure internationale pour relancer la dynamique ? Faut-il rénover voire repenser l’image de la ville ? Le maire actuel Géral Tremblay a par exemple mené des initiatives fortes dans le domaine de la coopération inter-métropoles (Paris figure parmi les grands axes de coopération).

La grande réussite de Montréal a reposé sur des investissements importants pour mener conjointement une stratégie d’influence et de rayonnement culturel de loisirs grand public avec une politique d’infrastructures et d’accompagnement des événements afférents.

La crise est là pour nous rappeler que sans investissement pour soutenir les infrastructures actuelles, celles qui sont en projet, l’activité sectorielle et les activités rassemblant certains secteurs porteurs (notamment les grappes économiques), les restrictions qui se mettent en place fragilisent bien des schémas.

Ces quatre dernières années, Montréal a su montrer sa capacité d’investissement dans des secteurs de pointe comme le multimédia, l’image, les TIC en agrégeant un cluster certes encore fragile mais parmi les tous premiers au monde. Les événements et les acteurs basés à Montréal dans ces domaines sont particulièrement actifs et il y a fort à parier que ce qui peut être réussi dans des domaines aussi pointus des industries créatives peut également s’appliquer à une plus grande échelle de public pour constituer de nouveaux produits touristiques d’appel.

Le niveau de maturité du Canada dans le domaine des partenariats public-privé permet par exemple d’envisager (dans un contexte de politique nationale et régionale certes très tendu) de nouveaux grands projets structurants (nous aurons l’occasion d’en parler dans un prochain article).

Une politique basée sur l’événementiel de renommée mondiale repose sur l’investissement des structures pour un impact touristique durable. En revanche, l’événementiel même à caractère régulier ne suffit pas à construire une image ni à faire une politique. Il y a donc des corrélations à établir pour construire des flux touristiques qui cohabitent parfaitement avec la qualité de vie dans la conception de la politique de la ville.

Il serait intéressant par exemple de comparer la conception et la mise en œuvre de Montréal en lumières ou de son Quartier des spectacles avec d’autres quartiers de grandes métropoles qui sont concernés par des grands événements réguliers. On verrait assez aisément que dans le premier cas il y a une tentative de créer un tissu territorial et un espace public intégrant des activités qui proposent entre autres de l’événementiel aboutissant à des quartiers mixtes particulièrement vivants, et dans le deuxième cas (prenons l’exemple de Paris avec Nuit Blanche ou Paris Plage) nous observons ce qu’Edith Fragnoni appelle un urbanisme d’image.

En France, de nombreux festivals sont confrontés à la difficulté de leur inscription pérenne dans leur territoire. De nouveaux projets parisiens, nantais, marseillais, lyonnais et bordelais en cours de conception sont toutefois en train de générer des espoirs importants dans la manière d’occuper et irriguer le territoire tout en participant à une offre culturelle et touristique qui peut s’intégrer dans le marketing d’image de ces villes. Nous en parlerons sur CEG dès la rentrée.

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Marketing culturel des villes

Le centre des médias maltais organise à Valeta du 8 au 12 avril 2009 une conférence internationale dédiée aux nouveaux opérateurs culturels et touristiques qui participent à l’image de marque des villes artistiques / métropoles créatives. 

Ces rencontres seront plus particulièrement dédiées à l’analyse des produits et services en développement dans les nouvelles formes de tourisme dans les villes qui possèdent un patrimoine artistique et culturel d’envergure internationale sans être pour autant considérées comme capitales artistiques. Il s’agit de la première initiative rassemblant des villes qui, pour des raisons économiques conjoncturelles ou structurelles notamment, n’ont pas encore exploité pleinement la valeur ajoutée de l’art, de la culture et des créateurs pour leur tourisme et le marketing de leur image de marque.

À noter que les citoyens et ressortissants des pays de l’Union Européenne peuvent solliciter via le programme Grundtvig III une aide à la prise en charge des frais de voyage, de séjour et d’inscription.

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Retour sur Transit City

Transit CityLe 28 novembre dernier au Pavillon de l’Arsenal à Paris, le think-tank Transit City a tenu son atelier-débat. Rendez-vous régulier des réflexions prospectives sur la ville et les modes de vie animé par François Bellanger, cette matinée avait pour intitulé « Et cela ressemblera à quoi le voyage dans 25 ans ? ».

Si la question incite à la rêverie et au souvenir de nos grands mythes du voyage dont notre histoire et nos imaginaires regorgent, le programme affichait dès son annonce que la réalité de l’évolution de nos pratiques du voyage et de la manière dont transporteurs et voyageurs appréhendent ses modalités qui connaissent des bouleversements considérables qui touchent de nombreux secteurs de nos activités économiques. Bouleversements dont les signaux liés à l’intensification des flux industriels, commerciaux et civils (pour ne pas dire leur massification) impactent la préparation, la vente, la gestion, la vie et le sens du voyage, quel que soit le maillon de la chaîne sur lequel on se situe ; le tout sur fond de la contrainte toujours plus préoccupante de la raréfaction des ressources énergétiques et des changements environnementaux.

Il y a des changements de paradigmes culturels, il y a des évolutions aux enjeux devenus considérables, il y a un renouvellement des imaginaires, tout un monde qui nous appelle et nous implique individuellement et collectivement. Le transport et le voyage en seront-ils toujours des vecteurs aussi importants dans 25 ans ?

En empêcheur de tourner en rond rompu à l’exercice, François Bellanger bouscule nos schémas de pensée et nos certitudes avec un soin méticuleux, tout comme il le fait auprès de grands comptes publics et privés depuis plusieurs années. L’exercice est volontairement provocateur et réveille les consciences avec une clarté rare de nos jours. Rares en effet sont ceux qui parviennent à décloisonner autant, quels que soient les domaines professionnels représentés dans l’audience. Il réussit non seulement à créer des ruptures dans la pensée corporatiste et sectorielle mais il le fait dans une jubilation qui se partage et s’échange. Le bombardement totalement prémédité et assumé des faits, des chiffres, des images et des mots est particulièrement savoureux et pose immédiatement le décor.

Pour l’avoir déjà vu à l’œuvre par le passé, l’attente était donc teintée par la curiosité de découvrir ce qu’il nous réservait cette fois-ci.

Une fois de plus le dépaysement fut total et les intervenants invités ont parfaitement joué le jeu, en se livrant à un débat hors de toute langue de bois. Des expertises, des retours d’expérience et des visions livrées sans frein, interagissant entre elles et donnant des clés de lecture très enrichissantes. Immanquablement, on en sort avec la conscience que quelque chose a changé, que quelque chose change, que quelque chose peut changer et qu’on possède désormais certaines clés de ce changement.

Après l’introduction de François Bellanger, le débat était lancé et en voici en substance les grandes lignes.

Les intervenants :

  • Philippe JARRY (responsable du Market Development – Future Programs d’Airbus)
  • Daniel SALLIER (responsable du Pôle Trafic et Données Aéronautiques d’Aéroport de Paris)
  • Yves CROZET, chercheur au Laboratoire d’économie des transports (LET)
  • Claude VILLERS, (grand reporter et grand voyageur, et grand connaisseur des trains et des paquebots)

Faisant un retour fort éclairant sur l’histoire du design des avions, Philippe Jarry explique que la forme de nos avions actuels ne changera vraisemblablement pas tant que l’on restera en deçà de huit cents à mille passagers mais que pour des raison de masse et de volume (1 passager = 1 tonne), nous atteignons la limite physique du modèle. Au-delà, le modèle établi par la forme « en oiseau » n’est plus viable même s’il on avait la maîtrise de l’énergie. Cela amène de faco à repenser le modèle par tous les angles d’attaque possibles. D’abord comment améliorer la desserte du modèle actuel pour arriver à mieux le gérer (de la conception, à l’optimisation, en passant la logistique interne et externe), ensuite en reconnaissant que si nos déplacements continuent à se développer de manière plus massivement démocratisée à l’échelle planétaire, le problème énergétique se pose de manière criante, sur un plan autant stratégique, économique et géopolitique. En effet pour l’industrie aéronautique le problème se pose en des termes aussi simples que : l’énergie devant être disponible partout et selon le même standard, il n’y a pour le moment aucune alternative viable à la même échelle. En conséquence de quoi, même avec le retour à l’hélice qui semble de plus en plus probable (même s’il se heurte à un blocage culturel par rapport au réacteur), il faut s’attendre et se préparer dans tous les cas de figure à une révolution basée sur des choix qui seront drastiques quoi qu’il arrive, d’autant que les aéroports ne voient pas le changement venir d’après lui. Ils ont eux aussi à opérer leur propre révolution car c’est la survie de l’économie de l’ensemble qui en dépend.

Toujours sur la question énergétique et plus particulièrement du pétrole, arrive en ligne de mire le problème politique du monopole de la voiture sur nos économies et nos sociétés (voir absolument sur ce sujet l’excellent « The end of surburbia », de Gregory Greene, que nous évoquions cet été). En France mais comme quasiment partout dans le monde, une majorité écrasante de nos déplacements se fait en voiture. C’est une conséquence profonde des choix faits au XXème siècle. Ces choix ont largement structuré nos économies, nos industries, nos sociétés et par voie de conséquence nos emplois et donc l’équilibre même de nos modèles de société. Il faudra plus que du courage politique pour opérer au changement qui consiste soit à modifier notre industrie automobile sur la base d’une autre source d’énergie, soit à développer les modes alternatifs transport de manière plus radicale qu’aujourd’hui. Même si les initiatives se font de plus en plus nombreuses et sont visibles, on est encore à la préhistoire de ce changement.

Côté aéronautique, un scénario possible déjà étudié est d’abandonner là où cela est possible les vols domestiques et développer plus fortement le train. Mais attention à l’eurocentrisme car par exemple, cela est beaucoup moins envisageable aux Etats-Unis pour les raisons que tout le monde connaît (échelle géographique et répartition de la concentration des populations entre côtés Est et Ouest, état du réseau ferroviaire, etc.). Cela semble envisageable en Europe du fait du réseau ferré déjà présent irrigant le continent et du fait des politiques infrastructurelles présentes. Air France et la Lufthansa on déjà envisagé la suppression des vols intérieurs mais le développement du low cost ces cinq dernières années est venu troubler et modifier la donne. La question est d’arriver au moment à partir duquel le modèle actuel atteindra sa limite supportable. Nous n’en semblons plus très loin.

La transition avec Danniel Sallier, qui s’exprimait à titre personnel, était parfaite en abordant les limites de l’adéquation actuelle entre avions et aéroports, de leur capacité d’absorption des flux et au final la question de la gestion du temps et plus particulièrement de la durée qui nécessite une logistique monumentale, dont le voyageur lambda n’en perçoit qu’une infime part. Il explique d’abord que l’aéronautique du XXème siècle est basée sur le modèle Pullmann, réservé à une élite totalement prise en charge par le système et l’infrastructure de transport. Aujourd’hui, le modèle de la prise en charge ne s’applique plus qu’à l’élite mais à tous, démocratisation oblige. Le problème posé aux aéroports est donc aujourd’hui plus que tout autre sujet le traitement des bagages. Pour illustrer son propos, il précise que le terminal bagages de l’aéroport Charles de Gaulle 2E représente un volume égal à celui de Notre Dame de Paris. À l’échelle d’un aéroport complet, cette question tourne au cauchemar. Le problème est évidemment lié à la taille et à la fréquence des avions. Sur la taille, la difficulté repose sur les avions de petite taille et sur le problème de la rigidité des avions au sol toutes tailles confondues. Des matériaux plus souples sont progressivement introduits dans la conception des avions et de nouveaux matériaux devraient permettre d’améliorer cette question mais pour le moment le problème reste entier. 60% du trafic de l’aéroport CDG relève des vols de moyenne distance et de courte distance. Cela suffit à comprendre qu’il est nécessaire de reconsidérer le traitement de la chaîne « passager » dans son ensemble.

Les problématiques des demandes futures qui se posent désormais sont les suivantes :

  • la réalité géographique de notre planète est très différente d’un point à l’autre. La plupart des transports en Europe est endossable sur terre. Cette réalité ne peut être extrapolée au reste du monde. L’eurocentrisme est le pire ennemi. Nous ne revenons pas sur point car Daniel Sallier l’a largement expliqué pendant l’intervention précédente.
  • Les forces centripètes et centrifuges en présence. Dans le préambule de la déclaration constituante de l’OACI en 1944 (Organisation de l’Aviation Civile Internationale), on trouve l’affirmation de la nécessaire acceptation et connaissance de l’autre, et l’avion est présenté comme « une condition nécessaire pour l’avenir des sociétés humaines et de la paix ». Aujourd’hui, on a beaucoup plus tendance à percevoir l’autre comme un danger, l’avion est surtout appréhendé comme un vecteur de propagation des épidémies, le temps passé au contrôle de police et de douane dans les aéroports est plus long à la sortie d’un territoire qu’à son entrée. On peut sérieusement se demander si l’on ne va pas vers une scission entre les populations et les géographies, vers de nouvelles ségrégations, vers les lois d’airain.
  • Le problème de la démocratie et de la richesse à travers la loi de Schäffer (1km parcouru par personne = 1 point de PIB). 75% de nos déplacements se font en voiture (cela dit toute l’importance que le pétrole revêt pour l’avenir de l’aéronautique) mais l’industrie automobile est entrée dans un rendement décroissant précisément à cause de sa démocratisation. Ce phénomène a également débuté pour les avions. Il est probable que l’avion sera sanctuarisé et que le train sera fortement subventionné en Europe, car le modèle d’aménagement du territoire est celui du « Hub and Spoke » (moyeux et rayons), mais quid du reste du monde ?

Yves CROZET est revenu sur les points évoqués mais a surtout insisté sur la problématique de la conception architecturale des aéroports, conception qui n’est ni adaptée aux voyageurs, ni à la vie de ceux qui y travaillent, ni à la gestion des flux, s’étonnant qu’il y a ait aussi peu de réflexions menées sur les aéroports alors que dans d’autres domaines, les architectes sont beaucoup plus prolixes.

Le moment d’émotion de la matinée fut bien évidemment l’intervention de Claude VILLERS. Il avait fait quelques incursions dans le débat mais François Bellanger a su ménager son temps de parole pour la fin. Il n’y avait plus qu’à fermer les yeux et se lancer porter par cette voix si familière et chaleureuse qui a fait rêver sur les ondes depuis si longtemps. Claude Villers est avant tout un amoureux des trains et des paquebots mais il est revenu sur la question de la dimension donnée à l’avion, notamment dans la déclaration de l’OACI, en expliquant qu’au fond ce n’est pas l’avion qui fait la paix mais le voyage, même si le voyage n’est pas sans risque. Les trains eux font l’unité d’un pays.

Le voyage c’est le renouveau permanent des imaginaires à l’intérieur desquels ce n’est pas le temps mais la durée qui donne de l’épaisseur à la vie. Il faut préserver cette vie du voyage, le voyage à vivre, car à cette vie s’associe un plaisir et donc un désir. Le voyage est effectivement tout cela et c’est avant tout cela. Au fil des minutes, Claude Villers égraina ses destinations préférées, les trains qui lui sont chers pour finalement nous sensibiliser à l’idée que pour garantir et gérer le débit optimal quel que soit le moyen de transport, il faut partir de l’unité de base la plus lente et non de la plus rapide. Cet autre regard permet de mieux comprendre à quel point la destination est devenue l’objectif du transport de masse mais pas celui du voyage même démocratisé.

La rencontre s’est achevée en prenant rendez-vous pour la suivante qui aura lieu le 23 janvier prochain et qui aura pour thème « Vers de nouvelles relations ville/mer ? »

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Corée du Sud : un hub culturel interrégional en ligne de mire

A peine six mois après avoir pris la direction du ministère sud coréen de la Culture, des Sports et du Tourisme, Yu In-chon vient d’annoncer que la nouvelle administration va inciter à impulser un hub culturel de premier rang en créant et finançant des projets interrégionaux pour que la Corée du Sud affirme plus encore son statut de carrefour de l’Asie du Nord-Est. Ces projets doivent impérativement être mis en lien, interagir et contribuer au renforcement d’un rayonnement culturel à plus forte valeur ajoutée.

Le ministre a également confirmé ce que plusieurs études évoquaient depuis quelques temps à savoir la relocalisation du Musée d’Art Contemporain de Gwacheon (Gyeonggi, province de Séoul). Un des sites candidats est l’actuel centre de Commande de Sécurité et de Défense situé en plein centre de Séoul.

Mais si cette décision « centralisatrice » est justifiée par le souci de faciliter l’accès du public au musée et de favoriser son développement, le ministère vient d’engager une politique de décentralisation qui prendra effet dès l’année prochaine.

Son premier acte de décentralisation, le fonds de soutien à la création et aux arts hitherto pour qu’il déploie plus fortement son action en régions. Le ratio d’intervention entre les régions et la capitale sera considérablement modifié et rééquilibré en faveur des régions avec comme axe principal le développement culturel.

En ce qui concerne les établissements publics, le ministère se concentrera plus fortement désormais sur une politique qualitative en appuyant la création d’un dispositif permettant d’en faire de véritables « usines » créatives, dans un processus d’incubation de trois ans de l’excellence artistique sud coréenne (cette année le dispositif se concentrera sur la musique et la littérature). Ces trois années seront volontairement déconnectées du marché de l’art mais les performances artistiques feront l’objet d’une importante promotion de la part du ministère.

En effet, le ministère a entrepris un importante stratégie marketing pour promouvoir et valoriser le patrimoine coréen ainsi que pour impulser plus d’échanges culturels internationaux.

Cette politique est voulue dans l’esprit du « pragmatisme créatif » impulsé par le président Lee Myung-bak. Au-delà des considérations politiques, il apparaît que la mise en adéquation de la politique de décentralisation, d’une stratégie globale de soutien et de promotion, de la mise en place d’un hub culturel interrégional et du renforcement des échanges culturels témoigne d’une prise de conscience de la place tenue par la culture dans de nombreux domaines et territoires des économies du pays et plus largement de la région. Cette notion de hub territorial (qui est en fait interrégional, au sens continental du terme) fournit ainsi un vecteur et un levier de développement conjoint à la culture et au tourisme.

Les premiers résultats de cette nouvelle politique seront à étudier de près car si les quarante dernières années de l’histoire économique et politique du pays ont été particulièrement mouvementées et si la société a connu de nombreuses mutations, celle-ci a su conserver une relative stabilité. Cette stabilité est le fruit d’une coordination étroite entre l’Etat qui oriente et finance et la société privée, acteur final et décisif de la production dans tous les domaines.

Les accélérations qui viennent de s’engager malgré les secousses des multiples crises politiques depuis 1987 et des difficultés économiques (plus particulièrement depuis 2004) ont établi un contexte qui pourrait devenir plus vite qu’il n’y paraît assez similaire à celui que l’Europe connaît aujourd’hui.

Malgré tout, avec une telle stratégie et compte-tenu de l’état de la géopolitique régionale, la décentralisation culturelle sud coréenne pourrait bien engager une dynamique qui, si elle sait mettre en place les partenariats adéquats, renforcerait le rayonnement culturel la zone Asie du Nord-Est.

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Digital concierge

digital conciergeParmi les dernières innovations en matière de tourisme et de nouvelles technologies, Digital concierge constitue une réelle avancée.

Le programme Digital concierge, fruit de la coopération entre IDA (Infocomm Development Authority of Singapore) et le STB (Singapore Tourism Board), a été lancé en avril dernier à Singapour.

Ce programme a pour objectif d’aider à transformer le secteur dit « THR » (Tourism, Hospitality and Retail) et de promouvoir via l’utilisation des nouvelles technologies l’attractivité de Singapour.

Il permet d’obtenir des recommandations en temps réel sur les activités et les lieux touristiques de la ville, ainsi que des services et des informations personnalisés pour les visiteurs.

Actuellement en phase d’expérimentation, une étude complète de l’impact du programme sera fournie dans le courant de l’année et permettra de généraliser le dispositif à plus grande échelle.

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L’état du tourisme en France

Si la France affiche le meilleur résultat mondial en termes d’arrivées de visiteurs étrangers (82 millions pour 2007, selon la Direction du Tourisme), elle occupe seulement, selon des chiffres de l’Organisation Mondiale du Tourisme, la troisième place en terme de recettes (46,3 milliards d’euros en 2006), derrière les Etats-Unis (85,7 milliards d’euros) et l’Espagne (51,1 milliards d’euros). Jean-Michel Couve, Député du Var, s’est vu confier par le Premier ministre, une mission sur le tourisme en France, axée autour de trois thèmes : l’organisation territoriale, l’observation statistique et les accords bilatéraux de la France dans le domaine du tourisme. L’auteur appelle tout d’abord à revoir la définition et la répartition des compétences entre l’Etat, les régions, les départements, les communes et leurs communautés. Il émet ensuite des réserves sur l’interprétation qui est faite des données statistiques sur le tourisme (affichage du nombre annuel de visiteurs au détriment des recettes engendrées) et préconise de se doter d’outils statistiques plus performants. Il se penche enfin sur les relations de la France avec les pays étrangers dans le domaine du tourisme (accords bilatéraux, coopérations décentralisées, coopérations interuniversitaires) et en identifie les lacunes (très grande diversité des actions engagées, caractère souvent flou des limites entre les intentions, les projets et les réalisations ; manque de coordination entre les différents acteurs publics français, etc.). Il avance plusieurs propositions pour conforter les accords bilatéraux et dynamiser les échanges internationaux, dont la constitution d’une plateforme « France Tourisme International ».

Source : La documentation française

Consulter le rapport en ligne

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