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La T Fondaco dei Tedeschi de Venise

Alors que les aéroports et les lieux de transit sont considérés comme le nouvel Eldorado des marques au point de décrire ce marché comme « le sixième continent », le leader mondial du duty free DFS a choisi Venise pour sa première implantation en Europe.

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Inaugurée le 29 septembre dernier, cette première galerie européenne DFS est un nouvel espace, installé au cœur d’un bâtiment iconique du centre historique de Venise, La T Fondaco dei Tedeschi se veut une destination shopping prestige où culture et art de vivre sont au croisement de l’Orient et l’Occident.

Ce projet ambitieux dotera Venise de son premier grand magasin, tout en revisitant ce concept pour créer un nouveau lieu de rencontres dans la ville, en harmonie avec ses racines culturelles et commerciales. Edizione, qui possède le bâtiment, a missionné OMA, le cabinet d’architecture de Rem Koolhaas, pour diriger la restauration extérieure des lieux. Cette transformation préserve l’intégrité de l’édifice tout en réinventant ses intérieurs.

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La culture est également au rendez-vous grâce à l’aménagement d’un étage entier accueillant expositions et événements ouverts au grand public, nouvel espace culturel réunissant autant les Vénitiens que les touristes. La première exposition « Under Water », imaginée par l’artiste italien Fabrizio Plessi, a ouvert en même temps que la galerie, le 1er octobre.

Mais il convient de faire une mention toute spéciale sur les choix qui ont été faits en terme de placement de produits, choix qui sortent clairement des sentiers battus où l’on voit hélas trop souvent les premiers instants de visite consacrés à la parfumerie, la cosmétique ou la maroquinerie (souvent les rez-de-chaussée).

Rien de cela ici, la « place de choix » a été donnée à la gastronomie à travers une épicerie absolument sublime, un paradis pour les amoureux des saveurs, des produits de qualité et des arts de la table, avec une scénographie des plus abouties qui relèguerait presque les tous derniers lieux récemment ouverts sur ces thèmes au rang du « quelconque ».

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Plusieurs facteurs concordants viennent tout particulièrement justifier ces choix :

  • L’excellence des filières de l’agro-alimentaire, du luxe, de la culture et du tourisme n’ont jamais été dans un tel niveau d’osmose, on peut parler d’un « alignement des planètes » en train de créer de véritables accélérateurs de rayonnement et d’attractivité.
  • Le public étant de plus en plus volatile et difficile à capter et fidéliser, beaucoup de lieux proposent désormais une « suite expérientielle » qui prolonge la visite grâce à des offres enrichies, plus ouvertes et polyvalentes.
  • Les métiers de bouche connaissent une nouvelle dynamique dans de nombreux pays, plus proches que jamais du grand public avec des médias qui relaient de mieux en mieux une popularité complètement renouvelée.
  • La reconnaissance par l’Unesco du repas gastronomique des Français comme patrimoine de l’humanité n’est pas un hasard bien au contraire ; elle témoigne d’une époque où le regain d’intérêt pour les arts de la table, la gastronomie et l’art de vivre sont devenus plus populaires, plus culturels et porteurs de valeurs communes dans un monde où s’alimenter est plus que jamais source de souffrances et de conflits.

Alors, si DFS a choisi Venise, ce n’est en rien dû au hasard car la cité des Doges est la destination qui concentre désormais tous les ingrédients du succès du fait son immense patrimoine et rayonnement culturel mais aussi du fait de la densité de son flux de visiteurs.

Venise est régulièrement la deuxième ou la troisième ville la plus visitée d’Europe après Paris et Londres mais avec une superficie considérablement inférieure, ce qui donne une concentration des flux théoriquement plus profitables et ce serait une erreur grossière de croire que DFS mise sur ce tourisme de masse peu argenté par ailleurs principale menace de la ville.

Il est bien plus intéressant de voir que le choix qui est fait consiste à viser un panier moyen élevé dans une expérience exclusive qui tend à se développer plutôt qu’un modèle de revenus faibles qui reposerait sur le volume.

En se positionnant de la sorte, DFS n’encourage pas un tourisme de masse destructeur que la ville et ses habitants refusent viscéralement, mais permet plutôt à Venise de reconquérir une clientèle qui lui apportera une plus grande soutenabilité du fait qu’elle participe à une montée en gamme qui tire la segmentation des publics vers le haut.

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Les équipements et les territoires donnent du sens au secteur MICE

MICE directions

Si les dernières années ont été difficiles et ont vu les comportements évoluer fortement, 2014 a été l’année du rétablissement du secteur MICE (Meetings, Incentives, Conferencing, Exhibitions) dans la plupart des régions du monde alors qu’en France la demande a fait une rechute préoccupante (-5,2% par rapport à 2013). Le bilan attendu en France pour 2015 demeure donc un exercice sensible et on peut déjà acter qu’au regard des 10 dernières années, le secteur est devenu de moins en moins prévisible, ce qui rend la gestion et le développement des équipements de destination pour le moins délicat.

On peut noter le souci toujours plus grand de l’économie et de l’efficacité comme vecteur principal guidant les clients dans l’organisation de leur événement, mais les indicateurs des tendances du marché sont globalement encourageants pour 2015, montrant une progression au bénéfice de la plupart des destinations dans le monde.
Mais le secteur n’est pas aussi homogène qu’il n’y paraît, la réalité est beaucoup plus contrastée selon l’ouverture de la focale avec laquelle on observe certains acteurs du marché, et plus particulièrement en France pour les équipements accueillant ces événements.
Le positionnement et le niveau de rayonnement territorial de ces derniers, la polyvalence de leur activité et de leurs espaces, le niveau de leur programmation, l’état de leurs équipements, la dynamique de leur offre de service et de leur grille tarifaire, la synergie entre les acteurs de leur territoire, leur mode de gestion, … autant de facteurs extrêmement variables d’un équipement à l’autre, d’un territoire à l’autre. Une multitude de spécificités, de contextes et de situations qui rendent peu évident l’exploitation des données pour nourrir une analyse à un niveau macro économique.
Les centres de congrès, les palais des congrès et de spectacles, les halles d’exposition, etc. autant de typologies qui constituent un maillage territorial français qui, avec les équipements culturels, fait beaucoup d’envieux. Leur mode de gestion majoritairement et historiquement public est souvent critiqué et décrié, notamment depuis l’arrivée sur le marché de l’exploitation d’opérateurs privés, arrivée qui a coïncidé avec l’augmentation de la pression économique et financière sur les collectivités. Le mode de gestion publique est en réalité un véritable atout sur lequel il faudrait plus et mieux s’appuyer, chacun à son niveau, pour avoir un impact plus fort et des retombées toujours plus positives pour les territoires. Mais ces impacts et ces retombées sont très inégales d’un territoire à l’autre en fonction de 5 préalables :
  1. entretenir un écosystème territorial adapté au(x) bassin(s) de vie et d’activité,
  2. posséder les ingrédients essentiels à tout territoire dit de destination,
  3. avoir la capacité et la dynamique adéquates au sein même de l’équipement,
  4. savoir se projeter et évoluer en fonction d’objectifs stratégiques et opérationnels,
  5. piloter via un mode de gouvernance efficace et doté d’une vision à court terme et à moyen terme.
Ces 5 préalables doivent être parfaitement évalués et en ordre de marche, sans quoi c’est la foire aux illusions, avec son lot de désillusions lourd de conséquences, mais les évaluer et les (re)mettre en ordre de marche crée les conditions d’une adéquation entre offre et demande réussie et d’une plus grande soutenabilité, ce qui est plus que jamais indispensable aujourd’hui.
Si ces 5 préalables devenaient 5 critères d’analyse et d’aide à la décision (et le cas échéant de conduite du changement), les responsables et les décideurs présideraient plus aisément à la destinée de leur équipement et de leur territoire, sans se soucier outre mesure du sens des statistiques macro-économiques.

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Ace cafe with quite a nice ancient monument attached ?

How the new cafe at Stonehenge will look

How the new cafe at Stonehenge will look

English Heritage has announced that it is building a £27m visitor centre at Stonehenge, with what looks like a very large eating area. Is the cafe and gift shop almost as important as the attraction itself these days ?

Almost 50% of the shiny new visitor centre at Stonehenge will be taken up with a new « bright and spacious » cafe for up to 260 people and a bigger shop.

It almost harks back to a memorable ad campaign by the Victoria and Albert Museum in London. In 1988, the museum commissioned a poster with the slogan: « Where else do they give you £100,000,000 worth of objets d’art free with every egg salad? »

The poster was one of six, all describing the V&A as: « An ace caff, with quite a nice museum attached. »

It’s a premise that won’t surprise anyone who has visited a stately home or garden run by the National Trust recently. Some 19.2 million people made a trip last year. Many of those will have dutifully queued for a flapjack and a cup of tea. Or even a substantial meal.

Scones are a given

Scones are a given

Food writer Giles Coren recalls visiting London Zoo as a child and caring more about the gift shop than the animals: « Thousands of school children, coachloads of them have to visit these places, and all they care about is the shop. »

He associates past visits to stately homes with rock-hard scones but thinks for many people it’s increasingly all about the food. « It’s like the Colosseum in Rome, people go all that way to see it only to discover it’s a lot of boring old stones, but at least you can get an excellent pizza. »

Visitors now demand a nice place to eat, having put up with poor facilities for far too long, Coren suggests. « Everything in Britain has been rubbish for years and people won’t put up with it anymore. »

There is scepticism among some about the new generation of visitor centres.

TripAdvisor is full of reviews from people who are unimpressed. One reviewer was very upset when changes were made at a cathedral in East Anglia. « I love this cathedral, have been taking visitors to it for over 20 years… but it was so much nicer when you could walk in at the front. Now you have to go through a new visitors’ centre, which adds nothing to your experience of visiting the cathedral, but does direct you past a desk for collecting your ‘optional’ entrance fee. »

Another visitor to a major modern art museum in London recalled: « We ordered their vegetable soup – a small bowl with watery soup containing some vegetables and a small hard roll (and we had to ask for some butter!) – 6.50 each! For us that’s a rip-off and we were not impressed. »

But generally the trend is for the cafes in museums, galleries and castles to get better and better. And those in the heritage business see them as a happy synergy.

« A good shop and cafe greatly enhance the overall experience, » says Matthew Tanner, chairman of the Association of Independent Museums. « No visit is complete without an interesting shop, a fine cup of tea, and not forgetting a good loo too. »

The view from Tate Modern's skyline cafe...

The view from Tate Modern’s skyline cafe…

.. inside the Orsay Museum's new cafe with added va-va-voom in Paris

.. inside the Orsay Museum’s new cafe with added va-va-voom in Paris

... and a period-appropriate tearoom at Brodsworth Hall in Yorkshire

… and a period-appropriate tearoom at Brodsworth Hall in Yorkshire

The argument for spending money on an extensive cafe is twofold – visitors have come to expect them, and the revenue raised helps subsidise the attraction.

One place where this takes place is RHS Wisley in Surrey where the gift shop and cafe are the gatekeepers to the gardens people come to see. Nigel Eaton manages the shop and says it is part of the whole experience.

« We’ve got three kinds of customers – we have the RHS members who visit on a regular basis, the gardeners who come just for the plants and then we’ve got what we call the payers, who come on coaches for a nice day out. Every penny that is spent in the shop goes back into the RHS, so the shop is very important to us. »

Some 1.1 million people visit Wisley every year. The results of a customer survey revealed that 22% of those visitors came just for the « retail experience ». Last year the shop – including one of the world’s biggest gardening bookshops – made £3.8m and they expect to make an even bigger profit this year.

The Conservatory Cafe at Wisley...

The Conservatory Cafe at Wisley…

As a Lonely Planet author, David Else has visited a lot of tourist attractions and has no problem with visitor centres. In fact he rather likes them.

« In the case of Stonehenge, a good visitor centre is going to tell you so much more about the history of what is essentially a group of old stones. I’ve got no problem with cafes, either – I like a good cup of tea after a visit and don’t mind if they want to make a few bob to help preserve the site. »

In the heritage and art business it’s all about making attractions « sustainable ».

Getting the shop and cafe right at an attraction is a win-win situation, says Jane Temperley from the Association for Cultural Enterprises. « Sure it is about generating income – everyone is looking at how to make their sites more sustainable. But research says visitors enjoy cafes and shops, happy visitors spend more and tend to become repeat visitors or members, which generates more income. »

... with a shop selling books, local crafts and chutneys

… with a shop selling books, local crafts and chutneys

About 80% of visitors to Wisley are RHS members so they come back to visit time and time again. Thirty-two staff work in the Wisley Shop and 60 staff work in the cafes and restaurants – that’s over 25% of the total site staff of 350.

And the staff at attraction are at pains to point out that the food has got better and better. Laurent Trenga is the chef responsible for the planning of menus at Wisley. He points out that a burger and chips at Wisley is no ordinary burger and chips. « Our burger is made from locally sourced quality pork and apples grown in our own orchards, even the bun is made fresh on site. »

The plants are rather nice too.

By Alison Feeney-Hart

BBC News Magazine

Source : SMG

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Le réseau des cités de la gastronomie : un dénouement qui en dit long sur l’indépendance sur la formule d’appel à projets « à la française »

Résumons l’épisode précédent. 3 ministres, ceux de la Culture, de l’agriculture et de l’agroalimentaire, embarrassés de choisir entre 5 dossiers de villes concurrentes : Beaune, Dijon, Lyon, Paris-Rungis, Tours, décident en première phase début 2013…de ne rien décider et désignent plusieurs lauréats pour la Cité de la Gastronomie…en inventant le concept curieux, abscons et dispendieux de réseau des Cités de la Gastronomie.

Néanmoins, ils semblent éliminer deux des 5 impétrants, Beaune d’une part qui, parmi les 5, est la seule ville de droite (qui plus est pouvant faire de l’ombre au dossier de la capitale bourguignonne, sa voisine) et Lyon, d’autre part, dirigée par un « baron » du PS, qui a rendu un dossier indigent (avec 2 à 4 fois moins de budget d’investissement que les autres), croyant que sa ville était « hors compétition ».

J’avais salué sur ce même blog par un article en début d’année, ce début de « lucidité ». Mais on apprend, deuxième épisode et dénouement, le 19 juin 2013, par un communiqué commun des 3 ministres, que Lyon est « repêchée » contre toute attente, résultats d’un lobbying éhonté du maire de Lyon, qui non content de traiter publiquement le responsable de la mission pour le repas gastronomique des français, M Pitte, de tous les « noms d’oiseau », se répand urbi et orbi dans la presse pour dire tout le mal qu’il pense de cette décision et pour affirmer que quoiqu’il arrive la Cité de la gastronomie à Lyon se fera.

Pourtant, le dossier présenté est le même, avec son petit investissement de 18 Millions d’euros (pour comparaison, Bordeaux met le triple dans sa cité des civilisations du vin), dont 3 du partenaire privé Eiffage, dans le prestigieux Hôtel dieu (signant au passage la mort du premier projet de musée de la santé et de la médecine auquel Gérard Collomb n’a jamais cru). Craignant la colère de l’élu de la capitale des gaules, qui pourrait se répandre en haut lieu, les courageux ministres susvisés décident de choisir Lyon sur « la thématique « nutrition et santé »…qui…prendra une place prépondérante dans les politiques de développement engagées par la Cité de la Gastronomie de Lyon, au sein de l’Hôtel dieu » (in communiqué de presse du 19 juin 2013).

Devant une telle incompétence et désinvolture de la part de l’Etat, on en oublierait même que « gouverner, c’est choisir » et non pas céder aux caprices des grands élus locaux. Par ailleurs, les autres maires retenus semblent tous cautionner le dispositif et M Pitte désavoué (avant peut être d’être « dégradé/démissionné » sait-on jamais, pour avoir osé défier Gérard Collomb), ne dit mot.

En forme de pirouette à cette fable, je suggère désormais au député-maire de Beaune, M. Suguenot, le seul « recalé » de ce réseau, de réclamer sa réintégration dans cette « brochette de Cités de la Gastronomie », projet quadruplement coûteux en ces temps de crise (dont je vous laisse imaginer ce que doivent en penser nos amis étrangers, quant aux méthodes de gouvernance « transparentes » à la française) !!!

Jean-Michel Puydebat*

Du même auteur :

*Jean-Michel Puydebat est consultant spécialisé en management de la culture et du tourisme, directeur de PV2D, président du réseau de consultants CPIP et membre de CEG.

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Louvre-Lens, l’étude qui manquait !

La Chambre de Commerce et d’Industrie Artois a récemment lancé un appel d’offre important. Son objet, Mission d’étude dans le cadre d’un Contrat d’Etudes Prospectives (C.E.P.) « Tourisme » consécutif à l’implantation du Musée Louvre-Lens, est au cœur des préoccupations de bien des territoires qui parmi les leviers de leur développement, de leur rayonnement et de leur attractivité, ont misé ou souhaitent miser sur un équipement culturel majeur.

Mais en prenant connaissance du cahier des charges, c’est une étrange impression qui saisit le lecteur, un mélange troublant de soulagement et de stupeur.

En effet, on a d’abord des raisons de s’enthousiasmer car la description du contexte de cet appel d’offres commence par poser de façon évidente et attendue :

  • la volonté forte de décentralisation et de démocratisation culturelles de l’Etat comme un levier de développement du territoire de l’ex-bassin minier,
  • le franc succès qu’a été l’ouverture du Louvre-Lens dans ses retombées médiatiques, le niveau de sa fréquentation, le sentiment de fierté des Lensois,
  • le choix d’implantation de cette institution culturelle de renommée mondiale dans une zone où une réelle dynamique économique est enclenchée depuis une vingtaine d’années,
  • cette vitalité qui produit un effet particulièrement positif sur l’économie du bassin Lens-Hénin…

Très vite (dès le 4ème paragraphe), la présentation prend le soin de ne pas occulter d’autres aspects de la réalité locale : c’est le constat qu’une part importante de la population « est encore à l’écart du développement humain avec un chômage élevé et un manque de formation et de ressources », la grande précarité économique, la faiblesse du revenu net imposable moyen annuel par foyer fiscal.

C’est ensuite le pari qu’en renforçant la place de la culture dans l’économie locale en voulant faire du territoire autour du Louvre-Lens une destination touristique à part entière, les activités présentielles (non délocalisables) « ne pourront que croître ».

L’échelon local ne peut pas se priver d’une clientèle supplémentaire estimée à 700 000 personnes minimum par an. Tout en reconnaissant que l’offre de touristique d’agrément reste à développer, la CCI Artois considère à juste titre que le musée ne pourra radicalement changer la donne que « si et seulement si » les acteurs locaux parviennent à transformer les visiteurs du Louvre en découvreurs du territoire et à leur fournir les services correspondant à leurs attentes.

La présentation du contexte poursuit en expliquant que les institutions et équipements culturels et touristiques en mesure de fixer les publics du Louvre et de les retenir sur le territoire sont aujourd’hui plus adaptés à l’accueil de populations locales qu’à l’accueil de clientèles extérieures et que les commerçants, comme les prestataires de services publics et privés devront s’adapter aux demandes particulières des touristes s’ils veulent obtenir des retombées économiques de leur venue.

L’ampleur et le niveau des évolutions à envisager sont donc considérables mais ces évolutions sont à la hauteur du défi lancé il y a plus de dix ans maintenant.

Avec le récent classement de l’ex-bassin minier au patrimoine mondial de l’Unesco, tous les ingrédients sont réunis pour construire une nouvelle destination internationale d’agrément, en tout cas, cette volonté est clairement exprimée.

C’est là que les choses deviennent intéressantes car le cahier des charges évoque ensuite les tentatives de mise en ordre de marche des acteurs pour la construction d’un écosystème territorial qui soit en capacité de répondre à tous ces enjeux :

  • mobilisation des villes pour repenser et améliorer les espaces publics et commerciaux
  • plans de circulation, parkings, aires de déambulation
  • valorisation du patrimoine architectural
  • outils d’information, de sensibilisation et d’accueil des clientèles étrangères
  • regroupement des offices de tourisme et mise en place de toute l’ingénierie touristique nécessaire, sous la houlette de la Mission Louvre-Lens Tourisme
  • sollicitation de chercheurs de tendance et de designers de renommée internationale, de talentueux concepteurs d’événementiels, de spécialistes de l’@tourisme, de cabinets imaginatifs pour élaborer le concept de destination touristique…

On se dit, parfait, ils ont tout prévu.

Le texte se poursuit en expliquant que tout comme Le Louvre à Lens a choisi d’être le « Louvre autrement » pour innover et expérimenter de nouvelles pratiques en matière de diffusion culturelle, le territoire a souhaité initier un « tourisme autrement » en faisant des habitants ses principaux acteurs et en les mettant au cœur du développement, reconnaissant ainsi que l’appropriation par la population du Louvre et de la fréquentation touristique qu’il engendrera est la condition sine qua non pour réussir l’ancrage de ce grand équipement sur le territoire et pour que les habitants et les visiteurs s’enrichissent mutuellement.

Vers une vraie ingénierie touristique et de tourisme culturel ? il y a de quoi s’enthousiasmer.

Arrive ensuite l’énumération par le menu des études conduites ces dernières années et qui ont notamment traité des implications touristiques du projet du Louvre-Lens :

  • Le Louvre à Lens : Impacts et stratégies territoriales par ECODEV – 2006
  • Etude INSEE sur « Le Louvre à Lens : un défi culturel, sociétal, économique et urbain », collection Profils n°110 – septembre 2012
  • L’hébergement touristique dans l’Aire Métropolitaine de Lille Agence de développement et d’urbanisme de Lille Métropole –  Etat des lieux 2006
  • Etude de l’appropriation du projet Louvre-Lens par les habitants et visiteurs, Etude des publics potentiels du futur Louvre-Lens  par Public & Culture – 2006, mise à jour en 2012
  • Etude sur les pratiques culturelles et sur les comportements touristiques  des clientèles européennes et enquête sur leur perception du Bassin Minier par Ipsos – 2011
  • Etude sur les valeurs identitaires du Lensois  par Nicaya – 2011
  • Etude sur le positionnement touristique de la destination à créer par Trend Union-Studio Edelkoort – 2012
  • Etude INSEE sur « Le tourisme en Nord – Pas-de-Calais : un secteur porteur d’emplois », collection Profils n° 126

On se dit, tout est prêt.

Et c’est là qu’on ne comprend plus. Tout l’objet de cet appel d’offre de la CCI Artois vise à se soucier de ce qui semble avoir été jusqu’à présent laissé en friche. L’étude a pour objectif la recherche de l’adéquation entre qualifications de la population et l’adaptation aux nouveaux enjeux professionnels en place désormais.

Comment dans ces conditions imaginer donner corps à cette volonté de faire « autrement » si on ne s’en est pas vraiment soucié avant ?

La CCI Artois est courageuse. Enfin un acteur qui se pose dans son cahier des charges les questions qui auraient dû être déjà réglées depuis longtemps :

  • « Quel sera l’impact réel du Louvre sur le développement économique du territoire ?
  • Dans quelle mesure les habitants peuvent-ils y contribuer ?
  • Quelles pourraient être les évolutions du marché du travail imputables à l’implantation du Louvre-Lens, celles-ci pourraient-elles mettre en évidence l’émergence d’activités induites ?
  • Les formations dispensées actuellement sont-elles adaptées ?
  • Quels seraient les impacts sur les besoins en compétences ? »

Comment a-t-on pu en arriver là pour se poser si tardivement ces questions pourtant si essentielles ? Il n’est peut-être pas trop tard mais le constat est affligeant et donne hélas du grain à moudre à tous les populismes dénonçant le gaspillage de l’argent public, le mille-feuille admininistratif, la technostructure, les élus trop soucieux de leur propre mandat et l’Etat déconnecté et désengagé des territoires…

Alors que depuis des années on nous dit partout que la culture est un levier pour le développement territorial, qu’elle contribue à l’attractivité et au rayonnement des territoires, qu’elle n’est pas qu’un supplément d’âme, qu’elle fait du lien social, etc. on pourrait légitiment penser que des projets comme le Louvre-Lens permettent d’établir des principes d’action et d’organisation entre les acteurs, voire des modèles et/ou des modélisations pertinentes et surtout suffisamment efficaces pour se soucier de ces questions plus tôt.

Apparemment non.

Les CCI sont des acteurs qu’il ne faut pas que solliciter en bout de chaîne, au contraire. Elles participent d’un principe de réalité qui manque parfois à bien des projets, même les meilleurs.

Bon nombre de projets gagneraient à être pensés en amont avec les consulaires si on veut vraiment faire en sorte qu’investissements et équipements culturels soient aussi une réussite sur ces aspects. C’est d’ailleurs sur une partie de ces aspects que repose la soutenabilité de ces mêmes projets.

La culture n’est pas un secteur replié sur lui-même, elle est (et l’a toujours été) connectée à bien des domaines des activités humaines. Les cloisonnements sont aujourd’hui particulièrement préjudiciables, surtout lorsque le tourisme, le développement économique et l’emploi sont concernés. Il faut faire le pari que cette étude de la CCI Artois sera entendue avec attention et surtout suivie d’effets car, maintenant que le Louvre-Lens est ouvert, c’est une nouvelle ère qui commence. Reste à savoir si les conditions seront réunies pour un effet positif durable. Cette étude est clairement là pour dire qu’il est temps de s’en soucier, vraiment, car c’est un ingrédient essentiel pour la réussite du Louvre-Lens pour le territoire.

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ADP : La démocratisation culturelle comme argument marketing

Culture et Communication

Nouvel article passionnant d’Aude Mathey sur son excellent Culture et Communication. Elle revient sur l’expérience menée dans le hall M du terminal 2E de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, où est ouvert depuis le 15 janvier dernier un « Espace Musées ». C’est avec plaisir que nous relayons cet article.

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Vous l’avez probablement déjà remarqué, soit parce que vous êtes un(e) habitué(e) de Roissy-Charles-de-Gaulle ou tout simplement parce que vous l’avez vu dans la presse, Aéroports de Paris (ci-après ADP) a ouvert un « Espace Musées » dans le hall M (de la « mode ») du terminal 2E  le 15 janvier dernier.

L’Espace Musées, initié par Francis Briest, co-président de la maison de vente Artcurial entouré d’ADP bien sûr mais aussi de Serge Lemoine, ancien président du Musée d’Orsay (qui assure la direction artistique de toutes les expositions), Nelson Wilmotte, du cabinet Nelson Wilmotte Architectes (qui a conçu l’architecture du lieu avec l’assistance de l’agence Wilmotte & Associés), a pour vocation de présenter au public au départ ou en transit au Terminal 2E deux expositions par an avec des fonds provenant des musées parisiens.

Cet espace en fait pas suite à un besoin de loisirs particulier exprimé par les passagers selon Jérôme Landras, attaché de presse d’ADP, mais symbolise la touche finale de la transformation de l’espace commercial du terminal. En effet, il y a 2-3 ans, afin de pouvoir raconter une histoire autour de Paris, les espaces commerciaux et de restauration devaient adopter la même forme, la même ambiance. L’Espace Musées, écrin de 250 m², a donc pour but, au milieu de restaurants et de boutiques de luxe, de créer une expérience originale pour un public qui n’aurait pas forcément l’habitude des musées, souligne Catherine Chevillot, directrice du musée Rodin.

UNE EXPÉRIENCE UNIQUE ?

L’Espace Musées, pour sa première exposition, accueille plusieurs oeuvres du musée Rodin, des plus emblématiques au plus méconnues sur le thème des « Ailes de la Gloire ». Les prochaines expositions qui auront lieu tous les 6 mois proviendront de collections aussi bien publiques que privées, mais auront toutes pour trait commun de faire référence à la thématique du voyage et de l’humain ainsi que de pouvoir faire appel à des thèmes universels ou qui, en tout cas, puissent être compris par différentes cultures ajoute Anne de Turenne, chef de projet à l’Espace Musées. Le terminal 2E est en effet un lieu de destination et de départ de longs courriers. La programmation dans tous les cas doit être validée conjointement avec le musée, même si l’intégralité des frais et de la gestion de l’exposition est prise en charge par le fonds de dotation de l’espace (nous n’avons pas réussi à en connaître le budget).

En ce qui concerne la médiation, puisque le public est extrêmement diversifié, l’Espace Musées a souhaité privilégier une borne interactive et des cartels. Une application, au risque d’être trop isolante et donc empêchant les voyageurs de pouvoir suivre les annonces sur leurs vols, n’est pour l’instant pas envisagée. Il ne fat en effet ne pas oublier que nous restons dans un aéroport.

Ce projet, quoique innovant, n’est pourtant pas unique. L’aéroport d’Amsterdam-Schipol a lui aussi son annexe du Rijksmuseum. L’expérience y certes différente puisque seul un musée est concerné, mais il serait intéressant de voir le développement de ce type d’offre sur d’autres aéroports similaires dans de grandes villes à fort potentiel culturel.

L’adhésion d’ADP à ce projet, au-delà de la « mission d’accessibilité et de diffusion de la culture artistique française » comme le dit si bien Augustin de Romanet, président-directeur général d’Aéroports de Paris, s’est également et surtout faite grâce à la valeur ajoutée qu’apporte ce type de projet dans un campagne stratégique et de positionnement.

LA DÉMOCRATISATION CULTURELLE, ARGUMENT MARKETING ?

Ainsi que le soulignait plus haut Jérôme Landras, attaché de presse d’ADP, l’espace Musées est venu apporter la dernière touche à une stratégie de storytelling bien pensée.

Qu’est-ce que le storytelling, tout simplement « raconter des histoires ». Non pas raconter des mensonges, mais apporter un fil conducteur dans le cadre d’une stratégie marketing, mais également dans la rédaction de contenus de médiation ou tout simplement bien sûr dans l’écriture d’un roman. Le storytelling a été adopté depuis plusieurs années déjà par les professionnels du marketing. Il est en effet plus facile de positionner une marque et de faire comprendre son positionnement grâce à l’adoption d’un fil rouge clair, cohérent et répétitif dans les supports de communication.

Aéroports de Paris a tout intérêt à ce que les voyageurs fréquentent assidûment ses aéroports, qu’ils les privilégient plutôt que les gares de train (pour arriver à la même destination lorsque le choix est possible) ou transiter par l’un d’entre eux plutôt que dans un autre aéroport avant d’arriver à sa destination finale. «Soixante-et-un millions de passagers transitent chaque année à Paris-Charles-de Gaulle. Or, confort et réputation d’un aéroport conditionnent le choix de la correspondance. Nous voulons faire préférer Roissy», martèle Pascal Bourgue, directeur Marketing d’ADP. Il est donc important qu’ADP donne envie aux voyageurs de revenir et leur laisser une « bonne impression » selon Jérôme Landras. L’enjeu est important et le fil rouge qui doit être développé est stratégique. C’est ainsi que des travaux ont été développés dans le hall M (comme « Mode ») afin de donner une harmonie à chacune des boutiques et des espaces de restaurations. La plupart d’entre eux sont des commerces de luxe ou haut-de-gamme, ce qui correspond parfaitement à l’image de la France que peut se forger un touriste étranger, mais également au public auquel ADP s’adresse (puisque le terminal 2E propose des vols majoritairement longs-courriers, le pouvoir d’achat de ses voyageurs est donc plus important que pour les autres terminaux). Au-delà de la mode et de la gastronomie, ADP se devait de faire connaître la culture française, via un succédané, une sélection des meilleures oeuvres de musées parisiens. C’est ainsi que les 250 m² de l’Espace Musées, lieu de culture accessible gratuitement, devient le point d’orgue de cette expérience. Jérôme Landras a ainsi remarqué, lors de l’ouverture de l’espace, que les premiers visiteurs étaient ravis et bluffés de découvrir un lieu d’exposition. Le but aura donc été atteint.

Cependant, drainer des voyageurs toujours de plus en plus nombreux ne serait pas le seul but de l’Espace Musées. Bien qu’aucun partenariat n’ait été noué avec le Ministère de la culture et de la communication (peut-être que l’Espace Musées veut préserver son indépendance vis-à-vis d’une grande institution ?), l’enjeu est grand pour les musées sont les oeuvres sont exposées. Ainsi que nous l’avons dit plus haut, le public fréquentant le terminal 2E a un pouvoir d’achat important, et provient des Amériques, de l’Asie et de l’Afrique. Bref, des zones géographiques dans lesquelles résident un bassin très important d’amoureux de la culture française et potentiellement mécènes. Anne de Turenne ne nous l’a confirmé qu’à demi-mot. Bien que le fonds de dotation bénéficie aujourd’hui de fonds propres (dont on ne sait toujours pas le montant) et d’aucun soutien extérieur, que ce soit de l’Etat ou d’un partenaire privé, il ne ferme pour autant pas la porte à de potentiels mécènes. Cette question doit pour autant être envisagée avec les musées dont les œuvres sont exposées. Peut-être leur en ai-je donné l’idée ? Ils viennent de créer une rubrique « Soutenir le musée »…

Le prochain musée partenaire de l’Espace Musées n’est pas encore communiqué. Mais des informations circuleraient sur une présentation des œuvres du musée Maillo. Plus d’informations à venir au printemps.

Gageons que cela fonctionnera. L’inverse serait fort dommage dans ce lieu particulièrement cosmopolite. À terme, l’Espace Musées espère accueillir 500.000 visiteurs par an.

Le dossier de presse ici.

Pour lire l’article dans son version originale, cliquez ici.

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Arts Council England joins forces with VisitEngland to boost cultural tourism

Moira Sinclair and James Berresford announce the partnership between Arts Council England and VisitEngland. Credit: Arts Council England.

Moira Sinclair and James Berresford announce the partnership between Arts Council England and VisitEngland. Credit: Arts Council England.

Arts Council England and the national tourist board, VisitEngland, have announced a new partnership to boost cultural tourism in England.

By working together to coordinate activity, Arts Council England and VisitEngland will grow the value of tourism by championing England’s cultural offer, stimulating local jobs and ensuring the sustainability of the cultural sector around the country.

The partnership statement sets out how Arts Council England and VisitEngland will work together. A key priority will be to encourage and support destinations that have real potential to grow and improve cultural tourism.

Arts Council Lottery funding of £3 million will be available to local culture and tourism partnerships. This fund, due to launch this summer, aims to encourage the development of arts and cultural experiences and targeted holiday packages for visitors that include cultural aspects as well as more traditional accommodation and transport elements.

Culture Secretary Maria Miller said:

‘Our country is renowned around the world as a top cultural tourist destination – with iconic heritage sites, museums and theatres; the industry has a strong role to play in our economic growth.

‘It makes sense that our cultural and tourist industries join forces, as in many cases they are two sides of the same coin. This new partnership between VisitEngland and Arts Council England will help local organisations give both tourism and cultural sectors a boost. I am keen to promote this kind of collaboration going forward.’

James Berresford, Chief Executive, VisitEngland said:

‘We are delighted to be working with Arts Council England.  An improved cultural offering in destinations around England will certainly help to boost domestic and international tourism, will stimulate local economies, and provide visitors with world class cultural experiences, ultimately strengthening England’s reputation as one of the greatest cultural destinations in the world.

‘VisitEngland’s marketing strategy fully supports the cultural sector through a variety of campaigns aimed at inspiring visitors to make the most of this country’s fantastic arts and music scene.  We believe in the value of cultural tourism and this partnership certainly demonstrates the legacy for tourism following a bonanza year of cultural in 2012.’

Alan Davey, Chief Executive, Arts Council England, said:

‘England’s world class arts and culture has long been a draw for visitors from all over the world as well as a great source of pride for its people. This partnership with Visit England will allow us to explore new ways, at both local and national levels, in which we can continue to draw potential visitors and audiences to these shores for the benefit of the sector, local communities and critically, to help grow the economy.’

Download the Partnership statement

Download the transcript of the partnership announcement

Listen to or download the podcast of the partnership announcement

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La culture n’a pas de prix, mais elle a un coût !

Saviez-vous que les visites du patrimoine en France rapportaient 15 milliards d’euros à l’économie française chaque année? Peut-être pas et cela n’est guère étonnant : après trois ans d’expertise des retombées économiques des châteaux, monuments et évènements culturels, l’étude très officielle qui faisait état de ce chiffre a juste disparu, l’été dernier, du site officiel du ministère de la culture.

 

Que s’est-il passé?

Comme souvent, pour tout chiffrage conjuguant l’économie et la culture, les résultats de cette étude  ont dû « faire polémique », et la publication en ligne a été suspendue. Lors de nos conférences auprès des professionnels de la culture,  depuis deux ans,  les critiques fusaient lorsque j’en citais les résultats. « Sommes-nous devenus anglais pour que nous soyons ainsi obsédés par les résultats financiers de nos actions ? », me reprochait-on  avec gentillesse.

Et cette phobie des chiffres et d’un lien direct ou indirect avec l’économie ne concerne pas les seules retombées économiques. Les chiffres de la  fréquentation des sites culturels sont aussi très fantaisistes et pratiquement jamais à jour. La dépense publique culturelle n’est pas affichée, sauf par le biais de grandes « masses de crédits », sur le site officiel de son ministère ou pour les régions.

Bref, les français, à commencer par les acteurs de la culture, préfèrent la valeur immatérielle que nous pouvons retirer de la culture, soit l’éducation, le lien social, plutôt qu’un chiffrage précis: Combien avons-nous dépensé pour créer ce lien social ? , ou encore : Comment évaluer la différence entre les objectifs et les résultats obtenus pour chaque programme culturel? .Ces questions semblent encore hors de propos, et il n’est pas question de les intégrer dans la LOLF, Loi organique relative aux lois de finances du 2 août 2001.

Dernier exemple : la fréquentation d’un site culturel est-elle  jugée insuffisante, en regard des publics potentiels de proximité ou des touristes? Ce n’est pas grave, répond-on, C’est la qualité de la fréquentation qui compte, pas le quantitatif.

L’Intérêt Général comme critère de toute action culturelle

Comme l’Education nationale, la Culture s’est toujours appuyée sur des fondamentaux qui, s’ils paraissent étranges pour nombre de collègues étrangers, remontent historiquement à sa Révolution, et évoluent peu. L’Intérêt Général fait partie de ces basiques, né sous la Révolution (Intérêt commun) , puis rebaptisé sous Napoléon III.  Les termes furent alors utilisés pour justifier, a priori, l’expropriation  les terres nécessaires à la création de la forêt des Landes ; et l’Intérêt Général opposa en quelque sorte une priorité publique aux intérêts privés particuliers des propriétaires récalcitrants à vendre leurs terrains pour la bonne cause , celle du bien public. Peu à peu, l’Intérêt général , relativement « pratique », prit une  valeur juridique dans l’ensemble de l’action publique.

Aujourd’hui cet idéal est toujours vaillant, ayant force d’outil valable pour renforcer la « cohésion nationale », le lien social,  comme l’a rappelé la nouvelle ministre de la culture dès sa nomination. Même si par ailleurs, et, il faut le déplorer, les chiffres de la « démocratisation culturelle » sont en baisse régulière, en France, quelque soit la dépense ou la gratuité des sites.

…Et les publics français comme horizon de la transmission

La médiation culturelle, les actions de sensibilisation, la transmission des savoirs…Le « Public de proximité » est à peu près le seul concerné pour  l’accompagnement de son parcours de visite, et 99% des professionnels, mais aussi des subventions, des formations culturelles sont dédiées à cette cible des publics de  proximité. Qu’il soit prioritaire est une évidence, puisque les collectivités territoriales financent la plupart des aides et de l’accompagnement grâce aux impôts des habitants. Mais qu’une sorte d’exclusivité des publics de proximité existe en France est aussi l’une de nos « exceptions» qui handicape lourdement l’étude et l’amélioration de nos site culturels.

L’exemple du tourisme culturel

Pour mesurer ce handicap, le traitement réservé au tourisme culturel est intéressant. :

  • Pas un seul emploi n’est dédié à cette thématique au ministère de la culture (Plus de 30 000 emplois), pas un centre de ressource, pas d’ingénierie, bref, un total désert de compétences pour une industrie qui représente a minima  6% du PIB du Pays. On sait pour tant que 80% des motivations des touristes étrangers, pour la visite de la France, proviennent de l’image culturelle de notre pays ;
  • L’Enquête sur les Pratiques Culturelles, créée depuis les années 80 et renouvelée chaque année, n’a concerné que les seuls publics français, alors que la plupart des musées et des monuments, mais aussi les grands festivals ou Biennales d’art ont une forte majorité de publics touristiques,  dont 40% de touristes étrangers.

Se priver de la majorité des visiteurs dans les études de fréquentation est tout de même  étrange. Comment faire des progrès lorsque l’on ignore les profils, les comportements, les attentes et les provenances des visiteurs ?

Une embellie ?

Ces dernières années –  et le Forum d’Avignon, avec ses objectifs, ses débats, ses ambassadeurs, la qualité des études mises en ligne y est pour beaucoup, – les rapports conflictuels entre Economie et Culture se sont améliorés.

Les causes en sont multiples (Impact de la crise financière ; renouvellement générationnel ; nouveaux impératifs de politiques plus redistributives…)  mais les signes d’une renaissance sont là, avec  :

  • Un retour en force de l’évaluation ;
  • De nouveaux champs d’études passionnent les acteurs de l’administration culturelle, à commencer par l’influence et les usages du numérique dans le champ culturel ;
  • Des régions, des Villes ont adhéré au schéma de conception et d’organisation des Creative Cities et des régions créatives,  comme la région Rhône-Alpes, le Grand Lyon ou les départements de la région Midi-Pyrénées. La Ville de Nantes a aussi fusionné, début 2011, ses deux Services « Culture et Tourisme », en créant le Voyage à Nantes, à la fois dédié aux nantais et aux habitants du monde entier.
  • Les pratiques collaboratives et participatives – retours d’expériences ; avis sur les réseaux sociaux, intelligence collective pour la Recherche…- mettent à mal les hiérarchies pyramidales de la décision, au profit de regards pluridisciplinaires ;  la Culture, dans cet échange de compétences, accorde moins d’importance au clivage historique » secteur public/secteur privé  et celui des entreprises ».

Notre pays est donc sur la bonne route, celle qui rejoindra le concert des pays du monde entier, pour répondre à cette passionnante question que se pose tout visiteur, français mais aussi étranger,  au seuil de sa visite d’un site culturel « Que dois-je comprendre ? ».

Evelyne Lehalle*

Article publié pour le Forum d’Avignon 2012, cliquez ici.

*Evelyne Lehalle est membre historique de Cultural Engineering Group. Consultante senior spécialisée dans les instituions muséales, les stratégies culturelles et touristiques, dont le parcours est particulièrement riche, Evelyne Lehalle a notamment été responsable culture d’Odit France (aujourd’hui Atout France), responsable à la direction des musées de France et au ministère de la culture, responsable à la direction des musées de la Ville de Marseille. Elle dirige depuis 2009 Nouveau Tourisme Culturel, dont le blog est également partenaire de Cultural Engineering Group.

Du même auteur :

Retrouvez également toutes les contributions d’Evelyne Lehalle sur son blog Nouveau Tourisme Culturel.

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Londres 2012, un pari de passion et de raison ?

La BBC a diffusé tout récemment une très riche enquête de terrain en deux parties, venant s’ajouter à la longue liste des témoignages sur les régénérations urbaines et socio-culturelles en cours sur l’Est de Londres, et plus particulièrement dans les quartiers où se situe le site olympique. Un plaidoyer pour la dynamique politique et l’initiative culturelle et sociale « à l’anglaise » qui produit un effet miroir édifiant pour les territoires qui se replient sur eux-mêmes et qui démontre de la puissance et de la force économique, sociale et culturelle de la métropole, de ses communautés, de son état d’esprit si unique.

On ne peut pas éluder la question : les moyens colossaux mis en œuvre pour faire sortir de terre les équipements olympiques dans les temps (12 milliards de livres), auxquels s’ajoutent les plus de 600 millions de livres pour les Olympiades des Arts, pouvaient indiquer non sans craintes que cette course ne serait motivée que par le grandiose, l’éphémère de l’événement, la recherche du maximum de profitabilité et de visibilité immédiates, le tout au détriment de l’essentiel. Et bien, à ce stade, le sentiment général est partagé entre passion et raison.

Les aigreurs plus ou moins argumentées ou justifées de l’échec de la candidature française pour les JO de 2012 sont littéralement balayées par les dynamiques et les pratiques locales qui voient le jour et qui ont été initiées dans le cadre de la candidature de Londres en lien étroit avec la politique de la ville. Si on prend le quartier de Newham, zone industrielle sinistrée, c’est une métamorphose complète qui s’est opérée en 10 ans alors que tous s’accordent à dire qu’il aurait fallu 3 à 4 fois plus de temps pour obtenir le même résultat sans les Jeux.

La contribution des Jeux est colossale, elle déplace le centre de gravité de Londres et permettra à la métropole de s’offrir le plus grand parc urbain créé en Europe depuis 150 ans, de créer un complexe immobilier de 1429 maisons, de faire pousser un centre commercial à Westfiled qui aura coûté 2 milliards de livres (!), de revigorer l’emploi (40 000 personnes ont déjà travaillé sur les sites olympiques) et l’économie (avec 98% des contrats de constructions conclus avec des entreprises du Royaume-Uni), etc.

Pour ne prendre que Stratford City, le projet immobilier dont les coûts sont partagés entre secteur public et secteur privé, l’Etat a procédé à la viabilisation des terrains et c’est au promoteur Chelsfield, d’assurer la livraison des équipements et résidences entre 2007 et 2020. Les 4 800 logements destinés à accueillir les sportifs des Jeux seront revendus ou transformés en partie en logements sociaux. Ce projet de 1,3 million de m², inclura aussi 460 000 m² de bureaux, 150 000 m² de commerces, 2 000 chambres d’hôtel.

Tous les ingrédients économiques, touristiques et culturels sont réunis pour que Londres prenne une nouvelle avance dans tous les domaines et comme Barcelone en son temps, la métropole se réinvente en prenant bien soin de réunir tous les facteurs clés du succès de son attractivité pour les décennies à venir, ce qui était très loin d’être le cas dans le projet de candidature parisienne quoi qu’on en dise.

Dans ces documentaires et reportages, chaque image transpire la fierté et le sentiment d’être partie prenante, directement ou indirectement, quelle que soit la communauté à laquelle on appartient, quelle que soit sa catégorie socio-professionnelle. Chaque témoignage porte l’espoir d’un nouvel avenir bien au-delà de l’événement et c’est peut-être cela qui décuple les énergies du « ici et maintenant », comme on dit depuis que la compétition entre les métropoles du monde a décuplé sous l’influence des fonds souverains. Mais peu importe, il faut aussi savoir regarder les choses au plus près du terrain et au-delà de la vitrine qu’on s’efforce de nous proposer pour 2012.

Ce qui frappe dans cette fierté, c’est son caractère familier, intégrée dans l’esprit de chacun et dans les moindres aspects du quotidien, support d’action des instutions culturelles et sociales, objet de toutes les initiatives ou presque. Un espoir de régénération qui fait oublier les chantiers, les problèmes de circulation et de stationnement, qui atténue le poids de la crise, parce que ce qui se joue va bien au-delà de l’événement proprement dit : c’est la qualité du cadre de vie dont on prépare assiduement un héritage positif mais néanmoins complexe et préocupant.

Ce qui frappe c’est l’énergie déployée pour faire revivre le territoire, c’est l’enthousiasme de tous, y compris parmi ceux qui ont souffert et qui souffrent de la marginalisation de ces quartiers après la désindustrialisation ce cette partie tant déshéritée de Londres.

Ce qui frappe, c’est la quantité des projets locaux, comme si chaque personne était un projet en soi bénéficiant d’une émulation inconnue jusqu’alors.

C’est peut-être là que la différence se fait : dans la conviction que l’initiative privée est un support de l’intérêt général, dans la responsabilité partagée collectivement et individuellement et dont la cohésion sociale qu’elle engendre n’est pas qu’un objet de discours ou d’expérimentations vaines. C’est un fait culturel qui n’a rien de dogmatique ni de politique, contrairement à notre manière de concevoir la société en France, c’est un état d’esprit qui ne se fonde sur aucune règle établie de manière normative, autoritaire et centralisatrice. C’est une différence et une spécificité culturelles essentielle pour prévenir de toute tentation de transposition ou de comparaison à des fins électorales (comme c’est le cas avec l’Allemagne en ce moment dans la campagne présidentielle actuellement en France qui compare tout à tout pour soit créer les conditions du changement maintenant soit exploiter toutes les forces du pays pour sumonter la crise).

Alors oui, Londres, comme Barcelone en 1992, souhaite utiliser les JO pour véhiculer un message puissant au monde, Londres instrumentalise les JO pour véhiculer plusieurs messages : 
 incarner la ville de demain, tenir son rang de capitale économique du monde tout en étant une ville agréable à vivre, une ville durable et innovante, mais où l’innovation sociale est aussi importante que le développement économique. Et il est passionnant de voir comment tous les talents sont mis au service de cette innovation sociale.

Pour autant, avec de telles ambitions en construction, cela va-t-il entraîner une « gentrification » des ces quartiers comme c’est déjà le cas des quartiers plus à l’ouest et au sud de Londres ? La fameuse classe créative de Florida respectera-t-elle tant que cela la mixité sociale du terrain et les populations locales vont-elles tirer profit de cette régénération ?

La question de l’héritage des Jeux une fois ceux-ci terminées se pose depuis le début et compte tenu de la part laissée aux promoteurs immobiliers, l’impact économique des JO peut laisser supposer que les prix de l’immobilier risquent d’exploser et de pousser les habitants actuels à s’installer dans d’autres quartiers si rien n’est fait pour préserver la mixité. En même temps, on peut tout autant espérer que ce qui est approprié et en train de s’approprier par les habitants favorise dès à présent une inclusion sociale qu’on a rarement vue ailleurs et qui devra être prise en compte lors de l’après Jeux.

Les promoteurs bénéficiant d’un niveau général de taxe relativement bas à Londres, ils financent les équipements locaux en contre partie, c’est une mécanique anglaise bien huilée.

Dans ces conditions, on peut considérer les enjeux de deux manières complémentaires :

  • la régnération urbaine qui se régule uniquement par les infrastructures et les équipements fait courir le risque d’une déresponsabilisation de la collectivité vis-à-vis du sort réservé à ses administrés et la collectivité doit se donner les moyens (y compris contractuels) d’une vigilence totale en la matière ;
  • Londres est une ville qui se renouvelle continuellement au grès de ses mutations fonctionnelles et modes architecturales et de ce point de vue les Jeux (avec toutes les leçons qu’on peut tirer des éditions précédentes) portent les conditions de la soutenabilité de la régénération urbaine des quartiers les plus défavorisés respectueuse de la mixité et de l’innovation sociale tout en démultipliant autrement le rayonnement et l’attractivité de la métropole.

Si vous avez assisté aux cérémonies du nouvel an à Londres et notamment le spectacle pyrotechnique époustouflant à tous les sens du terme et à sa ferveur londonienne, on a envie d’y croire dans tous les cas. Rêve ou mirage, il y déjà de nombreux éléments de réponse sur le terrain.

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Eventful Cities: cultural management and urban regeneration

We are pleased to announce that the book Eventful Cities: Cultural Management and Urban Regeneration has now been acquired by Routledge Publishers. To mark this event they are offering a 20% discount, which is available via the code on the attached flyer. The book can be ordered via the Internet on the link below.

Processes of globalization, economic restructuring and urban redevelopment have placed events at the centre of strategies for change in cities. Events offer the potential to achieve economic, social, cultural and environmental outcomes within broader urban development strategies.This volume:

  • analyzes the process of cultural event development, management and marketing and links these processes to their wider cultural, social and economic context
  • provides a unique blend of practical and academic analysis, with a selection of major events and festivals in cities where ‘eventfulness’ has been an important element of development strategy
  • examines the reasons why different stakeholders should collaborate, as well as the reasons why cities succeed or fail to develop events and become eventful.

Eventful Cities evaluates theoretical perspectives and links theory and practice through case studies of cities and events across the world. Critical success factors are identified which can help to guide cities and regions to develop event strategies. This book is essential reading for any undergraduate or graduate student and all practitioners and policy-makers involved in event management, cultural management, arts administration, urban studies, cultural studies and tourism.

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Hôtel de la Marine : un dossier symptomatique

Le dossier de location de l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris, via un bail de longue durée, qui a tant défrayé la chronique ces derniers mois (dossier contre enquête culture du Monde du 19 janvier 2011 notamment sous le titre «privatisation du patrimoine : l’Etat a-t-il franchi la ligne jaune ? », précédé d’un appel d’un collectif d’écrivains au président de la République le 11 janvier 2011 toujours dans ce même journal) est tout à fait symptomatique du manichéisme du secteur culturel opposant la vertu du « public » à l’argent « malsain » du « privé ».

Resituons et élargissons le débat. D’abord, il ne s’agit pas de vendre ce bien au privé mais de le mettre à bail. L’idée qu’il faut désormais admettre est que l’Etat, mais aussi les collectivités locales propriétaires, n’ont plus les moyens de restaurer et encore moins de mettre en valeur des biens innombrables, classés et certes de qualité. Alors plutôt que de les voir se dégrader, il vaut mieux leur trouver un affectataire privé qui leur trouve une utilité économique en rapport avec la culture et les industries culturelles et qui permette l’ouverture au public. Il ne suffit pas de prendre des postures intellectuelles s’élevant contre « l’utilisation mercantile des biens de l’Etat » (Max Gallo dans le Figaro du 7 janvier 2011 ») comme si le privé était forcément peu scrupuleux, terme utilisé d’ailleurs par la DRAC dans un autre dossier similaire en Alsace, la dévolution des écuries du Palais du Rhin à Strasbourg, où sans donner aucune solution, la DRAC Alsace s’élevait contre des « spéculateurs peu scrupuleux » (le Journal des Arts  édition du 5 au 8 novembre 2010).

De deux choses l’une, soit l’Etat et les Collectivités Locales, dont on sent bien que la conjoncture budgétaire les oriente vers des arbitrages de plus en plus portés sur le social, l’économie et l’éducation, dégagent plus de ressources pour la culture et le patrimoine (budget déjà sanctuarisé depuis de nombreuses années), et on sent bien que ce n’est pas la tendance partagée par nos décideurs et l’électeur de base, soit ils consentent « comme un moindre mal » à affecter ces biens au privé, en encadrant les opérateurs par des cahiers des charges (oui cela existe !) pour respecter leur utilisation culturelle. Ainsi doit-on rappeler que sans le privé, en l’occurrence le groupe Nestlé qui y a installé son siège, l’usine de Noisiel anciennement Meunier, magnifique monument du 19ème siècle, n’aurait pas été sauvée (on peut d’ailleurs la visiter une fois par an aux journées du patrimoine) ; de même que les élus lyonnais pragmatiques viennent de confier l’Hôtel Dieu – via un Partenariat Public Privé –  au groupe Eiffage, qui a proposé un projet coûteux (150 M euros) tout à fait respectueux de l’esprit des lieux (outre un hôtel et un centre d’affaires on y trouve un musée) sans soulever trop de polémiques.

Dans la même série et suite aux nombreux rapports publiés en 2010 sur le sujet du transfert des monuments historiques (rapport d’information du Sénat du 30 juin 2010 de Mme Françoise Férat suite aux tentatives malheureuses de relancer le transfert des Monuments Historiques via un « cavalier budgétaire » – article 52 de la loi de finances 2010 – déclaré inconstitutionnel non sur le fonds mais sur la forme, rapport sur la valorisation culturelle du patrimoine culturel confié par le président de la République à M. Albéric de Montgolfier président du conseil général d’Eure et Loir ), on se rend compte que l’Etat est désormais conscient qu’un transfert à une Collectivité Locale au plus près du terrain (donc du visiteur) ou au privé (pour plus d’efficacité de gestion) est désormais nécessaire,  tout en encadrant cette procédure.

Rappelons en effet que le transfert rendu possible suite au rapport Rémond et codifié par l’article 97 de la loi n°2004 -809 du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales, a été un succès avec 65 monuments transférés, dont certains emblématiques, le château du Haut Koenigsbourg au Conseil Général du Bas Rhin ou le château de Chaumont à la région Centre, dont les résultats de fréquentation actuels sont sans commune mesure avec ceux obtenus sous la gestion de l’Etat – Centre des Monuments Nationaux (530 000 visiteurs en 2009 contre autour de 500 000 auparavant pour le monument alsacien et + 40 % à Chaumont entre 2009 et les années précédentes). Le rapport d’information du Sénat cité plus haut reconnait d’ailleurs page 51 que « l’Etat n’a pas nécessairement les moyens d’entretenir tous le patrimoine national et il parait légitime qu’il cherche de nouvelles ressources pour en assurer la protection et l’entretien, avant que celui-ci ne se dégrade de façon irréversible ». Le mouvement de transfert est donc inéluctable  – la proposition n° 1  du rapport est de « réactiver le principe de « transferabilité » des monuments historiques appartenant à l’Etat (de tous les ministères y compris ceux du ministère des affaires étrangères à l’Etranger) – mais « il n’est acceptable que s’il se fait dans des conditions respectueuses du patrimoine, de sa vocation culturelle, et de l’éventuelle mission de service public qui s’attache aux monuments » (en gras dans le rapport).

D’où la proposition de loi enregistrée à la présidence du Sénat le 19 janvier 2011 par les mêmes sénateurs à l’origine du rapport d’information, notamment Mme Férat et M. Legendre, visant à introduire un « Haut Conseil du Patrimoine » placé auprès du ministre de la culture qui établit la liste des monuments transférables et qui « se prononce sur le caractère transférable des monuments qu’il a décidé d’analyser ou dont l’examen lui est soumis par le ministre, et avant toute cession par l’Etat d’un de ses monuments historiques inscrits ou classés ». Et pour éviter une nouvelle affaire « hôtel de la Marine, « les membres du haut conseil du patrimoine sont informés de tout projet de bail emphytéotique administratif d’une durée supérieure ou égale à 30 ans qui concerne l’un de ces monuments inscrits ou classés ». Elle devrait être examinée en séance publique le 26 janvier 2011 avec de bonnes chances d’être adoptée puis d’être transmise à l’Assemblée Nationale qui pourrait faire de même.

Ces rapports – à part le rapport de Montgolfier dont la proposition 23 est de confier à titre expérimental la gestion de certains monuments du Centre des Monuments Nationaux au secteur privé dans le cadre d’une gestion déléguée ou d’un Partenariat Public Privé – sont néanmoins assez peu loquaces sur la délégation de service public des monuments au privé ou les partenariats publics privés. Pourtant ces formules alternatives développées par des sociétés comme Culture Espaces – groupe Lyonnaise des Eaux -, Kleber Rossillon ou Vinci sont utilisées depuis des années et se développent ; considérer leur travail comme non respectueux de la vocation culturelle des lieux est proprement indigne (ce que fait le rapport d’information du Sénat page 52 en citant l’intervention d’un autre intellectuel, l’historien de l’art Adrien Goetz, se livrant à une charge injuste contre l’exploitation culturelle de Culture Espaces à la Maison Carrée de Nîmes sans jamais citer les bons résultats de fréquentation du monument et le niveau accru de satisfaction du public depuis cette décision d’externalisation de son patrimoine par la ville de Nîmes). Or ces formules ne sont pas utilisées qu’à Nîmes ; ainsi la ville de Paris vient de décider de concéder le musée de Montmartre à un privé qui le rénoverait à ses frais en se rémunérant sur l’exploitation ; de même Culture Espaces – encore lui – vient à Aix en Provence de se voir confier l’hôtel de Caumont – cette fois-ci via une vente –  pour y organiser des expositions avec là aussi des polémiques et des procès d’intention systématiques vis-à-vis du privé (article de Beaux Arts décembre 2010).

Sans compter la polémique sur l’étude et le début de mise en œuvre d’hôtels de luxe dans des monuments du Centre des Monuments Nationaux sur le modèle des « paradores » espagnols (étude Atout France / Centre des Monuments Nationaux), que ce soit à Carcassonne, Versailles ou Chambord alors que les surfaces utilisées au sein de ces monuments gigantesques sont toujours des dépendances (donc des patrimoines secondaires) et qu’elles génèrent des ressources de loyer qui permettront de mieux entretenir et mettre en valeur les dits monuments.

Alors de grâce, ne faisons pas de procès d’intention au privé comme sur le dossier de l’hôtel de la Marine où sans savoir des intellectuels français (Régis Debray, Alain Decaux, Jean-Noël Jeanneney, Jacques le Goff, Pierre Nora, Mona Ozouf et Michel Winock) parlent du projet Allard soutenu par l’ancien ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres comme d’un « barnum commercial assorti de suites de luxe ». Devant un climat si délétère, alors que d’autres projets eux aussi intéressants circulent  – comme la Cité de la Gastronomie qui ne pourrait trouver plus bel endroit à Paris, avec une vocation éminemment culturelle depuis que la gastronomie française est classée au patrimoine mondial de l’Unesco -,  le président de la République a eu raison d’annoncer, lors de ses vœux au monde de la culture, la création d’une commission ad hoc pour examiner la vocation culturelle de ces projets et leur respect du lieu. Mais cet épisode en dit long sur notre culture de service public et sur le bien que l’on pense du privé dans le secteur culturel !

Jean-Michel Puydebat

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Jean-Michel Puydebat est directeur de PV2D, consultant spécialisé dans l’exploitation des musées et du patrimoine

 

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Le musée Guggenheim, une chance pour Helsinki

La ville d’Helsinki espère obtenir son propre musée Guggenheim. Elle étudiera au cours des douze prochains mois avec la Fondation Solomon R. Guggenheim la viabilité du projet. Celui-ci offre à Helsinki une chance exceptionnelle mais comporte également des risques, estime le quotidien libéral Helsingin Sanomat : « Le projet de musée est une grande opportunité pour la culture d’Helsinki, la région de la capitale et la Finlande. S’il est réalisé, il offrira à la culture finlandaise en pleine évolution un forum renommé de l’art contemporain, avec un réseau international. … Helsinki et les Finlandais doivent convaincre la fondation artistique internationale qu’on peut construire ici quelque chose de totalement nouveau et d’important sur le plan mondial. … Ce projet est une opportunité fantastique, mais aussi un risque. S’il devait aller de travers, cela aurait des répercussions négatives sur l’image d’Helsinki et de la Finlande dans le monde, ainsi que sur notre perception de nos propres possibilités. Il ne faut pas détruire cette chance en attisant la défiance ou les disputes partisanes ».

Source : BPB.

Sur le même sujet, cliquez ici.

 

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Marseille 2013: les infrastructures culturelles seront prêtes, assure la mairie…

Cela ne vous aura sûrement pas échappé vu les efforts qui ont été déployés pour l’annoncer au plus grand nombre : les infrastructures culturelles de Marseille 2013 seront prêtes, assure la mairie de Marseille. Après de longs mois d’incertitudes, de flottements, de complications et de rebondissements, voilà un message plus que bienvenu et opportun. Si on en croit les élus de la ville de Marseille, le territoire et les acteurs en présence seraient désormais au diapason, en ordre de marche pour relever le défi de la capitale européenne de la culture 2013.

Voici la teneur de la conférence de presse qui s’est déroulée le 3 décembre dernier et diffusée par l’AFP :

Les infrastructures destinées à accueillir les manifestations organisées dans le cadre de « Marseille-Provence, capitale européenne de la culture 2013 » seront prêtes à temps, ont assuré le 3 décembre les élus de la ville, lors d’une conférence de presse.

« Sauf accident ou drame exceptionnel, à mi-parcours, nous pouvons dire que nous serons prêts », a déclaré Renaud Muselier, délégué spécial pour Marseille 2013 au sein de la mairie.
« Nous ne bafouillons pas », a pour sa part souligné le maire UMP de la ville, Jean-Claude Gaudin, ajoutant : « nous dépensons 150 euros par habitant à la politique culturelle dans cette ville, nous n’avons pas à craindre de comparaison ».

Les deux hommes ont détaillé certains des projets qui doivent être réalisés pour 2013 sur le territoire de la commune, comme le Musée des Civilisations d’Europe et de Méditerranée (Mucem, 184 millions d’euros, livraison prévisionnelle en 2013), le Centre des cultures méditerranéennes (70 millions, mars 2012), ou le Hangar J1 au sein du port commercial (5 millions, mars 2012)
Ils ont également évoqué différents chantiers de rénovation d’envergure des structures marseillaises existantes.

« Nous avons trouvé un mode de fonctionnement avec l’association (en charge du contenu de Marseille-Provence 2013) sur le principe de le gouvernance apaisée », a par ailleurs souligné M. Muselier.
 Ce dernier avait proposé il y a quelques mois de créer un guichet unique de labellisation des projets retenus pour 2013, une initiative qui avait irrité l’association dont la mission est justement le choix de la programmation et qui avait en outre rappelé que Marseille n’était pas la seule ville concernée par les festivités de 2013. Vendredi, M. Muselier a estimé que ses propos avaient été « déformés ».

Voilà, c’est dit, ou plutôt tout n’est pas dit.

Tout le monde a compris désormais l’impérieuse urgence de se mettre au travail collectivement et de bien coordonner les efforts et les énergies des parties en présence pour être prêts en 2013, « sauf accident ou drame exceptionnel ». Si les formules ne sont pas très heureuses (elles emploient un vocabulaire pour le moins léger et en définitive peu rassurant, ce qui crée en terme de communication l’inverse de l’effet souhaité), il est difficile d’en conclure que la maîtrise est totale alors qu’on nous assure que nous « ne bafouillons pas » et qu’on a trouvé une « gouvernance apaisée ». Comment ne pas être dubitatif lorsqu’on connaît la teneur et la réalité des difficultés (notamment entre la Ville et l’association de préfiguration), difficultés qui depuis des mois et des mois ont déjà fortement compromis une partie du succès plein et entier de l’opération capitale européenne de la culture ?

Par ailleurs, l’insistance avec laquelle on cherche à nous rassurer sur le fait qu’à Marseille on ne craint pas la comparaison avec 150 euros de dépense par habitant au titre de la politique culturelle de la Ville, ne suffira pas à taire ni les esprits chagrins, ni les détracteurs de tout poil vis-à-vis du projet de capitale européenne de la culture, ni les inquiétudes légitimement exprimées depuis plus d’un an.  En effet, tant que ce chiffre n’est pas qualifié (consolidé, pas consolidé, fonctionnement, investissement, intervention ?) il ne témoigne en rien d’un effort qui placerait Marseille au-dessus de métropoles, d’agglomérations ou de communautés urbaines équivalentes qui oeuvrent en matière de culture et place en réalité Marseille dans la moyenne, moyenne certes supérieure.

On pourrait également y voir la caractérisation d’un modèle d’efficience (ou tout du moins d’une recherche de modèle) mais sans critères et méthodes d’évaluation affichés clairement et sans indicateurs permettant la quantification, le suivi et la maîtrise de la performance attendue (notamment en matière de d’impact économique et social mais aussi de rayonnement et d’attractivité, de développement des publics touristiques, etc.), difficile de s’en faire un idée qui soit aussi rassurante que cela, car il y a des retroplannings dont il ne vaut mieux pas parler. Pour l’anecdote, ne prenons qu’un exemple, celui du MUCEM, LE fer de lance du projet de candidature de Marseille Provence 2013 ; au sein d’un comité de direction il y a encore quelques semaines, une petite phrase interpelle : « même si on doit couper un ruban devant des murs en travaux, on inaugurera en 2013 ». Certes, cela dit tout de la détermination à oeuvrer au plus vite mais cela dit également qu’on est loin, très loin, d’être en mesure de tenir les engagements si longtemps affirmés comme tenables.

Ceci étant dit, les efforts d’amélioration de la gestion, de l’organisation et de la mise en place sont palpables, mais que de temps perdu ! Communication, mise en tourisme, mobilisation citoyenne, recherche de partenaires, gestion des différents financeurs publics, collaboration entre les différents secteurs d’activité du territoire, promotion nationale et internationale, etc. autant de domaines d’action qu’il est essentiel d’engager massivement et de manière coordonnée s’il on veut ne serait-ce que se frotter un peu à la concurrence que se livrent les villes dans le monde, concurrence où (faut-il encore le rappeler ?) la culture tient une place toute particulière.

Au plan du marketing territorial notamment, les enjeux sont considérables et ne pas mettre tous les atouts de son côté pendant aussi longtemps pour utiliser le statut de capitale européenne de la culture comme un avantage concurrentiel et une opportunité pleine et entière de renouvellement et de développement du territoire (opportunité comme il ne s’en présente pas si souvent dans l’histoire d’une ville) paraît bien frustrant et risque de le devenir plus encore une fois l’année 2013 passée.

Philippe Gimet

 

 

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Musées, villes et tourisme

L’Équipe Interdisciplinaire de REcherche Sur le Tourisme (EIREST), l’Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne et la Chaire UNESCO Culture, Tourisme, Développement organisent un colloque sur le thème Nouveaux musées, nouvelles ères urbaines, nouvelles mobilités touristiques, les 20 et 21 janvier 2011, à la Société de Géographie, à Paris.

Depuis une trentaine d’années, la transformation des musées est accentuée par le phénomène de la métropolisation : la ville produit des musées et du tourisme, mais réciproquement, le musée et le tourisme produisent de la ville. L’objectif de ces rencontres est d’étudier cette relation complexe entre musée, tourismes, et villes, selon les « modèles » de musées, les contextes, et les époques. Ce colloque portera sur les liens entre grands musées et tourisme, les mutations des musées, du point de vue de leur rénovation, de leur impact territorial, de leur prise en compte du tourisme, des mutations muséologiques et des nouvelles pratiques touristiques qui y sont associées. Cinq axes majeurs structureront les ateliers mis en place : L’articulation mutations urbaines, musées et tourisme ; Le Musée et ses échelles d’inscription, entre icône urbaine et moteur de développement territorial ; L’évolution de la pratique touristique, renvoyant à l’horizon hypermoderne de la mixité des pratiques et la combinaison des différences ; Le touriste au musée ; Le tourisme, une dimension cachée du musée ? La présentation du colloque, le programme et la fiche d’inscription sont en ligne.

Contact : Maria Gravari-Barbas, Édith Fagnoni, Eirest, Centre Albert Châtelet, 6, rue Jean Calvin, 75005 Paris (maria.gravari-barbas@wanadoo.fr ; e.fagnoni@wanadoo.fr)

Source : ministère de la Culture et de la Communication.

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First international conference on creative tourism

Ci-dessous l’invitation à participer à la première conférence internationale autour du Tourisme Créatif, organisée à Barcelone par le Creative Tourism Network et Fusic, la Fondation Societat i Cultura.

Dear colleagues and friends,

We would be very delighted to welcome you at the occasion of the International Conference on Creative Tourism, that will take place in Barcelona, on the next December, 9th and 10th.

This  meeting will bring together researchers, urban planners, policy designers, artists, cultural activists and tourist professionals to assess the benefits of international collaboration in the rapidly developing field of creative tourism.

The conference will offer the opportunity to learn further about creative tourism, thanks to the lecture given by Professor Greg Richards, one of the originators of the concept, as well as to discover a wide range of case studies of projects and urban strategies related to this new trend.

call for papers and a call for projects and cities application are still opened.

We wait for your active participation! (Places are limited)

Further information at: www.creativetourismnetwork.org

Best regards,

Caroline Couret,
Program manager

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HEARTH, 11ème congrès d’ELIA

HEART (CŒUR), ART, EARTH (TERRE)… OU COMMENT L’ART AU CŒUR DE LA VILLE IMPULSE INNOVATION ET DÉVELOPPEMENT, DYNAMIQUE ET INVENTIVITÉ, DISPOSITIF DE CRÉATION ET DE RECHERCHE AUTANT QUE VALORISATION D’UN TERRITOIRE.

Le 11ème congrès d’ELIA (European League of the Institutes of the Arts) se tiendra au lieu unique à Nantes du 27 au 30 octobre 2010. Important forum international de débats et d’échanges autour de la question des enseignements artistiques, la vocation du congrès biennal d’ELIA est de créer un contexte stimulant de rencontres formelles et informelles de 350 institutions internationales d’enseignements artistiques supérieurs.

À l’occasion du rassemblement de ce vaste réseau, les institutions artistiques françaises et les collectivités territoriales proposent un programme de rencontres et d’expositions à Nantes, afin de repenser les outils actuels de transmission, recherche, production et exposition de l’art contemporain.

Parmi les actualités de cette 11ème édition :

  • La réforme des écoles d’art et la question de l’attractivité des écoles françaises
  • Le renouvellement territorial dont Nantes est une démonstration exemplaire : comment l’art au cœur de la ville impulse innovation et développement, création et recherche autant que valorisation d’un territoire?

Pour plus d’information et pour consulter le programme de ces 4 journées d’une densité rare, cliquez ici.

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Turku, capitale culturelle en mauvaise posture

La ville la plus ancienne de la Finlande sera capitale européenne de la culture en 2011. Toutefois Turku a besoin de 900.000 euros ne serait-ce que pour pouvoir maintenir son offre culturelle actuelle pour l’année prochaine. Un désastre aux yeux de l’Europe écrit le quotidien Turun Sanomat: « Le parcours de Turku qui doit se tenir au centre de la vie culturelle européenne reste parsemé d’embûches. Justement au moment où les efforts devraient être les plus importants pour faire de la ville la capitale culturelle de 2011, les institutions culturelles se trouvent dans une impasse encore jamais égalée. … En comparaison avec la situation d’il y a dix ans, la part des dépenses nettes municipales pour l’administration culturelle a baissé, passant de quatre à trois pour cent. … Il est sans aucun doute très embarrassant pour les habitants de Turku de devoir se tourner vers Helsinki juste avant l’année où elle va devenir capitale culturelle. Parallèlement il semble peu probable que cela soit profitable à Turku car le gouvernement propose de réduire, l’année prochaine, de plus de 67 pour cent les moyens prévus pour le musée d’art qui a 20 ans. »

Source : BpB

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La richesse culturelle de la Bulgarie reste cachée

La plupart des touristes viennent en Bulgarie pour lézarder sur la plage et boire à outrance de l’alcool bon marché, critique le quotidien Standart qui demande que l’on montre plus d’intérêt pour les trésors culturels du pays : “Nous montrons toujours notre mauvais côté, le bon reste dans l’ombre. Nous avons sept sites classés par l’UNESCO. Nous avons la culture thrace qui est plus ancienne que la Grèce antique. Nous avons le plus vieil or d’Europe à la nécropole de Varna, des cités romaines, des châteaux du Moyen-Age et des monastères. … Tout cela reste, à quelques exceptions près, caché du monde. Cela ne permettrait pas seulement de faire apparaître la Bulgarie sous un nouveau jour, cela lui permettrait également de retirer les bénéfices d’un tourisme culturel. … La mer et les bars sont bien beaux mais il est temps aussi d’attirer des touristes exigeants. Nous sommes déjà assurés de voir ceux de troisième zone.”

Source : BpB

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1st Tourism-Contact-Culture Research Network Conference: Tourism and Seductions of Difference

This conference is jointly organised by:

We are pleased to announce the 1st Tourism-Contact-Culture Research Network Conference: Tourism and Seductions of Difference, which will take place in Lisbon, Portugal from 10 to 12 September 2010. The Conference builds on previous events organised by the Centre for Tourism and Cultural Change at Leeds Metropolitan University (www.tourism-culture.com) and will mark the establishment of the Tourism-Contact-Culture Research Network as an international group of university researchers interested in critical tourism research. It will also bring a long established tradition in tourism anthropology research at the Portuguese Network Centre for Anthropological Research, CRIA (www.cria.org.pt) to a wider international audience. The conference is to become an annual series hosted by members of the Tourism-Contact-Culture Research Network or by the annual conferences of professional academic associations.

As tourism research spreads into the social sciences, the aim of this series is to bring together social scientists studying tourism and related social phenomena from different disciplinary perspectives. We wish to discuss and ‘test’ the theoretical premises of foundational texts in tourism studies and to develop ongoing critique and new ideas. We welcome papers both from established academics re-assessing their work in the light of current theoretical developments in the social sciences and from an emergent generation of academics presenting their research outputs. Tourism and Seductions of Difference, the theme of the 2010 Conference in Lisbon, Portugal addresses key issues and theoretical perspectives which have left their mark on tourism research over recent years.

Tourism and Seductions of Difference

The idea of ‘difference’ appears to be one of the central ontological premises of tourism. Tourists travel to, and through, spaces ‘different’ from those they inhabit most of the time. They voluntarily expose their bodies to different environments; they may ingest different foods, live in a different temporality, and meet different people. Many authors have studied how such differences are socially construed, how people and places are experienced and brought into being through the perceptive realms of the journey, but also through the political agendas of stakeholders acting within the field of tourism and cultural policy. The cultural history of tourism indicates that tourists are somehow ‘seduced’ by specific places or types of places – forests, mountains, rivers, churches and religious shrines, stately homes and palaces, ancient monuments, ruins, waterfalls, seashores, countrysides, islands, cities, etc. Some psychologists, for instance, have observed how some places – such as Florence, Jerusalem, or Paris – trigger quasi-Stendhalian epiphanies among certain tourists who often do not seem to share more than a common nationality. Who, or what are they seduced by? What constitutes this arousal? How do tourists learn what to be seduced by? How is the tourist experience and the temptation to travel culturally framed? How are places and tourist attractions assembled to entice tourists?

The political economy of seduction in tourism is often part of the processes that support the formation and symbolic configuration of specific social and temporal separations. Seen by some commentators as a socially organised transgression of social and spatial boundaries, tourism appears to question the ontology of differences. By doing so, it seems to contribute to the bringing-into-being and reaffirmation, but also to the readjustment, of moral orders underlying various boundaries, differences, separations and related concepts of self. Tourism has played and continues to play an important role in the formation and maintenance of nationalisms, gender and social classes, but also in struggles for the recognition of ethnic or indigenous identities, and the legitimisation of cultural specificities of regions or people. It is being formed and performed within different contact zones marked by forms of mutual seduction. In many cases, primeval tourist attractions have become socially reproduced and cultivated as markers of social identity within ‘destinations’. Semantically re-embedded in the lingo of heritage, these attractions have frequently helped to shape and legitimate new forms of local, ethnic or national identity within ‘destination’ societies. Tourists are often actively lured here into admiring sets of attractions whose underlying moral order embodies claims to specific forms of identity and political power within such societies. How do the various contact zones of tourism – hospitality spaces, living rooms, city centres, heritage sites, museums, gardens and landscapes etc. – allow such claims to be formed and performed? Which are the mediators of such claims? What is the allure and political magic of tourism within these contexts?

Seduction is no isolated act but always has some form of consequence and usually demands compensation. In the same vein, touristic consumption is not free, and in different senses implies forms of expected reciprocity. What are the moral obligations of those who lure tourists to a symbolic death by singing a siren song? How are tourists resuscitated, and how do they buy their freedom? What are the threats and consequences of seducing tourists? What happens when tourists seduce? How does tourism seduce all sorts of people and who rejects seduction? What kinds of society result from tourism?

Themes

Along with studies on methodological issues in tourism research, we welcome papers that address issues related to the theme of the conference. Indicative topics of interest include:

  • Ontologies of seduction: boundaries, differences, separations, times, others
  • Formations of seduction: social assemblages, contact cultures, attractions
  • Fields of seduction: gender, houses, heritages, nations, territories, classes
  • Mediums of seduction: texts, bodies, arts, architectures, foods and natures
  • Techniques of seduction: performance, flirtation, enticement, friendship, magic,  concealment
  • Emotions of seduction: temptations, transgressions, ingestions, emancipations
  • Threats of seduction: spoliation, contamination, exclusion, death, degradation
  • Politics of seduction: hospitality, containment, kinship, power
  • Moralities of seduction: obligations, reciprocity, co-habitation
  • Consequences of seduction: mobilities, cosmopolitanisms, world society

Academic Committee

  • David Picard and Maria Cardeira (CRIA/FCSH-Dept of Anthropology, Universidade Nova de Lisboa, Portugal)
  • Simone Abram and Mike Robinson (Centre for Tourism and Cultural Change (CTCC), Leeds Metropolitan University, UK)
  • Saskia Cousin (research group Tourisme: Recherches-Institutions-Pratiques, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) in Paris, France )
  • Nelson Graburn and Maki Tanaka (Tourism Studies Working Group (TSWG), University of California at Berkeley, USA)
  • Noel B. Salazar (Cultural Mobilities Research (CuMoRe), University of Leuven, Belgium)
  • Mathis Stocks (Centre de Recherche Interdisciplinaire sur le Tourisme, Institut Universitaire Kurt Bösch, Sion, Switzerland)
  • Pamila Gupta (Anthropology-Wits Institute for Social and Economic Research(WISER), University of the Witwatersrand, Johannesburg, South Africa)
  • Naomi Leite (Dept of Anthropology, University of Toronto, Canada)
  • Camila del Marmol (research group Patrimonialization of Nature and Culture, University of Barcelona, Catalonia, Spain)
  • Ramona Lenz (Institute of Cultural Anthropology and European Ethnology, Goethe University Frankfurt, Germany)
  • Chiara Cipollari (Dept of Anthropology, University of Perugia, Italy
  • Sanja Kalapos Gasparac (Institute of Ethnology and Folklore Research, Zagreb, Croatia)
  • Britt Kramvig (Northern Research Institute (Norut), Tromsø, Norway)
  • Ester Võsu (Institute for Cultural Research and Fine Arts, University of Tartu, Estonia)
  • Margaret Hard (University of Las Palmas de Gran Canaria, Spain)
  • Michael A. Di Giovine (Dept of Anthropology, University of Chicago, USA)
  • Kenneth Little (Dept of Anthropology, York University at Toronto, Canada)

Call for papers

During the conference, paper presenters will be given 20 minutes with an additional Q&A time of 10 minutes (TBC). To propose a paper, please send a 250 word abstract including title and full contact details to tourismcontactculture@gmail.com. The Call for Papers for this event will initially be open until 20 March 2010. Late abstracts may be considered.

Registration

Registrations will be open from the end of March 2010. Registration forms can soon be downloaded at www.tourism-culture.comand at .www.cria.org.pt

Funding and Sponsorship

The conference is based on a cover-cost basis. Registration fees have not been fixed and their amount shall depend on the outcomes of different funding bids. The conference will not pay for travel and accommodation costs. Special rates for students and early registrations shall be available. Further details will soon be available.

Contact

Dr David Picard

CRIA/FCSH-Universidade Nova de Lisboa, Lisbon

CTCC, Leeds Metropolitan University, Leeds, UK

Conference contact email: tourismcontactculture@gmail.com

Url associée : http://www.tourism-culture.com/pop_up/forthcoming_conference…

Source : rezotour.com

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Prague, un bijou historique multiculturel

La capitale tchèque a fait le week-end dernier la promotion des « Jours pragois », au cours desquels les visiteurs auront la possibilité de découvrir « l’héritage et le patrimoine tchèque ». Le quotidien conservateur Lidové noviny considère qu’il y a tromperie sur l’étiquette : « Prague – et ce qui la rend si belle et si unique – n’est pas l’œuvre d’une nation mais l’œuvre collective de personnes de langues différentes, qui sont venues ici, y ont vécu, s’y sont installées, sont reparties, et dont certaines ont finalement été chassées dans des conditions dramatiques. Mathieu d’Arras était français, Peter Parler était un Souabe de Gmünd, Malá Strana (en français ‘le petit côté’) et le quartier Hradschin sont italiens, les Dientzenhofer sont originaires de Bavière, etc. C’est une particularité propre aux Tchèques de s’approprier des choses qui ne sont pas à eux. Cela s’appelle du vol. »

Source : BpB

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