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Culture and the financial crisis : maintain or weaken the status quo?

election posters in france (c) Joe Shlabotnik Flickr

Within the last few years, national policy has deteriorated due to budget cuts, and the “General Restructuring of Policies and Administration” (RGPP – Révision Générale des Politiques Publiques)which was implemented in 2007 led to a certain reduction regarding the scope of action for the ministry of culture.

The three competence levels (cities, Departements, regions) try to pursue courageous cultural political objectives, although their intense dedication is curbed by a decreasing national commitment. That means financial losses for the municipalities beyond the French « AAA loss » – they will be forced to reduce their cultural investments, being subject to the debt brake – and this has direct consequences for the field of culture.

The crisis has also an impact on the French municipalities, although their situation is hardly comparable to that in Southern European countries, with the example of Barcelona and the independent Spanish regions being the most significant ones. We observe that other European countries with less developed structures regarding politics, administrations, and investments from the private sector, are also in an awkward position due to the decline of these investments – Great Britain and The Netherlands are epitomes of that.

We hope that the cultural sector – be it on a local or national level – will not be the first one to fall victim to the crisis, given the economical and social situation in various European countries. And there is also the question and the fear what will happen with the commission’s suggestions regarding the agenda 2014-2020? Will the programme maintain all its ambitious objectives without suffering any losses by budget cuts which are arranged jointly by the European council and the parliament?

The election campaign 2012: a promise without a future?

It is justified to ask the question which role the topic of culture will play during the election campaign given the ever-present economical issues – you will find out that culture does not play a too important role on the list of electoral issues. The first electoral statements were made in Avignon on July 16, 2011 in the forum of the daily newspaper « Libération » where several representatives of various parties could have their say. Now, the public election campaign has started, and the speeches delivered by Nicolas Sarkozy on January 26 in Marseille and by François Hollande on January 19 at the BIS-culture exhibition in Nantes revealed first perspectives on the culture programme of the future and possible candidates.

But now, the actual election campaign has to begin in order to obtain more precise propositions. You can observe a great discrepancy regarding the copy rights in e-business and regarding the fate of the Hadopi law [illegal downloads lead to copy right infringements and are therefore prosecuted]. These issues which are red-hot again, especially after the shutdown of the MEGAUPLOAD website, could keep the politicians busy until the election. According the socialist candidate, there is a tendency towards a new legal basis without making any budget increases (orientation law regarding the performing arts, a possible return to 5,5% VAT for cultural goods…) in order to « seal the second act of France’s exceptional cultural position. »

In general, you can observe a lot of weak points in the political speeches when it comes to the position and role of the internet with regards to future cultural political measures, as well in terms of the development of new paradigms as in terms of new economical models. The future culture budget still belongs to the big secrets of the election campaign, in spite of the mutual affirmations which promise a certain inviolability of this budget.

It is obvious that the economical and financial crisis has an impact on the extent of political measures and on the determination of the politicians. Because the municipalities and especially the regions are affected by these limitations there is  less and less hope for a possible social and economical contribution they could produce.

Finally, the absence of any considerations, ideas, or suggestions concerning Europe also has to be mentioned here. No studies regarding the programme 2014-2020 have been developed, nor any perspective for the 2020 strategy. This year, the election campaign is all about French topics – although in the meantime, there are many challenges to be faced on a European level.

ROGER TROPEANO is Chairman of Les Rencontres

Source : 2010LAB.TV

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Culture et territoires 2030

Dans le cadre du séminaire national du 18 octobre dernier « Culture et média 2030 : quelles perspectives territoriales ? », la FNCC a publié dans sa Lettre d’Echanges n°75 des réflexions et des contributions sur l’étude « Culture et Médias 2030 » réalisée par le Département des études, de la prospective et des statistiques du ministère de la Culture et de la Communication (DEPS). Nous publions ici le point de vue développé par Vincent Rouillon, rédacteur de la revue électronique de la FNCC.

Culture et Média 2030 identifie trois grandes mutations qui, chacune à sa manière mais aussi de façon conjuguée, déstabilisent le principe même d’une politique nationale de la culture. Pour autant, la vivacité de l’interrogation des chercheurs ne serait-elle pas en elle-même une manifestation de la légitimité d’une approche nationale des politiques de la culture, même si (et surtout si) leurs principales modalités sont territoriales ?

Déclin, débordement et désaffection de l’horizon national de la culture

Selon le DEPS, nos sociétés subissent trois grandes mutations : la globalisation, la mutation numérique et la modification des rapports entre l’individu et le groupe. Or, la globalisation (mondialisation des échanges et des centres de production) semble ouvrir un déclin de l’horizon national, la mutation numérique induit le débordement de cet horizon et la montée de l’individualisme ainsi que de ses corollaires communautaristes en signale une certaine désaffection. En somme, la production, la circulation et la fonction sociale de la culture ne feraient plus nation : elles ne participeraient plus (ou beaucoup moins) à l’identification d’un groupe d’individus partageant un certain nombre de valeurs sur un territoire commun et sous une gouvernance commune. Au contraire, elles instaureraient un monde fait de communautés éparses d’individus singuliers dominés par des forces économiques supra nationales insoucieuses de l’intérêt général. Rien là qui corresponde à l’autorité et à la compétence du ministère de la Culture, du moins tel qu’il s’est pensé jusqu’à présent.

Historiquement, notre ministère s’est donné comme mission principielle celle de la démocratisation culturelle. Un objectif que Malraux définissait ainsi : « Rendre accessibles au plus grand nombre les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France. » A quoi il ajoutait cette précision : le ‘‘plus grand nombre” évoqué ici est « le plus grand nombre possible de Français ». Le ministère porte ainsi, dès l’origine, une mission profondément nationale, et ce naturellement en lien avec une guerre qui avait violemment menacé l’unité, l’autonomie et l’existence même de la nation française.

C’est toute la force de la prospective du DEPS que de signaler au ministère dont il est pourtant l’un des organes le danger d’obsolescence qui, de ce point de vue, le guette dans les décennies à venir. Ce qui explique peut-être, par ailleurs, l’accueil circonspect qu’a reçu l’étude Culture et Médias 2030 au sein même du ministère et dans les structures dont il a la tutelle. Le déclin, le débordement et la désaffection de l’horizon national de la culture sont, de fait, des données tendancielles difficilement digérables pour un ministère ‘‘national’’ de la culture.

Territorialisation

Un autre enseignement de l’étude du DEPS concerne le rapport du ministère avec les territoires. En 50 ans, ce lien est passé de la centralisation à la déconcentration (les DRAC – on peut noter, de ce point de vue, que parmi les quatre scénarios chargés d’éclairer le ministère dans ses choix pour les prochaines décennies, trois entérinent leur disparition), puis à la décentralisation (avec en particulier les associations départementales et régionales).

Quelle pourrait être la quatrième phase ? Mis à part le premier scénario, appelé « l’exception continuée » (une sorte de statu quo évolutif du fonctionnement actuel des politiques culturelles nationales, sous le signe d’une décentralisation qui conserverait, voire renforcerait, le rôle centralisateur de l’Etat), les autres font entrevoir une évolution différente : la territorialisation.

En effet, si la globalisation renforce la concentration oligarchique de la production de biens culturels à un niveau international et donc impose une uniformisation planétaire de l’imaginaire, elle génèrera inévitablement des revendications de la différence et de la diversité qui, elles, fonctionneront à une échelle infra nationale. Ce qui implique notamment une validation des politiques de proximité dont les acteurs politiques majeurs sont les collectivités territoriales.

De même, la mutation numérique pourrait entraîner ce que l’étude appelle une « migration numérique » : « A partir de 2020, le tissu industriel se renouvelle de façon dynamique par les franges », via une multitude de projets associatifs et individuels disséminés sur le territoire. Certes, cette « démographie dynamique des entreprises culturelles » suppose un ensemble de règlementations (pour favoriser l’initiative de PME et TPE culturelles) que seul l’Etat est en mesure d’instaurer. Mais, par la force des choses, ce foisonnement opèrera de fait une ‘‘territorialisation” de la culture.

Enfin, la troisième mutation – celle de la montée de l’individualisme – se doublera d’une sorte d’individualisme collectif, c’est-à-dire de communautarisme (qui peut être associatif et/ou virtuel, ethnique, religieux, générationnel, ou opérant selon des convergences de centres d’intérêt politique, professionnel, etc.), dont une part sera d’ordre territorial.

Dès lors, l’appel récurrent à un approfondissement de la décentralisation (voir la Déclaration d’Avignon 2010 des associations d’élus) instaurant les conditions d’une réelle autonomie et reconnaissance des politiques culturelles territoriales et, réciproquement, conviant les pouvoirs locaux à prendre leurs décisions à l’aune nationale, semble étroitement correspondre aux grandes évolutions de notre société décrites par le DEPS.

Un Etat qui se pense lui-même

Bien entendu, l’étude du DEPS ne prétend pas deviner l’avenir. Elle se revendique même d’une prospective « exploratoire » et non « descriptive ». Elle envisage les décisions qui pourraient être prises et non une succession déterministe de données subies. C’est en cela qu’elle est politique et non scientifique.

Or cette prospective politique est celle d’un outil de recherche ministériel travaillant au bénéfice de son ministère et à celui de l’Etat. Pour ainsi dire, le déclin de l’horizon national et l’accroissement de la pertinence des échelons de proximité sont des perspectives décrites de l’intérieur, pour renforcer le rôle et la place de l’Etat dans la vie culturelle de notre société et non pour le mettre en péril ou prévoir son déclin. La question traitée est : quel peut être le rôle de l’Etat culturel dans un monde où l’horizon national est en déclin et où celui de la proximité semble promis à une pertinence accrue ?

L’un des éléments de réponse est peut-être celui-ci : de la même manière que l’actuelle crise économique exige le renforcement du rôle des Etats pour que s’édifie une gouvernance économique européenne fédérale dans laquelle leurs prérogatives seraient moindres, de même, les politiques culturelles nationales pourraient renforcer les conditions de leur territorialisation. Cette fonction d’accompagnement plus que de décision n’exprime pas un retrait de l’Etat mais, tout au contraire, le renforcement de ses fonctions de réglementation, d’incitation et d’encadrement de l’ensemble des acteurs culturels ainsi que de lui-même. Pour ainsi dire, seul l’Etat possède la légitimité et les compétences pour se penser lui-même, pour se recadrer, pour s’autolimiter au bénéfice d’une nation qui ne se définirait plus comme transcendant les particularités individuelles, communautaires et territoriales, mais comme organisant leur développement et leurs échanges artistiques et culturels.

Qui d’autre que le ministère de la Culture est en mesure d’assumer une telle fonction autorégulatrice ? La globalisation, par nature commerciale, ne peut penser au-delà de son intérêt propre. Les acteurs de la mutation numérique, eux non plus, ne sont pas en mesure d’exercer une pensée réflexive en vue d’un intérêt supérieur au leur. Pas plus que ne le peuvent les communautés et les individus par définition préoccupés d’eux-mêmes et non des autres communautés ou individus.

Quant aux collectivités, n’est-ce pas en lien avec l’Etat qu’elles ont aussi la légitimité de penser au-delà d’elles-mêmes, c’est-à-dire d’inclure l’intérêt local (communal, communautaire, départemental ou régional) dans le cadre d’un dessein plus vaste ? N’est-ce pas si elles sont ensemble, entre elles et avec l’Etat, que l’horizon national peut résister à son déclin, à son débordement et à sa désaffection ? Curieusement, l’inquiétude palpable générée par la lecture de Culture et Médias 2030 provoque, in fine, un optimisme dont on ne se sentait plus capable.

Vincent Rouillon

Rédacteur de la Fédération des collectivités territoriales pour la culture (FNCC)

Texte paru dans la Lettre d’Echanges n°75, revue électronique de la FNCC

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Programmes des forums régionaux « Culture pour chacun »

 

Voici les informations disponibles sur les forums régionaux organisés par les Directions régionales des affaires culturelles (Drac) dans la perspective du forum national qui se tiendra les 3 et 4 février 2011 sur le thème de Culture pour chacun.

  • Centre : le 17 décembre, à partir de 9h, au théâtre d’Orléans (salle Vitez). Un programme de cette matinée est en ligne. L’entrée est libre sur réservation (02 38 78 85 00) .
  • Champagne-Ardenne : le 1er décembre, à 14h, dans le hall Olivier Messiaen de la Drac, à Chalons-en-Champagne. Ce forum s’adresse aux partenaires institutionnels, collectivités, structures travaillant sur la démocratisation culturelle ou ayant un service de médiation en région Champagne-Ardenne. Un pré-programme est disponible. Contact : Christophe Poilane (christophe.poilane@culture.gouv.fr ).
  • Franche-Comté : le 3 décembre, à 10 h, dans la salle Malraux de la Drac, à Besançon. L’objectif de la réflexion est l’élargissement des publics touchés. La réunion des acteurs des secteurs culturel, socioculturel et politique permettra de rechercher une synergie opératoire. L’après-midi sera organisé en trois ateliers : Médiations et territoires, Médiations et publics et Nouvelles pratiques. Contact : Gianfranca Vegliante (gianfranca.vegliante@culture.gouv.fr )
  • Haute-Normandie : le 16 décembre, à 14h30, au Théâtre des 2 Rives à Rouen (Seine-Maritime). Après des présentations d’analyses et de projets culturels et artistiques, des tables rondes rassembleront des élus, des artistes, des programmateurs et des médiateurs. Ce forum est ouvert à tous. Le nombre de places étant limité, il est nécessaire de s’inscrire par courriel avant le 14 décembre auprès de la Drac (02 35 63 77 53 – veronique.taty@culture.gouv.fr ).
  • Provence-Alpes-Côte d’Azur : intitulé Démocratisation et pratiques culturelles à l’heure du numérique, le forum de la Drac Paca se tiendra le 15 décembre, de 10h à 13 h, aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône, à Marseille. L’inscription se fait en ligne. Contact : Anne Dufourg (anne.dufourg@culture.gouv.fr ).
  • Rhône-Alpes : le forum régional Culture pour chacun, action culturelle& éducation artistique, initialement prévu le jeudi 28 octobre est reporté au vendredi 10 décembre, de 9h30 à 13h15, aux Subsistances à Lyon (Rhône). Le nombre de places est limité, il est demandé de confirmer sa présence par courriel, avant le 6 décembre, auprès de Sandrine Dutreuil (04 78 30 37 73 – sandrine.dutreuil@les-subs.com ).

 

Source : ministère de la Culture et de la Communication.

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Frédéric Mitterrand reste ministre de la culture et de la communication

La nouvelle nous est parvenue cet après-midi, Frédéric Mitterrand va rester le locataire de la rue de Valois au sein du nouveau gouvernement Fillon suite au remaniement qui va être dévoilé ce soir par le Secrétaire Général de l’Elysée. Du coup, il est important de se pencher en détail sur le texte publié début septembre qui posait le cadre de ce que tous les commentateurs (et le ministre lui-même) ont qualifié de « révolution copernicienne ».

Vous trouverez un exemplaire de ce fameux texte dans notre box Ressources .

Créé par André Malraux avec l’objectif de démocratiser la culture (les fameuses mais dépassées maisons de la Culture), cette exception française qui a été copiée depuis, a mué. Devenue la maison des artistes sous l’ère Lang, elle est désormais celle des industries culturelles et créatives et Frédéric Mitterrand l’assume sans ambiguïté. Sa mission prioritaire est désormais « d’accompagner les mutations considérables que connaîtra la création artistique avec l’essort du numérique et le poids grandissant du marché ». Tout est dit avec ces deux mots « numérique » et « marché ». La culture n’est plus simplement ce supplément d’âme dans un monde de chiffres, mais un secteur d’activité économique à part entière. Ce n’est pas un scoop, loin de là. Nous reviendrons en détail sur cette nouvelle ère qui s’annonce car si ce texte que nous qualifierons de « fondateur » constitue une nouvelle doctrine en matière de politiques culturelles, il se garde bien de ne pas traduire (pour le moment) le changement de logiciel qui est en train de s’opérer et qui se prépare depuis de longs mois. Moralité, c’est une nouvelle guerre de tranchées qui a déjà commencé durant laquelle chacun s’efforcera de ne proposer aucune solution d’avenir, trop occupé à mener le combat sur le terrain idéologique. Nous en voulons pour preuve la réaction des sections CGT-CFDT-FSU (Drac Stap Pays de Loire) du 11 octobre dernier :  « Au delà d’un contexte social tendu qui ne facilite pas les rencontres, un certain nombre d’éléments amènent et inclinent l’intersyndicale Drac/Stap des Pays de la Loire (CGT,CFDT, FSU) à ne pas souhaiter rencontrer malgré leur proposition, le secrétaire général du ministère et des membres du cabinet ce vendredi 15 octobre lors de leur venue en Drac des Pays de la Loire .

En premier lieu sur le plan social, peut-on continuer à entretenir dans ce ministère, que ce soit à l’échelon central ou local, un dialogue social en trompe l’œil cumulant arguments technocratiques abscons, propos démagogiques et parole apaisante, le tout sans perspective et sans objectif.
Ensuite sur la plan culturel, comment comprendre que soit mis en avant le nouveau concept de «la culture pour chacun » en lieu et place de la culture pour tous, ce qui loin de prôner une démocratisation culturelle, fondement du Ministère depuis Malraux, le situe dans l’ère du temps où toutes les cultures se valent, chacun devant recevoir ce à quoi son appartenance sociale ou communautaire lui donnera droit, l’exigence culturelle étant maintenant assimilée à de l’intimidation sociale.
Et enfin, sur un plan général, il y a la réforme de l’ Etat, RGPP1 et RGPP2, et sans doute RGPP3 qui, loin de situer l’agent et encore moins l’usager au cœur des réformes de l’Etat, n’ est qu’une entreprise idéologique de démantèlement et à terme de délabrement du service public relayée au niveau local sans états d’âme.
Dans ce contexte synthétiquement dressé, les représentants du personnel ne veulent plus participer au jeu de dupe d’un pseudo échange avec des représentants ministériels qui, oin de n’être que des exécutants, vont jusqu’à justifier avec zèle les termes d’une politique sans âme. »

 

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A propos du PAP 2011

La nuit dernière (0h17 s’il vous plaît), Jean-Michel Lucas et le Doc Kasimir Bisou nous ont fait le plaisir d’une livraison pétillante : une analyse ultra concise du volume « Culture » des Projets Annuels de Performance (PAP), annexe au projet de loi de finances pour 2011. Impossible de rester indifférent à cette nouvelle contribution au débat sur l’avenir de la culture dont les politiques sont plus que jamais en besoin de régénération. Rien de mieux pour démarrer le dimanche en fanfare.

 

 

Bonjour à tous,

puisque dix pages, c’est toujours trop long à lire, le Doc Kasimir Bisou tente la formule twitter améliorée en 78 lignes sur le PAP2011 coté culture :

« Certains d’entre vous se rappellent peut être que dans mes articles sur la LOLF et le PAP de la mission culture, (notamment sur irma.fr) j’avais forcément ironisé sur cet indicateur stupide qui voulait que la BNF soit évaluée par le taux de satisfaction des 1500 passants à qui on demandait s’ils étaient « satisfaits » de la noble institution. L’ironie s’imposait car légitimer 507 000 euros d’argent public par jour par la simple « satisfaction » du premier venu avait un coté « j’m’enfoutiste » qui aurait dû choquer même les rédacteurs les plus obtus des PAP de la LOLF !

(j’en connais encore qui ne savent pas ce qu’est le PAP, projet annuel de performances, qui reste le document nécessaire pour que le ministère de la culture obtienne des crédits du Parlement, ce qui n’est quand même pas négligeable dans une démocratie dont la force vient aussi de son formalisme.)

En lisant le PAP 2011, j’ai constaté que je n’aurai malheureusement plus le plaisir d’ironiser !! Car, enfin, c’est fait : cet indicateur (de la stupidité évaluative) a disparu.

Vous pensez peut être que je tire un peu de fierté de cette disparition aussi définitive que discrète !! Loin de moi cette pensée car  dans le PAP 2011, la situation éthique de la BNF est encore pire que ce que je pouvais imaginer !

En effet, la Bibliothèque Nationale de France a changé de mission publique : elle a disparu de la mission « Patrimoine » ! En tout cas, elle n’est pas revendiquée par l’Etat comme le lieu protecteur du  patrimoine écrit universel pour l’Humanité, dont les vertus émancipatrices mériteraient à la Malraux un apport d’argent public permettant de couvrir un cout  atteignant maintenant 514 000 euros par jour !!). Aucune chance d’imaginer cet argument ! Non, pour ce prix là, il faut être sérieux et faire dans le lourd : la BNF est donc maintenant intégrée à la mission ‘médias livre et industries culturelles » qui n’a qu’une vérité : faire face à la compétition marchande des cultures !

Les premières lignes du PAP 2011 pour cette mission (programme 180) ne mentent pas : la vérité publique n’est plus dans l’œuvre à valeur universelle, elle est dans la concurrence :
« Dans un environnement de plus en plus concurrentiel et marqué par d’importants bouleversements technologiques, les défis auxquels les médias, le livre et les industries culturelles doivent faire face sont nombreux. Le passage au numérique, la modification des modes de consommation, la concurrence internationale accrue et les besoins nouveaux
de l’audiovisuel public sont autant de gageures auxquelles les différents bénéficiaires des crédits de la mission « Médias, livre et industries culturelles » auront à répondre dans les trois prochaines années. »

page 8, signé François Fillon et Frédéric Mitterrand, excusez du peu !

Je le sais déjà : les lecteurs de Frédéric Martel et de ses amis politiques me diront, eux aussi, que c’est la voie du réalisme : la culture, ses acteurs comme ses objets, doivent rapidement s’affronter à la compétition culturelle imposée par tous les marchands du monde. et quand  on lit ces vérités sur la puissance du marché pour l’avenir de la culture, on se croirait effectivement ( private joke pour les « personnes » habitant la communauté urbaine bordelaise) dans un colloque sur la « Ville Créative » dont même plusieurs villes de gauche sont friandes!

Sans doute, peut-on considérer qu’il est pragmatique de se concentrer sur la vente des services culturels pour qu’ils deviennent  des armes de l’attractivité du territoire, c’est-à-dire rien moins que des munitions de la guerre culturelle de tous contre tous ! C’est une éthique comme une autre, mais est ce bien raisonnable pour les autorités politiques de réduire leur ambition culturelle à cet exercice de vendeurs, agressifs quoique artistiquement rayonnants, de services culturels compétitifs, comme si l’enjeu culturel n’était qu’un enjeu de secteur économique ?

On aurait préféré que les  rédacteurs du PAP  soumettent cette « éthique du rentable » à l’impératif culturel premier pour la responsabilité politique, à savoir la construction du  vivre ensemble de cultures à facettes multiples, nécessairement solidaires les unes des autres en tant que contribuant chacune à la construction de l’Humanité…  Sans se contenter d’inverser la donne en mettant le marché en premier et, à la traine, les valeurs culturelles. On comprendrait mieux si les députés rappelaient que la construction de l’Humanité, avec  l’extraordinaire hétérogénéité des libertés ( Amartya SEN) qui l’enrichit, ne pouvait se réduire à transformer la BNF en concurrent de Google ! Car j’ai  bien lu page 9 du programme 180 :« Le budget de la Bibliothèque Nationale de France sera recentré sur ses missions stratégiques et notamment la mise en place d’une bibliothèque numérique de référence ».

Pour penser le futur  du monde dans ses complexités interculturelles, il  n’y aurait rien eu d’indécent à considérer que l’enjeu culturel national relevait d’abord de la nécessité de revendiquer le « respect de droits culturels » des personnes, comme premier des droits humains, pour mieux élaborer, à chaque échelle de territoire, la part de culture commune qui rend la vie ensemble vivable.

C’est manqué, c’est cruel car cette éviction de l’éthique culturelle humaniste se lit dans un texte où l’exécutif soumet ses intentions politiques aux élus de la nation, donc dans un texte qui devrait faire honneur à la démocratie dans son formalisme salvateur.

A vrai dire, tout ceci n’a pas d’importance car le PAP qui engage la république n’est lu par personne. Trop long et trop copieux et moins rigolo que le « Mainstream » de Martel qui sait, lui, nous distraire en nous donnant même la couleur des triporteurs de Mumbai ( jaune et noir page 237).

Pourtant quand le PAP 2011 se vante de développer une « nouvelle politique de la lecture publique » pour annoncer que l’Etat y consacre 31,5  millions d’euros ( en cherchant bien)  alors que la vérité du texte est de recycler la BNF  en concurrente de Google bis pour une somme totale de 206 millions d’euros, on se dit que le rédacteur s’est un peu perdu dans la hiérarchie des arguments !!

Mais comme on n’a pas le temps de tout lire, me disait récemment un député d’opposition, le PAP ne prend guère de risque à manier la langue de bois. Tant pis pour le débat public, tant pis pour la démocratie, tant pis pour l’éthique de la politique culturelle.

Comme vous ne trouverez pas le PAP  culture sur le site du ministère ( que je n’ose plus appeler)  de la culture, je vous mets en fichier joint le texte des deux missions évoquées. A lire comme le roman d’une démocratie à l’éthique torturée !!!

Quant au genre twitter, ce n’est pas encore pour aujourd’hui, mille excuses,

A la prochaine fois, peut être aux « Métallos » le lundi 11 octobre, avec une rencontre sur « la bataille de l’imaginaire » et un rappel des enjeux de l’éthique de la dignité comme fondement pour reconstruire une politique de la culture en société de liberté.

Bien respectueusement pour ceux qui ont été jusqu’au bout
le doc KB et Jean Michel Lucas

 

Pour prendre connaissance du PAP Culture 2011, vous pouvez télécharger ses deux volumes dans notre Box Ressources.

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Politiques et pratiques de la culture

Une fois franchi, en 2009, le cap symbolique du cinquantenaire, une phase de réformes profondes s’est ouverte pour le ministère de la Culture, que la stricte application des principes de la LOLF et de la RGPP a résolument placé au premier rang de la réforme de l’État. Dans un contexte de transformations accélérées du champ culturel, cette mutation administrative soulève l’interrogation récurrente sur le rôle des politiques publiques de la culture. Au-delà d’une perspective purement institutionnelle, l’étude des politiques et des pratiques de la culture, qui mobilise l’histoire, la sociologie et l’économie, nourrit le débat sur les spécificités du « modèle culturel français ».

  • Introduction (Philippe Poirrier)
  • Les politiques culturelles : de nombreux acteurs
  • La construction historique de l’État culturel (Philippe Poirrier)
  • Focus : La démocratisation culturelle : une évaluation à construire (Jean Caune)
  • Le ministère de la Culture au fourneau des réformes (Claude Patriat)
  • Focus : Les échanges culturels extérieurs, réseaux et acteurs (Alain Lombard)
  • L’effort public pour la culture (Jean-François Chougnet)
  • Focus : Culture et management (Xavier Dupuis)
  • Mécènes et pouvoirs publics : des relations ambivalentes (Sabine Rozier)
  • Les collectivités territoriales et la culture : des beaux-arts à l’économie créative (Philippe Poirrier)
  • Focus : Les enjeux des intercommunalités (Emmanuel Négrier)
  • Domaines des politiques culturelles
  • Le patrimoine (Pierre Moulinier)
  • Les archives (Vincent Duclert)
  • Les musées (Frédéric Poulard)
  • Focus : Les centres d’interprétation du patrimoine (Serge Chaumier)
  • Le théâtre et les spectacles (Emmanuel Wallon)
  • Focus : Les chiffres du spectacle vivant (Emmanuel Wallon)
  • Des politiques et des musiques (Anne Veitl)
  • Focus : La danse (Marianne Filloux-Vigreux)
  • Les politiques de soutien au marché de l’art (Alain Quemin)
  • Les bibliothèques (Anne-Marie Bertrand)
  • Politiques publiques et industries culturelles : les enjeux (Philippe Bouquillion)
  • Focus : L’audiovisuel public et la culture (François Jost)
  • Enjeux économiques et sociaux
  • Sociologie des pratiques culturelles (Olivier Donnat)
  • Focus : Les publics des festivals (Emmanuel Négrier, Aurélien Djakouane)
  • Industries culturelles, mondialisation et marchés nationaux (Françoise Benhamou)
  • Focus : Les biens culturels, une exception économique ?
  • Les médias et la vie culturelle
  • Focus : Les enjeux de la révolution numérique (Emmanuel Hoog)
  • Emploi artistique et culturel et formations (Jean-Pierre Saez)
  • Les professions culturelles : un système incomplet de relations sociales (Pierre-Michel Menger)
  • Un modèle en question
  • Politiques culturelles : les enjeux de la diversité culturelle (Serge Regourd)
  • L’éducation artistique (Emmanuel Wallon)
  • Les politiques culturelles en Europe : modèles et évolutions (Pierre-Michel Menger)
  • Pour une politique culturelle européenne ? (Anne-Marie Autissier)
  • Quelle politique culturelle pour une société créative ? (Xavier Greffe)

Philippe Poirrier (dir.), Politiques et pratiques de la culture, Paris, La Documentation française, 2010, 304 p.

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/catalogue/9782110081452/index.shtml

Sources : Philippe Poirrier et La documentation française.

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Pourquoi je suis de gauche et j’aime l’appel au secteur privé

Photo Michael Zumstein / Agence Vu

Un de nos membres a souhaité réagir à propos d’un commentaire déposé par un intermittent du spectacle sur lesinrocks.com, suite à un article qui faisait état de la mobilisation des professionnels de la culture à Avignon. Au regard du contexte actuel particulièrement tendu du secteur, l’auteur a choisi de publier son article anonymement afin de ne pas connoter le débat par la seule indication de son nom et de ses fonctions.

La réforme territoriale, le désengagement de l’Etat : des sous ! Des sous ! Et les sous de tous les français, s’il vous plait, car nous, nous  travaillons pour le Bien Public, dans l’Intérêt Général, on nous le doit, ce fric, et l’argent privé, celui des entreprises, ne fait que des trucs nuls, les pays qui ont un autre système que le notre sont aussi des nuls!

Les professionnels du spectacle ne sont pas unis, car entre l’intermittent qui répond sur le blog et le directeur de l’Opéra de Paris, il y a un océan, mais tous deux diront la même chose :

  • On veut être libre de nos choix  (de créer, de programmer, de mette en scène, etc…)
  • On veut aussi que nos « tutelles », qui le seront donc le moins possible, nous accordent le droit de la prise de risque, dans ces choix. Autant dire d’échec possible.

Cinquante ans que ce système existe, mis en place par l’Etat puis copié par les satellites ( Communes puis département et enfin les Régions, plus jeunes).

Constat au bout de 50 ans :

1 – Tout le monde cotise pour la culture, paye pour la culture, la résidence d’artiste, la prise de risque du  metteur en scène, mais le chômeur de Mende a juste une chance sur 100 millions de bénéficier d’un abonnement à l’Opéra.

2 – Un jeune sur deux dit ne pas vouloir aller dans un musée, et sait motiver son refus : parce qu’on s’y ennuie, parce que ce n’est pas bien, parce qu’il préfère autre chose…(cf étude J et Sport 2006).Et ce, malgré trente bonnes années de collaboration et d’efforts financiers entre la culture, les musées et l’éducation nationale.

3 – Les plus déshérités, par l’isolement, la pauvreté, le handicap, sont très loin de fréquenter régulièrement les grands festivals du pays, très loin aussi d’aller de temps en temps dans les musées, les CDN, ou d’étudier 3 ou 5 ans dans les écoles d’art (cf étude 2003).Les expériences pour les « attirer » deviennent d’ailleurs de plus en plus pathétiques, au vu des moyens consacrés par rapport au budget culturel global du secteur public .

Le système de culture publique, quasiment soviétique, qui ne repose que sur la foi de lendemains meilleurs, « Continuons ainsi, on finira bien par démocratiser, dit-on chaque jour pour faire patienter les cotisants…» est tout de même la Bible partagée de l’intermittent et du directeur de l’Opéra.

Et l’Amérique ?

N’a-t-elle pas de bons artistes ? De bons musées ? De bons cinéastes ? De bons écrivains ? Et le Royaume-Uni ? Sa production artistique est-elle nulle, mauvaise? Ses lieux cultuels sont –ils rasants, vides, insipides ? Eh bien non.

Aucun autre système culturel, dans le monde, n’est financé, comme en France, par l’ensemble des contribuables, (L’URSS autrefois ? ). Même si, dans ces pays les financements publics existent aussi, mais ne prennent pas la même forme (celle de subventions directes et souvent reconductibles). Simplement, les professionnels de la culture, ailleurs,  acceptent le jeu des acteurs «  Si j’ai de l’argent public je dois avoir une fréquentation optima ») ainsi que l’évaluation de leur travail.

Cette Culture que le monde entier nous envie !

En France,  nous avons une expression fétiche : « Cette Culture, mais aussi cette  Justice, Médecine, Université, Education nationale…, au choix) que le monde entier nous envie !»

Et  oui, évidemment, et on comprend pourquoi : nulle part ailleurs les professionnels ne sont aussi gâtés, petites corporations qui se tiennent les coudes à l’abri de l’Intérêt Général, leur parapluie préféré, et qui, au quotidien, ont droit à l’erreur, à prendre des risques, à revendiquer des tutelles les plus légères possibles, une fois l’argent et les moyens alloués, ou à échapper à l’évaluation, à considérer qu’une forte fréquentation est suspecte, à un régime spécial de chômage, ou  à imposer à 200 000 habitants leur thèse de troisième cycle sous forme d’expo temporaire, avec le vocabulaire qui va avec ! Thèse ou encore leur auteur-fétiche, leur petite passion perso, mais « C’est l’avenir qui jugera de ma valeur,  comme pour les Impressionnistes ! » Autre expression-paravent sacrée, avec celles du Bien Public et  de l’Intérêt Général, celle, plus romantique, de l’artiste maudit, le producteur maudit, etc.. .

Dans le milieu professionnel de la culture, on revendique le cool, mais on accepte mal le jugement du peuple (démagogie, populisme). C’est symptomatique, on fustige même ce qu’il mange, comme cette phobie anti Mac Do, la nourriture des plus pauvres d’entre-nous, pourtant. (Au passage : Mac Do a  remplacé le Coca Cola d’autrefois). Ou ce qu’il aime (Block busters du cinéma).

Les jugements qui comptent : comme on « enseigne » et on « fait découvrir » aux plus pauvres, on ne peut attendre d’eux un jugement.  Seul le jugement de ses pairs compte, avec qui on fait un match permanent du « Je suis meilleur que toi ! ». A la rigueur, on veut bien faire un deal en acceptant un compromis (un artiste, un producteur…) avec l’Etat, et l’un de ses chouchous imposés, car l’Etat reste le seul juge, prestigieux dans un CV, une conversation entre amis. L’Etat est le Garant de l’Intérêt Général, on y reviendra.  Mais pas plus….

Les entreprises ? Satan ! Les mécènes ? Tous des riches, donc des ripoux ! Exit donc le jugement du peuple, des plus pauvres et celui des entreprises… Nous sommes des professionnels, nous savons ce qui est bon pour vous, même si vous ne le savez pas, et basta ! La preuve ? Notre public habituel, les profs et, en général, toute la bonne petite bourgeoisie qui s’abonne dès l’ouverture de la saison  théâtrale,  nous suivent! Vous avez dit élitiste ?

Attendons ! Attendons, tout cela va porter ces fruits, cette profusion, tous ces moyens, ces conditions de travail super, cette liberté, ces subventions, cette absence d’évaluation qui pourrait devenir une sanction. La démocratisation va bien arriver un jour, non  ???

OK, mais SEULEMENT si on change ces pratiques corporatistes et si on réfléchit au lieu de réciter un catéchisme, si on redonne la parole aux élus, parce que ce sont eux, en démocratie, qui représentent les gens. Si on se contente de l’intérêt commun, sans invoquer l’Intérêt Général et la République, car le Pen est républicain et Sarkozy aussi. Fermons les parapluies et regardons le chantier.

Par où commencer, d’ailleurs ?

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A propos du Conseil pour la Création Artistique

Le 19 février dernier, un article du journal Le Monde a particulièrement attiré notre attention. Intitulé « Faut-il accepter l’argent du conseil piloté par Marin Karmitz ? », l’article traitait principalement de deux questions : 1) du caractère éthique et moral du fait que certains bénéficiaires du soutien financier du CCA y siègent également, pointant ainsi leur position de juge et partie, position qui, dans le pays où le cumul des mandats est une « tradition républicaine », ne serait dans la culture ni une pratique courante, ni une pratique acceptable… ; 2) de la provenance des crédits mobilisés pour financer le CCA, crédits dont les détracteurs du CCA sont certains qu’ils ont été ponctionnés sur le budget du ministère de la Culture et de la Communication.

C’est dans sa réponse à la question sur la mobilisation budgétaire du ministère de la Culture et de la Communication, qu’une phrase de Marie Descourtieux, secrétaire générale du CCA, mérite que l’on s’interroge : « nous n’avons pas encore de personnalité juridique, donc l’enveloppe de 2010 transite par le budget de la culture. Mais c’est un crédit supplémentaire. »

Si sur le fléchage et la mobilisation du financement, la discussion est très vite expédiée par Marie Descourtieux (les fonds proviendraient en fait du Haut Commissariat à la Jeunesse), c’est sur la mention du caractère temporaire de l’absence de statut juridique du CCA qu’il convient effectivement de s’attarder en profondeur car c’est peut-être là que ce révèle pour la première fois la vraie vision politique de la réforme des politiques culturelles et de leur ministère, ministère qui fêtait il n’y a encore pas si longtemps son cinquantenaire dans l’apathie la plus totale.

C’est en effet en dehors de tout discours politique et idéologique que la réforme peut se décrypter, dans cette phrase de Marie Descourtieux qui est tout sauf anodine. En termes de pédagogie de la réforme, c’est plus que faible mais cela a surtout le très grand avantage d’éviter une confrontation directe sur le vrai sujet avec les professionnels de la culture des secteurs publics et privés, professionnels qui sont dans un état de préoccupation et de faiblesse jamais atteint jusqu’à présent.

Disons-le tout net, c’est un tournant qui est en train de s’opérer pour la politique culturelle à la française, tournant sur le plan de sa doctrine et de son esprit depuis la création du ministère, tournant stratégique et opérationnel qui compte tenu de la feuille de route fixée par la RGPP (et des conditions dans lesquelles celle-ci se met en oeuvre) mériterait que les véritables objectifs soient clairement expliqués et débattus.

On peut être d’accord ou pas sur le fait que c’est une part des prérogatives du ministère de la Culture et de la Communication qui sont données au CCA sur « simple » décision élyséenne (ce n’est évidemment pas aussi simple) mais personne n’a relevé que cette phrase de Marie Descourtieux contient toute la problématique : attribuer un statut juridique au CCA. Quel que soit ce statut, c’est donner au CCA une existence distincte de celle du ministère. Personne ne s’interroge aujourd’hui sur les conséquences et sur le sens d’une entité juridique distincte du ministère du la Culture et de la Communication qui bénéficierait de fonds qui ne sont pas inscrits dans la loi de programmation budgétaire de l’Etat.

Locomotive ou laboratoire de la création et de l’innovation culturelle en France ou pas, on peut voir l’émancipation du CCA sous l’angle franco-français où l’Elysée cherche à satelliser au plus près du pouvoir central des marges de manoeuvres signifiantes et significatives extraites des lourdeurs administratives des ministères ; mais on peut aussi voir que le CCA prend la tournure d’une entité juridique séparée d’une administration centrale, à la manière de l’Arts Council of England ou du National Endowment for the Arts aux Etats-Unis.

Comme rien ne filtre ou presque du CCA, le monde culturel est particulièrement à l’affût de ce qui s’y prépare, les syndicats allant par exemple jusqu’à dénoncer une « ministère de la culture bis » qui déposséderait à terme l’actuel ministère d’un certain nombre de ses missions régaliennes, une sorte de réforme déguisée pour contourner la difficulté du ministère à se réformer et pour à terme le faire disparaître. Il est clairement reproché au CCA d’être l’instrument d’une tentative d’inversion des rapports entre institution et professionnels du secteur, au profit de l’Elysée. Mais est-ce vraiment cela dont il s’agit au fond ? C’est tout à fait possible puisque ce qui est visible pour le moment n’est qu’instrumentalisation de l’institution par le politique. Or ni la rue de Valois, ni l’Elysée, ni Bercy, ni le CCA ne se sont vraiment expliqués sur la genèse d’une telle initiative, nous pensons évidemment à ce qui est malheureusement absent des discours et des communiqués de presse, c’est-à-dire à une pédagogie de la réforme du modèle, la proposition d’un projet sociétal qui ne se contente pas de dire que tout ce qu’on tente d’y faire est historique mais qui essaie de contribuer à ce que l’institution soit en phase avec la société.

Pourquoi cette pédagogie est-elle présente dans d’autres secteurs économiques et absente du secteur culturel ? Est-ce par peur du conflit, par mépris, par manque de compétence, par absence de vision politique ou parce que réformer la culture et l’institution culturelle est considéré comme impossible ? 
On peut toujours dire que réformer le secteur culturel est voué à l’échec comme l’expression d’une certaine fatalité bien connue mais le fait est que le sujet est ultra sensible car il touche au cœur du modèle sociétal français, modèle qui évolue à la marge avec son temps mais dans des temporalités différentes pour le citoyen, l’acteur culturel, l’institution ou le responsable politique. 
Sans un certain nombre d’explications, il est impossible (même avec la meilleure des bonnes volontés) de déceler le bien-fondé du CCA et du mouvement auquel il participe. On doit pour le moment se contenter de lire entre les lignes, dans un climat qui n’est pas propice au débat contradictoire.

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RGPP 3

Le 3ème rapport d’étape sur la mise en œuvre des décisions de la révision générale des politiques publiques (RGPP) a été publié cette semaine. Il rend compte de l’avancement de la réforme engagée en juillet 2007, ministère par ministère. Le système de feux tricolores adopté lors du premier rapport d’étape permet de rendre compte, mesure par mesure, de l’état d’avancement de la réforme au moment de la publication du rapport. Le feu est vert lorsque toutes les conditions sont réunies pour atteindre les résultats escomptés dans les délais prévus. Un feu orange caractérise un projet de réforme en retard ou présentant des difficultés techniques qui appellent des mesures spécifiques. Le feu est rouge lorsque la réussite d’une mesure est compromise et appelle aussi des mesures correctrices.

En ce qui concerne le ministère de la Culture et de la Communication, ce nouveau rapport d’étape rappelle tout d’abord la doctrine :

« Les réformes décidées s’articulent autour de 2 axes :

  • La réorganisation des administrations du ministère doit permettre de mieux piloter les opérateurs et de repositionner les services centraux sur leurs grandes missions stratégiques au service des patrimoines, de la création et de la diffusion. Elle participe au non remplacement d’un départ à la retraite sur deux. La réforme prend en compte la révolution numérique, son impact sur le développement de nouvelles offres et sur les industries culturelles. Elle passe également par la prise en charge plus efficace des enjeux juridiques et économiques de la création et de la culture.
  • L’amélioration de l’efficience de la politique culturelle poursuit l’objectif de mieux utiliser les ressources. Elle concourt à réaliser des économies au sein du ministère, grâce à une plus grande sélectivité des interventions. Une meilleure affirmation des priorités est nécessaire, que ce soit en matière de patrimoine ou de création, de grands projets ou de dépenses fiscales, avec pour objectif d’améliorer l’effet de levier et l’impact de chaque intervention. »

Ensuite, le rapport fait un rapide point sur « ce qui a déjà changé » :

  • «  La réorganisation de l’administration centrale du ministère de la culture et de la communication, effective depuis le 13 janvier 2010, offre une plus grande lisibilité et une meilleure capacité de pilotage des politiques culturelles, tout en améliorant le fonctionnement des services. Historiquement exercées par dix directions, les activités du ministère sont recentrées sur quatre entités : un secrétariat général rénové et trois grandes directions générales (Patrimoines, Création artistique, Médias et industries culturelles).
  • Dans le domaine de l’archéologie préventive, l’offre concurrentielle a été renforcée par l’agrément de 80 structures. De la même façon, l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) a désormais la possibilité de recruter des agents sur des contrats de droit public, pour la durée d’une opération de fouilles, dans le but de faire face à des surcroîts exceptionnels d’activité.
  • Un nouvel établissement de référence en matière de culture scientifique et technique, « Universcience », a été créé au 1er janvier 2010. Issu de la fusion entre la Cité des Sciences et de l’Industrie et le Palais de la Découverte, il bénéficiera d’une visibilité internationale accrue et d’un rôle de tête de réseau au niveau national, tout en dégageant des synergies entre les deux établissements d’origine. »

Passons sur le point sur la mise en concurrence des architectes en chef des monuments historiques qui est effective depuis juin 2009 et qui a au moins le mérite de clarifier une situation qui était devenue intenable plus longtemps.

Le rapport poursuit sur « ce qui va changer dans les toutes prochaines semaines »

  • « La cohérence et l’efficacité de la politique culturelle en région seront renforcées par la généralisation des projets de service au sein des directions régionales des affaires culturelles. Cette démarche permet notamment de garantir les bénéfices attendus de l’intégration des SDAP (Services départementaux de l’architecture et du patrimoine) au sein des DRAC (Directions régionales des affaires culturelles).
  • La maîtrise d’ouvrage des travaux engagés sur les bâtiments de l’Etat va être renforcée. Un nouvel établissement public, issu de la fusion du SNT et de l’EMOC (Service national des travaux – Etablissement public de maîtrise d’ouvrage des travaux culturels), sera créé au cours du premier trimestre 2010.
  • Les concertations sur le spectacle vivant vont se poursuivre au travers de conférences régionales. Regroupant les représentants des principaux acteurs locaux du spectacle vivant, ces conférences permettent de définir et partager une priorisation des interventions culturelles ».

Enfin, le rapport termine sur les indicateurs « rouge-orange-vert » d’avancement de la réforme :

  • Les quatre mesures visent à moderniser l’organisation du ministère

  • Les douze mesures pour une meilleure efficience de la politique culturelle

Pour télécharger le rapport, cliquez ici.

Source : la documentation française.

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Entretien avec Jean-Michel Lucas

PFA l’occasion de ses Assises, la Plate-forme interrégionale d’échange et de coopération pour le développement culturel (association regroupant les associations culturelles régionales) a invité Jean-Michel Lucas dans le cadre d’un colloque intitulé “La nouvelle gouvernance des politiques culturelles : place et rôle des organismes régionaux”. L’entretien qui suit faisait partie des documents remis aux participants.

« Les politiques de la culture sont passées du principe de la démocratisation culturelle (en réalité une politique “élitiste” voulant faire partager à tous le “meilleur”) à celui du développement culturel. Le passage à l’objectif dit de la “diversité culturelle” – et, pour ma part, je préfère parler des “droits culturels des personnes” – ne se dessine toujours pas. Souvent d’ailleurs, le mot diversité est utilisé à faux, avec beaucoup de crainte, de rejet, presque de haine…

Comment mettre en œuvre ces droits culturels ?

Il suffirait que la politique culturelle revendique la mission politique de veiller aux conditions de possibilité d’une confrontation permanente du sens et des valeurs des identités culturelles des uns et des autres.

Quel impact sur la culture peut avoir la réforme Balladur ?

En lui-même, l’objectif de la réforme Balladur est légitime. Et puisque les territoires sont remis en question, il y a donc une certaine opportunité à tenter d’opérer aujourd’hui un recentrement des politiques liées aux enjeux culturels sur leur finalité proprement politique et pas seulement sur les enjeux sectoriels ceux des différentes disciplines artistiques. Malheureusement, le rapport Balladur reste silencieux sur l’enjeu numéro un de l’action publique liée à la culture : il ne définit pas ce que signifient les termes de “culture”, de “création” et de “patrimoine” de telle façon que les actions des décideurs puissent s’organiser de manière claire, au titre de l’intérêt général.

Avant, Malraux définissait la culture comme ce qu’il y a de meilleur dans le génie humain (après quoi, il faut savoir qui décide le “meilleur”…, et là les problèmes apparaissent !). Mais cela avait du sens, cela avait de l’allure ! Aujourd’hui, les politiques préfèrent plaider le rayonnement de la culture, l’attractivité du territoire, l’emploi, l’économie créative ; en somme, la “culture utile” plus que la culture comme nécessité visant à forger des récits communs, à donner sens et valeurs “ensemble” à chaque échelle de territoire. Pour retrouver une dimension spécifique à la politique de la culture, il faudrait penser différemment les enjeux, et choisir de reconnaître les droits culturels des personnes au sein de la société de liberté pour  mener une politique culturelle dont le sens politique serait l’émancipation. Et c’est une idée formidable pour les élus car elle conduit non pas au repli identitaire comme on le dit aussi souvent que bêtement, mais au contraire à la nécessité politique de favoriser les interactions culturelles entre les personnes ! C’est une idée qui porte à la fois des exigences de respect des personnes et de leur dignité, premier des droits de l’homme, mais tout autant l’impératif de confrontations des représentations du monde. Mais cette idée ne passe pas ! Dès lors, sans définition claire, chaque décideur agit comme il l’entend, dans son coin! Il n’y a plus d’universalité concevable de la place de la culture dans une société de liberté…

Il faudrait que nous nous réunissions pour dire ce qu’est l’universalité de la culture dans une société qui reconnaît la liberté des personnes. La Plate-forme interrégionale pourrait contribuer à ce travail de refondation du sens, et pas seulement des modes de gestion de l’administration culturelle. Cela étant, la réflexion sur le sens relève essentiellement du politique. Là, la FNCC a toute sa légitimité. Mais elle pourrait s’appuyer sur la Plate-forme, car les lieux de réflexion, de confrontation, de concertation ne sont pas si nombreux. Quoi qu’il en soit, on ne peut délibérer sur la pertinence de la clause de compétence générale sans ce travail préalable sur l’idée d’universalité de ce que doit être une politique culturelle.

On dit que la culture unifie alors qu’elle divise…

Ici, une solution philosophique et pratique se trouve dans le rapport canadien Bouchard/Taylor (un texte qui m’a beaucoup impressionné). Ce rapport évoque une société de liberté, qui prend en compte le fait que chacun a des “raisons profondes”, que personne ne peut dire que ces raisons ne sont pas bonnes, pas même un élu, tant que la personne n’outrepasse pas les droits de l’homme. Il y a nécessité de prendre ces raisons en considération, d’avoir du soin pour les autres et être attentifs à la manière dont ces personnes vivent leur rapport à la règle commune indispensable pour vivre ensemble.

Il faut donc s’appuyer sur le dialogue interculturel…

Je préfère le terme de confrontation des cultures à celui de dialogue des cultures. L’enjeu du politique est d’organiser cette confrontation pour nourrir les interactions culturelles et veiller à proposer les accommodements adaptés et négociés de la règle commune. La politique publique en régime de liberté prend les personnes comme elles sont, et soutient les dispositifs qui dans ‘‘l’espace public’’ nourrissent les confrontations. Cette idée ouvre de vastes espaces de légitimité à la politique culturelle ! Hélas, elle n’est pas entendue et on continue à considérer la culture comme un ensemble d’objets produits par des forces professionnelles (et un peu par des amateurs) appelées ‘‘secteur culturel’’, composées d’acteurs culturels et d’opérateurs culturels. Pour moi, c’est là une vision proprement antipolitique. Il suffirait de prendre au sérieux la Déclaration universelle sur la diversité de l’Unesco de 2001 ou la convention sur le Patrimoine immatériel de 2003 pour redonner du souffle aux interventions publiques culturelles.

L’avenir de la culture passe-t-il par les Régions ?

Il importe de savoir comment la Région peut instaurer un cadre de négociation propre à conduire les acteurs culturels dans des missions en accord avec les finalités que la République lui donne. Mais pour la mise en œuvre autonome de politiques légitimées par les droits culturels, je crois que les bons échelons sont ceux des communes et intercommunalités, car c’est à ce niveau de proximité qu’est possible une vision globale du quotidien qui vise la reconnaissance et lutte contre toutes les formes d’invisibilité des cultures des personnes.

En revanche – et ici s’inscrit l’idée de co-construction à laquelle je crois fortement –, la Région est bien placée pour forger les compromis nécessaires entre les différentes politiques publiques qui impactent, positivement ou négativement, les enjeux culturels. A mon sens, la Région est légitime pour le développement économique, les mises en réseau, les formations… et dans chacune de ces missions publiques les enjeux culturels sont significatifs. Il faut élaborer des cadres de négociations qui permettent ces compromis.

De ce point de vue, les  associations régionales feraient bien de prendre comme référentiel le texte de l’Agenda 21 de la culture qui, bien compris, offre une cadre de négociations pour des compromis intégrant les enjeux culturels dans la politique publique des territoires. Dans cette approche globale, reprendre le rôle d’une DRAC n’aurait pas grand sens pour l’avenir. L’enjeu est plutôt de savoir ce que les partis politiques voudront défendre comme rôle pour la culture aussi bien en France qu’en Europe. Tant qu’on en restera à une approche d’un secteur culturel, au fond comme un autre, il n’y aura guère de perspectives nouvelles autres que gestionnaires.

Que peuvent apporter ces Assises ?

Pour l’instant, si l’éducation, la défense ou la santé paraissent comme des missions évidentes de la responsabilité nationale ou européenne, pour la culture c’est encore le marais du grand silence !… Il faut profiter de la dynamique impulsée par le fait que les associations régionales sont contraintes de réfléchir – car leurs éléments fondateurs restent très éthérés – pour contribuer à dire que la culture c’est très important et pas seulement pour les acteurs culturels et leur public, mais pour ouvrir les voies de l’émancipation, via la reconnaissance des droits culturels. Après, chacun trouvera sa place dans les négociations sur les responsabilités et l’organisation. Surtout ne pas mettre la charrue avant les bœufs ou pire encore ignorer les bœufs, comme le fait maladroitement le rapport Balladur.

Propos recueillis par Vincent Rouillon

Entretien paru dans la Lettre d’Echanges (n°34 – 30 septembre 2009), revue électronique de la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture.

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Culture et intercommunalité / 1

IntercoAu cœur mais en réalité présentée en amont de la réforme des collectivités territoriales, la suppression annoncée de la taxe professionnelle soulève de nombreuses interrogations et inquiétudes, malgré les explications de l’Etat sur les mécanismes de compensation, comme nous l’avions déjà évoqué en marge d’une réunion de Forum pour la Gestion des Villes en début d’année. Un autre point marquant de la réforme est la montée en puissance de l’échelon intercommunal, dont seule une fraction des mécanismes de compensation de la TP est à peine évoqué alors que la discussion sur le projet de loi début aujourd’hui à l’Assemblée Nationale. De l’avis de nombreux professionnels et acteurs des politiques territoriales, l’enjeu se situe principalement sur le risque (supposé, réel ou symbolique) de mise sous tutelle de l’Etat, d’une réduction des déficits publics (et l’indubitable transfert de charges vers les collectivités qui va avec) et de la répartition des compétences pour une meilleure articulation entre les différents échelons territoriaux. On peut dire d’une certaine façon que c’est dans cette détermination et cette répartition des compétences que ce décide la future gouvernance économique des territoires.

Sur le plan culturel en particulier, les ergotages vont bon train sur l’impact de la disparition de la clause de compétence générale pour certains échelons territoriaux, avec deux analyses qui s’opposent (sans être contradictoires) sur lesquelles nous aurons l’occasion de revenir dans un prochain post traitant des assises de la plate-forme interrégionale d’échange et de coopération culturelle auxquelles nous assistions il y a quinze jours à Poitiers.

Sur le fond des choses, ce qui se joue dans la question de la compétence culturelle transférée à un échelon territorial supérieur à celui de la commune, c’est tout simplement le changement dans la manière de concevoir, de financer et de mettre en œuvre les projets culturels. Ce n’est certes pas la fin des financements croisés à court terme. Pour autant, dans un cas comme celui de l’intercommunalité, il faut bien reconnaître que le renouveau des pratiques de gestion de la culture est en marche et que, même si les exemples réussis montrent une dynamique tout à fait intéressante, la question de la mutualisation et de la mise en réseau est difficile pour de nombreux élus car ils ont le sentiment de perdre leur pouvoir et la maîtrise de leur territoire (n’oublions pas que la culture dans notre tradition française est encore aujourd’hui un pré-carré politique).

L’intercommunalité est toutefois un territoire pertinent pour des secteurs habitués à travailler en réseau comme les enseignement artistiques, la lecture publique. Ceux-ci couvrent en effet un territoire qui, au-delà de la commune stricto sensu, concerne assez naturellement un bassin de vie, dont le périmètre est généralement plus vaste.

Transférer la compétence culturelle à une intercommunalité est tout particulièrement une inquiétude pour les villes moyennes en périphérie de celle-ci car elles ont souvent des politiques culturelles bien structurées. Le transfert modifie de facto cette structuration mais pas seulement. En effet, la culture comme compétence intercommunale modifie la nature même de la politique culturelle. On passe d’un politique culturelle à une gouvernance de plusieurs politiques culturelles dans laquelle chacun peut apporter sa contribution mais le fait de ne plus être seul nécessite l’apprentissage de la gouvernance à plusieurs.

En revanche pour les villes de plus petite taille, l’intercommunalité est une solution qui permet de compenser le fait qu’elles n’ont bien souvent pas les moyens d’une politique culturelle. Dans ce cas, l’intercommunalité peut palier le déficit de moyens communaux.

Dans tous les cas il convient :

  • de faire émerger des projets intercommunautaires car s’il ne s’agit pas de créer une supra-identité à court terme, il faut simplement avoir conscience qu’on participe désormais à une identité commune qui s’affirme et qui s’affirmera toujours plus,
  • d’intégrer une culture de la négociation où même des intérêts communaux contradictoires peuvent et doivent déboucher sur un projet culturel commun ou partenarial où chacun y trouve son intérêt.

La culture au niveau de l’intercommunalité, c’est peut-être un exemples les plus probants où le « vivre ensemble » peut prendre tout son sens politique.

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1ère Conférence Régionale du spectacle vivant

opéra de Lyon

Le Ministère de la Culture avait choisi Rhône-Alpes (et plus précisément l’Opéra de Lyon) pour lancer les « Conférences régionales du spectacle vivant », actées dans les conclusions des Entretiens de Valois en décembre 2008 (mais dont le principe avait déjà été avancé dans le Rapport Latarjet d’avril 2004, cf. page 157). Le choix de Rhône-Alpes n’est peut-être pas un hasard. La région a en effet été pionnière dans l’aventure de la décentralisation théâtrale et chorégraphique, et compte un nombre important d’institutions, de festivals mais aussi d’artistes (1 000 ensembles et Cies professionnelles, 12 000 intermittents, 3 600 permanents).

Prévue initialement début juillet en présence de Christine Albanel, cette instance de concertation entre l’ Etat, les collectivités territoriales et les professionnels avait été reportée au 10 septembre en raison du remaniement ministériel. Las ! Le Conseil de la création artistique (Marin Karmitz) remettait le même jour à Paris ses premières propositions au chef de l’Etat en présence du Ministre de la culture…Celui-ci avait donc boudé Lyon et chargé Georges-François Hirsch, le Directeur de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des Spectacles (DMDTS), d’animer la réunion.

Mais l’annonce le matin même, par ce Conseil de la création, de financements pour des expérimentations très parisiennes, avant même que les Conférences régionales du spectacle vivant ne se soient mises au travail, a jeté un froid et occupé la scène. Ainsi Jean-Jack Queyranne, président de la Région Rhône-Alpes, a émis « de sérieuses réserves sur ces opérations ponctuelles et événementielles, toutes pilotées de la Capitale ». Pour lui, c’est « l’avènement du bling bling culturel ! ». Georges Képénékian, l’Adjoint à la culture de Lyon, a estimé qu’un Etat-partenaire et non plus seulement prescripteur supposait un climat de confiance : or comment comprendre qu’avant même ce « diagnostic partagé des forces et faiblesses de la région » à l’ordre du jour, on découvrait des décisions déjà prises par ce Conseil de la création artistique ? Jean-Paul Bady (Synavi) tout comme Bertrand Furic pour le SMA s’inquiétèrent du coût des opérations financées par ce Conseil au moment où le Ministère s’étiole. Jean-Paul Angot (Scène nationale de Chambéry) pour le Syndeac contesta le mode opératoire de ce Conseil dont son syndicat souhaite la dissolution. Jean-Claude Bérutti (Comédie de St Etienne), persuadé que nous vivons la fin d’une histoire, s’est dit attristé de ces « dix idées » qui occupent l’espace médiatique alors que « nous avons à passer une porte étroite ».

A l’issue du propos liminaire de Georges-François Hirsch, Alain Lombard, Directeur régional des affaires culturelles, proposa quelques objectifs :

  • Harmonisation de l’offre culturelle sur le territoire régional;
  • Rééquilibrage disciplinaire (fragilité de la danse et des musiques actuelles sur certains territoires);
  • Clarification des compétences et répartition des moyens financiers de la DRAC et des collectivités;
  • Réflexion sur les objectifs à mener ensemble.

Il proposa ensuite de faire vivre, d’octobre 2009 à juin 2010, des groupes de travail (quatre, puis finalement six à l’issue du débat). Ils porteront sur les thèmes suivants :

  1. un diagnostic partagé à partir d’études concrètes financées par l’Etat, qui pourraient être confiées à la NACRe ; le groupe de travail établira le cahier des charges de ces études.
  2. L’aménagement culturel du territoire et le renforcement des institutions labellisées;
  3. Le renforcement des partenariats internationaux (transfrontaliers);
  4. Les outils d’évaluation communs des politiques culturelles;
  5. Les équipes indépendantes et le soutien à l’émergence;
  6. L’égalité homme/femme dans le spectacle vivant.

Une nouvelle Conférence régionale du spectacle vivant se tiendra à l’automne 2010. A la fin de l’année 2010, le Conseil des collectivités pour le développement culturel serait ensuite saisi des propositions émanant des Conférences régionales du spectacle vivant.

Dans son intervention, Jean-Jack Queyranne rappela qu’en Rhône-Alpes il y avait une tradition de véritable coopération entre toutes les collectivités publiques, et que la Région y avait pris toute sa place en prenant un certain nombre de mesures (doublement de son budget culturel sur le mandat, signature avec l’Etat d’un Contrat d’objectifs emploi-formation, création du FIACRE, soutien accru aux 37 scènes régionales et festivals…), mais surtout en conduisant depuis 5 ans une expérience analogue à celle de cette Conférence régionale du spectacle vivant ! (concertation régionale en 2005 et réunion-bilan annuelle).

C’est un peu le paradoxe de cette histoire. L’Etat semble aujourd’hui vouloir reprendre le pilotage de ce secteur alors que la Région Rhône-Alpes a entre temps montré sa capacité à  jouer ce rôle de médiation entre les différents acteurs (collectivités et acteurs artistiques). C’est pourquoi Jean-Jack Queyranne, tout en souhaitant que le Ministère retrouve sa vocation initiale (garant du pluralisme de la création et de la diversité culturelle), a indiqué que les Régions seraient prêtes à assumer pleinement le rôle de chef de file pour la création artistique (animer le débat, organiser la coopération des institutions et la mise en œuvre des procédures). Peu favorable à une loi d’orientation (prônée par le Syndeac), il s’est montré en revanche favorable à l’élaboration d’une « Charte pour le spectacle vivant et la création artistique », à l’image de la charte pour l’environnement.

Un certain nombre d’élus, notamment de Conseils généraux (Olivier Peverelli pour l’Ardèche et Jean-Paul Rodet pour l’Ain) se sont inquiétés des menaces pesant, dans l’attente de la Réforme territoriale, sur les compétences culturelles des Départements et des Régions et la perte des financements conjoints, avec le risque de suppression de la clause de compétence générale mais aussi des moyens qu’ils leur resteront pour financer une politique culturelle (Olivier Peverelli a rappelé le rôle du Département comme relais en milieu rural en l’absence d’un réseau fort de villes moyennes).

De nombreux signes  nous font dire que le service public de la culture connaît une crise profonde et multiforme. Espérons malgré tout, à l’issue de cette première Conférence régionale du spectacle vivant qui a vu s’exprimer tous ceux qui le souhaitaient (parfois de façon âpre mais toujours dans le respect de l’écoute des autres), qu’au-delà des commissions, diagnostics partagés, dispositifs et procédures, c’est finalement une offre riche, diversifiée et équilibrée qui pourra continuer d’être proposée au plus grand public, grâce à la vivacité de nombreuses équipes de création.

François Deschamps

Source : Lettre d’info du Réseau Culture de Territorial n° 222 du 13/09/2009,

Pour consulter directement cet édito sur Territorial, cliquez ici.

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Clôture des Entretiens de Valois

logoMCCFrédéric Mitterrand a clos le jeudi 9 juillet dernier les Entretiens de Valois, hélas sans qu’un écho suffisant n’ait été donné à cette réunion. Il s’agissait de dresser un bilan des résultats obtenus sur toute la période où les Entretiens de Valois se sont déroulés, à savoir entre le 11 février 2008 et le 30 janvier 2009.

Suite aux réformes annoncées en Conseil des ministres le 18 février 2009, les Entretiens se sont poursuivis sous la forme de réunions du « comité des Entretiens » pour s’achever jeudi 9 juillet 2009.

Lors de la réunion de cette clôture, trois mesures importantes ont été annoncées :

  • un partenariat refondé avec les collectivités territoriales et les professionnels : des « Conférences du Spectacle vivant » vont être instituées de façon à ouvrir un espace de concertation sur les politiques publiques dans le domaine du spectacle vivant au niveau régional ;
  • une clarification de l’action de l’Etat à travers ses dispositifs de financement et ses réseaux : Tous les textes cadre précisant les missions et les engagements de chaque établissement labellisé ont été revus ;
  • une meilleure prise en compte des questions d’emploi et de formation : les actions de structuration et de professionnalisation vont se poursuivre.

Les prochains chantiers. L’ensemble des participants à la réunion du « comité des Entretiens » du 9 juillet se sont accordés sur la nécessité de pérenniser le procédé pour aborder notamment les chantiers suivants :

  • des instances régionales de régulation et de coordination qui fonctionnent ;
  • des engagements réciproques entres structures et collectivités publiques ;
  • des spectacles mieux diffusés ;
  • des crédits davantage consacrés à favoriser l’émergence des talents et l’épanouissement de la création ;
  • une approche européenne du secteur ;
  • une prise en compte volontariste des questions relatives à l’emploi et à la formation.

Reste à savoir désormais dans quelle mesure ceci peut être intégré dans le contexte actuel de mise en œuvre de la RGPP pour le ministère, car cela ne nous est pas expliqué.

Par ailleurs, pour faire un parallèle avec l’excellente analyse de Xavier Greffe et de Sylvie Pflieger récemment parue à la documentation française, on peut légitimement s’interroger sur la pertinence des mesures qui visent transférer des compétences tout en maintenant l’omniprésence régalienne et normative du ministère alors que celui-ci procède à un recentrage budgétaire et stratégique sans précédent.

Il faudrait notamment s’interroger sur l’avenir de la fameuse sanctuarisation du spectacle vivant (sanctuarisation relative pour 2010 vu que la baisse des budgets accordés au spectacle vivant est d’au moins 35 millions d’euros) puisque d’un côté nous avons des professionnels qui veulent aller plus loin et de l’autre un ministère qui tente d’initier courageusement une meilleure articulation entre les différentes compétences en jeu à tous les échelons. Au final tout ceci pourrait bien aller dans le même sens mais attention au risque de parallélisme porteur de dissonance cognitive et quiproquos potentiels lourds de conséquences.

On peut enfin se demander si la consultation des différents échelons territoriaux à compétence culturelle (tout au moins leurs instances) n’aurait pas été un meilleur moyen de gagner du temps, notamment si on veut aborder sereinement la « clarification de l’action de l’Etat à travers ses dispositifs de financement et ses réseaux ». En effet, refonder le partenariat avec les collectivités territoriales et les professionnels avec des « Conférences du Spectacle vivant » à l’échelon régional peut sembler insuffisant pour aboutir rapidement à cette clarification. Mais dans cette affaire le ministère de ne pèche pas par excès de prudence, la méthode choisie a permis de désamorcer une situation très tendue et de préparer la phase suivante avec les collectivités. La Région étant l’échelon qui vise à jouer un rôle de coordination de plus en plus important, il est utile d’être au clair sur ce niveau avant d’entrer dans le détail des nombreuses problématiques liées au financements croisés. Espérons notamment que ceci soit débattu sur le fond lors du colloque « Culture, politique et politique culturelle » qui sera bientôt annoncé dans le cadre de l’année du cinquantenaire du ministère. En tout état de cause, espérons au moins que ce sera le moment pour enfin nous expliquer ce qui est véritablement en jeu, en cours et en devenir.

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Dépense culturelle en 2006/2

Nouveau-logo-FORUMLe 16 juin dernier un point presse était organisé par le Forum pour la gestion des villes afin de présenter les résultats de l’étude réalisée par l’observatoire SFL-FORUM pour le Ministère de la Culture et de la Communication : « Les dépenses culturelles des collectivités territoriales en 2006 : près de 7 milliard d’euros pour la culture », menée en 2008 auprès de tous les départements et régions, des échantillons représentatifs des communes de plus de 10 000 habitants et des établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre.

Au moment de la publication de l’étude en avril dernier, le Ministère de la Culture et de la Communication avait indiqué que si, en 2006, la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales avait encore une incidence limitée sur les transferts de compétences aux différents échelons territoriaux, elle a pu favoriser le transfert des compétences culturelles aux groupements de communes. La commande et le calendrier de l’étude ne permettaient pas en effet de couvrir la période la plus récente mais les indications sont tout de même extrêmement significatives. En résumé :

  • Les collectivités locales sont les premières sources de financement public de la culture (4,4 milliards d’euros pour les communes, 1,3 milliard pour les départements, 840 millions pour les groupements à fiscalité propre et 556 millions pour les régions) ; à titre de comparaison, le budget 2009 du Ministère de la Culture s’élève à environ 3 milliards d’euros.
  • L’intercommunalité culturelle monte en puissance dans les domaines traditionnels d’action des communes (bibliothèques, théâtres…).
  • Les dépenses départementales restent assez stables (+3% par an entre 2002 et 2006).
  • Les dépenses régionales sont en augmentation (+12% par an entre 2002 et 2006).
  • Les communes et les intercommunalités s’imposent comme des acteurs de proximité (école de musique et de danse, bibliothèque et médiathèque, musée…). Il s’agit essentiellement de dépenses culturelles directes (dépenses de personnel et charges à caractère général).
  • Les départements et régions sont les principales sources de financement d’équipements culturels via leur politique de subventionnement avec des volumes de subventions identiques pour les deux niveaux de collectivités.

Afin de valoriser les résultat de cette étude, le Forum devrait également entreprendre à l’automne un Tour de France (8 étapes prévues dans toute la France) dans le but d’engager le débat au sein des collectivités sur le rôle de la Culture et des politiques qui y sont consacrées.

D’un point de vue plus général, il convient de noter que la comparaison est intéressante avec le premier dossier qui avait été publié en 2000 par le Ministère. En termes d’évolution, l’analyse comparée est très parlante.

Il convient d’ajouter quelques éléments par rapport au contexte dans lequel se publie cette étude.

S’il n’est pas étonnant d’un point de vue quantitatif que les dépenses culturelles des collectivités soient près de deux fois supérieures à celles du Ministère, les perspectives sont tout de même relativement incertaines dans un terme de 3 à 4 ans. En effet, depuis fin 2007 et tout au long de l’année 2008, les transferts de compétences se sont fortement accélérés. La relative accalmie pour les Communes, due au lancement effectif des projets de début des mandats municipaux, ne doit pas occulter que les transferts de compétence correspondent à des transferts de charges dont l’impact ne tardera pas à se faire sentir sur les capacités d’investissement des collectivités, à moins qu’une meilleure redistribution des compétences et des moyens ne s’opère dans de nouvelles logiques où le partenariat devient une mécanique incontournable.

Il est également important de ne pas négliger que la plupart des Communes ont engagé des réductions importantes de dépenses qui se répercutent aussi sur leur dépense culturelle. Pour ne prendre que l’exemple de Paris, c’est une économie de 400 millions d’euros qui doit être faite pour boucler la mandature. Toutes les directions y compris la culture sont évidemment appelées à contribuer à l’effort. Mais point de défaitisme car la culture est une source de dynamique territoriale dont la valeur ajoutée est de mieux en mieux prise en compte.

En tout état de cause, la récente crispation des dépenses culturelles des collectivités ne doit pas occulter les trois enjeux majeurs se profilent :

  • le renforcement de la dimension intercommunale (dont le transfert de la compétence « culture » est optionnel et pose tout de même la question de la gouvernance d’un point de vue technique comme d’un point de vue politique) ;
  • le retour en force attendu de certains Conseils Généraux (il est évident qu’en matière de politique culturelle, il s’agit probablement de l’échelon administratif, territorial et politique le plus délicat et le plus menacé. Ceux qui ont une tradition forte dans ce domaine vont prendre des initiatives significatives et ambitieuses dans un très court terme, pour les autres il est à craindre qu’il soit trop tard) ; n’oublions pas tout de même que sur la période de cette étude le flux le plus important part des départements en direction des communes : 93,7 millions d’euros, soit 40,60% des 230 millions de subventions intercollectivités ;
  • l’impact de la RGPP sur la réorganisation du Ministère, de ses orientations, de ses moyens et de son action, quels que soient les choix futurs du nouveau ministre.

Même si cette étude remarquable fera date, notamment par la qualité de la mission du Forum pour la gestion des villes et du travail de Nicolas Laroche et David Pereira, on ne peut s’empêcher (effet psychologique de la crise oblige) de craindre qu’elle constitue le témoignage d’une situation donnée à un instant t que beaucoup regrettent déjà. En revanche, elle tombe à pic car elle confirme pour l’Etat que la réforme engagée va dans le bon sens, à condition que les nouveaux paradigmes qui s’annoncent soient bien ceux visés et assumés. Or la concrétisation de ceux-ci n’est pas encore aboutie.

Certains hurleront à la manipulation politique de l’Etat pour légitimer certains choix mais nous nous garderons de commenter ces aspects là pour le moment. L’histoire, le contexte et la genèse des réformes sont à la fois plus complexes et plus simples que cela, nous aurons l’occasion d’y revenir.

Ce qui est certain, c’est que cette étude est un instrument salutaire, une contribution importante qui vient combler un manque en la matière. L’Etat et les Collectivités sauront en faire bon usage. Indubitablement, il conviendrait d’en faire un baromètre plus récurrent, à l’heure où la contribution de la culture dans l’économie nationale et locale est de plus en plus grande (et souhaitée comme telle). Il pourrait ainsi être mis en comparaison avec les études sur l’impact économique et social des politiques culturelles, sujet sur lequel nous aurons également l’occasion de revenir prochainement.

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RGPP (étape 2)

RGPPIl y a quelques minutes, le deuxième bilan d’étape de la révision générale des politiques publiques vient d’être publié, suite à la présentation faite par le ministre du budget au conseil des ministres.

Les trois quarts des 374 décisions de modernisation qui doivent être appliquées d’ici à 2011 sont, selon M.Woerth, mises en oeuvre, 20% ont pris du retard et 5% sont au point mort.

Pour ce qui concerne le ministère de la Culture et de la Communication, sans faire ici état des tensions qui règnent ente la DMF et la RMN, tensions jugées comme principales responsables du ralentissement du changement (nous y reviendrons car cela est plus complexe qu’il n’y paraît), nous diffusons l’intégralité des éléments de ce second bilan et sollicitons vos réactions / commentaires afin de continuer à nourrir les dossiers thématiques de C.E.G. sur les politiques culturelles.

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La RGPP au ministère de la Culture et de la Communication vise à améliorer l’efficience de la politique culturelle, afin de mieux prendre en compte les attentes des publics, des artistes et des professionnels.

Les réformes décidées s’articulent autour de 2 axes

La réorganisation des administrations du ministère doit permettre de mieux piloter les opérateurs et de repositionner les services centraux sur leurs grandes missions stratégiques au service des patrimoines, de la création et de la diffusion. Elle participe au non remplacement d’un départ à la retraite sur deux. La réforme  prend en compte la révolution numérique, son impact sur le développement de nouvelles offres et sur les industries culturelles. Elle passe également par la prise en charge plus efficace des enjeux juridiques et économiques de la création et de la culture dans une approche européenne.

L’amélioration de l’efficience de la politique culturelle poursuit l’objectif de mieux utiliser les ressources. Elle concourt à réaliser des économies au sein du ministère, grâce à une plus grande sélectivité des interventions. Une meilleure affirmation des priorités est nécessaire, que ce soit en matière de patrimoine ou de création, de grands projets ou de dépenses fiscales, avec pour objectif d’améliorer l’effet de levier et l’impact de chaque intervention.

« Ce qui a déjà changé »

Des résultats ont d’ores et déjà été atteints sur plusieurs réformes.

  • L’organigramme général de l’administration centrale qui a été présenté s’articule autour de 3 directions générales (Patrimoines, Création artistique, Media et industries culturelles) et d’un secrétariat général. Il intègre la direction du Développement des Média, auparavant rattachée aux Services du Premier ministre.
  • Un nouveau dispositif, le « contrat d’opération », a été créé dans le cadre du Plan de relance, afin d’accompagner l’accroissement des moyens d’actions consacrés à la réalisation des fouilles en matière d’archéologie préventive. Ainsi, cette mesure doit permettre d’améliorer la réactivité de l’Institut national de recherche en archéologie préventive (INRAP), principal opérateur, et de réduire ses délais d’intervention. En parallèle, 72 structures dont 20 privées ont été agréées dans le cadre du développement d’une offre concurrentielle dans ce domaine.
  • Les Entretiens de Valois ont fait l’objet d’une communication en Conseil des ministres, qui a présenté les principales préconisations et les prochaines étapes de la mise en œuvre de cette démarche de concertation sans précédent.
  • Enfin, la modernisation de la profession des architectes en chef des monuments historiques permettra, grâce à une ouverture à la concurrence, de donner plus de choix aux maîtres d’ouvrages.

« Ce qui va changer dans les toutes prochaines semaines»

Des prochaines étapes concrètes sont prévues à brève échéance.

  • Un opérateur national de la culture scientifique sera créé avant l’été par le regroupement de la Cité des sciences et de l’industrie avec le Palais de la Découverte. Le 24 mars 2009, Claudie Haigneré a été chargée de préfigurer le nouvel ensemble afin d’en assurer la montée en puissance, l’établissement devant être opérationnel au 1er janvier 2010.
  • Pour renforcer son autonomie de gestion, le château de Fontainebleau sera effectivement transformé en Etablissement Public le 1er juillet 2009. Il sera suivi par le musée et la manufacture de Sèvres, qui seront regroupés au 1er janvier 2010, ainsi que, quelques mois plus tard, par le musée Picasso. De même, le musée de l’Orangerie sera rattaché au musée d’Orsay à compter du 1er janvier 2010.
  • Avant cet été, les concertations sur le spectacle vivant seront relancées dans un  cadre régional sous forme de « conférences du spectacle vivant », afin d’associer les acteurs locaux à l’exercice de priorisation des interventions culturelles.

Télécharger l’intégralité des mesures pour le ministère.

Source : site de la RGPP

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Entretiens de Valois IV

Les Entretiens de Valois ont été clos hier par la Ministre de la culture et de la communication, près d’un an après leur lancement. Certaines propositions méritant d’être approfondies, la Ministre dores et déjà indiqué que de nouveaux chantiers seront lancés dans les prochaines semaines pour aboutir à des réformes concrètes.

Cliquez ici pour consulter le rapport. Celui-ci synthétise l’ensemble des échanges, débats, analyses, propositions d’améliorations qui ont marqué cette année de réflexion consacrée au spectacle vivant.

Les propositions du rapport s’articulent autour de 3 axes :

  • une rénovation de la gouvernance des politiques culturelles,
  • un effort de clarification et d’efficacité des dispositifs d’aides publiques,
  • une meilleure circulation des artistes et des œuvres.

N’hésitez pas à commenter ce rapport sur CEG, nous aurons l’occasion d’en faire un dossier thématique dans les prochains jours, avant de rencontrer plusieurs cadres du ministère d’ici la fin du mois.

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Entretiens de Valois III

La séance finale des Entretiens de Valois, présidée par Christine Albanel, ministre de la Culture, aura lieu ce vendredi 30 janvier. Le Rapport final (324 pages !) sera remis aux participants, parmi lesquels on retrouvera à nouveau le SYNDEAC et la Fédération du spectacle CGT, qui ont décidé in extremis de réintégrer cette instance consultative (cf. leur communiqué) après le récent discours du Président de la République à Nimes, qui a accepté de leur accorder prochainement une audience.

Source : La Lettre du Cadre.

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Entretiens de Valois reportés

Suite à la demande des employeurs et des collectivités territoriales, le ministère de la Culture a annoncé qu’il reporte à la mi-janvier de la clôture des Entretiens de Valois, cycle de discussions initié en février 2008 pour préparer la réforme du spectacle vivant.

Dans une lettre adressée au ministère, la Feps (Fédération nationale des employeurs du spectacle vivant public et privé) et l’Ufisc (Union fédérale d’intervention des structures culturelles) avaient demandé « instamment » le report en janvier 2009 de la clôture des Entretiens da Valois. Les deux fédérations, qui contrairement au Syndeac et au Synavi sont revenus autour de la table de discussion, prévenaient que cette requête constituait « une ultime tentative pour (leurs) organisations de (s’)inscrire dans la continuité de la démarche constructive et de dialogue dans laquelle elles se sont engagées« .

Les fédérations et collectivités qui participent aux entretiens n’avaient en effet reçu le projet de rapport final (275 pages) que le 10 décembre, ce qui ne leur permettaient pas de travailler « dans les conditions d’un dialogue sérieux et de haut niveau« .
La dernière séance plénière des Entretiens de Valois est donc reportée à la mi-janvier, ce qui constituera la fin du dialogue et de la réflexion commune et le début de la phase de propositions.

Au fur et à mesure que les travaux avancent dans les différents groupes des Entretiens de Valois, les syndicats d’employeurs du spectacle vivant ont le sentiment que le processus échappe aux ambitions communes fixées avec le Ministère de la Culture et de la Communication et les Collectivités territoriales.

L’objectif d’un rapport final des Entretiens de Valois, pour répondre au calendrier de la révision générale des politiques publiques (RGPP), a conduit à tenir un rythme de réunions effréné qui laisse peu de place pour la concertation et la réflexion. D’autant qu’un certain nombre de sujets n’ont pas été précisés, nous pensons notamment à la perspective de travailler à l’élaboration d’une loi d’orientation et de programmation pour la culture et d’un protocole de décentralisation, que la FEPS et l’UFISC appellent de leurs vœux. Celle-ci ne semble pas aujourd’hui affichée comme une priorité.

Les participants aux entretiens de Valois avaient déjà manifesté leur inquiétude à la fin du mois de novembre en réclamant :

  • la mise en place effective du groupe de travail « Europe/International » des Entretiens de Valois (n’a toujours pas été convoqué à ce jour),
  • le rétablissement des crédits culture du Ministère des Affaires étrangères (une diminution de  20% a été avancée),
  • le rétablissement des crédits internationaux dans les DRAC,
  • une rallonge budgétaire de 50 millions d’euros pour conforter la création et la diffusion,
  • le dégel total du budget du spectacle vivant pour 2009 (5% gelés prévus en 2009),
  • une augmentation du budget du spectacle vivant en 2010 et 2011 au minimum égale à l’inflation,
  • une clarification des intentions des partenaires sociaux quant au régime spécifique d’assurance chômage des intermittents du spectacle.

En attendant de partager nos lectures du rapport final, voir aussi le communiqué du Centre national du théâtre, qui souhaite une Agence nationale du spectacle vivant « souple », et la préfiguration d’un observatoire.

Sources : Irma, Feps, Ufisc.

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RGPP, vers quelle culture ?

quelle cultureLors de la présentation du rapport d’étape de la mise en œuvre des 374 décisions prises dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP), nous avons pu prendre connaissance le 3 décembre dernier de l’avancement des réformes. Celles qui concernent la culture ont été présentées par le ministère de la Culture et de la Communication et nous les citions récemment sur CEG.

Si de manière globale le rapport d’étape précise que 85% des propositions avancent conformément au calendrier de mise en œuvre fixé, on prend néanmoins la mesure de leur impact et du changement qu’elles introduisent sur l’organisation centrale de la quasi-totalité des ministères. Pour ces derniers, un des objectifs principaux est de mettre en place de nouvelles directions déconcentrées, moins nombreuses et plus opérationnelles.

Il faut tout de même rappeler que si la LOLF avait déjà permis de mettre en place les contrats d’objectifs auprès de chaque directeur d’administration pour assurer l’efficience des politiques sectorielles, la RGPP se conduit dans un contexte particulièrement inquiétant pour les crédits dits d’opérations.

En effet, la notion anglo-saxonne d’efficience qui se définit par la capacité de produire un effet (espéré positif) disait déjà tout d’une certaine lecture de l’état de nos administrations mais elle était malgré tout expliquée et comprise comme la nécessité de faire mieux à moyens constants. Or aujourd’hui les intérêts que l’Etat paie pour ses emprunts représentent près de deux fois le montant des crédits d’opérations engageables par les ministères pour leurs politiques. En d’autres termes la dette publique est à moitié constituée d’intérêts et ne correspond donc pas aux dépenses faramineuses qu’on prête au service public.

La situation s’aggrave d’autant que les tentatives de relance par l’investissement semblent peiner à se mettre en place pour une grande partie du fait l’absence du changement des règles de gouvernance que les finances publiques sont sensées édicter. Les opérateurs financiers et les bailleurs de fonds qui sont encore debout ne jouent pas tous non plus leur rôle de levier de la relance en augmentant la pression du crédit par sa raréfaction et dans certains cas en exigeant des garanties supplémentaires (notamment pour les collectivités).

Le dilemme est donc total de toutes parts puisqu’un d’un côté, on ne peut pas décemment continuer de creuser la dette et la transmettre aux générations futures et de l’autre il devient de plus en plus difficile de financer les crédits d’opérations compte tenu des proportions de cette même dette publique.

Souvenons-nous, et ce n’est pourtant pas si loin que cela, que dans la poursuite de la déconcentration et de la décentralisation que la LOLF encadrait, des transferts de compétences devaient s’opérer pour tenter d’alléger les difficultés liées à la pratique bien installée en France des financements croisés (difficultés auxquelles la commission Balladur s’attaque désormais). Ces transferts de compétences devaient s’accompagner de compensations budgétaires, au moins pour un temps, qui dans la pratique n’ont hélas pas toujours été assurées, ce qui a engendré la grogne des collectivités locales dont l’association des Présidents de Région et l’association des Maires de France ont été très largement les échos.

Sensée prolonger le mouvement tout en l’amplifiant et en le rendant plus cohérent, force est de constater que la RGPP a été avancée en 2007 sur un socle idéologique et politique fondé en 2005 et qui est pour le moins discutable, à défaut d’avoir été débattu suffisamment en profondeur. Et pour cause, puisque cela se fit pour partie dans les « laboratoires » de l’UMP lors de la conception du programme présidentiel.

Trouver dans la gestion du court terme les raisons de complexifier la gestion à moyen terme est décidément une mécanique politique bien rôdée. En conséquence, la RGPP s’affirme comme le changement le plus radical dans la gestion des finances publiques jamais entrepris sous la cinquième République, tant le changement s’est fait attendre. C’est du moins le discours ambiant récurrent. L’effet du discours est à mettre en superposition avec la situation d’urgence dans laquelle la réforme est menée. Le diable est dans les détails mais nous n’avons pas le temps de nous en préoccuper et ceci est fort dommageable.

Si on peut déplorer une perte lente mais certaine des contre-pouvoirs en France, quelques voix se sont tout de même élevées pour tenter de créer un débat qui n’a hélas pas vraiment pris. Le pouvoir législatif subit de plein fouet l’accélération du train des réformes et de nombreuses questions qui méritent débat passent à la trappe. Pendant ce temps-là, les administrations vaquent à leurs occupations et peinent à conserver un cap.

Ne s’agit-il pas au fond d’une absence de renouvellement de la vision française de la gestion des finances publiques qui se met désormais au pas de charge (ou, pour nuancer le propos : d’une difficulté de la spécificité de notre modèle à se moderniser) à la faveur d’une adoption quasi aveugle de l’approche anglo-saxonne ? On finit par ne plus savoir qui est l’alibi dans cette histoire et on y va de son explication franco-française en nous disant :

  • que la RGPP est devenue le terrain de prédilection des « cost-killers »,
  • qu’il est douteux que Michel Pébereau (auteur du rapport sur la dette en 2005 dont la RGPP émane directement) siégeant au comité de suivi de la RGPP, ne soit pas seulement le président de BNP-Paribas, mais qu’il dirige aussi l’Institut Aspen (l’un des nombreux groupe de « réflexion » de l’oligarchie financière internationale),
  • que ce dernier avait décidé en 2006 « d’intervenir dans l’agenda de l’élection présidentielle » en orchestrant une véritable terreur budgétaire grâce à laquelle tout débat sur l’avenir, les investissements publics et les grands projets, avait été exclu de la campagne présidentielle. (Pour celles et ceux qui ont côtoyé le ministère de la culture et les DRAC en 2006-2007, souvenez-vous des déclarations à longueur de dossiers sur « l’année 0 »),
  • que l’actuel ministre du budget a été un des associés du cabinet Arthur Andersen pendant six ans (avant l’affaire Enron) et que celui-ci a nommé à la tête de la Direction générale de la modernisation de l’Etat le polytechnicien François-Daniel Migeon, tout frais sorti de chez McKinsey,
  • etc.

Des nombreux éléments de ce type ont été identifiés par Philippe Derudder et André-Jacques Holbecq en 2007. Il faut savoir raison garder, ce qui ne nous exonère pas pour autant d’être vigilants.

Mais au fond et autrement dit, le support nécessaire à l’acceptation de la mise en place d’une politique de rigueur au long cours qui ne veut pas porter pas son nom a été fourni depuis 2005, et on s’étonne de la perte régulière de dixièmes de points de croissance… On finit par l’oublier depuis l’arrivée de la crise financière et économique de la fin de l’été. On préfère stigmatiser et hypertrophier les mauvaises pratiques (bien réelles malgré tout) de la sphère de la finance internationale.

Cet après-midi encore, Christine Lagarde déclare devant la représentation nationale que « le langage de vérité a toujours été tenu par le gouvernement vis-à-vis des citoyens » alors que pendant des mois avant la crise, on s’est fendu d’un débat de sémantique plus que regrettable sur le mot « rigueur », mot qu’il ne fallait absolument pas prononcer. Aujourd’hui c’est le « pragmatisme » qui est de rigueur…

Tout cela est tout à fait cohérent et n’est que la suite logique de notre lourd héritage. En fait, nous payons cher notre histoire centralisatrice car nous avons manqué la plupart des grands rendez-vous de la réforme. Trois décennies d’entêtements et de tâtonnements sur une certaine idée de l’exception culturelle française bien arqueboutée sur notre complexe de supériorité bien à nous.

Aujourd’hui la « patrie des droits de l’homme » où ces derniers seraient soi-disant devenus « inutiles » administrativement à la politique de l’Etat a bien du mal à assumer et recrédibiliser sa place dans le concert des nations tant certains décalages sont grands.

Pendant ce temps-là, la société a évolué, les sociétés ont changé. Pour ne parler que de l’Europe, le paradigme à 12 ne peut être le même à 27. Il s’agit pourtant d’un projet de société. Notre vision de l’Europe a-t-elle changée pour autant ? Rien n’est moins sûr.

La question ne serait-elle pas celle de l’habitus français d’affirmer par la négative notre désir de changement ?

Le prochain rapport d’étape de la RGPP est prévu en mars 2009 et nous attendons toujours que le débat soit véritablement public, qu’on nous propose autre chose que du sondage par Internet (voir l’idée qu’on se fait du dialogue social et de la concertation sur le site dédié à la RGPP…) pour solliciter les citoyens et les acteurs des territoires. On nous explique que le « travail très approfondi de mise en œuvre et de dialogue social, que conduisent les ministres et leurs administrations, va se poursuivre et donnera lieu à un nouveau rapport d’étape en mars 2009 ». Attendons donc mars 2009…

Les acteurs de la culture ont entamé leurs entretiens de Valois depuis un moment déjà et, même avec la meilleure des volontés, il est difficile de constater une quelconque prise en compte de leur parole dans les mesures avancées dans ce rapport. C’est sûrement le cas même pour une infime partie. Il serait néanmoins intéressant d’avoir l’intégralité des retranscriptions des entretiens conduits depuis pour cela. Si quelqu’un les possède, les as repérés ou peut les obtenir, qu’il n’hésite pas à en faire part sur CEG.

En attendant, on nous dit que « de ces discussions avec les professionnels du secteur et avec les collectivités locales sortiront des orientations de réforme du soutien de l’Etat en ce domaine ».

Alors, on finit par se demander où se trouvent les débats où les observateurs et les praticiens contribuent par leur retour d’expérience et leur vision à la détermination d’un cadre de politique culturelle qui ne soit pas uniquement administratif et financier mais tournés vers les enjeux des pratiques de la culture.

Les rencontres BIS 2008 qui se sont tenues en janvier dernier à Nantes avaient eu le mérite de voir des professionnels établir de bonnes fondations et de bons diagnostics à travers des échanges brillants. Chacun s’y retrouvait : artistes, acteurs culturels, professionnels du spectacle, collectivités locales, experts, commande publique et institutionnels. Des perspectives fortes ont été tracées pour préserver ce qui peut encore l’être et se projeter dans l’avenir, conscient du travail qu’il reste à accomplir pour établir un équilibre profitable entre offre et demande sur nos territoires.

Les 3èmes journées d’économie de la culture organisées par le DEPS les 2 et 3 octobre à Paris, ont ausculté dans le détail l’état des industries culturelles et créatives en Europe. Celles-ci représenteraient aujourd’hui 3,4 % du commerce mondial (selon le rapport de cette année de l’ONU Creative Economy) et leur part devrait s’accroître dans les prochaines années, où, selon les prévisions, un tiers de la croissance sera dû aux téléphones portables et à Internet. Ceci ne vient pas sans boulerverser les modèles économiques existants mais également socio-économiques.

Le « Davos de la culture » qui s’est déroulé en Avignon des 16 aux 18 novembre derniers a établi que l’économie de la culture (et celle des médias) est en train de changer. En réalité, toute personne observant l’économie de la culture peut affirmer que celle-ci a déjà changé, en France et ailleurs, comme les intervenants l’ont parfaitement démontré, et le philosophe Gilles Lipovetsky a parfaitement résumé la situation : « nous sommes en train de passer de la marchandisation de la culture à la culturalisation de la marchandise ». À condition d’entendre la culture au sens des industries culturelles et créatives, comme ce fut le cas en Avignon.

La culture comme un levier transversal aux politiques sectorielles est un axe important du développement mais il reste encore tant à faire. On voit par analogie à quel point il est difficile de mettre en place des politiques transversales (économie numérique, droits de l’homme, développement durable notamment). À quand le Grenelle de la culture tant réclamé par les professionnels mais refusé par Christine Albanel depuis décembre 2007 ?

On peut alors se demander si les tentatives de « rattrapage » que la RGPP est sensée opérer constituent un pari sur l’avenir. Il faut faire ce pari bien entendu, mais dans quelles conditions et à quel prix ?

Nous sommes donc allés ce lundi, non sans une certaine curiosité, aux « Utopiades » organisées le 15 décembre dernier par l’ARENE au théâtre du rond-point des Champs-Elysées. CEG avait annoncé le caractère prometteur du sujet de cette soirée « Culture et développement durable ». Les enjeux n’ont hélas même pas été posés. La préparation pour le moins insuffisante du thème et le déroulement chaotique de la soirée ne sont pas venus nous rassurer sur l’avenir. L’intention était pourtant là, mais le rendez-vous fut totalement manqué.

Dans la deuxième partie de cet article à paraître dès la rentrée, nous tenterons modestement de faire une proposition sur cette question « culture et développement durable », en revenant malgré tout sur les « Utopiades ». Vos contributions et vos commentaires sont comme toujours les bienvenus.

Alors que nous sommes bel et bien entrés dans l’ère de la fin des subventions, il serait plus qu’utile et légitime de se demander si les conséquences de la RGPP sont susceptibles de rendre les politiques culturelles durables en France.

En attendant mars 2009, échangeons dès maintenant.

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RGPP, état d’avancement

Ci-dessous les éléments récemment publiés par le Ministère de la Culture et de la Communication à propos de l’état d’avancement des décisions prises dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques. Nous y reviendrons très prochainement.

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Christine Albanel a précisé l’état d’avancement des mesures concernant le ministère de la Culture et de la Communication, un an après les premières décisions du Conseil de modernisation des politiques publiques, et à la suite du rapport public présenté au Conseil des ministres du 3 décembre 2008 par Eric Woerth, ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique.

Seize mesures pour le ministère de la Culture et de la Communication. Sur les 374 décisions adoptées dans le cadre de la révision générale des politiques publiques, 16 s’appliquent au ministère de la Culture et de la Communication. La mise en œuvre de 9 d’entre elles est déjà bien engagée, 6 sur 9 ayant reçu un « feu vert » dans le rapport présenté par Eric Woerth. 
Il s’agit des mesures relatives à la réorganisation de l’administration centrale, à la réorganisation des fonctions d’inspection du ministère, à la modernisation de la tutelle des opérateurs, à la réforme de l’audiovisuel extérieur, à la modernisation de la gouvernance et de la gestion du Centre national de la cinématographie et au regroupement du Palais de la découverte et de la Cité des sciences et de l’industrie.

La réforme désormais bien engagée. Les 7 autres mesures concernant le Ministère ont été décidées au Conseil de modernisation des politiques publiques du 11 juin dernier. Deux d’entre elles reçoivent un «feu vert» : l’amélioration du fonctionnement des directions régionales des affaires culturelles et le développement des ressources propres et maîtrise des coûts des établissements publics. Une autre reçoit un «feu orange» : la mise en concurrence des architectes en chef des monuments historiques.

Un ministère, trois directions, un secrétariat général. Dès le premier trimestre 2009, l’administration centrale du ministère de la Culture et de la Communication sera structurée autour de trois grandes directions générales (patrimoines, création artistique et industries culturelles) et d’un secrétariat général.

Les personnalités désignées. Après avoir présenté le 17 avril dernier la nouvelle organisation de l’administration centrale du ministère de la Culture et de la Communication, Christine Albanel avait désigné le 7 mai les personnalités chargées de la préfiguration de cette nouvelle organisation. 

  • Michel Clément, pour la direction générale des patrimoines de France. Il est Conservateur général du patrimoine et directeur de l’architecture et du patrimoine depuis 2003.
  • Georges-François Hirsch pour la direction générale de la création et de la diffusion. Administrateur expérimenté, Georges-François Hirsch était directeur général de l’Orchestre de Paris depuis 1996. Il succède à Jean de Saint Guilhem. 
  • Laurence Franceschini, pour la direction générale du développement des médias et de l’économie culturelle. Elle conserve ainsi les fonctions de directrice du développement des médias qu’elle occupe depuis 2007.
  • Guillaume Boudy pour le secrétariat général. Conseiller référendaire de la Cour des comptes, Guillaume Boudy était directeur général de la Cité des sciences et de l’industrie depuis 2005.

Les trois directions. La nouvelle organisation de l’administration centrale du ministère de la Culture et de la Communication repose sur la création de trois directions générales, auxquelles s’ajoute un secrétariat général.

  • La direction générale des patrimoines de France. Elle regroupera principalement l’architecture, les archives, les musées, ainsi que le patrimoine monumental et l’archéologie. Elle prendra en charge l’ensemble des enjeux patrimoniaux des politiques culturelles, notamment en termes de conservation, de restauration, de valorisation, d’enrichissement, ainsi que les politiques en faveur des publics.
  • La direction générale de la création et de la diffusion. Elle regroupera les arts plastiques, la musique, la danse, le théâtre et les spectacles. Elle sera responsable du soutien à la création et de l’animation des différents réseaux de diffusion sur l’ensemble du territoire.
  • La direction générale du développement des médias et de l’économie culturelle. Elle sera composée de l’actuelle direction du développement des médias (DDM), ainsi que de l’ensemble des services compétents en matière d’industries culturelles, actuellement dispersés dans plusieurs directions. A l’ère du numérique, la convergence entre les contenus et les contenants, entre la culture et la communication constitue un enjeu commun à toutes les industries culturelles, justifiant leur regroupement.
  • Un secrétariat général s’ajoute aux trois directions générales. Il est chargé de piloter et de coordonner certaines politiques transversales tout en assumant ce que l’on appelle les fonctions support du ministère (budget, finances ressources humaines, etc).

L’historique. Dès son élection à la Présidence de la République, en mai 2007, Nicolas Sarkozy a voulu engager un diagnostic complet de toutes les actions de l’Etat. Il s’agit de repréciser les périmètres des politiques publiques et de les adapter aux exigences de ce début de XXIe siècle. L’objectif est double : maîtriser et rationaliser les dépenses publiques tout en améliorant la qualité des politiques menées.
La Révision générale des politiques publiques (RGPP) a été lancée le 10 juillet 2007 par le Premier ministre. La nouvelle organisation du ministère de la Culture et de la Communication a été annoncée par le Président de la république et le Premier ministre lors du Conseil de modernisation des politiques publiques (CMPP) le 4 avril 2008.

Source : Ministère de la Culture et de la Communication

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